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Full text of "Traité clinique des maladies du coeur [electronic resource] : précédé de recherches nouvelles sur l'anatomie et la physiologie de cet organ"

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Digitized  by  the  Internet  Archive 
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https://archive.Org/details/b21300446_0002 


TRAITÉ  CLINIQUE 

DES 

MALADIES  DU  CŒUR, 

rRÉcÉDÉ  DE 

recherches  nouvelles  sur  l’anatomie 

ET  LA  PHYSIOLOGIE  DE  CET  ORGANE  ; 

PAR  J.  BOUILLAÜD, 

rBOFBSSEDR  DI  CLIltlQDB  MBDICÀLB  A LA  FACULTÉ  SB  U^DECIRB  DE  FABIS. 


AVEC  DES  PLANCHES  GRAVÉES. 


Scripsi  ilia , quæ  sensuum  teslimonio 
inter  labores  et  tædia  iterùm  iterùmque 
expertus  sum. 

(Averbeuggeb.) 


LIBRAIRE  DE  L’ACADÉMIE  ROYALE  DE  MÉDECINE, 

BüK  DE  L ÉCOLE-DB-MliDECINB  , H.  l5  BÏS  ; 

LONDRES  y MÊME  MAISON,  219  > bbgekt-stbkbt. 


1835. 


TllAITÉ  C.LINIQUE 


CONSIDÉRATIONS  PRÉLIMINAIRES. 


La  maladie  dont’  il  s’agit  de  tracer  ici  l’histoire  est 
si  peu  connue , qu’elle  n’avait  pas  même  encore  reçu  de 
nom  particulier.  Celui  que  je  propose  me  paraît,  sous  tous 
les  rapports,  conforme  aux  principes  de  nomenclature  gé- 
néralement adoptés  aujourd’hui. 

En  1824  et  en  1826,  je  possédais  déjà  un  assez  grand 
nombre  de  laits  pour  entrevoir  toute  l’importance  de  l’in- 
flammation de  la  membrane  interne  du  cœur  et  des  gros 
vaisseaux.  Mais  ces  faits  ne  me  permettaient  pas  encore  de 
traiter  avec  tous  les  développemens  convenables  cette  ri- 
che et  féconde  matière;  aussi  les  idées  que  je  proposai  fu- 
rent-elles considérées  par  beaucoup  de  médecins  d’une 
grande  autorité  comme  purement  systématiques.  Les  objec- 
tions de  ces  médecins  nous  convainquirent  d’autant  moins 
2.  I 


9 MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

de  notre  prétendue  erreur  systématique,  que  la  plupart 
d’entre  elles  portaient  évidemment  à faux.  C’est  ainsi , par 
exemple  , que  l’on  nous  accusa  d’avoir  admis  que  toutes  les 
rougeurs  de  la  membrane  interne  du  cœur  et  des  gros  vais- 
seaux étaient  le  résultat  exclusif  de  l’inflammation  , tandis 
que  nous  avions  déclaré,  de  la  manière  la  plus  expresse,  que, 
parmi  ces  rougeurs,  il  en  était  de  purement  cadavériques, 
ou  par  imbibition  sanguine  après  la  mort  (i).  C’est  en- 
core ainsi  qu’on  nous  avait  accusé  de  rapporter  toutes  les 
altérations  organiques  du  cœur  et  de  l’aorte  à l’inflamma- 
tion, parce  que  nous  avions  mis  au  nombre  des  terminai- 
sons de  cette  inflammation  les  productions  fibro-cellulcu- 
ses,  fibro-cartilagineuses  ou  calcaires,  comme  l’avaient  fait 
eux-mêmes,  pour  l’inflammation  de  la  plèvre , les  auteurs 
qui  nous  adressaient  des  reproches  aussi  peu  fondés. 

Depuis  nos  premières  recherches,  nous  n’avons  perdu 
aucune  occasion  de  recueillir  de  nouveaux  faits  sur  le  sujet 
qui  nous  occupe.  En  1828  et  1829,  nous  avons  examiné  la 
membrane  interne  du  cœur  et  des  vaisseaux  chez  plus  d’une 
centaine  de  malades  qui  succombèrent  dans  lesdifférens  ser- 
vices de  médecine  et  de  chirurgie  de  l’hôpital  de  la  Charité, 
et  nous  avons  conservé  des  notes  exactes  sur  cet  examen. 
Ce  travail  nous  a permis  de  déterminer  avec  plus  de  pré- 
cision quels  étaient  les  cas  dans  lesquels  la  rougeur  de  cette 
membrane  pouvait  être  attribuée  à unétat  inflammatoire, 
et  quels  étaient  ceux,  au  contraire,  où  cette  rougeur  était 
le  simple  résultat  d'une  pure  imbibition  cadavérique. 

Enfin , depuis  trois  ans  passés  que  nous  sommes  chargé 
d’un  enseignement  clinique , nous  avons  recueilli  sur 
l’inflammation  du  système  sanguin  en  général , et  spé- 
cialement sur  l’endocardite  aiguë  , des  observations  au 


(i)  J'oi  même  ropporté,  dans  le  Traité  des  fièvres,  des  exemples  de  rou- 
geurs qne  j’aTais  produites  en  faisant  macèier  des  al  tères  dans  du  sang  altéré. 


1 


DE  l’endocardite.  3 

moyen  desquelles  nous  espérons  pouvoir  combler  en  partie 
une  des  grandes  lacunes  qui  restaient  encore  dans  la  pa- 
thologie. Nous  recommandons  ce  chapitre  de  notre  ou- 
vrage à l’impartiale  attention  de  nos  lecteurs,  et  nous  les 
prions  d etre  surtout  bien  persuadés  que  dans  tout  ce  que 
nous  dirons  de  l’inflammation  de  l’endocarde,  nous  n’a- 
vons été  guidé  par  aucune  théorie  préconçue,  mais  que, 
au  contraire , la  théorie  n’est  venue  qu’à  la  suite  des  faits. 

Avant  d’entrer  directement  en  matière , qu’il  nous  soit 
permis  de  rappeler  en  peu  de  mots  ce  que  nous  avons  trou- 
vé dans  les  ouvrages  de  nos  prédécesseurs. 

Corvisart  n’a  pas  dit  un  seul  mot  de  l’inflammation  de 
la  membrane  interne  du  cœur,  et  ne  paraît  pas  même  en 
avoir  soupçonné  l’existence. 

Mathieu  Baillie  dit  avoir  vu  les  'valvules  'veineuses  affectées 
d’une  véritable  inflammation , et  couvertes  de  lymphe  plas- 
tique. (Voy.  son  Traité  (T anat.  pathi\ 

M.  Burns  (i)  a trouvé  à la  surface  interne  de  l’oreillette 
droite  une  couche  de  lymphe  floconneuse.  Le  même  obser- 
vateur a vu  l’oreillette  gauche  en  partie  ossifiée,  tapissée 
intérieurement  par  une  couche  membranijorme  de  lymphe  plas- 
tique (2). 

On  se  tromperait  beaucoup  si  l’on  croyait  que,  sous  le 
nom  de  cardite  poly pense , M.  Kreisig  a réellement  décrit  la 
véritable  endocardite.  Il  est  bien  vrai  que  la  coagulation 
du  sang  que  contiennent  les  cavités  du  cœur,  est  un  des  ac- 
cidens  que  l’endocardite  peut  entraîner  à sa  suite  ; mais 


(1)  Burns,  On  diseases  of  Ute  lieart.  Edimbourg,  1S09,  in  8. 

(2)  « Dans  un  troisième  cas,  M.  Burns  a observé,  un  peu  au-dessus  de  la  val- 
svule  mitrale,  une  cloison  tendineuse,  ossiûée  en  quelques  points,  et  percée  1» 
«son  centre  d’une  ouverture  à bords  ridés  où  l'on  eût  pu  passer  le  petit  doigt. 
«Cette  cloison,  parallèle  à la  valvule  mitrale , et  qui  partageait  l’oreillette  en 

• deux  portions,  ne  peut  guère  être  considérée  que  comme  le  produit  de  l’orga- 

• nisation  d’une  fausse  membrane  inflammatoire,  i ( Laënnec,  op,  eit, , t.  H , 


4 MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

celte  coagulation  a lieu  aussi  clans  une  foule  de  cas  où 
la  membrane  interne  du  cœur  n’est  nullement  enflammée. 
Laissons  d’ailleurs  à M.  Laënnec  le  soin  de  discuter  celle 
opinion:  « M.  Kreisig,  dit-il  , pense  que  les  concrétions 
» polypifonnes  sont  des  produits  et,  par  conséquent,  des 
» preuves  de  l’inflammation.  Si  cette  opinion  est  fondée,  il 
» laut  admettre  que  la  membrane  enflammée  agit  sur  le 
» sang  et  le  coagule,  hypothèse  tout-à-fait  gratuite...  ; ou 
» bien  que  le  sang  lui-même , comme  le  voulaient  les  an- 
» ciens,  est  susceptible  d’inflammation...  Mais  telle  n’est 
» pas  ici  évidemment  la  manière  de  voir  de  MM.  Kreisig, 
» Burns,  et  des  médecins  qui  ont  répété  la  même  assertion. 
» Leur  opinion  paraît  se  fonder  principalement  sur  les  cas 
» où  il  y a adhérence  intime  ou  continuité  de  substance 
» entre  les  concrétions  polypifonnes  etla  membrane  interne 
» des  parois  du  cœur...  A ce  fait  ainsi  expliqué  on  peut 
» objecter  que  l’adhérence  intime  dont  il  s’agit  ne  s’observe 
« que  rarement  et  sur  les  concrétions  polypiformes  les 
» plus  parfaitement  organisées  ; que  le  très  grand  nombre 
» des  concrétions  qu’on  trouve  à l’ouverture  des  cadavres 
J)  sont  libres  à l’intérieur  du  cœur,  ou  simplement  appli- 
» quées  et  intriquées  dans  ses  colonnes  charnues...  ; que  ce 
» n’est  pas  chez  les  sujets  jeunes,  pléthoriques,  pleins  de 
» vie , ert  éminemment  disposés  à l’orgasme  inflammatoire, 
» que  se  forment  tout-à-coup  des  concrétions  polypeuses 
» dans  le  cœur;  que  ces  accidens  arrivent,  au  contraire, 
» dans  l’agonie  de  presque  toutes  les  maladies  , et  surtout 
» des  maladies  chroniques  qui  ont  déterminé  la  cachexie  , 
» le  maj’asme , une  débilité  profonde,  et  qui  ont  été  ac- 
» compagnées  d’obstacle  à la  circulation;  enfin  que  le  sang 
» n’a  pas  besoin  de  l’action  des  organes  sur  lui  pour  se 
» concréter,  et  qu’il  suffit  de  sa  stase  pour  séparer  la  fi- 
» brinedes  autres  parties...  » 

M.  Laënnec  ajoute  que  l’adhérence  d’une  concrétion  po- 
lypiforme  organisée  peut  être  conçue  : par  l’action  irri- 


DE  l’endocardite.  6 

tante  du  caillot  lui-même  sur  les  parois  du  cœur,  qui  peut 
déterminer  l’exsudation  d’une  lymphe  plastique;  2“  par 
1 existence  de  la  'vie  dans  les  concrétions  polypeuses  for- 
mées avant  la  mort.  Il  cherche  ensuite  à établir  qu’il  n’est 
peut-être  pas  suffisamment  démontré  que  la  production 
d’une  lymphe  plastique,  susceptible  de  s’organiser  et  de  se 
convertir  en  un  tissu  semblable  à celui  dans  lequel  elle 
se  forme , suppose  toujours  nécessairement  une  inflamma- 
tion. Pour  preuve  de  cette  assertion , il  dit  que  la  réunion 
des  plaies  faites  par  un  instrument  très  tranchant , lorsqu  on 
rapproche  sur-le-champ  les  lèvres  de  la  division^  a lieu  quel- 
quefois sans  signes  appréciables  d'inflammation. 

Enfin,  M.  Laënnec  admet  en  dernière  analyse  : 

I®  Que  la  stase  du  sang,  par  suite  d’un  obstacle  à son 
cours,  suffit  à elle  seule  pour  en  produire  la  concrétion  , 
et  déterminer  la  formation  d’un  coagulum  de  fibrine  orga- 
nisable; 

2°  Que  la  concrétion  du  sang  paraît  déterminer,  dans 
quelques  cas,  une  inflammation  réelle  et  accompagnée -de 
formation  d’une  fausse  membrane , particulièrement  dans 
les  veines; 

3°  Qu’il  paraît  certain  que  quelquefois , et  surtout  dans 
les  veines  où  la  circulation  est  peu  rapide,  une  inflamma- 
tion pseudo-membraneuse  de  leur  membrane  interne  peut 
être  la  cause  première  de  la  concrétion  du  sang,  qui  s’im- 
bibe dans  la  fausse  membrane , la  gonfle , et  tend  à se  coa- 
guler autour  d’eJle,  par  une  sorte  d’attraction  ; 

4°  Qu’enfin,  le  pus  absorbé  en  grande  quantité  par  une 
veine  , peut  devenir  de  plusieurs  manières  la  cause 
d’un  infarctus  sanguin,  en  se  mêlant  au  sang,  le  rendant 
moins  liquide  , le  concrétant  même  par  une  action  chimico- 
'vitale.^  et  en  enflammant  les  parois  des  veines. 

Au  reste  , M.  Laënnec  pense  que  : 

« L’inflammation  de  la  membrane  interne  du  cœur  et 
» des  gros  vaisseaux  est  une  affection  fort  rare. 


C>  MALADIES  DU  CŒUR  EN  rARTlCULIER. 

r>  Il  lui  semble  que  la  rougeur  des  membranes  inlcrnes 
» du  cœur  et  des  gros  vaisseaux  ne  peut  dans  aucun  cas  , et 
» quelle  qu’en  soit  la  nuance,  prouver  seule  l’inflamina- 
»tion,  et  qu’on  peut  affirmer  que  cette  rougeur  est  un 
B phénomène  cadavérique  ou  d’agonie  , toutes  les  fois 
B qu’elle  se  trouve  jointe  aux  circonstances  suivantes  : ago- 
B nie  longue  et  aecompagnée  de  suffocation  , altération 
B manifeste  du  sang,  décomposition  déjà  un  peu  marquée 
B du  cadavre. 

B On  pourrait  tout  au  plus  soupçonner  l’inflammation 
B dans  le  cas  où  la  rougeur  est  accompagnée  de  gonflement, 
B d’épaississement,  de  boursouflement. 

B La  formation  d’une  couche  pseudo-membraneuse  de 
B lymphe  plastique,  plus  ou  moins  adhérente  à la  surface 
B interne  du  cœur,  est  le  signe  le  plus  incontestable  de 
B l’inflammation  de  cette  membrane^  et,  avec  l’ulcération, 
B le  seul  certain  (i). 

B La  présence  du  pus  liquide  dans  le  cœur  n’a  guère  été 
constatée  que  dans  des  cas  d’ulcération  , et  on  ne  l’a  ja- 
B mais  trouvé  qu’en  très  petite  quantité  ; pn  conçoit  même 
B difficilement  que  cela  pùt  être  autrement  à raison  de  la 
B rapidité  de  la  circulation  dans  cet  organe , qui  doit  né- 
8 cessairement  entraîner  le  pus  à mesure  qu’il  se  forme. b 

Dans  le  chapitre  qu’il  a consacré  à V inflammation  do  V inté- 
rieur du  eœuret  des  artères , M.  le  docteur  Hope  n’a  presque 
rien  ajouté  à ce  qui  avait  été  déjà  publié  par  nous  sur  ce  sujet 
en  i8a4,  et  il  a cru  devoir  se  faire  en  quelque  sorte  l’écho 
de  tout  ce  qu’avait  ditM.  Laënnec,  contre  l’intervention  du 


(i)  « J'ai  trouvé  quelquefois,  dit  M.  Laënnec,  des  fausses  membranes  peu 

• étendues,  ordinairement  teintes  de  sang  par  imbibition  , fortement  adhérentes 

• aux  parois  des  oreillettes  ou  du  cœur,  chez  des  sujets  attaqués  d'autres  maladies 

• 4e  ces  organes,  et  particulièrement  des  végétations  qui  paraissent  être  dues 

• elles-mêmes,  dans  quelques  cas,  à rinflammation.  » ( Op.  cU,  , t.  Il , p.  608 
et  6(>p,  ) 


DK  l’endocardite.  7 

travail  inflammatoire  préalable  que  nous  avons  admis 
comme  point  de  départ  d’un  certain  nombre  de  lésions  dites 
organiques  des  valvules  du  cœur  ou  des  parois  de  l’aorte. 
D’ailleurs,  comme  M.  Laënnec,  RI.  Hope  ne  nous  apprend 
absolument  rien  , ni  sur  les  causes , ni  sur  le  diagnostic  de 
l’inflammation  de  la  membrane  interne  du  cœur. 

On  voit  par  ce  qui  précède  à quel  état  de  pénurie , si 
j’ose  m’exprimer  ainsi , se  trouvait  réduite  la  médecine  sur 
le  point  important  qui  nous  occupe.  Les  nouveaux  faits 
que  j’ai  recueillis  depuis  trois  ans  me  permettent  cepen- 
dant d’affirmer  que  l’inflammation  de  la  membrane  in- 
terne du  cœur  est , contrairement  à l’opinion  de  M.  Laën- 
nec, une  maladie  réellement  très  commune,  et  aussi  fré- 
quente que  la  péricardite  elle-même.  Cette  assertion,  je  le 
sais,  paraîtra  nécessairement  exagérée  à ceux  qui  n’ont 
point  encore  appris  à reconnaître  l’endocardite.  Elle  m’eût 
paru  telle  à moi-même , il  n’y  a pas  long-temps  encore  ; 
mais  le  moment  n’est  peut-être  pas  éloigné  où  ceux  qui 
doutent  de  la  fréquence  de  cette  maladie , changeront  d’o- 
pinion à cet  égard  , ainsi  que  cela  est  arrivé  aux  personnes 
qui  ont  assidûment  suivi  le  service  clinique  auquel  nous 
sommes  attaché. 

Une  eirconstance  qui,  je  l’avoue,  s’oppose  puissamment  à 
ce  que  l’on  reconnaisse  généralement  l’endocardite  aiguë  tou- 
tes les  fois  qu’elle  existe  sur  le  cadavre, c’est  l’impossibilité  où 
l’on  est,  dans  l’immense  majorité  des  cas,  de  constater  la  pré- 
sence de  la  matière  anormalement  sécrétée  sous  l’influence 
de  cette  inflammation.  Cette  matière,  en  effet,  soit  qu’elle 
consiste  en  du  véritable  pus,  soit  qu’elle  se  compose  d’une 
partie  séreuse  dans  laquelle  est  contenue  une  matière 
pseudo-membraneuse,  se  trouve  incessamment  balayée  par 
la  colonne  sanguine  qui  coule  à travers  les  cavités  du  cœur, 
et  la  petite  quantité  qui,  en  raison  de  sa  ténacité,  peut 
rester  dans  les  cavités  du  cœur , se  mêlant , se  confondant 
en  quelque  sorte  avec  le  sang,  n’offre  plus  les  caractères 


8 MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

tranchés  qu’on  lui  reconnaît  dans  les  autres  inflammations 
des  membranes  séreuses.  Nous  avons  vu  cependant  plus 
haut  que  Eaillie  , Burns,  et  M.  Laënnec  lui-même,  avaient 
cpnstaté  l’existence  d’une  production  pseudo-membraneuse 
à la  surface  interne  du  cœur , production  analogue  à celle 
que  nous  avons  rencontrée  nous-même  à la  surface  interne 
de  l’aorte  , dans  un  cas  que  nous  avons  recueilli  en  1822  et 
qui  a été  publié  dans  le  Traité  des  maladies  du  cœur. 

Au  reste , ce  serait  se  faire  une  idée  bien  étroite  de  l’in- 
fiammation  de  la  membrane  interne  du  cœur,  que  de  ne 
fonder  son  diagnostic  que  sur  la  présence  d’un  épanche- 
ment purulent  ou  pseudo-membraneux.  La  phlébite  elle- 
même  peut  être  reconnue  d’une  manière  certaine  dans  des 
cas  où  les  veines  qui  en  ont  été  le  siège  ne  nous  offrent  point 
d’épanchement  de  ce  genre. 

D’un  autre  côté,  ce  n’est  pas  uniquement  dans  l’anatomie 
pathologique  qu’il  faut  rechercher  les  preuves  de  l’existence 
de  l’inflammation  en  général , et  de  l’endocardite  en  par- 
ticulier. Si  les  inflammations  internes  ne  nous  révélaient 
leur  existence  que  de  cette  manière  , la  médecine  serait  la 
plus  aveugle  et  la  plus  misérable  de  toutes  les  sciences.  Mais 
il  n’en  est  pas  ainsi  : c’est  par  l’étude  des  causes  qui  ont  agi 
sur  le  malade,  par  l’analyse  des  signes  physiques  et  des  lé- 
sions fonctionnelles,  par  la  considération  de  la  marche  de 
l’affection,  de  son  mode  de  réaction  sur  le  système  de  l’éco- 
nomie, que  le  médecin  s’élève  au  diagnostic  de  la  maladie, 
et  l’anatomie  pathologique  n’est,  pour  ainsi  dire,  que 
le  complément  de  nos  connaissances. 

Quoi  qu’il  en  soit,  je  suivrai  dans  ce  chapitre  le  même 
ordre  que  dans  le  précédent  : en  conséquence  , je  diviserai 
les  observations  particulières  d’endocardite  que  je  vais  rap- 
porter, en  trois  catégories , comme  je  l’ai  fait  pour  les  ob- 
servations de  péricardite. 

Malheureusement,  je  le  répète,  les  observations  d’endo- 
cardite de  la  première  catégorie  ne  nous  offriront  pas  ces 


PREM.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDIIE.  9 

caracLcrcs  anatomiques  incontestables  que  nous  avons  trou- 
vés clans  les  observations  correspondantes  de  péricardi  te  ( 1 ). 

Mais  les  observations  d’endocardite  des  deux  autres  catégo- 
ries nousraontrei  o.it  des  lésions  essentiellement  les  mêmes 
que  celles  dont  il  a été  question  dans  les  observations  de 
péricardite  contenues  dans  les  categoiies  analogues. 

SECTION  PREMIÈRE.  • 

OBSERVATIONS  PARTICULIÈRES  SUR  l’eNDOCARDITE. 

PREMIÈRE  CATÉGORIE. 

OBSBRVATIOKS  d’eHDOCARDITE  PENDANT  LA  PÉBIODE  DB  CONGESTION  SANGUINE, 
DK  SUPPUBATION  KT  d’üLCÉRATION  CüUMBNÇANT*E. 


Les  observations  que  contient  cette  catégorie  sont  au 
nombre  de  treize.  Les  observations  i“,  5®,  i3®  et;  22%  que 
nous  avons  rapportées  dans  la  première  section  du  chapitre 
consacré  à l’histoire  de  la  péricardite  , sont  aussi  des  cas 
d’endocardite  à la  période  qui  fait  l’objet  de  cette  première 
catégorie. 

OBSERVATION  38®. 

■ Homme  de  3o  ans.  — Plenro-pneumonie  heureusement  combaliue  par  les 
saignées. — Phlébite  consécutive  à une  saignée.  — Fièvre  avec  phénomènes  ty- 
phoïdes. — Mort  dans  le  premier  septénaire  après  le  diagnostic  de  la  phlébite. 
— Rougeur  très  forte  de  la  membrane  interne  des  cavités  droites  du.;cœur,  avec 
concrétions  sanguines  ( point  de  rougeur  des  cavités  gauches  j.  — Rougeur, 
épaississement  des  veines  enflammées,  sans  présence  de  pus  dans  leur  cavité. 

Un  jardinier , âgé  de  3o  ans,  fut  admis  à la  Clinitjue,  le 


(1)  Je  m’étais  proposé  d’éclairer  l’anatomie  pathologique  de  l’endocardite  ai- 
guë au  moyen  d’expérience^  pratiquées  sur  les  animaux.  Mes  occupations  ne  m’en 
ont  pas  jusqu’à  présent  laissé  le  loisir.  Je  suis  bien  loin  cependant  d’avoir  re- 
noncé à ce  projet. 


10 


MALADIES  nu  C(»;UR  EN  PARTICULIER. 

26  juin  1 833.  Il  était  alTeclé  d’une  pleuro-pneuraonie  aiguë, 
qui  fut  combatiue  lieureusement  par  les  saignées  abondan- 
tes, et  répétées  coup  sur  coup.  Le  2 juillet,  le  pouls  était  à 
72,  la  respiration  à 24  , et  le  murmure  vésiculaire  était 
revenu  presque  à son  état  7iormal.  Le  malade  prenait  des 
bouillons  , des  potages  et  quelques  cerises. 

Cependant , le  3 juillet,  nous  observons  un  mouvement 
fébrile  asse/  marqué,  et  le  malade  dit  avoir  éprouvé  des 
frissons  , suivis’d’une  forte  chaleur. 

4.  Les  frissons  ont  encore  eu  lieu,  alternant  avec  des 
sueurs  abondantes,  comme  si  le  malade  élit  éprouvé  un  'véri- 
table  accès  de  fièvre  intermittente;  oppression  , pouls  à 108- 
112  ; soif  considérable  ; visage  altéré , grippé. 

\i grains  de  suif ate  de  kinine  h la  surface  d’un  'vésicatoire. 

5.  Visage  plus  altéré  , plus  jaune  ,'  air  de  stupeur.  Ne 
trouvant  aucun  rapport  entre  l’état  actuel  du  malade  et  sa 
pleuro-pneumonie  , nous  redoublons  nos  interrogations,  et 
nous  apprenons  qu’à  la  suite  de  la  dernière  saignée,  le  bras 
est  devenu  douloureux,  et  qu’il  s’est  gonflé.  Nous  ne  tar- 
dons pas  à constater  l’existence  d'une  phlébite  , et  tous  les 
accidensnous  sont  alors  expliqués.  Il  s’écoule  à travers  l’ou- 
verture de  la  veine  restée  béante,  du  pus  , ou  de  la  sérosité 
grumeleuse  ; le  membre  est  le  siège  d’un  empâtement  géné- 
ral, et  médiocrement  douloureux  dans  le  trajet  de  ses  veines, 
lesquelles  ne  sont  pas  cependant  transformées  en  cordons 
rouges  et  saillans  au-dessous  de  la  peau. 

Etat  d’anxiété,  accompagné  d’un  léger  trouble  des  fonc- 
tions intellectuelles,  parole  brève,  saccadée;  chaleur  vive, 
et  aridité  de  la  peau  ; langue  sèche , grillée  ; haleine  fétide, 
aigrelette,  piquante  ; respiration  précipitée  ; pouls  à 100. 

20  sangsues  à l’ avant-bras,  bains  locaux;  cataplasmes;  limo- 
nade ; lavemens  ; diète. 

Le  malade  succombe  le  meme  jour , à 9 heures  du  soir. 

Autopsie  cadavérique , le  lendemain  à huit  heures  du 
matin  ( onze  heures  seulement  après  la  mort). 


PREM.  CATÉG.  DOBSERV.  d’eNDOCARDITE.  Il 

I ® Appareil  S/VNGUiN. — Le  cœur  est  volumineux,  flasque, 7nou. 
Les  cavités  droites  contiennent  des  caillots  de  sang,  en  partie 
noirâtres , en  partie  décolorés  ; les  cavités  gauches  rd en  contien- 
nent pas.  La  membrane  interne  du  cœur  droit  est  très-rouge  ; 
celle  du  cœur  gauche  conserve  sa  teinte  normale.  Les  valvules 
de  V artère  pulmonaire  et  la  membrane  interne  de  ce  vaisseau  et 
de  ses  ramifications  offrent  une  l'ougeur  très  prononcée  ( des 
caillots  se  rencontrent  dans  quelques  unes  des  divisions  de  V ar- 
tère pulmonaire).  U aorte  offre  à l’intérieur  une  rougeur  poin- 
tillée,  moins  foncée  que  celle  de  V artère  pulmonaire.  — 

Les  parois  de  la  veine  basilique  sont  épaissies  ; sa  membrane 
interne  présente  une  rougeur  qui  est  uniforme  dans  ses  ramifi- 
cations, et  distribuée  par  p laques  en  remontant  vers  l aisselle; 
le  sflug  qu’elle  contient  est  liquide  {on  n’y  trouvepas  de  véritable 
pus)  ; la  surface  interne  de  la  veine  est  ridée  et  comme  chagri- 
née; r épaississement  des  parois  du  vaisseau  disparaît  au-delà 
de  Vaisselle,  mais  la  rougeur  se  continue  jusqu’au  cœur.  Les 
veines  profondes  du  bms  sont  rouges  intérieurement , mais  non 
épaissies.  Les  veines  du  bras  sain  ne  présentent  point  de  rou- 
geur, et  leur  surface  interne  est  lisse  et  polie.  — La  membrane 
interne  de  la  veine  cave  inférieure  est  fortement  colorée  en  un 
rouge  cuivreux , couleur  qui  s’étend  jusque  dans  les  veines  ilia- 
ques et  crurales.  ..  u'; 

2°  Org.respir. — Les^^^mons  sont  encore  chauds  : le  gau- 
che est  tapissé  d’uiife^isse-membrane  , libro-celluleuse  , 
superposée  à la  plè:i^é)"q'ui  est  mince  et  transparente  comme 
à l’état  norm^‘ il'nrç  très  bien  à sa  partie  antérieure  ; 
mais  en  arrièt^  splénisé  et  gorgé  de  sérosité.  Son 

tissu  se  déchire  •^Gïlement , et  la  surface  de  la  déchirure 
offre  une  couTeur  d’ün  rouge  brun,  et  un  aspect  grenu. 
%he  poumon  droit  est  mou , souple , élastique , si  ce  n’est 
en  arrière,  où  Ton  observe  une  congestion  séreuse.  Bron- 
ches saines. 

3®  Org.  de  l’innerv.  — La  surface  du  cerveau  est  hu- 
mectée de  ÿérosité  ; pie-mère  soulevée  par  quelques  bulles 


12  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

de  gaz  ; quelques  cuillerées  de  sérosité  à la  base  du  crâne  et 
dans  les  ventricules.  Substance  cérébrale  blanche  , peu 
injectée,  d'une  bonne  consistance. 

RÉFLEXIONS. 

Il  serait  bien  difficile  de  nier  la  nature  inflammatoire  de 
la  rougeyr  de  la  membrane  interne  du  cœur  droit , dans 
le  cas  que  nous  venons  de  rapporter.  En  effet,  elle  n’est  en 
quelque  sorte  que  la  continuation  d’une  rougeur  de  veines 
manifestement  enflammées;  et  l’autopsie  cadavérique  a été 
faite  à une  époque  si  voisine  de  la  mort,  que  l’imbibition 
cadavérique  n’avait  pas  eu  le  temps  de  s’opérer.  Notez 
d’ailleurs  que  la  rougeur  n’était  point  générale,  et  que  son 
intensité  était  d’autant  plus  prononcée  qu’on  l’examiirait 
dans  des  points  plus  rapprochés  du  foyer  primitif  de  l’in- 
flammation. 

Ici  nous  ne  disons  pas  qu’il  y a eu  inflammation  parce 
que  la  membrane  interne  du  système  veineux  est  rouge , 
mais  plutôt  que  cette  rougeur  est  injiavimatoire  ^ parce  que 
nous  avions  constaté  tous  les  autres  signes  d’une  inflamma- 
tion veineuse. 

Les  caillots  des  cavités  droites  et  de  l’artère  pulmonaire 
n’étaient  probablement  pas  entièrement  indépendans  de 
la  phlébo-endocardite. 

OBSERVATION  39=. 

Homme  de  27  ans.  — Indammalion  traumatique  du  membre  inférieur  gau- 
che, terminée  par  gangrène. — Fièvre  violente,  avec  phénomènes  dits  ataxo- 
adynamiques. — Mort  le  cinquième  jour.  — Rougeur  de  la  membrane  interne 
du  cœur,  et  surtout  des  valvules;  même  rougeur  de  la  membrane  interne  du 
système  veineux  en  général , mais  spécialement  des  veines  du  membre  inférieur 
gauche  et  de  la  veine-cave  inférieure , dans  lesquelles  existe  une  sanie  puru-* 
l'.nle.  — Concrétion  sanguine  dans  les  cavités  droites  du  cœur. 

Un  homme  de  27  ans,  d’une  très  forte  constitution, 
carrier,  fut  apporté  à l’hôpital  Cochin  , dau,s  les  premiers 


PREM.  CATÉ(Ï.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  i3 

jours  de  janvier  1825.  Une  énorme  pierre  venait  de  lui 
tomber  sur  le  membre  inférieur  gauche  : une  plaie  affreuse, 
avec  atlriiion  de  toutes  les  parties  molles  , existait  à la  par- 
tie externe  et  postérieure  de  la  jambe , et  lournissait  du 
sang  en  abondance;  décollement  de  la  peau  dans  une 
grande  étendue;  contusion  violente  et  infiltration  sanguine 
de  la  cuisse  en  plusieurs  points;  tumeur  sanguine  autour 
du  genou.  Une  fièvre  violente  ne  tarde  pas  à se  déclarer; 
pouls  dur,  fréquent  et  fort , agitation  , délire.  Cependant 
la  plaie  et  toutes  les  parties  environnantes  s’enflamment  et 
tombent  de  suite  en  gangrène  ; la  cuisse  , tuméfiée  à la  fois 
par  l’infiltration  sanguine  et  la  fluxion  inflammatoire,  de- 
vient aussi  emphysémateuse  et  résonne  comme  un  tambour 
quand  on  la  frappe.  Le  malade  tombe  dans  une  prostration 
profonde  , son  ventre  se  météorise , et  il  succombe  dans  un 
état  typhoïde  et  vraiment  putride , le  cinquième  jour  après 
son  entrée. 

L’ouverture  du  cadavre  ne  fut  faite  que  40  heures  après 
la  mort  ; mais  , comme  on  était  alors  au  mois  de  janvier, 
le  cadavre  était  à peu  près  tel  qu’au  moment  de  la  mort , et 
les  altérations  que  nous  allons  indiquer  étaient  très  proba- 
blement le  résultat  de  la  phlébo-endocardite  , suite  de 
l’inflammation  gangréneuse  externe. 

.Les  veines  des  membres  inférieurs  et  la  veine  cave  ascen- 
dante , qui  était  distendue  par  des  gaz,  ne  contenaient 
que  quelques  atomes  d’un  sang  décomposé  , sorte  de  nanie 
purulente , brune  ou  jaunâtre,  grasse , grumeleuse , légèrement 
agglutinée  à la  membrane  interne  : celle-ci  était  d’un  rouge 
brunâtre,  même  dans  les  'veines  qui  ne  contenaient  pas  de  sang, 
la  saphène,  par  exemple  (1).  La  rougeur  de  la  membrane  in- 
terne des  veines  se  prolongeait  dans  les  cavités  du  cœur,  sur- 
tout autour  des  'valvules,  ainsi  ciue  dans  l’artère  et  les  'veines 


(i)  La Teine  crurale,  au  contraire,  contenait  une  certaine  quantité  de  sang 
coagulé , analogue  à de  la  lie  de  vin. 


l4  MALADIES  nu  CŒUR  EN  PARTICULIER.* 

pulmonaires.  La  membrane  interne  de  l'aorte  et  des  artères 
qui  en  naissent  était  également  rouge  ; mais  sa  rougeur  était 
P’fVe,  écarlate  et  non  brunâtre  ou  noirâtre,  comme  celle  du  sys- 
tème 'veineux.  La  membrane  du  système  sanguin  ainsi  rougie 
se  détachait  avec  une  grande  facilité. — Le  cœur  était  ramolli  et 
crépitait  comme  les  pjoumons  en  raison  de  l'infiltration  gazeuse  \ 
dont  il  était  le  siège.  Une  concrétion  sanguine  se  rencontrait 
dans  les  cavités  droites  du  cœur;  V aorte  était  'vide. 

• 

REFLEXIONS. 

Si  ce  malade  n’avait  pas  présenté  pendant  la  vie  les  symp- 
tômes évidens  d’une  inflammation  traumatique  du  système 
veineux,  on  pourrait,  jusqu’à  un  certain poinlf  rapporter  la  i 
rougeur  de  la  membrane  interne  du  cœur  à une  imbibition  | 
purement  cadavérique.  J’ai  observé  un  trop  grand  nombre 
de  cas  dans  lesquels  cette  rougeur  est  due  à cette  dernière 
cause,  pour  attribuer,  sans  un  mûr  examen , une  rougeur 
donnée  du  cœur  à une  inflammation  de  samembi’ane  interne. 
Au  reste,  je  conviens  que  le  cas  précédent  peut,  à la  rigueur, 
fournir^ matière  à discussion.  L’observation  suivante  a été 
recueillie  par  M.  Ribes,  qui  jouit , à si  juste  titre,  de  la 
réputation  d’observateur  aussi  profond  que  consciencieux. 

OBSERVATION  40e, 

Femme  de  36  ans.  — Inflammation  des  veines  du  bras.  — Fièvre  avec  pliéno- 
mènes  typhoïdes.  — Mort  dix  à quinze  jours  après  le  dél)ut.  — Epaississement 
des  parois  des  veines  du  bras,  suppuration.  — Les  traces  d’inflammation  se  conti- 
nuent dans  les  cavités  droites  du  cœur. 

Une  danie  de  86  ans,  sujette  aux  angelures  des  mains, 
en  éprouva  de  si  violeûtes  au  mois  de  décembre  1799, 
qu’elle  se  détermina  à envoyer  chercher  M.  Ribes.  La  main 
gauche  était  sur  le  point  de  tomber  en  gangrène.  Les  vei-  ! 
nés  du  membre  étaient  dilatées  , tendues,  et  la  douleur  de  ! 
cette  partie  était  telle  , que  le  moindre  attouchement  faisait  i 
jeter  les  hauts  cris  à la  malade.  Le  traitement  mis  en  usage  ! 


, 


PREM.  CATÉG.  d’oRSERV.  d’eNDOCARDITE.  i5 

fut  suivi  de  soulagement.  Mais  le  2 janvier,  les  accidens 
avaient  reparu  : agitation  très  grande;  fièvre  avec  frissons; 
branches  des  veines  basilique,  médiane,  cubitales  anté- 
rieure et  postérieure  j rouges  et  enflammées  jusqu’au  tronc 
de  la  basilique.  La  circulation  était  arrêtée’dans  les  bran- 
ches de  la  veine  céphalique , qui  étaient  saillantes  et  rou- 
geâtres ; plusieurs  phlyctènes  se  remarquaient  à la  partie 
externe  et  inférieure  de  l’avant-bras  ; pouls  très  fréquent , 
intermittent  {^quinquina,  thériaque^  — Les  jours  suivans,  les 
phénomènes  typhoïdes  se  déclarent  ( prostration  , météo- 
risme , langue , lèvres  et  gencives  fuligineuses  , délire  ) , en 
même  temps  que  l’inflammation  gangréneuse  de  l’avant- 
bras  fait  des  progrès.  — La  mort  arrive,  le  13,  à six  heures 
du  matin. 

Autopsie  cadavérique,  ay  heures  après  la  mort. 

Inflammationdes  veines  basilique,  médiane  et  cubitales^  veines 
céphalique,  médiane  et  radiale,  dilatées  par  une  matière  puru- 
lente, qui,  dans  certains  endroits , ressemble  à delà  lie  de  vin,  tan- 
dis que  dans  d'autres  elle  n’est  autre  chose  que  du  pus  bien formé. 
Augmentation  de  V épaisseur  des  parois  de  toutes  ces  veines,  qui, 
coupées  en  travers , restent  béantes  comme  des  artères  ; intérieur 
de  ces  vaisseaux  inégal , parsemé  d' enfoncemens  ulcéreux , et 
couverts  de  villosités  très  apparentes , quand  on  fait  flotter  la 
Veine  dans  Veau;  les  ulcérations  se  propagent  jusqu  au  cin- 
quième inférieur  du  tronc  de  la  céphalique;  le  reste  de  l’inté- 
rieur de  ce  vaisseau  est  lisse,  rempli  d’un  pus  sanguinolent.  La 
veine  axillaire  contient  du  pus,  et  présente  des  traces  d’inflam- 
mation ciui  se  continuent  dans  la  veine  cave  supérieure , et  jus- 
qu’à l’intérieur  de  l’oreillette  et  du  ventricule  droits  (i).  Un 
peu  de  sérosité  sanguinolente  dans  le  péricarde,  êt  dans  la  plè- 
vre gauche,  qui  est  légèrement  enflammée.  Le  poumon  droit 
paraît  avoir  été  atteint  par  l’inflammation. 


(i)  Il  est  fâcheux  que  les  caractères  anatomiques  de  cette  inflammation  du 
cœur  ne  soient  pas  exactement  décrits. 


i6 


MALADIES  DU  COEUR  EN  PAITICULIER. 


OBSERVATION  /H«-. 

Homme  de3i  aos.— Douleurs  dans  les  membres.— Plus  tard,  symptômes  d’in- 
flammation pulmonaire.  — Mort  assez  rapide.  — Rougeur  de  la  membrane  in- 
terne des  oreillettes?  et  caillots  fibrineux  dans  les  cavités  du  cœur.  — Pus  dans 
les  veines  des  membres.  — Fausses  membranes  dans  les  divisions  de  l'artère 
pulmonaire.  — Plusieurs  foyers  purulens  dans  les  poumons,  etc. 

r 

Un  jeune  homme  de  3 1 ans  , vigoureux , brun , était  en- 
tré à rhôpital  de  la  Charité  (service  de  M.  Rullier)  pour  des 
douleurs  dans  les  cuisses , qu’on  prit  d’abord  pour  une  né- 
vralgie’^ cependant , comme  il  existait  une  fièvre  très  forte, 
une  chaleur  ardente  de  la  peau  et  une  soif  très  vive,  on 
soupçonna  quelque  complication  inflammatoire.  Le  malade 
fut  soumis  à un  traitement  antiphlogistique  qui  procura 
du  soulagement.  Les  douleurs  de  cuisse  disparurent  à peu 
près  complètement;  mais  il  restait  toujours  un  malaise 
général , une  sorte  d’irritation  sourde.  On  accorde  des  ali- 
mens  au  malade  qui  les  réclame  avec  instance  ; la  fièvre  se 
ranime,  du  dévoiement  survient,  les  pieds  deviennent  dou- 
loureux, la  douleur  des  cuisses  reparaît,  et  une  infiltra- 
tion très  marquée  s’empare  des  membres  inférieurs. 

Tous  ces  symptômes  vont  en  s’exaspérant  ; le  visage  s’al- 
tère , la  langue  se  sèche  et  devient  croùteuse;  un  point  de 
côté  se  fait  sentir,  accompagné  de  toux,  de  matité  et  de 
râle  crépitant  à la  partie  inférieure  du  côté  gauclie  de  la 
poitrine.  Le  malade  ne  tarde  pas  à succomber  ( 1 ). 

Autopsie  cadavérique,  le  25  août  1838 , vingt  heures  après 
la  mort. 

1°  Habit,  extér.  — Cadavre  d’un  jeune  homme  fortement 
constitué,  et  conservant  encore  de  l’embonpoint.  Infiltra- 
tion des  membres  inférieurs,  mais  surtout  du  droit  (2). 


(i)  Ces  détails,  malheureusement  un  peu  incomplets,  me  furent  donnés  pour 
la  plupart  par  M.  Thourel , alors  interne  dans  le  service  de  M.  Rullier. 

(a)  A la  rue  de  cette  infiltration  partielle,  j’annonçai  qu’on  trouverait  une 
oblitération  reineuse. 


PREM.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  I7 

2°  Or  g.  circulât,  et  respirât.  — Cœur  un  peu  contracté 
sur  lui-même.  Ses  cavités  contiennent  des  caillots  fibrineux, 
dans  lesquels  on  ne  trouve  point  de  pus.  Rougeur  de  la 
membrane  interne  des  oreillettes  ^ de  celle  de  la  gauche  particu- 
lièrement. État  inégal  et  comme  mamelonné  de  la  membrane 
interne  de  l’origine  de  l’aorte,  sans  aucune  trace  de  rou- 
geur. Plusieurs  divisions  des  veines  pulmonaires  sont  rem- 
plies, oblitérées  par  des  caillots  de  sang  altéré,  friable,  grume- 
leux, analogue  à de  la  lie  de  vin  et  comme  mêle  de  pus. 
En  poursuivant  quelques  unes  des  veines  ainsi  oblitérées  , 
on  a trouvé  dans  leur  cavité,  là  du  véritable  pus  liquide, 
ici  du  pus  concret,  ailleurs  une  véritable  fausse-mem- 
brane  très  adhérente  à la  paroi  interne  de  la  veine  où 
elle  se  rencontrait  : les  parois  veineuses  étaient  roanifesle- 
ment  épaissies.  Une  des  veines  qui  contenaient  des  fausses 
membranes  semblait  aboutir  à un  foyer  de  pus  situé  dans 
l’intérieur  du  poumon.  En  comprimant  le  tissu  pulmou  aire 
on  voyait  suinter  des  gouttelettes  de  pus,  ou  bien  s’échap- 
per de  petits  cylindres  de  fibrine  altérée,  par  les  extrémités 
des  veines  divisées.  Les  troncs  des  veines  pulmonaires 
contenaient  du  sang  liquide,  et  leur  membrane  interne 
offrait  une  rougeur  analogue  à celle  de  l’oreillette  gauche, 
non  accompagnée  d’épaississement. 

La  veine  cave  inférieure  paraît  tendue  , gonflée,  jusque 
vers  le  point  où  elle  reçoit  la  veine  hépatique.  Fendue  lon- 
gitudinalement, on  la  trouve  gorgée  de  sang  concret,  al- 
téré : à la  surface  de  la  concrétion  qui  la  remplit , apparaît 
une  matière  semblable  à de  la  lie  de  vin  et  que  chacun  des 
assistans  reconnaît  pour  un  mélange  de  sang  et  de  pus.  Sur 
la  paroi  interne  de  la  veine  , existe  une  véritable  fausse 
membrane,  plus  ou  moins  adhérente , selon  les  régions  où 
on  l’examine;  là  d’un  blanc  jaunâtre,  ailleurs  rougie  ou 
noircie  par  le  sang,  d’une  consistance  égale  à celle  des 
fausses  membranes  pleurétiques.  La  présence  de  cette 
fausse  membrane  était  la  principale  cause  de  l’épaississe- 
a.  9 


l8  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

ment  que  présentaient  les  parois  de  la  veine  cave.  De  cette 
veine , les  altérations  que  nous  venons  de  décrire  s’éten- 
daient dans  les  veines  iliaques  et  dans  toutes  les  veines 
profondes  du  membre  abdominal  droit,  dont  plusieurs 
contiennent  du  véritable  pus,  sans  rougeur  sensible  de  leur 
membrane  interne  qui  paraît  seulement  moins  transparente  qua 
Vétat  normal.  Plusieurs  petits  foyers  de  pus  existent  autour 
des  veines  oblitérées  et  enflammées.  Un  foyer  très  consi- 
dérable existe  dans  les  muscles  du  mollet  ( les  nerfs  de  la 
partie  postérieure  de  la  jambe  semblent  hypertrophiés). 
Les  veines  sous-cutanées  sont  libres.  — Les  veines  du  mem- 
bre gauche,  moins  infiltré  que  le  droit,  sont  perméables 
( la  veine  iliaque  de  ce  côté  participait  à l’affection  de  la 
veine  cave  et  des  veines  du  membre  du  côté  droit).  La 
veine  porte  est  saine. 

Le  côté  gauche  de  la  poitrine  contenait  une  grande  quan- 
tité d’une  sérosité  citrine  , partout  limpide , si  ce  n’est  à la 
partie  la  plus  déclive  où  se  trouvent  des  flocons  en  abon- 
dance. Le  poumon  gauche,  refoulé  vers  le  rachis,  atrophié 
jusqu’à  un  certain  point  par  la  compression,  est  parsemé 
de  fausses-membranes  fibrineuses,  épaisses  , adhérentes  ou 
libres  et  flottantes,  organisées  en  partie  ou  bien  encore 
amorphes.  Dans  un  pouce  cube  environ  de  la  base  de  ce 
poumon,  existe  un  foyer  d’un  pus  lie-de-vin,  assez  semblable 
celui  d’un  phlegmon  extérieur  non  encore  mûr,  ou  mieux 
encore  au  bourbillon  d’un  anthrax  ; ce  foyer  n’exhale  au- 
£une  odeur  de  gangrène  , et  tout  autour  existe  une  conges- 
tion sanguine  très  prononcée.  — Les  bronches  et  leurs  rami- 
fications ne  présentent  aucune  lésion.  — Il  n’existe  aucun 
épanchement  dans  le  côté  droit  de  la  poitrine  ; le  poumon 
correspondant,  généralement  gorgé  de  sang,  bien  que 
crépitant , est  parsemé , surtout  vers  son  bord  antérieur, 
de  plaques  rouges , d’indurations  partielles  , ou  de  véri- 
tables foyers  de  pus,  parfaitement  circonscrits,  lésions 
qui,  rappellent  exactement  celles  qu’il  est  si  commun  dé 


PREM.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  10 

rencontrer  chez  les  individus  qui  succombent  aux  grandes 
opérations  chirurgicales.  Disséquées  attentivement,  les 
parties  du  poumon , ainsi  transformées  en  plaques  ou 
noyaux  indurés , offrent  tous  les  caractères  anatomiques 
de  l’inflammation  commençante  : le  tissu  , devenu  fragile  , 
s'écrase  comme  dans  l’hépalisalion  ; il  semble,  en  le  déchi- 
rant avec  les  doigts,  qu’on  sente  des  caillots  fibrineux  dans 
les  vaisseaux  d’un  petit  calibre.  Dans  quelques  unes  des 
masses  indurées  , on  voit  un  commencement  d'infiltration 
purulente;  un  seul  des  foyers  de  pus  était  situé  à une  cer- 
taine profondeur  du  poumon.  — Des  adhérences  organi- 
sées, d’ancienne  date,  existaient  dans  les  scissures  de  ce 
poumon.  — Les  bronches  de  ce  côté , comme  celles  de 
l’autre , sont  à l’état  normal. 

3®  Org.  clig.  et  annex.  — L’estomac  et  les  intestins  n’of- 
frent aucune  lésion  notable.  Le  foie  est  sain.  La  rate  est 
ramollie  : sa  substance  , d’un  gris  rougeâtre , se  réduit  en 
bouillie,  à une  légère  pression,  comme  si  elle  était  infiltrée 
de  pus  et  de  sang.  En  comprimant  les  reins , il  s’en  écoule 
une  urine  évidemment  purulente.  Dans  le  tissu  cellulaire 
qui  environne  la  vessie,  on  rencontre  de  petits  foyers  de  pus 
louable,  lequel  nous  paraît  provenir  de  quelques  veines  voisi- 
nes divisées.  La  vessie,  contractée,  contient  très  peu  d’urine. 
On  n’est  pas  peu  surpris  d’y  rencontrer  un  calcul  de  forme 
très  alongée  : on  veut  le  retirer  , et  on  s’aperçoit  qu’il  s’est 
développé  autour  d’une  des  extrémités  d’une  épingle  à 
friser  , qui,  dans  les  trois  quarts  de  son  étendue,  n’est  re- 
couverte d’aucune  concrétion  saline.  Du  volume  d’une  ave- 
line, il  est  formé,  de  couches  irrégulières,  disposées  comme 
la  matière  dont  les  hirondelles  composent  leur  nid,  suivant  la 
remarque  de  M.  le  docteur  Hervez  de  Chégoin,  présent  à 
l’ouverture.  La  membrane  interne  de  la  vessie,  fortement 
épaissie,  parsemée  de  plaques  d’un  rouge  foncé,  d’admira- 
bles réseaux  capillaires,  était  comme  rugueuse,  papilleuse, 
à sa  face  interne. 

3. 


MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

On  scia  avec  précaution  les  fosses  nasales  dans  le  but 
d’examiner  un  polype  sarcomateux  qu’on  a\ait  cru  recon- 
naître, et  pour  lequel  M.  Rullier  avait  fait  appeler  M.  le  pro- 
fesseur Boyer,  durant  la  vie  du  malade.  On  fut  fort  étonné 
de  rencontrer,  au  lieu  d’un  polype  sarcomateux,  une  véri- 
table concrétion  calculeuse  , analogue  à celle  de  la  vessie  , 
enchâtonnée  dans  la  membrane  muqueuse  épaissie  et  noi- 
râtre. Cette  concrétion  avait  dilaté  la  partie  supérieure  de 
la  fosse  nasale  où  elle  était  contenue. 

L’attention  avec  laquelle  nous  examinâmes  les  nom- 
breuses lésions  qui  viennent  d’être  décrites,  nous  fit  ou- 
blier  d’ouvrir  les  articulations  où  nous  soupçonnions  du 
pus  (1  ). 

REFLEXIONS. 

Dans  ce  cas  , l’inflammation  de  la  membrane  interne  du 
cœur  paraît  encore  n’avoir  été  qu’une  sorte  d’extension,  de 
propagation  d’une  inflammation  du  système  veineux.  Les 
douleurs  que  le  malade  éprouvait  dans  les  membres  infé- 
rieurs, lorsqu’il  fut  admis  à l’hôpital,  étaient-elles  rhuma- 
tismales, et  n’est-ce  que  plus  tard  que  les  veines  de  ces 
parties  s’enflammèrent?  N’ayant  point  observé  le  malade 
à cette  époque,  je  ne  puis  répondre  d’une  manière  positive 
à la  question  dont  il  s’agit;  mais,  dans  l’observation  sui- 
vante, qui  a été  publiée  par  M.  Van  deKeere,  dans  le  jour- 
nal universel  des  sciences  médicales  ( tom.  39  , 1825  ) , nous 
verrons  un  exemple  remarquable  d’une  inflammation  de 
la  membrane  interne  du  cœur  et  des  vaisseaux,  chez  un 
individu  affecté  de  rhumatisme  articulaire  aigu. 


(i)  Parmi  les  nombreuses  personnes  qui  assistaient  ainsi  que  nous  à celte  in- 
téressante autopsie  cadarérique,  se  trouvaient  MM.  Huilier,  Thourcl  (interne 
de  li.  Rullier),  Ilervex  de  Chcgoin,  Daltnas,  Revnaud,  Littré,  etc. 


i«REM.  CATÉG.  d’obSERV.  ü’e«DüCABD1TE. 


21 


OBSERVATION  W«.  ^ 

Homme  de  5o  ans. — Rhumatisme  articulaire  aigu.  — Fièvre  très  violente  , 
anxiété.  — Mort  le  dixième  jour  après  le  début  du  rhumatisme.  — Rougeur 
presque,  générale  de  la  membrane  interne  du  cœur,  surtout  aux  valvules  ; caillots 
fibrineux  et  albumineux  dans  les  cavités  du  cœur.  — Rougeur  et  épaississement 
de  la  veine  saphène  interne.  — Pus  dans  les  articulations. 

Un  soldat,  âgé  d’environ  30  ans,  fat  admis  à l’hôpital 
de  La  Garde,  le  30  juillet  4825,  pour  une  maladie  fébrile, 
dont  il  fut  assez  promptement  guéri. 

Ce  soldat  mangeait  les  trois  quarts  de  la  portion  , lors- 
que le  16  du  mois  d’août,  journée  très  humide,  après  s’être 
endormi  dans  la  cour,  Sur  un  banc  de  pierre,  il  fut  pris 
d’un  mouvement  febrile. 

17.  Douleurs  vives  dans  les  articulations  et  spécialement 
dans  les  genoux  ; fièvre  très  intense,  peau  brûlante  {^sang- 
sues aux  genoux;  diète;  boissons  délaj.  ) . 

18  ,'  19 , 20.  Persistance  de  la  fluxion  rhumatismale  et  de 
la  fièvre  [large  saignée  ; sangs . et'vent.  scarif  aux  genoux). 

21.  Fièvre  violente  encore  ( couenne  sur  le  sang). 

On  pratique  une  nouvelle  saignée,  qui  fournit  une 
couenne  plus  épaisse  encore  que  celle  de  la  veille. 

M.  Régnault,  médecin  en  chef  de  l’hôpital,  diagnosti- 
que, outre  le  rhumatisme  articulaire  aigu  , une  inflamma- 
tion des  '))aisseaux. 

22  et  23.  Peu  de  changement  {nouvelle  saignée). 

24  et  25.  Pouls  aussi  plein  et  dur  que  les  jours  précé- 
dens  , peau  toujours  chaude  ; membres  inférieurs  étendus 
et  immobiles  ; teinte  ictérique  très  prononcée  ( nouvelle 
saignée).  ^ 

Le  25,  à 4 heures,  l’anxiété  du  malade  augmente;  il 
existe  une  fluctuation  manifeste  dans  le  genou  gauche  ; le 
sang  de  la  dernière  saignée  est  couvert  d’une  couenne 
teinte  en  jaune  [nouvelle  saignée). 


S'a  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

26.  Exaspération  de  tous  les  symi^tomes  {nouvelle  sai- 
gnée). — Mort  dans  la  nuit. 

Autopsie  cadavérique , le  28,  à 9 heures  du  matin. 

1°  Système  circulatoire.  — A l’extérieur,  le  cœur  est  d’un 
jaune  pâle.  La  membrane  interne  y dans  sa  presque  totalité ^ 
offre  une  rougeur  foncée , qui  s’étend  aux  'valvules  gauches. 
Cette  rougeur  règne  également , mais  à un  moindre  degré , sur 
la  membrane  interne  de  l’aorte.  Caillots fibrineux  et  albumineux 
dans  les  cavités  du  cœur. 

Rougeur  intense  de  la  veine-porte  et  de  ses  ramifica- 
tions. 

Membrane  interne  de  l’artère  crurale  d’un  rouge  intense. 

Saphène  interne  ouverte  dans  l’étendue  de  trois  pouces, 
à la  partie  moyenne  de  la  jambe,  d’un  rouge  pourpre , épais- 
sie, enf  aminée  dans  toute  son  épaisseur. 

2°  Articulations.  — Une  grande  quantité  d’un  pus  jaune  et 
bien  lié,  dans  la  capsule  des  articulations  fémoro-tibiales. 
Rougeur  et  épaississement  de  la  synoviale. 

' 3“  Org.  respir.  — Adhérences  celluleuses  dans  les  deux 
côtés  de  la  poitrin  e.  Engorgement  séro-sanguin  de  la  partie 
postérieure  de  chaque  poumon.  ^ 

4®  Org.  digest.  — R.ien  de  bien  notable. 

5®  Org.  de  l’innerv.  — Cerveau  sain;  injection  des  mé- 
ninges. ^ 

RÉFLEXIONS. 

Voilà  encore  un  cas  d’inflammation  du  tissu  séro-fibreux 
du  cœur  , chez  un  individu  affecté  de  rhumatisme  articu- 
laire aigu  Mais  dans  ce  cas,  les  veines  et  les  artères  ont  été 
enflammées  en  même  temps  que  le  cœur,  et  peut-être 
avant  lui.  Les  exemples  de  pareilles  inflammations  de  la 
membrane  interne  du  cœur  ou  des  vaisseaux  coïncidant 
avec  une  affection  rhumatismale  aiguë,  sont  bien  moins 
rares  qu’on  ne  l’avait  jiensé  jusqu’ici,  .l’en  ai  vu  tout  ré- 
cemment encore  trois  nouveaux,  l’un  chez  unjeune  homme 


PIIEM.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  23 

de  14  ans,  auprès  duquel  M.  le  docteur, Sarlandière nous 
appeler  en  consultation,  MM.  les  professeurs  Broussais  \ 
Marjolin  et  moi  ; l’autre  chez  une  nourrice , couchée  au 
n“  4 de  la  salle  Ste-Madeleine  (1),  le  troisième  , chez  une 
jeune  fille , couchée  au  n”  6 de  la  même  salle. 

OBSERVATION 

Jeune  homme  de  20  ans. — Endo-péricardite  aiguë  chez  un  sujet  atteint  d’épais- 
sissement desTalvules  gauches,  et  d’une  hypertrophie  du  cœur. — Voussure  de  la 
région  précordiale,  bruit  de  scie  diffus  et  bruit  de  soufflet,  frémissement  vibratoire. 
— Tendance  à l’assoupissement. — Accès  convulsif,  avec  perle  de  connaissance, — 
Mort  quatre  ou  cinq  jours  après  les  premiers  symptômes  de  l’endocardite  aiguë, 
— Fausses  membranes  rugueuses,  granulées,  sur  le  péricarde  ; concrétions  san- 
guines formées  avant  la  mort  dans  les  cavités  gauches  et  droites  du  cceur  ; concré- 
tion pseudo-membraneuse  dans  l’oreillette  gauche,  etc. 

Un  élève  de  l’école  d’Alfort , âgé  de  20  ans,  d’im  tempé- 
rament lymphatique  , d’un  caractère  apathique,  fut  admis 
à la  Clinique,  le  2 décembre  1834.  Ce  jeune  homme  dit 
avoir  eu  , il  y a deux  ans  , une  maladie  caractérisée  par  de 
la  toux  avec  expectoration  et  de  la  douleur  dans  la  poi- 
trine; il  ne  se  rappelle  pas  si  ses  crachats  étaient  sanguino- 
lens  et  si  la  douleur  était  plus  forte  à droite  qu’à  gauche , 
en  avant  qu’en  arrière.  On  le  saigna  une  ou  deux  fois  et  on 
lui  fit  des  frictions  avec  la  pommade  stibiée  sur  le  devant 
de  la  poitrine.  A cette  même  époque,  il  eut  une  anasarque 
générale  qui  se  dissipa  au  bout  de  quelque  temps.  Il  ressen- 
tit, il  y a trois  mois,  des  maux  de  tête  assez  violens,  à la  suite 
desquels  survint  une  bouffissure  du  visage  avec  enflure  des 
jambes  le  soir  ; la  respiration  devint  de  plus  en  plus  gênée, 
et  lorsqu’il  marchait  vite  ou  qu’il  montait,  il  éprouvait  un 


(i)  Dans  ces  deux  cas,  après  des  douleurs  plus  ou  moins  vives  de  plusieurs 
articulations,  et  des  symptômes  d'inflammation  interne  du  cœur,  une  douleur 
s’est  fait  sentir  dans  l’un  des  membres  inférieurs , tiirtoid  au  mollet  ; ce  membre 
s’est  inhltré,  les  veines  se  sont  développées,  et  le  tronc  de  la  saphène  s’est  trans- 
formé en  qu  cordon  dqr,  avec  douleur  à la  pression  ^ efp, 


2/|  MALADIES  DU  CŒUR  EN  l’ARTJCULIEU. 

essoufflement  considérable , ainsi  que  des  battemens  du 
cœur. 

Etat  a l'entrée.  Peau  décolorée,  pâleur  et  bouffissure  gé- 
nérale de  la  face  , avec  légère  teinte  violacée  des  lèvres  ; 
œdème  autour  des  malléoles;  le  malade  accuse  une  dou- 
leur vague  dans  la  poitrine. 

Voussure  très  manifeste  dans  la  région  précordiale  ; 
matité  de  4 pouces  8 lignes  transversalement  et  de  4 pouces 
6 lignes  verticalement;  frémissement  vibratoire  obscur 
dans  toute  la  région  précordiale;  bruit  de  frottement  su- 
perficiel , diffus  isochrone  aux  mouveraens  du  cœur,  ac- 
compagné d’un  bruit  de  soufflet  distinct , pendant  la  con- 
traction des  ventricules , ayant  son  maximum  d’intensité 
au  niveau  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  gauche.  La 
main  sent  les  battemens  du  cœur  dans  toute  l’étendue  de 
la  matité;  la  pointe  de  cet  organe  est  fortement  déviée  à 
gauche;  les  mouvemens  du  cœur  ne  sont  pas  sensibles  à 
l’inspection. 

Résonnance  bonne  de  la  poitrine;  la  respiration  se 
fait  bien;  pouls  à 80,  petit,  intermittent  ; point  de  toux 
ni  de  crachats;  langue  couverte  d’un  enduit  jaune,  légère- 
ment rosée  sur  ses  bords  et  à sa  pointe.  {Orge  et  chiend. 
gom.  3 p.;lav.  huileux'). 

3.  L’enflure  des  extrémités  n’existe  plus;  même  bouf- 
fissure de  la  face  ; les  réponses  sont  plus  lentes;  léger  état  , 
de  somnolence.  {Orge  ef chiend.  nitré goutt.  de  crot.  tigl. 

4.  Le  malade  n’a  été  qu’une  fois  à la  selle. 

5 et  6.  Douleurs  sourdes  dans  toute  la  poitrine,  augmen- 
tant un  peu  pe7idant  de  fortes  inspirations  ; battemens  du 
cœur  réguliers  , toujours  accompagnés  d’un  bruit  de  frot- 
tement très  marqué,  sec,  superficiel,  analogue  au  bruit 
qu  on  produit  en  sciant  du  bois  , coïncidant  toujours  aussi 
avec  un  bruit  de  soufflet  profond,  imitant  par  intervalles 
une  sorte  de  piaulement  ; l’oppression  est  plus  manifeste 
que  les  jours  passés;  la  langue  se  sèche;  la  peau  s’échauffe; 


PRliM.  CATÉG.  d’oBSEIW.  d’eNDOC ARDITE.  q5 

rassoiipisseinent  augmente;  le  malade,  comme  à l’ordi- 
naire , répond  à peine  aux  questions  qui  lui  sont  adressées. 
.Te  fais  remarquer  aux  élèves  la  ressemblance  qui  existe 
entre  l’état  de  ce  malade  et  celui  du  sujet  de  l’observa- 
tion 1"®. 

Diagnostic.  — Endo-péricardite  aigu'è,  grefj ée  sur  une  an- 
cienne lésion  des  'valvules  gauches,  suivie  d’ hypertrophie  géné- 
rale du  cœur. 

7 et  8.  L’état  fébrile  qui , les  jours  précédons,  était  nul 
ou  presque  nul,  est  maintenant  très  marqué  ; soif  vive; 
langue  sèche  , rugueuse  , lèvres  et  dents  croûteuses  ; pouls 
petit,  régulier,  à 88-92;  respiration  accélérée;  chaleur 
et  sécheresse  de  la  peau  ; pressentiment  d’une  fin  prochaine. 
Le  malade  n’accuse  point  de  douleur  dans  la  région  précor- 
diale , même  pendant  la  percussion.  Le  bruit  de. scie  dans 
foute  la  région  indiquée  persiste  avec  une  grande  intensité, 
et  on  l’entend  même  en  éloignant  un  peu  l’oreille  de  la 
poitrine  : il  est  double  comme  les  mouvemens  du  cœur,  et 
nous  paraît  évidemment  produit  par  le  frottement  récipro- 
que des  deux  feuillets  du  péricarde,  recouverts  de  fausses 
membranes  inégales  et  rugueuses.  Le  bruit  de  piaulement  a 
disparu;  le  frémissement  vibratoire  persiste;  les  battemens 
du  cœur  se  font  sentir  dans  une  grande  surface , mais  ne 
sont  pas  bien  détachés  ; un  peu  de  délire  alternant  avec  un 
assoupissement  plus  profond. 

A peine  la  visite  était-elle  achevée , que  le  malade  perd 
toiit-à-coup  connaissance  : écume  à la  bouche;  renverse- 
ment de  la  tête  à droite;  figure  colorée;  veines  jugulaires 
gonflées;  légers  mouvemens  convulsifs  des  yeux;  pupilles 
dilatées  , se  contractant  sous  l’influence  de  la  lumière  ; res- 
piration stertoreuse  ; frémissement  vibratoire  des  lèvres  à 
chaque  mouvement  d’expiration  ; membres  dans  une  réso- 
lution complète.  Les  battemens  du  cœur  sont  remplacés  par 
des  palpitations  tellement  fortes  , qu’elles  frappent  les 
parois  peetorales  à l’instar  de  véritables  coups  de  marteau; 


26  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

bruit  de  scie  considérablement  augmenté  (1).  [Vèsicat.  aux 
jambes  ; sinapismes  ; lav.  • diète.) 

9.  Le  malade  est  revenu  de  l’état  violent  de  la  veille,  et  il 

a un  souvenir  confus  de  ce  qui  s’est  passé  ; il  a éprouvé  un 
léger  épistaxis  (2)  j pouls  à 96-100.  [Sinap.  diète.) 

10.  Assoupissement  plus  profond  ; respiration  gênée, 
pouls  à 72  pulsations,  régulier,  très  petit;  mêmes  bruits  du 
cœur.  {Même  tisane;  large  'vésic.  à la  nuque;  sinap.  aux  cuis- 
ses ; lav.  piirg.  ; diète.  ) 

L'assoupissement  va  croissant.  Mort , à onze  heures  du 
soir. 

Autopsie  cadavérique 82  heures  après  la  mort. 

I®  Habit,  extér.  — Décoloration  générale  du  sujet. 

2®  Organ.  circul.  et  respirât. — Le  péricarde  contient  qua- 
tre bonnes  cuillerées  de  sérosité  de  couleur  d’acajou.  Le 
feuillet  pariétal  paraît  être  épaissi,  et  présente  des  arbori- 
sations très  manifestes  , qui  ont  lieu  dans  le  tissu  cellulaire 
sous-sérèux  ; sa  surface,  libre,  est  généralement  lisse  et 
polie.  Le  feuillet  cardiaque  est  couvert  sur  toute  sa  face 
antérieure  de  fausses  membranes,  minces,  molles,  d’une 
récente  formation.  En  tirant  à gauche,  on  voit  une  lanière 
de  fausse  membrane,  récente  et  molle,  réunir  les  deux 
feuillets. 

Après  avoir  enlevé  ces  fausses  membranes,  on  aperçoit 
la  surface  du  feuillet  viscéral,  qui  est  polie;  quelques  ar- 
borisations se  remarquent  dans  le  tissu  cellulaire  sous-sé- 
reux du  cœur.  ^ 

La  partie  du  feuillet  qui  recouvre  la  face  postérieure  du 
cœur  est  tapissée  de  fausses  membranes  d’une  assez  grande 
consistance , s’enlevant  par  larges  lambeaux  , ayant  exacte- 


(1)  Ces  acciclens  sont  an  nouveau  trait  de  ressemblance  entre  ce  malade  et 
celui  de  l’observation  i”. 

(a)  Encore  un  trait  de  ressemblance  entre  ce  maladp  et  celui  de  l'obierT 
valion  »*** 


PREM.  CATÉG.  d’oRSERV.  d’eNDOCARDÏTE.  27 

ment  l’aspect  de  la  viembrane  muqueuse  de  la  langue  d’un 
herbivore.  Tout-à-fait  à droite,  en  tirant  vers  la  face  anté- 
rieure de  l’oreillette  droite,  on  aperçoit  encore  une  lanière 
de  fausse  membrane  qui  réunit  les  deux  feuillets  opposés 
du  péricarde.  Les  fausses  membranes  de  la  face  postérieure 
montent  jusqu’à  la  base  des  gros  vaisseaux.  Dans  certains 
points , le  feuillet  viscéral  du  péricarde  a près  d’une  ligne 
d’épaisseur. 

Le  cœur,  rempli  de  caillots,  a 5 pouc.  de  hauteur.  Son 
diamètre  transversal  est  de  4 pouc.  et  demi  ; son  diamètre 
antéro-postérieur,  de  3 p. 

Le  poids  du  cœur  est  de  55q  gram. 

Le  ventricule  droit  est  généralement  hypertrophié; 
ses  parois  ont  dans  certains  points  4 hg.  d’épaisseur, 
et  3 lig.  vers  la  pointe.  La  valvule  tricuspide  est  un 
peu  épaissie;  l’oreillette  ne  présente  rien  de  remar- 
quable. Un  caillot  décoloré  et  d’une  formation  antérieure 
à la  mort  passe  par  l’orifice  auriculo-ventriculaire  droit , 
et  se  contourne  autour  de  la  valvule  pour  se  rendre  à l’àr- 
tère  pulmonaire.  Gettef  concrétion,  molle,  élastique  en 
quelques  points,  ressemble  assez  à une  fausse  membrane  , 
ou  bien  à la  couenne  inflammatoire  du  sang.  ‘ 

Les  valvules  aortiques  ferment  assez  exactement  leur  ori- 
fice, mais  elles  sont  fortement  épaissies  à leur  bord  libre.  Un 
caillot  décoloré,  d’une  bonne  consistance,  comme  pseudo- 
membraneux , passe  par  l’orifice  auriculo-ventriculaire 
gauche,  se  réfléchit  sur  un  tendon  de  la  valvule  mitrale 
et  flotte  librement  dans  la  cavité  du  ventricule  gauche.  Les 
parois  de  ce  ventricule  ont  à peu  près  i pouc.  d’épaisseur, 
et  sa  cavité  est  à peu  près  normale.  Le  tissu  charnu  du 
cœur  est  ferme  et  plus  vermeil  qu’à  l’état  normal. 

La  valvule  bicuspide,  très  épaissie,  fongueuse,  rougeâ- 
tre,présente  des  inégalités,  des  aspérités  d’ancienne  date.  Les 
deux  colonès  charnues,  ou  muscles  tenseurs  de  la  valvule, 
sont  énormément  hypertrophiés;  il  ep  est  ainsi  de  leurs 


128  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

tendons.  Les  filets  tendineux  de  la  lame  postérieure  de  la 
valvule  sont  comme  mêles  ensemble,  raccourcis,  et  cette  lame 
est  en  partie  adhérente  à la  paroi  ventriculaire , soit  par 
suite  du  raccourcissement  de  ses  filets  tendineux,  soit  peut- 
être  aussi  par  suite  de  productions  cellulo-fibreuses  acciden- 
telles. En  l’aison  de  cette  disposition  , cette  lame  de  la  val- 
vule ne  pouvait  jouer  dans  toute  sa  liberté. 

La  membrane  interne  de  roreillette  gauche  est  tapis- 
sée d’une  fausse  membrane,  qui  lui  adhère  partout 
avec  assez  de  force.  Cette  membrane  est  comme  plissée , 
froncée  à l’instar  de  la  membrane  interne  du  vagin , ou 
mieux  de  la  membrane  interne  des  veines  dans  certains  cas 
de  phlébite.  t 

Engouement  considérable  dans  la  partie  déclive  des 
deux  poumons.  Des  adhérences  anciennes  unissent  le  pou- 
mon droit  aiix  parois  pectorales.  De  semblables  adhérences 
existent  à gauche,  entre  le  péricarde  et  la  plèvre  pulmo- 
naire voisine. 

3®  Org,  digest.  et  annex.  — Un  peu  de  sérosité  dans  le 
péritoine.  Ramollissement  de  la  membrane  muqueuse  gas- 
trique en  certains  points. 

Le  Joie , volumineux  , est  fortement  congestionné. 

La  rate  est  légèrement  hypertrophiée,  mais  elle  ne  dé- 
passe pas  les  fausses  côtes. 

4°  Org.  de  l'innero.  — A l’ouverture  du  crâne,  il  s’écoule 
un  peu  de  sérosité.  Les  fosses  occipitales  contiennent  deux 
à trois  cuillerées  d’un  liquide  rougeâtre.  L’arachnoïde  est 
généralement  injectée,  et  principalement! sur  le  lobe  ante- 
rieur 'gauche , où  elle  est  manifestement  épaissie.  La  sub- 
stance cérébrale  est  sablée  de  sang,  surtout  à gauche. 

Les  ventricules  contiennent  un  peu  de  sérosité. 

RÉFLEXIONS. 

La  complication  de  l’endocardite  avec  la  péricardite  , 
clans  le  cas  précédent,  est  une  circonstance  qui  rend  difû- 


PREM.  CATÉG.  d’oBSERV.  ü"eN ÜOCARDITE.  29 

elle  la  détermination  précise  des  signes  propres  à la  pre- 
mière de  ces  phlegmasies.  Il  me  semble  probable  que  les 
phénomènes  observés  au  moment  de  l’entrée  du  malade 
dépendaient  exclusivement  de  l’ancienne  maladie  du  cœur, 
et  que  les  symptômes  de  la  péricardite  et  de  l’endocardite 
aiguës  ne  remontent  que  vers  les  5 ou  6 décembre.  L as- 
soupissement, la  perte  de  connaissance,  les  légers  mouve- 
mens  convulsifs,  nous  paraissent  avoir  coïncidé  avec  la 
formation  des  concrétions  sanguines  dans  les  cavités  du 
cœur. 

L’endocardite  compliquée  est  une  maladie , j’oserai  le 
dire,  fort  commune;  mais  il  n’en  est  malheureusement 
pas  ainsi  de  l’endocardite  pure,  simple  , dégagée  de  toute 
complication.  Je  dis  malheureusement , car  rien  ne  serait 
plus  propre  à éclairer  le  diagnostic  de  cette  phlegmasie  que 
des  cas  de  ce  dernier  genre. 

L’observation  suivante  me  paraît  être  un  cas  d’endocar- 
dite suraiguë  , simulant  , sous  plusieurs  rapports  , une 
pleuro-péricardiie. 

OBSERVATION  Û4'. 

r 

Femme  d’environ  ao  ans. — Tuberculisation  des  poumons,  surloul  du  gau- 
che. — Tout-à-coup,  sentiment  de  douleur  et  d’anxiété  dans  la  région  du  sein 
gauche,  oppression  extrême,  palpitement  du  cœur,  bruits  valvulairés  obscurs  , 
remplacés  par  un  bruit  de  froissement  léger;  pouls  petit,  misérable;  pâleur  et 
lividité  du  visage. — Mort  le  quatrième  jour  après  les  accidens. — Traces  d'une 
ancienne  péricardite  ( adhérences  fibreuses  très  résistantes). — Traces  d’une 
ancienne  endocardite  valvulaire.  — Concrétions  récentes , comme  pseudo-mem- 
braneuses , dans  les  cavités  du  cœur.  — Rougeur  des  valvules  aortiques.  — iTu- 
bercules  disséminés  et  excavations  tuberculeuses  dans  les  poumons. 

Une  jeune  femme,  d’une  vingtaine  d’années,  était  en- 
trée dans  le  service  clinique  pour  une  tuberculisation  pul- 
monaire au  troisième  degré.  Elle  était  dans  un  état  de  demi- 
marasme.  Elle  ne  paraissait  pas  encore  arrivée  vers  le 
terme  fatal , lorsque  , dans  les  derniers  jours  de  décembre 


3o  MALADIES  DU  CCEDII  EN  PARTICULIER. 

1834,  elle  fut  prise  tout-à-coup  d'un  étouffement  et  d’une 
anxiété  extrêmes,  avec  sentiment  de  douleur  et  d’oppres- 
sion dans  la  région  précordiale  et  au-dessus  du  sein  ( c’est 
du  côté  gauche  que  nous  avions  constaté  la  principale  ca- 
verne, vers  la  région  axillaire  ). 

La  respiration  était  à 60  par  minute;  le  pouls  petit,  mi- 
sérable , à i2o-i3o.  Il  existait  une  matité  très  étendue  dans 
la  région  précordiale,  matité  qui  se  confondait  en  haut 
avec  celle  due  à la  tuberculisation  pulmonaire. 

L’exploration  des  bruits  du  cœur  était  difficile , en  rai- 
son de  la  fréquence  de  la  respiration  f dont  le  murmure  se 
mêlait  à ces  bruits  ( le  besoin  de  respirer  était  tel,  que  la 
malade  ne  pouvait  retenir  sa  respiration  pendant  quel- 
ques secondes).  Nous  constatâmes  cependant  que  les  bruits 
du  eœur  étaient  très  obscurs  , étotiffés , et  comme  rempla- 
cés par  une  sorte  de  murmure  de  faible  froissement. 
L’impulsion  du  cœur  était  médiocre,  malgré  l’étal  de 
palpitement  continuel  ; ses  battemens  étaient  réguliers 
comme  ceux  du  pouls. 

Face  pâle,  livide,  profondément  altérée. 

Nous  fîmes  appliquer  des  ventouses  scarifiées,  puis  un 
vésicatoire.  Tout  fut  inutile  , et  la  malade  succomba  le 
quatrième  jour  après  le  début  des  accidens  surajoutés  aux 
symptômesde  la  tuberculisation  (3o  décembr<^.  L’ausculta- 
tion pratiquée  chaque  jour  nous  fournit  les  mêmes  résul- 
tats : le  pouls  resta  petit  et  misérable,  le  visage  toujours 
anxië,  pâle,  blême;  les  lèvres  un  peu  violacées. 

Autopsie  cadavérique , 12  heures  environ  après  la  mort. 

Cœur  énorme  pour  une  phthisique,  double  du  poing  du 
sujet.  Le  volume  du  cœur  tenait  à la  fois  à la  distension  de 
cet  organe  par  une  grande  quantité  de  sang  coagulé,  et  à 
l’hypertrophie.  Agauche,  le  péricardeadhérait  étroitement 
à la  plèvre  pulmonaire,  et  celle-ci,  à la  plèvre  cos- 
tale. Ces  adhérences  étaient  anciennes,  plutôt  fibreuses 


PREM.  CATliG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  3l 

que  celluleuses.  Aucune  trace  de  pleurésie  ou  de  péricar- 
dite aiguës  (i). 

La  portion  du  cœur  non  recouverte  par  les  poumons 
avait  la  largeur  de  la  paume  de  la  main.  Dans  la  région  ex- 
terne et  postérieure  des  cavités  gauches , le  péricarde  car- 
diaque adhérait  par  un  tissu  fibreux  très  résistant  au  péri- 
carde pariétal.  Sur  les  cavités  droites,  le  péricarde  était 
libre,  parsemé  de  taches  laiteuses,  fausses  membranes  qui 
s’enlevaient  facilement  avec  la  pince.  Il  y avait  peu  de 
sérosité  dans  cette  portion  du  péricarde. 

Le  sang  contenu  dans  les  cavités  droites  consistait  en  un 
énorme  caillot  blanc  , évidemment  formé  avant  la  mort , 
tout-à-fait  semblable  à de  la  chair  décolorée , à la  couenne 
dite  inflammatoire,  ou  bien  encore  aux  lames  du  coagulum 
d’un  sac  anévrismal.  Il  distendait  le  ventricule  et  l’oreil- 
lette, et  se  prolongeait  dans  l’artère  pulmonaire  et  la  veine 
cave.  Des  portions  du  caillot  étaient  intriquées  dans  les 
colonnes  charnues  et  dans  les  tendons  valvulaires  : là,  il 
formait  de  petites  concrétions  arrondies,  friables,  et  un 
peu  moins  pâles  qu’ailleurs.  Nulle  rougeur  de  la  membrane 
interne  des  cavités  droites. 

Les  trois  lames  de  la  valvule  tricuspide  sont  très  nota- 
blement hypertrophiées,  et,  à leur  bord  libre,  existent  plu- 
sieurs petites  granulations  fibro-cartilagineuses,  criant  sous 
le  scalpel  (2).  Hypertrophie  médiocre  du  ventricule  droit, 
qui  est  dilaté. 

Le  sang  contenu  dans  les  cavités  gauches  était  aussi 
concrété  et  décoloré  ; les  caillots  ne  remplissaient  pas 
complètement  ces  cavités , et  paraissaient  moins  anciens 
que  ceux  des  cavités  droites.  La  valvule  bicuspide  était 


(1)  Pendant  la  rie  de  la  malade,  nous  avions  pensé  qu’il  fallait  attribuer,  en 
partie  du  moins , les  derniers  et  brusques  accidens  qu’elle  avait  éprouvés,  à une 
pleuro-péricardite  aiguë  intercurrente. 

(a)  La  valvule  n’était  pas  déformée,  et  pouvait  fermer  sou  oriâce. 


32  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

hypertrophiée  et  fibro-cartilaginisée  à son  bord  libre  , 
comme  la  tricuspide  (i).  — Hypertrophie  médiocre  du 
ventricule  gauche  avec  dilatation. 

Valvules  aortiques  un  peu  épaissies , mais  bien  con- 
formées , j’OJiges.  Point  de  rougeur  de  la  membrane  in- 
terne des  cavités  gauches  ni  de  celle  de  l’aorte. 

Tubercules  disséminés,  cavernes  dans  les  poumons, 
et  surtout'  à gauche. 

RÉFLEXIONS. 

Dans  ce  cas , comme  dans  le  précédent , nous  voyons 
une  affection  aiguë  du  cœur  entée  sur  une  affection  an- 
cienne : savoir  l’épaississement  des  valvules,  l’adhérence 
fibreuse  dû  péricarde,  etc. 

Nous  avons  cru  devoir  désigner  sous  le  titre  d’endocar- 
dite, l’affection  aiguë  qui  a précipité  la  fin  de  celte  ma- 
lade. En  effet,  les  accidens  survenus  tout-à-coup  dans  les 
derniers  jours,  ne  pouvaient  réellement  être  attribués  qu’à 
une  pleuro-péricardite,  ou  à une  endocardite  aiguë.  Or, 
nous  n’avons  trouvé  aucun  indice,  aucun  vestige  de  pleu- 
résie ni  de  péricardite  récente.  Ce  n’est  donc  qu’à  l’en- 
docardite que  nous  pouvons  rattacher  les  accidens  dont  il 
s’agit.  La  formation  d’énormes  concrétions  adhérentes, 
entortillées  autour  des  tendons  et  des  James  valvulaires, 
le  prolongement  de*  ces  concrétions  dans  les  gros  vais- 
seaux , voilà  une  circonstance  qui  nous  explique  plusieurs 
des  phénomènes  observés,  tels  que  la  petitesse  extrême  du 
pouls,  la  pâleur , la  tendance  aux  lypothymies , à la  suffo- 
cation et  l’anxiété. 

Dira-t-on  que  les  concrétions  du  cœur  n’étaient  pas 
l’effet  d’une  endocardite?  je  me  suis  fait  bien  souvent 


(i)  Celle  TalTulc  n'élaU  pai  non  plui  déformée,  et  pourait  fermer  ion  orifice. 


pREM.  cATÉa.  d’obseev.  d’endocabdite.  33 

moi-même  celte  objection,  soit  à l’occasion  de  ce  fait, 
soit  à l’occasion  de  faits  analogues.  Or , après  avoir  exa- 
niiné  avec  toute  1 attention  dont  je  suis  capable  cette 
grave  objection,  j’ai  pensé  qu’elle  était  plus  spécieuse  que 
solide.  Sans  doute , il  est  un  grand  nombre  de  cas  dans 
lesquels  des  concrétions  sanguines  sont  indépendantes 
d’une  endocardite;  mais,  lorsque  chez  un  individu  qui 
a présenté  des  symptômes  tels  que  ceux  éprouvés  par 
cette  malade  , on  rencontre  dans  le  cœur  des  concrétions 
évidemment  formées  avant  la  mort,  décolorées,  à demi 
organisées,  adhérentes,  analogues  à de  fausses  mem- 
branes pelotonnées,  ou  à la  couenne  inflammatoire,  il 
est  infiniment  probable  qu’elles  ont  été  la  suite  d’une  endo- 
cardite. 

OBSERVATION  45e. 

Homme  de  35  ans.  — Pleuro-pneumonie  et  endo-péricardite  aiguës.  — Bu(^ 
lemens  Tiolens  du  cœur,  avec  bruit  de  soufflet  et  matité  de  la  région  précor- 
diale. — Recrudescence.  — Mort  vers  le  \ingl-et-unièmejour  après  le  début  de 
la  première  attaque  de  pleuro-pneumonie.  — Rougeur  des  vahules  aortiques  et 
biruspide,  et  de  la  surface  interne  de  l’oreillette  gauche;  épaississement,  bour- 
souflement des  valTules  indiquées , arec  concrétions  comme  pseudo-membra- 
neuses. — Concrétions  sanguines  blanches,  adhérentes  dans  les  cavités  gauches 
et  dans  l’aorte,  etc. 

Un  potier  de  terre,  âgé  de  35  ans,  d’une  assez  bonne 
constitution,  mais  triste  et  mélancolique,  fut  admis  à la 
Clinique,  le  lo  juin  i834-  Le  7 du  même  mois,  il  fut  pris 
d’une  douleur  de  côté,  qui  l’empêchait  de  respirer  et  de 
tousser,  et  de  frissons  suivis  de  fièvre. 

Voici  quel  était  son  état , le  10  et  le  ii. 

Face  d’un  jaune  livide,  abattue,  triste;  peau  chaude  ; 
pouls  fort,  vibrant,  à 100  puis,  par  minute  ; 28  à 82  inspi- 
rations par  minute. 

La  partie  antérieure  du  côté  droit  de  la  poitrine  rend  uir 
a-  3 


34  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

son  clair;  cependant  la  respiration  est  obscure  en  tirant 
vers  la  région  externe.  La  partie  postéi  ieure  résonne  mal  ; 
souffle  et  bronchophonie  dans  les  fosses  sus  et  sous-épineu- 
ses; respiration  obscure,  avec  crépitement  à la  région  in- 
férieure. 

Crachats  visqueux , aérés , d’une  belle  teinte  rouillée  ; 
douleur  vive  dans  le  côté  droit. 

' Les  battemens  du  cœur  sont  forts  et  très  étendus.  La  ma- 
tité de  la  région  précordiale  est  de  5 p.  en  travers,  et  de  3 p. 
verticalement.  Si  le  malade  reste  assis  dans  son  lit,  la  matité 
descend  de  i p.  à i3  lignes  plus  bas,  et  on  trouve  de  la  ré- 
sonnance dans  une  étendue  égale  en  haut,  là  où  existait 
de  la  matité  pendant  le  décubitus  sur  le  dos. 

Il  existe  un  double  bruit  de  soufflet  ou  de  frottement  assez 
âpre  dans  la  région  précordiale  ; (toutefois  ce  phénomène 
est  beaucoup  plus  marqué  pendant  la  contraction  ventri- 
culaire , que  pendant  la  diastole.  Le  bruit  est  aussi  plus 
sourd , plus  âpre  , plus  étouffé  vers  la  pointe  du  cœur  que 
vers  sa  base,  à peu  près  également  distinct  et  dans  la  région 
des  cavités  droites , et  dans  celle  des  cavités  gauches.  A 2 
pouc.  et  demi  au-dessous  et  un  peu  en  dehors  du  mame- 
lon, vient  frapper  la  pointe  du  cœur,  en  soulevant  forte- 
ment la  région  pectorale.  La  main  appliquée  dans  les  autres 
points  de  la  région  précordiale  , ne  sent  pas  distinctement 
les  battemens  du  cœur. 

Le  malade  dit  n’éprouver  aucune  douleur  dans  le  coté 
gauche. 

Les  battemens  des  artères  carotides  et  sous-clavières  sont 
très-forts,  étendus  et  accompagnés  d’un  gros  bruit  de  soufflet, 
et  d’un  frémissement  vibratoire  des  plus  distincts. 

Langue  humide,  ventre  un  peu  ballonné  etgargouillement 
dans  la  fosse  iléo-cœcale. 

Diagnostic.  Pleuro-pneumonie  à clrvite,  surtout  au  sommet^ 
— Endopéricardite. 


PREM.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  35 

Prescription.  Trois  saignées  da  bras,  et  3o  sangsues  sur 
la  région  précordiale,  dans  les  journées  des  lo  et  ii  ; boiss. 
éinolL;  catapl.;  lavent.',  diète. 

12.  Une  couenne  jaune  , dense , très  ferme,  recouvre  le 
caillot  (îes  trois  saignées,  qui  est  lui-même  très  ferme, 
élastique  comme  du  gluten, 

Les  crachats  sont  moins  rouillés  ; pouls  à 84  » moins  dur 
et  moins  tendu  ; respiration  à 24-28;  peau  moins  chaude  ; 
visage  meilleur;  matité , souffle  et  bronchophonie  dans  la 
moitié  supérieure  de  la  face  postérieure  du  côté  droit. 

Nous  constatons  par  l’inspection  et  la  mensuration  une 
légère  voussure  de  la  région  précordiale;  la  matité  a cepen- 
dant diminué  de  i pouc,  transversalement,  et  de  4 üg»  de 
haut  en  bas. 

La  main  sent  les  battemens  du  cœur  dans  une  plus  grande 
étendue  qu’hier  ; ils  sont  un  peu  moins  forts  et  soulèvent 
encore  le  5'  espace  intercostal  ; le  bruit  de  frottement  est 
plus  sourd,  diffus , superficiel , et  imite  assez  bien  le  bruit 
qu’on  produit  en  grattant  une  étoffe  avec  le  bout  du  doigt;  il 
.masque  presque  complètement  le  double  claquement  val- 
vulaire. 

Battemens  des  artères  carotides , moins  violens  et  moins 
bruyans. 

Une  saignée  ; deux  vent,  searif.  en  ariière  a droite. 

13.  Le  malade  a passé  une  meilleure  nuit,  et  a un  peu  sué; 
crachats  à peine  rouillés;  douce  moiteur  de  la  peau;  pouls 

à 8o-84* 

Les  battemens  du  cœur  sont  beaucoup  moins  forts  et  sou-’ 
lèvent  à peine  le  5*  espace  intercostal  ; on  les  sent  mainte» 
nant  au  palper  dans  toute  la  région  précordiale.  La  mj^ 
tité  est  de  2 p.  8 1.  de  haut  en  bas,  et  4 p*  i !•  trana 
versalement.  Le  bruit  de  frottement  est  bien  moins  pro# 
noncé;  il  n’aceompagne  même  distinctement  que  la  systole, 
le  second  bruit  du  cœur  reprend  sa  clarté;  dans  la  région 
correspondante  à l’orifice  auriculo-ventriculaire  gauchie  / 

3. 


36  MALADIES  DD  COEUR  EN  PARTICULIER. 

existe  , outre  le  bruit  de  frôlement  diffus  et  superficiel , un 

vrai  bruit  de  soufflet. 

Looch  hl.;  tlirid.  gr.  x;  'viol,  guim.;  diète. 
i/{.  La  matité  précordiale  n’est  plus  que  de^  p.  3 l. 
transversalement,  et  de  2 p.  6 1.  de  haut  en  bas.  Ledou-  î 
ble  bruit  du  coeiir  se  fait  entendre  distinctement  à tra-  ! 
vers  le  bruit  de  frottement,  qui  a beaucoup  diminué. 

Peau  sudorale  , d’une  chaleur  presque  normale  ; pouls 
souple  , à 80  ; respiration  facile. 

i5  et  16.  Visage  altéré;  tristesse  profonde;  réponses  len- 
tes, prononcées  d’un  air  hébété  et  indifférent;  cependant 
l’état  du  cœur  et  des  poumons  est  de  plus  en  plus  satisfai- 
sant; le  pouls  esta  72;  la  respiration  à 24  ; il  y a toujours  du 
retentissement  de  la  voix  , et  peu  de  résonnance  à la  région 
supérieure  de  lapartiepostérieureducôtédroit,maislemur- 
mure  vésiculaire  revient  à la  région  inférieure.  — Le  bruit 
de  frottement  du  cœur  diminue  sensiblement  chaque  jour.  | 
Large  'vésicat.  en  arrière  h droite  ; eau  de  poulet. 

Les  jours  suivans,  la  tristesse  continue  ; le  malade  témoi- 
gne unvif  désir  de  revoir  son  département  (Ille-et-Vilaine). 
INous  nous  efforçons  vainement  de  le  consoler;  dans  cet  état  !, 
de  nostalgie  , il  oublie  même  ses  besoins  les  plus  pressans,  ■ 
et  plusieurs  fois  on  a été  obligé  de  le  sonder.  ( On  élève  gra- 
duellement la  dose  de  ses  alimens  ). 

Le  malade  se  lève  nu , se  promène  ; contracte  du  dévoie- 
ment; puis  survient  une  récrudescence  de  la  pneumonie  ; 
le  pouls,  qui  était  tombé  à 60  pulsations,  et  avait  perdu  sa  ] 
vibrance  , s’élève  à 128,  et  redevient  vibrant;  des  saigne-  :■ 
mens  de  nez  se  manifestent  à plusieurs  reprises;  la  langue  î 
est  sèche,  croûteuse  ; l’haleine  fétide;  les  crachats  prennent  J 
un  aspect  cendré,  purulent;  et  la  mort  arrive  le  29  juin.  Dès  s 
le  24,  la  matité  précordiale  n’existait  plus  que  vers  l’extré- 
mité  inférieure  du  sternum,  et  il  ne  restait  plus  qu’un  très  v. 
léger  bruit  de  souffle. 

Autopsie  cadavérique,  22  heures  aprèsla  mort,  (La  tempéra-  -I 


PREM.  CÂTÉG.  d’observ.  d’endocardite.  3y 
ture  de  l’air  n’a  pasélé  très  chaude  depuis  lamort  du  malade.) 

Habit,  extér.  — Demi-marasme  5 décoloration  de  la 
peau;  pâleur  jaunâtre  du  visage;  nulle  trace  de  décom- 
position du  cadavre. 

2®  Org.  circuL  et  respir.  — Le  péricarde  contient  en- 
viron deux  cuillerées  d’une  sérosité  limpide  , un  peu 
jaune.  Sa  surface  interne  offre  une  teinte  opaline  ; dans 
la  portion  du  péricarde  qui  se  réfléchit  autour  de  l’ori- 
gine des  gros  vaisseaux , on  rencontre  quelques  granu- 
lations du  volume  d’un  petit  grain  de  chènevis , se  déta- 
chant facilement  de  la  membrane  séreuse,  qui  est  intacte 
au-dessous  d’elle.  Distendu  par  du  sang  coagulé,  le  cœur 
est  d’un  quart  environ  plus  gros  qu’à  l’état  normal. 
Les  caillots  contenus  dans  les  cavités  droites,  en  grande 
partie  décolorés,  fibrineux,  adhèrent  aux  colonnes  char- 
nues ainsi  qu’aux  valvules.  La  valvule  tricuspide  est 
mince  et  transparente.  Vers  l’origine  de  l’artère  pulmo- 
naire, l’endocarde  offre  une  plaque  d’une  teinte  opaline 
et  comme  laiteuse.  Les  valvules  et  la  membrane  interne 
de  l’artère  pulmonaire  sont  parsemées  de  plaques  d’un 
rouge  vif  et  vermeil.  L’épaisseur  des  parois  de  l’oreillette 
et  du  ventricule  droits  est  sensiblement  normale.  La 
portion  du  ventricule  gauche,  la  plus  voisine  de  l’orifice 
auriculaire , contient  un  caillot  fibrineux , ferme , qui 
se  prolonge  dans  l’aorte  en  s’amincissant  : il  est  forte- 
ment adhérent  aux  colonnes  charnues,  ainsi  qu’à  la  val- 
vule bicuspide,  autour  de  laquelle  il  est  comme  entortillé. 
La  portion  de  V endocarde  qui  recouvre  celte  'valvule  et  les 
■valvules  aortiques  est  d'un  rouge  plus  prononcé  et  plus  -vif 
encore  que  la  portion  qui  revêt  les  ■valvules  de  V artère  pulmo- 
naire. Les  deux  lames  de  la  ■valvule  bicuspide  et  leurs  tendons 
sont  épaissis  , hypertrophiés  ; V épaississement  est  encore  plus 
marqué  aux  ■valvules  aortiques,  surtout  à leur  bord  libre,  qui 
est  boursouflé.  Toutes  ces  ■valvules  sont  d'ailleurs  bien  confor- 
mées, et  peuvent  fermer  exactement  les  orifces  gauches.  Leur 


38  MALADIËS  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

tissu  crie  légèrement  sous  V instrument  qui  les  divise,  La  rougeur 
'valvulaire  s'étend  sur  la  membrane  interne  de  b oreillette  gauche, 
()  k elle  est  disséminée  par  plaques.  Celte  membrane  s'enlève par 
larges  lambeaux , et  nous  a para  notablement  épaissie.  Au- 
clessoüS  d’ellë , le  tissu  musculaire  est  parfaitement  sain. 
Mêlne  apris  un  lavage  réitéré,  il  est  resté  quelques  petits 
caillots  fibrineux  adhérent  au  bdrd  libre  de  la  'valvule  bicuspide, 
et  \'întrélàcés  avec  ses  filets  tendineux  (ces  concrétions  res- 
semblent assez  à de  petites  masses  pseudo-membraneuses). 
La  surface  interne  du  •ventricule  gauche  est  plutôt  pâle 
que  vermeille.  L’épaisseur  de  ses  parois,  à la  base,  est  de 
7 lignes;  sâ  cavité  est  un  peu  grande. 

L’aorte  contient,  dans  toute  sâ  longueur,  du  sang  en 
partie  coâgulé;  elle  présente  une  rougeur  partielle,  dis- 
tribuée par  plaques  ou  par  petits  rubans , plus  prononcée 
vers  la  crosse  de  l'âorte  et  les  artères  qui  en  naissent,  que 
partout  ailleurs;  elle  s’affaiblit  dans  l’aorte  thoracique, 
et  disparaît  presque  entièrement  dans  l’aorte  ventrale. 
Les  plaques  rouges  ne  sont  pas  plus  nombreuses  dans  les 
régions  déclives  de  l’aorte  que  dans  les  autres  régions. 
La  membrane  interne  de  l’aorte  se  détache  facilement 
de  la  membrane  moyenne,  qui  est  tout-à-fait  saine. 

La  veine  cave  inférieure  est  en  partie  remplie  par 
du  sang  coagulé , et  conserve  sa  blancheur  normale. 

Le  côté  gauche  de  la  poitrine  contient  un  verre  environ 
de  sérosité  sanguinolente.  Les  lobes  supérieur  et  moyen  du 
poumon  droit  sont  adhérens  en  haut  et  en  arrière  et  dans 
un  état  d’hépatisation  grise.  La  surface  des  déchirures 
de  leur  tissu  offre  un  aspect  grenu,  et  il  en  ruisselle  par  la 
pression  un  liquide  tout-à-fait  purulent.  Le  ramollissement 
est  tel,  qu’il  suffit  d’appuyer  légèrement  les  doigts  pour 
les  enfoncer  dans  la  substance  pulmonaire...  Le  pou- 
mon gauche,  encore  assez  crépitant,  offre  à sa  partie 
postérieure  un  engouement  plus  séreux  que  sanguin... 

3”  Org.  dig.  et  annex.  — Rougeur  foncée  dans  la  région 


pREM.  cat]5:g.  d’observ.  d’endocardite.  39 
splénique  et  pylorique  de  l’estomac,  avec  ramollissement 
léger;  ailleurs,  teinte  un  peu  ardoisée.  Développement 
des  follicules  isolés  du  duodénum  et  de  la  fin  de  l’intestin 
grêle,  où  existe  une  teinte  ardoisée  de  la  muqueuse. 
Rougeur  foncée,  vineuse,  de  la  membrane  interne  du 
gros  intestin  , avec  développement  considérable  des  fol- 
licules. On  trouve  dans  cet  intestin  quelques  matières 
fécales,  à demi  solides  et  à demi  liquides. — Foie  un  peu 
développé,  présentant  vers  son  bord  inférieur  un  kyste 
rempli  d’une  matière  melliforme.  La  vésicule,  du  vo- 
lume d’une  grosse  poire , contient  une  bile  ti’ès  claire  ^ 
un  peu  jaune. 

4®  Org.  de  Vinnerv.  — Le  cerveau  est  abreuvé  d’une 
grande  quantité  de  sérosité  limpide  ; le  réseau  de  la  pie- 
mère  est  infiltré  de  ce  liquide  ; on  en  trouve  environ  un 
quart  de  verre  à la  base  du  crâne;  les  ventricules  laté- 
raux en  contiennent  une  bonne  quantité,  et  sont  plus 
amples  qu’à  l’état  normal.  Leurs  parois  n’offrent  point 
de  ramollissement.  La  substance  des  hémisphères  céré- 
braux , du  cervelet  et  de  la  moelle  alongée,  est  d’une  bonne 
consistance  , plutôt  pâle  que  rouge  ou  injectée. 

RÉFLEXIONS. 

Cette  observation  mérite  de  fixer  toute  notre  attention.  Les 
phénomènes  que  présentait  le  maladeau  moment  de  l’entrée, 
ne  permettaientpas  de  méconnaître  une  pleuro-pneumonie, 
compliquée  d’une  inflammation  des  enveloppes  du  cœur: 
revenons  sur  les  signes  de  cette  dernière.  Notons  d’abord 
qu’avant  la  maladie  aiguë  pour  laquelle  le  malade  est  entré 
à l’hôpital,  il  n’avait  rien  éprouvé  qui  put  faire  soupçonner 
l’existence  d’une  ancienne  affection  du  cœur.  Analysons 
maintenant  les  signes  fournis  par  l’exploration  du  centre 
circulatoire  et  des  fonctions  de  la  circulation.  Voici  ces 
signes  : battemens  du  cœur  forts,  étendus,  accom- 
pagnés d’un  pouls  large,  plein  et  vibrant;  matité  de  la  ré- 


Jo  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

gion  précordiale  dans  5 p.  d'étendue  transversalement, 
et  dans  3 p.  verticalement;  matité  dont  le  niveau  varie  selon 
la  position  du  malade;  double  bruit  de  scie,  de  râpe  ou  de 
soufflet  dans  la  région  du  cœur.  Or,  je  le  demande,  quelle 
est  l’affection  aiguë  du  cœur,  sinon  une  endo-péricardite  , 
qui  ait  pu  donner  lieu  aux  phénomènes  ci-dessus  exposés? 
On  dira  peut-être  qu’il  suffisait  d’une  péricardite  pour  les 
produire.  Ce  fut  aussi  notre  première  pensée;  mais,  consi- 
dérant que  le  bruit  anormal  que  nous  entendions  dans  la 
région  précordiale  paraissait  se  passer,  au  moins  en  partie, 
à l’intérieur  du  cœur,  et  que  l’épanchement  dans  le  péri- 
carde devait  être  peu  considérable , puisqu’il  n’empêchait 
pas  complètement  de  distinguer,  à la  vue  et  à la  main,  de 
forts  battemens  du  cœur;  sachant  d’ailleurs  combien  il  est 
commun  de  rencontrer  une  endocardite  générale,  ou  simple- 
ment valvulaire,  dans  les  cas  de  violente  péricardite,  nous 
crûmes  devoir  admettre  l’existence  simultanée  de  la  péri- 
cardite etde  l’endocardite.  Au  reste,  la  marche  de  la  mala- 
die et  l’ouverture  du  cadavre  confirmèrent  notre  diagnostic. 

Je  dis  d’abord  que  la  marche  de  la  maladie  a prouvé 
l’existence  de  l’endocardite;  en  effet,  le  bruit  de  soufflet 
ou  de  scie  a persisté  à une  époque  où  il  n’existait  plus  dans 
le  péricai'de  aucune  lésion  à laquelle  on  pût  le  rattacher. 
Il  ne  pouvait  alors  être  attribué  à autre  chose  qu’aux  lé- 
sions produites  par  l’endocardite. 

Je  dis,  en  second  lieu  , que  l’ouverture  du  cadavre  a dé- 
posé en  faveur  de  notre  diagnostic.  En  effet , ce  n’est  véri- 
tablement qn’à  une  endocardite  que  l’on  peut  rapporter 
les  lésions  que  nous  avons  rencontrées  dans  la  membrane 
interne  du  cœur,  et  spécialement  dans  les  valvules  ; savoir, 
la  rougeur  par  plaques.  Je  boursouflement  ^fongueux  du 
bord  libre  des  valvules* aortiques),  les  concrétions  fibri- 
neuses, ou  plutôt  pseudo-membraneuses,  adhérentes  au 
bord  libre  de  la  valvule  bicuspide,  enfin  l’épaississement 
de  la  membrane  interne  de  l’oreillette  gauche. 


PHEM.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOGARDITE.  l\  1 

Sous  l’influence  des  émissions  sanguines  à haute  dose, 
l’clat  du  malade  s’améliora  rapidement.  Des  le  cinquième 
jour,  la  matité  précnrdiale  avait  diminué  de  deux  pouces 
transversalement,  et  d’un  demi-pouce  de  haut  en  bas.  Le 
mouvement  fébrile  était  presque  nul , la  respiration  libre  ; 
mais  la  nostalgie  et  la  récrudescence  de  la  pneumonie 
nous  firent  perdre  le  fruit  de  nos  soins,  et  le  malade  suc- 
comba- Le  poumon  droit  avait  passé  rapidement  à l’état 
d’hépatisation  grise  ou  de  suppuration.  Ce  n’est  pas  le  seul 
cas  où  nous  ayons  vu  une  récrudescence  de  pneumonie  en- 
traîner ainsi  rapidement  la  suppuration;  mais  cette  cii'- 
constance  étant  étrangère  à notre  sujet,  il  nous  suffira 
de  l’avoir  signalée  ici. 

OBSERVATION  Me. 

Homme  de  27  ans.  — Pleuro-pneumonie  au  troisième  degré  ( suppuration). 
— Phénomènes  lyphoides.  — Mort  quinze  à vingt  jours  après  le  début  delà 
pleuro-pneumonie.  — Rougeur  de  la  ciembrane  interne  du  cœur,  avec  épaissis- 
sement ou  boursouflement  fongueux  de  la  valvule  bicuspide  ( point  de  lésions 
.semblables  dans  les  cavités  droites  ).  — Concrétions  sanguines  dans  les  cavités 
du  cœur '(  celle  de  l’oreillette  gauebe.  est  adhérente). — Raoiollissemcnt  gris, 
infiltration  purulente  du  poumon  droit. 

Un  maçon , âgé  de  27  ans  , fut  admis  à la  clinique  le  26  . 
mai  i834*  U était  atteint  d’une  pleuro-pneumonie  dont  le 
début  remontait  à une  huitaine  de  jours,  et  qui  était 
compliquée  de  phénomènes  bilieux  ou  gastriques. 

Crachats  légèrement^rouillés , matité,  souffle  bronchi- 
que, bronchophonie  a la  partie  postérieure  du  côté  droit , 
toux  assez  fréquente,  oppression;  peau  sèche,  aride,  brû- 
lante; pouls  à 120,  peu  développé;  langue  rouge  à la 
pointe , sèche , râpeuse  , fendillée  ; tension  de  l’épigastre  , 
gargouillement  dans  la  région  iléo-cœcale  , céphalalgie,  agi- 
tation, insomnie. 

Saign.  de  3 pal.;  boiss.  go  mm.;  diète. 

Le  lendemain  27,  peu  de  changement  : appareil  typhoïde 


4^  MÀtADIES  DU  UOEUR  EN  PARTICULIER. 

plus  marqué;  48  inspirations;  couenne  inflammatoire  sur 
le  caillot  de  la  saignée  d’hier. 

Une  doubl.  saign.;  'veut,  scarif.  a droite. 

28.  Soulagempnt  : pouls  à 108,  respiration  à 28-32  ; 
crachats  moins  rouilles  qu’hier;  sueurs  dans  la  nuit. 

Une  saignée. 

29  et, 3o.  Délire  par  intervalles,  avec  vociférations  et 
cris  aigus. 

Saign.;  'vésicat. 

3i.  Le  malade  est  tranquille;  les  crachats  ne  sont  pas 
rouillés. 

i"  juin.  Crachats  un  peu  rouillés,  puriformes-  un  peu 
de'  trouble  dans  les  idées. 

2.  Gémissemens  continuels;  un  peu  de  délire  le  soir; 
odeur  fétide;  langue  sèche,  brunâtre;  peau  sèche  et  chaude; 
pouls  à 1 16;  32  inspii'ations.  . 

3.  La  stupeur  est  très  prononcée  ; somnolence.  — Mort 

à 3 heures  1^2.  ..  ' 

Autopsie  cadavérique , 18  heures  après  la  mort. 

Org.  respir.  et  circulât.  — Le  poumon  droit -est  hépatisé 
dans  toute  son  étendue , et  recouvert  de  fausses  membranes 
minces.  La  pression  fait  ruisseler,  à la  surface  des  incisions 
pratiquées  dans  le  tissu  pulmonaire,  un  liquide  grisâtre, 
boueux,  véritablement  purulent.  Engouement  et  splénisa- 
tion de  la  partie  postérieure  du  lobe  inférieur  du  poumon 
gauche... 

Le  volume  du  cœur  est  à peu  près  nonnal.  Cet  organe  con- 
tient une  grande  quantité  de  sang,  en  caillots  décolorés  dans 
les  oreillettes  et  le  'ventricule  droits , liquide  dans  le  'ventricule 
gauche i Lé  caillot  de  V oreillette  gauche  est  légèrement  adhé- 
rent. Un  caillot  existe  à V origine  de  V aorte,  dont  les  'valvules 
épaissies  offrent  une  rougeur  qui  résiste  au  lavage.  Cette  rou- 
geur est  plus  prononcée  encore  dans  la  'valvule  bicuspide , qui 
est  épaissie  et  boursouflée  vers  son  bord  libre.  Les  valvules  des 
cavités  droites  sont,  au  contraire,  pâles,  décolorées.  La 


PREM.  CATÉG.  d’oBSERY.  d’eNDOCARDITE.  43 

membrane  interne  de  l’aorte  offre  un  fond  jaune*nankin  , 
sur  lequel  tranchent  quelques  rubans  rosés.  Le  caillot  rcn 
contré  à l’origine  du  vaisseau  s’étend  jusqu’à  la  naissance 
desartères  iliaques,  où  il  se  termine  en  pointe.  On  rencon- 
tre çà  et  là  quelques  taches  jaunes,  anciennes. 

Nous  croyons  pouvoir  nous  abstenir  de  rapporter  ici  ce 
que  nous  observâmes  dans  les  centres  nerveux  et  l’appareil 
digestif. 

RÉFLEXIONS. 

Dans  cette  observation,  comme  dans  les  précédentes,  on 
voit  que  les  caractères  anatomiques  de  l’endocardite  exis- 
tent à leur  maximum  d’intensité  sur  les  valvulés.  Il  est  dés 
cas  où  ces  valvules  portent  seules  les  traces  de  cette  in- 
flammation , comme  dans  la  seconde  observation  de  ce  cha- 
pitre (i). 


.7 

(i)  En  Toicî  deux  autres  exemples  assez  remarquables. 

Obs.  4/*.  — Le  a8  avril  1829,  j’assislai  à l’ouverture  d’un  jeufie  homme  vi-> 
goureux , mort  d’une  pleuro-pneumonie  compliquée  de  péricardite  ( service  de 
M.  Lerminier  ).  Hépatisation  des  poumons,  fausses  membranes  pleuréti- 
ques , etc.  Epanchement  purulent  et  fausses  membranes  dans  le  péricarde... 

Substance  charnue  du  cœur  saine. 

Rougeur  et  léger  épaississement  des  valvules  du  cœur.  La  membrane  interne  du 
cœur,  là  où  elle  ne  recouvre  pas  les  valvules;  celle  de  l’aorte,  de  l’artère  et  des 
veines  pulmonaires  , n’offrent  aucune  trace  de  rougeur,  bien  que  ces  vaisseaux 
contiennent  du  sang , en  partie  liquide,  en  partie  à demi  coagulé.  , 

Dans  l’observation  suivante  l'êndocardite  valvulaire  a duré  plus  long-temps  , 
et  a laissé  à sa  suite  non  seulement  de  la  rougeur  et  un  léger  épaississement, 
mais  un  véritable  état  fongueux  de  la  valvule  affectée. 

Obs.  48*. — Vers  la  fin  de  novembre  i834,  nous  ouvrîmes  une  fille  de'  aoans, 
généralement  infiltrée  et  ascitique,  à la  suite  d’un  érj'sipèie  phlégmoheux  de  la 
caisse.  Visage  nn  peu  violet,  oppression.  La  mort  fut  hâtée  par  la  gangrène, 
survenue  consécutivement  à des  mouchetures  pratiquées  sur  les  membres  infiltrés. 

Point  de  décomposition  notable  du  cadavre. 

Cœdr  atrophié  ( gros  cpmme  un  petit  céiif  ),  ridé,  brun.  La  cavité  du  ventri- 
cule droit  contient  à peine  le  doigt  indicateur;  la  cavité  du  ventricule  gauche  est 
plus  petite  encore.  Membrane  interne  des  cavités  droites  et  valvules  correspon- 
dantes saines.  f^alvule  mitrale  épaissie,  boursouflée,  fongueuse,  partout  d’un 
rouge  foncé.  D’ailleurs,  point  de  rougeur  dans  les  gros  vaisseaux  veineux  ou  ar- 
tériels, bien  qu'ils  contienuenl  du  sang  liquide  ( la  veine-cave  surtout). 


44  MALADIES  DU  COÎÜE  EN  PARTICULIER. 

Nous  allons  tefminer  l’exposition  de  cette  première  ca- 
tégorie d’observations  par  le  récit  de  deux  autres  cas,  dans 
lesquels  l’endocardite  aiguë  est  en  quelque  sorte  greffée 
sur  des  tissus  qui  portent  l’empreinte  d’une  ancienne  af- 
fection de  même  nature.  Le  second  de  ces  cas  est  en  outre 
digne  d’intérêt,  en  ce  qu’il  nous  offre  un  exemple  d’ulcé- 
rations superficielles  des  ivalvules.  Ces  cas  nous  condui- 
sent , par  une  transition  naturelle , à ceux  de  notre  seconde 
catégorie. 

OBSERVATION  49». 

Homme  de  5o  ans.  — Foyer  de  suppuration  dans  les  parois  abdominales.  — 
Fièvre  avec  phénomènes  typhoïdes.  — Mort  au  bout  d’une  quinzaine  de  jours. 
Rougeur  de  la  membrane  interne  du  cœur,  avec  épaississement  des  valvules  ; rou- 
geurs des  veines  pulmonaires,  etc. 

• 

Un  homme  âgé  d’environ  une  cinquantaine  d’années,  an- 
cien compagnon  d’armes  du  maréchal  Marmont  (1) , brun , 
fortement  constitué,  ayant  depuis  long-temps  la  respira- 
tion un  peu  courte  (il  dit  être  habituellement  cafar/7ze«.r 
ou  asthmatique)  f se  livrant  à 'des  travaux  pénibles,  entra 
dans  le  service  clinique  de  la  Charité,  au  mois  d’août  1832, 
atteint  alors  d’une  double  pneumonie  au  premier  degré. 
De  larges  saignées , puis  les  révulsifs  triomphèrent  assez 
promptement  de  cette  grave  inflammation. 

A sa  sortie  , le  malade  conservait  seulement  encore  cette 
facilité  d’essoufflement , cette  teinte  un  peu  violette  de  la 
face  qui  se  rencontrent  chez  les  individus  porteurs  de  lé- 
sions chroniques  des  principaux  organes  de  la  circulation. 

Dans  le  courant  du  mois  d’octobre,  cet  homme  revint 
dans  nos  salles,  offrant  un  état  d’oppression  et  d’étouffe- 
ment tel , qu’à  chaque  instant  il  était  sur  le  point  de 


(i)  Il  porte  une  blessure  qu’il  reçut  dans  un  duel  avec  le  maréchal,  alore  sim 
pie  soldat  ou  sergent. 


PREM.  CATÉG.  d’oBSERV.  d'EiNDüCARDITE.  4^ 

suffoquer.  Ses  crachats  étaient  ensanglantés;  le  côté  droit 
douloureux.  Du  râle  crépitant  se  faisait  entendre  dans  tous 
les  points  du  thorax  correspondant  aux  lobes  supérieur 
et  moyen  du  poumon  droit  (en  quelques  points  la  respira- 
tion était  presque  nulle  ) ; il  y avait  de  la  bronchophonie; 
la  percussion-  fournissait  un  son  moins  clair  qu’à  l’état 
normal. 

'Une  nouvelle  pneumonie  ehez  un  homme  qui  nous  pa- 
raissait atteint  de  lésions  anciennes  du  cœur  et  des  gros 
vaisseaux , et  accompagnée  d’une  imminente  suffocation, 
était  au-dessus  de  nos  ressources. 

Toutefois,  rien  ne  fut  négligé  pour  soulager  le  ma- 
lade. Trois  larges  saignées , des  san'gsues  et  un  vésicatoire 
sur  le  côté  malade,  diminuèrent  de  la  manière  la  plus  no- 
table l’oppression,  et  un  commencement  de  résolution  sem- 
blait s’opérer.  Mais  la  persistance  de  la  prostration,  une 
certaine  lividité  de  la  face,  la  chaleur  de  la  peau,  la  fré- 
quence du  pouls  (sans  irrégularité  ni  inégalité),  symptômes 
auxquels  vinrent  se  joindre  de  la  diarrhée  , de  la  sécheres.œ 
de  la  langue,  de  la  fuliginosité  de  la  bouche,  nous  firent 
persister  dans  le  fâeheux  pronostic  que  nous  avions  porté. 

L’expectoration  devint  de  plus  en  plus  difficile;  la  pros- 
tration telle,  qu’on  ne  pouvait  presque  faire  exécuter  aucun 
mouvement  au  malade.  Les  symptômes  typhoïdes  firent  des 
progrès  ; le  visage  sdiippocratisa  complètement;  il  survint 
un  peu  de  désordre  dans  les  idées,  et  le  malade,  auquel 
depuis  quelques  jours  nous  n’avions  pas  cru  devoir  refuser 
un  peu  de  vin  (son  état  étant  évidemment  désespéré),  suc- 
eomba  le  5 novembre  dans  la  soirée. 

Autopsie  cadavérique , le  6, à huit  heures  du  m^tin  (12  a 
i4  heures  après  la  mort). 

1“  Habit,  extér.  — Il  n’existe  pas  la  moindre  trace  de  pu- 
tréfaction. 

Cadavre  d’un  homme  fortement  constitué , conservant 
encore  de  l’embonpoint. 


46  MALADIES  DU  CCŒUR  EN  PARTICULIER. 

En  incisant  les  parois  addominales,  on  rencontTG  une  infil- 
tration purulente  assez  récente  de  la  région  du flanc  ^ dans  une 
étendue  supérieure  à celle  delà  paume  de  lamain\  suppuration 
que  rien  n’avait  fait  soupçonner  pendant  la  vie.  — Pas  d’in- 
filtration séreuse  des  membres. 

2”  Org.  digest.  et  annex.  ^Sérosité  dans  les  parties  laté- 
rales de  l’abdomen  (une  pinte  environ);  intestins  lavés  ; 
foie  granuleux  à la  surface  [cirrhose  par  hypertrophie  des 
granulations  jaunes),  ratatiné,  dense,  moins  volumineux 
que  dans  l’état  normal.  (L’élément  rouge  paraît  presque 
complètement  atrophié.  ) Peu  de  sang  dans  le  système  de 
la  veine-porte , qui  offre  intérieurement  une  teinte  un  peu 
rouge.  ' 

Vésicule  contenant  de  la  bile  verdâtre , un  peu  claire. 
Membrane  muqueuse  de  l’estomac  un  peu  brune , très 
mince  et  détruite  en  quelques  points  du  grand  cul-de-sac. 
Pâleur  générale  de  la  muqueuse  de  l’intestin  grêle , qui 
paraît  sous  tous  les  rappors  intacte;  teinte  ardoisée  de  la 
muqueuse  du  cæcum  et  du  commencement  du  colon;  cou- 
leur grisâtre  de  tout  le  reste  du  gros  intestin  ; point  d’ulcé- 
rations ni  de  granulations.  — Rate  un  peu  volumineuse, 
un  peu  molle  ; granulations  vers  son  sommet.  — ■ Reins  et 
vessie  sans  notable  lésion. 

3°  Org.  respirât,  et  circulât.  — Poumon  droit  adhérent 
aux  parois  pectorales  par  un  tissu  celluleux  , dense  et  bien 
organisé  ; engorgement  de  tout  le  lobe  supérieur  et  d’une 
portion  du  lobe  moyen  de  ce  poumon,  qui  crépite  à 
peine  ; le  liquide  qui  l’engoue  est  plus  séreux  que  sanguin 
et  purulent  : il  en  ruisselle  par  la  pression;  le  tissu  se  dé- 
chire plus  facilement  que  dans  l’état  normal  ; en  quelques 
points  de  la  surface  de  ce  poumon,  teinte  rouge  produite 
par  une  sorte  d’ecchymose  superficielle.  Rougeur  foncée  et 
épaississement  de  la  muqueuse  bronchique.  Mucosités  et 
écume  abondante  dans  les  rameaux  et  ramifications  bron- 
chiques. — Le  poumon  gauche  est  léger,  souple. 


PREM.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  4? 

Les  divisions  des  'veines  pulmonaires  sont  d’un  rouge  un 
peu  brun  à V intérieur  ^ plus  dans  le  poumon  gauche  que 
dans  l’autre. 

Le  cœur  est  un  peu  plus  volumineux  que  dans  l’état 
normal  (plus  gros  que  le  poing);  sa  largeur  surtout  est 
augmentée.  Il  est  un  peu  flasque  (pas  de  sérosité  dans 
le  péricarde).  Les  oreillettes  sont  très  amples,  à pa- 
rois un  peu  épaissies;  leur  membrane  interne  est  rouge 
comme  celle  des  ■veines  pulmonaires , et  se  détache  assez 
facilement;  les  orifices  sont  dilatés  notablement;  les  'valvu- 
les sont  rouges  en  divers  points  ; la  mitrale  est  épaissie 
et  parsemée  de  quelques  plaques  blanches  ou  jaunâtres  ; 
de  semblables  plaques  existent  a la  hase  des  ■valvules  aor- 
tiques. L’aorte,  dans  toute  son  étendue,  est  hérissée 
de  plaques  de  même  nature,  inégales,  et  une  matière 
athéromateuse  existe  vers  la  convexité  de  sa  crosse  , 
au-dessous  de  la  membrane  interne  ; celle-ci  est  parse- 
mée de  bandes  rouges  dans  toute  son  étendue,  séparées 
par  quelques  lignes  blanches  (en  quelques  points,  la 
rougeur  est  continue);  cette  rougeur  est  assez  vive,  ver- 
meille dans  l’aorte  abdominale,  où  elle  ne  paraît  pas 
affecter  de  préférence  la  partie  déclive.  Toutes  ces  lé- 
sions se  prolongent  en  s’affaiblissant  dans  les  divisions 
de  l’aorte  supérieure  et  de  l’aorte  inférieure. 

La  membrane  interne  de  la  veine  cave  est  également 
rouge;  mais  d’un  rouge  plus  foncé,  moins  vermeil  (i). 


(i)  Il  n’existait  pas  la  moindre  trace  de  putréfaction;  la  température  était 
froide , et  l’ouverture  a été  faite  i a heures  seulement  après  la  mort. 

C’est  un  cas  où  l’on  peut  nier  difficilement  la  nature  inflammatoire  de  la  rou- 
geur du  système  sanguin. 

Le  foyer  de  suppuration  , dont  nous  n’avions  pas  reconnu  la  présence  pen- 
dant la  vie,  a sans  doute  exercé  une  influence  considérable  dans  le  développe- 
ment des  phénomènes  fébriles  et  typhoïdes. 


48 


MALADIES  DU  COEUR  EN  rARTICULIER. 


OBSERVATION  50«. 

t « 

Femme  de  64  ans.  — Pleuro-pneumonie  avec  réaction  fébrile  très  forle.  — 
Mort  assez  rapide,  — Inflammation  des  deux  poumons.  — Rougeur,  ulcérations 
superficielles  des  valvules  aortiques  ; état  fongueux  et  adhérences  de  la  valvule 
tricuspide.  — Rougeur  général&de  l'endocarde. 

Antoinette  Lamongeois , âgée  de  64  ans,  fut  admise 
à l'hôpital  Cochin , le  i4  avril  1822.  Elle  était  affec- 
tée d’une  violente  pleuro-pneumonie  aiguë,  à laquelle 
elle  succomba  le  quatrième  jour  après  son  j entrée.  La 
réaction ' fébrile  était  très  considérable. 

Aatopsie  cadavérique  36  heures  après  la  mortf  i). 

On  constata  l’existence  d’une  double  péripneumonie  : 
le  poumon  gauche  était  plus  enflammé  que  le  droit. 

Le  péricarde  contenait  deux  ou  trois  cuillerées  d’un  li- 
quide sanguinolent  et  était  injecté,  surtout  à gauche. 

La  membrane  interne  du  cœur  était  rouge,  enflammée 
la  rougeur  était  foncée  sur  les  valvules  mitrale  et 
tricuspide  : cette  dernière  était  comme  fongueuse  et 
en  partie  fixée  aux  parois  ventriculaires,  par  des  adhé- 
rences tendineuses.  L’prigine  de  l’aorte  et  .ses  valvules 
étaient  rouges  et  parsemées  de'  petites  ulcérations  super- 
ficielles. On  y voyait  aussi  quelques  plaques  terreuses 
ou  fibro -cartilagineuses. 


(1)  Je  regrette  qut  l’autopsie  cadavérique  n’ail  pas  été  pratiquée  à une  époque 
moins  éloignée  de  la  mort.  Toutefois , comme  la  chaleur  n’était  pas  encore  con- 
sidérable , et  que  le  cadavre  n’offrait  pas  de  traces  de  décomposition,  il  est 
probable  que  la  rougeur  dont  nous  parlerons  plus  bas  n'était  pas  cadavérique. 

(2)  Je  conserve  ici  le  mot  enflammée,  qui  se  trouve  dans  mes  notes;  mais  je 
n’ignore  pas  que  cette  expression  n'a  de  valeur  qu'aulant  que  l’on  trouve  dans 
l’histoire  de  l’observation  des  preuves  de  l’état  morbide  qu’elle  désigne. 


DEUX.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  40 

^ ' DEUXIÈME  CATÉGORIE.  / ' 

• I , • . . 

OBSBBVATIONS  d'eNDOCAROITE  PENDANT  LA  PÉRIODE  d’ÉPA ISSISSEMENT  HYPERTHOPHI» 
QDE  DBS  TISSUS  KAFLAMMiS,  ET  DE  DÉVELOPPE»!  BNT  d’ADHÉBE  A CES , DE  PLAQUES 
»lE»lBHANiruSES  CELLULO-FIBREUSES  , OU  FIBBEÜSES,  ET  DK  VÉGÉTATIONS  OU  DE 
GHANULEU5BS.  • ‘ 

. * < > ’ 

Celte  catégorie  comprend  onze  observations.  Les  qua- 
tre premières  nous  olfriront  des  exemples  à^adhérences 
des  valvules  du  cœur  à la  surface  interne  de  cet  or- 
gane, mode  de  lésion  qui  n’avait  pas  encore  élé  décrit 
par  les  auteurs  de  Traités  sur  les  maladies  du  cœur,  et 
qui  établit  un  nouveau  rapport  entre  l’endocardite  et 
les  autres  inflammations  des  membranes  séreuses.  Après 
les  quatre^  observations  à! adhérence  des^  valvules,  vien- 
nent trois  cas  de  fausses  membranes  plus  ou  moins  éten-  ' 
dues,  organisées  à la  surface  des  cavités  du  cœur,  et 
dont  quelques  unes  seront  désignées  par  nous  sous  le 
nom  de  taies  de  Y endocarde , parce  ' qu'elles  sont  réelle- 
ment pour  cette  membrane  ce  que  sont  pour,  la  cornée 
les  lésions  qui  portent  spécialement  le  nom  de  taiës  Ç ces 
taies  de  l’endocarde  ressemblent  exactement  aussi  aux 
plaques  laiteuses  du  péricarde).  Enfin,  les  quatre  der- 
nières observations  de  cette  catégorie  sont  relatives 
aux  granulations  ou  végétations  des  valvules  du  cœur  (i)^ 


(i)  Parmi  les  observations  précédemment  rapportées,  il  en  est  deux  qui  ap- 
partiennent àl'espèce  de  celles  dont  il  s’agit  ici.  (Voy.les  observ,  i3«  et  44*.) 


1 


5o  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER.  j 

* \ 

§ I"-  ' 

OBSERVATION  51«,  | 

^eupe  elle  de  iS  ans'.  — Symptômes  de  maladie  organique  du  cœur,  à la  suite  | 
d’un  rhumatisme  articulaire  aigu.  — Matité  très  considérable  dans  la  région  pré-  | 
cordiale,  qui  est  un  peu  bombée.  — Battemens  violens  et  étendus  du  cœur,  bruit 
de  soufflet  pendant  la  systole  ventriculaire , léger  frémissement  vibratoire  dans  la  d 
région  précordiale....  Mort  trois  ans  après  le  rhumatisme....  Épaississement  de  j| 
l’endocarde,  surtout  dans  l’oreillette  gauche,  où  l’on  trouve  une  fausse  membrane  !| 
fibreuse.  — Hypertrophie  et  induration  des  valvules  tricuspide,  bicaspide  d 
et  aortiques,  avec' qoelqdes''  adhérences  : iksoffisancb  de  la  lame  postérieure  j| 
de  la  valvule  bicuspide.  — ^ Plaques  fibreuses  sur  le  péricarde.  — Hypertrophie  '| 
générale  du  cœur  avec  dilatation  des  cavités  et  des  orifices  auriculo-ventricu-  4 
laires.  ‘ i ; 

s'  I .1 

Schatz  ( Julie-Sophie),  âgée  de  i8  ans,  sans  profession,  ;( 
née  à Strasbourg,  d’une  constitution  lymphatico-ner-  | 
yeuse,  d’une  santé  "habituellement  délicate,  non  encore  !|t 
réglée,  sujette  à des  flueurs  blanches  et  à du  dévoiement,  ,| 
fut  admise  à la  Clinique  (n®  5,  salle  Sainte-Madeleine),  le  t| 
a5  août  1834.  ‘Elle  était  malade  depuis  trois  ans,  mais 
surtout  depuis  six  mois,  que  ses  jambes  et  son  ventre  i; 
commencèrent  à s’enfler;  à la  même  époque,  les  palpi-  1 
tâtions,  l’oppression,  les  étourdissemens  qu’elle  éprou-  fi 
yait  depuis  trois  ans,  ayaient  beaucoup  augmenté.  | 

Sachant  combien  il  est  fréquent  de  yoir  les  maladies  [ 
^u.  cœur  survenir  à la  suite  d’un  rhumatisme  articulaire,  fi 
pous  demandâmes  à cette  jeune  fille  si  elle  n’avait  ja-  i| 
mais  éprouvé  de  maladie  de  ce  genre,  et  elle  nous  ap- 
prit  que  la  maladie  qu’elle  avait  eue,  il  y a trois  ans,  était  rl 
précisément  un  rhumatisme  articulaire  aigu,  pour  le-  | ^ 

quel  on  l’avait  saignée  et  on  lui  avait  mis  des  ven-  f|  ^ 

louses.  . ; K 

Voici  quel  était  son  état  dans  les  premiers  jours  de  I j 
son  admission  à l’hôpitaL  ! ^ 

Décubitus  assis,  visage  pâle,  lèvres  violacées,  exprès-  ^ 
sion  de  tristesse  et  d’anxiété;  pâleur  générale  de  la  peau;  1 i 
ventre  encore  un  peu  développé  avec  matité  et  fluctuation  i j 


DEUX.  CATÉG.  d’oBSEUV.  d’eNDOCAKDITE.  j5l 

dans  la  région  des  flancs;  peu  d'infiltralion  des  membres 
inférieurs  dans  l’éiat  de  repos. 

Depuis  une  huitaine  de  jours,  une  légère  bronchite 
avec  crachats  glaireux,  s’est  jointe  aux  phénomènes  dys- 
pnéiques habituels.  La  poitrine  résonne  assez  bien  ejr 
avant,  et  la  respiration  s’y  fait  avec  un  souffle  assez  fort; 
matité  et  respiration  obscure  à la  partie  inférieure  de  la 
région  postérieure  du  thorax  ; 24  inspirations  par  minute  ; 
sentiment  de  serrement  v, ers  la  gorge. 

La  région  précordiale  est  fortement  ébranlée  par  les  bat- 
tement violens  ciu  cœur  ; cet  ébranlement  se  propage  en 
s’affaiblissant  dans  presque  toute  l’étendue  de  la  poitrine, 
La  région  précordiale  offre  une  voussure  très  manifeste.  Il 
existe  aussi  un  léger  frémissement  vibratoire  dans  cette  ré- 
gion ( il  n’en  existe  pas  dans  les  artères  carotides  et  sous-cla- 
vières). 

La  matité  précordiale  est  de  3 pouces  ii  lignes  vertica- 
lement, et  de  4 pouces  ^ lignes  transversalement;  dans 
toute  l’étendue  de  la^  matité,  la  main  sent  l’impulsion 
du  cœur,  qui  est  très  forte,  et  l’œil  la  distingue  parfaite- 
ment. 

Au  dessous  et  en  dehors  du  sein,  dans  la  région  cor- 
responda»ite  a l’ocifice  ‘ auriculo-vcntriculaire  gauche, 
le  premier  bruit  du  cœur  est  remplacé  par  un  bruit  de 
soufflet  très  fort  et  très  sec  : ce  bruit  s’entend  aussi,  mais 
à un  moindre  degré,  dans  d’autres  points  de  la  région 
piécordiale  et  même  jusqu’à  la  partie  postérieure  de  la 
poitrine.  Le  second  bruit  du  cœur  est  un  peu  âpre,, 
rauque  , mais  sans  souille  bien  caractérisé.  Le  bruit  de 
soufflet  est  isochrone  aux  pulsations  artérielles. 

A un  pouce,  un  pouce  et  demi  au-dessus  et  en  deifans^ 
du  point  où  le  bruit  de  soufflet  existe  à son  majrimum 
d’intensité,  il  est  remplacé  par  un  bruit  seulement: un  peu 
plus  sec  qu’à  l’état  normal,  et  là,  le  second  bruit  du: 
cœur,  clair,  éclatant,  imite  un  véritable  claquement  de 

4- 


1 

52  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

soupape  ( il  semble  qu’on  entende  les  valvules  aortiques  se  * 
redresser  pendant  ce  bruit,  qui  est  brusque  et  très 
court).  ^ : 

La  différence  qui  existe  ainsi  dans  les  bruits  des  cavités  ? 

gauches,  selon  qu’on  les  ausculte  dans  l’un  ou  l’autre  3 

des  points  que  nous  venons  d’indiquer,  fut  constatée  par  i 
un  grand  nombre  d’élèves,  et  par  M.  le  docteur  Gaultier  i 
de  Claubry  qui  se  trouvait  à la  visite,  un  jour  où  cette  ^ 
malade  fut  explorée  avec  le  plus  grand  soin.  i 

Dans  la  région  des  cavités  droites,  les  bruits  qu’on  en-  |i 
tendait  ne  différaient  pas  beaucoup  de  ceux  qui  existaient  i 
au-dessus  et  un  peu  en  dedans  du  sein  g mche. 

En  dernière  analyse,  le  bruit  de  soufflet  ou  de  scie  j 

n’avait  lieu,  à un  très  haut  degré,  que  dans  la  région  , 

correspondante  à l’orifice  auriculo-ventriculaire  gauche. 

Pouls  à 64  par  minute,  irrégulier,  médiocrement  déve- 
loppé. y 

Fonctions  digestives  en  assez  bon  état. 

Dugno’stic.  Induration  de  la  Dol^^nle  bicuspide  avec  reflux 
du  sang  dans  l’oreillette  gauche  pendant  la  systole  'ventricu- 
laire (i)  / hypertrophie  énorme  et  dilatation  du  cœur. 

Prescription  — -Infics.  guiin,  viol.  sir.  de  gom;  pot.  avec 
poudre  de  digit.  J^I gr.  — Bouillon,  potage,  lait. 

Tous  les  jours,  depuis  celui  de  l’entrée,  jusqu’à  celui  de 
la  mort,  les  battemens  et  les  bruits  du  cœur  furent  explo- 
rés, et,  à chaque  exploration  , nous  nous  assurâmes  de 
l’exactitude  de  ce  quia  été  signalé  plus  haut  : quelquefois  I 
seulement,  le  premier  bruit  du  cœur  était  double,  comme  9 ^ 
si  le  ventricule  se  fût  contracté  à deux  reprises  pour  se  dé-  4 
barrasser  du  sang  qu’il  contenait.  En  appliquant  le  doigt  ï"! 
sur  la  région  où  la  pointe  du  cœur  venait  frapper  , on  per-  i-’l 


(1)  C’eslsurlout  à ce  reflux  du  sang  que  nous  altribuSmes  le  bruit  de  soufflet  fJ  f| 
isochrone  au  poub,  bruit  dont  le  maximum  d’intensité  se  trouvait  au-dessous  |v|  .| 
et  en  dehors  du  sein. 


DEUX.  CATÉG.  d’oBSERV,  d’eNDOCAEDITE.  53 

cevait  assez  distinclement  un  mouvement  de  dilatation  suc- 
cédant au  choc  du  cœur.  Le  frémissement  vibratoire 
devint  plus  manifeste  cjue  les  premiers  jours;  le  pouls, 
quoique  assez  peu  développé,  était  vibrant.  Dans  les  der- 
niers jours  de  la  vie,  le  pouls  dé  l’artère  radiale  disparut 
complètement , puis  reparut , mais  si  faible  qu’il  échappait 
facilement  au  doigt.  Les  jambes  s’infiltrèrent,  le  visage 
devint  bouffi;  le’  ventre  était  douloureux  à la  pression, 
fluctuant  dans  toute,  son  étendue  ; du  dévoiement  se 
déclara. 

Le  a3  septembre,  trois  jours  avant  la  mort,' le  bruit  de 
soufflet  était  légèrement  sibilant,  au  niveau  du  mamelon. 

Mort,  le  25  septembre  ( à 2 heures  du  matin  ),  dans  un 
état  de  dyspnée  eld’anxiélé  extrêmes. 

Autopsie  cadavérique  sept  heures  après  la  mort. 

I®  Habit,  extérieure  et  cavités  pectorale  et  abdominale.  Les 
membres  inférieurs,  les  parois  abdominales, .et  les  grandes 
lèvres  sont  infitrés  ; le  visage  est  bouffi;  les  leyres  vio- 
lettes. La  partie  externe  des  cuisses  et  la  région  de  la  han- 
che sont  plissées  et  ridées  comme,  la  peau  du  ventre 
après  un  accouchement  ( ces  plis  sont  dus  à une  ancienne 
hydropisie). 

L’abdomen  contient  une  grande  quantité  de  sérosité 
roussâtre.  Üne  sérosité  moins  foncée  en  couleur,  citrine, 
limpide,  s’écoule  de  chaque  côté  du  thorax,  dont  elle  oc- 
cupe la  partie  la  plus  déclive. 

La  matité  de,  la  région  précordiale  est  verticalement  et 
transversalement  de  3 p.  10  1. 

2®  Org.  respirât,  et  circulât.  — La  portion  du  cœur  non 
recouverte  par  lès  poumons,  mesurée  immédiatement 
après  l’ouverture  du  thorax,  offre  exactement  les  mêmes 
dimensions  que  celles  fournies  par  la  percussion  de  la 
région  précordiale  ; c’est-à-dire  3 p.  10  lig.  vérticalemcnt 
et  en  travers. 

La  partie  antérieure  de  la  face  interne  du  poumon  droit 


64  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

adhère  avec  le  péricarde,  par  du  tissu  cellulaire,  formant 

une  lame  ou  un  repli  analogue  à un  épiploon. 

La  partie  moyenne  de  la  face  interne  du  poumon  gau- 
che adhère  par  un  tissu  cellulaire  semblable  avec  le  pé- 
ricarde, dans  la  région  de  l’oreillette  gauche.  Les  deux 
poumons,  lavés  par  la  sérosité,  offrent  une  teinte  légère- 
ment pâle  sur  laquelle  tranchent  un"  grand  nombre  de 
taches  d’un  rouge  violet. 

Ils  sont  tous  deux  plus  pesans  qu’à  l’état  normal , gorgés 
d’un  liquide  séro-sanguinolent  surtout  vers  leur  bord  pos- 
térieur. Ce  liquide,  légèrement  spumeux,  s’écoule  à la  pres- 
sion sans  beaucoup  de  crépitation.  Les  incisions  pratiquées 
dans  les  poumons,  présentent  à leur  surface  les  taches  indi- 
quées plus  haut.  Le  tissu  pulmonaire  se  déchire  avec  faci-  . 
liié.  Le  poumon  gauche,  d’un  tiers  moins  volumineux  que 
le  droit,  était  comme  affaissé  et  comprimé  à sa  partie 
inférieure,  ce  qui  tenait  à ce  qu’il  avait  été  refoulé  en 
haut  par  le  cœur  hypertrophié. 

Le  péricarde  contient  une  petite  quantité  de  sérosité 
citrine.  Il  s’est  énorfnément  dilaté  pour  contenir  le  cœur 
hypertrophié.  Celui-ci  est  gorgé  de  sang,  en  partie  liquide, 
en  partie  coagulé.  Vidé,  il  est  encore  presque  double  du 
poing  du  sujet.  Sa  surface  extérieure  présente , surtout  ! 
dans  la  région  du  ventricule  et  de  l’oreillette  gauches,  de  j 
nombreuses  taches  d’un  rouge  vif,  analogues  au  pointillé 
qu’on  remarque  quelquefois  sur  les  muqueuses  enflam- 
mées. A droite,  on  voit  quelques  petites  taches  blanchâ- 
tres, arrondies  ( à la  partie  supérieure,  une  plaque  blan- 
che avait  la  largeur  de  l’ongle  du  doigt  auriculaire  ). 

• 

Circonférence  du  cœur  g pouces. 

Diamètre  vertical  4 P-  * 

— transversal  4 P*  8 I. 

La  cavité  du  ventricule  droit  pourrait  contenir  un  petit 
œuf  de  poule.  Sa  surface  interne  est  lisse  et  paraît  assez 


DEUX.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  55 

vermeille.  La  membrane  interne  de  l’artère  pulmonaire 
est  parfaitement  blanche.  Les  valvules  de  cette  artère  sont 
aussi  minces  qu’une  feuille  de  papier  josepli. 

La  circonférence  de  l’orifice  ventriculo-pulmonaire  est  de 
2 pouc.  lo  lig. 

Celle  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  droit,  dilaté, 
est  de  3 p.  lo  lig.  ' 

La  valvule  tricuspide,  un  peu  déformée,  surtout  à son 
bord  libre,  est  sensiblement  épaissie.  Les  tendons  qui 
viennent  s’y  attachér  sont  pour  la  plupart  plus  volumi- 
neux et  plus  forts  qu’à  l’état  normal.  Elle  se  trouve 
fixée  en  quelques  points  si  près  de  la  paroi  voisine  du 
cœur,  que  ses  mouvemens  ont  dû  en  être  gênés.  Des 
adhérences  accidentelles  existent  même  en  quelques  points 
entre  cette  valvule  et  la  paroi  ventriculaire.  Le  maximum 
de  la  hauteur  de  la  valvule  est  de  8 lignes.  Le  tissu  de 
cette  valvule  crie  sous  l’instrument  qui  le  divise,  ce  qui 
dépend  d’un  commencement  de  fibro-cartilaginificalion. 

L’oreillette  droite  est  dilatée  dans  la  même  proportion 
que  le  ventricule  ; généralement  épaissie,  elle  a trois  lignes 
d’épaisseur  vers  son  appemdice,  épaisseur  qui  est  aussi  celle 
des  parois  du  ventricule  correspondant.  Le  tissu  musculaire 
des  cavités  droites  est  d’un  rouge  un  peu  plus  vermeil  qu’à 
l’état  ordinaire,  et  offre  une  consistance  plus  que  normale. 

Les  valvules  aortiques  ferment  l’orifice  du  même  nom 
assez  exactement  ( l’eau  qu’on  verse  dans  l’aorte  ne  pénètre 
pas  dans  la  cavité  ventriculairë). 

La  circonférence  de  l’orifice  ventriculo-aortique  est  de 
I p.  lo  lig.  Cet  orifice  contient  à peine  le  bout  du  doigt 
annulaire.  ( 11  est,  par  conséquent,  très  étroit,  compa- 
rativement à l’ampleur  de  fa  cavité  du  ventricule  cor- 
respondant, lequel  contiendrait  un  œuf  de  grosseur  or- 
dinaire.) 

Les  valvules  sigmoïdes  sont  rougeâtres  et  plus  épaisses’ 


56  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

que  celles  de  l’artère  pulmonaire  : elles  offrent  sur  la  face 
qui  répond  au  ventj  icule  des  espèces  de  végétations  rougeâ- 
tres, dures,  résistantes,  d’une  consistance  semi-cartila- 
gineuse. Elles  ont  à peu  près  6 lignes  d’étendue  en  hauteur. 
Toute  la  longueur  de  l’aorte  ascendante  et  descendante 
offre  un  très  petit  calibre  sans  épaississement  ni  aucune 
autre  altération  : la  membrane  interne"  est  d’un  blanc  à 
peine  jaunâtre.  Dans  le  voisinage  de  l’orifice  aortique,  la 
membrane  interne  du  ventricule  gauche  offre  une  teinte 
d’un  blanc  mat  et  est  évidemment  épaissie  ; op  l’enlève  par 
lambeaux  étendus  , et  au-dessous  d’elle  reste  une  couche 
de  tissu  cellulaire  à l’état  normal;  l’épaisseur  de  la  mem- 
brane va  en  diminuant  de  la  base  au  sommet  de  ce  ventri- 
cule. L’épaisseur  de  ses  parois  est  de  7 lignes;  cette  épaisseur 
est  presque  la  même  partout,  si  ce  n’est  à la  pointe,  où. 
elle  diminue  sensiblement. 

L’orifice  auriculp-ventriculaire  gauche  fait  communicjuer 
largement  l’oreillette  droite  avec  le  ventricule  correspon- 
dant; il  est  presque  double  de  l’orifice  aortique.  La  val- 
vule bicuspide  est  très  forte , hypertrophiée,  commey?a/- 
cheminée;  les  tendons  qui  se  fixent  à son  bord  libre  sont 
très  forts,  très  fermes,  et  forment  une  sorte  de  réseau  ou 
de  yî/ef  inextricable. 

La  circonférence  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  gau- 
che a 5 pouces  d’étendue.’ 

La  lame  antérieure  de  la  valvule  bicuspide  a i6  lignes 
de  hauteur.  Sa  lame  postérieure,  au  contraire,  ofire  à 
peine  3 à 4 lignes  de  hauteur,  et  forme  une  espèce  de  ruban 
qui  n’est  pas  seulement  hypertrophié,  mais  converti  eu 
tissu  cartilagineux,  criant  sous  le  scalpel,  et  d’une  demi- 
ligne  à une  ligne  d’épaisseur.  ^11  est  évident  que  cette  lame 
ne  pouvait  jouer  convenablement  pour  clore  et  ouvrir 
alternativement  l'orifice  auriculo-ventriculaire  ) 

La  membrane  interne  de  l’oreillette  gauche , surtout 


DEUX.  CATIÎG.  d'oBSERV.  d’eNDOC ARDITE.,  57 

dans  la  parlie  correspondante  au.'c  adhérences  extérieures 
( plaques  du  péricarde ),  est  rugueuse  j chagrinée,  inégale 
et  comme  raboteuse  : elle  est  tellement  épaissie  qu’elle  res- 
semble moins  à une  membrane,  séreuse  qu’à  une  véritable 
membrane  fibreuse.  On  ne  peut  la  détacher  que  difficile- 
ment de  la  couche  musculeuse  sous-jacente.  Api’ès  en  avoir 
détaché  un  lambeau  d’un  pouce  d’étendue,  on  voit  qu’elle 
est  effectivement  fibreuse,  presque  opaque  cdmme  la  dure- 
mère;  au-dessous  d’elle  il  reste  une  couche  dé  tissu  cellu- 
laire serré  ; en  quelques  points,  on  la  sépare  en  deux  cou- 
ches : on  dirait  que  la  partie  la  plus  rugueuse  n’est 
récdlement  autre  chose  qu’une  fausse  membrane  organisée 

à la  surface  de  la  membrane  interne  de  'l’oreillette. 

/ 

Le  tissu  musculaire  des  cavités  gauches  présente  une  teinte 
d’un  rouge  un  peu  plus  vif  que  celui  des  cavités  droites. 
L’oreillette  gauche  , généralement  moins  épaisse  que  la 
droite  , a 2 lignes  d’épaisseur.  ' ^ 

Le  cœur  , vidé  et  bien 'lavé,  pèse  338  grammes. 

Organ.  dig.  ei  annex.-^^X‘Q  foie  est  volumineux  et 
dépasse  le  rebord  cartilagineux  dés  fausses  côtes.  Il  est 
légèrement  inégal  à sa  surface  : son  tissu  présente  une 
teinte  jaune  très  marquée.  Une  grande  quantité  de  sang 
s écoule  des  veines  de  cet  organe.  — La  vésicule  contient 
une  quantité  médiocre  d’un  liquide  brun. 

La  rate  est  ratatinée  et'  d’un  volume  au-dessous  du 
normal  ; son  tissu  rappelle  celui  tViai  saucisson.  — Les  in- 
testins grêles  sont  blancs  et  lavés  par  la  sérosité. 

L estomac  est  distendu  par  des  gaz  ; sa  membrane  in- 
terne est  légèrement  rosée,  du  reste  saine.  (Elle  exhale' une 
odeur  acide  assez  forte  ). 

Legros  intestin  contient  quelques  matières  jaunes;  il 
est  plisse,  ride,  et  offre  quelques  tachés  légèrement  ro- 
sées , surtout  à sa  partie  inférieure.  Au-dessus,  de  sa  jonc- 
tion au  cæcum,  l’iléon  présente  une  rougeur  très  marquée 
qui  se  prolonge  en  s affaiblissant  dans  l’étendue  d’environ 


58  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

deux  pieds,  sans  développement  anormal  des  follicules 

isolés  ni  des  plaques  de  peyer  (i). 

OBSERVATION  52e. 

Femme  de  34  ans.  — Douleur  dans  le  côté  gauche,  palpitations,  oppression. 
~Plus  tard,  infiltration,  bruit  de  souIRet  dans  la  région  précordiale,  etc. 
— Mort#subite,  plusieurs  mois  après  le  début  des  premiers  accidens.  — Hyper- 
trophie et  induration  de  la  valvule  mitrale  avec  adhbrkhck  d'uuc  de  sea  lames  à 
la  paroi  ventriculaire  correspondante,  et  partant  inscffisarce  deeette  valvule. 
— Hypertrophie  générale  du  cœur.  — Concrétions  polypiformes  très  abondantes 
dans  les  cavités  du  cœur.  , , > 

V 

Madame  Masselin , âgée  de  34  ans,  d’une  constitution  à 
la  fois  lymphatique  et  nerveuse,'  fut  admise  à la  Clinique, 
(n°  4j  salle  Sainte-Madeleine),  le  12  avril  i833.  Elle  avait 
éprouvé  de  longs  et  violens  chagrins.  Mère  de  cinq  enfans, 
sa  dernière  couche  avait  été  très  laborieuse,  et  elle  s’était 
livrée  depuis  long  temps  à des  fatigues  au-dessus  de  ses  for- 
ces. Depuis  sa  dernière  couche,  qui  eut  lieu  au  mois  d’août 
i832,  ses  règles  ne  sont  revenues  qu’une  seule  fois,  et 
. en  petite  quantité.  Elle  attribua  à cette  suppression  une 
petite  toux  sèche  dont  elle  fut  plus  tard  atteinte,  avec  op- 
pression, douleur  dans  la  région  du  cœur  et  palpitations. 
La  douleur  de  côté  étant  devenue  très  vive,  trois  jours  après 
son  apparition,  un"^ médecin  fut  appelé  : il  prescrivit  une 
saignée  et  un  vésicatoire  à la  région  épigastrique.  A la  suite 
d’un  soulagement  passager,  tous  les  symptômes  reprirent 
une  nouvelle  intensité;  la' malade  ne  fît  point  alors  venir  le 
médecin  , et  se  contenta  de  l’application  de  quelques  topi- 
ques, dont  elle  n’a  pu  nous  indiquer  ni  le  nom  ni  la  nature. 

C. 

(i)  L’artère  axillaire,  vers  l’origine  de  l'artère  humérale,  contient  un  caillot 
qui  en  oblitère  la  cavité , ainsi  (jue  celle  des  artères  qui  en  naissent.  Celles-ci 
sont  transformées  encordons  aplatis;  la  membrane  interne  présente  des  ta- 
ches rouges  multipliées,  sur  lesquelles  on  observe  une  injection  arborescente. 
L’altération  ci-deisus  indiquée  nous  donne  la  raison  de  l’absence  du  pouls  dans 
l’artère  radiale  pendant  les  derniers  jours  de  la  malade. 


•> 

DEUX.  CATÉG.  d’obseev.  d endocabdite.  5g 
Cependant,  la  dyspnée  prenant  de  jour  en  jour  un  caractère 
plus  inquiétant,  un  second  médecin  fut  appelé  dans  le  cours 
du  mois  dernier  ( mars);  il  reconnut  un  épanchement  dans  la 
plèvre,  et  fit  appliquer  successivement  vingt  sangsues,  deux 
ventouses  et  cinq  à six  vésicatoires. 

Le  26  ou  le  27  mars,, madame  Masselin  s’aperçut  que  ses 
jambes  et  son  ventre  enflaient , symptôme  qui  chaque  jour 
fit  de  nouveaux  progrès;  la  toux  et  la  dyspnée  continuaient  j 
les  palpitations  étaient  plus  rares,  v 

i3  et  i4  avril.  Une  exploration  attentive  nous  fit  recon- 
naître les  symptômes  suivans  : 

La  face  était  bouffie,  un  peu  terne  et  livide;  les  lèvres 
d’un  violet  légèrement  bleuâtre  ; le  ventre  était  volumineux 
et  fluctuant;  les  malléoles  œdématiées.  ‘ 

Il  existait  une  matité  très  étendue  dans  la  région  précor- 
dialc;  les  battemens  du  cœur  étaient  réguliers,  fréquens, 
profonds,  à''peine  sensibles  à la  main;  le  bruit  en  était  moins 
clair  que  dans  l’état  normal,  surtout  vers  la  pointe  des  ventri- 
cules ; on  entendait  en  outre  un  bruit  de  soufflet  très  pro- 
noncé. 

Son  mat  et  absence  de  la  respiration  dans  le  côté 
gauche,  jusque  vers  la  pointe  de  l’omoplate,  où  l’on  enten- 
dait une  égophonie  modèle  (voix  de  polichinelle). 

Le  pouls pelit^  mince, filiforme,  régulier,  battait  cent  seize 
fois;  les  veines  jugulaires  étaient  dilatées. 

Il  existait  une  anxiété  extrême,  surtout  le  soir  et  la  nuit; 
de  r orthopnée,  des  défaillances,  des  palpitations  au  moin- 
dre mouvement,  de  l’insomnie.  La  physionomie  exprimait 
la  douleur,  la  tristesse  et  le  découragement. 

Diagnostic.  Induration  des  'valvules  gauches  du  cœur  avec 
hypertrophie  anévrismale.  Epanchement  dans  la  plèvre 
gauche. 

Prescription.  Une  petite  saignée  (2  pal.  ) ; looch  avec  teint, 
digit.  ,*  org.  et  chiend.  sir.  des  cinq  racin.  ; 3 bouilL,  a potag. 
Sous  l’influence  de  ce  traitement,  il  survint  une  améliora- 


6o  MALADIES  DU  COT.UR  EN  PARTICULTEll.  * 


tion  sensible;  les  urines  coulèrent  en  abondance,  l’abdomen 
commença  à se  détendre,  les  jambes  à dégonfler,  le  som- 
meil revint  un  peu,  les  mouvemens  furent  moins  gênés,  la 
face  se  ranima. 

Il  survint,  le  17,  des  palpitations  qui  furent,  à deux  re- 
prises, suivies  d’éblouissemens  ; mais  peu  à peu  ces  symptô- 
mes s’évanouirent  et  la  malade  reprit  quelques  forces;  le 
pouls,  d’abord  à peine  sensible,  se  développa  ; l’égophonie 
diminua  légèrement.  Enfin,  le  aS,  voici  ce  que  M.  Jules 
Pellelan  écrivait  sur  le  registre  d’observations  : L’améliora- 
tion continue  , l’abdomen  est  presque  entièrement  revenu  à 
son  état  naturel  ; la  matité  du  côté  gauche  de  la  poitrine  est 
moindre,  l’égophonie  s’affaiblit  peu  à peu.  La  malade  de- 
mande à manger,  et  on  lui  accorde  le  quart. 

Elle  alla  ainsi  assez  bien  quelques  jours  encore;  mais  le  3o 
elle  commença  à avoir  du  dévoiement  ; le  ventre  devint 
plus  tendu;  l’oppression  augmenta.  Le  2 mai,  elle  allait  en- 
core moins  bien  que  les  jours  précédens  Une  demi-heure 
après  la  visite  , elle  venait  de  prendre  une  crème  de  riz  , et 
avait  eu  une  légère  querelle  avec  ses  voisines,  lorsqu’elle 
expira  tout-à-coup  sans  mouvement  convulsif  et  sans  avoir 
appelé  du  secours. 

Autopsie  cadavérique  ^ 24  heures  après  la  mort. 

1°  Org.  respir.  et  circulât. — Une  ponction  ayant  ete  prati- 
quée à la  partie  postérieure  du  côté  gauche  du  thorax,  il  s’en 
est  écoulé  une  assez  grande  quantité  d’une  sérosité  citrine, 
transparente.  Comprimé  par  l’épanchement,  le  poumon 
gauche  avait  perdu  beaucoup  de  son  volume  ( il  pèse  9 onces 
de  moins  que  le  droit).  Son  tissu,  dense,  coriace,  crépite  peu. 
La  membrane  muqueuse  des  bronches  gauches  est  d’un  rouge 
violacé.  Le  poumon  droit,  plus  crépitant  que  le  gauche, 
est  gorgé  de  sang  et  de  sérosité  à son  bord  postérieur  ; son 
tissu  est  d’un  gris  mêlé  de  points  noirs.  Il  n’existe  aucune 
trace  d’emphysème.  — La  membrane  muqueuse  des  bron- 
che3  droites  est  blanche. 


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DEUX.  CATÉG.  d’oBSERV.  D’ENDÔCAÏlbITE.  6l 

Le  péricarde  contient  une  médiocre  quantité  de  séro- 
sité. • ’ 

Le  cœur,  énormément  distendu  par  des  caillots  de  sang,  pèse  i liv.  9 onc. 
Débarrassé  de  ses  caillots  et  lavé , il  pèse  ‘ 

Diamètre  transversal , ^ pouc. 

Diamètre  vertical,  Ap.  61. 

Circonférence,  P- 

Le  ventricule  droit  est  énormément  dilate  et  en  meme 
temps  hypertrophié  (ses  parois  ont  2 a 3 1.  d épaisseur, 
et  ses  colonnes  charnues  sont  très  robustes).  ’ 

Circonférence  de  l’orifice  auriculo-ventriciîlaire  droit , 
dilaté,  5 p.  6 1. 

Les  lames  de  la  valvule  tricuspide  sont  épaissies,  chagri- 
nées. ' 

L’oreillette  droite  a le  double  de  sa  capacité  normale,  et 
ses  parois  sont  épaissies. 

La  cavité  du  ventricule  gauche  est  de  moitié  environ 
moindre  \jue  celle  du  droit  : ses  parois  ont  dix  lignes  d’é- 
paisseur à la  base.  Son  tissu  est  rouge  et  vei'meil,  ainsi  que 
celui  du  ventricule  droit. 

L’orifice  aortique  est  sensiblement  à l’état  normal. 

L’orifice  auriculo-ventriculaire  gauche  , beaucoup  moins 
large  que  le  droit , n’est  cependant  pas  rétréci  d’une  ma- 
nière notable  (sa  circonférence  est  de  3 pouc.  ). 

La  valvule  bicuspideest  épaissie  et  indurée  : sa  lame  pos- 
térieure , ratatinée,  comme  repliée  sur  elle-même^  est  fixée 
à la  paroi  correspondante  du  ventricule  par  ses  filets  tendi- 
neux raccourcis,  et  peut-être  aussi  par  des  productions  cel- 
lulo  fibreuses  accidentelles.  En  raison  de  cette  adhérence  et 
de  ce  ratatinement , cette  lame  ne  pouvait  pas  jouer  libre- 
ment et  suffire  à l’occlusion  de  l’orifice  auriciîlo-ventricu- 
laire  gauche , au  moment  de  la  systole. 

L’oreillette  gauche  est  de  moitié  moins  ample  que  la 
droite,  et  ses  parois  ont  une  ligne  et  demie  à deux  lignes 
d’épaisseur.- •“  ■'* 


62  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

La  surface  interne  de  l’aorte  est  blanche,  parsemée  seu- 
lement de  quelques  plaques  jaunâtres. 

2“  Org,  digest.  et  annex.  Un  demi-seau  environ  de  séro-  ; 
site  limpide  dans  le  péritoine. 

L’estomac  contient  le  potage  que  la  malade  venait  de 
prendre  au  moment  de  sa  mort.  Il  e.viste  peu  de  rou-  i; 
geur  dans  le  grand  cnl-de-sac.  — Foie  et  rate,  gorgés  de 
sang , d’un  rouge  foncé. 

3®  Org.  de  Vinneiv.  — Le  cerveau  est  pâle,  flasque,  mou*  i 
Les  méninges  sont  abreuvées  de  sérosité.  — Les  ventricules 
latéraux  sont  très  amples;  trois  cuillerées  de  sérosité  à la  i 
base  du  crâne. 

OBSERVATION  53«.  ' ■ 

44  ans.  — Matité  considérable,  voussure  de  la  région  précordiale,  bruit  de  !’ 
souIHet  ou  de  râpe;  palpitations  'violentes  et  anciennes,  étouffement , hjdropisie.  , r 
— Mort  plusieurs  années  apres  le  début.  (La  mort  a lieu  presejue  subitement  l| 
avec  symptômes  de  congestion  .séreuse  dans  la  cavité  du  crâne).  — Induration,  .1 
épaississement,  adhébknce,  imsuffisaivce  de  la  -valvule  bienspide  ; induration  sans  tr 
déformation  des  valvules  aortiques  et  tricuspide.  — Dilatation  etjiypertrophie  |i 
du  cœur;  concrétions  sanguines  très  abondantes  dans  les  cavités  de  cet  organe.  , d 
— Plaques  pseudo-membraneuses  anciennes  sur  le  péricarde.  — Sérosité  abon- 
dante à la  base  du  crâne  et  dans  la  pie-mère. 

Mademoiselle  Seberniska , âgée  de  44  aus,  née  à Cons- 
tantinople, de  pareils  grecs,  d’une  constitution  délicate, 
nerveuse,  d’un  caraclèpe  vif  et  irritable,  habitant  Paris  t 
depuis  vingt  ans  , exerçant  la  profession  de  couturière  , fut  | 
admise  à la  Clinique,  le  21  mai  r832.  Elle  nous  présenta 
les  symptômes  d’une  lésion  o?'ganiqiie  des  valvules  du  | 
cœur  avec  énorme  hypertrophie  du  même  organe.  Quel-  |i 
ques  petites  saignées , la  digitale  , les  diurétiques , le  repos  \ 
et  un  régime  convenable,  apportèrent  un  soulagement  l 
considérable,  et  la  malade  sortit  de  l’ hôpital  le  9 juillet  i832.  | 

Elle  rentra  dans  notre  service  le  24  février  i834(i)* 


(j)  Celle  malade  me  fui  adressée  par  M.  le  docleur  Yvan  CIs  qui  lui  avait  I 
donné  des  soins  chei  elle.  Cel  honorable  confrère  eut  la  complaisance  de  me 


DEUX.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  63 

État  au  moment  de  l'entrée.  — Visage  pâle  , teinte  d’un 
jaune  pâle  de  tout  le  reste  du  corps  , lèvres  minces  et  dé- 
colorées, maigreur  très  prononcée  ( les  membres  infé- 
rieurs n’étaient  plus  infiltrés’,  mais  il  existait  une  ascite 
assez  considérable  ; veines  jugulaires  gonflées  ). 

Pouls  très  irrégulier,  intermittent,  peu  développé, 
battant  120  à i3o  fois  par  minute;  oppression,  étouffe- 
ment ( 32  inspirations  par  minute  ). 

La  région  précordiale  présente  une  voussure  très  mar- 
quée. Elle  est  fortement  soulevée  dans  une  grande  étendue 
par  les  battemens  du  cœur.  L’impulsion  de  cet  organe  se 


donner  sur  les  antécédens  de  mademoiselle  Scherniska  une  note  dont  j’extrairai 
les  détails  suivans  : 

« La  mère  de  cette  malade  est  encore  vivante,  et  présente  elle-même  , depuis 
longues  années,  les  signes  dîune  maladie  organique  du  cœur  ( elle  est  âgée  de  62 

• ans).  Mademoiselle  Scherniska  est  sujette,  depuis  un  très  grand  nombre  d’an- 
»nées,  à des  palpitations.  Quoique  d'un  tempérament  faible,  et  assez  mal  réglée, 

• elle  a eu  six  enfans  et  une  fausse  couche.  Elle  s’est  livrée  avec  une  pàssionef- 
» frénée  aux  plaisirs  vénériens.  A la  suite  de  ses  deux  dernières  couches  ( la  der- 

• nière  date  de  décembre  i85i  ),  qui  furentlaborieuses  , il  survint  une  inhltra- 
D lion  des  membres  inférieurs , et  une  ascite,  dont  elle  ne  se  rétablit  que  très 

• lentement.  Pendant  la  dernière  grossesse , les  palpitations  augmentaient,  et 

• des  évanouissemeds  avaient  lieu  de  temps  en  temps.  Plusieurs  saignées  furent 
» pratiquées,  et  fournirent  un  sang  très  séreux.  Après  l'arcouchcment  , il  se  ma- 

• nifesta  des  picotemens  et  des  élancemens  dans  la  région  précohliale.  ( 

• nouvelle  soignée,  digit.  inter,  et  exiér. , camphre  et  assa-fætida.  ) Une  amélio- 
» ration  sensible  eut  lieu  ; mais  la  malade  s’étant  livrée  à de  nouvepux  excès  véné- 
» riens  , les  palpitations  reparurent  avec  tant  de  violence,  qu’elles  déterminèrent 

• un  crachement  de  sang.  M.  Yvan  pratiqua  une  nouvelle  saignée,  et  sepropo- 
» sait  de  recourir  aux  autres  moyens  qui  avaient  déjà  procuré  du  soulagement, 

• lorsqu’un  autre  médecin,  appelé  en  l’absence  de  M.  Yvan,  blâma  cette  méthode, 

• et  conseilla  l'usage  du  co'it  comme  l'une  des  bases  fondamentales  du  traitement, 

• M.  Yvan  ne  revit  la  malade  qu’en  i(S52.  C’est  dans  lé  cours  de  cette  année 

• qu’elle  fut  admise  pour  la  première  fois  à la  Clinique,  éprouvant  alors  des 

• palpitations  violentes,  de  l’étouffement,  et  ayant  les  membres  inférieurs  inlil. 

• très  et  l’abdomen  rempli  de  sérosité. 

• En  1834,  elle  eut  encore  recours  aux  spins  de  M.  le  docteur  Yvan.  Mais 
•comme  elle  ne  voulut  point  suivre  le  régime  qu’il  lui  conseilla,  elle  prit  le  parti 
•de rentrer  à la  Clinique. 


64  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

fait  sentir  jusque  dans  le  deuxième  espace  intercostal.  La 
main  appuyée  sur  la  région  précordialc  perçoit  un  frémis- 
sement vibratoire  très  distinct. 

La  matité  de  cette  région  a 6 pouces  verticalement  et  6 
pouces  et  demi  transversalement. 

Les  battemens  tumultueux  du  cœur  sont  accompagnés 
d’un  double  bruit  de  soufflet  : celui  qui  a lieu  pendant  la 
systole  est  plus  fort  et  plus  prolongé  que  celui  dont  la 
diastole  est  accompagnée.  On  distingue  en  même  temps  un 
très  fort  tintement  métallique  pendant  la  percussion  du 
'cœur  contre  la  paroi  pectorale. 

Le  sentiment  d’anxiete  auquel  la  malade  est  en  proie  ne 
lui  laisse  presque  aucun  instant  de  sommeil. 

Les  fonètions  digestives  sont  en  assez  bon  état.  — Le 

r , 

foie  déborde  les  fausses  côtes.  La  fluctuation  abdominale 

est  des  plus  évidentes. 

Diagnostic.  — Induration  des  'valuules  gauches;  hyper- 
trophie considérable  et  dilatation  du  cœur. 

Prescription. — Infus.  till.  ‘et  feuilL  d orang.\  julep  avec 
poudre  de  digit.  x gr.  Bouill. , pot. , lait.  . 

Jusqu’au  mars,  fieu  de  changement.  Le  pouls 
tombe  à 64  pulsations  par  minute,  se  développe  et  de- 
vient vibrant.  L’impulsion  du  cœur  se  fait  toujours  sentir 
dans  une  grande  étendue  ; ce  n’est  pas  seulement  la 
pointe  , mais  toute  la  masse  de  cet  organe  qui  soulève  la 
région  précordiale.  Le  maximum  d’intensité  du  bruit  de 
soufflet  existe  dans  la  région  des  cavités  gauches;  il  est 
aussi  très  fort  dans  la  région  sous-claviculaire,  et  on  l’en- 
tend même  à la  partie  postérieure  de  la  poitrine;  il  est  si 
gros  qu’il  imite'le  bruit  d’un  soufflet  de  forge. 

f^ésicat.  i'èg.  précord.  et pansem.  avec  poudre  de  digit.  ; le 
reste  ut  supra . 

Le  II  mars,  le  pouls  est  à 52-56,  toujours  irrégulier, 
'vibrant.  Le  bruit  de  soufflet  ou  de  râpe  n’existe  actuelle- 
ment que  pendant  le  soulèvement  de  la  région  précordiale, 


DliUX.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  G5 

c’est-à-dire  pendant  la  systole  ventriculaire  : il  est  moins  fort 
dans  la  région  sous-claviculaire.  {On  ajoute  aux  moyens 
déjà  indiqués  le  sirop  de  pointes  d asperges  j 

Rien  de  nouveau  jusqu’au  i6.  Onunesure  de  nouveau  la 
matité  de  la  région  précordiale  : elle  est  de  6 pouces  3 lignes 
verticalement,  et  de  6 pouces  transversalement.  Dans 
toute  l’étendue  de  la  matité,  on  sent  à.  la  main  et  on 

•fc.  I 

distingue  à la  vue  les  batiemensdu  cœur.  . 

Le  sommeil  de  la  malade  est  toujours  très  court  et  trè 
agité.  ' . , 

IJ,  18,19.  Nausées,  inappétence,  vomissemens',  céphalal- 
gie. ( Suspciisio7i  de  la  digitale  à Vintérieur.  ) 

20,  21.  60  pulsations;  28  inspirations. 

22.  Insomnie  continuelle,  oppression  plus  forte,  batte- 

mens  du  cœur -plus  tumultueux.  {On  reprend  V usage  de  la 
digitale.  )•'  , 

23,  24-  Les  palpitations  continuent;  le  ventre  se  tuméfie 
I de  plus  en  plus. 

20.  Dans  la  nuit  du  25  au  26 , la  malade  est  prise  d’une 
: suffocation  subite?  elle  perd  connaissance,  et,  le  26  à la 
visite,  le  râle  de  l’agonie  se  fait  entendre.  Le  visage  est 
• cadavérique;  cependant  les  batiemens  du  cœur  sont  très 
1 forts,  toujours  tumultueux  et  accompagnés  de  bruit  de 
' soufflet  ou  de  râpe.  — A neuf  heures  du  matin,  la  malade 
. avait  cessé  de  vivre.  ■ ' 

I J ■ 

Autopsie  cadavérique , heures  après  la  mort. 

I®  Habit  extér.  — Rigidité  cadavérique  médiocre.  Lèvres 
’ violettes,  pas  d’infiltration  des  membres  inférieurs. 

On  pratique  de  nouveau  la  percussion  de  la  rég  on  pré- 
( cordiale,  et  on  trouve  de  la  matité  dans  l’étendue  de  6 poti 
tces  verticalement  et  de  5 pouces  transversalement. 

' 2"  Org.  circul.  et  respirât.  — La  portion  du  cœur  non 

,rrecouverte  par  les  pohinons,  a 5 pouc.  transversalement  et 
6 pouc.  verticalement,  mesure  exacte  de  l’étendue  de  la 
Irmatité  de  la  région  précordiale. 

2. 


I 

I 


5 


66  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

La  pointe  du  cœur  répond  au  huitième  espace  intercos- 
tal (en  comptant  de  haut  en  bas),  tandis  que  la  base  ré- 
pond au  second  espace  intercostal. Le  cœur,  vraiment 
énorme  , remplit  assez  exactement  le  péricarde;  cependant 
on  voit  en  bas,  à travers  cette  enveloppe,  un  demi-verre 
environ  de  sérosité  citrine.  Le  péricarde  ofire  une  teinte 
légèrement  opaline  : il  n’est  pas  injecté.  La  partie  qui  re- 
vêt l’origine  de  l’aorte  et  de  l’artère  pulmonaire,  est  recou- 
verte de  plaques  d’un  blanc  laiteux  très  adhérentes;  on 
en  trouve  aussi  quelques  unes  sur  le  ventricule  et  l’oreil- 
lette droits.  ' . • ■ ^ 

La  pointe  du  cœur,  mousse,  arrondie,  est  dirigée  presque 
transversalement  à gauche.  Cet  organe  remplit  les  trois 
quarts  du  côté  gauche  de  la  poitrine.  Le  poumon  gauche, 
refoulé  par  le  cœur  en  dehors  et  au  sommet,  est  réduit  à 
une  espèce  de  gâteau,  d’un  pouce  environ  d’épaisseur  vers 
son  milieu  et  en  haut,  plus  mince  en  bas.  11  ne  recouvre  que 
le  bord  gauche  du  ventricule  gauche. 

Le  cœur  a un  volume  au  moins  triple  de  celui  du  poing 
du  sujet.  De  grosses  veines  sillonnent  sa  surface  , surtout 
en  bas.  Toutes  ses  cavités,  dilatées  et  hypertrophiées,  sont 
distendues  par  beaucoup  de  sang  , surtout  à droite'. 


L, 


: 


' 


Poids  du  cœur,  avec  ses  caillots  et  l’origine  des  gros  vaisseaux  748  gratnm. 


Poids  du  cœur  vidé  et  lavé  (alors  flasque,  affaissé) 
Diamètre  transversal 

— longitudinal  du  ventricule  fauche 


420  granim. 


•—  droit 


pouc. 

P- 


Circonférence  . 

Diamètre  antéro-postérieur 

Epaisseur  des  parois  du  ventricule  gauche  (à  la  base) 
— — (à  la  pointe) 

-w  de  l’oreillette  gauche 


1 1 
1 


(1). 

gi'g- 

9''g- 
6 lig, 

a lig. 


(i)  La  circonférence  du  cœur  était  presque  la  moitié  de  celle  de  la  cavité  tho- 
racique ( la  circonférence  de  cette  cavité  était  de  a4  pouces  ). 


i 


DEUX.  CATÉG.  d’oBSEIIV.  d’eNDOCARDITE.  67 


Epaisseur  des  paroles  du  ventricule  droit  3 lig.  ii4 

de  l'oreillette  droite  1 lig. 

■ de  la  cloison  interventriculaire  6 lig. 

Circonférence  de  l’ouverture  aortique  - 3 pouc.  a lig. 

de  l’orilice  aurlculo-ventriculaire  gauche  5 p. 

Hauteur  de  la  valvule  mitrale  (à  son  maximum)  6 lig. 

Circonférence  de  l’orifice'de  l’artère  pulmonaire  4 P- 

— auriculo-ventriculaire  droit  4 P*  ' 10 lig.. 


D’énormes  caillots  remplissent  les  quatre  cavités  du 
cœur,  surtout' les  droites  : quelques  concrétions  adhèrent 
à l’interieur  de  ces  cavités.  Le  ventricule  droit  ouvert ^ on 
voit  que  la  cloison  interventriculaire  fait  une  saillie  dans 
sa  cavité  et  paraît  en  occuper  toute  la  moitié  gauche.  La 
cavité  du  ventricule  droit  pourrait  cependant  contenir  un 
œuf  de  poule.  Les  valvules  de  l’artère  pulmonaire  sont  très 
amples,  d’un  bon  tiers  plus  étendues  qu’à  l’état  normal,  ce 
qui  fait  qu’elles  peuvent  exactement  fermer  l’orifice  de 
l’artère.  Les  colonnes  charnues  du  ventricule  droit  sont 
multipliées,  d’un  aspect  plus  rosé  qu’à  l’ordinaire.  La  val- 
vule tricuspide  , développéè  , épaissie,  est  plus  rouge  qu’à 
l’état  normal , surtout  à son  bord  libre.  La  membrane  in- 
terne de  l’oreillette  et  du  ventricule  n’est  ni  colorée , ni 
épaissie  d’une  manière  anormale;  elle  se  détache  assez  faci- 
lementdu  tissu  musculaire  , qui  est  plus  épais  et  plus  terne 
qu’à  l’état  normal.  Les  colonnes  charnues  de  l’auricule  sont 
très  fortes  et  embarrassées  de  concrétions  sanguines. 

Les  valvules  aortiques  ferment  bien  l’orifice.  Le  ventri- 
cule gauche  dilaté  pourrait  contenir  un  petit  œuf  d’oie. 
Les  colonnes  charnues  de  la  valvule  bicuspide  sont  très  vo- 
lumineuses (presque  doubles  de  l’état  normal ). 

La  membrane  interne  du  cœur  est  légèrement  inégale  'vérà 
les  'valvules  sigmoïdes , qui  ont  conservé  leur  forme;  ces  'vaU 
Vides  sont  rouges,  d’une  épaisseur  double  de  la  normale;  rugueu- 
ses  à leur  surface , et  fibro-cartilagineuses  'vers  les  tubercules 
d’Arantius.  L’aorte,  dans  le  point  coirespondant,  présenté  des 
incrustations  jaunâtres,  terreuses» 


5< 


68  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER.  ; 

Celle  arlère  ne  présenle , d’ailleurs,  aucune  rougeur;  | 
les  parois  sonl  épaissies,  sans  incruslalions.  — La  veine  | 
cave  et  les  autres  veines  sont  médiocrement  distendues  de  [ 
sang. 

L’oriHce  auriculo-ventriculaire  gauche  fait  communiquer  j ' 
librement  le  ventricule  et  l’oreillette.  Du  côté  de  l’oreil-  i 
lette,  on  voit  des  froncemens  épais,  imitant  les  plis  de  t 
l’anus,  La  valvule,  hicuspide  a triplé  d’ épaisseur  ; elle  est  ; 
plissée  partout , rougeâtre  et  transformée^  en  tissu fihro-cartila-  | i 
gineux  qui  crie  sous  d instrument.  La  portion  la  plus  épaisse  ré- 
pond à d orifice  aortique.  Sa  lame  postérieure  y courte  y adhère 
en  quelques  points  à la  paroi  'ventriculaire.  Les  tendons  valvü-  I 
laires  participent  à l'hypertrophie  des  colonnes  charnues.  [ 
L’oreillette  gauche  est  un  peu  moins  dilatée  que  la  droite.  ^ 
Sa  membrane  interne  est  comme  chagrinée  et  offre  une  teinte  ^ 
opaline,  plus  marquée  dans  certains  points  que  dans  d’au-  ^ 
\.v  es.  Cette  disposition  paraît  tenir  à laformation  d’une  fausse  \ 
membrane  qui,  détachée,  laisse  'voir  sous  elle  la  membrane  J ^ 
propre  plus  épaisse  qu’à  l’état  normal.  La  couche  musculaire  i)  . 
mise  à nu  est  composée  de  faisceaux  serrés  et  vigoureux.  | ' 

Le  poumon  droit  crépite  peu,  a perdu  son  élasticité;  et  I 
par  les  sections  qu’on->  y pratique,  ruisselle  un  liquide  3 
spumeux,  rougeâtre.- Son  tissu  est  granuleux  et  splénisé  î 
à sa  partie  supérieure.  La  rougeur  est  moins  marquée  dans 
le  lobe  moyen  et  inférieur,  où  la  crépitation  est  aussi  plus 
sensible.  Les  bronches  sont  remplies  d’une  sérosité  écu- 
meuse  et  présentent  une  injection  arborîsée. 

Le  poumon  gauche  contient,  au  sommet,  de  la  sérosité 
spumeuse;  il  est  moins  rouge  que  le  droit.  Les  bronches 
présentent  la  même  injection  que  celles  du  coté  droit. 

3”  Organ.  dig.  etannex. — L’abdomen  contient  une  grande 
quantité  de  sérosité  citrine , qui  a lavé  et  blanchi  la  surface  ^ 
des  viscères  abdominaux  en  général  et  celle  des  intestins  en 
particulier.  On  observe  des  adhérenees  entre  la  face  eonvexe 
du  foie  et  le  diaphragme  ; ces  adhérences  ont  dans  quel-  | 


deux,  catég.  d’observ.  d’endocardite.  69 

y 

qiies  points  une  consistance  fibro-cartilagineuse.  Au-des- 
sous d’elles , 'le  péritoine  conserve  sa  transparence  et  sa 
finesse  ordinaires. , 

Le  foie  dépasse  de  trois  pouces  le  rebord  cartilagineux 
des  fausses  cotes;  son  bord  inférieur  est  mousse  , arrondi , 
très  épais.  Dans  sa  moitié  inférieure,  la  face  convexe  du 
foie  offre  une  teinte  d’un  blanc  laiteux.  — La  vessie  con- 
j tient  une  petite  quantité  dourine  foncée  , et  ne  présente 
I d’ailleurs  aucune  lésion. 

La  muqueuse  de  l’estomac  e^t  colorée  en  jaune  verdâtre; 

I elle  est  ridée  , légèrement  injectée  vers  sa  partie  moyenne: 

1 sa  consistance  est  assez  bonne.  — Le  duodénum  offre 
I une  teinte  d’un  rouge  lilas.  Il  contient  une  matière  chy- 
meuse.  La  partie  inférieure  de  l’intestin' grêle  est  colorée 
par  une  bile  en  partie  concrète.  Nulle  part  on  ne  voit  de 
plaques  de  Peyer. — Le  cæcum  et  le  reste  du  gros  intestin  ne 
présentent  rien  de  particulier. 

La  rate,  un  peu  atrophiée  , présente  à sa  surface  les 
mêmes  plaques  que  le  foie;  son  tissu  est  induré,  exsan- 
gue, sec. 

Les  reins  sont  à l’état  normal. 

Un  kyste  existe  dans  l’ovaire  droit  : il  est  gros  à peu  près 
comme  un  œuf  de  perdrix  ; il  en  sort  un  liquide  vis- 
queux, gélatiniforme.  ( ■ 

L’utérus  ne  présente  rien  à noter. 

4°  Oi'g,  de  rïnnejv.  — Il  existe  une  quantité  assez  con- 
sidérable de  sérosité  dans  la  pie-mère,  à la  surface  du  cer- 
veau , et  dans  les  fosses  occipitales.  Les  méninges  sont 
médiocrement  injectées,  si  ce  n’est  à la  partie  inférieure 
du  cerveau.  Le  tissu  cérébral,  humide,  d’une  consistance 
un  peu  moindre  qu’à  l’état  normal , ne  présente  pas  d’injec- 
tion. Peu  de  sérosité  dans  les  ventricules. 

REFLEXIONS. 

J’ai  vainement  cherché  dans  les  traités  classiques  sur  les 


70  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

maladies  du  cœur  quelque  exemple  de  l’espèce  de  lésion  i 
que  nous  avons  voulu  signaler  dans  les  trois  observations 
précédentes  , et  dans  quelques  unes  des  observations 
que  contient  la  première  section  du  chapitre  premier*"  i 
Mais  le  hasard  m’en  a fait  découvrir  un  dans  les  Bulletins  ^ ^ 
de  la  faculté  de  Médecine.  Ce  cas  a été  communiqué  par  ' ■ 
M.  Lesauvage  sous  le  titre  suivant  : Adhérence  congeniale 
des  'Valvules  auriculo-'ventriculaires  droites.—  Rétrécissement  i l 
de  V orifice  auriculo-ventriculàire  gauche.  — Dilatation  des  - ^ 
deux  oreillettes.  Je  vais  le  rapporter  textuellement.  j 

OBSERVATION  5ie. 

Femme  de  Sg  ans.  — Depuis  un  an , symptômes  d’obstacle  à la  circulation  du 
sang  à travers  le  cœur.  — Mort  presque  subite  à la  suite  d’une  congestion  apo-  |. 
plectique.  — Adhérences  de  la  valvule  auriciilo  ventriculaire  droite  avec  les  co-  f 
lonnes  charnues.  — Dilatation  énorme  des  oreillettes.  — Induration  cartilagi-  | 
neuse  de  la  valvule  mitrale,  avec  rétrécissement  de  l’oriCcê  auquel  elle  est  adap 
tée.  — Dilatation  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  droitj  de  la  veine  cave  et  des 
vei  nés  pulmonaires. 

Une  femme' de  39  ans,  qui  avait  toujours  joui  d’une  ; 
bonne  santé  , éprouvait  depuis  un  an  environ,  à la  suite  \ 
de  chagrins  prolongés,  des  palpitations  , de  la  dyspnée, 
accompagnées  d’un  commencement  d’auasarque.  Tout-à-  J 
coup,  il  survient  une  hémiplégie  du  côté  gauche  et  la  4 
malade,  en  proie  à une  anxiété  extrême',  avec  mouvemens  ‘i 
forts  et  tumultueux  du  cœur,  expire  une  heure  après  l’ar-  i 
rivée  de  M.  Lesauvage.  ’ , 

Le  cerveau  , le  cervelet  et  les  méninges  étaient  gorgés  li 
de  sang;  mais  il  n’existait  point  d’hémorrhagie;  il  existait  i 
seulement  dé  la  sérosité  dans  les  ventricules. 

Poumons  sains. 

Les  deux  oreillettes  ont  un  volume  énorme.  La  droite  | 
est  épaissie  et  garnie  de  colonnes  très  nombreuses.  Ori-  | 
fice  auriculo-ventriculaire  droit  tellement  étendu  qu’il  ‘ 
semblait  ne  former  qu’une  seule  et  même  cavité  avec  | 
l’oreillette  correspondante.  Deux  valvules  seulement  étaient  J 


DEUX.  CATÉG.  d’oBSERV.  D ENDOCARDITE.  7I 

dislinctes  ; l'une,  située  du  côté  droit,  était  appliquée 
contre  la  paroi  correspondante  du  ventricule  , et  tellement 
intriquée  avec  les  colonnes  charnues  de  celui-ci,  qu’elle  ne 
pouvait  jouir  d’aucune  mobilité.  L’autre  valvule  offrait  à 
peu  près  la  meme  disposition  , si  ce  n’est  qu’elle  était  libre 
à son  sommet  dans  l’étendue  de  trois  à quatre  lignes  , et 
qu’elle  permettait  encore,  par  ce  moyen,  assez  de  mouve- 
ment pour  démasquer  en  partie  l’ouverture  de  l’artère 
pulmonaire.  L’oreillette  gauche  était  encore  plus  dilatée 
que  la  droite,  mais  ses  parois  n’étaient  pas  épaissies.  Les 
veines  pulmonaires  et  les  veines-caves  étaient  très  dilatées. 
L’orifice  auriculo-ventricLilaire  gauche,  au  contraire,  était 
très  rétréci , et  pouvait  admettre  à peine  l’extrémité  du 
petit  doigt  ; le  bord  des  valvules  mitrales  était  cartilagi- 
neux. Le  ventricule  aortique  n’nffrait  rien  de  particulier. 
L’aorte  était  d’un  petit  calibret 

RÉFLEXIONS. 

C’est  à tort,  ce  me  semble,  que  M.  Lesauvage  regarde 
comme  congéniale  l’adhérence  de  la  valvule  auriculo- 
ventriculaire  droite.  Mais  c’est  à juste  titre  qu’il  attribue 
l’énorme  dilatation  de  l'oreillette  droite  à cette  adhérence , 
puisque,  par  suite  de  l’obstacle  qu’elle  apportait  à l’occlu- 
sion de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  droit  , le  sang  con- 
tenu dans  le  ventricule  correspondant  refluait  nécessaire- 
ment dans  l’oreillette.  Ajoutons  toutefois  à cette  cause  de 
dilatation  , la  difficulté  qu’éprouvait  la  colonne  sanguine 
venant  des  poumons  à traverser  l’orifice  auriculo-ventri- 
culaire gauche  rétréci.  C’est  avec  raison  que  M.  Lesauvage 
fait  jouer  un  rôle  important  à l’obstacle  qu’éprouvait 
la  circulation  veineuse  dans  le  développement  de  la  conges- 
tion apoplectique  à laquelle  a succombé  la  malade  (i). 


(1)  Nous  ferons  r.;marquer  seulement  que  M.  Lesauvage  ne  s'est  pas  exprimé 
exactement  en  disant  que  la  congestion  apoplectique  avait  été  le  résultat  de  l’ané- 


MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 


OBSERVATION  55». 

Homme  de  35  ans.  — Pleuro-pneumonie  datant  de  quinze  jours  au  moment 
de  l’entrée  à rhôpilal.  — Pouls  petit , faihle,  déprimé.  — Visage  pâle,  Même; 
lèvres  violacées. —‘Mort  le  lemlemain  dé  l'entrée.  — Enormes  caillots  blancs, 
élastiques,  adhérens,  foimés  avant  la  mort,  dans  les  cavités  du  coeur.  — Hyper- 
trophie des  valvules  en  général  , et  des  gauches  en  particulier.  — Taies  ou 
plaques  laiteuses  à la  surface  interne  du  ventricule  gauche.  — IpQltralion  puru- 
lente du  poumon  droit,  etc. 

Un  homme  de  35  ans,  afficheur,  fut  couché,  le  ii  no- 
vemore  i833  , au  n®  i3  de  la  salle  St  Jean-de-Ujieu.  Lors- 
que nous  l’examinâmes,  à la  visite  du  lendemain,  il  nous 
dit  qu’il  ét^it  malade  depuis  une  quinzaine  de  jours,  à la 
suite  d’une  chute  sur  le  côté  droit,  où  il  éprouvait  une 
douleur  qui  occupait  surtout  la  région  lotnbaire.  Il  n’exis- 
tait alors  aucune  trace  de>  contusion.  Depuis  le  début 
de  sa  maladie,  cet  homme  ne  s’était  point,  disait-il,  encore 
alité,  avant  son  arrivée  à l’hôpital  : pour  tout  traitement,  il 
avait  pris  du  'vulnéraire,  s’était  appliqué  quelque  sangsues 
sur  le  côté  et  avait  bu  du  bouillon,  et  de  temps  en  temps 
un  peu  de  liqueur.  Il  répondait  à la  manière  d’un  homme 
doué  de  très  peu  d’intelligence.  Il  était  affecté  d’une  fente 
du  'voile  du  palais  qui  rendait,  d’ailleurs,  l’articulation  des 
sons  difficile  et  confuse.  ^ 

Comme  la  respiration  qtait  haute ^ difficile,  fréquente, 
''Sa- à 36  inspirations  par  minute),  nous  interrogeâmes  le 
malade  avec  un  nouveau  soin.  Il  nous  assura  qu’il  ne 
toussait  pas,  qu’il  ne  crachait  pas.  ( Il  n’y  avait , eu  effet , 
aucun  crachat  dans  son  crachoir.) 

La  région  précordiale  rendait  partout  un  son  clair,  si 
ce  n’est  à l’extrémité  du  sternum,  où  ilexistaiide  la  matité 

vrisme  des  orcillelles.  Celte  congestion  a été  reffel  direct  de  l’obslarle  à la 
circulation  du  .sang  travers  les  orifices  du  cœur.  Quant  à la  dilatation  des 
oreill  lies,  elle  était  ellermême  l’effet  de  l’obstacle  dont  il  s’agit  , ainsi  que  nous 
l’avons  dit  plus  haut. 


DEUX.  CATÉG-  d’oBSERV.  D’ENnOCARDlTE. 
dans  rétendue,  d’un  pouce  carré  environ.  Le  bruit  respira- 
toire était  si  fort  dans  la  région  des  cavités  gauches,  qu’il 
! masquait  pi*esque  coinplèiement  les  bruits  du  cœur. 

A la  percussion  du  côté  droit  de  la  poitrine,  le  malade 
témoiffua  de  la  douleuC  ; la  nioilié  inférieure  de  ce  coté  ne 
rendait  presque  aucun  son,  tandis  que  le  côié  opposé  réson- 
nait parfaitement.  L’expansion  vésiculaire  était  présque 
nulle  dans  toute  la  moitié  inférieüre  du  côté  droit  de  la 
poitrine  ; on  entendait  en  arrière  quelques  bulles  de  râle 
I crépitant;  souffle  bronchique  et  bronchophonie.  Un  peu 
de  râle  muqueux  très  fin  , à la  base  du  côté  gauche. 

Ces  signes  ne  nous  permettaiént  pas  de  méconnaître 
l’existence  d’une  pleüro-pneamonie  droite.  Nous  pensâmes 
que  l’absence  de  craehats  pouvait  tenir  à ce  que  la  division 
du  voile  du  palais  s’opposait  à l’expeetoraiion. 

La  peau  était  plutôt  froide  que  chaude  , le  pouls  était 
médiocrement  fréquent  (81  à 88),  mais  faible,  petit, 

( fuyant  sous  *le  doigt  ; le  visage  était  blême,  les  lèvres 
! bleuâtres.  -, 

Ces  cireonstances  jointes  à la  violence  de  la  dyspnée  et 
! à l’époque  avancée  de  la  maladie , nous  firent  porter  un 
pronostic  funeste. 

On  pratiqua  vainement  deux  saignées 'du  bras  et  une 
! application  de  vingt-cinq  sangsues  : le  malade  succomba 
dans  la  nuit  du  12  , sans  avoir  rendu  un  seul  crachat. 

I Autopsie  cadavérique  , le  i3  au  matin. 

, I®  Habit,  extér.  — Point  de  marasme;  cadavre  d’un  sujet 
; assez  fortement  constitué. 

2°  Organ.  circul.  et  respir.  — Le  cœur  était  recouvert  en 
grande  partie  par  le  poumon  gauche  : l’espèce  de  parallé- 
logramme que  représentait  la  portion  découverte  avait  un 
pouce  d’étendue  en  travers,  et  un  pouce  et  demi  verticale- 
ment. y 

Le  cœur,  entouré  de  beaucoup  de  graisse  , volumineux, 
était  distendu  par  d’énormes  caillots  de  sang,  plus  abon- 


74  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

dans  dans  les  cavités  droites.  Ces  caillots,  formés  pour  la  ^ 

plupart  avant  la  mort,  étaient  blancs  , semblables  à de  la  ; 

chair  lavée,  élastiques,  adhérens  , entortillés  autour  des  | 
colonnes  charnues  et  des  valvules;  ils  jetaient  des  racines  i 
dans  les  grosses  veines  qui  se  rendent  à l’oreillette  droite 
(les  caillots  des  cavités  gauches  nous  parurent  plus  récens  ^ 
que  ceux  des  cavités  droites). 

Toutes  les  valvules,  mais  surtout  les  gauches,  étaient 
plus  épaisses  qu’à  l’état  normal,  hypertrophiées;  elles 
étaient , d’ailleurs  bien  conformées , et  conservaient  toute  i 
leur  mobilité. 

A l’intérieur  du  ventricule  gauche,  on  observait  trois  taches  ou  ' 
plaques  blanches,  laiteuses,  analogues  à certaines  taies  de  la  cor- 
née, et  ayant  environ  la  grandeur  de  l’ongle.  Une  de  ces  taches  *' 
pénétixdt  profondément  dans  l’épaisseur  d'une  grosse  colonne  i 
charnue,  se  détachait  difficilement  et  en  emportant  avec  elle  un  \ 
peu  de  la  substance  musculaire , laquelle  était  friable  et  plus  if 
flasque  qu’à  ^l’état  normal.  — La  membraiîe  interne  de  I 
l’aorte  , de  l’artère  pulmonaire  et  de  leurs  divisions  était  n 
polie,  égale,  et  d’un  blanc  normal. 

Le  poumon  droit,  à l’exception  de  son  sommet,  était  I 
hépatisé  dans  toute  son  étendue.  Un  demi  verre  de  sérosité  | 
floconneuse,  à-la  partie  inféiieure  et  postérieure  de  cet  | 
organe,  et  partout  ailleurs  des  ailliérences  d’un  tissu  cel-  il 
lulaire  a^sez  den-^e.  Le  tissu  pulmonaire  éiaii/in^/'/e,  infiltré  i 
d’un  pus  véritable,  louable , qui  en  ruisselait  à la  pression  : 
en  quelques  points,  il  formait  des  collections  du  volume  | 
d’une  noisette.  Quelques  rameaux  bronchiques,  voisins  de  | 
la  surface  du  poumon  , étaient  également  pleins  de  pus.  — ■ | 
Poumon  gauche,  souple,  élastique,  parlaitement  sain  ; 
point  de  pus  , ni  de  mucus  dans  les  rameaux  bronchiques  f 
de  ce  poumon.  . | 

3°  Organ.  digest.  etannex.  — L’estomac  est  contracte.  Sa  | 
membrane  interne,  d’une  teinte  à peine  rosée,  olfre  des  i 
rides  assez  multipliées,  et  se  trouve  en  contact  avec  un  peu  i 


DEUX.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  76 

de  bile  verte.  Il  existait  dans  la  partie  inférieure  de  l’in- 
testin grêle  une  matière  analogue  à d\x  méconium.  La  mem- 
brane muqueuse  de  cet  intestin  était  d’une  blancheur  re- 
marquable et  toul-à-fait  saine. 

Large  plaque  fibro-carlilagineuse  à la  surface  de  la  rate. 
— Foie  volumineiîx  , un  peu  granulé  à sa  surface,  plus  dur 
qu’à  l’état  normal.  — Reins  volumineux,  d’un  tissu  jau- 
nâtre. , 

Nous  avons  noté  que  chez  cet  individu  tous  les  organes 
en  général  étaient’ un  peu  pâles  et  décolorés. 

RÉFLEXIONS.  • ' 

.Je  regarde  comme  très  probable  que  les  concrétions 
sanguines  du  cœur  étaient  en  partie  formées  au  moment  où 
nous  vîmes  le  malade  pour  la  première  fois  , et  qu’elles 
étaient  pour  beaucoup  dans  les  phénomènes  d’embarras  à 
la  circulation  que  nous  observâmes. 

Il  est  à peu  près  certain  que  si  le  malade  fût  entré  à 
l’hôpital,  dans  les  premiers  jours  de  sa  pneumonie,  norîs 
en  aurions  obtenu  la  guérison. 

Il  est  très  probable  tjue  les  plaques  blanches  ou  taies  àe 
l’endocarde  éldéenl  contemporaines  de  ces  adhérences cellulo- 
fîbreuses  qui  furent  trouvées  dans  la  plèvre.  L’èitpérience 
journalière  prouve  combien  il  èst  commurnde  rencontrer 
à la  fois  une  pleurO-pneumonie  aiguë  et  une  péricardite  ou 
une  endocardite  (i). 


(1)  Voici  deux  autres  cas  de  fausses  membranes  organisées  â la  surface  interne 
du  cœur.  ' -'t  * 

Obs.  5d?.  — Chez  une  femme  de  3o  ans , dont  nous.rappoi  terons  l’ob'serva- 
lion  dans  la  catégorie  de  celles  relatives  â l’induralioh  des  valvules,  avec  rétré- 
cissement des  orilices  du  cœur,  là  mem brune  interne  de  l’oreilletie  gauche  offrait 
un  épaississement  dCi  à la  présence  d’une  fausse  ’membrane  organisée,  épaisse  , 
fibreuse,  et  d’un  aspeqt  arcolé.  Il  existait  en  même  temps  des  adhérences  an- 
ciennes , bien  organisées  , entre  les  feuillets  opposés  du  péricarde.  ' 

Le  sujet  de  cette  observation , comme  il  sera  dit  plus  loin  j avait  été  affecté 


?6 


MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 


§ III. 

OBSERVATION  58«s.  c 

) 

Jeune  homme  de  aS  à 3o  ans. — Aneienne  pleuro-pneumonie. — Palpitations, 
bruit  de  soufflet, ‘oppression.  — Phlébite  cl  abcès  à la  suite  d’une  saignée.  — 
Moi't  rapide,  après  l’explosion  de  phénomènes  cérébraux,  ensiron  deux  ans 
après  la  pleuro-pneumonie. — Plaques  laiteuses  sur  le  péricarde,  traces  d'une 
ancienne  péricardite.  — Induration  fibro-cartilagineuse  des  valvules  gauches, 
avec  végétations  sur  les  valvules  aortiques.  — Epaississement  de  la  membrane 
interne  de  l’oreillette  gauche.  — Hypertrophie  du  cœur.  — Plaques  jaunes,  fi- 
breuses , dans  l’aorte  et  les  troncs  qui  en  naissent,  etc.  * 

/ 

Un  jeune  homme-,  âgé  de  20  à 3o  ans,  avait  été  admis 
dans  le  service  de  M.  Lerminier,  pour  y être  traité  d’une 


d’un  rhumatisme  goutteux.  Encore  un  exemple  d’une  endo-péricardite  coïnci- 
dant avec  un  rhumatisme  articulaire  aigu. 

Obs.  57*.  — Vaclin  ( René  ) , âgé  de  60  ans  , fruitier,  d’une  constitution  vi- 
goureuse , est  entré  à la  Charité  le  5 septembre  1S28.  Baltemens  du  cœur  forts, 
réguliers,  durs,  accompagnés  de  bruits  sourds,  étouffés,  mais  sans  souffle  dis- 
tinct: pouls  égalerhent  fort,  dur  et  régulier;  teint  blafard,  pâle;  infiltration 
médiocre  des  membres;  ascite;  oppression;  demi-orthopnée. — Mort  le  24  octo- 
bre 1S28. 

Àuiopsie  cadavérique,  24  heures  après  la  mort. 

Membres  inférieurs  très  légèrement  infiltrés;  l’abdomen  contient  une  grande 
quantité  de  sérosité  cilrine.  Viscères  abdominaux  comme  lavés.  Congestion  san- 
guine dans  tous  ces  viscères.  Veine-porte  dilatée.  Sérosité  jaunâtre,  claire,  dans 
chaque  côté  de  la  poitrine,  mais  principalement  à gauche. 

Cœur  très  volumineux,  ce  qui  dépend  en  partie  de  la  présence  d énormes  cail* 
lots  dans  ses  cavités,  dans  les  oreillettes  surtout.  Vidé  de  ces  caillots,  il  offre  une 
forme  pluS  |)oinlue  que  cela  n’a  lieu  ordinairement  dans  1 hypertrophie.  Le  sen- 
tricule  gauche  est  très  peu  ou  pas  dilaté  ; il  est  hypertrophié  . d une  consistance 
ferme.  Sa  membrane  interne  semble  généralement  un  peu  épaissie,  opaque;  on  y 
voit  diverses  petites  plaques  if  un  blanc  nacré  ou  argenté.  L une  d elles , de  la 
grandeur  d‘ une  pièce  de  dix  sous,  est  parfaitement  semblable  aux  plaques  dites 
LAnEvsKf<  du  pirirarde.  Une  colonne  charnue  est  entourée  dune  production  sem- 
blable'à cette  plaque.  Fers  la  base  des  valvules  aortiques , t’epaississement  est 
plus  considérable;  on  y trouve  des  plaques  fibro-eartila;;incuses  et  calcaires;  les 
valvules  elles-mêmes  sont  un  peu  épaissies , mais  lorifîee  aortique  est  libre  et 
bien  eon  forme. 

Aucune  rougeur  dans  jescavilé.s  du  cœur.  Les  parois  des  oreillettes  sont  sensi- 
j)lement  épaissie^ 


DEUX.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCÀrDITE. 
pleuro-pneumonie  (i).  Il  en  sortit  dans  un  état  de  guérison 
en  apparence  complète.  An  bout  de  deux,  ans,  il  rentra  dans 
le  même  service,  se  plaignant  alors  de  palpitations  et  d’op- 
pression. ‘ 

-Les  battemens  du  cœur  étaient  très  forts  et  très  étendus  ; 
ils  étaient  accompagnés  d’un  bruit  de  soufflet,  que  l’on 
entendait  aussi  dans  les  principales  artères,  telles  que 
l’aorie,  les  carotides,  les  iliaques  externes;  le  visage  était 
bouffi  et  les  membres  inférieurs  commençaient  à s’infiltrer. 

A la  suite  d’une  saignée  du  bras,  ce  membre  s'enflamme, 
de  petits  abcès  s’y  manifestent;  des  symptômes  cérébraux 
se  déclarent,  et  le  malade  succombe. 

le  22  septembre  1828. 

Visage  bouffi  ; une  certaine  quantité  de  sérosité  dans  le 
tissu  cellulaire  des  membres  inférieurs  et  du  tronc  ; ascite 
légère. 

La  surface  du  cœur  est  parsemée  de  plaques , blanchâ- 
tres, laiteuses,  indice  d’une  ancienne  péricardite.  Les  cavités 
du  cœur  sont  remplies  de  caillotsdesangd’un  jauned’ambre. 

Le  cœur  est  très  volumineux,  double  du  poing  du  sujet. 
Son  tissu  musculaire  est  ferme  et  rosé.  Le  ventricule  gau- 
che , arrondi , comme  dodu  , pour  ainsi  dire  , est  à la  fois 
hypertrophié  et  dilaté  : sa  cavité  est  d’un  bon  tiers  plus 
grande  qu’à  l’état  normal  et  ses  parois  ont  au  moins  six  li- 
gnes d’épaisseur  à la  base. 

Le  ventricule  droit  est  également  un  peu  hypertrophié 
et  dilaté.  — L’oreillette  gauche  n’est  pas  sensiblement  di- 
latée, mais  ses  parois  sont  considérablement  hypertro- 
phiées ;^a  membrane  interne  est  épaissie  ]^opaque , un  peu 
rugueuse,  comme  il  arrive  à la  suite  d’une  inflammation 


(i)  M.le  docteur  Reynaud,  alors  inlertie  dans  le  service  de  M.  Lerminier, 
examina  plusieurs  fois  le  malade.  11  est  probable  que  la  pleuro-pneumouie  fut 
accompagnée  d'une  péricardite,  dont  nous  indiquerons  plus  tard  les  suites. 


78  MALADIES  Dü  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

chronique.  Elle  n’olTre  point  de  rougeur  , non  plus  que  la 
portion  qui  tapisse  les  autres  cavités  du  cœur. 

Les  i’alçules  aortiques  sont  incrustées  de  plaques  fibro-car- 
tilagineuses  et  hérissées  de  'végétations  verruqueuses,  analo- 
gues aux  'végétations  'vénériennes.  Ces  'végétations  sont  très 
multipliées  sur  le  bord  libre  des  uahmles,  assez  rares  à la  base 
de  celles-ci,  ou  elles  occupent  la  partie  la  plus  'voisine  de  V orifice 
ventriculaire.  Quelques-unes  sont  composées  d'une  matière 
demi-transparente , gélatinijorme  / d'autres  , d'une  matière 
blanchâtre , friable , s' écrasant  facilement  sous  le  doigt  en 
plusieurs  fragmens  de  consistance  caséeuse  ou  tuberculeuse. 
En  général , -ces' productions  ressemblent  exactement  à cer- 
taines granulations  pseudo  membraneuses  qui  se  développent 
sur  les  membranes  séreuses  chroniquement  enflammées.  Les 
'valvules  sont  d'ailleurs  épaissies,  surtout  celle  qui  avoisine  le 
plus  l'orifice  auriculo-ventriculaire  gauche  ( cette  dernière  est 
triplée  d'épaisseur)  ;■  elles  sont  diires , comme  flbro-cartilagi- 
neuses , un  peu  ratatinées  , rfiais  pas  notablement  déformées. 
L’orifice  aortique  est  un  peu  rétréci. 

La  valvule  biscupide  est  également  épaissie,  indurée, 
surtout  dans  sa  lame  supérieure  ou  aortique,  qui  est  comme 
cartilagineuse.  ' ' ^ 

La  surface  interne  de  l’aorte,  des  carotides  primitives, 
des  iliaques  primitives  et  des  troncs  qui  en  naissent,  iné- 
galement rosée  ou  rouge,  surtout  à la  partie  la  plus  déclive, 
était  parsemée  de  plaques  plus  ou  moins  épaisses,  irrégu- 
lières, les  unes  très  petites,  les  autres  plus  étendues  (de  la 
grandeur  d’une  pièce  de  dix  sous  , par  exemple)  ; en  quel- 
ques points,  au  lieu  de  plaques,  on  rencontrait  um; matière 
furfuracée  ou  analogue  à des  grumeaux  de  lait  caillé,  s'en- 
levant par  le  raclement,  a l’instar  des  fausses  membranes 
encore  assez  récentes  (i).  Il  n’existait  nulle  part  de  lames 


(1)  11  est  probable  que  le  bruit  de  soufflet  des  artères  était  dû  à la  présence 


DEUX.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’enCOCARDITE.  7g 

osseuses  ou  calcaires.  Les  parois  artérielles  étaient  généra- 
lement un  peu  hypertrophiées. 

Le  foie  et  les  poumons  étaient  gorgés  de  sang  et  de  sé- 
rosité. 

Le  cerveau  offrait  une  bonne  consistance. 

On  ne  trouva  pas  de  traces  d’inflammation  dans  les 
veines  du  membre  ou  s’étaient  formés  des  abcès. 

OBSERVATION  59e. 

Femme  de  4i  ans. — A la  .suile  de  douleurs  dans  les  membres  inférieurs, 
palpitations  et  oppression , infiltration.  — BniiL  de  râpe,  frémissement  cataire 
dans  la  région  du  cœur.  — Fluctuation  dans  les  veines  jugulaires , etc.  — Mort 
cinq  ans  environ  après  les  premiers  accidens,  — Plaques  laiteuses  à la  surface  ex- 
térieure du  cœur.  — Induration  et  déformation  des  valvules  tricuspide,  aortiques 
et  bicuspide;  granulations  en  forme  de  choux-fleurs  sur  l’une  des  lèvres  de  cette 
dernière,  qui  est  transformée  en  un  anneau  übro-cariilagineux  ou  osseux,  dont 
l’ouverture  admet  à peine  le  bout  du  petit  doigt.  — Hypertrophie  et  dilatation 
du  cœur,  etc. 

Bruand  (.Julienne) , âgée  de  4i  ans,  giletière,  mariée, 
réglée  à 17  ans  ( elle  a cessé  de  l’ètre  depuis  3 mois),  d’une 
assez  bonne  consiilulion , née  d’une  mère  qui  paraît  avoir 
succombé  a une  maladie  du  cœur  (étouffement , œdème  des 
membres  inférieurs,  etc.  ),  fut  admise  dans  le  service 
clinique,  le  27  avril  i833.  Il  y avait  cinq  ans  qu’à  la  suite 
d’une  course  , elle  fut  prise  d’une  maladie  qu’elle  appelle 
une  courbature  des  membres  inférieurs  (i).  Les  symptômes  se 
calmèrent  sous  l’influence  du  repos  et  de  la  belle  saison, 
mais  reparurent  l’hiver  suivant,  pour  se  dissiper  de  nou- 


des  plaques  ci-dessus , lesquelles  avaient  pour  effet  d’augmenter  le  frottement 
que  la  colonne  sanguine  exerce  normalement  contre  les  parois  artérielles.  Le 
frottement  devait  être  d’autant  plus  considérable  dans  ce  cas , qu’il  existait  une 
hypertrophie  du  ventricule  aortique. 

(1)  Depuis  que  de  très  nombreuses  observations  nous  ont  appris  combien  il  est 
fréquent  de  voir  les  maladies  du  cœur  coïncider  avec  le  rhumatisme,  nous  sommes 
disposé  à croire  que  cette  prétendue  courbature  des  membres  inférieurs  pouvait 
bien  être  un  véritable  rhumatisrae< 


8o  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

veau  à la  belle  saison.  Depuis  deux  ans,  la  maladie  de  celte 
femme  a fait  des  progrès  continuels.  H y a un  an  qu’elle  fut 
placée  à 1 Hôtel-Dieu,  où  on  lui  fit  une  application  de  sang- 
sues. Les  principaux  symptômes  qu’elle  dit  avoir  éprouvés 
sont  de  l’oppre-^sion  , des  palpitations,  de  l’oedème  des 
membres  inférieurs  , de  l’insomnie  avec  des  réveils  en  sur- 
saut et  des  rêves  bizarres. 

Etat  au  moment  de  rentrée  : 

Pendant  le  repos  au  lit“,  les  battemens  du  cœur  sont  assez 
modérés;  néanmoins  , la  main  appliquée  sur  la  région  pré- 
cordiale est  repoussée  par  une  masse  volumineuse  et  résis- 
tante, et  éprouve  la  sensation  d’un  léger  frémissement 
vibratoire.  La  matité  est  peu  étendue,  ce  qui  tient  à la 
présence  d’une  lame  du  poumon  qui  recouvre  le  cœur. 
Dans  toute  la  région  précordiale,  et  même  plus  loin,  le 
double  claquement  du  cœur  est  remplacé  par  un  bruit  de 
râpe  qui  semble  continu.  Au-dessus  de  la  région  précor- 
diale, on  entend  un  peu  le  second  claquement  valvulaire, 
bien  qu’il  soit  mêlé  au  bruit  de  râpe  ou  de  frottement.  Les 
bruits  du  cœur  se  font  entendre  à la  partie  postérieure  de 
la  poitrine  , où  ils  paraissent  sourds  et  lointains;  on  distin- 
gue aussi  le  bruit  de  râpe  ou  de  scie,  surtout  pendant  la 
systole. 

Les  veines  jugulaires  offrent  une  fluctuation  très  pro- 
noncée : elles  se  dilatent  considérablement  pendant  les 
fortes  expirations,  et  s’affaissent  pendant  l’inspiration. 

Le  pouls  est  mince,  petit,  assez  régulier,  à 8o  pulsations 
par  minute.  Inflltraiion  légère  des  membres  inférieurs  avec 
refroidissement  des  extrémités.  Lèvres  violettes,  visage 
exprimant  l’anxiété;  tendance  aux  dél'aillances. 

La  poitrine  résonne  assez  bien,  et  la  respiration  se  fait 
entendre  partout;  ai  inspirations  par  minute. 

Ventre  .souple,  un  peu  de  dévoiement.  Le  foie  ne  dé- 
passe pas  le  rebord  cartilagineux  des  fausses  côtes. 


DEUX.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARMTE.  8l 

Diag>'OStic«  — Induration  des  'valoules  gauches  du  cœur 
avec  rétrécissement  d'un  orifice.  — Hypertî'ophie  du  cœur. 

Prescription. — Une  saignée  de  trois  palettes;  till.  orange 
\ édidc.;  jul.  gomrn.  teint,  digit.  x g.;  2.  bouill.  ; 3 potag. 

[ 29.  Le  sang  foui’ni  par  la  saignée  est  très  séreux  et  ne 

i présente  pas  de  couenne. 

Le  i4  mai , une  nouvelle  saignée  fut  pratiquée.  Après 
un  soulagement  momentané  , la  malade  retombe  dans  le 
même  état  dyspnéique.  Le  19,  son  visage  est  plus  altéré  et 
il  prend  un  aspect  cholérique  ( œil  enfoncé,  teint  terne  , 
livide);  elle  expectore  des  crachats  d’un  rouge  brique, 
paraissant  presque  entièrement  foi'més  d’un  sang  altéré.— 
Elle  succombe , le  22 , à 7 heures  du  soir.  La  veille  de  sa 
mort , comme  les  jours  précédens  , on  avait  ausculté  la  ré- 
gion du  cœur  et  les  deux  bruits  étaient  toujours  remplacés 
par  le  bruit  de  râpe  ou  de  scie.  A i pouce  et  1/2  ou  2 pou- 
ces au-dessous  de  la  clavicule  gauche,  le  claquement  valvu- 
laire se  faisait  entendre  assez  distinctement,  bien  qu’un 
peu  mêlé  de  souffle. 

Autopsie  cadaoéricpie,  38  heures  après  la  mort. 

Habit,  extér.  — Cadavre  dans  un  demi-marasme.  Les 
i membres  inférieurs  sont  simplement  empâtés. 

2°  Org.  respir.  etcircidat. — Deux  verres  de  sérosité  sangui- 
I nolente  dans  le  côté  droit  de  la  poitrine.  La  partie  infé-, 
I rieure  du  poumon  droit  est  rouge,  injectée,  et  adhère  avec 
i le  péricarde  par  défaussés  membranes  récentes.  Cette  par- 
i tie  du  poumon,  surtout  antérieurement,  ne  crépite  pas  et  a 
I perdu, son  élasticité  : elle  est  hépatisée,  infiltrée  de  sang  et 
I de  pus.  La  membrane  muqueuse  des  bronches  est  violette 
; et  épaissie. 

Il  existe  aussi  un  peu  de  sérosité  à gauche.  Le  poumon  de 
ce  coté  est  dans  l’état  normal.  Il  y a une  légère  congestion 
en  arrière. 

Le  cœur,  d’un  volume  double  du  poing  du  sujet,  remonte 
vers  les  deux  tiers  supérieurs  du  sternum,  et  n’est  éloigné 

6 


8a  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

que  de  2 à 3 p.  de  la  clavicule  gauche.  Il  est  recouvert  dans 
ses  deux  tiers  gauches  par  une  épaisse  lame  du poumon^ce  qui 
"explique pourquoi  la  matité  était  moins  étendue  qu’elle n’ aurait 
du  l’être  d’après  le  'volume  du  cœur.  Sa  pointe,  tournée  plus 
à gauche  que  dans  letat  normal , est  mousse,  épaisse^  ar- 
rondie. Le  péricarde  contient  très  peu  de  sérosité. 

Le  cœur  pèse  avec  les  caillots  qu'il  contient , 63o  gram- 
mes. 

Sur  la  partie  antérieure  et  moyenne  du  ventricule  droit , 
il  existe  une  plaque  fibreuse,  laiteuse,  de  la  largeur  dune 
piècede  i fr.  à peu  près.  Cette  fausse  membrane,  trace  d’une 
ancienne  péricardite,  se  détache  assez  facilement  de  la  sé- 
reuse , quiestsaine. — L’oreillette  droite  présente  aussi  dans 
la  moitié  de  son  contour  des  fausses  membranes  analogues  à 
la  précédente.  Il  existe  en  outre  quelques  pétéchies  (etsur 
les  cavités  gauches  quelques  véritables  ecchymoses  ).  L’oreil- 
lette droite  est  gorgée  de  beaucoup  de  sang  coagulé,  très 
noir.  Le  ventricule  droit  contient  des  caillots  dont  quelques 
uns  sont  décolorés.  L’orifice  auriculo-veniriculaire  droit 
n’est  pas  sensiblement  rétréci  ; mais  la  'valvule  est  déjormée, 
très  épaisse,  chagrinée , et  crie  sous  le  scalpel.  Les  valvules 
aortiques  S07it  épaissies  à leur  hord  libre , ratatinées  et  transfor- 
mées en  un  tissu  iibro- cartilagineux.  .L’orïfce  aortique  n'est 
pas  sensiblement  rétréci,  La  'valvule  mitrale  est  déformée  : 
ses  principaux  tendons  sont  énormément  hypertrophiés  , et 
ressemblent  et  de  sf'osses  cordes.  Les  lames  de  cetie  valvule 
sont  indurées , pétrfiées  , et  Vorifee  ressemble  à une  fente  bor- 
dée de  deux  replis  s ail l ans , qui  imitent  le  museau  de  tanche. 
Sur  la  lèvre  inférieure  de  cet  orifice  , il  existe  des  gr'anulations 
arrondies , friables,  groupées  en  forme  de  choux-fleurs  , du 
molume  d’une  tête  d’épingle,  et  d’une  couleur  rouge.  Vu  du 
côté  du 'ventricule  , T orifice  ressemble  a une  fente  infiuidibuli- 
fornie;  les  deux  lames  de  la  'valvule  qui  bordent  cette  fente  sont 
considérablement  épaissies  et  transformées  en  lui  tissu  fibro- 
cartilagineux,  Cest  mers  son  bord  adhérent , qui  fait  saillià 


,1 


/ 

l 


deux,  catég.  d’obseev.  d’endocardite.  83 
du  coté  de  r oreillette,  que  la  'valvule  est  pétrifiée.  On  peut 
à peine  introduire  le  petit  doigt  dans  ï orifice  auriculo  - 'ven- 
triculaire gauche.  L’oreillette  gauche,  d’un  bon  tiers  plus  dé- 
vveloppëe  que  dans  l’état  normal,  est  notablement  épaissie 
(les parois  ont  i 1.  et  demie  à 2I.  d’épaisseur).  Le  'ventricule 
^gauche  a une  capacité  qui  est  aussi  d’un  quart  plus  considérable 
. que  dans  l'état  normal.  Ses  parois  ont  8 à p /.  d’ épaisseur.  — 
l La  cavité  du  ventricule  droit  est  un  peu  plus  considérable ^que 
celle  du  gauche  ‘ ses  parois  ont  3 l.  et  demie  d' épaisseur.  Ses 
colonnes  charnues  sont  très  multipliées.  U oreillette  droite  est  di- 
latée, épaissie , et  les  colonnes  de  l'auricule  sont  très  développées. 

Le  tissu  du  cœur  est  généralement  rouge  et  ferme , sur- 
t tout  vers  le  point  où  existait  la  fausse  membrane  du  péri- 
carde. La  membrane  interne  du  cœur  est  nn  peu  rouge. 

L’origine  de  l’aorte  présente  quelques  plaques  blanchâ- 
t très,  qui  se  rencontrent  aussi  dans  le  reste  de  son  étendue  ; 
1 une  légère  ligne  rouge  existe  à sa  partie  la  plus  déclivée. 

Org.dig.elannex. — Le  foie  , gorgé  de  sang,  est  d’un 
\ brun  noirâtre;  il  est  plus  dense  que  dans  l’état  normal.  La  rate 
adhère  avec  la  portion  correspondante  du  diaphragme  ; elle  est 
I atrophiée  et  réduite  au  quart  de  son  'volume.  Son  tissu  est  dur, 
t contracté , et  contient  peu  de  sang.  — Les  reins  sont  petits, 
décolorés.  — L’estomac  est  très  ample,  d’un  rouge  foncé  , 
pointillé  (en  quelques  points  , la  rougeur  est  vive).  La 
membrane  muqueuse  est  ramollie , surtout  dans  le  grand 
cul-de-sac.  — Les  intestins  sont  aussi  fortement  injectés 
vers  la  fin;  dans  le  commencement  ils  présentent  leur  blan- 
cheur accoutumée.  — Il  n’existe  aucun  développement  des 
follicules. 


g; 


• > 


84 


MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 


OBSERVATION  60e. 

Femme  de  54  ans. — Affection  aiguë  de  poitrine,  dont  la  malade  ne  se  rétablit 
pas  complètement. — Etouffement,  inQltration,  palpitations,  bruit  de  râpe  dans 
la  région  du  cœur  ; frémissement  cataire  dans  cette  région  , ainsi  que  dans  les  ca- 
rotides; pouls  yeineux.  — Mort  trois  ans  après  l’affection  de  poitrine. — Traces 
d’une  ancienne  pleurésie  et  d’une  ancienne  péricardite.  — Epaississement  par- 
tiel de  la  membrane  interne  du  cœur.  — Induration,  épaississement,  végétations 
des  valvules  gauches  et  de  la  valvule  tricuspide.  — Hypertrophie  et  dilatation  du 
cœur  en  général  ( la  dilatation  affecte  surtout  l’orifice  auriculo-ventriculaire 
droit,  et  l’oreillette  correspondante).  — Plaques  et  épaississement  de  l'aorte. 
— Dilatation  des  grosses  veines. 

Clolilde  Caron,  âgée  de  54  ans,  femme  de  ménage,  d’une 
constitution  grêle,  mariée,  ayant  mené  une  vie  pénible 
et  éprouvé  beaucoup  de  chagrins,  fut  admise  à la  Clinique 
le  i6  avril  i834-  Elle  s’était  assez  bien  portée  jusqu’au  mo- 
ment de  la  cessation  de  ses  règles , il  y a 12  ans.  Mais  de- 
puis lors , elle  a , dit-elle,  toujours  En  i83i  , elle 

fut  prise  tout-à-coup  d’une  grave  affection  de  poitrine, 
pour  laquelle  elle  passa  29  jours  dans  le  service  de  M.  Ré- 
camier.  On  lui  appliqua  des  sangsues  au  creux  de  l’esto- 
mac et  un  vésicatoire  sur  le  côté.  Depuis  ce  temps,  elle  est 
restée  sujette  à des  palpitations  et  à des  étouffemens  (elle 
n’était  pas  entièrement  rétablie,  quand  elle  reprit  ses 
occupations). 

Elle  est  rentrée  un  an  après  à la  Pitié , où  elle  est  restée 
36  jours  (chez  M.  Serres).  En  sortant ^ elle  a pris  un  ou- 
vrage moins  pénible,  y à 8 mois  après,  elle  est  entrée  à 
Necker,  où  elle  est  restée  22  jours. 

Elle  a été  admise,  le  7 janvier  i834-,  chez  M.  Dalmas  à 
la  Charité,  où  on  lui  a fait,  dit-elle,  5 ou  6 saignées  assez 
rapprochées,  des  applications  de  sangsues,  de  glace,  des 
frictions  de  digitale  ; on  lui  a donné  aussi  des  potions  de 
digitale.  Elle  en  est  sortie  le  12  mars,  et  est  restée  chez 
elle  jusqu’au  16  avril. 

État  au  moment  de  Ventrée  dans  la  salle  de  clinique. 


deux,  catég.  d’obseiw.  d’endocahdite.  85 

^ Amaifïrissemcnt,  teinte  jaunâtre  de  la  face  qui  est  sonf- . 
ffrante,  anxiée  , yeux  cernés,  lèvres  d’un  pâle  violet;  jam- 
l l)es  enflées  depuis  une  quinzaine  de  jours  ; decubitus  assis, 
orthopnée. 

Poitrine  bombée,  offrant  deux  saillies  assez  considé- 
r râbles  au  niveau  de  l’articulation  des  deux  premières  pièces 
! du  sternum. 

Douleur  dans  la  région  précordiale  , s’exaspérant  par  la 
t toux , la  percussion.  Pouls  comme  fluctuant,  égal  dans 
1 les  deux  bras,  assez  fort  et  dur,  à loo  -112  par  minute. 

’ Veines  jugulaires  très  gonflées.  ' 

Résonnance  à gauche  jusqu’à  la  4e  côte,  où  le  son  com- 
1 nience  à diminuer;  et  de  là,  jusqu’à  la  7®  côte,  matité  : 

> cette  matité  est  de  4 pouc.  et  demi  transversalement,  et 
( de  4 pouc.  et  demi  de  haut  en  bas.  Les  battemens  du  cœur, 
(durs  et  secs,  ne  se  font  pas  sentir  jusqu’à  la  limite  infé- 
irieure  de  la  matité.  Frémissement  cataire  dans  le  d®  espace 
!i intercostal,  où  les  battemens  frappent  la  main  avec  plus 
(de  force  5 dans  le  même  point,  bruit  de  scie  continu  qui 
■absorbe  le  bruit  du  cœur,  et  dont  le  maximum  d’intensité 
(occupe  la  région  des  orifices  gauches,  la  partie  moyenne- 
igauche  du  sternum.  Là,  les  bruits  du  cœur  sont  si 
f forts  qu’ils  imitent  une  sorte  de  tictac  de  moulin  qu’on 
(entend  de  loin.  Ces  bruits  se  font  entendre  à gauche  et 
ià  droite  sous  les  clavicules,  et  on  les  distingue  même  à 
1 la  partie  postérieure  du  thorax. 

Insomnie , spasmes  et  étouffement , surtout  la  nuit. 

Urines  très  rares.  * 

Diagnostic.  — Hypertrophie  et  dilatation  générale  du  cœur, 
— Induration  des  x>aloules  gauches , sans  notable  rétrécisse’ 
ment  des  orifices. 

Prescription.  — TilL  orang.;  n)ésic.  rég.  précord.  avec 
poud,  digit.  xij  gr.  pour  pansem,;  2 bouilL,  2 fasses  de 
lait. 

Les  jours  suivans,  les  phénomènes  persistent.  Un  fré- 


é 

86  MAIADIES  DÜ  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

missement  vibratoire  très  prononcé  se  fait  sentir  dans  la 
région  des  carotides  et  des  sous-clavières  : un  double  bruit 
de  râpe  accompagne  le  claquement  valvulaire  sans  l’effacer 
complètement.  Le  pouls  tombe  à y6  pnlsations,  et  con- 
serve assez  de  largeur.  Il  existe  dans  les  veines  jugulaires 
une  pulsation  isochrone  à la  systole  ventriculaire  (pouls  i 
veineux),  ce  qui  nous  fait  présumer  une  insuffisance  de  la  I 
valvule  tricuspide.  I 

On  continue  la  digitale  par  la  méthode  endermique,  et  on  la 
donne  aus^i  à V intérieur,  ainsi  que  le  sirop  de  pointes  d^as- 
perges.  ' 

Cependant  l’état  de  la  malade  ne  s’améliore  point , le 
i dévoiement  s’ajoute  aux  autres  accidens,  et  les  traits  se 
décomposent.  Le  bruit  de  râpe  ou  de  scie  est  très  fort  et  à 
peu  près  égal  pendant  les  deux  mouvemens  du  cœur.  Les 
battemens  de  cet  organe  ne  sont  pas  accompagnés  d’une 
impulsion  bien  forte  ; ils  conservent  leur  régularité  , 
ainsi  que  le  pouls  (celui-ci  est  un  peu  vibrant)  ; riuiillra- 
tion  gagne  les  membres  supérieurs. 

ie  23  mai,  cinq  semaines  après  l’entrée,  la  malade, 
épuisée  par  l’étouffement  et  l’insomnie  , expire  dans  un 
état  semi-comateux  (à  dix  heures  du  matin). 

Autopsie  cadavérique , 28  heures  après  la  mort. 

I®  Habit,  extér.  — Infiltration  considérable  des  membres 
inférieurs,  avec  peau  tendue,  luisante.  Infiltration  des 
mains  et  des  avant-bras.  (Il  existe  une  ascite  légère.) 

Saillie  peu  considérable  de  la  région  mammaire  gauche. 
Infiltration  du  tissu  cellulaire  du  tronc  sur  les  parties 
postérieures  et  latérales. 

Dilatation  des  veines  jugulaires  externes,  qui  contiennent  i 
un  sang  noir.  (Les  veines  jugulaires  internes  égalent  en 
volume  la  veine  cave  supér.  à son  état  normal.) 

2°  Org.  circul.  et  respir.  — Un  peu  de  sérosité  dans  la 
cavité  du  thorax,  surtout  à droite. 


deux:  catég.  d’oeserv.  d’endocardite,  87 
Mesure  de  la  portion  du  cœur  non  recouverte  par  le 
poumon  : ^ 

Verticalement  ^ 9 

Transversalement  5 p.  6 lig. 

• ' 

Le  cœur,  encore  contenu  dafis  le  péricade,  remplit 
à peu  près  les  deux  tiers 'de  la  cavité  pectorale  gauche. 

11  y a deux  cuillerées  de  sérosité  roussàtre  dans  le  péri- 
carde , que  pourrait  contenir  la  tête  d’un  enfant  de  3 à 4 
mois.  Malgré  sa  distension  , le  péricarde  n’est  pas  aminci  ; 
son  feuillet  pariétal  est  poli  et  injecté  comme  à l’état  nor- 
mal. 

Le  cœur,  presque  aussi  gros  que  celui  d’un  veau  , est  en- 
touré de  graisse,  à droite  surtout, 

Vers  l’union  du  tiers  supérieur  avec  le  tiers  moyen  du 
ventricule  droit,  existe  une  large  plaque  laiteuse,  vérita- 
ble fausse  membrane  fibreu-^e  ; il  en  existe  de  semblables 
dans  la  portion  de  l’aorte  sur  laquelle  se  réfléchit  le  péri- 
carde , ainsi  que  sur  l’oreillette  droite.  Les  plaques  étant 
enlevées,  on  voit  au  dessous  d’elles  le  feuillet  viscéral^ sain, 
et  la  graisse  qui  recouvre  le  cœur. 

Les  oreillettes  et  les  ventricules  sont  gorgés  de  sang. 

La  pointe  du  cœur  regarde  presque  transversalement  à 
gauche. 

Diamètre  transversal 

De  l’insertion  de  l’aorte  à la  pointe  du  cœur 
Circonférence  à la  base  du  cœur 

Tous  les  vaisseaux  qui  partent  du  cœur  et  ceux  qui  s’y 
rendent  ont  un  volume  presque  double  de  l’état  normal. 

Poids  du  cœur,  non  vidé  du  sang  qu’il  contient,  et  avec  l’origine  des  gros  vais- 
seaux pSo  gram. 

L’hypertrophie  du  cœur  occupe  toutes  les  cavités;  plie 
est  plus  marquée  dans  les  cavités  droites.  . 

Le  ventricule  droit  contient  un  caillot  entortillé  autour 


8 p.  6 lig. 
5 p.  , 

Il  p. 


t 


88  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

des  colonnes  charnues  ; ce  caillot  est  décoloré,  adhérent,  et 
se  prolonge  dans  l’oreillette  droite  qu’il  distend.  Il  est  en- 
touré de  caillots  noirâtres  , de  formation  plus  récente. 

Les  cavités  gauches  contiennent  un  peu  de  sang  noir 
coagulé. 

Poids  du  cœur,  lavé,  vidé , avec  l’origine  des  gros  vaisseaux  688  gram. 

Cavité  du  ventricule  droit,  d’un  bon  tiers  plus  considé- 
rable qu’à  l’état  normal. 

Circonférence  de  Tarière  pulmonaire  5 p.  4 Tig- 

Valvules  de  l’artère  pulmonaire  , grandes,  larges,  trans- 
parentes, d’une  épaisseur  à peu  près  normale. 

Epaisseur  des  paroisdu  ventricule.droit  4 l>g- 

Circonférence  de  Toriüce  auriculo-venlriculaire  droit  4 P*  1 1 l'g- 

La  valvule  tricuspide  est  très  développée  ; ses  trois  la- 
mes sont  bien  séparées,  mais  épaissies  et  transformées  en 
tissu  fibro-cartilagineux. 

' Oreillette  droite  plus  dilatée  que  le  ventricule,  d'une 
capacité  double  de  la  normale  ; ses  parois  sont  générale- 
ment hypertrophiées. 

r 

L’épaisseur  des  parois  de  son  auricule  est  de  5 lig.  ija 

La  substance  charnue  de  l’oreillette  droite  est  d’un  rose 
assez  marqué  ; sa  membrane  interne  conserve  son  poli  et  sa 
transparence  ordinaires. 

Les  valvules  de  l’aorte , considérablement  épaissies  et 
hypertrophiées,  mais  mobiles,  ferment  exactement  l’orifice 
aortique,  en  se  relevant  les  unes  contre  les  autres.  Elles 
ont  au  moins  trois  fois  l’épaisseur  des  valvules  de  l’artère 
pulmonaire.  Leur  tissu,  comme  crispé,  crie  fortement 
sous  le  scalpel. 

Epaisseur  de  leur  bord  libre  i lig. 

" Circonférence  de  Touverlure  aorlicjue  a p.  7 à 8 lig, 


/ 


DEUX.  CATÉG.  d’oESERV.  b’eNDOCARDITE.  89 

La  membrane  inlerne  du  cœur  présente  des  lacbes 
blanclies,  vers  l’emlroit  où  elle  va  se  réfléchir  sur  les  val- 
[ vides;  apres  avoir  enlevé  ces  plaques,  on'trouvc  celle 
membrane  à l’élat  normal. 

. Immédiatement  à son  originè  , l’aorte  se  dilale  eii  forme 
|j  de  sac  du  volume  d'un  pelit  œuf. 

j L’épaisseur  des  parois  de  l’aorte  est  de  a à a lig.  i[a 

i . f • 

! 

La  surface  de  la  section  des  parois  présente  l’aspect  de  la 
1 section  d’une  masse  squirrheuse.  Ce  vaisseau  contient  dans 
' toute  son  étendue  beaucoup  de  sang  liquide,  et  en  outre  un 
caillot  blanc , décoloré,  occupant  toute  salongueur,  terminé 
[ en  queue,  et  analogue  à celui  des  cavités  droites.  La  mem- 
brane interne  est  jaune  , comme  gauffrée , chagrinée,  ce 
qui  nous  a paru  l’effet  de  cicatrices  déprimées.  Elle  offre 
des  plaques  demi-cartilagineuses, calcaires;  ses  parois  crient 
sous  le  scalpel , et  sont  moins  élastiques  qu’à  l’état  normal. 
L’altération  calcaire  envahit  les  artères  qui  naissent  de  la 
. crosse  de  l’aorte.  Plus  bas,  la  membrane  interne  présente 
une  coloration  jaunâtre. 

La  cavité  du  ventricule  gauche  est  double  de  l’état  nor- 
I mal. 

Epaisseur  de  ses  parois  1 pouce. 

Aspect  réticulé  de  cette  cavité,  dû  à l’entrecroisement 
des  colonnes  charnues.  Les  deux  lames  de  la  valvule  bicus- 
pide , épaissies,  ont  à leur  sommet  des  végétations  d’un 
rouge  assez  vif.  Leurs  filets  tendineux  sont  très  multipliés  ; 
du  reste,  elles  permettent  l’ouverture  et  l’occlusion  de  l’o- 
rifice auriculo-ventriculaire  gauche  dont  la  circonférence 
est  de  3 p.  8 lig.  • , 

La  membrane  interne  de  l’oreillette  gauche  est  comme 
ridée,  un  peu  opaque,  et  sensiblement  épaissie,  à tel  point 
que,,  séparée  de  la  couche  musculaire,  elle  offre  l’aspect  d’unq 


. I . 


r 


90  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

membrane  fibreuse.  Elle  adhère  à celte  couche  musculaire 
par  un  tissu  cellulaire  assez  serré. 

L’oreillette  gauche  est  beaucoup  moins  dilatée  que  la 
droite;  l’épaisseur  de  ses  parois  est  d’un  bon  tiers  plus  con- 
sidérable que  dans  l’état  normal. 

Le  tissu  des  ventricules  du  cœur  est  d’un  rouge  tirant  un  ' 
peu  sur  le  jaune  et  d’une  consistance  moindre  qu’à  l’état 
sain. 

' Le  poumon  gauche  , refoulé  vers  la  partie  supérieure  de 
la  poitrine,  et  légèrement'aplaii  contre  les  côtes,  a perdu 
de  son  volume;  son  lobe  supérieur  est  sain;  son  bord  posté- 
rieur est  encore  crépitant,  bien  que  gorgé  de  sang  et  de 
sérosité.  j 

- Le  poumon  droit,  plus  volumineux,  plus  lourd  que  le 
gauche,  offre  quelques  adhérences  dans  ses  scissures.  On 
observe  à sa  base  un  noyau  apoplectique,  du  volume  d’un 
œuf  ordinaire;  là,  le  sang  est  infiltré  dans  la  substance 
pulmonaire,  mais  il  est  à l’état  solide  , comme  à demi  cuit 
en  certainspoints,  et  ailleurs  d’unç  consistance  presque  égale 
à celle  de  la  truffe  [mélanose).  Au  sommet  de  ce  poumon,» 
on  observe  aussi  quelques  noyaux  semblables  au  précédent, 
mais  moins  étendus.  I 

Les  bronches  , gorgées  de  mucosités,  offrent  une  teinte  i 
d’un  rouge  violet. 

2°  Org.  digest  et  annex. — Le  foie,  gorgé  de  sang,  est  plus 
volumineux  qu’à  l’état  normal.  Une  congestion  veineuse  : 
très  marquée  existe  aussi  dans  l’appareil  gastro-intestinal. 

REFLEXIONS. 

Dans  les  observations  que  nous  venons  de  rapporter  , les  j 
granulations  ou  végétations  des  valvules  étaient  accompa- 
gnées d’autres  lésions  graves  de  ces  soupapes  organisées.  Il 
est  par  conséquent  assez  difficile  de  préciser  le  rôle  qu’ont  iï 
joué  ces  productions  dans  le  développement  des  accidens  i 
que  les  malades  ont  éprouvés, On  conçoit,  au  reste,  qu’elles  ! 


I 


deux,  catég.  d observ.  d endocardite.  91 

ne  peuvent  réellement  troubler  notablement  l’exercice  de 
la  circulation  qu’autant  qu’elles  soAt  assez  multipliées  pour 
gêner  le  mouvement  des  valvules  , et  rétrécir  l’orifice  au- 
quel celles-ci  sont  adaptées. 

L’observation  suivante  nous  prouvera  que,  disséminées  en 
petit  nombre  sur  les  valvules,  les  végétations  ou  granula- 
tions qui  nous  occupent  peuvent  coexister  avec  toutes  les 
apparences  d’une  forte  sànte. 

OBSERVATION  61«. 

Jeune  homme  de  20  à 26  ans.  — Entéro-mésentérite  typhoïde,  terminf?e  par 
une  perforation  promptement  suivie  de  mort.  — Granulations  ou  végétations  en 
choux-fleurs  sur  le  bord  libre  et  à la  face  auriculaire  de  la  valvule  bicusiiide  , 
épaissie,  hypertrophiée.  — Fausse  membrane  ancienne,  bien  organisée  , sur  le 
péricarde  de  l’oreillette  droite,  avec  granulations  assez  semblables  à celles  de  la 
, valvule  bicuspide. 

Un  jeune  homme  de  20  à a5  ans , fortement  constitué, 
d’une  taille  moyenne,  avait  éprouvé,  pendant  un  quinzaine 
de  jours,  les  symptômes  d’une  violente  entéro-mésentérite, 
lorsqu’il  fut  admis  dans  le  service  clinique  de  la  Charité. 
Malgré  la  fièvre  et  les  phénomènes  de  stupeur  , le  malade  , 
nous  assura-t-on,  n’avait  jamais  cessé  complètement  de  man- 
ger etdeboire  de  l’eau  vineuse.  Au  moment  de  l’entrée , nous 
observâmes,  outre  les  signes  de  l’entéro-mésentérite , ceux 
d’une  péritonite,  maladie  dont  nous  attribuâmes  la  cause  à 
une  perforation  intestinale.  Le  malade  succomba  48  heu- 
res environ  après  l’entrée  : il  conservait  presque  tout  son 
embonpoint  normal. 

Autopsie  cadaoémpie , a4  heures  après  la  mort. 

Le  cœur  fut  examiné  avec  beaucoup  de  soin , pesé  et 
mesuré.  Mais  je  ne  parlerai  ici  que  de  l'état  de  la  valvule 
biscupide  et  du  péricarde.  Cette  valvule  était  notablement 
épaissie,  hypertrophiée,  du  reste  bien  conformée.  L’orifice 
auquel  elle  est  annexée  était  très  légèrement  rétréci , par 
suite  de  l’épaissisement  du  cercle  tendineux  auquel  s’insère 


9*2  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

le  bord  adhérent  de  la  valvule.  Le  bord  libre  et  la  face 
auriculaire  de  la  valvule  étaient  hérissés  de  granulations 
comnje  cornées,  analogues  à des  verrues,  à des  poireaux 
ou  à des  choux-fleurs.  Elles  avaient  un  volume  qui  variait 
entre  celui  d'un  grain  de  millet  et  celui  d'un  grain  de 
chenevis.  Elles  n’étaient  pas  assez  nombreuses  pour  gêner 
notablement  le  jeu  des  lames  de  la  valvule  bicuspide,  qui 
bouchaient  exactementrorifice  auriculo-ventriculaire  droit, 
quand  on  les  rapprochait. 

Il  existait^  sur  le  péricarde  qui  revêt  l’oreilletle  droite 
une  fausse  membrane  ancienne , bien  organisée  , parsemée 
de  quelques  granulations , assez  semblables  à celles  de  la 
valvule  bicuspide. 

Le  péritoine  était  le  siège  d’un  épanchement  pseudo- 
membraneux dans  lequel  on  distinguait  une  certaine  quan- 
tité de  matières  fécales.  Le  tiers  inférieur  de  l’intestin  grêle 
était  criblé  d’ulcérations , la  plupart  très  étendues , très 
profondes  , et  dont  une  était  à l’état  de  perforation  , etc. 

REFLEXIONS. 

Les  végétations  'verruqueuses  de  la  valvule  bicuspide  hy- 
pertrophiée dataient,  comme  la  fausse  membrane  organisée 
du  péricarde  , d’une  époque  très  éloignée.  Ainsi  que  nous 
l’avons  dit  plus  haut , cette  suite  d’une  endo-pericardite 
n’avait  probablement  donné  lieu  à aucun  accident  serieux. 
En  effet,  le  malade,  enlevé  en  i5  jours,  par  une  maladie 
aiguë  du  tube  digestif,  conservait  encore  de  l’embonpoint, 
.et  tout  porte  à croire  qu’avant  cette  dernière  affection  , ce 
jeune  homme,  fortement  musclé,  jouissait  d’une  très  bonne 
santé.  Au  reste  , dans  ce  cas,  les  végétations  et  l’hypertro- 
phie de  la  valvule  bicuspide  ne  devaient  pas  opposer  d’ob- 
stacle notable  à la  circulation. 


TROIS.  CATÉG.  o’OBSERV.  d’eNDOCARDITE.  q3 


TROISIÈME  CATÉGORIE.^  , : • 

r 

OBSERViTIOKS  d’bRDOCAHDITE  SüITIE  d’bPAISSISSEMENT  ET  d’eNDDHCISSHMEKX 
riBBO-CARTIlAGINBDX  , C ARTILACIHEDX , OSSBOX  Oü  CALCAIHB,  DBS  VALVULES 
nu  COBUR,  AVEC  OU  SAKS  aÉTEÉCISSEMBHT  DES  OHIFICES  DE  CET  OEGAEE. 

Vingt-trois  observations  composent  cette  catégorie. 

Dans  les  six  premières , nous  rapporterons  des  cas  d’in- 
duration des  diverses  valvules  du  cœur  sans  rétrécissement, 
ou  du  moins  avec  ti'ès  médiocre  rétrécissement  dés  orifices 
auxquelles  elles  sont  adaptées.  Parmi  les  dix-sépt  autres  au 
contraire,  quinze  nous  offriront  des  exemples  d’induration 
des  valvules  avec  rétrécissement  considérable  des  orifices. 
Trois  de  ces  observations  sont  relatives  à l’induration  de  la 
valvule  mitrale  avec  rétrécissement  de  l’orifice  auriculo-ven- 
triculaire  gauche.  Deux  ont  pour  sujet  l’induration  des  val- 
vules aortiques  avec  rétrécissement  de  l’orifice  aortique. 
Trois  sont  relatives  à l’induration  de  la  valvule  tricuspide 
avec  rétrécissement  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  droit. 
Quatre  sont  affectéesàl’induration  des  valvules  de  l’artère  pul- 
monaire avec  rétrécissement  de  l’orifice  correspondant.  Les 
trois  dernièresenfin  présentent  des  exemples  d’induration  de 
plusieurs  valvules  à la  fois  avec  rétrécissement  également 
multiple  : dans  deux  de  ces  cas,  les  valvules  aortiques  et 
mitrale  sont  indurées  et  les  orifices  aortique  et  auriculo- 
ventriculaire  gauche  rétrécis  ; dans  l’autre  cas , il  existe 
ces  mêmes  lésions,  plus  une  induration  de  la  valvule  tricus- 
pide avec  rétrécissement  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire 
droit  (i).  . 

La  plupart  des  sujets  de  ces  observations  étaient  encore 


/ 

(i)  Parmi  les  observations  déjà  rapportées, cinq  (obs.  aie.  aa^,  aS*  a4e  et  Sp*  ) 
sont  aussi  des  cas  de  rétrécissement  simple  ou  multiple,  par  induration  des 
■valvules. 


94  MALADIES  nu  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

jeunes,  quelques  uns  étaient  adultes,  d’autres  étaient  déjà 
parvenus  a la  vieillesse  (i).  Comme  les  ossifications  des  val- 
vules chez  les  vieillards  sont  surtout  celles  dont  on  nie  l’o- 
rigine inflammatoire,  on  peut  ici , j’y  consens  volontiers,  les 
considérer  comme  de  simples  cas  de  lésions  anatomiques 
dont  la  nature  n’est  pas  bien  rigoureusement  déterminée. 
11  nous  reste  assez  d’autres  cas  dans  lesquels  l’induration 
cartilagineuse,  osseuse  ou  calcaire  des, valvules  a été  obser- 
vée chez  des  jeunes  sujets,  et  même  chez  des  enfans. 

Enfin,  je  dois  dire  aussi  que  les  auteurs  des  observations 
relatives  au  rétrécissement  de  l’orifice  de  l’artère  pulmo- 
naire, l’ont  rangé  parmi  les  vices  de  conformation  congé- 
nitaux, vices  dont  ce  n’est  pas  ici  le  lieu  de  discuter  la 
théorie.  Nous  l’avouerons  sans  peine  : c’est  par  voie  d’ana- 
logie seulement  que  nous  avons  réuni  ces  observations  à 
celles  qui  prouvent  directement  que  l’induration  des  val- 
vules est  la  suite  d’une  endocardite  passée  à l’état  chronique. 
On  peut  donc,  si  l’on  veut,  les  retrancher  aussi  du  nombre 
de  celles  qui  déposent  évidemment  en  faveur  de  la  doctrine 
que  nous  nous  efforçons  d’établir  (2). 


"T 


(1)  Les  47  sujets  chez  lesquels  nous  avons  noté  jusqu’ici  des  indurations , soit 
fibro-carlilagineuses,  soit  osseuses,  des  valvules,  se  partagent  ainsi  qu'il  suit, 
sous  le  rapport  de  l’âge  : 

10  mois,  1 (obs.  80®). 

7 ans , 1 (obs.  77e). 

10  ans  , 1 (obs.  78^).. 

16  à 3o  ans,  12  (obs.  1",  i3e,  43",  44«»  5ie.  58®,  6ie,  68c,  69c,  70*.  76*.  790* 

3o  à 5o  ans,  i5  (obs.  ai',  aa',  aô',  a4e,  45',  52c,  53',  54e,  55',  5g',  62e, 
63*,  64c,  81',  83'). 

5oà  72  ans,  11  (obs.  49e,  5o„  57e,  60e,  65  , 6ôc,  67',  715,  72c,  /5',  82e). 

Age  indéterminé,  5 (obs.  70',  74',  74'  bis). 

Ainsi  des  44  sujets  dont  l’âge  est  connu,  55  avaient  moins  de  5o  ans. 

(2)  Je  fais  sans  difûculte  de  tellès  concessions  pour  éviter  d’oiseuses  et 
stériles  discussions.  Mon  but  est  de  démontrer  clairement  aux  yeux  des  lecteurs 
dégagés  de  tout  esprit  de  parti , que  l’endocardite  entraîne  quelquefois  à sa  suite 
l’induration  des  valvules , avec  ou  sans  rétrécissement  des  orifices  du  cœur.  Pour 
y parvenir,  je  ne  dois  réellement  compter  que  sur  les  observations,  où  ce  résultat 


I 


TROIS.  CATÉG.  d’oLSERV.  d’eNDOCARDITE. 


^ I«.  Observations  d’épaississement  et  d’induration  des  valvules,  sans 
rétrécissemait  ou  avec  très  médiocre  rétrécissement  des  oriüces. 

OBSERVATION  62e. 

Femme  de  4o  ans. — Plusieurs  fluxions  de  poitrine',  suivies  des  symptômes 
d'un  obstacle  à la  circulation  centrale.  — Bruit  de  scie  et  sifflement  aigu  ou  rou- 
coulant à la  région  précordialc;  matité,  palpitations,  hydropisies  passives,  op- 
pression, orthopnée,  etc. — Mort  la  deuxième  année  après  le  début.des  symptô- 
mes de  maladie  organiquQ  du  cœur.  — Epaississement , état  cartilagineux  et  cré- 
tacé des  valvules  aortiques,  avec  médiocre  rétrécissement  de  l’oriflce  aortique 
(môme  dégénérescence  dans  l’aorte  et  dans  les  artères  qui  en  naissent)';  léger 
épaississement  des  valvules  auriculo-venlriculaires  , sans  rétrécissement  des  ori- 
fices. — Hypertrophie  et  dilatation  considérables  dti  cœur.  — Traces  d'une  an- 
cienne péricardite  et  d’une  ancienne  pleurésie  ( fausses  membranes  fibr.  sur  le 
péricarde  et  la  plèvre  ). 

Krépel  (Marie-Isabelle),  âgée  de  -lo  , ans  , couturière , 
d’une  forte  constitution,  mariée,  réglée  dès  l’âge  de  i3 
ans,  ne  l’étant  pre'^que  plus  depuis  deux  mois,  fut  admise 
à la  Clinique , le  i4  septembre  i833  (i).  Mariée  à i6  ans  , 
elle  devint  cinq  fois  grosse,  et  chaque  accouchement  fut 
plus  ou  moins  laborieux  ( deux  fois  il  fallut  recourir  au 
forceps).  Cette  femme  a d’ailleurs  éprouvé  de  grands  cha- 
grins, à la  suite  de  revers  de  fortune  et  de  malheurs  do- 
mestiques. — Elle  dit  avo  r reçu  , en  i8i3,  un  coup  violent 
sur  la  région  précordiale. 

Depuis  12  ans  qu’elle  a perdu  son  mari,  fournisseur  à 


n’est  susceptible  d’aucune  objéction  sérieuse.  C’est  pour  cette  raison  que  j’aban- 
donne quelques  faits  douteux,  obscurs , incomplets,  aux  médecins  qui  préfèrent 
la  dispute  à la  vérité. 

(i)  Celle  malade  me  fut  adressée  par  M.  le  docteur  Sorlin , qui  lui  avait 
donné  des  soins  en  sa  qualité  de  médecin  du  bureau  de  charité  de  l’arrondisse- 
ment qu’elle  habitait.  Il  résulte  de  la  note  que  M.  Sorlin  eut  la  bonté  de  me 
remettre  sur  l’état  de  cette  femme,  que  la  maladie  débuta  vers  le  milieu  de  l’an- 
née i832.  Cette  maladie  futconsidérée  par  M.  le  docteur  Sorlin  comme  une  /é- 
«ion  de  l’un  des  orifices  auriculo-venlriculaires  du  cœur.  Nous  verrons  plus 
loin  que  le  diagnostic  de  notre  honorable  confrère  était  parfaitement  justei 


g6  MALADIES  DU  CœuU  EN  PARTICULIER, 

l’armée  , elle  a été  obligée  de  se  livrer  à des  travaux  péni- 
bles dont  elle  n’avait  pas  l’habitude,  et  elle  dit  avoir  éprouvé 
pendant  cet  espace  de  temps  deux,  ou  trois  fluxions  de  poitrine 
( douleur  dans  la  poitrine,  toux,  crachement  de  sang, 
fièvre  ).  Depuis  quinze  mois  surtout,  elle  a été  accablée  de 
fatigue,  et  c’est  à la  suite  de  la  maladie  qui  en  a été  l’effet, 
qu’elle  a éprouvé  des  battemens  de  cœur,  de  fétouffe- 
ment , etc. 

Malgré  les  soins  éclairés  de  M.  le  docteur  Sorlin  , elle  n’a 
pu  se  rétablir  et  s’est  décidée  à venir  à l’hôpital.  Les  mem- 
bres inférieurs  sont  infiltrés,  et  elle  dit  entendre,  quand 
elle  est  couchée  sur  le  côté,  un  bruit  qu’elle  compare  à 
celui  d’un  soufflet.  , 

Le  père  de  cette  malade  est  mort  àl’àge  de.  6o  ans,  d’une 
affection  catarrhale.  La  mère  vit  encore,  et  quoique  âgée 
de  70  ans,  jouit  d’une  bonne  santé.  Le  frère  de  cette  nia- 
■lade  , qui  est,  son  aîné,  se  porte  très  bien,  tandis  que  sa 
sœur,  moins  âgée  qu’elle,  est  d’une  faible  santé,  d’une 
j)oitnne  délicate.  ' 

Etat  de  la  malade  au  moment  de  Ventrée.  — Visage  pâle, 
bouffi  , un  peu  tiré^  triste  ; lèvres  d’une  pâleur  violacée  ; 
infiltration  des  membres  inférieurs;  point  de  fluctuation 
distincte  dans  l’abdomen,  mais  son  mat  dans  la  région  ' des 
flancs. 

La  Inspiration  se  fait  entendre  avec  force  et  il  existe  de 
la  résonnance  dans  toute  l’étendue  de  la  poitrine , si  ce 
Ai’est  à la  partie  inférieure  du  côté  gauche,  où  on  trouve 
nie  la  matité  et  un  râle  humide,  sous-crépilant. 

Jlespiralion  un  peu  accélérée(24  à 28  inspirations);  d}'spnée 
qui  se  change  en  étouffement  au  moindre  exercice , tel  qu» 
la  marche  , 'par  exemple.  L’étouffement,  même  dans  l’état 
de  repos  , est  tel , par  intervalles  , que  la  malade  est  obli- 
gée de  s’asseoir  dans  son  lit  pour  respirer.  D’ailleurs,  peu 
ou  point  de  toux,  nulle  douleur  dans  les  côtés  de  la  poi- 
trine ni  dans  le  dos. 


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TROIS.  CATÉG^  d’oRSERV.  d’eNDOCARDITE.  g'y 

Pouls  de  iio  à i2o.  Le  pouls  de  la  radiale  gauche  nous 
a paru  un  peu  plus  gros  que  celui  de  la  droite  : les  pulsa- 
tions des  grosses  artères  sont  fortes  et  vibrantes;  les  batte- 
mens  des  deux  carotides  sont  parfaitement  égaux  et  ne  sont 
point  accompagnés  de  bruits  anormaux,  non  plus  que  ceux 
des  artères  crurales;  le  doigt  appliqué  dans  l’échancrure  du 
sternum  est  violemment  soulevé  par  les  pulsations  de  la 
crosse  de  l’aorte  : on  sent  là  une  espèce  de  bouillonnement.  Les 
veines  jugulaires  sont  plus  dilatées  qu’à  l’état  normal;  elles 
n’offrent  point  le  phénomène  du  pouls  veineux  (elles  sont 
seulement  soulevées  par  les  battemens  des  artères  caro- 
tides). * 

La  région  précordiale  n’est  douloureuse  qu’à  la  percus- 
jiision  (le  simple  contact  dans  la  région  susmiammaire  est 
légalement  douloureux).  Larégion  précordiale  rend  un  son 
! mat  dans  une  étendue  à peu  près  égale  à celle  de  la  paume 
i cle  la  main.  La  matité  commence  vers  la  troisième  côte,  et 
fs’étend  jusqu’au  cartilage  de  la  cinquième  ( plus  bas,  on 
I entend  une  résonnance  tympanique  due  à la  présence  de 
‘.l’estomac);  transversalement,  la  matité  est  d’environ  2 
I pouces  et  1/2.  — Le  cœur  se  fait  sentir  à la  main  dans  toute 
ï l’étendue  de  la  matité  : on  ne  distingue  pas  nettement  de 
ifrémissement  vibratoire  ou  cataire.  , 

Les  battemens  du  cœur  ébranlent  toute  la  partie  infé- 
rieure du  côté  gauche  de  la  poitrine  et  même  la  région 
[ipigastrique  : ils  soulèvent  la  tête  appuyée  sur  la  région 
m’écordiale.  C’est  vers  les  cartilages  des  3®,,4e  et  5 côtés 
>;auches  qu’existe  le  maximum  d’énergie  des  battemens  du 
lœur. 

Pratiquée  sur  la  région  précordiale  ,i  l’auscultation  fait 
nntendre,  au  lieu  du  double  claquement  qui  accompagneles 
aouvemens  du  cœur  à l’état  normal  , un  bruit,  ou  plutôt 
I n cri  de  scie  fort  aigu  , que  l’oreille  perçoit  distinctement 
i n s’éloignant  de  la  région -précordiale  jusqu’à  une  dis- 


98  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

tance  d’un  pied  et  demi  à deux  pieds  (i).  Ce  bruit  se  ré- 
pète 116-120  fois  par  minule  comme  le  pouls;  il  est  d’une 
parfaite  régularité,  ainsi  que  le  pouls  lui-même  : il  n’offre 
pas  absolument  la  même  intensité  dans  tous  les  points  de 
la  région  précordiale;  son  maximum  d’intensité  existe 
vers  la  partie  inférieure  et  moyenne  du  sternum , dans  la 
région  des  cartilages  des  2®  et  3®  côtes  gauches.  Au  reste, 
on  l’entend,  mais  avec  une  intensité  décroissante,  dans  les 
deux  côtés  de  la  poitrine,  à la  partie  postérieure  de  cette 
cavité,  sur  les  parties- latérales  du  cou  et  même  dans  la 
région  abdominale;- à mesure  que  son  intensité  diminue  , 
ce  bruit  se  change  ou  dégénère  en  un  bruit  de  scie  ordi- 
naire, sourd,  et  semblable,  par  exemple,  au  bruit  que 
l’on  produit  en  prononçant  la  lettre  S.  Ainsi  que  nous  l’a- 
vons dit  plus  haut,  la  malade  entend  elle-même  très  dis- 
tinctement le  bruit  dont  il  est  question,  surtout  quand 
elle  est  couchée  sur  le  côté, 

Au  premier  examen , on  ^croirait  que  le  bruit  sifflant 
dont  nous  venons  de  parler  est  simple  et  qu’il  remplace  à 
lui  seul  les  deux  bruits  du  cœur.  Mais  en  auscultant  avec 
une  grande  attention,  oirne  tarde  pas  à reconnaître,  quand 
on  a l’oreille  exercée  , que  le  bruit  anormal  qui  accompa- 
gne les  battemens  du  cœur  est  réellement  double.  Le  sif- 
flement est  en  effet  précédé  d’un  bruit  plus  sourd,  qui, 
pour  une  oreille  peu  attentive  ou  novice,  semble  se  con- 
fondre avec  le  bruit  plus  aigu  dont  il  est  en  quelque  sorte 
le  prélude.  En  s’éloignant  de  la  région  précordiale,  en 
auscultant,  par  exemple,  sur  le  trajet  des  carotides , on 


(1)  Ce  bruit  a donné  lieu  à plusieurs  comparaisons  : ainsi  je  l’ai  d’abord  com- 
paré à une  espèce  de  roucoulement  ; M.  Capuron  l’a  comparé  au  piaulement  d’un 
poulet;  M.  le  docteur  Jules  Pellet.nn  , au  bruit  de  canard  que  l’on  produit 
avec  ces  jouets  d’enfant  que  tout  le  monde  connaît;  et  celte  comparaison  s'était 
également  présentée  à mon  esprit. 


trois.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’endocardite.  99 

distingue  plus  aisément  le  double  bruit  du  cœur  (i).  Le 
bruit  que  l’on  entend  dans  cet  endroit  ne  saurait  être  at-' 
tribué  aux  battemens  de  ces  artères,  puisqu’il  est  double 
( à la  suite  de  ce  double  bruit  anormal,  comme  à la  suite  du 
tic  tac  normal , il  y a un  silence  ou  repos  ' 

Insomnie  presque  continuelle , ^réveils  en, sursaut  lors- 
qu’il arrive  à la  malade  de  s’endormir  pour  un  peu  de 
temps.  , " , 

Les  fonctions  digestives  sont  assez  bonnes. 

Les  urines  coulent  facilement  ^ et  sont  parfaitement  lim- 
pides. ’ 

Diagnostic.  — Rétrécissement  médiocre  d'un  des  orifices 
gauches  du  cœur  par  suite  d'une  induration  Jihro-cartilagirieuse 
\ des  'valvules.  Hypertrophie' générale  et  dilatation  du  cœur. 

! Un  pronostic  funeste  fut  porté. 

Prescription.  — Une  saignée  de  3 palett.;  org.  et  chiend. 
ji  nitr.ÿ  potion  avec  teint,  de  digit.  i5  goütt.;  bouill.  potag.iait. 

Il  a5  et  26.  La  malade  a mouché  une  certaine  quantité  de 
|j  sang. 

“I  27  , 28  et  29'.  Tendance  à l’assoupissement,  épistaxis, 
j ( 12  sangs,  à l’anus;  25  gouttes  de  digit.  ). 

I 3o.  Visage  plus  bouffi,  traits  altérés;  pouls  plus  vibrant, 
j|  plus  large,  plus  développé,  à 100  puis.  ; étouffement  plus^ 
I grand  ; un  peu  d’enflure  des  mains  (2) , tendance  à l’assou- 
pissement  ; le  pouls  est  encore  vibrant. 

||  Les  battemens  du  cœur  sont  les  mêmes;  les  bruits  sont 
I toujours  difficiles  à décomposer  dans  la  région  précordiale, 

i . ' . . 

■ (i)  L’existence  du  bruit  de  sifflement  nous  fit  penser  que  l’orifice  permanent 

i des  valvules  indurées  imitait  une  sorte  de  glotte  , misé  en  vibration  par  le  pas- 
t sage  de  la  colonne  sanguine. 

Ce  qui  rend  difficile  la  distinction  des  deux  bruits  du  cœur,  dans  ce  cas  et 
■J  dans  les  analogues , c’est  qu’il  n’existe  pas  entre  eux  un  intervalle  appréciable  , 

I comme  cela  a lieu  dans  l’état  normal. 

(2)  Tout  le  côté  droit  est  plus  enflé  que  le  gauche,  sans  doute  parce  que  le 
I décubitus  a lieu  plus  habituellement  à droite. 


7- 


100  MALADIES  DU  COEUR  EN  TARTICULIER. 

mais  faciles  à diviser  en  deux  bruits  distincts  en  auscultant 
dans  les  côtés  de  la  poitrine  et  sur  les  parties  latérales  du 
cou  (le  1"  est  un  simple  hmi/rus , le  2®  un  véritable  cri 
d’oiseau  ).  ' 

On  entend  aussi  un  très  léger  sifflement  en  auscultant 
l’origine  de  l’artère  crurale  ; plus  bas , il  disparaît , et  sur 
le  trajet  de  l’artère  on  remarque  seulement  des  battemens 
forts  et  vibrans  ( saignée  de  2 à 3 pal. , la  digit.  est  portée 
à 3o  goût.  : le  sang  retiré  de  la  veine  n’est  pas  couenneux  et 
contient  peu  de  sérosité  ).  , 

Un  notable  soulagement  a succédé  à la  saignée  , mais  n’a 
duré  que  36  à 48  heures.  L’hydropisie  a plutôt  diminué 
qu’augmenté. 

3 octobre.  Peu  de  changement , anxiété,  commencement 
de  jactitation.  La  vibration  et  la  force  du  pouls,  qui  of- 
fre une  largeur  qu’on  n’observe  pas  dans  le  cas  de  rétrécis- 
sement considéràble  d’uii'  orifice  , m’engagent  à prescrire  une 
nouvelle  saignée  de  deux  palettes  à deux  palettes  et  demie 
(sang  très  séreux). 

5 octobre.  Pouls  de  plus  en  plus  large  et  vibrant. 

6.  L’étouffement  étant  porté  au  plus  haut  degré,  M.  Le- 
couteulx,  aide  de  clinique , a essayé  une  nouvelle  saignée, 
pile  fournit  à peine  une  palette  et  demie  environ  de  sang 
(on  a retiré  de  la  veine  un  caillot  de  5 à 6 lignes  de  lon- 
gueur). 

. État  de  suffocation  ; pouls  moins  vibrant  et  plus  étroit  : 
la  mort  paraît  de  plus  en  plus  prochaine. 

8.  La  malade  n’a  plus  la  force  de  répondre,  quoique 
conservant  sa  connaissance;  jactitation,  plaintes,  gémis- 
semens,  anxiété  inexprimable;  nul  moment  de  repos;  pouls 
faible , un  peu  de  refroidissement  des  extrémités  et  légère 
lividité  du  visage,  yeux  ternes...  Le  cri  du  cœur  est  presque 
aussi  fort  que  précédemment  ; il  n’y  point  d’irrégularité 
dans  les  battemens  du  cœur.  — Enfin , à 8 heures , la  mort 
mit  un  terme  à des  angoisses  que  rien  ne  saurait  peindre. 


I 

I 

I 

1 


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!■ 


trois,  catég.  d’observ.  d’endocardite.  loi 

'Jutopsie  cadai’érique , 36  heures  après  la  mort. 

Habit,  extér.  — Infiltration  générale  énorme,  plus  con- 
sidérable toutefois  du  côté  gauche,  sur  lequel  la  malade 
I était  restée  inclinée,  plutôt  que  couchée,  dans  les  der- 
niers jours  ( la  circonférence  de  la  cuisse  gauche , à sa 
, partie  supérieure,  est  de  2 pieds,  et  celle  [de  la  droite  de 

1 pied  2 pouc.  6 lig.  ; la  circonférence  de  l’avant-bras  gau- 
I che , à sa  partie  moyenne , est  de  10  pouc.  6 lig. , et  celle 

I de  l’avant-bras  droit  de  8 pouc.  6 lig.  ).  La  peau  de  l’abdo- 
li  men  et  de  la  poitrine  est  tellement  infiltrée,  qu’elle  a plus 
1 . de  3 pouc.  d'épaisseur^;  elle  est  garnie  d’une  couche  assez 
épaisse  de  graisse. 

2“  Ori^r.  dis.  et  annex.  — L’abdomen  contient  environ 

2 pintes  de  sérosité  roussâtre,  lirhpide. — Le  foie,  très  volu- 
mineux, est  gorgé  de  sang,  en  partie  infiltré  dans  son  tissu 
{apoplexie  hépatique).  Il  adhère  en  haut  avec  le  diaphragme. 

j Une  vingtaine  de  petits  calculs  dans  la  vésicule  biliaire. 

— Rate  se  déchirant  facilement,  d’un  tissu  un  peu  sec.  — 
Membrane  muqueuse  gastrique  un  peu  molle , rouge  , 
comme  ecchymosée , surtout  dans  la  région  splénique; 
même  rougeur  et  même  congestion  veineuse  dans  les  in- 
testins. — La  vessie , les  reins  et  l’utérus  n’offrent  rien  de 
notable. 

3°  Org.  circul.  et  respirât. — En  ouvrant  la  poitrine,  il  s’é- 
coule une  très  grande  quantité  de  sérosité  , d’une  teinte 
roussâtre  et  contenant  quelques  flocons.  Le  cœur  et  les 
poumons  sont  refoulés  en  haut  par  les  viscères  abdominaux 
et  particulièrement  par  le  foie.  Le  poumon  gauche  recouvre 
à peu  près  les  deux  tiers  de  la  partie  antérieure  du  cœur. 

— Le  péricarde  adhère  vers  la  base  du' cœur  avec  la  plèvre 
pulmonaire  correspondante  par  un  tissu  Cellulaire  médio- 
crement serré,  et  infiltré  d’un  peu  de  sérosité.  La  pointe 
du  cœur  est  dirigée  à gauche  plus  que  dans  l’état  normal , 

I de  telle  sorte  que  la  base  paraît  répondre  au  côté  droit  et  le 
sommet  à gauche.  Le  péricarde  contient  trois  cuillerées 


I 


102  MALADIES 'DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

d’une  sérosité  légèrement  rouge,  — Le  cœur,  d’un  volume 
énorme  (cor  bovlnum)  , présente  des  vaisseaux  dilatés  et  in- 
jectés; à la  surface  des  ventricules,  on  aperçoit  des  ta- 
ches sanguines  p^roduites  par  l’infdtration  d’une  petite 
quantité  de  sang  au-dessous  du  feuillet  séreux  du  coeur. 
Sur  la  partie  moyenne  et  antérieure  du  ventricule  droit , 
existé  une  plaque  laiteuse,  fausse  membrane  organisée  qui 
se  détache  facilement  avec  la  pince  , laissant  au-dessous 
d’elle  le  péricarde  sain. 


Le^cœur,  avant  d’avoir  été  vidé  du  sang  qu’il  contient,  pèse,  avec  l’origine  des 
vaisseaux  qui  en  parlent  jiS  gram. 

Diamètre  vertical  du  cœur  4 P*  lo  l'g- 


Diamètre  transversal 
Circonférence 


1 1 


1 1 
5 


l'g- 

lig* 


) Toutes  les  cavités  du  cœur  sont  gorgées  d’un  sang  très 
noir  , semblable  à de  la  gelée  de  groseilles.  , 

Poids  du  cœur,  débarrassé  du  sang  qu’il  contenait  44^  gram. 

La  cavité  du  ventricule  droit,  très  vaste,  pourrait  con- 
tenir un  œuf  d’oie  ; celle  du  gauche,  plus  dilatée  encore  , 
pourrait  contenir  le  poing  d’une  femme.  - 


Epaisseur  des  parois  du  ventricule  gauche , à sa  base  738  lig. 

Epaisseur  des  parois  du  ventricule  droit  3 lig. 

Diamètre  vertical  de  l’intérieur  du  ventricule  gauche  3 p.  6 lig. 

Circonférence  ' 5 p.  a lig. 

Diamètre  vertical  delà  cavité  du  ventricule  droit  3.  p.  a lig. 

Circonférence  - 4 p.  a bg- 


Les  colonnes  charnues  sont  très  multipliées  , surtout 
celles  du  ventricule  droit. 

Substance  musculaire  un  peu  molle  , d’un  rouge  bri- 
queté. 

, Les  valvules  aortiques,  surtout  à leur  base,  sont  épais- 
sies, indurées,  incrustées  et  criblées  de  plaques  fibro-carli- 
laginenses  ,'-terreuses,  calcaires;  elles  sont  crispées,  comme 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDJTE.  1o3 
ratatinées,  un  peu  plus  courtes,  et  moins  mobiles  que  dans 
l’état  normal. 

L’origine  de  l’aorte  est  elle-même  ratatinée,  rugueuse, 
considérablement  épaissie  (ses  parois  pnt  2 lig.  d’épaisseur, 
y compris  la  membrane  celluleuse).  Son  tissu  crie  sous  le 
scalpel , et  la  section  présente  l’aspect  du  fibro-cartilage 
ou  du  tissu  lardacé  ; en  raison  de  cet  épaississement  et  de 
ce  ratatinement  des  valvules  et  de  l’origine  de  l’aorte  , l’o- 
rifice est  manifestement  un  peu  rétréci  d’une  manière  ab- 
solue, mais  surtout  relativement  à l’énorme  dilatation  du 
ventricule  : cet  orifice  est  rémpli  par  le  bout  du  doigt  in- 
dicateur. Les  valvules,  ainsi  altérées,  rigides,  raccourcies, 
ne  devaient  pas  se  redresser  et  se  rapprocher  suffisamment 
pour  fermer  en  entier  l’orifice  aortique  pendant  la  dilata- 
tion ventriculaire  et  la  contraction  élastique  de  l’aorte. 

L’orifice  de  l’artère  pulmonaire  est  libre;  ses  valvules  sont 
minces  , plus  larges  que  celle  de  l’aorte. 

La  circonférence  de  cet  orifice  est  de  2 p.  et  demi , et 
celle  de  l’orifice  aortique  de  2 p.  3 1. 

Les  valvules  auriculo-venlriculaires  droite  et  gauche  sont 
légèrement  épaissies  ; leurs  orifices  sont  libres;  la  circonfé- 
rence du  droit  est  de  4 p.;  celle  du  gauche  de  3 p.  et  demi. 

Les  valvules  auriculo-venfriculaires  sont  un  peu  rouges, 
ainsi  que  l’intérieur  des  oreillettes  et  de  l’artère  pulmonaire. 
Malgré  une  dilatation  évidente  , les  oreillettes  sont  plutôt 
épaissies  qu’amincies. 

L’état  fibro-cariilagineux  , les  rugosités  et  inégalités  ra- 
boteuses de  la  surface  interne  de  l’origine  de  l’aorte,  se 
continuent  dans  l’aorte  pectorale  et  abdominale. 

L hypertrophie  de  l’aorte  est  concentrique  ; c’est-à  dire 
que  l’épaisSissement  s’est  opéré  aux  dépens  du  calibre  de 
cette  artère;  le  rétrécissement  dé  ce  vaisseau  contraste  avec 
la  dilatation  énorme  du  ventricule  aortique. 

Les  alterations  de  1 aorte  se  continuent,  en  diminuant 
graduellement , dans  les  artères  qui  naissent  de  sa  partie 


io4  maladies  du  coeur  en  particulier. 
inferieure;  ces  altérations  s’étendent  également  aux  artères 
qui  naissent  de  la  crosse  de  l’aorte  (les  placjues  jaunâtres 
sont  très  multipliées  dans  les  deux  artères  sous-clavières  et 
dans  les  carotides).  Le  tronc  brachio-céphalique  est  un 
peu  rétréci  à son  origine  par  suite  de  l’épaississement  con- 
ceiUrique  ou  centripète  de  ses  parois. 

Le  poumon  droit  adhère  à la  plèvre  pariétale  par  des 
productions  cellulo-fibreuses  , d’ancienne  date;  plus  pesant 
et  plus  volumineux  que  le  gauche,  il  est  gorgé  de  sang  et  de 
sérosité  , dans  toute  son  étendue,  et  .surtout  à son  sommet, 
qui  contient  très  peu  d’air.  Le  poumon  gauche,  comme 
carnifié  par  l’action  de  la  compression  que  la  sérosité  avait 
exercée  sur  lui , ne  contient  que  peu  de  sérosité.  — La 
membrane  muqueuse  bronchique  est  rouge  , et  recouverte 
de  mucosités  assez  abondantes. 

OBSERVATION  63^ 

Homme  de  49  ans.  — Affection  catarrhale  à diverses  reprises.  — Plus  tard  , 
étouffement,  infiltration;  irrégularités,  intermittences  des  battemens  du  cœur  et 
du  pouls.  — Bruit  de  soufflet  dans  la  région  précordiale,  tantôt  sourd,  tantôt  si- 
bilant. — Attaque  d’hémorrhagie  cérébrale^  suivie  d'une  mort  prompte.  — In- 
duration fibro-cartilagineuse  des  valvules  gauches , avec  très  médiocre  rétrécis- 
sement des  orifices  aortique  et  auriculo-venlriculaire.  — Hj-pertrophie  et  dilata- 
tion générale  du  cœur.  — Dégénérescence  fibro-cartilagineuse  et  crétacée  de 
l’aorte  et  des  artères  qui  en  naissent.  — Taches  et  plaques  dans  les  divisions  de 
l’artère  pulmonaire.  — Epanchement  sanguin  dans  le  cerveau. 

M.  Aslruck  (,Tean-Louis) , ancien  officier  de  cavalerie  ( il 
a fait  la  campagne  de  Moskou)  , grand  et  fortement  consti- 
tué, âgé  de  4q  RDS,  fut  admis  dans  le  service  Clinique 
(n°  6,  salle  St-.Tean-de-Dieu)  , le  a5  octobre  i832.  Il  a 
toussé  souvent  à la  suite  des  vicissitudes  atmosphériques 
auxquelles  son  état  l’a  exposé,  mais  il  assure  n'avoir  jamais 
essuyé  de  très  grave  maladie.  Ce  n’est  que  depuis  deux  mois 
qu’il  s’est  aperçu  d’une  gène  assez  considérable  dans  la  res- 
piration , et  qu’il  est  survenu  peu  à peu  une  infiltration 
tlçs  membres  inférieurs.  11  s’est  fortement  purgé  depuis 


TROIS.  CATÉG..  d’oBSERV.  d’eN  DOCARDITE.  1ü5 

t 

qu’il  est  ainsi  indisposé,  et  n’a  fait  aucun  autre  trailc- 
inent. 

Etat  (la  malade  à Ventrée  : 

L’embonpoint  est  encore  considérable  ; le  visage  et  les 
mains  offrent  une  teinte  violette  assez  prononcée  ; in fdt ra- 
tion des  membres  inférieurs  ; distension  de  l’abdomen  par 
une  grande  quantité  de  sérosité.  Le  malade  est  obligé  d’a- 
voir la  tête  très  élevée  pour  pouvoir  respirer. 

Nulle  douleur  dans  la  région  précordiale  j batlemens  du 
cœur  précipités  (lao  à i3b)  , irréguliers,  intermittelis ,*  ils 
sont  fort  étendus  et  accompagnés  d’une  impulsion  consi- 
dérable. Matité  dans  une  étendue  au  moins  égale  à celle  de 
la  paume  de  la  main. 

Le  tictae  normal  du  cœur  est  remplacé  par  un  bruit  de 
soufflet , clair,  qui  se  termine  quelquefois  par  un  véritable 
sifflement  ou  roucoulement.  — Le  choc  du  cœur  contre 
la  paroi  pectorale  est  accompagné  d’un  fort  tintement  mé- 
tallique. 

Pouls  irrégulier,  intermittent  , difficile  à compter  (120 
a i3o) , petit,  eu  égard  à la  force  du  sujet  et  à l’intensité 
des  contractions  du  cœur,  un  peu  vibrant. 

La  respiration  est  bruyante,  précipitée  ; un  sifflement 
si  fort  existe  dans  toute  l’étendue  de  la  poitrine  , qu’if  mas- 
que entièrement  le  murmure  vésiculaire.  Il^existe  des 
crachats  rouillé^,  sans  qu’on  puisse  constater  dans  aucune 
région  des  poumons  l’existence  d’un  râle  crépitant. 

L appétit  est  assez  bien  conservé  ; point  de  dévoiement , 
ni  de  constipation  ; urines  claires  , abondantes. 

Peu  de  sommeil , à cause  de  l’anxiété  où  se  trouve  le  ma- 
lade. 

Diagnostic.’ — Induration  des  malv aies  gauches  avec  rétré-  ^ ^ 
cissement  d'un  orijice. — Hypertrophie  générale  et  dilatation  du 
cœur.  Congestion  séro-sanguine  des  poumons  et  bronchite. 

Presciuption  du  26.  Saignée  de  3 palett.  ; i/i/us.  héckiq.  et 
tis.  aperit.;  Pot.gomm.  avec  sirop  diacode  5J  ; diète. 


106  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

27.  Peu  de  changement.  {Saignée  de  3 palett.;  bouilL  et 
potag.  ) 

Les  jours  suivans,  quarante  sangsues,  puis  un  vésicatoire 
furent  appliqués  sur  la  poitrine  ; la  digitale  fut  adminis- 
trée par  la  méthode  endermique  ; les  diurétiques  furent 
continués  (i),  et  le  malade  ne  prit  pour  alimens  que  des 
bouillons  et  des  potages. 

9 novembre.  Grande  amélioration  dans  l’état  du  malade: 
les  membres  inférieurs  sont  presque  entièrement 
la  respiration  est  beaucoup  plus  libre  ; l’expectoration  est 
purement  muqueuse,  et  le  râle  sibilant  a disparu.  Le  malade 
est  calme  et  dort  passablement.  — Cependant,  l’irrégula- 
rité, la  petitesse  et  la  fréquence  du  pouls  sont  telles,  qu’on 
peut  très  difficilement  le  compter.  Le  bruit  de  soufflet, 
tantôt  simple , tantôt  sibilant , est  toujours  très  prononcé. 

L’amélioration  de  l’étatgénéral  se  soutient  jusqu’au  28  dé- 
cembre. Ce  jour,  là  à 6 heures  du  soir,  le  malade,  alors  couché 
dans  son  lit,  éprouva  tout-à-coup  une  attaque  d’apoplexie. 

29.  Nous  trouvâmes  le  malade  presque  sans  connais- 
sance; un  râle  bruyant,  stertoreux  , se  faisait  entendre; 
corps  incliné  à gauçhe  , yeux  déviés  à droite  ; membres  gau- 
ches fortement  infiltrés  , privés  de  sentiment  et  de  mouve- 
ment ; bouche  déviée  à droite.  Le  malade  semblait  com- 
prendre quelques  unes  de  nos  questions,  mais  il  ne  pouvait 
proférer  une  seule  parole. 

Le  pouls  et  les  battemens  du  cœur  étaient  dans  le  même 
état  que  précédemment.  (Le  bruit  de  soufflet  persistait.) 

Diagnostic.  — Hémorrhagie  considérable  dans  V hémisphère 
droit  du  cerveau. 

Une  saignée  de  3 pal.  ; bouill.  de  veau  émétis. 

30.  Même  état  ; la  langue  se  sèche. 

31.  Le  malade  reconnaît  mieux  les  personnes , entend  et 


(1)  La  décoction  de  cahinça  fut  administrée. 


trois:  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  107 
comprend  les  paroles  qu’on  lui  adresse,  sans  pouvoir  ré- 
pondre. {Saignée  de  3 pal;  'vent.  scarif.  an  cou.) 

et  2 décembre.  Etat  comateux.  ( Continuât,  du  houill. 
émét.  ; 2 'vésicat.  aux  cuisses.  ) 

3.  Râle  bruyant  (le  malade  ne  peut  expectorer  les  mu- 
cosités qui  engorgent  les  bronches);  immobilité  et  insensibi- 
lité du  côté  gauche.  {Kermès  8 gr,  dansunlooch  blanc). 

4.  Le  malade  est  à l’agonie,  il  meurt  à 3 heures  après 

midi.  , 

Autopsie  cadavérique , 17  heures  après  la  mort. 

1°  Habitude  extér.  — Infiltration  générale  , avec  disten- 
sion de  la  peau,  qui  est  sèche  et  luisante.  Poitrine  bombée, 
large,  volumineuse. 

2°  Organ.  circul.  et  respir.  — Le  péricarde  contient  envi- 
ron un  demi-verre  d’une  sérosité  jaune,  très  légèrement 
trouble  : il  est  distendu  en  proportion  du  volume  du 
cœur.  — Celui-ci , vraiment  énorme  {cor  bovinum)  ' dorme , 
avant  d’avoir  été  vidé  du  sang  qu’il  contient,  les  mesures 

suivantes. 

\ 

De  rinsertion  de  l’aorle  àla  pointe  du  cœur,  qui  est  inousse  et  arrondie  4 p.  9 lig. 


Du  sommet  de  l’oreillette  droite  à la  pointe  6 p. 

Dii  sommet  de  l’oreillette  gauche  à la  pointe  du  cœur  ' ’ 5 p. 

Diamètre  antéro-postérieur  4 P»  ' 

Diamètre  transversal  4 P*  5 üg» 

Circonférence  du  cœur  la  p.  6 lig. 

Poids  du  cœur,  contenant  encore  des  caillot»,  mais  débarrassé  d’une 
certaine  quantité  de  sang  liquide , qui  s’est  écoulé  en  coupant  les 
vaisseaux  il.  laonc. 

Le  cceur,  vidé  et  lavé,  pèse  1 1.  a onc. 


Le  sang  contenu  dans  les  cavités  droites  du  cœur  forme 
des  concrétions  polypiformes,  blanches  à l’extérieur,  rouges 
à l’intérieur;  ces  concrétions  conservent  la  forme  des  cavi- 
tés qui  les  contiennent.  ‘ < 

Le  ventricule  droit,  dilaté,  pourrait  contenir  un  œuf  d’oie; 
ses  parois  , vu  l’augmentation  de  la  capacité,  paraissent 
amincies,  bien  qù’absolument  parlant,  elles  soient  épaissies; 


108  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

dans  leur  partie  moyenne  ( la  plus  épaisse  ) , elles  ont  3 
lig.  d’épaisseur.  L’oreillette  droite,  dilatée  dans  les  mêmes 
proportions  que  le  ventricule , conserve  son  épaisseur  à 
peu  près  normale.  Ses  colonnes  charnues  sont  très  pro- 
noncées. 

Les  cavités  gauches  contiennent  du  sang  caillé,  d’un  noir 
assez  foncé. 

Le  ventricule  gauche  offre  une  capacité  un  peu  moindre 
que  celle  du  droit.  Ses-parois,  vers  la  partie  la  plus  épaisse, 
ont  II  1.  d’épaisseur.  — Ses  colonnes  charnues  sont  très 
robustes. 

L’orifice  aortique  paraît  un  peu  étroit , vu  la  grandeur 
de  la  cavité  ventriculaire.  Cependant  ses  valvules  ne 
sont  pas  déformées;  elles  sont  seulement  un  peu  plus  épais- 
ses que  dans  l’état  normal  et,  à leur  hase,  ainsi  que  vers  le 
commencement  de  l’aorte , on  voit  des  incrustations  fibreu- 
ses ou  fibro-cartilagineuses,  sans  coloration  anormale. 

L’oreillette  gauche,  d’une  capacité  sensiblement  moindre 
que  celle  de  l’oreillette  droite  , a des  parois  assez  épaisses. 
L’orifice  auriculo-ventriculaire  gauche  a perdu  un  peu  de 
son  étendue  normale.  Le  bord  adhérent  de  la  valvule  mi- 
trale est  froncé  et  plus  épais  que  "dans  l’état  ordinaire.  Les 
deux  lames  de  la  valvule  sont  très  notablement  épaissies  , 
converties  en  tissu  fibreux  vers  la  base  et  fibro-cartilagineux 
vers  lé  bord  libre. 

L’orifice  auriculo-ventriculaire  droit  a une  largeur  plus 
considérable  que  le  gauche;  la  valvule  tricuspide  est  mince, 
transparente , nullement  épaissie. 

Les  artères  carotides  sont , ainsi  que  l’aorte , incrustées 
de  lames  fibro-cartilagineuses. 

Vers  la  terminaison  de  l’aorte  abdominale , les  plaques 
ressemblent  à des  coquilles  cV œuf . La  dégénérescence  créta- 
cée se  propage  dans  les  troncs  artériels  du  bassin  et  des 
membres  inférieurs. 

h.e$  divisiotis  dp  l’artère  pulmonaire  sont  parsemées  à 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’ENDOCARÜÏTE.  1 09 
l’intérieur  d’un  grand  nombre  de  plaques  ou  taches  d’un 
blanc  terne. 

La  veine  cave  à son  insertion  est  dilatée. 

La  cavité  de  la  poitrine  ne  contient  presque  pas  de  séro- 
sité. Quelques  adhérences  anciennes  du  côté  gauche. 

Le  poumon  droit , dans  tout  son  bord  postérieur,  est 
comme  hépatisé,  et  ne  crépite  pas  sous  la  pression.  A la  sur- 
face des  sections  qu’on  y pratique,  on  aperçoit  des  points 
noirs  foncés,  indice  d’une  infiltration  sanguine  dans  le  tissu 
pulmonaire.  De  cette  surface  découle  un  liquide  d’un  gris 
sale,  formé  de  sang  et  de  pus.  Le  tissu  granuleux,  friable, 
se  déchire  comme  dans  la  pneumonie  des  2®  et  3®  degrés. 
Du  sang  épanché  occupe  particulièrement  la  base  du  pou- 
mon ; il  est  combiné  avec  la  substance  pulmonaire  dans  le 
reste  de  son  étendue  , où  le  tissu  du  poumon  crépite 
encore  un  peu. 

La  membrane  muqueuse  des  bronches  est  couverte  d’une 
grande  quantité  de  matière  muqueuse. 

Le  poumon  gauche,  à sa  base , est  hépatisé  comme  le 
1 droit,  il  crépite  un  peu  cependant  dans  toute  son  étendue. 

3®  Centres  nerveux.  — 11  existe  une  certaine  quantité  de 
« sérosité  dans  la  cavité  de  l’arachnoïde,  et  lasurface  ducer- 
!■  veau  en  est  abondamment  abreuvée;  les  mailles  de  la  pie- 
I;  mère  en  sont  remplies. 

1 A la  partie  supérieure  du  lobe  antérieur  gauche  du  cer- 
veau, existe  une  surface  inégale,  un  peu  rugueuse,  circons- 
crite par  un  bord  frangé  et  qui  n’est  autre  chose  que  le  reste 
, d’une  ou  deux  circonvolutions  détruites,  ulcérées,  et 
cicatrisées;  une  altération  semblable,  un  peu  moindre, 
existe  vers  le  milieu  de  la  face  supérieure  du  même  hémi- 
sphère , près  la  scissure  interlobaire. 

L’hémisphère  gauche  n’offre  aucune  altération.  Son  ven- 
tricule contient  une  très  petite  quantité  de  sérosité.  A la  par- 
tie externe  du  lobe  moyen  de  l’hémisphère  droit,  existe  un 
foyer  hémorrhagique,  du  volume  d’un  petit  œuf.  La  sub- 


110  MALADIES  Dü  CCEUR  EN  PARTICULIER. 

Stance  qui  environne  ce  foyer,  est  rouge  et  complètement 
désorganisée. 

La  substance  cérébrale,  en  général,  est  beaucoup  plus 
molle  que  dans  l’état  normal.  La  masse  du  cerveau  est 
très  petite,  relativement  à la  stature  de  l’individu.  Le 
cervelet  est  extrêmement  petit  , semblable  à celui  d’un 
enfant  de  12  à i5  ans,  un  peu  mou  ; il  pèse^4  onces.  (Les 
organes  génitaux  sont  largement  développés). 

40  Org.  digest.  et  annex.  — A l’ouverture  de  l’abdomen,  il 
s’écoule  une  grande  quantité  de  sérosité  d’un  jaune  foncé , 
mêlée  de  quelques  flocons. 

L’estomac  contient  beaucoup  de  liquide  trouble,  grisâtre. 
La  portion  de  la  membrane  muqueuse  qui  tapisse  le  grand 
cul-de-sac  est  ramollie,  gélatiniforme,  détruite  en  quelques 
points,  et  est  séparée,  par  une  ligne  de  démarcation  tran- 
chée, du  reste  de  cette  membrane  qui  est  un  peu  ronge  et 
saine.  ( L’altération  du  grand  cul-de-sac  est  probablement 
cadavérique.  ) 

Le  foie,  volumineux',  bombé  à sa  face  antérieure,  est 
gorgé  de  sang. 

OBSERVATION  64e, 

f 

Homme  de  44  ans.  — Diverses  fluxions  de  poitrine  , suivies  des  symptômes  or- 
dinaires d’un  obstacle  mécanique  à la  circulation  : palpitations,  irrégularités, 
intermittences  du  pouls;  bruit  de  scie  à la  région  précordiale,  avec  impulsion 
du  cœur  forte  et  étendue.  — Mort  plusieurs  années  après  le  début  des  premiers 
accidens  du  côté  du  cœur. — Induration  des  valvules  aortiques  et  bicuspide , avec 
léger  rétrécissement  de  l’orifice  aortique. — Hypertrophie  et  dilatation  du  cœur. 
— Plaques  fibreuses  et  brides  du  péricarde.  — Etat  cartilagineux  et  crétacé 
de  l’aorte  et  des  artères  qui  naissent  de  sa  crosse. 

Ducouré  ( Médard) , âgé  de  44  ans  , charpentier,  d’une 
’ bonne  constitution , fut  admis  dans  le  service  clinique , le 
2 mai  i834-  Depuis  seize  ans,  il  avait  éprouvé,  à trois  re- 
prises différentes,  une  pleuro-pneumonie  (deux  fois  il  fut 
traité  à l’Hôtel-Dien  ).  C’est  à la  suite  de  la  dernière  mala- 
die, qu’il  ressentit  des  palpitations,  de  l’oppression,  surtout 
quand  il  montait  un  escalier , etc. 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’enDOCARDITE.  111 

Le  i6  février  dernier , frissons  suivis  de  fièvre,  un^peu 
de  crachement  de  sang , douleur  profonde  dans  la  région 
du  cœur.  Entré  dans  le  service  de  M.  Louis,  le  malade  en 
est  sorti  au  bout  de  seize  jours,  sans  être  complètement 
I guéri. 

I État  au  moment  de  Ventrée  à la  Clinique  : 

Il  dit  souffrir  toujours  dans  le  côté  gauche , et  éprouver 
des  étourdissemens  , des  vertiges.  Oppression , palpitations 
qui  empêchent  le  malade  de  marcher;  réveils  en  sursaut. 

La  respiration  est  forte  et  puérile  en  avant.  » 

En  arrière  , la  poitrine  résonne  assez  bien  , si  ce  n’est  en 
bas  où  il  y a de  la  matité  ; on  entend,  vers  la  moitié  infé- 
rieure des  poumons,  du  râle  muqueux  ou  sous-crépitant 
avec  léger  retentissement  de  la  voix. 

Les  crachats  sont  muqueux. 

Il  n’existe  pas  d’infiltration  notable. 

Le  cœur  se  fait  entendre  dans  un  espace  plus  considéra- 
is ble  qu’à  l’état  normal.  On  voit  sa  pointe  soulever  le  sixième 
'i  espace  intercostal.  La  paume  de  la  main,  appliquée  sur  la 
::  région  précordiale , est  frappée  dans  toute  son  étendue  par 

Il  un  corps  dur.  Les  espaces  intercostaux  gauches , surtout  le 
1 6®  et  le  7°,  sont  larges. 

La  région  précordiale  offre  de  la  matité  dans  l’étendue 
de  3 pouc.  verticalement , et  de  3 pôuc.  4 üg.  transversa- 
lement. 

Les  battemens  du  cœur  sont  fréquens,  étendus,  durs, 
forts,  accompagnés  d’intermittences. 

Le  double  claquement  du  cœur  est  remplacé  par  un  bruit 
de  soufflet  qui  se  rapproche  du  bruit  de  scie , plus  marqué, 
plus  prolongé,  pendant  la  systole  ventriculaire.  Le  maxi- 
mum d’intensité  du  bruit  de  scie  existe  à un  pouce  en  de- 
hors et  au-dessous  du  mamelon  : en  s’éloignant  de  ce  point, 
on  entend  une  sorte  de  bruit  de  froissement  de  parchemin 
pendant  le  double  mouvement  du  cœur. 


11^  MALADIES  DU  COEUR  ÈN  rARTICULIER. 

I^s  veines  jugulaires  sont  gonflées,  mais  n’offrent  pas  le 
pouls  'veineux.  / ’ 

Les  carotides  battent  avec  force  ; pas  de  frémissement 
dans  leur  trajet.  Pouls  radial  petit , très  étroit,  plus  petit 
,à  gauche  qu’à  droite,  iiO  par 'minute. 

Diagnostic.’  — Induration  des  'valvules  gauches  du  cœur , 
avec  rétrécissement  d’ un  orifice.  Hypertrophie  générale  et  dila- 
tation du  cœur.  i • 

Prescription.  — Saignéede  3 palett.;  ojg.,  chiend.,  oxjm. 
scillit.;  pot.  gOmm.  tuseo.  poud.  dcdigit.  y'u]  grains.  — BouilL^ 
pot.,  lait. 

4.  Crachats  demi-transparens;  caillot  mou,  sans  couenne. 
Respiration  plus  facile  ; sommeil  assez  bon.  Battemens  du 
cœur  moins  forts.  Le  bruit  de  scie  est  toujours  bien  marqué. 

5 et  6.  On  remarque  que  l’ébranlement  de  la  région  pré- 
cordiale se  communique  jusqu’à  la  base  des  parois  pecto- 
rales. 

rj.  Pouls  à 96  (il  n’est  plus  intermittent). 

Vésic.  sur  la  région  précord. 

9 et  10.  La  toux  a diminué,  ainsi  que  l’expectoration. 
Les  battemens  du  cœur  sont  moins  forts  (^même  bruit  de 
scie) . Pédiliive  sinapisé. 

12.  Le  malade' se  plaint  d’avoir  senti  du  craquement  sans 
douleur  dans  la  région  précordiale» 

13.  Pouls  à 80  (les  irrégularités  et  les  intermitencessont 
revenues).  ^ 

i4  et  i5.  Le  malade  a quelques  envies  de  vomir  après 
avoir  pris  sa  potion  avec  la  digitale.  Le  double  bruit  de 
soufflet  paraît  moins  fort  qu’au  moment  de  l’entrée  du  ma- 
lade. Pouls  à 72,  moins  étroit,  vibrant;  les  jambes  ne 
sont  pas  ènflées.  [Suppression  de  là  digitale.) 

18.  Oppression  si  forte  , que  le  malade  ne  peut  rester 
couché.  La  face  s’altère.  ( i saig.  de  3 pal.  ). 

19.  Le  malade  se  sent  dégagé  depuis  la  saignée  (le  caillot 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  1i3 
occupe  tout  le  vase;  il  n’est  pas  couenneux,  et  a peu^de 
consistance). 

20.  Le  bruit  de  soufflet  est  plus  marqué  aujourd’hui 
pendant  le  2^  bruit  que  pendant  le  premier. 

21  et  22.  Les  traits  s’altèrent,  le  malade  éprouve  une 
oppression  extrême.  Il  expire  à 3 heures  de  l’après-midi. 

Autopsie  cadavérique  , 18  heures  après  la  mort. 

1°  Habit,  extérieure. — Pas  d’infiltration  notable  desmem- 
bres ; visage  violacé;  lèvres  et  oreilles  livides.  ^ 

2“  Organ.  respirât,  et  circulât.  — Sérosité  claire  et  citrine 
dans  les  deux  côtés  de  la  poitrine.»  ■ — Des  brides  cellulo- 
fibreuses  unissent  les  poumons  à la  plèvre  costale  : les  in- 
tervalles qui  les  séparent  contiennent  de  la  sérosité  «(elles 
sont  plus  fortes  à droite). 

Les  poumons  sont  rouges,  comme  ecchymosés  à leur 
bord  antérieur.  ' 

Le  poumon  gauche  présente  à sa  surface  quelques  reliefs 
légers  ( il  y a des  adhérences  anciennes  dans  la  scissure  in- 
terlobaire) ; il  est  engoué,  coriace,  comme  carnifié.  ‘Les 
bronches  sont  rouges,  livides. 

Le  poumon  droit  est  moins  engoué  que  le  gauche. 

Vers  la  pointe,  du  cœur,  existe  une  plaque  pseudô-mem- 
hraneuse , d’où  part  une  longue  bride  qui  va  au  péricarde 
pariétal.  — La  cavité  du  péricarde  contient  trois  cuillerées 
d’une  sérosité  transparente. 

Le  cœur  a un  volume  presque  double  de  l’état  normal. 
Il  est  gorgé  de  sang;  sa  pointe  est  fortement  tournée  à 
gauche.  (L’oreillette  droite  présente  à sa  surface  des  pla- 
ques analogues  à celles  de  la  pointe  : il  en  est  de  même  de 
l’origine  de  l’aorte.) 

Lavé  et  vidé , le  cœur  conserve'im  volume  d’un  bon  tiers 
plus  considérable  qu’à  l’état  normal  : il  est  généralement 
hypertrophié. 

Poids  du  cœur,  vidé  et  lavé,  gram. 

8 


Il4  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

Le  ventricule  droit  est  d’un  bon  quart  plus  volumineux 
que  le  gauche.  Ses  parois  sont  hypertrophiées  ; sa  subs- 
tance est  ferme. 

Epaisseur  de  ses  parois  3 à 3 lig.  ip 

L’orifice  auriculo-ventriculaire  est  vaste , dilaté.  Laval- 

t 

vule  tricuspide  est  un  peu  épaissie. 

L’oreillette  droite  est  un  peu  épaissie,  ce  qui  tient  en 
partie  aux  fausses  membranes  denses  et  résistantes  dont 
elle  est  tapissée.  . • . 

Les  valvules  aortiques  peuvent  fermer  l’orifice  auquel 
elles  sont  adaptées.  Elles  sont  néanmoins  épaissies  , fibro- 
cartilagineuses,  rigides  et  moins  mobiles  qu’àl’état  normal. 

Circonférence  de  l’orifice  aortique,  sensiblement  rétréci  a p.  a lig.  ip 

— de  l’orifice  de  l’artère  pulmonaire  5 p. 

Les  valvules  de  ce'dernier  orifice  sont  très  minces. 

La  valvule  mitrale  est  considérablement  hypertrophiée. 
Les  tendons  valvulaires  sont  triplés  de  grosseur , et  trans- 
formés en  tissu  fibro-cartilagineux.  — • Une  des  colonnes 
charnues  présente  la  même  transformation.  Une  section  de 
cette  colonne  montre  que  la  substance  musculaire  est  en- 
tourée d’une  coque  fibro-carlilagineuse. 

Le  bord  adhérent  de  l’orifice- auriculo-ventriculaire  gau- 
che est froncé.  Cet  orifice  offrait  encore  un  assez  libre  pas- 
sage à la  colonne  sanguine.  Vers  la  base  de  la  valvule 
bicüspide  , on  observe  diverses  saillies , divers  reliefs , 
arrondis  ou  alongés  en  cylindres,  de  nature  fibro-cartila- 
gineuse.  Cette  valvule  et  l’origine  de  l’aorte  présentent 
une  rougeur  par  plaques,  sans  arborisation.  Cette  rougeur 
existe  à un  plus  haut  degré  dans  l’artère  pulmonaire.  — 
L’intérieur  des  cavités  droites  est  moins  rouge  que  celui  des 
gauches. 

La  membrane  interne  est  épaissie  et  facile  à enlever  par 
lambeaux. 


TROTS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  1i5 
Le  ventricule  gauche  est  dilaté  dans  la  même  proportion 
que  le  droit. 

Les  artères  qui  naissent  de  la  crosse  de  l’aorte  ont  la 
'i  teinte  rouge  de  l’origine  de  cette  artère.  Un  peu  d’épais- 
‘ sissement  aux  éperons  situés  à l’origine  de  ces  artères. 
Induration  et  cartilaginisationen  divers  points  de  l’aorte 
pectorale. 

OBSERVATION  65e. 

Homme  de  6o  ans.  — Toux,  oppression,  palpitations,  bruit  de  soufflet  du  cœur  ; 

1 bydropisies  passives. — Mort  environ  un  an  après  les  premiers  accidens. — Epais- 
: sissement  hypertrophique , et  induration  fibro-cartilâgineuse  des  valvules  auri- 
culo-ventriculaires , avec  traces  d’ancienne  péricardite;  peu  de  déformation  des 
• valvules,  et  point  de  rétrécissement,  des  orifices.  — Hypertrophie  simple  du  ven- 
1 tricule  gauche;  hypertrophie  concentrique  du  droit. 

Un  ancien  soldat,  aujourd’hui  ébéniste,  âgé  de  6o  ans, 
d’une  assez  forte  constitution  , fut  reçu  dans  le  service 
' clinique  (n°  i6,  salle  Saint-Jean-de-Dieu),  le  26  octobre 
i833. 

Cet  homme  a depuis  un  an  l’haleine  courte , il  se  plaint 
' depuis  cette  époque  d’oppression  et  de  battemens  de  cœur, 
avec  toux  fréquente.  Il  dit  avoir  été  depuis  long-temps  en- 
fié,  mais  que  cette  enflure  était  peu  considérable,  et  qu’elle 
I'  passait  et  revenait  à plusieurs  reprises.  Sa  vie  a été  em- 
|i  ployée  à des  travaux  pénibles  et  fatigans.  Sa  face  est  d’une 
f couleur  pâle-jaunâtre  ou  feuille-morte,  bouffie;  toute  la 
h peau  est  flasque  et  blafarde,  et  les  membres  s’infiltrent  lors- 

I que  le  malade  se  lève  ; lèvres  et  mains  d’un  pâle  violacé  ^ 

II  paupières  très  gonflées. 

]'  On  trouve  dans  la  région  précordiale  une  matité  qui 
a une  étendue  de  2 pouc.  verticalement  et  de  2 pouc.  et 
h demi  transversalement.  On  distingue  à l’auscultation  un  lé-* 

1 ger  bruit  de  souffle  pendant  le  premier  battement  (i). 

♦*'  • ri  _ _ - II-  - ■ . 

1,  ■ 

l 

(1)  Ce  bruit  de  soufflet,  très  distinct  pour  une  oreille  exercée,  était  néanmoim  ‘ 


Il6  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

Le  pouls  donne  98  puis.  : il  est  étroit  et  serré;  mouve- 
ment de  fluctuation  dans  les  veines  jugulaires,  qui  sont 
gonflées.  La  peau  est  froide.  Respiration  bonne  en  avant, 
un  peu  plus  obscure  en  arrière.  Il  existe  des  accès  de  suffo- 
cation de  temps  en  temps  avec  sentiment  de  constriction 
à la  partie  supérieure  de  la  poitrine.  Le  malade  parle  d’une 
voix  entrecoupée.  Peu  de  sommeil. 

Langue  pâle  ; urines  rares. 

Le  malade  ne  s’inquiète  nullement  de  son  état. 

Diagnostic.  — Induration  et  épaississement  des  'valvules ; 
hypertrophie  du  cœur. 

Prescription.  — Till.  oi'ang.^jul.  18  goutt.  teint,  digit.  ; 
eau  'vin.  suc.;  houill.  et potag. 

2,8  et  29.  Crachats  sanguinolens;  pouls  petit,  irrégulier, 
offrant  quelques  intermittences  ; la  pointe  du  cœur  se  fait 
sentir  dans  une  étendue  de  i pouc.  i|2  carré,  elle  paraît 
mousse  et  arrondie,  -i— • Un  léger  bruit  de  souffle  et  de  scie 
se  mêle  au  claquement  valvulaire  ( les  personnes  peu  habi- 
tuées encore  à l’auscultation  ont  de  la  peine  à saisir  le  bruit 
de  soufflé  ou  de  scie  ). 

Mort  le  3o  à 4 heures  du  matin. 

Autopsie  cadavérique,  19  heures  après  la  mort. 

\° Habit.  -^Infiltration  médiocre  des  membres  infé- 

rieurs ; le  scrotum  ne  contient  pas  de  sérosité  (le  péritoine 
contient  une  pinte  et  demie  à deux  pintes  de  sérosité 
roussâtre  et  limpide). 

2®  Org.  respir.  et  circulât.  — Le  côté  droit  du  thorax 
contient  une  demhpinle  de  sérosité;  il  n’existe  aucune  adhé- 
rence au  poumon  droit;  on  trouve  au  contraire  des  adhé- 
rences celluleuses  bien  organisées  vers  le  sommet  et  la  face 
externe  du  poumon  gauche. 


âîsez  obscur  et  sourd.  Un  élève  n’ayant  pu  le  reconnaître  au  premier  examen,  je 
l’engageai  à ausculter  comparativement  les  bruits  du  cœur  d’un  sujet  bien  por- 
tant. Celte  expérience  réussit  parfaitement.  Après  l’avoir  faite,  il  distingua  net- 
tement le  bruit  de  soulflel  que  j’avais  constaté  chez  ce  malade. 


T«ois.  CATÉG.  d’observ.  d’endocarditk . 1 

Le  cœur  est  situé  presque  transversalement  ( l’oreillette 
(droite  est  tout-à-fait  à droite  et  en  bas);  il  est  recouvert  à 
i gauche,  dans  le  tiers  de  son  étendue  , par  une  lame  mince 
|cdu  poumon  coi  respondant , dont  la  base  adhère  au  péri- 
c carde  par  un  tissu  cellulo-fîbreux.  Le  tissu  cellulaire 'placé 
e en  dehors  du  péricarde  est  légèrement  infiltré.  Oè  sac  fi- 
Ibreux  contient  4^5  cuillerées  d’un  liquide  roussâtre,  mêlé 
t de  (juelques  flocons  albumineux.  On  trouve  sur  le  bord 
«externe  de  chaque 'ventricule  des  plaques  laiteuses  : sur  le 
\ventricule  droit,  il  en  existe  une  de  la  largeur  d’une  pièce 
cde  vingt  sous. 

I Le  poids  du  cœur  et  de  ses  caillots  est  de  556  grammes. 
i|((Le  poids  du  cœur,  bien  lavé  et  complètement  vidé  de  ses 
lj(caillots,  est  de  4^3  grammes,  ce  qui  porte  à io3  grammes 
il  lia  quantité  de  sang  contenue  dans  les  cavités  du  cœur.  ) 
r La  forme  de  cet  organe  est  arrondie,  globuleuse.  Le  ven- 
Jltricule  gauche  offre  surtout  cette  forme  et  constitue  la 
ji moitié  d’une  sphère. 

Le  diamètre  transversal  du  cœur  est  de  4 pouc.  6 lig. , 
|sson  diamètre  vertical  est  de  3 pouc.  6 lignes,  son  diamètre 
jî antéro-postérieur,  de  i pouc.  2 lig.  ; sa  circonférence  , de 
j'7  pouc.  1 lig. 

! Le  'ventricule  droit,  qui  semble  n’étre  qu’un  appendice  du 
Lgauche,  offre  une  cavité  peu  profonde,  qui  ne  contient 
{guère  que  le  pouce  : la  paroi  , dont  l’épaisseur  est  à peu  ‘ 
jprès  la  même  partout,  est  de  3 lig.  et  demie. 

L’orifice  ventriculo-pulmonaire  , parfaitement  libre,  a 
. 3 pouc.  4 lig-  et  demie  de  circonférence.  La  valvule  de  cet 
(■orifice  est  souple  et  flexible.  L’orifice  auriculo-ventricu- 
llaire  est  sensiblement  dilaté  : sa  circonférence  a 5 pouc. 
1*4  lig.  Les  lames  valvulaires  sont  légèrement  épaissies,  sur- 
ttout  à leur  extrémité,  où  leur  tissu  est  fibro-cartilagineux. 
ILa  valvule  est  d’ailleurs  bien  conformée  et  mobile. 

La  membrane  interne  est  d’une  nuance  rouge-jaunâtre, 

) plus  foncée  que  dans  l’état  naturel. 


î 


1 l MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

L’oreillette  droite  a une  cavité  au  moins  double  du  ven- 
tricule correspondant , elle  n’est  pas  d’ailleurs  hyperlro-  j. 
phiée  notablement. 

La  capacité  du  ventricule  gauche  est  d’un  bon  tiers  plus  i 

considérable  que  celle  du  droit  ; l’épaisseur  de  ses  parois  j 

est  de  8 lig.  et  demie  à 9 lig.  ; elle  diminue  de  la  base  1 

à la  pointe  , où  elle  n’est  que  de  5 lig.  à 5 lig.  et  demie. 

La  circonférence  de  l’orifice  de  l'aorte  est  de  a pouc.  J. 

9 lig.  Les  valvules  aortiques  sont  un  peu  épaissies,  mais  1 

nullement  déformées,  et  ferment  complètement  l’orifice  qui 
est  libre.  L’origine  de  l’aorte  est  hérissée  de  lames  jaunes, 
les  unes  calcaires,  les  autres  cartilagineuses  : dans  ces  points, 
la  membrane  interne  se  rompt  comme  une  coquille  d’œuf. 

Les  lames  calcaires  atteignent  la  membrane  interne  dans  I 
toute  son  épaisseur,  et  ont  envahi  en  partie  la  membrane 
jaune  sous-jacènte;  la  portion' de  ce  vaisseau  ainsi  altérée 
est  légèrement  colorée  en  rose. 

La  capacité  de  l’oreillette  gauche  est  à peu  près  égale  à 
celle  de  la  droite;  - ses  parois  sont  généralement  épaissies 
(elles  ont' 2 lig.  et  quart  d’épaisseur).  La  membrane  in- 
terne est  notablement  épaissie , et  offre  un  aspect  mat  et 
terne  qui  n’est  pas  normal. 

La  circonférence  de  l’orifice  auriculo  - ventriculaire 
gauche  est  de  4 pouc.  3 lignes.  La  valvule  mitrale  est  géné- 
ralement épaissie,  et,  dans  plusieurs  points,  changée 
en  fibro-cartilage,  surtout  dans  le  voisinage  de  l’orifice 
aortique;  d’ailleurs,  elle  n’est  pas  sensiblement  déformée  : 
les  tendons  de  son  bord  libre  sont  très  multipliés  et  très 
résistans. 

L’altération  crétacée  de  l’aorte  se  continue  dans  les  ar- 
tères coronaires  où  elle  n’occupe  c^’e  les  deux  tiers  de  la 
circonférence  de  ces  vaisseaux  : de  là  , une  sorte  de  con- 
traste entre  la  portion  altérée  et  la  portion  saine , qui  offre 
des  rides  et  des  enfoncemens. 

Une  quantité  assez  notable  de  sang  est  emprisonnée  en- 


À 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV,  r’eNDOCARDITE.  110 
J tre  les  piliers  du  ventricule  gauche  : il  paraît  ancienne- 
ment concrète  et  ressemble  à du  boudin.  La  substance  inus- 
! culaire  est  ferme  et  d’un  assez  beau"rouge. 

■ OBSERVATION  GC». 

Homme  de  69  ans. — A la  suite  d’un  rhume  négligé,  symptômes  d’un  obstacle 
à la  circulation  à travers  les  cavités  du  cœur. — Palpitations  , congestions  vei- 
neuses, et  collections  séreuses  passives.  — Bruits  du  cœur  secs,  forts,  analogues 
au  claquement  de  soupapes  de  parchemin.  — Mort  dix  jours  après  1 entrée  , 
quinze  mois  après  le  rhume  négligé.  — Epaississement  et  ûbro-cartilaginisalion 
des  valvules  bicuspide,  tricuspide  et  aortiques;  iksdffisance  de  la  valvule  tricüs- 
pide. Dilatation  des  cavités  du  cœur  et  de  ses  orifices;  hypertrophie  des  pa- 

rois. — Etat  cartilagineux,  calcaire  ou  terreux,  des  parois  de  l'aorte,  etc. 

Un  peintre  en  bâtimens , âgé  de  69  ans , d’une  assez 
Û forte  constitution  , fut  admis  à la  Clinique  (n°  i3,  salle 

^ St-Jean-de-Dieu  ) , le  1 5 juillet  i834*  Depuis  une  trentaine 

P d’années  , il  était  sujet  à s’enrhumer  de  temps  en  temps  , 

Il  et  jouissait  d’ailleurs  d’une  bonne  santé.  Depuis  quinze 

Il  mois  , à la  suite  d'un  rhume  négligé.,  il  éprouve  de  l’oppres- 

[ sion  , de  l’étouffement , qui  ne  lui  permettent  plus  de  tra- 

II  vailler. ’Depuis  cinq  mois  surtout,  les  attaques  àé  asthme , 
I dit-il , sont  si  fréquentes  , qujelles  ne  lui  laissent  de  repos  , 

I ni  jour  ni  nuit , malgré  une  saignée  qui  lui  a été  pratiquée 
( deux  mois  avant  son  entrée  ; il  y a une  huitaine  de  jours 
k que  les  jambes  se  sont  enflées.  Il  ne  se  plaint  point  de  pal- 
pitations de  cœur,  et  il  a conservé  de  l’appétit  jusqu’à  ces 
derniers  temps  ; mais  l’étouffement  augmente  après  les 
repas. 

Examiné  avec  soin,  le  lendemain  de  son  entrée  à la  Cli- 
nique , il  nous  offrit  l’état  suivant  : 

Visage  anxié  , froid  ; lèvres  violettes  ou  bleuâtres;  yeux 
largement  ouverts  , un  peu  égarés  ; veines  jugulaires  dis- 
tendues et  comme  variqueuses;  on  voit  aussi  ramper  sous 
' la  peau  de  la  poitrine  et  de  l’abdomen  des  veines  d’un  vo- 
lume très  considérable  et  qui  s’anastomosent  avec  celles  des 


120 


MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 
membres;  infiltration  des  membres  inférieurs  et  du  scro- 
tum. Le  malade  reste  constamment  assis  dans  son  lit  pour 
respirer  un  peu  plus  librement. 

La  matité  de  la  région  précordiale  était  de  4 pouces  ver- 
ticalement et  de  5 pouces  2 lignes  transversalement. 

L’impulsion  du  cœur  était  médiocre  , mais  elle  se  faisait 
sentir  dans  une  très  grande  étendue,  et  la  main  reconnais- 
sait aisément  que  la  masse  de  l’organe  était  considéra- 
blement augmentée.  On  distinguait  aussi  un  frémissement 
vibratoire  assez  prononcé  dans  la  région  des  cavités  gau- 
ches. 

Les  battemensdu  cœur  étaient  irréguliers,  intermittens, 
très  fréquens  (160  par  minute)  , et  tumultueux. 

Le  tumulte  des  battemens  du  cœur  rendait  l’analyse 
des  bruits  de  cet  organe  assez  difficile.  Ces  bruits  étaient 
tous  les  deux  plus  secs,,  plus  âpres  qu’à  l’état  normal  ; 
pendant  la  systole  particulièrement,  on  distinguait  un 
bruit  de  frottement  ou  de  froissement , comme  si  les  val- 
vules eussent  été  parcheminées  ; point  de  véritable  bruit  de 
soufflet.  Le  maximum  du  bruit  de  froissement  de  parche- 
min existait  dans  la  région  des  orifices  gauches. 

La  région  précordiale  présentait  une  légère  voussure  ; 
elle  était  faiblement  soulevée  par  les  battemens  irréguliers 
et  tumultueux  du  cœur.'  *' 

Pouls  irrégulier  , intermittent,  à 160,  vibrant.  Il  n’y  a 
ni  bruit  de' soufflet,  ni  frémissement  vibratoire  dans  les 
grosses  artères.  < 

Orthopnée  ; toux  , suivie  de  crachats  muqueux.  Matité 
et  absence  de  la  respiration  vésiculaire  dans  toute  la  moitié 
inférieure  du  côté  gauche,  avec  léger  chevrolteihent  de  la 
voix.  Dans  le  tiers  inférieur  de  la  partie  postérieure  de  ce 
même  côté,  la  respiration  était  brusque,  soufflante,  ac- 
compagnée d’un  râle  muqueux  assez  fin  ; matité  et  égo^ 
phonie  très  manifeste.  En  arrière,  à droite,  râle  muqueux 
ou  sous-crépitant  , matité  et  retenlissetnent  çle  la  voix 


TROIS.  CATÉG.  d’oRSERV.  ü’eNDOCARDITE.  12  1 

moindres  qu’à  gauche.  La  malilé  persiste  dans  le  décubitus 
sur  le  ventre. 

Les  fondions  digestives  ne  sont  pas  notablement  trou- 
blées ; le  malade  dit  être  constipé. 

Le  foie  descend  au-dessous  du  rebord  cartilagineux  des 
côtes. 

L’anxiété  est  si  grande  , que  le  malade  ne  goûte  pres- 

I que  aucun  moment  de  sommeil. 

Diagvostic.  — Induration  et  épaississement  des  malmles 
gauches  du  cœur  avec  hypertrophie  et  dilatation  de  cet  organe, 
œdème  des  poumons , etc  . 

* Prescription.  — Boissons  béch.  ÿ looch  avec  poiid.  digit. 

\ X grains  ; 3 bouill.  ; potag.  • ' 

Les  jours  suivans,  le  pouls  se  ralentit,  se  régularise,  se 
développe  et  devient  plus  évidemment  vibrant  ( le  19  , on 
ne  comptait  que  96  puis,  à la  minute);  le  claquement  de 
parchemin  et  le  frémissement' cataire  persistent  (o/i  donne 
quelques  pilules  d'opium  pour  procurer  un  peu  de  sommeil 
au  malade.  ) 

Cependan  t la  dyspnée  et  l’anxiété  deviennent  extrêmes  ( i ) 
et  le  malade  meurt , le  24  à 10  heures  du  soir  (le  io^  jotir 
après  son  entrée). 

Autopsie  cadavérique , ii  heures  après  la  mort. 

1°  Habit,  extér.  — Teinte  livide  ou  violette  du  visage  et 
du  euir  chevelu.  De  gros  troncs  veineux  sillonnent  la> poi- 
trine et  l’abdomen  , et  font  communiquer  les  veines 'sous- 
cutanées  des  membres  supérieurs  avec  celles  des  membres 
inférieurs.  Ces  derniers  sont  le  siège  d'un  engorgement  san- 
guin très  prononcé  , mais  ne  sont  plus  infiltrés.  — Gonfle- 
ment et  distension  des  veines  jugulaires. 

2°  Org.  respirât,  et  circulât.  — Sérosité  jaunâtre,  assez 

. / 


(i)  On  observait,  pendant  les  inoùvemens  d’in.spiration,  une  dépression  très 
nolabje  dan?  les  cinquième  et  sijçiôme  espaces  intercostaux  du  côté  gauche. 


12!2  MALADIES  DU  C(®ÜR-EN  PARTICULIER. 

^ • 

abondante , à la  partie  inférieure  du  côté  gauche  de  la  poi- 
trine. — Le  poumon  droit  offre  de  nombreuses  adhérences 
organisées , surtout  dans  ses  scissures  : il  est  assez  léger  et 
crépitant.  Il  est  imbibé  d’une  grande  quantité  de  sérosité 
qui  ruisselle  par  la  pression  à la  surface  des  incisions  prati- 
quées dans  son  tissu.  Sa  partie  inférieure  est  le  siège  d’un 
engorgement  plus  sanguin  que  séreux.  — Le  poumon  gau- 
che , comprimé  par  l’épanchement  séreux,  est  de  moitié 
moins  volumineux  que  le  droit  : il  est  flasque  , crépite  as- 
sez, et  contient  moins  de  sérosité  que  le  droit. 

La  membrane  muqueuse  bronchique , recouverte  de 
mucosités , offre  une  teinte  d’un  rouge  violet  qui  contraste 
avec  la  couleur  blanc-jaunâtre  de  la  membrane  interne  des 
divisions  de  l’artère  pulmonaire. 

Le  cœur  est  refoulé  en  haut , en  dehors  et  en  arrière. 
La  portion  non  recouverte  par  les  poumons  a 4 pouc. 
a lig.  verticalement 'et  5 pouc.  2 lig.  transversalement.  Il 
est  situé  transversalement,  et  sa  pointe  est  arrondie,  mousse, 
effacée.  Tous  les  vaisseaux  veineux  qui  vont  se  dégorger 
dans  les  oreillettes  sont  remplis  d’une  grande  quantité  de 
sang.  Le  péricarde  forme  un  sac  pouvant  contenir  la  tête 
d’un  fœtus  : on  trouve  dans  sa  cavité  une  cuillerée  de  séro- 
sité sanguinolente. 

Le  cœur,  avant  d’avoir  été  vidé,  pèse,  avec  l’origine  des  gros  vaisseaux  Siagram. 
Diamètre  transversal  ' ^ 7 p. 

— vertical  ’ 5 p.  i lig. 

Circonférence  12  p. 

On  voit  à la  surface  antérieure  du  cœur , sur  les  deux 
ventricules,  des  taches  d’un  blanc  laiteux  ou  mat , vraies 
fausses  membranes  qui  se  détachent  facilement  : au-dessous 
le  péricarde  est  intact.  Quelques  taches  semblables  existent 
extérieurement  à l’origine  de  l’aorte , dont  le  contour  pré- 
sente une  belle  injection  pointillée;  vers  l’union  des  ventri- 
cules et  des  oreillettes  en  arrière , on  rencontre  aussi  quel- 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCABDITE.  123 
ques  plaques  de  même  nature  que  les  précédentes.  Le  sang 
contenu  dans  les  quatre  cavités  est  noir,  semblable  à la 
gelée  de  gî'oseillcs  ; en  quelques  points , il  est  recouvert 
d’une  espèce  de  couenne. 

Poids  du  cœur,  vidé,  lavé,  avec  l’origine  des  gros  vaisseaux  5oo  gram. 

Le  ventricule  droit  est  d’un  tiers  plus  grand  qu’à  l’état 
normal.  , . 

Epaisseur  de  ses  parois  ' ■ 3 lig. 

Circonférence  de  l’orifice  de  l’artère  pulmonaire  ' S p.  6 lig. 

Les  valvules  de  cette  artère  sont  saines. 

L’oreillette  droite  est  dilatée  en  proportion  du  ventri- 
cule correspondant. 


L’orifice  auriculo-ventriculaire  droit  est  énorme  . 5 p.  g lig. 

» • 

La  valvule  tricuspide , très  développée , est  épaissie , 
comme  fongueuse,  et  présente  vers  sa  pointe  une  indura- 
tion fibro-cartilagineuse  :|  elle  ne  peut  pas  fermer  com- 
plètement l’orifice  auquel  elle  est  adaptée,  ’i  ^ ' 


Hauteur  de  la  valvule  ' 5 lig. 

\ 

Les  valvules  sigmoïdes  de  l’aorte  ferment  l’orifice  aorti- 
que assez  exactement  pour  qu’un  liquide  versé  dans  l’aorte 
ne  pénètre  pas  dans  le  ventricule  gauche.  Elles  présentent 
dans  leur  épaisseur,  à leur  base  et  à leur  sommet,  des 
plaques  jaunâtres,  fibro-cartilagineuses  ; elles  sont  plus 
épaisses  qu’à  l’état  normal. 

Circonférence  de  l’orifice  aortique  3 p. 

Des  incrustations  calcaires  ou  fibro-cartilagineuses  occu- 
pent également  l’origine  de  l’aorte,,  d’où  elles  s’étendent 
dans  le  reste  de  ce  vaisseau  : sa  surface  est  inégale  , rabo- 
teuse , et  l’épaisseur  de  ses  parois  est  augmentée  ; des  fron- 


124  . MALADIES  DÜ  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

cemens  et  des  reliefs  plus  ou  moins  marqués  se  rencon- 
trent en  différens  points  de  la  surface  interne  de  cette 
artère. 

Le  ventricule  gauche , plus  dilaté  que  le  droit , pourrait 

contenir  un  œuf  de  canne. 

* 

Ses  parois  ont  8 lig.  d’épaisseur  à la  partie  moyenne. 

Les  colonnes  qui  s’insèrent  à la  valvule  bicuspide  sont 
très  fortes;  leurs  tendons  sont  également  hypertrophiés, 
et  les  deux  lames  de  la  valvule  sont  très  épaisses  à la  base 
(elles  ont  le  double  ou  le  triple  de  l’épaisseur  normale). 

L'oreillette  communique  assez  librement  avec  le  ventri- 
cule gauche. 

Du  côté  de  l’oreillette,  chaque  lame  de  la  valvule  pré- 
sente des  concrétions  fibro-cartilagineuses  qui  font  saillie 
sous  la  membrane  interne.  Vers  l’insertion  des  tendons, 
celte  membrane  interne  est  rouge , comme  fongueuse. 

La  membrane  interne  de  l’oreillette  gauche  est  légère- 
ment ridée. 

) ' 

Ctrconférence  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  gauche  4 P*  > hg- 

Les  deux  lames  valvulaires  ont  paru  pouvoir  fermer 
l’orifice. 

La  substance  du  èœur  est  un  peu  plus  foncée  en  couleur 
qu’à  l’état  normal.  Sa' consistance  est  médiocre. 

3^*  Org.  cligest,  et  annex.  — Point  de  sérosité  dans  l’ab- 
domen.' 

L’estomac  et  les  intestins  n’offrent  rien  de  remarquable 
à l’extérieur. 

Le  foie  est  ratatiné , ridé  ; son  volume  est  un  peu  au- 
dessous  de  l’état  normal.  — - Les  granulations  rouges  sont 
effacées  par  les  jaunes.  — H y a une  grande  quantité  de 
(sang  dans  la  veine-porte. 

La  vésicule  contient  une  médiocre  quantité  de  bile,  un 
peu  foncée  en  couleur.  — La  vessie  est  à l’état  normal. 

4“  Org.  de  l'inneivat.  — ,Le  cerveau,  peu  volumineux  , 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOC/VRDITE.  1 a5 
est  abreuvé  d’une  abondante  sérosité  : il  semble  y avoir  ma- 
céré. Les  mailles  de  la  pie-mère  sont  infiltrées  de  ce  liquide, 
qui  baigne  encore  le  fond  des  circonvolutions  quand  on  a 
enlevé  les  méninges.  »—  La  substance  cérébrale  est  un  peu 
molle. 

Les  artères  de  la  base  du  crâne  sont  ossifiées. 

OBSERVATIOÎV  67  e. 

Femme  de  7a  ans.  — OpprAsion,  palpitations,  étouffement,  irrégularité  et 
intermittence  du  pouls;  bruit  de  froissement  de  parchemin,  sans  véritable  bruit 
de  soufflet,  pendant  les  baltemens  du  cœur.  — Epaississement,  induration  des 
valvules  tricuspide , bicuspide  et  aortiques , sans  rétrécissement  des  oriflces.  — 
Epaississement  de  la  membrane  interne  du  ventricule  gauche , ecchymoses , etc. 

Durand  (Claude-Françoise) , âgée  de  72  ans , d’une  assez 
forte  constitution , mère  de  quatre  enfans  , fut  admise  à la 
clinique,  le  2 août  i834.  Née  de  parens  asthmatiques , elle 
était  depuis  long-temps  elle-même  habituellement  oppres- 
sée et  sujette  à des  palpitations.  Toutefois,  elle  n’avait 
cessé  complètement  de  travailler  que  depuis  trois  mois. 

Au  moment  de  son  entrée,  les  membres  inférieurs  étaient 
très  légèrement  infiltrés  et  l’abdomen  distendu  par  une 
médiocre  quantité  de  sérosité.  La  malade  , assise  dans  son 
lit,  ne  respirait  qu’avec  une  extrême  difficulté  ; l’anhéla- 
tion , l’étouffement  auquel  elle  était  en  proie  ne  lui  laissait 
goûter  aucun  moment  de  sommeil. 

Visage  jaunâtre,  terreux,  fatigué;  léger  gonflement  des 
veines  jugulaires.  ^ 

Pouls  irrégulier,  intermittent,  un  peu  dur  et  vibrant, 
mais  peu  développé.  Les  battemens  des  carotides  sont  visi- 
bles dans  une  certaine  étendue  , mais  ne  sont  point  accom- 
pagnés de  frémissement  cataire. 

Matité,  absence  de  respiration  et  chevrottement  de  la  voix, 
à la  partie  inférieure  du  côté  gauche  de  la  poitrine. 

La  matité  de  la  région  précordiale  se  confond  en  dehors 


126  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

avec  celle  de  la  région  externe  de  la  poitrine.  La  main 
appliquée  sur  la  région  précordiale  sent  a peine  les  batle- 
mens  du  cœur  : ils  sont  tumultueux,  irréguliers,  inter- 
mittens,  très  fréquens  (i48  à i52  par  minute).  On  ne  sent 
pas  distinctement  de  frémissement  vibratoire. 

Les  bruits  du  cœur  sont  secs,  accompagnés  d’un  bruit 
analogue  à celui  d’un  froissement  de  parchemin  ; pas  de 
bruit  de  soufflet  bien  caractérisé.  Dans  la  région  des  cavités 
droites , les  bruits  sont  plus  obscurs,  moins  secs  que  dans 
celle  des  cavités  gauches.  • 

Diagnostic.  — Induration  des  'valuides , sans  rétrécissement 
bien  notable  — Hypertrophie  du  cœur.  — Hjdrotliorax . 

Malgré  l’emploi  de  la  digitale  et  des  autres  moyens  indi- 
qués en  pareil  cas,  la  malade  succoniba  le  23' jour  de  son 
entrée  (25  août). 

Autopsie  cadavérique , 24  heures  après  la  mort. 

Habit,  extér.  — Les  membres  ne  sont  pas  infiltrés. 
Etat  de  marasme  assez  prononcé. 

2*^  Org.  respir.  et  circul.  — La  cavité  gauche  de  la  poi- 
trine contient  une  sérosité  mêlée  d’une  grande  quantité  de 
sang.  Les  poumons  sont  gorgés  de  sang  et  de  sérosité. 

Le  péricarde  adhérait  à gauche  avec  la  plèvre  pulmonaire 
correspondante.  11  contenait  une  très  petite  quantité  de 
sérosité.  Les  cavités  du  cœur  sont  distendues  par  une 
énorme  quantité  de  sang  coagulé , analogue  à de  la  gelée 
de  groseilles.  Débarrassé  de  ses  caillots , le  cœur  est  d’un 
bon  quart  plus  volumineux  qu’à  l’état  normal. 

Les  trois  lames  de  la  valvule  bicuspide  sont  épaissies, 
fibro-cartilagineûses  ; leur  surface  est  inégale  et  chagrinée. 
Comme  l’orifice  auriçulo-ventriculaire  droit  est  dilaté,  la 
valvule  bicuspide  nous  a paru  trop  étroite  pour  pouvoir  le 
fermer  bien  complètement. 

Les  valvules  aortiques  sont  épaissies,  incrustées  de  pla- 
ques calcaires,  mais  encore  assez  flexibles,  et  elles  peuvent 
fermer  exactement  l’orifice  qu’elles  bordent.  Les  deux 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’enDOCARDITE.  Ü27 

lames  de  la  valvule  bicuspide  sont  egalement  épaissies  et 
incrustées  de  plaques  calcaires  : cette  valvule  n’est  pas 
d’ailleurs  notablement  déformée,  et  malgré  son  épaississe- 
ment, elle  peut  jouer  assez  librement.  L’orifice  auriculo- 
ventriculaire  gauche  n’est  pas  notablement  rétréci.  La  sur- 
face interne  du  ventricule  gauche , surtout  vers  l’orifice 
aortique  , est  rouge  et  comme  ecchymosée  ; en  quelques 
points,  elle  offre  un  aspect  laiteux';  et  là,  son  épaisseur  est 
double  de  celle  de  l’état  normal.  Au-dessous  des  lambeaux 
de  cette  membrane,  existe  en  certains  points  une  véritable 
infiltration-sanguine.  i 

Les  parois  ventriculaires  sont  un  peu  épaissies  ; leur  tissu 
brunâtre  se  déchire  avec  facilité  ; les  cavités  ventricu- 
laires sont  un  peu  dilatées.  > 

Les  artères  coronaires  transformées  en  tissu  osseux  , pé- 
trifiées, ressemblent  à des  branches  de  corail. 

L’aorte , dans  toute  son  étendue,  est  parsemée  de  plaques 
calcaires , analogues  à des  coquilles  d’œuf  ; ses  parois  épais- 
! sies,  hypertrophiées,  crient  sous  l’instrument  qui  les  divise. 

I Autour  de  certaines  plaques , qui  semblent  avoir  été  en 
«contact  immédiat  avec  le  sang,  on  observe  des  rides,  des 
' dépressions  , des  froncemens,  qui  ressemblent  à des  espèces 
ü de  cicatrices.  La  membrane  interne  offre  une  teinte  d’un 
il  léger  jaune  nankin. 

L’artère  pulmonaire  est  exemple  des  altérations  quepré- 
^ I sentait  l’aorte. 

li  Tout  le  système  veineux  en  général  est  gorgé  de  sang  : 
de  là  une  teinte  rouge  très  foncée  de  la  membrane  muqueuse 
gastro-intestinale,  etc. 


i 


I 


1^8 


MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 


§ II.  Observations  d’épaississement  et  d’induration  des  valvules  du  cœur, 
avec  rétrécissement  considérable  des  orifices  du  cœur. 

t 

1°  Rétrécissement  de  V orifice  awiculo-ventriculaire  gauche , 

par  induration  et  épaississement  dé  la  valvule  bicuspide  (i). 

OBSERVATION  68'. 

• 

Fille  de  i8  à 20  ans,  ayant  le  rachis  dévié.  — A la  suite  de  douleur  dans  la 
région  précordiale,  symptômes  d’un  obstacle  à la  circulation  à travers  les  cavités 
du  cœur;  bruit  de  soufflet.  — Mort  long-temps  après  le  début  des  premiers  ac- 
cidens.  — Induration  fibro-carlilagineuse  de  la  valvule  bicuspide,  avec  rétrécis- 
sement de  l’orifice  auriculo  ventriculaire  gauche;  dilatation  et  hypertrophie  des 
oreillettes. — Hypertrophie  et  dilatation  du  ventricule  droit.  — Masse  de  coagu- 
lum  encore  récent  dans  les  cavités  droites.  > 

Une  jeune  fille  de  18  à 20  ans  , ayant  le  rachis  dévié  etla 
poitrine  très  étroite , fut  reçue  à la  clinique,  le  16  ou  17 
octobre  i83i.  Depuis  long-temps  déjà,  elle  éprouvait  une 
dyspnée  considérable  et  des  palpitations , symptômes  qui 
avaient  été  précédés  de  douleur  dans  la  région  précordiale. 
Elle  était , pour  ainsi  dire  , à l’agonie  , au  moment  où  je  la 
fis  admettre  à l’iiopital.  Les  extrémités  étaient  froides, 
violettes,  infiltrées  ; le  visage  bouffi,  les  lèvres  d’un  violet 
tellement  foncé  qu’il  approchait  du  noir  ; l’anxiété  et  l’étouf- 
fement étaient  extrêmes  ; elle  était  dans  un  état  de  jactita- 
tion continuelle  et  cherchait  vainement  une  position  qui 
rendît  sa  respiration  plus  libre  ; le  pouls  était  si  petit,  qu’on 
le  sentait  à peine. 

Les  battemens  du  cœur  étaient  tumultueux  et  accompa- 
gnés d’un  bruit  de  soufflet  très  marqué.  Bien  que  l’agita- 
tion perpétuelle  ne  m’eut  permis  qu’un  examen  peu  appro- 


(1)  De  tous  les  orifices  du  cœur,  l’orifice  auriculo-ventriculaire  gauche  est, 
d’après  mes  observations  , celui  qui  est  le  plus  souvent  le  siège  delà  lésion  que 
nous  étudions.  Vient  ensuite  l’orifice  aortique.  Les  orifices  droits  'se  rétrécissent 
beaucoup  plus  rarement  que  les  gauches. 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  1 ÙQ 
foncli  de*  cette  malheureuse , j’annonçai  l’existence  d’un 
rétrécissement  de  l’un  des  orifices  du  cœur,  avec  dilatation 
et  hypertrophie  de  cet  organe. 

Je  fis  pratiquer  deux  petites  saignées,  qui  ne  procurèrent 
qu’un  soulagement  passager,  et  n’eurent  d’autre  eflet  que 
de  retarder  un  peu  le  moment  fatal.  La  malade  succomba 
le  3*  jour  après  son  entrée,  ayant  fait  des  efiorts  pour  se 
lever,  comme  si  elle  eût  voulu  fuir  l’étouffement  qui  la 
I torturait,  et  chercher  l’air  qui  lui  échappait  à chaque 
I instant. 

Autopsie  cadavérique,  22  heures  après  la  mort. 

Congestion  veûneuse  générale  ; sérosité  dans  les  membres, 
j l’abdomen,  le  thorax  et  le  crâne.  Poumons  sains,  seule- 
I ment  un  peu  œdémateux. 

i Le  cœur,  non  vidé  du  sang  qu’il  contient , est  double  du 
poing  du  sujet.  L’oreillette  droite  est  énormément  disten- 
due par  des  caillots  de  sang,  ressemblant  à de  la  gelée  de 
groseilles  foncée  en  couleur  (l’oreillette,  avant  d’être  vidée, 
avait  le  volume  d’un  œuf  d’autruche).  Ces  caillots  s’étaient 
I sans  doute  en  partie  formés  dans  les  derniers  instans  de  la 
i vie.  Les  autres  cavités  du  cœur  contenaient  aussi  des  cail- 
lots , mais  en  moindre  quantité. 

Déjà  le  chef  de  clinique  ( M.  Genest  ) avait  ouvert  le 
cœur,  et  n’avait  point  trouvé  le  rétrécissement  diagnosti- 
qué. Ayant  voulu  examiner  moi-même  plus  en  détail  le 
cœur,  je  ne  tardai  pas  à rencontrer  un  rétrécissement  de 
l’orifice  auriculo-ventriculaire  gauche,  que  je  montrai  aux 
élèves  présens.  Cet  orifice  , par  suite  de  l’épaississement  et 
de  l’induration  de  la  valvule,  qui  était  en  même  temps 
déformée  , figurait  une  boutonnière  ou  une  sorte  'de  glotte 
recevant  difficilement  le  bout  du  petit  doigt.  L’induration 
était  fibro-cartilagineuse,  sans  traces  d’ossification, 
i L’artère  pulmonaire  et  l’aorte  étaient , à l’intérieur,  d’un 
1 rouge  assez  vif,  saines  du  reste  ( nulle  décomposition  du 


l3o  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

cadavre,  nulle  imbibition  ailleurs,  en  sorte  que  Cette  rou- 
geur paraissait  n|étre  point  cadavérique). 

Les  deux  oreillettes,  considérablement  hfpei'trophiées , 
avaient  des  colonnes  charnues  comparables  aux  faisceaux 
des  ventricules.  La  gauche  {était  moins  dilatée  que  la  droite. 
Le  ventricule  droit  était  dilaté  et  hypertrophié  au  point  de 
ne  pas  différer  notablement  d’épaisseur  avec  le  ventricule 
gauche , qui  n’offrait  aucune  lésion  sensible  : tissu  du  cœur 
ferme  et  assez  vermeil. 

Le  foie  , volumineux  , dur,  dense , était  abreuvé  de  sang 
(en  quelques  points,  il  existait  réellement  une  sorte  d’apo- 
plexie hépatique). 

Congestion  veineuse  de  la  membrane  muqueuse  gastro- 
intestinale; ramollissement  de  la  muqueuse  gastrique  ; dé- 
veloppement des  follicules  discrets  et  agminés  de  l’intestin 
grêle  en  plusieurs  parties  ( quelques  plaques  tendaient 
même  à l’ulcération , et  la  membrane  muqueuse  se  déta- 
chait avec  facilité  de  la  membrane  sous-jacente). 

Matrice  d’une  petitesse  extrême,  et  comme  rudimentaire. 

Bonne  consistance  du  cerveau.  Sérosité  en  médiocre 
quantité  dans  les  ventricules. 

OBSERVATION  69e. 

Fille  de  19  ans.  — A la  suite  d’une  fluxion  de  poitrine , palpitations,  élouffe- 
ment , bruit  de  soufflet  sibilant  du  cœur;  impulsion  de  cet  organe  très  forte  et 
très  étendue  ; frénaissement  vibratoire  ou  cataire.  — Pl^o-pneumonie  aiguë,  in- 
tercurrente. — Mort  trois  ans  environ  après  le  début  de  l’affection  du  cœur.  — 
Epaississement  des  valvules  bicuspide,  Iricuspide  et  aortiques;  rétrécissement 
considérable  de  l’oriûce  auriculo-ventriculaire  gauche;  taches  jaunâtres  sur  la 
membrane  interne  de  l’oreillette  gauche  , sur  celle  de  l’artère  pulmonaire  et  de 
l’aorte.  — Hypertrophie  et  dilatation  du  cœur  eu  général,  et  surtout  du  ventri- 
cule droit,  etc. 

Louise  Poitevin , âgée  de  19  ans , couturière , d’une 
constitution  grêle  et  délicate  , nerveuse  , cheveux  châtains, 
fut  admise  dans  le  service  clinique,  le  20  novembre  i832. 
Elle  avait  été  réglée  à 16  ans,.  Sujette  aux  /lueurs  blanches  ^ 


f 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  l3l 
elle  dit  n’avoir  jamais  joui  d’une  santé  parfaite.  Ses  père  et 
mère  vivent  encore  et  se  portent  bien.  — A l’âge  de  i5  ans, 
elle  fut  placée  à la  campagne,  chez  un  médecin.  Elle  frottait 
l’appartement,  tirait  une  grande  quantité  d’eau,  ce  qui  la 
fatiguait  extrêmement.  11  y a trois  ans,  elle  fut  atteinte  d’une 
pleuro-pneumonie  gauche , pour  laquelle  elle  fut  admise  à 
l’hôpital  de  la  Pitié  (service  de  M.  Serres).  C’est  à la  suite 
de  cette  maladie  que  sont  survenues  des  palpitations  et  de 
1 l’oppression.  H y a deux  ans  et  demi  qu’elle  fut  reçue  à 
l’hôpital  Necker  pour  cette  dernière  maladie.  [On  lui  fit  une 
\ application  de  sangsues  pour  rappeler  ses  règles  qui  étaient  ar- 
i rêtées  , et  on  lui  recommanda  le  reposé) 

A l’entrée  de  la  malade  , nous  observâmes  l’état  suivant  : 
teint  pâle,  lèvres  un  peu  violacées,  visage  fatigué,  expri- 
mant l’anxiété  ; attitude  demi-assise  dans  le  lit  pour  respi- 
[\  rer  plus  facilement.  La  température  de  la  peau  est  de  3yo. 

I Point  de  notable  infiltration  ; oppression  continuelle  (28 
il  inspirations  par  minute)  ; pouls  petit,  offrant  quelques 
i irrégularités,  vibrant,  à 60  par  minute. 

I La  poitrine  résonne  bien  partout,  si  ce  n’est  dans  la 

I région  pi’écordiale  ; la  respiration  s’entend  aussi  partout. 

Les  battemens  du  cœur  sont  très  forts  et  très  étendus  : 
cet  organe  vient  frapper  dans  toute  sa  largeur  la  main  ap- 
pliquée sur  la  région  précordiale  (celle-ci  rend  un  son  mat 
partout  où  se  fait  sentir  l’impulsion  du  cœur).  Au  niveau 
de  la  6®  côte,  existe  un  frémissement  cataire  très  prononcé 
et  isochrone  à la  contraction  ventriculaire.  Dans  la  région 
des  cavités  gauches , on  entend  un  bruit  de  scie  ou  de  râpe 
très  sec,  prolongé,  filé  en  quelque  sorte,  et  se  terminant 
par  un  roucoulement  ou  sifflement  dont  le  maximum 
d’intensité  existe  au  niveau  de  la  4^  côte,  un  peu  en  dehors 
i du  sein,  mais  que  l’on  distingue  aussi  parfaitement  vers  la 
, pointe  de  l’omoplate  gauche.  Ce  bruit  de  scie  filé  et  sibilant 
î remplace  le  double  bruit  normal  du  cœur. 


i32  maladies  do  cœur  en  PARTICCLîER. 

Sur  le  trajet  des  carotides,  on  entend  un  bruit  de  soufflet 
à double  courant. 

Les  fonctions  digestives  ne  sont  pas  notablement  dé- 
rangées. 

Diagnostic.  — Induration  des  'valvules  gauches  du  cœur  y 
avec  rétrécissement  d'un  orijice.  — Hypertrophie  générale  du 
cœur  avec  dilatation. 

Nous  essayâmes  , chez  cette  malade,  l’hydriodate  de  po- 
tasse , vanté  comme  propre  à combattre  l’hypertrophie  du 
cœur  (on  commença  par  la  dose  d’un  quart  de  grain)  ; douze 
sangsues  furent  appliquées  sur  la  région  du  cœur. 

lo  décembre.  L’état  de  la  malade  avait  changé.  Le 
pouls  était  à 56  , toujours  petit , quoique  vibrant , un  peu 
irrégulier.  L’exploration  dés  battemens  et  des  bruits  du 
cœur,  répétée  chaque  jour,  fournit  constamment  les  résul- 
tats signalés  plus  haut. 

Les  jours  suivans,  le  pouls  s’accélère  ( le  ao  , il  s’élève  à 
120  par  minute). 

22.  L’oppression  est  telle,  que  la  malade  ne  peut  dormir  ; 
le  pouls  est  à i3o,  petit,  comme  sautilla/it ; visage  altéré; 
langue  sèche  {suppression  de  l'hjdriodate  de  potasse , que  l'on 
donnait  à la  dose  d’un  demi-grain  dans  une  potion  gommeuse). 

a5.  Les  règles  qui  avaient  paru,  il  y a i5  jours,  sont 
revenues  de  nouveau. 

26.  L’oppression  est  un  peu  moindre  ; il  existe  un  peu 
de  sang  dans  les  crachats.  La  malade,  couchée  sur  le  côté 
droit,  ne  veut  pas  qu’on  la  dérange  pour  l’examiner.  {Lue 
saignée  de  2 pjaleites  et  demie.) 

2 janvier  i833.  La  malade  se  trouve  mieux.  L’oppression 
a diminué,  et  il  y a un  peu  de  sommeil. 

20.  Les  règles  coulent  en  très  grande  abondance,  et  celte 
énorme  perte  de  sang  a été  accompagnée  d’un  saignement 
de  nez  considérable.  Disposition  aux  lypolhymies , pâleur 
extrême.  Cependant  les  battemens  du  cœur  sont  toujours 
très  forts. 


TROIS.  CATÉG.  d’oCSERV.  d’enDOCAEDITE.  1 33 

La  malade  se  plaint  d’une  vive  douleur  dans  le  côté  droit, 
ce  qui  nous  détermine  à examiner  de  nouveau  la  poitrine 
avec  tout  le  soin  convenable.  On  constate  un  défaut  de 
résonnance  et  du  râle  crépitant  des  deux  côtés  ^mais  sur- 
tout à droite.  On  diagnostique  une  pleuro-pneumonie  in- 
tercurrente. 

La  malade  refuse  avec  obstination  toute  médication 
active^  et  spécialement  les  saignées  (elle  attribue  aux  pre- 
mières sangsues  qui  lui  ont  été  appliquées,  il  y a quelques 
années,  tous  ses  maux  ultérieurs).  En  conséquence  , on  se 
borne  à l'application  cVun  'vésicatoire , de  cataplasmes  émoi- 
liens,  secondés  par  les  boissons  adoucissantes  et  un  looch 
blanc.  5 

2g.  Etouffement,  anxiété  extrême  ; yeux  presque  éteints  ; 
battemens  du  cœur  très  forts,  wo/e/i.y.  La  malade  expire  à 
une  heure  après  midi. 

Autopsie  cadavéricpue , 20  heures  après  la  mort. 

1°  Habit,  extér.  — Rigidité  cadavérique  ; demi-marasme. 
Infiltration  des  pieds  et  autour  des  malléoles.  Lèvres  un 
peu  violettes  5 pâleur  générale. 

2°  Organ.  respirât,  et  circul.  — Environ  un  demi-verre  de 
sérosité  dans  le  eôté  droit  de  la  poitrine.  Des  fausses  mem- 
branes minces,  granulées,  à demi  organisées , quoique 
récentes,  recouvrent  le  lobe  inférieur  du  poumon  droit. 
Au-dessous  d’elles  , existe  une  belle  injection  arborisée.  Le 
lobe  qu’elles  recouvrent  est  dans  un  état  d’hépatisation 
rouge  et  grise  : son  tissu  est  grenu  , facile  à déchirer , 
abreuvé  de  sang,  de  pus  et  de  sérosité.  Des  masses  de  lo- 
bules ainsi  hépatisées  sont  séparées  les  uns  des  autres  par 
des  colonnes  d intersection  où  le  tissu  pulmonaire  jouit  dq 
toute  son  intégrité  ( il  est  d’un  blanc-grisâtre  , crépitant , 
élastique,  souple).  Ces  portions  contrastent  à l’intérieur 
et  à l’extérieur  avec  les  masses  hépatisées,  qui , sçus  Iç  rapr 
port  de  la  rougeur,  de  l’injection  et  de  l’infiltralion  san- 
guine, représentent,  en  tjucl^ues  points,  des  xnassçsi  de 


l34  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

tissu  cellulaire  frappées  de  phlegmon. — La  membrane 
muqueuse  des  bronches  droites  est  très  injectée  et  d’un 
rouge  assez  vif.  — La  partie  inférieure  du  lobe  inférieur  du 
poumon  gauche  est  en  hépatisation  grise  (la  pression  en 
fait  ruisseler  du  véritable  pus).  — Une  hépatisation  moins 
avaneée  existe  au  sommet  du  même  poumon  (le  liquide 
qu’on  en  exprime  par  la  pression  offre  une  teinte  jaunâtre 
ou  rouillée).  Malgré  cet  état  d’hépatisation,  les  deux  pou- 
mons jetés  en  masse  dans  un  vase  rempli  d’eau  , surnagent. 

Le  péricarde  contient  une  médiocre  quantité  de  sérosité 
jaune.  Le  cœur,  très  volumineux , est  placé  presque  trans- 
versalement dans  le  côté  gauche  de  la  poitrine.  Sa  pointe 
regarde  le  bord  supérieur  du  cartilage  de  la  6^  côte.  L’oreil- 
lette gauche  répond  au  second  espace  intercostal.  La  face 
antérieure  du  cœur  est  presque  entièrement  à découvert 
(le  poumon  gauche  recouvre  seulement  une  partie  des 
cavités  gauches).  La  portion  non  recouverte  par  les  pou- 
mons offre  une  étendue  à peu  près  égale  à celle  de  la  paume 
de  la  main  et  appartient  presque  exclusivement  au  ventri- 
cule droit  hypertrophié  et  dilaté. 


Ayant  d’avoir  été  vidé  de  ses  caillots,  le  cœur  pèse  i liv.  a onc. 

Vidé  et  lavé,  il  pèse  12  onc. 


Dimensions  du  cœur  encore  plein  de  sang  : 


Diamètre  vertical 

— transversal 

— - antéro-postérieur 
Circonférence  à la  base 


4 pouc.  7 lig. 

4 pouc.  a lig. 

5 pouc.  a lig. 
10  pouc.  6 lig. 


Les  cavités  droites  contiennent  une  grande  quantité  de 
sang  coagulé  (la  masse  des  caillots,  qui  sont  noirs  et  récens, 
égale  le  volume  d’un  œuf  ). 

La  cavité  du  ventricule  droit  pourrait  contenir  un  gros 
œuf  : elle  dépasse  d’un  quart  celle  du  gauche  (celui-ci 
semble  ne  former  qu’un  appendice  du  droit).  Les  colonnes 


i 

I 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  i35 
charnues  sont  épaisses,  hypertrophiées,  très  multipliées; 
leur  tissu  est  l'erme  et  vermeil. 

L’o'reillette  droite,  moins  dilatée  proportionnellement 
que  le  ventricule,  est  hypertrophiée  (ses  colonnes  charnues 
sont  très  épaisses  ).  « 

L’orifice  auriculo-ventriculaire  droit  estlibre.  La  valvule 
tricuspide  , plus  épaisse  qu’à  l’état  normal , est  d ailleurs 
bien  conformée. 

Le  ventricule  gauche  contient  un  caillot  du  volume  d’une 
grosse  noix.  Ainsi  qu’il  a été  dit , sa  capacité  est  d un  quart 
moindre  que  celle  du  droit.  Ses  parois  ont  g lignes  d’épais- 
. seur.  Ses  colonnes  charnues  sont  proportionnellement 
moins  vigoureuses  que  celles  du  droit.  Son  tissu  est  ferme, 
vermeil,  rosé,  comme  cela  se  voit  ordinairement  dans  la 
véritable  hypertrophie. 

L’oreillette  gauche  offre  une  cavité  à peu  près  égale  à 
celle  de  la  droite.  Bien  que  dilatées,  ses  parois  sont  épais- 
sies (elles  ont  2 lignes  d’épaisseur). 

L’orifice  auriculo-ventriculaire  gauche,  du  côté  de 
l’oreillette,  représente  une  fente  elliptique,  dont  le  grand 
diamètre  ne  dépasse  pas  3 lignes.  Cette  fente  permet  à 
peine  l’introduction  du  bout  du  doigt. 

Les  deux  lames  de  la  valvule  , réunies  par  leurs  côtés  de 
manière  à former  un  véritable  anneau  , sont  considérable- 
ment épaissies  et  transformées  en  un  tissu  fibro-cartilagi- 
neux,  criant  sous  le  scalpel. 

L’orifice  aortique  n’est  pas  notablement  rétréci.  Cepen- 
dant les  valvules  sigmoïdes  sont  plus  épaisses  qu’à  l’état 
normal  ; leur  bord  libre  ou  supérieur  est  même  fibro-carti- 
lagineux  et  surmonté  de  petites  'végétations  granulifor- 
mes. 

La  membrane  interne  du  cœur  est  blanche  partout,  si 
ce  n’est  dans  l’oreillette  droite,  où  elle  est  légèrement  rosée. 
Elle  est  parsemée  , dans  l’oreillette  gauche,  de  quelques 
taches  d’un  blanc  jaunâtre  : plus  épaisse  qu’à  l’état  normal, 


ilALADIES  DD  COEUK  EN  PARTICULIER, 
elle  se  détaché  assez  facilement  du  tissu  musculaire  sous- 
jacent,  lequel  est  composé  de  faisceaux  pressés  les  uns 
contre  les  autres,  extrêmement  épais  et  analogues  aux 
couches  des  parois  ventriculaires.  , 

L’aorte  est  généralement  étroite.  Ses  parois  sont  minces. 
Sa  membrane  interne,  blanche,  est  parsemée  de  taches 
analogues  à celles  de  l’oreillette,  formant  deux  espèces  de 
traînées  ,<plus  marquées  vers  sa  terminaison. 

L’artère  pulmonaire,  dont  les  valvules  sont  saines , est 
parcourue  de  points  jaunes,  formant  un  relief  plus  ou 
moins  marqué  à sa  surface  interne.  En  incisant  ces  points , 
on  y trouve  une  matière  comme  crayeuse.  Cette  altération 
se  prolonge  au  loin  dans  les  divisions  de  l’artère.  Il  n’existe 
ni  rougeur,  ni  injection  de  la  membrane  interne  de  ce 
vaisseau. 

La  veine-cave  contient  des  caillots  de  sang  qui  se  pro- 
longent en  longs  cordons  dans  les  veines  des  membres 
inférieurs.  Cette  veine  est  un  peu  dilatée.  Sa  membrane 
interne  est  blanche. 

3°  Org.  digest.  et  annex.  — Le  foie  est  plus  volumineux 
qu’à  l’état  normal , surtout  dans  le  sens  de  la  longueur  ; il 
contient  beaucoup  de  sang  qui  s’écoule  à la  surface  des  in- 
cisions pratiquées  dans  son  tissu.  La  vésicule  contient  une 
bile  d’un  jaune  foncé,  qui  a fortement  coloré  la  membrane 
interne. 

La  membrane  interne  de  l’estomac  présente  une  rougeur 
assez  vermeille,  et  conserve  sa  consistance  normale,  ex- 
cepté dans  le  grand  cul-de-sac,  où  elle  est  sensiblement 
diminuée. 

Rougeur  dans  toute  l’étendue  de  l’intestin  grêle;  dans  le 
dernier  pied  de  cet  intestin  , éruption  de  granulations 
multipliées. 

La  même  éruption  a lieu  dans  le  cæcum  et  le  commen- 
cement du  colon,  où  la  rougeur  se  fonce  davantage,  pouy 
ee  çpnlinuer  ainsi  jusqu'à  l'e.xtrémiié  de  cei  organe. 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  I 87 

Utérus  plus  volumineux  que  clans  lelat  normal  , conte- 
1 nant  clans  sa  cavité  dilatée  un  petit  caillot  de  sang,  du  vo- 
iilume  d’un  hanicot;  rougeur,  sorte  d’infiltration  sanguine 
t.cles  lèvi'cs  du  col  utérin,  dilatation  du  vagin. 

Vessie  vide,  contractée  , rouge  vers  le  col  et  le  bas-fond, 
,'où  existent  quelques  gouttes  d’une  urine  un  peu  trouble. 
Reins  pai'faitement'^ains. 


OBSERVATIOIV  70«. 


«' 

I 

î 


Jeune Iiomine  de  aS  ans.  — Palpitations;  inGilration  des  membres  inférieurs  , 
f et  ascite,  à la  suite  de  toux  prolongée.  — Bruit  de  râpe  dans  la  région  précor- 
ti diale,  avec  batleniens  tumultueux  du  cœur,  et  pouls  irrégulier,  d’une  extrême 
f petitesse.  — Mort  quelques  années  après  les  premiers  accidens.  — Ossification 
ddela  valvule  mitrale,  avec  rétrécissement  très  considérable  de  l’orifice  auriculo- 
V ventriculaire  gauche.  — Hypertrophie  avec  dilatation  du  coeur. 


Claude  Decoust,  âgé  cl  ea8  ans  , d’un  tempérament  san- 
îguin,  né  de  parens  qui  ne  paraissent  pas  avoir  eu  de  mala- 
( die  du  cœur , affecté  dans  sa  jeunesse  de  cjuelques  maux  sy- 
] philiiiques , eut  qu’elejue  temps  après  la  puberté  , des  bé- 
imorrhoïdes  cjui  revenaient  à des  intervalles  irréguliers.  Il 
;alla  , n’étant  âgé  que  de  21  ans,  dans  l’Amérique  Méridio- 
nale, et  il  y resta  environ  cincj  ans.  Pendant  son  séjour,  il  eut, 
dit-il , les  fièvres,  à diverses  reprises,  et  il  toussait  habituel- 
lement. A son  retour,  la  toux  diminua  et  les  bémorrhoïdes 
disparurent;  à cette  époque  il  éprouva  des  chagrins  assez 
I considérables.  Jusqu’alors  il  n’avait  point  ressenti  de  palpi- 
tations ; néanmoins  , il  s’essoufflait  facilement,  surtout*  en 
I montant;  enfin,  vers  l’antiée  dernière,  il  éprouva  des  sjmp~ 

I tomes  de  maladie  du  cœur  pour  lesquels  il  consulta  divers 
médecins.  Au  mois  de  juin  dernier  , il  tomba  plusieurs  fois 
en  syncope,  à des  intervalles  peu  éloignés  ; il  en  fut  effrayé, 
et  se  détermina  à venir  à l’Hotel-Dieu  , où  il  fut  reçu  au 
commencement  du  mois  de  juillet  i823  n®  25  , salle  dq 
Uosairé),  , ‘ 


l38  MALADIES  DU  CœUR  EN  PARTICULIER. 

Six  saignées  furent  pratiqués;  on  appliqua  une  vessie  de 
glace  sur  la  région  précordiale. 

Au  bout  d’un  mois  de  ces  applications  continuées,  la  ma- 
ladie avait  tellement  diminué  , que  DecousV  se  crut  guéri, 
et  il  sortit  de  l’hôpital.  Mais  les  palpitations  s’étant  renou- 
velées, il  ne  tarda  pas  à rentrer.  Cette  fois,  on  employa  la 
digitale  pourprée  à la  dose  de  12  gr.  par  jour  (on  lui 
associa  le  laurier-cerise) , ce  qui  calma  les  palpitations  et 
la  dyspnée.  Le  malade  se  levait , se  promenait,  et  espérait 
bientôt  sortir  ; ce  fut  sur  ces  entrefaites  qu’il  ressentit  de 
l’embarras  dans  ses  digestions  ; l’appétit  disparut , la  dys- 
pnée se  renouvela,  et  força  le  malade  à garder  le  lit. 

Le  6 octobre  1823,  on  observait  les  symptômes  suivans: 
— Le  malade , assis  , plutôt  que  couché  dans  son  lit,  la  tête 
ordinairement  penchée  sur  la  poitrine,  respire  avec  une 
grande  difficulté.  Toute  sa  peau  est  décolorée  (lespommettes 
cependant  et  les  lèvres  présentent  une  légère  teinte  vio- 
lette). Les  prunelles  sont  dilatées,  les  yeux  entourés  d’un 
cercle  bleuâtre  , toux  assez  fréquente , son  mat  à la  partie 
inférieure  de  la  poitrine. 

L’œil  distingue  des  battemens  tumultueux  du  cœur  : on 
les  entend  jusque  dans  le  dos,  confus  et  sans  intervalle 
distinct;  ils  sont  accompagnés  d’un  bruit  de  lime  bien  marqué. 

Le  pouls  est  irrégulier  , linéaire , presque  insensible. 

L’ensemble  des  signes  indiqués  ne  permettait  pas  de  mé- 
connaître un  rétrécissement  de  quelqu’un  des  orifices  du 
cœur. 

Le  7 octobre,  céphalalgie  sus-orbitaire  ; langue  toujours 
pâle  , mais  un  peu  chargée  ; léger  dévoiement  ; oppression; 
froid  des  mains. 

Ipécacuanha  18  gr.;  huile  de  ricin;  cautère  sur  la  région  du 
cœur;  pilul.  de  cynoglosse. 

Les  jours  suivans,  le  tumulte  du  cœur  continue;  la  peau 
se  réchauffe  et  même  se  couvre  de  sueur  ; l’anxiété  et  la 
dyspnée  persistent  ; le  sommeil  est  nul  ou  interrompu  par 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’endocardite.  1 3q 

des  réveils  en  sursaut.  (Meme  genre  de  traitement.  ) — Le 
malade  vomit;  ses  jambes  s’infiltrent;  l’étouffement  aug- 
mente ; les  battemens  du  cœur  sont  très  forts  et  très  éten- 
. dus,  avec  bruit  de  râpe. 

Le  21 , le  dévoiement  est  considérable  ; la  faiblesse  ex- 
I tréme. 

Org.  émuls.;  pilai,  merc.  avec  extr.  gom.  théb.;  lait. 

Le  23,  le  malade  se  dit  mieux,  il  tousse  moins.  — Ce- 
] pendant,  il  tombe  peu  à peu  dans  un'  assoupissement  con- 
I tinuel  ; il  est  si  oppressé  et  si  faible^  qu’il  ne  peut  répondre 
; aux  questions,  et  que  le  moindre  examen  le  fatigue  et  l’im- 
portune ; l’œdème  et  l’abattement  vont  en  augmentant. 
— (On  prescrit,  au  lieu  de  pilules  mercurielles,  i gros 
• d’onguent  napolitain  ).  — Le  malade  succombe , le  8 no- 
vembre. ' 

Autopsie  cadavérique. 

Sérosité  abondante  dans  les  plèvres  et  le  péritoine  ; infil- 
tration des  membres. 

Cœur  très  volumineux  (i),  ayant  à peu  près  6 p.  de  dia- 
mètre , tant  dans  le  sens  vertical  que  dans  le  sens  trans- 
versal ; ventricules  énormément  dilatés , ayant  leurs  parois 
un  peu  épaissies  ; l’oreillette  gauche  est  aussi  dilatée.  — U ori- 
fice auricido-ventricidaire  gauche  admet  à peine  V extrémité  du 
doigt;  la  valvule  mitrale  est  ossifiée  dans  une  grande  partie 
de  sa  circonférence, 

La  base  des  poumons  est  gorgée  de  sang. 

L’estomac  est  d’un  rouge  violacé;  il  en  est  de  même, mais 
à un  moindre  degré , de  tout  le  tube  intestinal. 


(i)  M.  Cruveilhier,  qui  suivait  alors,  ainsi  que  moi,  la  clinique  de  M.  Réca- 
mier,  dit  n’avoir  jamais  vu  un  cœur  aussi  gros.  ( M.  Cruveilhier  était  venu  à 
Paris  à cette  époque  pour  le  concours  de  l’agrégation.  ) 


l4o  _ MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

2®  Rétrécis sement  de  V orifice  aortique,  par  induration  et  épais-  \ 
sissenient  des  valvules  sigmoïdes  de  V aorte. 

OBSERVATION  71e  (i). 

Femme  de  7a  ans.  — Après  cinq  mois  d'une  douleur  dans  la  région  précor-  o 
diale  avec  fièvre , symptômes  d’un  obstacle  à la  circulation  à travers  le 
cœur;  infiltration,  palpitations,  étouffement;  bruit  de  râpe  dans  la  région  pré-  iq 
cordiale.  — Pneumonie  aiguë  , intercurrente,  suivie  de  mort,  six  mois  après  les  i 3 
premiers  symptômes  apparens  de  maladie  du  cœur.  — Induration , pétrification 
des  valvules  aortiques , avec  rétrécissement  considérable  de  l'orifice  aortique,  jg 
et  dilatation  du  cœur,  etc.  ^ 

• I 

Soulagette  (Marie-Elisabeth) , sans  état,  âgée  de  72  ans, 
d’une  haute  stature,  d’une  complexion  forte,  chargée  d’eiu-  ^ 
bonpoint,  entra  le  22  août  i83i  , à l’hôpital  St-Louis,  ^ 
salle  Bourbon,  n®  II.  ' 

Soulagette  s’est  toujours  très  bien  portée  jusqu’à  la  fin  ® 
de  mars,  qu’elle  fut  prise  de  frisson  avec  fièvre  et  douleur  9 
sourde  dans  la  région  du  cœur.  Jusque  là,  elle  assure  m 
n’avoir  jamais  ressenti  de  palpitations  et  n’avoir  jamais  ||i 
trouvé  de  difficulté  à monter  un  escalier. 

Traitée  par  deux  applications  successives  de  sangsues  à é 
T’anus  , par  la  poudre  de  digitale  en  pilules  et  les  lavemens 
purgatifs,  elle  fut  bientôt  en  état  de  quitter  le  lit,  mais  e 
tout  en  conservant  sa  douleur  de  côté  et  des  palpitations  u 
que  la  moindre  agitation  faisait  redoubler.  A compter  de  V 
cette  époque  , il  lui  fut  impossible  de  monter  même  un  f 
étage  sans  se  reprendre  , et  la  respiration  demeura  toujours 
anxieuse. 

Bientôt  après,  les  jambes  et  successivement  toutes  les  iî 
parties  , jusqu’aux'  mains , s’œdématièrent. 


(»)  Cette  observation  a été  recueillie  par  M.  le  docteur  Th.  Lemascon  , alors  ^ 
Inloriie  à l’hôpital  Saint-Louis.  (A  celte  époque , je  remplaçais  M,  le  docléuf  MI 
^t'ançois,  au  service  duc]uel  M.  Lemasson  était  attaché,  ).  | 


TROIS.  C.iTÉÔ.  d’oBSEÏIV.  d’eNDOCABDITE.  \l\A 

Soülagette  entra  à l’hôpital,  cinq  mois  après  les  premiers 
symptômes  apparens  de  sa  maladie.  A sa  physionomie,  et  à 
l’anxiété  de  sa  respiration,  il  était  facile  de  reconnaître  à 
priori  une  lésion  du  côté  de  l’organe  central  delacirculation. 
L’auscultation  faisait  entendre  les  bruits  du  cœur  dans  une 
j étendue  très  grande , et  l’on  distinguait  en  même  temps 
I ce  susurras,  que  l’on  désigne  généralement  sous  le  nom  de 
I bruit  de  râpe.  Pouls  petit,  inégal , intermittent.  Du  reste, 

I hydropisie  générale  avec  ascite  considérable. 

Respiration  anxieuse  ; décoloration  des  lèvres  qui  parais- 
I»  sent  bleuâtres;  décubitus  forcé  sur  le  dos  et  dans  une 
I > attitude  semi-assise  ; peau  fraîche  et  sèche  ; soif  très  grande  ; 

I point  ou  presque  point  d’urines  ; selles  rares  ; langue  natu- 
î:  relie. 

M.  Bouillaud,  qui  remplaçait  provisoirement  M.  le  doc- 
i teur  François,  annonce  l’existence  d’un  rétrécissement  de 
\ Vun  des  orijîees  du  eœur par  lésion  organique  des 'valoides , 

\ et  une  hynertrophie  du  cœur  avec  dilatation. 

Saisnée  du  bras.  — Un  lavement  avec  le  miel  de  mercuriale. 

Orge  et  réglisse  Jiitr.  pour  boisson.  — ■ ( La  saignée  n’ayant 

I pu  être  pratiquée  à cause  de  l’œdème , est  remplacée  par 
i. une  application  de  trente  sangsues  à l’anus.) 

Un  peu  de  soulagement  succéda  à l’émission  sanguine, 

' quoique  locale,  qui  fut  répétée  plusieurs  fois,  jusqu’à  la 
t fin  de  la  première  quinzaine  de  septembre,  que  Soülagette 
! fut  prise  d’une  double  pneumonie  des  lobes  inférieurs. 

M.  François,  qui  avait  repris  son  service  depuis  quelques 
' jours,  et  administré  la  décoction  de  kahinça  (8  onces  de 
: décoction  de  a gros  de  racine  par  jour),  suspendit  celte 
dernière  potion  pour  recourir  à l’emploi  du  tartre  stibié, 

' espérant  agir  à la  fois  et  contre  la  pneumonie  et  contre 
l’hydropisie.  i 

Quoi  qu’il  en  soit , les  symptômes  allèrent  toujours  en 
' ^aggravant,  et  la  malade  périt  le  aa  septembre,  un  mois 
après  son  entrée. 


I 


l4^  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

Autopsie  cadavérique. 

1°  Ovg.  respirât,  et  circulât.  Epanchement  de  sérosité 
légèrement  trouble  dans  les  deux  plèvres.  — Hépatisation 
des  deux  poumons  dans  leur  moitié  inférieure. 

Le  volume  du  cœur  est  double  de  celui  du  poing  du  sujet. 
Cette  augmentation  de  volume  tient  en  partie  à la  disten- 
sion des  cavités  par  des  caillots  de  sang.  Vidé  du  sang  qu’il 
contient,  le  cœur  est  encore  d’un  bon  tiers  pjlus  volumi- 
neux qu’à  l’état  normal.  Des  caillots  qui  remplissaient  les, 
cavités  , les  uns  étaient  récens  et  pour  ainsi  dire  frais , ana- 
logues à de  la  gelée  de  groseilles  foncée  en  couleur;  les! 
autres,  plus  anciens,  décolorés,  adhéraient  un  peu  aux.: 
colonnes  charnues. 

Les  trois  valvules  aortiques,  tout-à-fait  déformées,  sonti 
changées  en  un  tissu  calcaire  qui  résonne  comme  un  calcul  - 
vésical,  et  ne  sont  susceptibles  d’élévation  ni  d’abaisse-: 
ment  ; la  zone  tendineuse  à laquelle  s’insèrent  ces  valvules! 
est  également  ossifiée  ou  pétrifiée.  L’ouverture  permanente 
que  circonscrivent  les  valvules  indurées  est  réduite  à une 
espèce  de  fente  de  3 à 4 lignes  de  longueur  , et  à travers 
laquelle  on  peut  à peine  introduire  l’extrémité  du  petit 
doigt.  La  surface  des  valvules  est  inégale  et  rugueuse.  Les  i 
autres  orifices  du  cœur  sont  libres.  La  valvule  bicuspide 
ou  mitrale  est  notablement  épaissie,  ainsi  que  les  parois 
de  l’oreillette  correspondante.  La  cavité  de  celle  oreillette 
est  en  même  temps  sensiblement  dilatée.  Le  ventricule 
gauche  est  hypertrophié  et  dilaté  : ses  parois  ont  de  7 à 8 
lignes  d’épaisseur;  sa  cavité  contiendrait  un  œuf  de  canne. 
Le  tissu  de  ce  ventricule  est  comme  desséché  et  friable, 
granuleux  plutôt  que  fibreux.  Il  y avait  à sa  surface  externe 
quelques  taches  d’un  rouge  sombre,  analogues  aux  taches 
scorbutiques  et  dues  comme  ces  dernières  à une  suffusion 
sanguine.  Le  ventricule  droit  ne  semblait  former  qu  un 
appendice  du  gauche  : il  était  un  peu  dilaté , avec  amin- 
cissement de  ses  parois  ; son  tissu  semblait  moins  altéré  que 


i 


f 


TROIS.  CATÉG,  d’oBSERV.  d’eNDOCABDITE.  i43 
celui  du  gauche.  L’oreillette  droite,  un  peu  dilatée,  n’offrait 
d’ailleurs  rien  de  notable. 

La  membrane  interne  du  cœur  et  de  l’aorte  offrait  une 
■ rougeur  probablement  due  à l’imbibition  sanguine. 

La  face  interne  de  l’aorte  était  rouge  aussi  et  en  même 
i temps  parsemée  de  points  ou  plaques  jaunâtres.  Le  calibre 
. de  cette  artère  était  plutôt  augmenté  que  diminué , surtout 
. dans  la  portion  sous-sternale.  Il  existait  un  notable  épaissis- 
ï sement  des  parois. 

qP  Org.  digest.  — La  cavité  péritonéale  est  remplie  outre 
^ mesure  par  un  liquide  citrin , mélangé  de  flocons  albumi- 
: neux.  — La  surface  du  paquet  intestinal  est  d’un  rose 
1 rouge  dans  certains  points  ; ailleurs,  d’un  rouge  violacé. 

La  membrane  muqueuse , depuis  le  grand  cul  de  sac  de 
1 l’estomac,  jusqu’à  la  fin  du  gros  intestin,  est  d’un  rouge 
Ue-de-'vin  et  recouverte  d’un  enduit  mucoso-sanguinolent ; à 'voir 
I les  intestins  , on  serait  porté  à croire  qu’il  y aurait  eu  empoi- 
. sonnement  par  quelque  substance  âcre  {x). 

OBSERVATION  ’72«  (a). 

Femme  de  6o  ans.  — Infiltration  générale,  palpitations,  bruit  de  soufflet  du 
I cœur,  pouls  presque  insensible,  etc.  — Rétrécissement  très  considérable  de  l’o- 
rifice aortique,  par  suite  de  l’ossification  des  valvules  sygmoïdes  de  l’aorte  (3).  — 

' Ossification  du  canal  artériel.  — Hypertrophie  et  dilatation  du  cœur. 

La  nommée  M. , âgée  de  6o  ans , fut  placée  au  n®  4 de  la 
salle  St-Joseph,  de  l’hôpital  de  la  Charité,  où  elle  avait  été 
apportée  le  7 décembre , dans  un  état  des  plus  graves  et 
presque  mourante.  Cette  femme  avait  cessé  d’être  réglée  à 
l’âge  de  5o  ans,  et  depuis  ce  temps  s’était  comstamment 


(i)  Dans  les  derniers  Jours  de  la  vie,  à la  suite  de  l’administi.-ation  de  l’émé- 
tique, la  langue  était  sèche,  pointue  et  racornie. 

(a)  Celle  observation  m’a  été  communiquée  par  mon  savant  confrère,  M.  le 
docteur  Dalmas. 

(3)  Voyez  la  planche  III  ( bis.  ) 


? 

î44  maladies  DU  CŒUR  EN  PARTICULIEH. 

plaint  d elouffement , et  elle  avait  été  enflée  à plusieurs  a 
reprises.  (Elle  n’avait  jamais  eu  de  maladie  vénérienne,  et  . 
n’avait  jamais  pris  de  mercure.) 

Le  lendemain  8 décembre,  lorsque  je  la  vis,  elle  était  ::j 
dans  l’élat  suivant  : extrémités  froides,  violacées,  infiltra-  ij 
tion  légère,  molle,  mais  générale,  du  tissu  cellulaire  sous-  lu 

cutané;  face  vultueuse  ; veines  du  col,  distendues. 

Orthopnée , suffocation,  parole  difficile  (lamalade  se  plaint  ij 
surtout  de  la  poitrine). 

La  région  du  cœur  percutée  ne  donne  point  de  son.  Les  J 
battemens  du  cœur  s’y  entendent  avec  un  peu  plus  de  ^ 
force,  peut-être,  que  dans  l’état  normal,  mais  ils  sontji 
accompagnés  d’wi  bruit  de  soufflet  bien  marqué.  Ils  sont  ré-  || 
guliers  ; mais  on  ne  sent  qu’à  peine  le  'pouls  aux  artères  ^ 
du  poignet.  • [i 

Ces  signes  permirent  d’établir  sur-le-cliamp  le  diagnostic  ■ 
suivant  : rétrécissement  des  valvules  aortiques  et  hj'perti'ophiem 
du  cœur. 

f I * 

Quoique  l’ensemble  des  symptômes  fût  des  plus  graves  , it 
et  la  circulation  veineuse  surtout  fort  empêchée,  il  me  ■ 
parut  convenable  d’essayer  de  soulager,  s’il  en  était  temps  I 
encore,  cette  malade.  En  conséquence  , i5  sangsi,ies jurent 
appliquées  sur  la  région  du  cœur  ; des  pédiluves  et  des  manu-  ta 
luves  furent  prescrits.  — Le  nitrate  de  potasse  Jiit  donné  d la  ^ 
dose  d'un  demi-gros  par  pinte  de  chiendent  miellé.  1 

Le  lendemain  8 décembre,  au  moment  de  la  visite, 
somnolence,  état  voisin  de  l’état  sub-apoplectique.  Aux 
palpitations  près  qui  ont  un  peu  diminué,  tous  les  symptô-  'J 
mes  graves  persistent  ou  ont  augmenté.  Le  pouls  est, 
comme  la  veille  , presque  insensible. 

Dans  la  journée,  la  faiblesse  augmente,  la  coloratioii 
des  mains  devient  de  plus  en  plus  violacée.  Mort  dans  la 
nuit. 

Autopsie  cadavérique  , le  lo  décembre. 

Il  y a une  quantité  notable  de  sérosité  citrine  dans  cha- 


i 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  O’eNDOCARDITE.  i45 
que  plèvre , un  peu  dans  le  péricarde  et  dans  le  péri- 
toine.— Le  foie  est  volumineux,  endurci,  altéré  dans 
sa  structure. 

Partout  le  tissu  cellulaire  sous-cutané  est  infiltré,  mais 
à un  léger  degré  : il  a encore  sa  mollesse,  sa  flaccidité  ha- 
bituelle chez  les  sujets  qui  ont  été  à plusieurs, reprises  af- 
fectés d’anasarque.  Le  système  veineux  est  partout  très 
engorgé.  > . ^ . 

Le  cœur,  qui  a le  volume  des  deux  poings,  remplit 
presque  la  totalité  du  péricarde,  distendu,  et  contenant  un 
peu  de  sérosité.  L’hypertrophie  avec  dilatation  est  géné- 
rale, c’est-à-dire  qu’elle  occupe  les  quatre  cavités  mais 
l’hypertrophie  l’emporte  sur  la  dilatation  dans  le  ventricule 
gauche,  tandis  que  c’est  l’inverse  dans  les  cavités  droitei. 
Le  sang  qu’elles  contiennent  est  pris  en  caillots  mous, 
noirs , semblables  à des  masses  de  gelée  épaissie  ; ils  sont 
peu  adhérons,  nullement  fibrineux. 

Le  sang  enlevé  , il  est  facile  de  voir,  en  introduisant  le 
doigt  par  le  ventricule  gauche ‘comme  par  l’artère  aorte  , 
qu’il  y a un  obstacle  mécanique  à l’orifice  aortique. 

Cet  obstacle  résulte  de  l’épaississement  considérable  des 
trois  valvules  sigmoïdes,  qui  sont  maintenues  fixes  à une 
petite  distance  l’une  de  l’autre  , en  ne  laissant  entre  elles 
qu’une  fente,  ou  plutôt  un  trou  irrégulièrement  triangu- 
laire , à peine  capable  de  laisser  passer  un  petit  pois.  Ainsi 
dégénérées,  les  valvules  n’ont  plus  rien  de  leur  forme,  de 
leur  mobilité  , ni  de  leur  mollesse  ordinaire. 

La  matière  qui  les  constitue  est  dure,  cassante,  évidem 
ment  de  nature  calcaire. 

A l’intérieur  de  la  crosse  de  l’aorte  , qui  a à peu  près  les 
dimensions  ordinaires , on  ne  remarque  que  quelques  ru- 
dimens  de  taches  cartilagineuses;  mais,  plus  haut,  il  existe 
des  altérations  plus  prononcées. 

Immédiatement  après  la  naissance  du  tronc  brachio-cé- 
phalique  , de  la  carotide  et  de  la  sous-clavière  gauches  , au- 


1 


l46  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

dessous  d’un  éperon  intérieur  correspondant  à l’angle  de 
refleAion  de  l’aorte  , il  existe  sur  le  côté  interne  de  ce  vais- 
seau une  petite  dilatation  anévrismale  avec  altération  et 
ossification  des  tuniques  artérielles. 

L’excavation  qui  en  résulte  forme  à l’extérieur  une  bos- 
selure évidente,  et  à l’intérieur  une  poche  capable  de  loger 
moitié  d'une  grosse  noix.  Assez  régulièrement  pratiquée  sur 
le  côté  interne  de  l’aorte,  elle  est  arrondie,  et  peut  avoir  un 
pouce  de  diamètre.  Son  fond  est  inégal , rugueux,  encroûté 
d’ossifications , d’autant  plus  épaisses  qu’on  approche  da- 
vantage du  centre  ; mais  en  ce  dernier  point  l'excavation  i 
devient  évidemment  plus  profonde  , et  semble  aboutir  en- 
core  à quelque  chose;  en  examinant  de  plus  près,  et  du  ii 
côté  extérieur,  on  sent  en  effet  une  petite  tige  dure,  qui , , 

dépouillée  du  tissu  cellulaire  qui  l’enveloppe,  se  trouve  s 
être  le  canal  artériel  ossifié,  aboutissant  d’un  côté  au  centre  s 
de  l’excavation,  et  de  l’autre  à l’artère  pulmonaire , dans  a 
l’intérieur  de  laquelle  on  reconnaît  fort  bien,  à un  petit  Jj 
pertuis  rougeâtre,  l’orifice  du  canal  artériel.  Ce  dernier  i; 
est  d’ailleurs  complètement  ossifié  et  oblitéré  dans  toute  sa 
longueur.  Son  épaisseur  est  de  3[4  de  lig.  environ  , et  sa 
longueur  de  6 à 8 1.  Il  est  placé  comme  un  arc-boutanf  en-  n 
tre  les  deux  artères  et  sous  l’arc  formé  par  la  crosse  de  »£ 
l’aorte,  depuis  le  point  où  elle  surmonte  l’artère  pulmo-  o 
naire  , jusqu’au  point  qui  forme  le  centre  de  la  bosselure 
anévrismale. 

Le  reste  des  voies  circulatoires  était  à l’état  normal. 

La  tête  , le  rachis,  etc.,  etc.,  n’ont  point  été  examinés. 


L 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  \lf] 

3°  Rétrécissement  de  V orifice  auriculo-ventriculaire  droit,  par  in- 
duration et  épaississement  de  la  maloule  tricuspide. 

OBSERVATION  73»  (i).  . 

Palpitations,  anxiété,  froid  aux  extrémités,  etc.  — Ossification  de  la  valvule 
tricuspide,  qui  était  percée  de  deux  trous  à son  bord  libre,  et  d’un  troisième  à sa 
base;  rétrécissement  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  droit. 

Le  général  Williams  Wiple  éprouvait  depuis  long-temps 
plusieurs  symptômes  d’une  maladie  du  cœur,  tels  que  des 
palpitations  au  moindre  exercice , une  grande  anxiété  , un 
froid  continuel  aux  extrémités.  Les  fatigues  qu’il  éprouva 
pendant  la  révolution  d’Amérique  ayant  aggravé  son  mal, 
il  succomba.  L’oreillette  droite  était  dilatée.  La  valvule  tri- 
cuspide , ossifiée,  fermait  l'orifice  auriculo-ventriCulaire 
droit,  et  était  percée  à son  bord  libre  de  deux  trous,  réunis 
par  une  scissure  de  i p.  de  long,  de  i 1.  à peu  près  de  large; 
et , à sa  base,  d’un  troisième  trou  qui  aboutissait  au  ventri- 
cule gauche  sur  la  valvule  mitrale.  Les  cavités  gauches  du 
cœur  étaient  dans  l’état  naturel  (2). 


(1)  Celte  observation  a été  publiée  dans  le  tome  XIX  du  Journal  de  méde- 
cine, par  Corvisarl,  Leroux  et  Boyer. 

(2)  Qbserv.  74.*.  — On  peut  voir  dans  le  Muséum  de  l'Ecole  de  médecine  de 
Paris  un  exemple  remarquable  de  l’endurcissement  cartilagineux  de  la  valvule 
tricuspide,  avec  rétrécissement  de  l’orifice  correspondant.  Ce  fait  a été  recueilli 
par  Corvisart. 

Observ.  74'  bis.  — Morgagni  ( epist.  XLVII , art.  16)  dit  qu’une  femme 
de  4o  ans  avait  les  valvules  du  ventricule  droit  endurcies  et  semi-osseuses. 


ÏO, 


' MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 


i'48 

4®  Rétrécissement  de  V orifice  pulmonaire , par  induration  et 
épaississement  des  'vahules  sigmoïdes  de  Vartère  pulmo- 
naire. 

OBSERVATION  IS»  (i). 

Femme  de  57  ans.  — Depuis  un  grand  nombre  d’années,  symptômes  de  ma- 
ladie dite  organique  du  cœur  ( palpitations,  étouffement,  frémissement  vibra- 
toire dans  la  région  précordiale). — Mort  par  suite  d’un  raraoliissement  du 
cerveau.  — Valvules  de  l’artère  pulmonaire  transformées  en  une  cloison  percée 
à son  centre  d’une  ouverture  de  2 lig.  ip  de  diamètre.  — Hypertrophie  con- 
centrique du  ventricule  droit , etc, 

Marie-Gabrlelle  Vilain  avait  présenté,  dès  sa  plus  tendre 
enfance  , quelque  chose  d’insolite  dans  sa  physionomie. 
Aussitôt  qu’elle  se  livrait  à un  exercice  violent,  son  visage 
se  colorait  d’un  rouge  violacé  ; sa  respiration , habituelle- 
ment gênée  , le  devenait  à un  très  haut  degré  , quand  elle 
montait  un  escalier. 

A 47  ans,  elle  cessa  d’être  réglée,  et  commença  à se  plain- 
dre de  palpitations,  accompagnées  d’une  douleur  aiguë  à la 
région  précordiale;  souvent  elle  s’arrêtait  pour  sentir  bat-  . 
tre  son  cœur,  et  disait  alor||qu’e]le  mourrait  bientôt;  enfin 
ses  lèvres  et  son  visage  devinrent  tellement  bleuâtres,  même 
quand  elle  marchait  à pas  lents,  qu’elle  n’osait  plus  se  mon- 
trer dans  les  rues.  Elle  était  sujette  à de  fortes  hémorrha- 
gies nasales,  dont  une  fut  très  effrayante  par  son  abondance 
et  sa  durée  : elle  éprouvait  souvent  des  crampes  dans  les 
membres.  Sa  constitution  fut  d’ailleurs  toujours  assez  faible; 
sa  taille  prit  peu.  de  développement;  elle  resta  fille,  et 
mena  une  vie  régulière.  Elle  était  parvenue  à l’âge  de  07 
ans,  lorsque  , le  i"  juillet  1821,  vers  midi,  elle  se  plaignit 
à sa  sœur  d’une  espèce  de  crampe  dans  la  main  et  le  pied 


(1)  Celle  observation  e.'l  de  M.  Berlin  , et  a été  publiée  dans  le  Traité  des 
maladies  du  cosur  et  des  gros  vaisseaux  (1824)» 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  D’ENDOCARDITEi  l4g 
gauches.  Bientôt  elle  éprouva  une  grande  gêne  dans  les 
inouvemens  de  ces  membres  ; enfin  elle  perdit  entièrement 
le  mouvement  et  le  sentiment  de  tout  ce  côté  du  corps,  con- 
servant néanmoins  toute  sa  raison , et  même  l’usage  de  la 
parole.  Le  troisième  jour  après  ces  accidens,  elle  entra  à 
l’hôpital  Cochin,  dans  l’état  suivant:  face  animée,  d’un 
rouge  violacé,  lèvres  bleuâtres,  yeux  saillans  et  brillans  ; 
orthopnée  ; pouls  petit , facile  à déprimer  au  bras  gauche  , 
dur  et  assez  fort  au  bras  droit  ; paralysie  complète  du  côté 
gauche.  ( Arnica  , potion  éthérée  ).  — Pendant  la  nuit , les 
membres  paralysés  éprouvent  tout-à-coup  des  convulsions 
pareilles  à celles  que  détermine  la  noix  vomique  : en  même 
temps  la  respiration  devient  plus  laborieuse,  la  face  plus 
animée  ; les  yeux  sont  plus  brillans;  les  lèvres  présentent 
une  couleur  de  rose;  les  battemens  du  cœur  sont  tumul- 
tueux : en  appliquant  la  main  sur  la  région  précordiale,  on 
sent  une  espèce  de  frémissement  vibratoire.  ( i5  sangsues  à 
Janus,  potion  digit.)  Tous  ces  symptômes  se  calmèrent 
promptement,  et  ne  furent  point  accompagnés  de  perte  de 
connaissance.  Le  4"  jour,  à la  visite,  M.  Bertin  fit  pratiquer 
une  saignée  du  bras  : la  journée  fut  assez  calme.  Du  5®  au 
12®  jour,  plusieurs  accès  semblables  au  précédent,  mais 
moins  longs  et  moins  violens,  se  manifestèrent.  Enfin  le 
12'  jour,  vers  midi , la  malade  perdit  subitement  connais- 
sance : face  animée,  yeux  extrêmement  brillans  et  saillans, 
agités  de  mouvemehs  convulsifs,  dilatation  de  la  pupille; 
respiration  s’embarrassant  de.  plus  en  plus;  paralysie  uni- 
verselle ; battemens  du  cœur  et  des  carotides  plus  fréquens 
et  plus  forts.  A l’instant  même  de  l’accès,  on  fit  une  saignée 
du  bras,  à la  suite  de  laquelle  la  malade  pouvait  mçuvoir 
un  peu  le  bras  droit  : elle  semblait  même  comprendre  ce 
qu  on  lui  disait  ; mais  cette  amélioration  ne  dura  qu’un  in- 
stant. Les  symptômes  s’étant  au  contraire  aggravés,  la  ma- 
lade mourut  le  lendemain,  i3*  jour  après  le  développement 
des  accidens  cérébraux. 


!5o  maladies  du  COEUn  EN  PARTICULIER. 

Autopsie  cadavér.  (i)  i“  Le  cœur  avait  un  volume  énorme: 
il  pesait  12  onces,  tandis  que  celui  d’une  autre  femme,  exa- 
miné comparativement  , ne  pesait  que  4 onces.  L’oreil- 
lette droite,  très  développée,  contenait  plusieurs  onces  de 
sang  : une  ouverture  résultant  du  défaut  d’oblitération  du 
trou  de  Botal,  de  4 1-  environ  de  diamètre,  établissait  une 
communication  entre  les  deux  oreillettes.  L’orifice  auriculo- 
renlriculaire  droit  était  étroit;  la  cavité  du  ventricule  cor- 
respondant rétrécie  aurait  pu  contenir  un  œuf  de  pigeon  ; 
ses  parois  avaient  une  épaisseur  qui  variait  de  i6  à ni. 
Les  valvules  étaient  petites  , mais  leurs  cordes  étaient  fortes 
et  comme  enveloppées  d’un  prolongement  de  la  substance 
charnue.  L’orifice  de  l’artère  pulmonaire  offrait  une  cloison 
horizontale  , convexe  du  côté  du  poumon,  concave  du  côté 
du  ventricule,  percée  à son  centre  d’une  ouverture  de  2 1. 
et  demie  de  diamètre,  parfaitement  circulaire  : cette  sorte 
d’/ij-men  avait,  sur  sa  convexité,  trois  petits  replis  oubrides; 
mais  on  ne  voyait  sur  aucune  de  ses  faces  rien  qui  pût  in- 
diquer des  vestiges  de  sa  séparation  en  trois  valvules.  Au- 
delà  de  cette  cloison  l’artère  pulmonaire  ne  présentait  au- 
cune particularité.  — L’oreillette  gauche,  de  grandeur  à peu 
près  ordinaire,  offrait  l’orifice  du  trou  de  Botal  ci-dessus  dé- 
crit. Le  ventricule  gauche,  plus  ample  que  dans  l’état  natu- 
rel , avait  aussi  des  parois  plus  épaisses.  L’aorte  était  parse- 
mée de  plaques  osseuses  et  cartilagineuses.  Le  canal  artériel 
était  entièrement  oblitéré. 

2®  Le  lobe  antérieur  de  l’hémisphère  droit  du  cerveau 
contenait  un  abcès  enkysté;  autour  de  la  membrane  molle 
et  vasculaire  qui  renfermait  le  pus  , la  substance  cérébrale 
offrait  une  rougeur  foncée  qui  s’affaiblissait  à mesure 
qu’on  s’éloignait  du  foyer , et  passait  ensuite  à une  teinte 
jaune;  la  substance  était  sensiblement  ramollie  dans  cet 


(i)  Voyei  les  planches  3,  4»  5 el  6. 


TROIS.  CATÉG.  d’oRSERV.  d’eNDOCAROITE.  "l5l 
endroit...  Sous  la  méningine,  on  trouvait  çà  et  l^une  ma- 
tière coueiineuse  ou  albumineuse  dont  la  consistance  j en 
quelques  points , était  assez  grande. 

OBSERVATION  '76«  (i)j 

Homme  de  26  ans.  — Crachement  de  sang.  — Plus  lard,  tuberculisation  des 
poumons.  — Palpitations,  teint  violacé , infiltration,  bruit  de  snufflet  du  coeur. 

— Signes  de  ramollissement  du  cerveau.  — Mort  à une  époque  indéterminée  après 
les  premiers  symptômes  de  maladie  du  cœur,  un  an  après  le  crachement  de  sang. 

— Granulations  et  fausse  membriine  organisée  à la  surface  des  cavités  droites  du 
cœur.  — Epaississement,  ossification  partielle  de  la  valvule  Iricuspide.  — Trans- 
formation des  valvules  pulmonaires  en  une  cloison  fibreuse  , percée  à son  centre 
d’un  trou  de  2 lig.  1(2  de  diamètre. — Communication  entre  les  deux  ventricules 
par  un  trou  situé  à l’origine  de  l’artère  pulmonaire.  — Hypertrophie  interne  ou 
concentrique  du  ventricule  droit.  — Tubereulisqtion  des  poumons  ( cpvefnes 
dans  le  gauche  ).  — Ramollissement  du  corps  strié  et  de  la  couche  optique 
droits. 

> • 

Un  maçon  , âgé  de  a5  ans,  d’une  constitution  peu  forte, 
lymphatique,  fut  admis  à l’hôpital  de  la  Charité,  le  5 
août  i833.  Depuis  l’âge  de  12  ans,  qu’il  avait  eu  la  coque- 
luche , des  palpitations  incommodes  et  de  la  dyspnée  se 
manifestaient  aussitôt  qu’il  précipitait  .sa  marche  ou  qu’il 
montait  un  escalier.  Depuis  dix  ans,  il  n’avait  été  que  deux 
fois  dans  les  hôpitaux,  la  dernière  au  mois  de  juin  1822  , à 
l’Hôtel-Dieu  , pour  un  crachement  de  sang.  11  fut  saigné 
six  fois,  et  sortit  au  bout  de  six  semaines. 

Le  5 avril  (M.  Louis,  dit  ici  le  5 avril , et  plus  haut  il  dit 
le  5 août,  ce  qui  importe  d’ailleurs  fort  peu),  quand  il  fut 
examiné,  la  figure  était  bouffie’,  les  lèvres,  les  pommettes 
et  le  nez  d’une  couleur  violette  plus  ou  moins  foncée  (cette 
teinte  était  moins  marquée  dans  le  repos  que  quand  le 
malade  s’occupait,  et  augmentait  pendant  la  toux  princi- 


(1)  Cette  observation  appartient  à M.  Louis,  qui  l’a  publiée  dans  un  mémoire 
De  la  communication  des  cavités  droites  avec  les  cavités  gauches.  J’ai 
cru  pouvoir  en  retrancher  quelques  détails  étrangers  à notre  objet. 


i52  maladies  du  CœUR  EN  PARTICULIER.  , 

paiement^.  — Les  membres  abdominaux  étaient  un  peu 
infiltré#  depuis  quelques  Jours.  Il  y avait,  depuis  trois 
semaines,  un  peu  de  diarrhée. 

La  respiration  était  presque  naturelle  à droite,  accom- 
pagnée d’un  peu  de  crépitation  à gauche,  où  la  pectorilo- 
quie  existait  en  arrière  et  en  haut.  Dyspnée  considérable. 

Pouls  sans  dureté  , à 92  par  minute.  Il  n’y  avait  pas  d'im- 
pulsion à la  région  du  cœur  , ni  de  battemens  aux  jugulai- 
res. On  entendait,  dans  toute  la  partie  antérieure  de  la 
poitrine,  un  bruit  de  soufflet  d’autant  plus  fort  qu’on 
s’approchait  davantage  du  sternum.  [Saignée  de  huit  onces  ; 
chiend.  nitr\  ,•  potion  gomm.  auec  20  goutt.  teint,  digit.  ,•  diète). 

Du  8 au  i5,  on  fit  appliquer,  à trois  reprises  différentes, 
5o  sangsues  au  cou  , pour  combattre  une  congestion  vers  la 
tête. 

16.  La  poitrine,  percutée  pour  la  première  fois,  ne 
rendait  aucun  son  au-dessous  de  la  clavicule  gauche,  dans 
la  hauteur  de  5 pouces;  le  bruit  de  soufflet  et  la  crépiiar 
tion  persistaient.  Le  malade  mangeait  le  quart  et  au  delà. 
{Saignée  de  8 ofices) . < 

22.  Augmentation  de  la  dyspnée,  assoupissement  fré- 
quent. Dans  la  nuit  du '23  au  24,'  crachement  d’un  peu 
moins  d’une  palette  de  sang  rouge  et  écumeux.  — Dans  la 
matinée,  figure  pâle  et  un  peu  livide  , comme  égarée  ; pouls 
précipité  et  intermittent.  Le  malade  semblait  près  d’expi- 
rer, mais  répondait  encore  aux  questions. — Il  mourut  le 
même  jour,  à 3 heures  après  midi. 

j4iitopsie  cadavérique 16  heures  après  la  mort. 

1*’  Habit,  extév.  >—  Figure  pâle;  corps  froid:  membres 
mous  et  un  peu  infiltrés;  quelques  vergetures. 

1°  Org.  respir.  et  circulât.  — Endurci  antérieurement  dans 
sa  moitié  supérieure  , le  poumon  gauche  offrait,  en  arrière, 
de  grandes  excavations  tuberculeuses.  Le  poumon  droit 
était  parsemé  de  tubercules,  mais  exempt  de  cavernes. 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  d’eNDOCARDITE.  1 63 

Le  volume  du  cœur  dépassait  celui  du  poing  du  sujet , 
de  moitié  environ  (i). 

L’oreillette  droite,  distendue  par  une  assez  grande  quan- 
tité de  sang,  conservait  la  meilleure  partie  de  son  volume, 
après  avoir  été  vidée  ; elle  ojfrait , à sa  face  extérieure , qui 
était  blanc hcitre , un  assez  grand  nombre  de  granulations  mi- 
liaires , qu’on  enlevait  dans  quelques  points  avec  une  fausse 
membrane  intermédiaire , sous  lacpælle  la  séreuse  conservait 
un  aspect  louche  et  blanchâtre . — Ses  parois  avaient  au  moins 
le  double  de  l’épaisseur  qui  leur  est  naturelle. — Le  ventri- 
cule droit  était  très  bombé  , très  dur  ( trois  fois  plus  dur 
que  le  ventricule  gauche).  Ses  parois  étaient  épaisses  de  8 
à lo  lignes  ; sa  cavité  était  réduite  à très  peu  de  chose,  et 
presque  nulle  vers  sa  pointe  , dans  la  hauteur  de  2 pouces. 
Cet  épaississement  était,  en  partie  , le  résultat  du  dévelop- 
pement des  colonnes  charnues , pressées  les  unes  contre 
les  autres  et  formant,  au  premiercoup  d’œil,  un  plan  con- 
tinu. Il  n’y  avait  de  bien  distinct  qu’un  pilier,  du  diamètre 
de  8 lignes  environ,  presque  complètement  de  niveau,  à son 
sommet,  avec  l’orifice  auriculo-venlriculaire , ne  donnant 
attache  aux  cordes  tendineuses  que  dans  sa  longueur,  placé 
contre  l’orifice  de  l’artère  pulmonaire  qu’il  concourait  à 
rétrécir. — Les  'valvules  tricuspides  étaient  jaunâtres,  épais- 
sies, à leur  bord  adhérent  surtout , et  offraient  dans  ce  dernier 
point  une  ossification  partielle  d’une  ligne  d’épaisseur.  — L’ori- 
fice de  V arth  e pulmonaire  était  fort  étroit , surtout  à une  petite 
distance  des  'valvules  sigmoïdes , où  se  trouvait  une  espèce  de 
diaphragme  ou  cloison fibreuse  perpendiculaire  à la  direction  du 
'Vaisseau,  percee  d’un  trou  de  2 lig.  et  demie  de  diamètre  environ. 

Au-dessus,  l’artère  était  saine  et  plus  mince  que  dans 
1 état  naturel.  — A sa  naissance,  et  près  de  l’oreillette 
droite,  était  un  trou  parfaitement  arrondi,  de  2 lignes 
de  diamètre  , a bords  minces,  blancs  et  fibreux  , et  établis- 
sait  une  communication  entre  les  deux  ventricules. 

{>)  Le  péricarde  contenait  environ  4 onc.  de  séroiité. 


f 


l54  MAtADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

Les  cavités  gauches  n’offraient  rien  de  remarquable. 

3®  Centres  nerveux. — Trois  ou  quatre  petites  cuillerées  is 
de  sérosité  louche  dans  la  cavité  de  l’arachnoïde.  Pie-mère 
très  rouge,  substance  corticale  très  rosée  , la  médullaire  lî 
très  injectée  , mais  d’ailleurs  d’une  couleur  naturelle. — En-  ii| 
viron  une  cuillerée  et  demie  de  sérosité  dans  le  ventricule  â 
latéral  gauche;  il  n’y  en  avait  aucune  trace  dans  le  droit.  J 
• — La  partie  antérieure  du  corps  strié  droitétait  d’un  rouge  £ 
brun  chocolat,  ramollie  , à consistance  de  crème  , dans  une  i 
épaisseur  de  6 lignes,  une  hauteur  de  4 j et  la  longueur 
d’un  pouce.  Un  peu  en  arrière  et  dans  la  couche  optique 
du  même  côté  , était  un  semblable  ramollissement , seule- 
ment un  peu  moins  étendu,  autour  duquel  la  substance 
médullaire  était  jaunâtre  et  un  peu  ramollie. 

RÉFLEXIONS. 

M.  Louis  ne  se  borne  pas  à dire  que , dans  le  cas  actuel , 
le  rétrécissement  de  l’orifice  de  l’artère  pulmonaire  était 
congénital,  mais  il  établit  en  principe  (principe absolu  que 
nou!?  n’adoptons  p?s)  : que  le  trou  de  Botal,  à une  epoque 
quelconque  dP  l<^  xie,  la  perforation  de  la  cloison  des  'ventncules 
çt  le  rétrécissement  de  Vartere  pulmonaire,  doivent  etre  considé- 
rés comme  des  dispositions  congénitales. 

Qu’on  n’oublie  pas  de  noter  que  chez  ce  malade  létat 
morbide  des  valvules  coïncidait  avec  des  traces  de  péricar- 
dite chronique,  péricardite  qui  occupait  précisément  le 
même  côté  du  cœur  que  les  lésions  valvulaires.  Nous  re-  ■ 
trouverons  la  même  complication  dans  1 observation  sui-  ■ 
vante,  et  les  réflexions  que  nous  exposerons  à cette  occasion  j| 
sont,  en  grande  partie,  applicables  au  cas  actuel. 


4 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSIüRV.  d’enDOCARDITE.  1 55 

OBSERVATION  ‘77»  (i). 

Jeune  fille  de  7 ans.  — Toux  et  oppression  depuis  six  mois;  palpitations; 
bruit  de  souffiet , frémissement  cataire  dans  la  région  précordiale.  — Mort  dans 
un  état  de  suffocation.  — Villosités  à la  surface  de  l’oreillette  droite;  plaqpes 
fibreuses  sur  les  ventricules.  — Quelques  duretés  cartilagineuses  au  bord  libre 
de  la  valvule  tricuspide,  généralement  très  développée;  transformation  des  val- 
vules pulmonaires  en  une  cloison  fibro-carlilagineuse , pércée  à son  centre  d’une 
ouverture  de  1 lig.  de  diamètre  seulement.  — Hypertrophie  concentrique 
du  ventricule  droit.  — Hypertrophie  de  l’oreillette  droite,  énormément  di- 
latée .etc. 

Rose  Prouf , âgée  de  7 ans  , assez  fortement  constituée , 
était  malade  depuis  six  mois,  lorsqu’elle  fut  admise  dans  le 
service  de  M.  Jadelot,  le  3 novembre  1829.  Elle  avait  une 
: toux  forte  et  sèche  avec  une  légère  oppression,  depuis  les 
■ six  mois  indiqués.  i 

Au  moment  de  l’entrée  , voici  ce  qu’on  observait  : pouls 
1 un  peu  fréquent,  petit,  intermittent,  vibrant,  palpitations 
. assez  fortes  ; pommettes  et  menton  très  colorés  en  violet  ; 

1 membres  inférieurs  marbrés  de  violet  et  de  blanc;  bouffis- 
; sure  générale  très  légère.  Battemens  du  cœur  très  sensibles 
^ à la  main  dans  toute  la  région  antérieure  de  la  poitrine  où 
i il  existe  une  forte  matité  ; frémissement  cataire  bien  mar- 
1 qué  ; la  main  sent  le  choc  du  cœur  dans  toute  la  poitrine  ; le 
• stéthoscope  fait  enienàvQ partout  un  bruit  de  soufflet  fort 
t et 'prolongé,  isochrone  au  pouls,  plus  fort  à la  partie  anté- 
rieure et  surtout  à la  région  du  cœur.  — Orthopnée  légère, 
postérieurement  et  latéi’alement  ; la  poitrine  résonne  bien 
et  le  murmure  respiratoire  s’y  fait  entendre  (il  est  couvert 
antérieurement  par  le  bruit  de  soufflet)/ 

La  percussion  médiate  fait  reconnaître  un  peu  de  liquide 
dans  la  cavité  abdominale.  — A l’aide  de  cette  même  per- 
cussion et  de  la  palpation,  on  constate  que  le  foie,  très 


(1)  Cette  observation  a été  recueillie  par  M.  le  docteur  Burnet,  alors  interne 
a 1 hôpital  des  enfans  ( elle  a été  publiée  dans  le  Journal  hebdomadaire  de  mé- 
deeine,  ann.  i83i}. 


156  MALADIES  DU  CCEÜR  EN  PARTICULIER, 

dur,  descend  quatre  pouces  au-dessous  du  rebord  des  faus- 
ses côtes  droites. 

Infus.  de  fl.  pcctor.  ; fj'ict.  avec  teint,  scillit.  sur  les  cuisses; 
bains  de  pied  et  maniluves  synapisés. 

Les  jours  suivans,  la  dyspnée  diminua;  la  fluctuation  ab- 
dominale devint  de  plus  en  plus  évidente. — Le  pouls  était 
fortement  'vibrant  par  instant  ; le  frémissement  cataire  per- 
dit de  son  intensité;  le  bruit  de  soufflet  fut  continuellement 
fort. 

Le  8 novembre , la  malade  était  assez  bien  le  matin  ; le  : 
soir  , elle  fut  prise  d’un  étouffement  considérable;  le  cœur  ,i. 
soulevait  fortement  la  main;  la  bouffissure  de  la  face  et  -j 
Tœdème  des  membres  augmentèrent  à vue  d’œil;  la  peau  a 
était  pâle  , un  peu  froide  et  luisante.  — L’oppression  aug-  j 
mentant  de  plus  en  plus,  malgré  l’emploi  de  révulsifs  éner-  i 
giques  sur  les  membres  , la  mort  arriva  dans  la  nuit. 

Autopsie  cadavér. , le  lo  au  matin. 

I®  Habit,  extér.  — Les  membres,  un  peu  volumineux  sont  . 
infiltrés  d’une  assez  grande  quantité  de  sérosité  limpide. 

2°  Org.  circul.  et  respirât.  — Le  cœur  , revêtu  de  son  en-;< 
yeloppe.,  occupe  la  moitié  antérieure  de  la  poitrine  au 
moins.  — Le  péricarde  contient  à peu  près  lo  onces  de 
sérosité  limpide.  — L’oreillette  droite  du  cœur  forme  bien 
la  moitié  de  cet  organe  qui , de  sa  base  à sa  pointe  , a 6 p. 
etdemi  environ,  et  5 p.  de  l’appendice  auriculaire  droit  à l’o- 
rifice veineux  du  diaphragme.  La  sinface  de  l’oreillette  est  gri- 
sâtre et  légèrement  'villeuse  en  quelques  points;  la  surface  des 
'ventricules  présente  quelques  plaques  blanches  et  fbreuses . — 
L’oreillette  droite  contient  un  énorme  caillot  noir  et  ré- 
cent, bien  plus  volumineux  (|ue  le  poing  d’un  adulieu)  : 
elle  a plus  d’une  lig.  d’épaisseur  près  le  ventricule  droit.  Sa 
face  interne  est  garnie  de  fortes  colonnes  charnues  qui  ne 


(i)  C'est  beaucoup  dire. 


TROIS.  CATÉO.  O’OBSERV.  D ENDOCARDITE.  167 
le  cèdent  pas  à celles  que  présente  ordinairement  le  ventri- 
cule droit.  L’espace  qui  sépare  les  embouchures  des  veines* 
caves  est  poli,  et  a 2 p.  et  demi  de  hauteur.  L’orifice  de  la 

I y veine  cardiaque,  muni  d’une  valvule  très  prononcée,  a près 
[ ‘ de  3 lig.  de  diamètre.  — Le  trou  de  Botal  est  parfaitement 

fermé. — La 'valvule  tricuspide  très  développée,  bien  mobile, 
épaisse  et  opaque,  percée  par  une  ouverture  ovalaire  de  1 à ^ 

II  :lig.  de  diamètre,  offre  a son  bord,  découpé  quelques^duretés  car- 
\':  tilagineuses  peu  considérables , et  à sa  division  qui  couvre 

r l’orifice  de  l’artère  pulmonaire  , une  légère  échancrure.  — 

L Les  [tendons  et  les  colonnes  charnues  du  ventricule  droit 
ÿ sont  bien  plus  marqués  qu’à  gauche.  — Ce  ventricule  est 
[ presque  oblitéré  par  l’hypertrophie  concentrique  de  ses  pa- 
rrois,  qui  ont  près  de  i p.  d’épaisseur  à la  base,  et  offrent 
;i  une  coloration  rouge  et  une  fermeté  considérable;  à la  pre- 
r mièrevue,  il  pouvait  contenir  à peine  la  seconde  phalange 
. du  pouce  : il  semble  comme  une  appendice  de  l’oreillette  , 
t et  se  continue  supérieurement , antérieurement  et  à gauche 
!(  par  un  canal  triangulaire  très  étroit,  arrondi  en  haut  comme 
ij  î la  gorge  d’une  poulie  et  long  de  8 lig.  environ,  dans  l’orifice 
h pulmonaire.  Celui-ci,  de  3 à 41ig-  de  diamètre  environ,  est 
Il  î fermé  incomplètenient  par  une  membrane  de  tissu  jaune,  élas- 
|)  t tique,  épaisse  comme  trois  feuilles  de  papier  au  moins , prés  en- 
< tant  du  côté  de  V artère  une  convexité  que  l’on  ne  peut  effacer 
il  \ par  la  pression , et  fixée  aux  parois  aitérielles  par  trois  petits 
ji;  freins  de  même  nature  qu’elle , et  an  'ventricule  par  un  cercle 
j*  I ligamenteux  jaunâtre.  Cette  membrane  est  percée  à son  centre 
Il  \ par  une  ouverture  ovalaire  et  permanente  de  i lig.  et  demie  de 
'y  diamètre.  Cette  ouverture  a un  bord  fibreux , semi  transparent , 
i ' blanchâtre  et  plus  mince  que  le  reste  de  la  membrane;  un  peu  plus 
! en  dehors,  elle  est  fortifiée  par  un  cercle  de  consistance  prescpie 
cartilagineuse,  inégal,  qui  fait  légèrement  saillie  h la  face  in- 
térieure de  la  membrane. 

Le  ventricule  gauche , dont  la  cavité  est  double  à peu 
près  de  celle  du  droit , ayant  des  parois  de  2 1.  d’épaisseur 
et  très  consistantes,  paraît  comme  pratiqué  dans  l’épaisseur 


l58  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

de  la  cloison  qui,  du  reste,  est  bien  saine  et  peu  épaisse.  — 
‘Uoreillette  gauche  est  un  peu  moins  spacieuse  que  le  ven- 
tricule correspondant  (les  veines  pulmonaires  s’y  jettent 
par  trois  embouchures). 

L’aorte  présente  une  circonférence  de  i pouc.  ip  supé- 
rieurement, et  de  ip  pouc.  a.  sa  bifurcation.  Les  artères  i 
coronaires  sont  bien  plus  volumineuses  que  les  radiales,  j 
L’artère  pulmonaire  est  saine  , un  peu  moins  grosse  que  la 
crosse  aortique,  et  légèrement  humide  de  sang  à sa  face  i 
interne.  La  veine-cave  ne  contient  du  sang  que  près  du  ) 
cœur  : elle  n’offre , du  reste  , rien  de  particulier.  Les  gros  i 
vaisseaux  des  membres  contiennent  un  peu  de  sang  noir  o 
( les  viscères  en  sont  très’peu  fournis).' 

3®  Org.  digest.  etannex.  — Le  péritoine,  pâle,  contient  is 
plusieurs  pintes  de  sérosité  sanguinolentes.  — Le  foie,  très  \ 
abaissé  ^ n’est  guère  plus  développé  que  dans  l’état  naturel  : la 
il  est  très  pesant,  un  peu  mammelonné  , ratatiné  en  quel-  3i 
,ques  endroits,  très  sec,  piqueté,  à sa  face  inférieure  , de  !> 
jaune  et  de  rouge.  Vésicule  biliaire  très  petite,  à parois  ,a 
épaisses  de  i lig.  i|  a au  moins. — Estomac  rosé  à sa  face  in-  li 
terne.  Rougeur  au  bord  libre  de  presque  toutes  les  valvules  ;i 
du  jéjunum.  Quelques  rougeurs  dans  l’iléon,  avec  déve-  if 
loppement  assez  considérable  des  follicules  agminés  et  iso- 
lés.  Gros  intestin  rouge  à sa  terminaison , muni  de  folli-  I. 
Cules  ronds  et  saillans...  ’ 

RÉFLEXIONS. 

M.  Burhet  pense  que  l’état  des  valvules  de  l’artère  pul- 
monaire doit  être  regardé  comme  un  vice  de  conformation 
congénital.  J’avoue  que  cette  opinion  ne  me  paraît  repo- 
ser sur  aucun  fondement  solide.  Comment , en  effet,  con- 
cevoir que  cette  jeune  fille,  forte  et  bien  constituée  comme 
le  dit  M.  Burnet , n’eût  été  malade  que  depuis  six  mois  , si 
l’altération  dont  il  s’agit  eût  été  congénitale?  D’un  autre 
côté  , si  l’on  considère  comme  un  vice  de  conformation 
congénitale  le  rétrécissement  de  l’orifice  de  l’artère  pulmo- 


L 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSEIIV.  d’eNDOCARDITE.  169 
naire,  et  la  disposition  qu’offraient  ses  valvules,  il  n’y  a 
pas  de  raison  pour  ne  pas  considérer  comme  également 
congénitales  les  duretés  cartilagineuses  de  la  valvule  tri- 
, cuspide , l’hypertrophie  des  cayités  droites , et  même  les 
plaques  fibreuses  et  les  villosités  de  la  surface  externe  du 
^ cœur.  Resterait  ensuite  k déterminer  comment  de  telles 
1 lésions  ont  été  produites  pendant  l’évolution  du  produit  de 
1 la  conception.  Ces  lésions  ne  différant  pas  essentiellement 
I « de  celles  qui  ont  été  décrites  dans  les  précédentes  observa- 
1 lions,  on  serait  logiquement  conduit  à leur  assigner  la 
I I même  origine. 

j Quant  à moi , considérant  que  cette  jeune  fille  s’était 
I toujours  bien  portée  , si  ce  n’est  six  mois  avant  sa  mort  , 
qu’elle  fut  prise  de  toux  et  d’oppression,  il  me  paraît  infi- 
i niment  probable  que  les  altérations  rencontrées  à l’exté- 
I rieur  et  à l’intérieur  du  cœur  n’étaient  point  congénitales, 

I mais  bien  consécutives  à une  inflammation  méconnue  de  la 
1 membrane  interne  et  externe  du  cœur.  Ce  qu’il  y a de  cer- 
1 tain  , je  le  répète  , c’est  que  ces  altérations  n’ont  rien  qui 
' les  distingue  de  celles  qu’une  telle  maladie  aurait  pu  en- 
I traîner  à sa  suite. 

Il  est  fâcheux  qu’on  n’ait  pas  recueilli  de  renseignemens 
plus  complets  sur  la  maladie  que  cette  jeune  fille  avait  es- 
suyée six  mois  avant  son  entrée.  On  sait , au  reste  , com- 
bien la  péricardite  est  fréquente  chez  les  jeunes  sujets  eux- 
mêmes  , et  combien  il  est  commun  aussi  de  voir  celte 
phlegmasie  coïncider  avec  une  endocardite  valvulaire  (i). 


(1)  Comme  la  science  ne  possède  encore  qu’un  très  petit  nombre  d’exemples 
de  lésions  des  valvules  chez  les  jeun|;s  sujets,  je  rapporterai  ici  une  seconde  ob- 
servation de  ce  genre  ( bien  que  ce  ne  soit  pas  un  cas  de  rétrécissement  des  ori- 
fices  ),  également  recueillie  par  M.  Burnet.  J'en  retrancherai,  comme  je  l’ai 
fait  pour  le  cas  précédent , les  détails  qui  ne  se  rattachent  pas  directement  à 
notre  sujet. 

Obs.  78'.  — Eulalie  Fripon  , âgée  de  10  ans,  éprouvait  depuis  trois  mois  des 
palpitations,  lorsqu’elle  fut  admise , le  a juillet , à l’hôpital  des  enfans.  Depuis 
quelq\ics  jours  elle  toussait,  et  sa  respiration  était  gênée.  — Baltemens  du  cœur 
°rls,  Un  peu  accélérés,  avec  bruit  de  soufflet  isochrone  à la  systole  _des  venlri- 


MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 


160 

OBSERVATION  79«  (1). 

Jeune  fille  de  16  ans.  — Dyspnée  habituelle  , couleur  ÜTide  de  la  peau  , lan- 
gueur extrême  des  forces.  — Mort.  — CarlilaginiCcation  des  valvules  de  Tar- 
ière pulmonaire,  avec  rétrécissement  de  Toriûce  auquelies  elles  sont  adaptées. — 
Persistance  du  trou  de  Botal. 

« Virgo,  quæ  ab  nativitate  usque  semperœgrotans  jacue- 


cules , et  léger  frémissement  cataire  dans  la  région  précordiale.  Quinze  jours  en- 
viron après  son  entrée,  le  bruit  de  soultlet  et  le  frémissement  cataire  persistant 
toujours,  la  malade  fut  prise  d'une  variole  à laquelle  elle  succomba  le  20  juillet, 
le  troisième  ou  quatrième  jour  après  l’éruption. 

Autopsie  cadavérii/ue,  le  2î  juillet,  à midi.  (La  température  était  très  élevée.) 

Le  péricarde  contient  environ  trois  cuillerées  d'un  liquide  fauve,  où  nagent 
quelques  flocons  albumineux  ; il  est  très  injecté  , et  présente  une  arborisation 
déliée  sur  Toriglne  des  vaisseaux.  Le  cœur  est  plus  gros  que  le- cœur  ordinaire 
d'un  adulte.  Il  est  dilaté  , mais  non  aminci.  Toutes  ses  cavités  sont  distendues 
par  de  gros  caillots  de  sang  noir.  — La  valvule  mitrale  n’a  presque  pas  de  lar- 
geur dans  l’intervalle  de  scs  deux  divisions,  qui  sont  elles-mêmes  peu  divclop- 
pées  ; elle  est  un  peu  plus  épaisse  et  plus  dure  que  la  tricuspide.  L’orifice  de  l'ar- 
tère pulmonaire  admet  facilement  le  pouce,  tandis  que  celui  de  l’aorte  contient 
à peine  l'indicateur.  La  face  interne  de  ces  deux  artères  est  blanche.  La  mem- 
brane interne  du'  cœur  et  les  valvules  sont  rosées. 

La  valvule  à’hustaclie,  bien  conservée,  a plus  d’un  demi-pouce  de  largeur.  Le 
trou  de  Botal  aimet  un  corps  plaide  4 bg*  de  diamètie.La  veine-cave  inférieure, 
au  moyen  de  la  valvule  d’Eustache  . dont  les  piliers  se  rendent  sur  les  bords  de 
l’arcade  ovalaire,  paraît  se  terminer  principalement  dans  le  trou  de  Botal... 

néCLEXIONS. 

Que  l’épaississement  et  le  ratatinement  de  la  valvule  mitrale  aient  été  dans  ce 
cas , comme  dans  les  cas  analogues  que  nous  avons  rapportés  plus  haut , la  suite 
d’une  endocardite  valvulaire,  c’est  ce  qui  nous  semble  probable.  Mais  quel  (jue 
soit  le  point  de  départ  de  celte  lésion  , ce  qu’il  y a de  certain  , c’est  quelle  a dû 
déranger  la  circulation  à travers  les  cavités  gauches.  Il  est  bon  de  noter  que  , 
malgré  la  persistance  du  trou  de  Botal  chez  celle  jeune  fille , il  ne  paraît  pas 
qu’on  ait  jamais  observé  un  état  complet  de  cyanose  ( du  moins  il  n’est  fait  au- 
cune mention  de  cet  état  dans  l’observation  de  M.  Burnet).  Nous  verrons  d’ail- 
leurs , à l’article  où  nous  étudierons  les  communications  anormales  des  cavités 
droites  avec  les  cavités  gauches , que  la  cyanose  n’accompagne  pas  nécessaire- 
ment et  constamment  ce  genre  de  lésion.  Comme  il  n’existait  point  d’obstacle 
mécanique  à la  circulation  dans  les  cavités  droites  chez  celle  jeune  fille,  on  con- 
çoit que  le  sang  de  ces  cavités  , malgré  Tçxislence  du  trou  de  Botal , a bien  pu 
ne  pas  se  mêler  à celui  des  cavités  gauches.  Or,  c’est  le  mélange  du  sang  noir 
des  cavités  droites  avec  celui  des  cavités  gauches  qui  paraît  constituer  1 une  des 
principales  conditions  sans  lesquelles  la  cyanose  ne  peut  se  manifester. 

(i)  Morgagni , De  sedib,  et  eaus,  tnorbor^^  etc.,  epist.  II, 


TROIS.  CATÉG.  U’OBSERV.  d’enDOC ARDITE.  l6l 

» rat,  ob  summum  præsertim  virium  languorem,  anhelans 
» respirabat,  et  tota  cute  colore  quasi  livicio  infecta  erat. 
ï>  Tandem,  cum ad  annum  cireiterdecimumsextumpervenis- 
» set,  mortua  est. — Cor  habuit  exiguum,  et  mucronem  ver- 
»sùs,  quasi  subrotundum.  Ventriculus  sinister  formâ  erat 
» quâ  solet  dexler^  et  dexter  'vicissim  quâ  sinister;  et  quan- 
» quant  hoc  latior,  parietibus  tainen  crassioribus.  Dextera  pa- 
» riter  auricula  tota  duplo  erat  grandior,  quam  tota  si- 
«nistra,  duploque  carnosior  : inter  utramque  etiam  tum 
» patebat  foramen  ovale  , ut  minimum  digitum  posset  ad- 
» mittere.  De  tribus  valvulis  triangularibus  justam  una 
j>  magniiudinem  duæ  reiiquæ  minorem  habebant.  Sigmoï- 
» des  autem,  quæ  jDulmonaris  arteriæ  ostio  præfîciuntur, 
» ad  basim  quidem  eranl  secundum  naturam,  sed  parte  su- 
» periore  carlilagineæ  videbànlur  ; quin  exiguum  ossis 
» frustulum  jam  habebant  : erantque  eâ  parte  sic  inter  se 
«colligalæ,  ut  vix  foi’amen  relinquerent,  lente  non  ma- 
» jus,  per  quod  sanguis  exiret.  Erant  autem  ad  illud  fora- 
» men  quædam  exigiiæ  productiones  carneo-membranosæ, 
» EA  uATioNE  coLLOCATÆ  , ut  valvularum  vices  supplere 
» possent,  egredienli  sanguini  cedendo , regressuro  autém 
» obsiando.  » 

REFLEXIONS. 

Morgagni  dit  qu'il  est  porté  à croire  que  la  lésion  de  l’o- 
rifice de  Tarière  pulmonaire  était  congénitale,  et  que, 
pendant  la  vie,  elle  avait  pris  insensiblement  de  nouveaux 
accroisseniens. 

Aux  cas  qui  viennent  d’être  rapportés  nous  ajouterons 
le  suivant , qui  parait  s’en  rapprocher,  et  dont  le  sujet  n’é- 
tait âgé  que  de  lo  mois. 

OBSERVATION  80«. 

Un  enfant  fut  atteint  tout-à-coup  , à l’âge  de  2 mois  , de 
dyspnée,  avec  suffocation  menaçante,  accompagnée  d'une 


i62  maladies  du  coeur  en  particulier. 
couleur  livide,  presque  noire,  du  visage,  des  doigts  et  des 
orteils.  Ces  accès,  devenus  très  fré':juens,  se  renouvellent  i 
tous  les  jours  vers  lo  heures  du  matin  , se  prolongent  plu-  i 
sieurs  heures , sont  accompagnés  d’intermittence  du  pouls  1 
et  d’abaissement  de  la  température,  et  l’enfant  meurt  à lo  . 
mois,  dans  le  cours  de  l’un  d’eux. 

On  trouva  , à l’ouverture  du  corps , le  cœur  très  volunii-  i 
neux  , l’aorte  fort  large,  venant  de  l’un  et  de  l’autre  ven-  u 
tricules  par  deux  orifices  capables  d’admettre  l’extrémité  i 
d’un  doigt;  le  trou  Botal  non  entièrement  oblitéré;  les  y 
valvules  sigmoïdes  ( lesquelles?  ) ossifiées  à leur  base.  » 
( Commentaire  de  méd.,  publié  par  Duncan.  ) 

5®  Rétrécissement  simultané  de  plusieurs  des  oi'i/ices  du  cœur, 
par  épaississement  et  induration  de  leurs  valvules. 

Les  observations  21®  et  2^^,  rapportées  au  chapitre  de  la  il 
péricardite , sont  des  exemples  remarquables  d’un  double  f( 
rétrécissement  par  induration  des  valvules  ( ce  rétrécisse-  % 
ment  affectait  les  deux  orifices  gauches).. A ces  deux  obser-  u 
valions  nous  ajouterons  les  suivantes. 

OBSERVATION  81«.  ' ' 

Femme  de  3o  ans, — Ancien  rhumatisme  arlicidaire,  et,  plus  tard,  bhcms  « 
très  violent.  — A la  suite  de  ces  affections,  palpitations , dyspnée  , hydropisies  ifc 
passives  ; br.uil  de  râpe  très  fort  dans  la  région  précordiale.  — Mort.  — Adhé-  «41 
renée  générale,  du  péricarde  au  CQE'ir.  — Epaississement  fibro-carlilagii\eux  , et  ■ ( 
déformation  des  valhiles  aortiques  et  de  la  vafvüle  bicuspide , avec  rétrécisse-  <¥ 
ment  des  oriGces  ventriculo-aortique  et  auriculo-ventriculaire  gauche.  — Fausse  t> 
menibiane  fibreuse,  aréolée»  développée  sur  la  portion  de  l’endocarde  qui  revêt 
Ja  cavité.de  l’oreilleUe  gauche.  — Hypertrophie  et  dilatation  du  cœur.  — Gail-  i*- 
lots  dans  les  cavités  de  cet  organe  ( les  uns  anciens,  les  autres  réoens  ).  1 

r, 

]\Iayer  (Joséphine  j,  ugp6  de  3o  ans,  couturière,  est  ^ 
entrée  pour  la  seconde  fois  a la  Charité,  le  3 juillet  1828  5. 
(service  de  M.  Rullier).  La  maladie  pour  laquelle  elle  vient  ps 
.chercher  des  secours  date  déjà  de  quelques  années.  Cette  S 


TROIS.  CATÉG.  o’OBSERV.  1)  ENDOCARDITE.  1 63 
femme  est  d’une  conslitulion  délicate,  et  n’a  presque  ja- 
mais joui  d’une  bonne  santé.  A l’âge  de  8 ans  , elle  fut 
opérée  de  la  pierre  par  M.  Dubois.  Plus  tard,  elle  fut 
affectée  d'un  rhiwiatisnie  goutteux.  Elle  n’a  jamais  été  régu- 
lièrement menstruée  ; elle  ne  l’est  pas  depuis  deux  à trois 
ans  que,  à la  suite  d’un  fort  rhume,  elle  fut  prise  de  pal- 
pitations avec  oppression.  C’est  à cette  époque  qu’elle  lait 
remonter  sa  maladie  actuelle  dont  voici  les  symptômes  : 
visage  bouffi , fatigué;  lèvres  grosses,  violettes;  infiltration 
des  membres  inférieurs;  respiration  courte,  pénible,  semi- 
orthopnée;  pouls  petit,  inégal,  intermitttent,  offrant,  après 
les  intermittences  , des  pulsations  répétées ,coup  sur-coup  ; 
les  battemens  du  cœur  présentent  les  mêmes  caractères;  de 
plus,  uii  bruit  de  râpe  très  fort  accompagne  les  battemens 
ventriculaires,  qui  aujourd’hui  sont  moins  énergiques  que 
précédemment;  des  palpitations  avec  étouffement  se  ma- 
nifestent au  moindre  effort  ( à peine  si  la  malade  peut  se 
leverV  Les  membres  inférieurs  sont  infiltrés;  l’abdomen 
est  énormément  distendu  par  de  la  sérosité  ( la  fluctuation 
est  évidente).  — Le  sommeil  est  presque  nul. 

Diagnostic.  Rétrécissement  d'un  orifice  du  coeur. 

Deux  saignées  du  hi'as  ; l’opération  delà  paracentèse  prati- 
quée quatre  fois,  la  digitale , le  vin  diurétique,  tels  furent  les 
moyens  mis  ên  usage  par  M.  Fouquier,  lors  de  la  première  en- 
trée de  cette  malade  à la  charité.  Ces  moyens  la  soulagèrent 
beaucoup.  L’infiltration  disparut,  et  pendantquelque  temps 
après  sa  sortie  , l’état  de  cette  femme  fut  passable.  Mais  les 
symptômes  indiqués  plus  haut  ne  tai-dèrent  pas  a revenir, 
ce  qui  obligea  la  malade  à rentrer  à l’hôpital.  Depuis  qu’elle 
est  dans  les  salles  de  M.  Rullier,  elle  a subi  une  nouvelle 
fois  la  paracentèse , douze  sangsues  ont  été  appliquées  h la 
région  du  cœur,  et  des  nésicatoires  aux  cuisses  {pu  a prescrit 
aussi  les  diurétiques) . 

L’état  de  la  malade  s’aggrava  beaucoup  dans  les  derniers 
jours  de  septembre. 


lf>4  MALADIES  DU  COEUIl  EN  PAliTICULIER. 

Le  3 octobre  au  malin  , cette  femme  n'éiait  pas  plus  mal 
qu’à  l’ordinaîre.  J'dle  s’occupa  même  à coudre  une  partie 
de  la  journée.  Le  soir,  l’ctouffement  augmenie  , les  lèvres 
deviennent  plus  violettes  , elle  pousse  des  plaintes  et 
demande  néanmoins  à manger  ; dans  la  nuit  elle  vomit 
une  quantité  assez  considérable  d’un  liquide  noirâtre,  ana- 
logue à du  marc  de  café  ; elle  suffoque  {sjnap.  aux  jambes). 
Elle  expire  à six  heures  du  matin. 

Autopsie  cadavérique , ly  heures  après  la  mort. 

1°  Habit,  extér.  — Visage  violacé  j gonflement  des  veines 
sous-cutanées;  infiltration  énorme  des  membres  inférieurs, 
ainsi  que  des  parois  abdominales  (i). 

2°  Org.  respirât,  et  circulât.  — Les  viscères  thoraciques 
étaient  refoulés  en  haut  par  un  épanchement  séreux  du 
péritoine  et  de  la  plèvre.  — Le  cœur,  distendu  par  une 
énorme  quantité  de  caillots,  occupait  une  grande  partie 
du  côté  gauche  de  la  poitrine.  Parmi  les  caillots  du  cœur, 
les  uns,  de  couleur  d’ambre,  mous,  gélatiniformes,  s’étaient 
probablement  formés  dans  les  derniers  momens  de  la  vie; 
les  autres,  plus  anciens,  cliarnus  comme  ceux  que  l’on 
trouve  dans  des  veines  depuis  long-temps  oblitérées,  s’é- 
crasent à la  manière  de  la  fibrine  concrète  (quelques  unes 
de  ces  dernières  concrétions  étaient  entrelacées  dans  les 
colonnes  charnues  et  leurs  tendons). 

Le  péricarde  adhérait  île  toutes  parts  au  cœur  par  un 
tissu  cellulaire  lâche.  A la  surface  de  cet  organe,  on  re- 
marquait une  très  belle  injection  capillaire. 

L'orifice  aortique  était  considérablement  rétréci.  Les 
valvules  aortiques,  épaissies,  réunies,  confonduespar  leurs 
bords,  formaient  une  cloison  fibro- cartilagineuse,  percée 
à son  centre  d'une  fente  en  forme  de  boutonnière,  pou- 
vant à peine  admettre  le  bout  du  petit  doigt. 


(i)  Le  tissu  cellulaire  du  in-senlcre  était  lui-même  très  maniresteracnt  inGltré. 


TROIS.  CATÉG.  d’oüSERV.  d’eNDOCARDITE.  i65 

La  valvule  bicuspide  était  plus  épaissie  encore  , plus  dure 
que  les  valvules  de  l’aorte  : elle  était  presque  cartilagi- 
neuse , ainsi  que  les  tendons  dont  elle  est  garnie.  L’orifice 
auriculo-vcntriculaire  gauche  était  plus  rétréci  encore  que 
l’orifice  aortique. 

Le  ventricule  et  l’oreillette  gauches  étaient  un  peu  hyper- 
trophiés et  dilatés.  La  membrane  interne  de  roreillette  gau- 
che était  d\in  blanc  un  peu  mat , et  paraissait  très  épaissie , ce 
(pii  tenait  à la  présence  d' une , fausse  membrane  organisée  , 
épaisse , fibreuse , aréolée , cpdla  doublait  en  quehpie  sorte. 

Les  cavités  droites  étaient  un  peu  dilatées.  En  somme  , 
le  cœur  , débarrassé  de  ses  caillots,  était  d’un  tiers  envi- 
ron plus  volumineux  qu’à  l’état  normal. 

L’aorte,  en  général  peu  altérée,  était  cependant  parse- 
mée de  plaques  et  de  points  jaunâtres.  Sa  membrane  in- 
terne était  blanche  partout , excepté  en  un  point  peu 
étendu,  où  l’on  voyait  une  rougeur  brunâtre,  sans  présence 
de  vaisseaux  capillaires. 

Les  grosses  veines  étaient  distendues  par  une  assez 
grande  quantité  de  sang. 

Les  deux  poumons,  comprimés  par  l’épanchement  sé- 
reux des  plèvres,  offraient  un  tissu  dense  et  comme  coriace.: 
ils  étaient  gorgés  d’une  sérosité  assez  abondante. 

2°  Org.  dig.  et  annex.  — Il  s’est  écoulé  de  l’abdomen, 
énormément  distendu , 12a  i5  pintes  environ  d’une  sérosité 
citrine,  mêlée  *de  quelques  lambeaux  et  flocons  albumi- 
neux. Les  viscères  abdominaux  étaient  blancs  et  comme 
lavés.  Le  péritoine  était  tacheté  de  points  noirs  , épaissi , 
surtout  dans  la  région  du  foie,  où  il  offrait  une  consistance 
fibreuse.  Ce  dernier  organe,  petit,  comprimé,  comme 
ratatine  , présentait  des  granulalions-très  grosses  et  brunes  , 
comme  si  une  certaine  quantité  de  sang  était  infiltrée  dans 
leur  substance  ou  combinée  avec  elle.  Le  tissu  de  la  rate 
était  également  très  dense.  Il  en  était  de  même  du  tissu  des 
feins,  dont  le  droit  était  très  petit. 


l66  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

La  membrane  muqueuse  de  l’estomac  était  molle  , gri- 
sâtre, cendrée,  facile  à enlever  par  le  raclement.  On  y 
voyait  une  injection  mécanique  des  veines  et  de  leurs  rami- 
fications , et  cà  et  là  des  plaques  , des  espèces  étoiles  d’un 
pointillé  vif  et  rosé.  L’estomac  contenait  une  matière 
iioirâtre,  ànalogue.à  celle  que  la  malade  avait  vomie  (i). 

La  membrane  muqueuse  des  intestins  n’a  rien  offert 
qu’une  congestion  sanguine  passive. 

OBSERVATION  82e  (2). 

Homme  dè  60  ans.  — Di^^erses  affections  de  poitrine,  à la  suite  desquelles 
surviennent  de  la  dyspnée,  des  palpitations,  des  hydropisies  séreuses  passi- 
ves, etc.  — Mort  un  an  après  l'apparition  des  premières  palpitations;  cartila- 
giniBcalion  des  valvules  tricuspide  et  mitrale,  avec  rétrécissement  des  ori- 
fices auxquels  elles  sont  adaptées. 

« Un  palefrenier,  âgé^deôo  ans,  avait,  dans  le  cours  de  sa 
» vie,  été  sujet  à diverses  affections  de  la  poitrine.  Quand  il 
■»  se  rendit  à l’hospice  de  Clinique  interne,  il  était  enrhumé 
» depuis  plus  d’un  an , et  depuis  ce  temps  aussi  il  ressen- 
V lait  des  palpitations  dans  la  région  du  cœur,  qui  d’ail- 
i)  leurs  ne  résonnait  pas  par  la  percussion...  Les  principaux 
» symptômes  étaient  le  gonflement  et  la  couleur  violette  de 
» là'face*,  des  lèvres  et  du  col,  et  une  gène  extrême  dans 
J)  la  respiration  ; les  bâttemens  du  cœur , très  étendus  , se 
» faisaient  avec  quelque  irrégularité  ; le  pouls  était  irré- 
» gulier,  ET  POINT  isochrone  aux  bâttemens  du  coeur.  Les 
» idées  du  malade  se  brouillèrent  bientôt;  il  survint  peu 
» de  temps  après  un  assoupissement  léthargique,  et  le  ma- 


(1)  11  s'eu  était  échappé  par  les  narines  une  petite  quantité,  par  suite  de  la 
compression  exercée  sur  l’estomac  et  les  autres  viscères  abdominaux  par  les  pa- 
rois abdominales  distrudues. 

(a)  Cette  observation  a été  i)ublice  par  Corvisart  dans  l’Essai  sur  les  mala- 
dies organiques  du  cœur  (|i.  a 10,  obs.  âo  ). 


y 


TROIS.  CATÉG.  d’observ.  d’endocardite.  I Gy 
» lade  mourut  le  3“  jour  de  son  entrée  à l’hôpilàl , un  an 
» après  l’apparition  des  premières  palpitations. 

» A l’ouverture  du  cadavre,  là  face  était  d’une  couleur 
«violette,  noirâtre.  — Les  poumons  volumineux:  adhé- 
« raient  de  toutes  parts  à la  face  interne  des  parois  de  la 
» poitrine.  — Le  cœur  avait  un  très  grand  volume  , qui 
» tenait  particulièrement  à l’ampliation  de  l’oreillette 
» droite.  — Les  'vàhndes  iiienspide  et  mitrale  étaient  cartda- 
« mineuses , surtout  à leur  basé,  ce  qui  rétrécissait  le  'diamètre 
» de  Ihmet'de  Vautre  orifice.  — Le  péricarde  contenait  une 
» certaine  quantité  de  sérosité.  ■ ^ > 

» L’aorte,  dilatée,  présentait  sur  sa  membrane  interne 
» quelques  points  d’ossifiCation.  » 

OBSERVATIONS  83e  (i). 

Femme  de  5o  ans.  — Palpitations,  étouffement,  hydropisies  passives. — Mort. 
— Epaississement  cartilagineux  et  osseux  des  valvules  tricusp.ide,  mitrale  et. aor- 
tiques, avec  rétrécissement  des  orifices  auxquels  ces  valvules  sont  adaptées.  — ■ 
Erosion  du  péricarde  qui  recouvre  l’oreillette  droite  ( i6  onc.  de  sérosité  dans  la 
cavité  péricardique  ).  — Ilypertrojihie  et  dilatation  du  cœur.  ■■  . 

Germaine  Mesnier,  âgée  de  3o  ans,  avait  joui  dans  son 
enfance  d’une  assez  bonne  santé,  si  ce  n’est  qu’elle  avait  tou- 
jours eu  la  respiration  courte.  Réglée  à ly  ans,  elle  avait 
commencé,  deux  ans  auparavant,  à éproyver  quelque? pal- 
pitations. Les  battemensdu  cœur  augmentaient  à l’approche 
de  l’époque  menstruelle,  diminuaient  quand  le  flux» avait 
lieu  ,.et  conservaient  leur  violence  s’il  manquait.  Les  affec- 
tions morales  et  le  moindre  exercice  e.xcitaient  les  palpita- 
tions : à l'âge  de  28  ans,  elles  devinrent  habituellement 
plus  violentes.  Quand  leur  intensité  semblait  extrême,  cette 
malade  provoquait  des  nausées  et  des  vomiasemens  par  l’in- 


(1)  Celle  obseivntion  est  de  M,  Berlin,  et  a élé  publiée  dans  le  Trailè  des  ma- 
adies  du  cœur'et  des  ^ros  vaisseaux  ( p.  ). 


l68  MALADlIiS  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

troduction  des  doigts  dans  la  bouche  , et  se  sentait  alors 
soulagée.  Avant  d’avoir  imaginé  ce  moyen  , ses  soulTrances  w 
se  prolongeaient’souvent  pendant  toute  la  journée  , ou  m 
du  moins  elle  n’éprouvait  de  soulagement  que  lorsqu’à 
force  de  malaises  et  d’anxiétés  il  survenait  des  vomissemeus  n 
spontanés.  , 

X Tel  était  l’état  de  cette  femme  à son  entrée  à l’hôpital  M 
Cochin  le  20  septembre  i8i4- Depuis  cette  époque  jusqu'au 
a5  janvier  suivant , on  la  mit  à l’usage  des  antispasmodi-  || 
ques,  de  la  digitale  pourprée,  sous  différentes  formes;  on  || 
fit  appliquer  des  sangsues  au  siège,  et  pratiquer  quelques  i 
saignées  du  bras,  qui  ne  procurèrent  qu’une  amélioration  j 
momentanée.  Les  palpitations , sans  être  plus  fortes,  de-  j 
vinrent  bientôt  plus  fréquentes;  la  toux  devint  habituelle, 
et  l’infiltration  des  jambes  qui  avait  disparu  peu  de  temps 
après  l’entrée,  par  l’emploi  des  préparations  scillitiques,  se 
renouvela.  y ^ 

Le  lo  février  , tous  les  symptômes  avaient  augmenté 
d’intensité.  La  respiration  était  beaucoup  plus  embarrassée 
et  même  sifflante;  des  palpitations  très  violentes  se  faisaient 
sentir  dans  toute  l’étendue  de  la  région  antérieure  gauche 
du  thorax  : elles  devenaient  insupportables  quand  la  tête 
était  un  peu  basse  , en  sorte  (jue  la  malade  était  obligée  de 
rester  constamment  assise  dans  son  lit.  La  face,  qui  jusque 
là  avait  été  dans  un  état  à peu  près  naturel , devint  pâle  et 
bouffie.  La  poitrine  résonnait  assez  bien  en  arrière  et  à i 
gauche  ; elle  rendait  un  son  mat  à la  partie  antérieure  et  1 
droite,  un  peu  obscur  à la  région  du  cœur.  Les  battemens  i 
du  cœur,  que  l’oreille  approchée  de  la  poitrine  entendait  « 
très  distinctement , redoublaient  tous  les  soirs,  et,  pemlant  J 
cette  sorte  de  paroxysme  régulier,  ils  étaient  si  violons,  , 
qu’ils  soulevaient  les  vêtemens,  et  pouvaient  même  se  faire  9 
entendre  à une  certaine  distance. 

Le  pouls  était  ordinairement  fréquent,  petit,  très  irré- 
gulier  , et  sans  harmonie  avec  les  battemens  du  cœur. 


[ 


trots.  CATÉG.  d’oBSERV.  n’ENDOCARBTTE.  1 69 
Bientôt  , à chaque  pas  que  la  malade  essayait  de  faire, 
elle  éprouvait  des  etoullemens  qui  lui  faisaient  ciaindie  la 
mort. 

Le  ventre  devint  volumineux  , dur  et  fluctuant;  les  uri- 
nes étaient  épaisses,  rouges  et  peu  abondantes. 

Des  réveils  en  sursaut  troublaient  très  Iréqueinment  le 

soniineil.  - ' ' 

Le  mars , étouffement  continuel , respiration  courte, 
précipitée;  batlemens  du  cœur  inégaux,  variables,  géné- 
ralement assez  forts;  pouls  petit,  faible,  puis  insensible, 
roufifeur  vineuse  et  comme  enlumince  de  la  lace  ; infiltra- 
tion  énorme;  suppression  des  urines. 

Enfin  cette  malheureuse  femme  est  obligée  de  rester 
jour  et  nuit  dans  un  fauteuil  , tourmentée  par  des  angois- 
ses insupportables,  au  milieu  desquelles  elle  succombe  le 
a5  mars  i8i5.  • ^ 

Àutopsie  cadavérique.  — • Les  deux  cavités  de  la  plèvre 
sont  pleines  d’une  sérosité  citrine,  et  le  péricarde  contient 
environ  16  onc.  d’un  liquide  semblable.  Le  cœur  est  beau-^ 
coup  plus  volumineux  que  dans  l’état  ordinaire  ; la  por- 
tion de  la  membrane  séreuse  qui  recouvre  l’oreillette  droite 
offre  ça  et  là  quelques  points  d’érosion.  Cette  oreillette  , à 
sa  partie  inférieure , est  trois  fois  plus  grande  c(ué  dans  l’é- 
tat naturel  ; son  tissu  présente  un  épaississement  considé- 
rable, véritable  hypertrophie  musculaire.  Les  fibres  sont 
tellement  prononcées , qu’elles  forment  des  faisceaux  sem- 
blables aux  colonnes  ventriculaires.  Les  valvules  tricuspides 
sont  dures,  épaisses,  réunies  par  leurs  bords,  et  forment 
une  espèce  de  cloison  cartilagineuse,  percée  dans  son  mi- 
lieu d’un  trou  dans  lequel  on  peut  à peine  introduire  le 
bout  du  petit  doigt.  > 

Le  ventricule  droit  ne  présente  aucune  particularité  no- 
table. — Les  valvules  de  l’artère  pulmonaire  n’offrent  éga- 
lement rien  de  remarquable. 

L’orifice  auriculo-venlriculaire  gauche  a subi  un  rétré- 


170  MALADIES  DU  CœUR  EN  PARTICULIER, 

cissement  considérable*  ses  valvules  forment  un  bourrelet 
très  saillant , dont  les  côtés  , rapprochés  et  comme  conti- 
nus, ne  laissent  entre  eux  qu’une  ouverture  très  étroite,  ou 
plutôt  une  espèce  de  fente  transversale.  Cè  bourrelet,  dont 
la  saillie  répondait  du  côté  de  l’oreillette,  avait,  dans  quel- 
ques points  de  son  étendue,  environ  quatre  lignes  d’épais- 
seur; son  tissu,  d’une  nature  fibro-cartilagineuse , offrait 
divers  points  d’ossification.  La  transformation  fibro-carti- 
lagineuse n’avait  envahi  qu’à  peu  près  la  moitié  de  la  val- 
vule ; et  tandis  que  les  mouvemens  de  cette  portion  étaient 
presque  nuis , la  base  paraissait  aussi  flexible  que  dans  l’é- 
tat sain. 

Le  ventricule  gauche  avait  sa  capacité  naturelle;  mais  ses 
parois  étaient  évidemment  hypertrophiées  : elles  avaient, 
dans  la  majeure  partie  de  leur  étendue,  plus  d’un  pouce 
d’épaisseur. 

. Le  calibre  de  l’aorte  était  rétréci  ; ses  valvules  .étaient 
épaisses j dures,  cartilagineuses,  inflexibles,  et  formaient 
^par  leur  réunion  réciproque  une  espèce  d’anneau  irrégu 
lier,  dont  le  diamètre  était  d’environ  3 lig. 


. • : , SECTION  DEUXIÈME. 

' HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE. 

I w 

■ ' . ARTICLE  PREMIER. 

EXPOSITION  ET  APPHÉCIATION  DBS  CARACTÈBES  ANATOMIQDES 

DE  l'endocardite. 

/ 

Les  caractères  anatomiques  de  cette  inflammation,  essen- 
tiellement les  mômes  que  ceux  de  la  péricardite  , offrent 
cependant  des  particularités  très  remarquables , dont  les 
unes  tiennent  à la  structure  des  parties  sur  lesquelles  se  dé- 
ploie l’endorarde  , et  dont  les  autres  proviennent  dé  la  pré- 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  I7I 

sence  du  sang  qui  circule  incessamment  à travers  les  cavi- 
tés que  cette  membrane  tapisse.  Il  est  de  la  plus  haute  im- 
portance de  bien  connaître  les  caractères  anatomiques  pro- 
pres à chacune  des  périodes  de  l’endocardite,  si  l’on  veut 
comprendre  d'une  manière  claire  et  précise  les  princi- 
paux symptômes  qu’elle  présente  dans  son  cours.  Or  , pour 
avoir  une  idée  aussi  complète  que  possible  de  ces  caractères, 
il  faut  étudier  successivement  les  altérations  du  tissu  séro- 
fibreux  lui-même^  les  produits  dont  le  travail  inflammatoire 
provoque  la  sécrétion,  et  l’état  du  sang  que  contiennent  ^ 
les  cavités  du  cœur.  Après  avoir  ainsi  considéré  sous  tous 
• leurs  rapports  les  lésions  anatomiques  dont  l’endocardite 
peut  être  la  source,  nous  aurons  soin  de  les  rapprocher  de 
celles  que  l’on  voit  se  manifester  à la  suite  des  inflamma- 
tions d’autres  organes  , et  nous  répondrons  aux  objections 
qui  nous  ont  été  faites  sûr  notre  manière  de  concevoir  l’ori- 
gine d’un  certain  nombre  des  lésions  dîtes  organiques  du 

ccéur. 

§ I‘*.  Description  des  altérations  anatomiques. 

1.  Première  période  de  V endocardite  (^périodb  de  congestion 
sanguine,  de  ramollissement,  d' ulcération  et  de  siippuration). 

1°  La  j'ougeur  de  l’endocarde  est  un  des  caractères  anato- 
miques dont  l’étude  doit  nous  occuper  en  premier  lieu. 
Cette  rougeur  a été  notée  chez  douze  des  treize  sujets  dont 
les  observations  sont  rapportées  dans  notre  première  caté- 
gorie. L’absence  de  cette  rougeur  chez  l’un  de  nos  malades 
n’a  rien  qui  doive  nous  étonner;  on  sait,  en  effet,  que  dans 
les  cas  où  une  inflammation  membraneuse  se  termine  rapide- 
ment par  la  mort,  il  peut  arriver  qu’on  ne  rencontre  aucune 
rougeur  sur  le  cadavre,  bien  que  cette  rougeur  eût  existé 
pendant  la  vie.  Aux  innombrables  faits  de  ce  genre  déjà  ob- 
servés, ajoutons  ici  notre  observation  5%  dans  laquelle  une 
vive  rougeur  érysipélateuse  fut  remplacée  sur  le  cadavre 


I 


17'^  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

par  une  pâleur  semblable  à celle  des  parties  de  la  peau  qui 

n’avaient  point  été  enflammées. 

Toutefois,  dans  l’immense  majorité  des  cas,  l’endocar- 
dite aiguë  laisse  à sa  suite  une  rougeur  plus  ou  moins  vive; 
celte  couleur  est  tantôt  rosée  et  tantôt  écarlate,  tantôt  d'une  i 
teinte  violette , ponceau  ou  même  brunâtre.  Elle  est  par-  t 
tielle  ou  générale  : elle  occupe  assez  souvent  les  valvules  <} 
seulement;  et  presque  constamment,  quand  elle  règne  sur  i 
toute  l’étendue  de  l’endocarde,  elle  a son  maximum  d’inten-  u 
sitésur  la  portion  valvulaire  de  cette  membrane.  Ordinai-  ;j 
rement  aussi , la  rougeur  est  d’une  nuance  plus  foncée  dans  ti 
les  cavités  droites  que  dans  les  gauches,  ce  qui  tient  proba-, 
blenient , du  moins  en  partie  , à ce  que  le  sang  qui  circule  1 
à travers  les  premières  est  moins  vermeil  et  moins  rutilant  in 
que  celui  qui  circule  à travers  les  secondes.  Quoi  qu’il  en  soit,  li 
cette  rougeur  n’est  point  due  à' une  injection  capillaire,  ï 
mais  bien  à une  sorte  de  teinture  sanguine  de  la  membrane  r 
interne  du  cœur.  Elle  ne  pénètre  pas  ordinairement  au-  u 
dessous  de  celle-ci;  elle  ne  disparaît  pas  par  le  lavage,  ; 
mais  elle  ne  résiste  pas  à tine  macération  suffisamment  ir 
prolongée  (i). 

La  nature  de  la  rougeur  de  la  membrane  interne  du  cœur  i 
et  des  vaisseaux  a été,  dans  ces  derniers  temps , l’objet  de  i 
nombreuses  discussions.  Dans  la  première  édition  du  Traité 
de  P Auscultation  ^médiate  ^ M.  Laënnec  pensait  que  la  teinte 
écarlate  pouvait  indiquer  une  inflammation,  mais  il 
comparait  la  coloration  violette  à la  lividité  cadavérique. 
Dans  la  seconde  édition  de  cet  ouvrage,  il  paraît  mettre  en 


(i)  M.  le  docteur  Ciis.  Broussais,  quia  fait  d’intéressantes  recherches  sur  les  5 
rou};eurs  du  système  vasculaire,  prolVsse  (juc  la  rougeur  inflammatoire  diffère  de.  la 
rougeur  cadavérique , en  ce  que  celle-ci  disjiarait  par  la  macération  dans  IVau,  ce 
qui  n'a  pas  lieu  pour  l’autre.  Sous  ce  point  de  vue,  nos  expériences  ne  sont' pas  er-  ' 
tièrement  d’acèord  avec  celles  de  notre  honorable  confrère.  ÎS'ius  nous  propo-  ^ 
sons  de  les  répéter  çurore, 


IirSTOIRE  GÉNÉRALE  DE  LENDOGARDITE.  ] yS 

doute  la  nature  inflammatoire  de  la  rougeur  écarlate  elle- 
même  : « Frappé  de  la  coïncidence  des  deux  sortes  de  rou- 
» geur  du  cœur  avec  une  altération  manifeste  du  sang,  et 
» un  commencement  de  décomposition  du  cadavre,  je  com- 
» mençai , il  y a environ  quatre  ans,  dit  M,  Laënnec,  à 
M douter  que  dans  aucun  cas  les  rougeurs  queje  viens  de 
O décrire,  lorsqu’elles,,  existent  seules,  fussent  autre  chose 
» qu’une  imbibilion  cadavérique  du  sang.  » 

Il  est  difficile  de  faire  plus  de  recherches  queje  n’eh  ai 
fait  pour  résoudre  le  problème  d’anatomie  pathologique 
dont  il  s’agit  ici.  Or,  il  résulte  de  ces  recherches  qu’il  est 
réellement  des  rougeurs  de  la  membrane  interne  du  cœur 
qu’on  ne  peut  s’empêcher  de  considérer  comme  un  des  ef- 
fets de  l’inflammation  de  cette  membrane.  Je  me  suis  con- 
vaincu, d’un  autre  côté,  par  un  très  grand  nombre  de  faits, 
que  certaines  rougeurs  du  cœur  et  des  vaisseaux  ne  sont 
autre  chose  qu’une  imbibilion  purement  cadavérique,  et  j’ai 
reconnu,  avec  un  grand  nombre  d’autres  observateurs, 
que  ces  dernières  rougeurs  sont  à peu  près  constantes,  chez 
les  individus  que  l’on  ouvre  à une  époque  où  la  putréfac- 
tion du  cadavre  est  déjà  plus  ou  moins  avancée  , surtout 
lorsque  ces  individus  ont  succombé  à une  maladie  qui  a été 
accompagnée  de  phénomènes  putrides  ou  typhoïdes,  cas 
dans  lequel  le  sang  présente  une  liquidité  plus  grande  qu’à 
l’état  normal , ce  qui  le  rend  plus  propre  à imbiber  la 
membrane  interne  du  système  vasculaire. 

Je  ne  crois  pas  qu’il  soit  possible  de  décider  à la  simple 
inspection,  ni  par  le  lavage  et  la  macération  elle-même,  si 
une  rougeur  donnée  de  la  membrane  interne  du  cœur  est 
l’effet  d’une  inflammation  ou  d’une  imbibilion  cadavéri- 
que. Il  faut  donc  chercher  ailleurs  les  moyens  de  résoudre 
la  grave  question  que  nous  examinons.  A mon  avis,  on 
peut  regarder  comme  étant  de  nature  inflammatoire, 
une  rougeur  de  la  membrane  interne  du  cœur,  existant 
chez  un  individu  dont  le  cadavre  a été  ouvert  avant  qu’il 


174  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

ne  se  fut  maniiesle  aucune  trace  de  décomposition,  et  qui, 
pendant  la  vie,  avait  présente  les  symptômes  que  nous  as- 
signerons dans  l’article  suivant  à rinflammation  de  la  mem- 
brane interne  du  cœur.  Mais  la  nature  inflammatoire  de  la 
rougeur  sera  plus  évidente  encore,  si  aux  circonstances  que 
nous  venons  de  signaler  se  trouvent  réunies  les  conditions 
suivantes  : le  gonflement,  l’épaississement,  le  boursou- 

flement des  parties  qu’occupe  la  rougeur;  -a®  la  présence 
d’une  certaine  quantité  de  pus,  de  matière  pseudo-mem- 
braneuse, ou  même  de  ces  caillots  adhérens,  décolorés  , 
semblables  à la  couenne  inflammatoire  du  sang , ou  à des 
pelotons  fibro-albumineux  ; 3"  la  coïncidence  d’une  sem- 
blable rougeur  dans  des  vaisseaux  dont  on  a constaté  posi- 
tivement l’inflammation  avant  la  mort  des  sujets. 

Les  observations  que  nous  avons  rapportées  dans  notre 
première  catégorie  réunissant  toutes  ces  conditions,  ou  du 
moins  la  plupart  d’entre  ellës,  la  rougeur  que  nous  avons 
rencontrée  sur  la  membrane  interne  du  cœur  doit , ce  me 
semble  , être  attribuée  à un  état  inflammatoire  (i). 

Un  notable  épaississement  la  membrane  interne  du 
cœur  accompagne  assez  souvent  la  rougeur  inflammatoire 
dont  nous  venons  de  parler,  lorsque  l’endocardite  a duré 
pendant  un  certain  temps,  douze,  quinze,  vingt  jours,  et 
même  plus,  par  exemple.  Toutefois,  cet  épaississement 
n’existe  ordinairement  d’une  manière  bien  tranchée  que 
sur  les  valvules,  là  où  la  membrane  est  en  quelque  sorte 
double  et  fortifiée  par  un  tissu  fibreux.  Le  boursouflement 


(i)  Je  prie  le  lecteur  de  ne  pas  oublier  qu’en  enflammant  arliGcielIemenl  , 
soit  par  des  injections  irritantes,  coinuie  nous  l’avons  fait,  soit  d'une  autre  ma- 
nière , la  membrane  interne  du  creur  ou  des  vais'st-aux  chez  les  animaux  , on  pro- 
duit une  rougeur  seinblablu  à celle  que  nous  avons  décrite  ci-dessus.  ( \ oy.  ces 
expériences  dans  le  Traité  ctitiiq.  et  ex.pèrim.  des  fièvres  dites  essent.) 

Au  reste,  on  ne  saurait  trop  le  répéter,  l'existence  d'une  inflammation  quel- 
conque, et  celle  surtout  d'un  organe  profondément  situé,  se  démontre  autrement 
que  par  une  simple  rougeur. 


I 


HISTOIRE  CiÉNIiR^EE  DE  L ENDOCARDITE.  l’jÔ 

fongueux  de  ces  valvules  a été  constaté  chez  plusieurs  des 
sujets  dont  nous  avons  rapporté  l’observation. 

Le  mmollissement  de  la  membrane  interne  du  cœur  n’est 
pas  toujours  très  évident  dans  la  période  que  nous  éludions 
ici.  Il  m'a  semblé  néanmoins  que  cette  membrane  se  rom- 
pait avec  plus  de  facilite  qu’à  l état  sain.  En  meme  temps, 
sa  surface  libre  était  un  peu  moins  polie  qu’elle  ne  l’est 
normalement,  et  plus  ou  moins  ridee.  Le  tissu  cellulane 
sous-jacent  à l’endocarde  parait  aussi,  dans  ce  cas,  avoir 
perdu  de  sa  force  de  cohésion,  et  être  devenu  fragile; 
et  de  là  une  plus  grande  facilité  à détacher  l’endocarde. 

On  observe  quelquefois  dans  la. période  aiguë  de  l’endo- 
cardite des  érosions  ou  des  ulcérations  commençantes  de 

■ la  face  interne  du  cœur,  ou  des  valvules  ellés-niêmes 
(V.  l’observ.  5o).  Ces  ulcérations  peuvent  devenir  le  point 
de  départ  de  perforations  des  parois  du  cœur,  des  valvu- 
les, ou  de  la  cloison  inter- ventriculaire  et  inter-auricu- 

I ^ ’ 

laire  ( voy.  le  chap.  3'  ). 

2°  Une  sécrétion  purulente  ou  pseudo-memhraneuse  a certaine- 
ment lieu  dans  l’endocardite;  mais  on  conçoit  qu’il  est  sou- 
vent bien  difficile  d’en  prouver  directement  l’existence.  En 
effet,  telle  est  la  rapidité  et  la  force  du  courant  sanguin  à 
travers  les  cavités  du  cœur,  que  le  produit  sécrété  peu  à peu 
par  l’endocarde  enflammé, doit  être  incessamment  balayé  par 
ce  courant.  Il  est  néanmoins  quelques  cas  où  une  quantité 
médiocre  de  véritable  pus  ou  de  matière  pseudo-membra- 
neuse se  rencontre  à la  suite  d’une  endocardite  aiguë.  Le 
pus  est  quelquefois  caché  au  centre  d’un  caillot  ou  bien  re- 
tenu dans  les  mailles  que  forment  les  colonnes  charnues. 
11  eu  est  de  même  de  la  matière  p?eudo -membraneuse. 

. Celleœi,  douée  d’une  grande  ténacité,  se  colle  en  quelque 
sorte  solidement  aux  parties  sur  lesquelles  elle  est  déposée, 
et  on  en  trouve  assez  souvent  des  portions  à la  surface  des 
valvules,  sur  leurs  bords  libres,  sur  leurs  tendons,  où  elle 
se  présente  quelquefois  sous  forme  de  granulations  ou  de 
globules  de  consistance  d’albumine  ou  de  fibrine  à demi- 


1/^  MALADIES  DU  COEUR  EN  l'AUTlCULIER. 

concrète.  Dans  certains  cas,  il  est  vrai,  on  peut  prendre 
pour  une  production  pseudo- membraneuse  une  simple 
concrétion  sanguine  décolorée,  adhérente,  élastique.  L’er- 
reur est  d’autant  plus  facile  que  les  pseudo-membranes 
sont  principalement  formées  elles-mêmes  de  fibrine  à l’état 
concret , et  cette  erreur  est  au  fond  assez  peu  impor- 
tante ( I ).  ' 

Une  endocardite  sur -aiguë  peut -elle  se  terminer  par 
gangrène?  En  réfléchissant  à l'extrême  rareté  d’une  telle 
terminaison  pour  l’inflammation  des  membranes  qui , 
comme  l’endocarde,  sont  de  nature  séreuse,  on  est 
naturellement  porté  à résoudre  cette  questiozi  par  la  né- 
gative. Cependant,  j’ai  recueilli  quatre  ou  cinq  cas  i 
dans  lesquels  j’ai  été  tenté  de  croire  que  c’était  à uneinflam-  < 
ination  interne  du  cœur,  fort  analogue  à certaines  phleg-  ■ 
masies  gangréneuses,  qu’il  fallait  attribuer  la  termi- 
naison  très  rapidement  funeste  qui  avait  eu  lieu.  Les  obser- 
vations 22®  et  39”  me  paraissent  appartenir  à cette  catégorie  [ 


(1)  Quelques  unes  Jcs  obsepalions  de  notre  première  catégorie  ( obs.  i", 
2e,  etc.  ) sont  des  exemples  du  genre  d’altération  que  nous  signalons  ici. 

Chez  un  individu  attaqué  de  riiTrkcisskme.m  dk  la  valvule  mitkale  , 
Al.  Laënnec  a trouvé  un  pouce  carré  de  la  surface  de  l’oreillette  gauche  couvert 
par  une  fausse  membrane  aussi  consistante  que  les  polypes  les  p'us  fermes  , très 
adhérente,  épaisse  d’une  ligne,  lisse  et  continue  à sa  surface  adhérente;  présen- 
tant au  contraire  à sa  face  libre  une  multitude  de  petites  lames  aplaties  ou  cu- 
boïdes, longues  au  plus  d'une  demi-ligne.  Toute  l’épaisseur  de  cette  concrétion 
était  fortement  et  également  teinte  de  sang  d'un  rouge  foncé. 

Il  n'est  pas  inutile  de  rappeler  ici  ce  cas  curieux  du  cœur  d’un  mouton,  dans 
les  cavités  (U>q‘>el  je  rencontrai  une  légère  couche  d'un  véritable  pus  ( il  existait 
en  même  temps  des  traces  de  péricardite  ). 

Comme  dans  la  plupart  des  cas  où  l’on  a trouvé  du  pus  dans  les  cavités  du  cœur, 
il  existait  aussi  du  pus  dans  les  veines,  soit  consécutivement  à une  phlébite,  soit 
par  l’effet  d'une  simple  résorption  purulente;  on  pouirait  soutenir,  à la  rigueur, 
que  le  pus  trouvé  dans  le  cœur  n'y  avait  pas  1 lé  formé,  mais  bien  trans- 
porté. Néanmoins,  dans  les  cas  où  le  cœur  présente  d’indubitables  traces  d inflam. 
ination,  on  ne  voit  pas  pourquoi  l’on  luéfèrerail  l’hypothèse  d'un  simple  trans- 
port de  pus  à celle  delà  formation  de  ce  liquide  au  sein  du  cœur  lui-même. 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOC  ARDITE.  l’y  y 

défaits.  Le  sujet  de  l’observation  Sp”  était,  d’ailleurs,  at- 
teint d’une  plilegmasie  gangréneuse  extérieure.  Le  sujet  de 
l’autre  observation  éprouve  tout-à-coup  une  fièvre  des  plus 
violentes.  On  le  gorge  de  vin  chaud  , et  bientôt  on  est  obligé 
de  le  transporter  à l’hôpital.  Les  batteinens  du  cœur  et  du 
pouls  sont  d’une  telle  fréquence,  qu’on  peut  à peine  les 
compter  (ils  sont  en  même  temps  inégaux,  irréguliers, 
intermittens)  ; la  fièvi'e  est  accompagnée  d’une  grande  pros- 
tration, d’un  appareil  typhoïde  très  prononcé.  Une  saignée 
est  pratiquée,  et  le  sang  se  prend  en  une  masse  molle,  sorte 
de  magma  analogue  par  sa  consistance  à de  la  bouillie  ou  à 
de  la  lie  de  vin  ; enfin  le  malade  succombe  48  heures  envi- 
ron après  son  entrée.  On  l’ouvre  moins  de  24  heures  après 
la  mort,  et  l’on  trouve  dans  les  cavités  droites  du  cœur,  en 
même  temps  qu’une  rougeur  de  la  membrane  interne,  un 
sang  tellement  altéré,  qu’il  est  mêlé  de  bulles  d’air  comme 
dans  la  décomposition  putride,  etc.,  etc.  Sans  doute,  la 
première  idée  qui  se  présente  à l’esprit  dans  des  cas  pareils, 
c’est  que  les  traces  de  décomposition  sont  purement  cadavé- 
riques. Je  me  demande  cependant  pourquoi  un  pareil  état 
du  cœur  et  du  sang  qu’il  contient  est  si  rare  dans  des  circons- 
tances tout-à-fait  semblables  à celles  où  se  trouvait  notre 
malade,  celle  d’endocardite  exceptée;  pourquoi  cette  fièvre 
violente,  ce  pouls  et  ces  batteinens  du  cœur  inégaux,  in- 
termitlens,  précipités;  pourquoi  cette  liquidité,  cette  sorte 
de  dissolution  du  sang  observée  pendant  la  vie  , si  les  alté- 
rations rencontrées  après  la  mort  sont  purement  cadavéri- 
ques? voilà  des  doutes  que  je  soumets  au  jugement  éclairé 
des  bons  observateurs.  Oui , je  le  reconnais  autant  que  qui 
ce  soit,  gardons-nous  bien  de  prendre  pour  des  traces  et  des 
effets  de  maladie,  des  altérations  vraiment  cadavériques; 
mais  n’allons  pas,  par  une  erreur  opposée  et  non  moins 
grave,  attribuer  à la  seule  décomposition  cadavérique  des 
lésions  qu’une  maladie  aurait  pu  déterminer. 

Pour  revenir  à la  question  de  l’endocardite  gangréneuse 


1 


178  MALADIES  Dü  CœUR  EN  PARTICULIER. 

OU  maligne,  comme  l’auraient  dit  les  anciens,  je  pense  que  c’est 
un  sujet  à revoir,  et  qui  mérite  de  sérieuses  recherches. 

3®  Nous  venons  de  passer  en  revue  les  principales  lésions 
que  présente  l’endocarde  enflammé , sous  le  double  point 
de  vue  de  sa  structure  et  de  la  fonction  sécrétoire  dont  il  est 
l’organe.  11  ne  nous  reste  plus  qu’à  faire  connaître  les  lésions 
que  l’on  rencontre  dans  le  sang  que  contiennent  les  cavités 
du  cœur.  Or,  il  résulte  des  nombreuses  observations  d’en- 
docardite aiguë  consignées  dans  notre  première  catégorie, 
que  cette  phlegmasie  entraîne  communément  à sa  suite  la 
coagulation  d’une  plus  ou  moins  grande  quantité  du  sang 
qui  circule  à travers  les  cavités  du  cœur.  Sous  ce  rapport, 
l’endocardite  se  comporte  de  la  même  manière  que  l’artérite 
et  la  phlébite.  Les  concrétions  sanguines  formées  sous  l’in- 
fluence d’une  endocardite  aiguë,  ne  sauraient  être  confon- 
dues avec  les  caillots  ordinaires  que  l’on  rencontre  dans  le 
cœur,  avec  ceux  surtout  qui  ne  se  sont  développés  qu’après 
la  mort.  Les  concrétions  consécutives  à l’endocardite  aiguë 
sont  blanches , décolorées , élastiques,  glutineuses,  adhé- 
rentes aux  parois  du  cœur,  entortillées  autour  des  tendons 
valvulaires  et  des  colonnes  charnues.  Elles  sont  en  quelque 
sorte  à demi  organisées,  et,  comme  nous  l’avons  déjà  dit, 
fort  analogues  soit  à la  couenne  inflammatoire  du  sang , soit 
aux  pseudo-membranes  elles-mêmes;  quelques  unes  offrent 
parfois  des  points  ou  des  lignes  rouges  qui  ne  sont  réelle- 
ment autre  chose  que  des  rudimens  de  vaisseaux. 

Les  concrétions  que  nous  examinons  diffèrent  beaucoup 
sous  le  rapportdu  volume  et  de  la  configuration.  Elles  se  pro- 
longent assez  ordinairement  dans  les  gros  vaisseaux.  Toutes 
choses  égales  d’ailleurs,  elles  sont  plus  volumineuses,  plus 
abondantes  dans  les  cavités  droites  du  cœur  que  dans  les  ca- 
vités gauches.  Leur  maximum  d’adhérence  se  rencontre,  en 
général,  vers  le  bord  libre  des  valvules,  où  l’on  en  trouve 
encore  quelques  fragmens  après  des  lavages  réitérés.  (Il  est 
probable  que  ces  petites  masses  fibrineuses  peuvent  s’or- 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  L’eNDOCARDITE.  1 ■79 
ganiser  et  se  transformer  en  végétations  ou  granulations.  ) 

II.  Seconde  période  de  t endocardite  [période  d' organisation 
des  produits  sécrétés  ou  d'une  portion  des  concrétions  fibri- 
neuses). 

Lorsque  l’endocardite  ne  se  termine  pas  par  une  prompte 
résolution  / quelle  se  prolonge  pendant  un  temps  assez 
considérable  (i5,  20,  3o  jours  ou  même  plus  ),  les-lissus 
enflammés  s’épaississent  plus  ou  moins,  et  la  partie  plas- 
tique des  produits  anormalement  sécrétés  par  ces  tissus 
passe  de  l’état  amorphe  à l’état  d’organisation.  Alors,  sui- 
vant lesaccidens  de  position,  de  configuration  et  de  compo- 
sition de  la  matière  organisable,  on  rencontre  soit  dès  végé- 
tations ou  des  granulations,  soit  des  adhérences  cellulo- 
fibreuses,  soit  des  couches  fibreuses  ou  séro-fibreuses,  etc. 

Les  végétations  ou  granulations  affectent  une  remarqua- 
ble prédilection  pour  les  valvules  et  se  plaisent  particuliè- 
rement sur  leur  bord  libre.  Toutefois,  on  en  trouve  aussi 
dans  quelques  cas  à la  surface  interne  des  cavités  du  cœur 
et  spécialement  des  oreillettes  (l’obs.  xlvii  du  Traité  de 
l’auscultation  médiate  en  offre  un  exemple  remarquable). 
Elles  ont  été  partagées  en  deux  espèces  par  M.  Laënnec, 
savoir  : les  végétations  glohideuses  et  les  végétations  njerru- 
cpueuses.  Les  premières  nous  paraissent  pouvoir  être  plus 
exactement  désignées  sous  le  nom  de  végétations  ou 
granulations  albumineuses  ou  fibrineuses . L’expression  de 
'verruqueuses  est  assez  heureusement  choisie  , car  les 
végétations  ou  excroissances  auxquelles  elle  s’applique 
ressemblent  beaucoup  aux  verrues.  On  peut  aussi  les  dési- 
gner sous  la  dénomination  de  végétations  ou  excroissances 
cornées , cartilagineuses . 

Ces  deux  espèces  de  végétations , de  granulations  ou  d’ex- 
ci’oissances,  sont-elles  d’une  nature  essentiellement  diffé- 
rente ou  ne  constituent-elles  que  deux  états  d’une  seule  et 


12. 


l8o  MALADIES  DU  CÆUR  EN  PARTICULIER, 

même  production  accidentelle?  Les  unes  proviendraient- 
elles  de  l’organisation  d’une  portion  de  fibrine  concrétée,  les 
autres  de  l’organisation  d’une  véritable  exsudation  pseudo- 
membraneuse? Avant  de  remonter  à leur  mode  de  géné- 
ration, commençons  par  les  décrire  avec  quelque  détail. 

Les  végétations  albumineuses  ou  fibrineuses  (globuleuses  de 
M.  Laënnec)  sont  molles,  faciles  à écraser,  comme  de  l’albu- 
mine concrète  ou  un  fragment  de  pseudo-membrane  fibri- 
neuse à demi-organisée.  Elles  se  détachent  par  une  traction 
assez  légère.  Leur  couleur  est  d’un  blanc  grisâtre  ou  jau- 
nâtre , mêlé  quelquefois  d’une  teinte  rosée  ou  tout-à-fait 
rouge.  Ces  granulations  m’ont  paru  avoir  une  grande  ana- 
logie avec  celles  que  l’on  trouve  quelquefois  à la  surface  de 
la  plèvre,  du  péricarde  ou  du  péritoine  chroniquement 
enflammés  : la  ressemblance  est  même  si  frappante  , qu’on 
aurait  bien  de  la  peine  à les  en  distinguer,  comme  je  m’en 
suis  assuré  en  comparant  des  granulations  de  la  plèvre  et  du 
péricarde  avec  des- végétations  valvulaires,  rencontrées  les 
unes  et  les  autres  sur  le  même  sujet. 

Les  végétations  très  analogues  aux  poireaux 

vénériens,  contractent  avec  les  parties  sur  lesquelles  elles 
sont  implantées  une  telle  adhérence  , s’y  enracinent  avec 
tant  de  force,  qu’elles  font  pour  ainsi  dire  corps  avec  elles. 
Le  tissu  de  ces  végétations  est  comme  corné  ; il  crie  sous 
l’instrument  qui  le  divise  , à l’instar  d’un  fibro-cartilage. 

Le  nombre  des  végétations,  soit  albumineuses  , soit  ver- 
ruqueuses , est  très  variable;  il  en  est  de  même  de  leur 
grosseur  et  de  leur  configuration.  Les  unes  n’ont  que  la 
grosseur  d’un  grain  de  millet,  les  autres  égalent  le  volume 
d’un  grain  de  chènevis  ou  d’un  petit  pois.  Elles  sont  quel- 
quefois isolées , éparpillées  , discrètes  pour  ainsi  dire  , tan- 
dis que  d’autres  fois  elles  sont  réunies  en  groupes , co7î- 
fiientes,  racémifiées  et  disposées  entre  elles  de  manière  à 
imiter  de  véritables  choux-fleurs.  Leur  forme  est  souvent 


histoire  générale  de  l’endocardite.  l8l 
arrondie  , sphérique;  mais  elle  est  aussi  quelquefois  alon- 
gée,  cylindrique  ou  aplatie.  Leur  surface  est  tantôt  lisse, 
polie,  tantôt  inégale  et  rugueuse. 

Il  est  rare  que  les  végétations  des  valvules  ou  des  parois 
internes  du  cœur  existent  seules  : le  plus  ordinairement, 
comme  l’attestent  les  observations  que  nous  avons  rappor- 
tées , elles  sont  accompagnées  d’une  induration  fibro-carti- 
lagineuse  ou  calcaire  des  valvules.  Quoi  qu’il  en  soit,  lors- 
qu’elles sont  très  multipliées,  confluentes,  groupées  en 
choux-fleurs,  elles  donnent  lieu  à un  rétrécissement  des 
orifices  auxquels  sont  adaptées  les  valvules  qu’elles  sur- 
chargent et  dont  elles  gênent  les  mouvemens  : l’existence 
de  cette  espèce  particulière  de  rétrécissement  est  une 
circonstance  importante  à noter. 

Revenons  maintenant  au  mode  de  production  ou  à la 
pathogénie  de  ces  végétations.  « Il  paraît  indubitable  à 
» M.  Laënnec  qu’elles  ne  sont  autre  chose  que  de  petites 
» concrétions  polypiformes  ou  fibrineuses  qui , formées  à 
» 1 occasion  de  quelque  trouble  dans  la  circulation , s’orga- 
» nisentparun  travail  d’absorption  et  de  nutrition  analogue 
» à celui  qui  convertit  les  fausses  membranes  albumineuses 
» en  membranes  accidentelles  ou  en  tissu  cellulaire.  » 
M.  Laënnec  a joute  que  d’apres  la  position  même  des  'végéta- 
tions 'verruqueuses  sur  les  bords  des  -valoides  et  le  long  des 
tendons  des  piliers  , il  lui  semble  qu’il  y a une  sorte  tV  analogie 
entre  elles  et  les  cristallisations  qui  se forment  le  long  de fils  ou 
de  rameaux  tendus  dans  une  liqueur  chargée  d’une  solution 
saline.  Cette  comparaison  nous  paraît  fort  ingénieuse  , et 
nous  ne  contestons  pas  que  la  fibrine  déposée  à la  surface 
ou  sur  le  bord  des  valvules  ne  puisse  s’organiser  en  végéta- 
tions. Mais  ce  n’est  pas  là  une  raison  de  nier  le  rôle  que 
joue  1 endocardite  dans  la  production  de  ces  végétations; 

nous  l’avons  démontré  par  les  faits  les  plus  po- 
sitifs , cette  phlegmasie  détermine  elle-même  la  formation 


lo2  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

de  concrétions  fibrineuses  organisables  (i).  C’est  donc  à 
tort  que  M.  Laënnec  combat  notre  opinion,  en  disant  que 
« si  l’inflamma.tion  de  la  membrane  interne  du  cœur  était 
» la  cause  efficiente  des  végétations  dont  il  s’agit,  elles 
» auraient  pour  matrice  et  pour  point  de  réunion  commun 
» une  fausse  membrane  étendue  comme  une  couche  sur  les 
» valvules , ce  qui  n’est  pas.  » 

Mais  si  nous  admettons  que  la  fibrine,  solidifiée  sous  l’in- 
fluence d’une  endocardite,  ou  même,  si  l’on  veut,  sous  toute 
autre  influence,  peut  se  transformer  en  végétations,  assu- 
rément il  nous  sera  bien  permis  d’admettre  aussi  que  la 
matière  pseudo-membraneuse,  sécrétée  par  l’endocarde  en- 
flammé peut,  comme  la  fibrine  elle-même,  dont  elle  n’est 
reellement  qu’une  modification,  se  disposer  de  manière  à 
constituer  de  petites  masses  arrondies  qui  s’organiseront 
peu  à peu  en  végétations.  Une  telle  doctrine  est  d’autant 
plus  légitime,  que  des  végétations,  tout-à-fait  semblables  à 
celles  de  la  membrane  séreuse  de  l’intérieur  du  cœur,  se 
développent  à la  surface  de  la  membrane  séreuse  de  l’exté- 
rieur du  même  organe,  comme  aussi  à la  surface  de  la 
plèvre  et  du  péritoine,  dans  certains  cas  d’inflammation 
pseudo-membraneuse  chronique  de  ces  membranes.  Or, 
dans  ces  cas  , on  ne  saurait  attribuer  à l’organisation  de 
concrétions  polypiformes  les  végétations  observées. 

Mais,  encore  une  fois,  en  supposant  que  les  végétations 
de  la  membrane  interne  du  cœur  prissent  toujours  nais- 
sance au  sein  d’une  concrétion  polypiforme,  nous  n’en 


(i)  Nous  avons  indiqué  tout  à l’heure  une  comparaison  employée  par  M.  Laën- 
nec pour  expliquer  la  formation  des  végétations  fibrineuses;  ne  pourrait-on  pas 
dire  aussi  que,  dans  le  cas  d’endocardite,  la  fibrine  du  sang  ayant  une  tendance  à 
se  coaguler,  peut  se  déposer  sur  les  cordons  et  les  lames  valvulaires,  agités  de 
mouvemens  alternatits  , comme  elle  se  dépose  sur  les  verges  avec  lesquelles  on 
bat  le  lang? 


histoire  générale  de  l’endocardite.  i83 

serions  pas  moins  autorisé  à les  placer  parmi  les  effets 
ou  les  acciclens  de  l’endocardite , puisque , de  l’aveu  de 
M.  Laënnec  lui-même,  il  est  des  concrétions  sanguines  qui 
sont  dues  à l’inflammation  (ouv.  cit.  ; tom.  II , pag.  618). 
Resterait  seulement  alors  à déterminer  dans  quels  cas  les 
concrétions  polypiformes  d’où  seraient  nées  les  végétations, 
auraient  été  réellement  consécutives  à une  endocardite 
générale  ou  partielle.  Or,  nous  nous  sommes  appliqué  à 
ne  rapporter  que  des  cas  de  végétations  coïncidant  avec 
des  traces  incontestables  d’une  ancienne  endocardite. 

Les  adhérences  que  l’endocardite  peut  entraîner  à sa  suite 
n’avaient  encore  été  signalées  par  aucun  des  auteurs  de 
Traités  sur  les  maladies  du  cœur.  J’en  ai  consigné  six  obser- 
vations dans  cet  ouvrage.  On  conçoit  facilement , au  reste, 
pourquoi  les  adhérences  sont  moins  communes  dans  l’en- 
docardite que  dans  l’inflammation  des  autres  membranes 
séreuses.  Le  torrent  sanguin  qui  coule  à travers  les  cavités 
du  cœur , les  mouvemens  des  valvules,  sont  des  obstacles 
puissans  à la  formation  de  l’accident  qui  nous  occupe. 
Toutefois,  malgré  ces  obstacles,  il  s’opère  quelquefois  des 
adhérences,  et,  circonstance  qu’il  était  facile  de  prévoir, 
ces  adhérences  ne  s’établissent  que  dans  les  points  où  les 
obstacles  indiqués  sont  en  quelque  sorte  à leur  minimum. 
C’est  ainsi  que  nous  les  avons  rencontrées  entre  les  lames 
les  moins  mobiles  des  valvules  et  la  paroi  correspondante 
des  ventricules. 

Ces  adhérences  sont  , en  général  , très  serrées.  Les 
cas  que  nous  avons  cités  en  font  connaître  les  prin- 
cipales dispositions.  De  telles  adhérences  apportent  un 
trouble  inévitable  à la  circulation,  puisqu’elles  ne  per- 
mettent pas  aux  valvules  de  fermer  complètement  l’orifice 
auquel  elles  sont  adaptées. 

Il  est  une  autre  espèce  d’adhérences  des  valvules  bien 
plus  commune  que  la  précédente  , je  veux  parler  de  celle 
qui  s’établit  entre  les  bords  opposés  des  lames  valvulaires, 


l84  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

dans  certains  cas  de  rétrécissement  des  orifices,  que  nous 
décrirons  plus  bas  : nous  devons  nous  borner  à la  men- 
tionner ici. 

A la  suite  des  adhérences  de  l’endocarde,  il  faut  placer 
les  fausses  membranes  organisées  qui  tapissent  une  étendue 
plus  ou  moins  considérable  de  sa  surface.  Il  en  est  qui  se 
déploient  sur  l’aire  presque  entière  d’une  des  cavités  du 
cœur.  On  peut  même  trouver  plusieurs  couches  ainsi  orga- 
nisées les  unes  au-dessus  des  autres. 

Au  lieu  de  fausses  membranes  aussi  étendues  que  les  précé- 
dentes, on  en  trouve  le  plus  souvent  qui  n’ont  guère  que 
4,5  ou  6 lignes  de  diamètre,  et  que  je  désigne  sous  le  nom 
de  taies  ou  de  taches  de  l’endocarde.  Elles  sont  tout-à- fait 
semblables  dLWxtaches  laiteuses  du  péricarde  ou  bien  encore 
à certaines  taies  de  la  cornée,  et  de  là  le  nom  que  j’ai  cru 
devoir  leur  donner.  On  les  enlève  assez  facilement  avec  la 
pince  , et  au-dessous  d’elle  on  trouve  l’endocarde  intact 
ou  seulement  un  peu  plus  opaque  qu’à  l’état  normal. 

Dans  un  très  grand  nombre  de  cas , l’épaississement 
de  la  membrane  interne  du  cœur  est  dû  à la  présence 
des  fausses  membranes  organisées  dont  il  vient  d’être  ques- 
tion. Toutefois  , il  est  d’autres  cas  où  l’endocarde  est 
réellement  épaissi  pour  son  propre  compte  , hypertro- 
phié, et  alors  il  a perdu  de  sa  transparence  , en  même 
temps  que  sa  surface  est  devenue  moins  polie,  comme 
ridée,  inégale  et  un  peu  villeuse. 

L’épaississement  hypertrophique  dont  nous  parlons 
s’étend  au  tissu  fibreux,  ainsi  qu’au  tissu  cellulaire  sous- 
endocardique.  J’ai  rencontré  très  souvent  l’hypertrophie 
des  valvules  et  de  la  zone  tendineuse  où  s’insère  leur  bord 
adhérent.  La  valvule  bicuspide  est  surtout  sujette  a cette 
hypertrophie  consécutive;  et  s’il  s’y  joint  un  léger  rétrécis- 
sement de  la  circonférence  de  l’orifice,  on  voit  du  côté  de 
l’oreillette  un  froncement  du  bord  adhérent  de  la  valvule, 
disposition  sur  laquelle  nous  reviendrons  plus  loih. 


UISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE. 


l85 


III.  Troisième  période  [Période  dé  induration  cartilagineuse, 
osseuse  ou  calcaire  de  P endocarde  en  général,  et  des  val- 
vules en  particulier,  avec  ou  sans  rétrécissement  des  orifices 
du  cœur  ). 

Nous  avons  vu,  clans  la  prcîcéclenle  période,  la  membrane 
interne  du  cœur  et  les  Valvules  s’épaissir  , s’hypertrophier  , 
et  les  produits  sécrétés  sous  l’influence  de  l’inflammation 
s’organiser  en  tissu  cellulo-fibreux,  fibreux  ou  même  fibro- 
cartilagineux.  (Le  tissu  des  xœgétations  verruqueuses  ap- 
partient à cette  dernière  espèce.)  Il  nous  reste  maintenant  à 
étudier  les  productions  cartilagineuses  , osseuses  ou  cal- 
caires que  l’on  peut  rencontrer  à la  suite  d’une  endocardite. 

Les  productions  dont  il  s’agit  se  présentent  sous  des  for- 
mes diverses.  Tantôt  ce  sont  de  simples  points  circonscrits, 
de  la  grandeur  d’une  lentille  seulement,  tantôt  des  lames  ou 
des  plaques  de  la  largeur  de  l’ongle  ou  d’une  pièce  de  dix 
< sous  et  au-delà,  tantôt  des  masses  plus  ou  moins  arrondies. 
Les  valvules  tout  entières  sont  quelquéfois  converties  en 
tissu  cartilagineux  ou  osseux.  Cependant,  la  zone  fibreuse 
des  orifices  du  cœur  et  les  pointes  des  valvules  sont  les  parties 
que  les  dégénérescences  cartilagineuses  ou  osseuses  affectent 
de  préférence.  Entre  les  plaques  ou  incrustations  des  val- 
vules, on  trouve  assez  souvent  des  espaces  dans  lesquels 
celles-ci  jouissent  de  toute  leur  intégrité  ou  pi'ésentent  seu- 
lement un  léger  degré  d’hypertrophie. 

Les  incrustations  osseuses  ou  calcaires  des  valvules 
affeeient  les  configurations  les  plus  variées.  Quelques  unes 
se  courbent  en  arc,  en  cerceau,  d’autres  s’élèvent  et  s’alon- 
; gent  en  manière  de  stalactites,  (\e  forme  pyramidale  ou  irré- 
gulière; d’autres  enfin  s’arrondissent  en  sphères  et  ressem- 
blent à de  véritables  concrétions  calculeuses,  dont  le 
Volume  égale  quelquefois  celui  d’un  œuf  de  pigeon  ou 


loü  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

meme  dun  petit  œuf  de  poule  (voy.  Tobserv.  ai*").  Ces  es- 
pèces de  calculs  ou  de  pierres  développées  à la  surface  ou 
dans  la  substance  même  des  valvules,  sont  ordinairement 
parsemees  d'aspérités,  d’inégalités,  à leur  extérieur,  et  simu- 
lent assez  bien  les  calculs  désignés  sous  le  nom  de  muraux. 
Les  ossifications  ou  pétrifications  valvulaires  envoient  quel- 
quefois des  prolongemens  dans  la  substance  même  du  cœur. 

Les  valvules  cartilaginisées,  ossifiées  ou  pétrifiées  éprou- 
vent dans  leur  conformation  les  changemens  les  plus  divers. 
Lorsque  les  productions  accidentelles  dont  elles  sont  le 
siège  consistent  en  de  simples  points  ou  en  des  lames  peu 
étendues,  les  valvules  épaissies  et  un  peu  rigides  conser- 
vent encore  leur  mobilité  et  peuvent  s’élever  et  s’abaisser 
comme  dans  l’état  normal;  mais  quand  ces  soupapes  orga- 
nisées sont  plus  profondément  altérées,  quand  la  dégéné- 
rescence les  a envahies  dans  toute  leur  étendue  , elles  de- 
viennent plus  ou  moins  complètement  inhabiles  à remplir 
l’office  que  la  nature  leur  a confié.  Dans  certains  cas,  leurs 
lames  sont  repliées,  roulées  pour  ainsi  dire  sur  elles-mêmes, 
et  alors  elles  représentent  des  espèces  de  rubans  étroits  ; 
elles  sont  trop  courtes  et  trop  peu  mobiles  pour  pouvoir 
fermer!  l’orifice  auquel  elles  sont  adaptées.  U insuffisance 
des  valvules  est  évidente  dans  cette  espèce  de  déformation; 
l’orifice  peut  être  dilaté,  ce  qui  rend  leur  insuffisance  d’au- 
tant plus  grande.  Les  lames  valvulaires  peuvent  être  per- 
forées, déchirées,  en  même  temps  qu’elles  sont  indurées  et 
épaissies  : dans  un  cas,  l’une  des  valvules  aortiques,  presque 
entièrement  détachée , pendait  et  flottait  pour  ainsi  dire 
dans  la  cavité  de  l’aorte. 

Dans  un  grand  nombre  de  cas,  les  valvules  frappées  d’in- 
duration et  d’épaississement  sont  réunies,  confondues  par 
leurs  bords  voisins,  et  de  là  une  sorte  de  cloison  ou  de  dia- 
phragme percé  à son  centre  d’une  ouverture  étroite,  tantôt 
arrondie,  tantôt  ovalaire  ou  elliptique.  L’épaississement 


1 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  187 

et  l’iiKluralion  envabrssent  quelquefois  les  filets  tendineux 
et  même  les  colonnes  charnues  (i)- 

Les  nombreuses  observations  que  nous  avons  rapportées 
d donnent  une  idée  des  principaux  accidens  de  foi’me,  d’é- 
j . tendue  et  d’aspect  que  peuvent  offrir  les  productions  que 
/'il  nous  étudions. 

! Le  rétrécissement  des  orifices  du  cœur  consécutif  aux  di- 
Iv  verses  espèces  d’indurations  et  de  transformations  valvu- 
laires^ mente  que  nous  le  décrivions  avec  quelques  details. 
*!_ En  traçant  cette  description,  nous  aurons  occasion  de  si- 
|0  g'naler q uelques  autresdispositions  des\alvules  dont  letude 
c est  inséparable  de  celle  du  relrecissement  lui-meine. 

Le  rétrécissement  des  orifices  du  cœur,  par  suite  des  di- 
verses  espèces  d’épaississemtnt  et  d’induration  des  valvules, 
test  le  plus  grave  des  accidens  anatomiques  que  l’endocar- 
c dite  puisse  entraîner  à sa  suite.  Pour  pouvoir  bien  l’appré- 
tcier,  il  faut  avoir  présentes  à l’esprit  les  dimensions  nor- 
I males  des  orifices  du  cœur  , telles  que  nous  les  avons  éta-' 
1 blies  dans  nos  Prolégomènes. 

Les  degrés  du  rétrécissement  des  orifices  du  cœur  sont 
t très  variables.  Dans  les  degrés  extrêmes,  on  peut  à peine 
introduire  le  bout  du  petit  doigt,  ou  même  le  bout  d’une 
] plume  à écrire  à travers  les  orifices  rétrécis. 

L’ouverture  que  laissent  entre  elles  les  valvules  épaissies, 
I indurées,  et  soudées  en  quelque  sorte  par  leurs  bords  ou 
1 leurs  côtés  voisins,  est  permanente,  ou  constamment  béante, 
1 Elle  est  tantôt  arrondie,  tantôt  ovalaire  ou  elliptique., 


(1)  Les  diver,ses  espèces  de  transformations  ci-dessus  indiquées  sont  plus  fré- 
quentes dans  les  valvules  gauches  ou  artérielles  , que  dans  les  valvules  droites  ou 
I veineuses.  Mais  les  observations  consignées  dans  cet  ouvrage  prouvent  surabon- 
( damment  que  Bichat  s’éiait  trompé  en  niant  que  ces  dernières  en  fussent  spseep- 
t tibles.  La  différence  (jue  nous  signalons  tient,  selon  Corvisart , à ce  que  les  val- 
I villes  gauches,  d' une  organisation  fibreuse  plus  prononcée,  sont  plus  aptes  à re- 
• cevoir  la  matière  qui  doit  les  transformer  en  cartilage,  ou  les  sels  calcaires  qui 
leur  donnent  une  dureté  osseuse  ou  saxiforme. 


I 


l88  BIALADIES  DU  CŒDR  EN  PARTICULIER. 

Elle  ressemble  , dans  beaucoup  de  cas,  à une  sorte  de 
boutonnière,  ou  mieux  encore,  à une  véritable  glotte  ; 
dont  les  lèvres  sont  représentées  par  les  bords  arrondis  des  i 
lames  valvulaires  épaissies.  Cette  comparaison  s’applique 
plus  particulièrement  à certains  rétrécissemens  de  l’orifice 
auriculo-ventriculaire  gauche.  Dans'quelquescas,  les  lames  i 
de  la  valvule  bicuspide  ont  acquis  unénorrae  épaississement 
et  font  saillie  du  côté  de  l’oreillette;  alors,  l’orifice  rétréci  J 
peut  être  comparé  à l’orifice  du  col  de  l’utérus,  et,  comme  | 
celui-ci,  imite  une  sorte  de  museau  de  tanche.  Vue  du  côté  t 
des  oreillettes,  la  circonférence  des  orifices  auriculo-ven- 
triculaires  rétrécis , présente  un  froncement  très  prononcé , ^ 
comme  si  cette  circonférence  eût  été  plissée  sur  elle-même  : 5 

cette  disposition  lui  donne  de  la  ressemblance  avec  la  cir- 
conférence externe  de  l’anus  ou  l’ouverture  d’une  bourse 
dont  on  a rapproché  les  cordons. 

En  général , dans  le  cas  d’un  rétrécissement  considérable 
des  orifices,  les  valvules,  rendues  immobiles  par  leur  rigi- 
dité, sont  relevées  de  manière  à croiser  à angle  presque 
droit  l’axe  des  orifices.  Toutefois , elles  sont  assez  ordi-  | 
nairement  renversées  dans  la  direction  du  cours  de  la  1 
colonne  sanguine.  Alors  l’orifice  représente  une  sorte  |i 
de  canal  infundibuliforme  dont  le  sommet  regarde  les  ven-  | 
tricules  , si  les  orifices  auriculo-ventriculaires  sont  le  i 
siège  du  rétrécissement,  et  qui  est  tourné  du  côté  de 
l’aorte  ou  de  l’artère  pulmonaire  , si  le  rétrécissement 
affecte  les  orifices  aortique  ou  pulmonaire.  Cependant, 
pour  les  valvules  aortiques  , on  observe  quelquefois  ' 
une  disposition  inverse , c’est-à-dire  qu’elles  sont  déjelées 
vers  la  cavité  ventriculaire. 

Pour  donner  une  idée  exacte  des  principales  formes  que 
peuvent  revêtir  les  orifices  du  cœur  rétrécis  , et  faire 
ressortir  les  particularités  qui  distinguent  le  rétrécisse- 
ment de  chacun  de  ces  orifices , nous  avons  cru  con- 
venable de  reproduire  dans  la  note  ci-jointe  la  descrip- 


I 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  iSq 

t tion  des  principaux  cas  de  ce  genre  de  lésion,  que  nous 
avons  rapportés  dans  la  première  section  de  ce  chapi- 
tre (i).  I 

Nous  ne  terminerons  pas  cet  article  sans  faire  remarquer 
au  lecteur  que  ce  rétrécissement  si  commun  des  orifices  du 


(l)  l"  EXEMPLES  DE  BBTnéciSSBHEMX  SIMILI  ou  URIQDI. 

A.  Orifice  aortique. 

Obs.  72e. — Les  valvules  aortiques , considérablement  épaissies  , sont  main- 
t tenues  6xes  à une  petite  distance  l’une  de  l’autre,  et  ne  laissent  entre  elles  qu’une 
! fente,  ou  plutôt  un  trou,  irrégulièrement  triangulaire  , à peine  capable  de  lais- 
s surpasser  un  petit  pois.  Ainsi  dégénérées , les  valvules  n’ont  plus  rien  de  leur 
' forme,  de  leur  mobilité  ni  de  leur  souplesse  ordinaire.  La  matière  qui^  les  con- 
‘ stitue  est  dure,  cassante,  calcaire. 

Obs.  71e.  — Les  valvules  aortiques , tout-à-fait  déformées  ,.sont  converties  en 
une  substance  calcaire  qui  résonne  à la  percussion, comme  un  calcul  urinaire. 
Ces  valvules  ne  sont  susceptibles  ni  d’un  mouvement  d’abaissement , ni  d’un 
mouvement  d’élévation.  Elles  circonscrivent  unjE  ouverture  permanente,  qui  re- 
présente une  fente  de  3 à 4 bg-  de  longueur,  et  peut  à peine  admettre  l’extrémité 
du  petit  doigt.  La  surface  des  valvules  est  inégale  et  rugueuse. 

Obs.  Si". — Epaissies,  réunies,  ou  plutôt  confondues  par  leurs  bords,  les  val- 
vules de  l’oriCçe  aortique  formaient  une  cloison  fibro-cartilagineuse , percée  à 
son  centre  d’une  fente  en  forme  de  boutonnière , pouvant  à peine  admettre  le 
bout  du  doigt, 

B.  Orifice  auriculo-ventriculaire  gauche, 

Obs.  23e.  — Vu  du  côté  de  l’oreillette,  l’oriQce  auriculo-ventriculaire  gauche 
cit  infundibuliforme  et  reçoit  à peine  le  bout  de  Vindex  ( son  grand  diamètre  est 
de  8 lig.  et  son  petit  de  3 lig.  ),  Du  même  côté  , toute  là  circonférence  de  l’ori- 
fice est  plissée  et  froncée  comme  une  bourse  fermée.  Complètement  déformée, 
chagrinée  à sa  surface  comme  si  elle  avait  été  le  siège  d’une  cicatrisation , inha- 
bile à exécuter  ses  mouvemens  ordinaires,  la  valvule  bicuspide  est  transformée 
en  un  anneau  de  tissu  fibro-carlilagineux. 

C.  Orifice  pulmonaire. 

Obs.  79e,  — Les  valvules  sigmoïdes,  saines  à leur  base,  paraissaient  cartila- 
gineuses à leur  partie  supérieure,  où  elles  offraient  une  petite  concrétion' osseuse 
[exiguum  assis  fruslulum)^  Là,  elles  étaient  réunies,  accolées  entre  elles , de 
telle  sorte  quelles  laissaient  à peine  une  ouverture  de  la  grandeur  d’une  lentille 
pour  le  passage  du  sang.  On  voyait  à cet  orifice  quelques  productions  charnues  et 
membraneuses  { carneo-membranosœ  ) , destinées  en  quelque  sorte  à remplacer 
les  valvules,  en  permettant  au  sang  de  sortir,  et  en  s’opposant  à son  reflux. 

Obs.  77e.  — L’orifice  pulmonaire,  de  3 à 4 l'g*  de  diamètre  environ,  est  fermé 


igo  MALADIES  DÛ  COEUR  EN  PARTICULIER, 

cœur,  à la  suite  d’une  endocardite  prolongée,  chronique, 
est  un  nouveau  trait  de  ressemljlaiice  entre  cette  phlegniasie 
et  celles  qui  affectent  d’autres  organes  creux.  Quel  médecin 
ignore,  en  effet,  que  l’urèthre,  le  col  de  la  vessie,  les  artères, 
les  canaux  excréteurs  des  larmes,  de  la  salive,  de  la  bile,  les 
diverses  régions  du  tube  digestif,  et  spécialement  le  cardia, 
le  pylore  , la  jonction  de  l’iléon  avec  le  cæcum,  l’extrémité 
inférieure  du  rectum  , etc.,  etc.  ; quel  médecin,  dis-je,  ignore 
que  toutes  les  parties  qui  viennent  d’étre  désignées  peuvent 


incomplètement  par  une  membrane  de  tissu  jaune,  élasticpie,  épaisse  comme  trois 
feuilles  de  papier  au  moins,  présentant  du  côté  de  l’artère  une  convexité  que  l’on 
ne  peut  effacer  par  la  pression  , et  fixée  aux  parois  artérielles  par  trois  petits 
freins  de  même  nature  qu’elle,  “t  au  ventricule  par  un  cercle  ligamenteux  jau- 
nâtre. Celte  membrane  est  percée  à son  centre  par  une  ouverture  ovalaire  et 
permanente  de  i lig.  ija  de  diamètre,  à bord,  fibreux,  demi  transparent,  blan- 
châtre et  plus  mince  que  la  membrane,  fortifiée  un  peu  plus  en  dehors  par  un  cer- 
cle de  consistance,  presque  cartilagineuse,  inégal,  légèrement  saillant  à la  face 
inférieure  de  la  membrane, 

Obs.  76e.  — L’orifice  dé  l’artère  pulmonaire  était  fort  étroit,  surtout  à une 
petite  distance  des  valvules  sigmoïdes,  où  se  trouvait  une  espèce  de  diaphragme, 
percé  d’un  trou  de  2 lig.  ip  de  diamètre  environ. 

D.  Orifice  auriculo- ventriculaire  droit. 

Obs.  pSe,  ■ — La  valvule  tricûspide,  ossifiée,  fermait  l'orifice  auriculo-ventricu- 
laire  droit , et  était  percée  vers  son  bord  libre  de- deux  trous,  réunis  par  une 
scissure  de  1 pouc.  de  long  , de  i lig.  à peu  près  de  large,  et,  à sa  base , d un 
troisième  trou  qui  aboutissait  au  ventricule  gauche,  sur  la  valvule  mitrale. 

2*  EXEMPLES  DE  RélRÉClSSEMBîiT  MULTIPLE. 

Obs,  21e.  — L’orifice  auriculo-ventriculairc  gauche  est  considérablement  ré- 
tréci , ce  qui  tient  à la  transformation  de  la  valvule  mitrale  en  une  concrétion 
plutôt  pierreuse  qu’osseuse,  formant  une  espèce  de  tumeur  de  la  grosseur  d un 
petit  œuf  de  poule,  et  dont  Je  grand  diamètre  a 2 pouc. 

La  valvule  résonne  à la  percussion  comme  une  pierre;  la  concrétion  en  laquelle 
elle  est  transformée  est  hérissée  d’aspérités,  et  pour  ainsi  dire  murale. 

La  partie  interne  de  l’orifice  auriculo-ventriculairc  est  seule  conservée;  en 
dehors , les  deux  lames  se  sont  rapprochées  et  confondues:  on  introduit  assez  fa- 
cilement le  bout  du  doigt  auriculaire  dans  la  portion  de  l’orifice  restante.  Du 
côté  du  ventricule,  la  tumeur  reçoit  à sa  circonférence  l’insertion  des  tendons 
forts  et  multipliés  des  colonnes  charnues. 

Une  portion  de  la  concrétion  a envahi  la  substance  charnue  du  ventricule  , et 


iiisToinE  gi^nérAle  de  l’endocardite.  191 
éprouver  un  rétrécissement  plus  ou  moins  considérable , à 
la  suite  d’une  longue  et  lente  inflammation  ? Ce  n’est  pas 
ici  le  lieu  de  signaler  les  accidens  qu’entraînent  ces  lésions 
ji  mécaniques,  et  dont  la  gravité  est  proportionnelle  à l’im- 
! portance  de  la  fonction  à laquelle  elles  opposent  un  obstacle 
plus  ou  moins  invincible. 

Quoi  qu’il  en  soit,  les  détails  précédons  sont  bien  propr.es 
( à faire  ressortir  dans  tout  son  jour  cette  vérité  sur  laquelle 


s’étend  jusqu’à  la  surface  externe,  oi'i  elle  forme  une  saillie  qui  soulève  le  péri- 
carde. 

— L’oriGce  aortique  est  le  siège  d’un  rétrécissement  à peu  près  égal  à celui 
de  l’oriGce  auriculo-ventriculaire  gauche:  ce  rétrécissement  est  la  suite  de  l’indu- 
ration des  valvules  aortiques  ( une  des  valvules  est  ûbro-cartilagineuse  , tandis 
que  les  deux  autres  sont  transformées  en  matière  crétacée  ). 

Obs.  a4'.  — Les  valvules  aortiques,  épaissies,  indurées,  crient  fortement  sous 
le  scalpel,  comme  un  Gbro-cartilage.  La  surface  des  sections  qu’on  y pratique  a 
plus  de  1 lig.  de  hauteur.  L'oriQce  aortique,  considérablement  rétréci  , repré- 
sente une  espèce  de  trou  de  \ lig.  de  diamètre.  Les  valvules  ainsi  indurées  et 
épaissies,  réunies  en  anneau,  étaient  inhabiles  à remplir  leur  ofûce  de  soupapes. 

L’orifice  auriculo-ventriculaire  gauche  est  rétréci  au  point  de  ne  permettre 
que  l’entrée  du  petit  doigt.  Du  côté  de  l’oreillette,  il  se  présente  sous  la  forme 
d’un  entonnoir,  et  sa  circonférence  est  plissée  , ridée  comme  ToriGce  de  l’anus. 
Réunies  l’une  à l’autre,  les  deux  lames  de  la  valvule  mitrale  forment  une  espèce 
d’anneau  ou  de  cercle  où  viennent  s’insérer  des  colonnes  charnues,  très  vigou- 
reuses, par  des  tendons  qui  se  confondent  avec  cet  anneau,  en  partie  Gbreux  , en 
partie  Gbro-cartilagincux , ou  même  calcaire  ( la  surface  des  fractures  pratiquées 
dans  la  portion  calcaire  est  granuleuse,  comme  sablonneuse,  ce  qui  tient  à la  pré- 
sence d’une  matière  crétacée , assez  analogue  à des  pépins  de  poire).  L’épais- 
seur de  la  valvule  est  de  3 à 4 lig* 

Obs.  Sô--.  — Les  valvules  tricuspides  sont  dures , épaisses,  réunies  par  leurs 
bords,  et  forment  une  espèce  de  cloison  cartilagineuse,  percée  dans  son  milieu 
d’un  trou  dans  lequel  on  peut  à peine  introduire  le  bout  du  petit  doigt. 

Les  valvules  aortiques  étaient  épaissies,. dures , cartilagineuses , inflexibles  , et 
formaient  par  leur  réunion  réciproque  une  espèce  d’anneau  irrégulier,  dont  le 
diamètre  était  d'environ  5 lig. 

L’oriGce  auriculo-ventriculaire  gauche  était  transformé  en  une  espèce  de  fente 
transversale,  très  étroite.  Ses  valvules  formaient  un  bourrelet  très  saillant  du  coté 
de  l’oreillette,  et  ayant,  dans  quelques  points , 4 lig.  d’épaisseur.  Le  tissu  de  ce 
bourrelet  était  d’une  nature  Gbro-cartilagineuse , et  offrait  aussi  çà  et  là  des 
points  d’ossiGcation.  La  transformation  Ghro-cartilàgineuse  n’avait  envahi  qu’à* 
peu  près  la  moitié  de  la  valvule  , dont  la  base  paraissait  aussi  flexible  que  dans 
1 état  sain , tandis  que  les  mouvemens  de  la  portion  altérée  étaient  presque  nuis. 


1Q2  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

nous  avons  appelé  l’attention  du  lecteur,  en  traitant  des 
inaladiesdu  cœur  en  général,  savoir,  que  les  diverses  lésions 
de  cet  organe  s’engendrent  réciproquement  les  unes  les 
autres,  et»  que  les  lésions  de  nutrition  ou  de  l’action  orga- 
nique et  vitale,  par  exemple,  finissent  constamment,  quand 
elles  ne  sont  pas  arrêtées  et  pour  ainsi  dire  jugulées  à leur 
berceau,  par  déterminer  des  lésions  physiques  et  mécani- 
ques, trop  souvent  rebelles  à tous  les  moyens  de  l’art  (i). 


( 1 ) L’hypertrophie  du  cœur  est  la  compagne  presque  inséparable  de  l’endocar- 
dite prolongée.  Celle  hypertrophie eslordinairemenl  combinée  avec  une  dilatation 
des  cavités  du  cœur  ( dans  quelques  cas  seulement  elle  coïncide  avec  un  rétrécis- 
sement plus  ou  moins  prononré  ).  Les  cavités  du  cœur  qui  se  dilatent  de  préférence 
sont  celles  qui  se  trouvent  situées  derrière  un  obstacle  méc^mique  au  passage  du 
sang  à travers  le  cœur,  comme  il  arrive,  par  exemple,  lorsqu’il  existe  un  ré- 
trécissement considérable  d’un  orifice  de  cet  organe.  Au  reste,  nous  reviendrons 
sur  ce  sujet  en  traitant  de  l’hypertropbie  du  cœur,  delà  dilatation  et  du  rétré- 
cissement de  ses  cavités. 

Chez  les  individus  qui  succombent  par  l’effet  de  l’obstacle  mécanique  que  les 
lésions  consécutives  à une  endocardite  chronique  ont  occasioné,  le  cœur  contient 
assez  souvent  d’énormes  concrétions  sanguines.  Mais  il  est  bien  facile  de  distin- 
guer ces  concrétions,  dues  purement  et  simplement  à l’embarras  de  la  circulation 
à travers  le  cœur,  de  celles  que  l’endocardite  aiguë  peut  déterminer.  Les  pre- 
mières ont  la  mollesse  des  masses  de  gelée  de  groseilles,  et  n’offrent  point  celte 
fermeté,  cette  élasticité,  cette  glulinosilé,  cet  état  de  semi-organisation  qui 
caractérisent  les  seeondes.  Ajoutons  que  celles-ci,  comme  nous  l’avons  dit, 
sont  décolorées  , blanches,  tandis  que  celles-là  sont,  sinon  toujours  en  totalité, 
du  moins  en  très  grande  partie , rougeâtres  ou  même  noirâtres. 

De  toutes  les  lésions  des  autres  tissus  du  cœur  qui  peuvent  accompagner  celles 
de  l’endocarde  enflammé,  les  lésions  du  péricarde  méritent  surtout  d’être  signa- 
lées. Sur  54  cas  d’endocardite  recueillis  avec  tous  les  détails  convenables,  17, 
c’est-à-dire  exactement  la  moitié,  offraient  des  traces  de  péricardite  ( observ. 
43e,  44c,  45“,  5i',  55c,  58',  59c,  6op,  610,62'.  64',  65',  66',  76',  77e,  81', 
83'.)  Ainsi  se  trouve  confirmée  une  seconde  fois  la  loi  que  nous  avions, 
déjà  notée,  dans  le  chapitre  de  la  péricardite  ( voy.  pag.  457,  t.  I"  ),  savoir  la 
fréquence  des  lésions  simultanées  des  tissus  séro-fibreux  externe  et  internedu 
cœur(  il  ne  .s’agit  pour  le  moment  que  dés  lésions  d’origine  inflammatoire  ). 

Quant  aux  lésions  des  organes  autres  que  le  cœur  consécutives  à l’endocardite 
terminée  par  les  indurations,  les  adhérences, les  rétrécissemens  des  orifices,  etc., 
décrits  plus  haut,  les  plus  importantes  .à  noter  sont  1“  la  distension  du  système 
veineux,  et  par  suite  l’engorgement  passi/'  de  tou*  les  organes  en  général,  et 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  ig3 

i 

§ II.  Appréciation  des  altérations  anatomiques  delà  deuxième  et  de  la  troisième 

période  de  l’endocardite  (i). 

I. 

Les  objections  qui  ont  été  faites  à l’opinion  que  j’ai  émise, 
depuis  une  dizaine  d’années , sur  l’origine  des  diverses  in- 
durations du  tissu  séro-fibreux  de  l’intérieur  du  cœur  en 
général , et  des  valvules  en  particulier,  me  font  un  devoir  de 
discuter  ici  cette  grave  question  de  production  ou  de  généra- 
tion morbide.  Pour  résoudre  ce  problème , il  faut  avoir  l’es- 
prit complètement  dégagé  de  toute  prévention,  et  puiser 
les  élémens  de  sa  démonstration  dans  la  double  source  de 
l’observation  et  du  raisonnement. 

Posons  d'abord  la  question  dans  ses  termes  les  plus  précis  : 
U épaississement  du  tissu  séro-fihreux  de  l’intérieur  du  cœur , 
les  productions  cartilagineuses  , ossif ormes , calcaires,  que  nous 
avons  décrites  sous  leurs  principales  formes,  constituent-ils  réel- 
lement des  lésions  qu’il  soit  permis  de  rattacher  d V inflamma- 
tion du  tissu  indiqué , ou  de  regarder  comme  des  suites , des 
PROVENANCES  de  V endocaràüe ? 

Voici  les  raisons  fondamentales  qui  nous  ont  conduit  à 
répondre  à cette  question  par  raffirmative.  De  ces  raisons  ou 
de  ces  preuves  , les  unes  sont  indirectes  ou  tirées  de  l’analo- 
gie , les  autres  directes  ou  déduites  de  1 observation  appli- 
quée à l’étude  de  l’endocardite  elle-même. 

1°  Si  les  lésions  que  nous  rapportons  à l’endocardite  par- 


I des  poumons,  du  cerveau,  du  foie,  de  la  rate,  du  tube  digestif  eu  particulier;  2* 

I des  collections  séreu.ses  également  passives  dans  le  tissu  cellulaire,  dans  les  diverses 
membranes  séreuses,  telles  que  le  péritoine,  la  plèvre,  le  péricarde, l’arachnoïde. 
Le  mécanisme  de  ces  accidens  sera  examiné  quand  nous  exposerons  les  signes  des 
diverses  lésions  organiques  par  lesquelles  peut  se  terminer  l’endocardite  chro- 
nique. 

(i)  Les  altérations  qui  caractérisent^  la  première  période  ont  été  appréciées 
dans  l’article  que  nous  avons  consacré  à leur  description  ; c’est  pourquoi  nous  ne 
nous  en  occuperons  point  ici, 

a. 


i3 


104  MALADIES  DU  CCEUR  EN  rARTICULIER. 

■venue  à ses  dernières  périodes,  ou  passée,  comme  on  le  dit 
vulgairement,  à l’état  chronique , sont  bien  réellement  des 
traces,  des  caractères  anatomiques,  des  effets  de  cette  ma- 
ladie, il  est  clair  que  de  pareilles  lésions  devront  être  con- 
statées à la  suite  d’inflammation  d’autres  tissus  analogues 
à ceux  qui  sont  le  siège  de  l’endocardite.  Or , je  le  demande 
à tout  observateur  éclairé  et  de  bonne  foi , à la  suite  des 
inflammations  des  membranes  séreuses  et  des  tissus  fibreux, 
telles  que  la  plèvre , le  péricarde , les  synoviales  et  les  cap- 
sules fibreuses  des  articulations,  le  périoste,  la  membrane 
du  canal  médullaire  des  os,  ne  voit-on  pas  survenir  des 
productions  fibreuses,  fibro-cartilagineuses , osseuses,  des 
épaississemens  hypertrophiques,  etc.  ? Quels  seraient  les 
traces,  les  terminaisons,  les  restes  , si  l’on  peut  ainsi  dire, 
de  ces  phlegmasies  à l’état  chronique,  si  l’on  ne  considérait 
pas  comme  tels  les  lésions  que  je  viens  d’indiquer?  Mais 
si  l’inflammation  du  périoste  peut  être  suivie  de  la  sécré- 
tion d’un  liquide  dont  la  partie  organisable  se  transfor- 
mera, au  bout  d’un  temps  plus  ou  moins  long,  en  une 
véritable  production  osseuse  • si  l’inflammation  de  la  plèvre 
et  du  péricarde  peut  être  aussi  la  source  d’une  exsudation 
dont  l’élément  coagulable  et  organisable  se  convertira  ulté- 
rieurement en  tissu  fibreux,  fibro-cartilagineux  et  même 
osseux  ; si  les  mêmes  accidens  peuvent  se  manifester  consé- 
cutivement à une  inflammation  du  tissu  sérô-fibreux  des 
articulations,  comme  l’attestent  les  observations  cliniques, 
et  des  expériences  directes  de  M.  le  docteur  Rayer  sur  les 
animaux;  si  les  choses  se  passent  de  la  sorte  dans  les  inflam- 
mations que  nous  venons  de  nommer,  pourquoi  l’inflam- 
mation de  l’endocarde , qui  est  pour  l’intérieur  du  cœur 
ce  qu’est  la  plèvre  pour  la  cavité  pectorale,  ce  qu’est  une 
synoviale  pour  une  articulation,  ce  qu’est  enfin  le  péri- 
carde pour  la  cavité  dans  laquelle  le  cœur  se  trouve  con- 
tenu ; pourquoi , dis-je,  l’endocardite  n’aurait-elle  pas 
aussi  le  fâcheux  privilège  de  donner  lieu  aux  mêmes  lé- 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  1q5 

sions?  Depuis  quand  des  effets  tout-à-fait  semblables,  iden- 
tiques, ne  supposent-ils  pas  une  même  cause? Depuis  quand 
ce  qui  est  vrai  et  généralement  admis  pour  la  pleurésie, 
la  péricardite,  ne  le  serait-il  pas  pour  l’endocardite,  c’est- 
à-dire  pour  une  véritable  péricardite  interne?  Enfin,  vous 
qui  niez  les  rapports  que  nous  établissons  entre  l’endocar- 
dite iprolongée  , devenue  chronique , répondez  ; quelles 
sont  donc  les  lésions  au  moyen  desquelles  vous  reconnaî- 
trez anatomiquement  cette  maladie,  si  vous  excluez  de 
ses  caractères  anatomiques  celles  que  nous  avons  indi- 
quées? Vous  n’en  pouvez  réellement  citer  aucune.  Vous 
faites  mieux  : ne  voulant  point  adopter  l’opinion  que  nous 
soutenons,  et  ne  trouvant  rien  à mettre  à la  place  des  lé- 
sions que  nous  assignons  pour  caractères  anatomiques  à 
l’endocardite  étudiée  dans  toutes  les  phases  de  son  évo- 
lution , vous  avez  pris  le  parti  de  révoquer  en  doute  l’exis- 
tence même  de  cette  maladie.  Mais  s’il  est  facile  de  nier, 
comme  vous  l’avez  si  bien  dit  vous-mêmes  en  une  autre 
occasion,  il 'n’est  pas  aussi  aisé  de  démontrer  que  la  chose 
niée  n’existe  réellement  pas. 

On  a voulu  combattre  la  doctrine  quenous  professons,  en 
objectant  que  les  productions  osseuses  sont  très  communes 
chez  les  individus  avancés  en  âge  ! Belle  objection,  en  vérité  ! 
Quoi  ! c’étaient  des  résultats  de  la  vieillesse  , ces  incrusta- 
tions osseuses  que  nous  avons  rencontrées  chez  un  si  grand 
nombre  de  sujets  de  i4à3oans,  et  dont  nous  avons  rap- 
porté des  exemples  chez  les  enfans  eux-mêmes  (i)3  Sans 
doute  , il  aurait  fallu  considérer  aussi  comme  un  produit 
de  r âge  avancé  ces  productions  fibreuses,  fibro-cartilagi- 
neuses,  osseuses,  etc. , que  nous  avons  constatées  dans  la 


(i)  Ainsi  que  nous  l’avons  dit  préoédemment,  sur  44 d’induration 
des  valvules,  55  avaient  moins  de  5o  ans  ; de  res  55  milades,  12  n'avaient  que 
de  16  à 5o  ans,  1 u’avail  que  10  ans,  un  autre  que  7 ans,  un  Iruisièine  enûn 
que  10  MOIS. 


i3. 


igÔ  MALADIES  DU  COEUR  EN  EARTICüIIER. 

plèvre  ou  le  péricarde  chez  presque  tous  les  sujets  qui 
offraient  de  pareilles  productions  dans  le  tissu  séro-fibreux 
des  cavités  du  cœur!  Cette  coïncidence  des  traces  d’une 
ancienne  péricardite  ou  d’une  ancienne  pleurésie  chez  les 
sujets  qui  portent  aussi  dans  l’endocarde  les  productions 
accidentelles  indiquées  , n’est-elle  pas  un  nouvel  argument 
en  faveur  de  notre  manière  de  voir  sur  l’origine  première 
de  celles-ci?  En  effet,  dans  la  plupart  des  cas,  les  lésions 
de  la  plèvre,  du  péricarde  et  de  l’endocarde  étaient  en 
quelque  sorte  contemporaines,  et  s’étaient  développées  sous 
l’influence  d’une  seule  et  même  maladie,  disséminée  pour 
ainsi  dire  dans  plusieurs  organes  à la  fois  (1).  Certes,  nous 
n’ignorons  pas  combien  il  est  fréquent  de  trouver  chez 
les  vieillards  des  productions  osseuses  ou  calcaires  ; mais 
nous  ne  savons  d’après  quels  principes  de  logique  on  a con- 
clu de  cette  circonstance  que  l’endocardite  ne  pouvait  pas 
entraîner  à sa  suite  les  indurations  tant  de  fois  nommées. 

On  le  voit  donc,  si  l’on  s’en  .tenait  au  témoignage  de 
l’analogie  la  plus  évidente  et  de  l’induction  la  plus  natu- 
relle , la  plus  légitime  , on  serait  déjà  en  droit  d’admettre 
la  réalité  de  la  doctrine  que  nous  examinons.  Mais  passons 
à la  démonstration  directe  de  cette  doctrine. 

2®  Pour  démontrer  directement  que  les  productions 
décrites  plus  haut  succèdent  réellement  à une  endocardite 
ancienne  , chronique  , non  arrêtée  dans  sa  première  pé- 
riode , il  faut  d’abord  prouver  d’une  manière  positive 
l’existence  de  cette  maladie  avant  la  mort  , chez  les  sujets 
qui  les  ont  présentées.  Je  ne  puis  exposer  ici  les  signes 
de  la  maladie  que  nous  avons  décrite  sous  le  nom  d’en- 
docardite, puisqu’ils  seront  l’objet  de  l’article  suivant; 


(i)  Nous  avons  prouvé  par  des  chiffres  la  fréquence  de  la  co-exislence  des  mê- 
mes lésions  du  péricarde  et  de  l'endocarde  ( voy.  t . i®'',  pag.  43/  et  t.  a*,  pag. 
ga  ).  Or,  est-il  rationnel,  en  conscience,  d’admettre  que  celles  du  péricarde  sont  la 
suite  d’une  péricardite  et  que  celles  de  l’endocarde  ne  proviennent  pas  d’une 
endocardite  ? 


urSTOIHE  GÉNÉRALE  DE  l’enDOCARDITE.  ig^ 

niais  j’affirme  ici  par  anticipation  que  ces  signes  sont  bien 
certainement  ceux  d’une  inflammation.  Or  , lorsque  chez 
un  grand  nombre  de  sujets  qui  ont  présenté  les  symptômes 
d'une  inflammation  du  tissu  séro-fibreux  du  cœur,  on  trouve 
après  la  mort  l’épaississement , l’induration  de  ce  tissu,  des 
productions  cartilagineuses,  osseuses,  etc.,  ne  serait-ce  pas 
un  insigne  aveuglement  que  de  ne  trouver  aucune  filiation, 
aucun  enchaînement  d’effet  à cause  entre  ces  lésions  et 
l’endocardite  ? Autant  vaudrait  ne  reconnaître  aucun  rap- 
port entre  certaines  altérations  de  la  plèvre  et  du  péricarde 
que  l’on  trouve  chez  des  individus  qui  avaient  présenté 
pendant  la  vie  d’incontestables  signes  d’une  inflammation 
de  ces  membranes. 

Ajoutez  maintenant  que  les  causes  sous  l’influence  des- 
quelies  on  voit  se  développer  la  maladie  productrice  des 
épaississemens , des  indurations,  des  fausses  membranes 
organisées  de  l’endocarde  , sont  essentiellement  celles  qui 
déterminent  les  inflammations  des  autres  tissus  du  même 
genre.  Considérez  enfin  que  cette  maladie  cède  à la  mé- 
thode des  émissions  sanguines  vigoureusement  et  large- 
ment appliquée,  et  vous  aurez  une  démonstration  aussi 
complète  et  aussi  satisfaisante  que  possible  de  la  vérité  de 
l’opinion  que  nous  avons  discutée  (i). 


(i)  Je  demanderai  aux  lecteurs  la  permission  de  mettre  sous  leurs  yeux  une 
esquisse  de  la  réfutation  que  M.  Laënnec  a cru  devoir  opposer  à la  doctrine  ci- 
dessus  développée. 

M.  Laënnec  commence  par  me  faire  dire  q\ie  je  « rahj’e  parmi  tes  effets  de 
» l'inflammation  non  seulement  toutes  les  productions  accidentelles , mais  même 
TOUTES  LES  CONGESTIONS  SAHCÜINKS  ET  SEKEOSES!  M (OuV.  fit.,  t.  II,  p.,  GSO.)  ünC 
telle  accusation  de  la  part  de  M.  Laënnec,  qui  a bien  voulu  citer  dans  son  ou- 
vrage les  travaux  que  j'ai  faits  suc  les  hydropisies  et  les  congestions  veineuses 
passives,  est  assez  singulière. 

Voici  d’ailleurs  l'argumentation  dont,  se  sert  M.  Laënnec  pour  réfuter  mon 
opinion,  qu’il  appelle  , avec  autant  de  malice  que  d'érudition  , l’opinion  des  an- 
ciens, Après  avoir  dit  « qu’on  ne  connaît  pas  anatomiquement  la  transition  entre 
I inflammation  supposée  cause  des  incrustations  osseuses  et  ces  incrustations  elles- 
mêmes , » cet  auteur  ajoute  ; • Or,  qu’est-ce  qu’une  inflammation  qui  ne  pré- 


198 


MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 


II. 

Jusqu^ici,  nous  nous  sommes  efforcé  purement  et  sim- 


senle  ni  les  caraclères  anolomiqnes,  ni  l’orgasme  pathologique  de  relie  que  per- 
sonne ne  conteste,  d’un  phlegmon,  par  exemple  i’  » Quoi!  c’est  M.  Laënnec  qui 
nous  demande  ce  que  c’esl  qu’une  inflammation  qui  ne  présente  ni  les  caractères 
anatomiques , ni  Vor^asme  pathologique  d'un  phlegmon!  Comme  s'il  n’existait 
pas  d’énormes  différences  entre  un  phlegmon  aigu  el  une  foule  d'autres  inflam.» 
mations,  soit  aiguës,  soit  surtout  chroniques?  Est-ce  que  M.  Laënnec  prétend 
trouver,  par  exemple , dans  l'inflammation  du  tissu  flbrcux  précisément  les 
mêmes  caractères  anatomiques  et  le  même  orgasme  que  dans  l'inflammation 
du  tissu  cellulaire  ? M.  Laënnec  soutient  qu'on  ne  connaît  pas  la  transition  entre 
une  inflammation  et  des  productions  ou  incrustations  osseuses.  Pour  adopter 
ce  système,  il  faudrait  n'avoir  jamais  vu  d’inflammation  du  périoste  ou 
de  quelque  autre  membrane  fibreuse.  Suivant  M.  Laënnec  , les  incrusta- 
tions dont  il  s’agit  «e  forment  presque  toujours  sans  qu’aucun  signe  général 
ou  local  puisse  avertir  de  leur  formation^  et  souvent  chez  des  hommes  qui  ont  tou- 
jours joui  delà  meilleure  ianle.  Tout  en  passant  condamnation  sur  ce  qu’il  y a 
d’un  peu  exagéré  dans  celte  assertion  , est-ce  que  l'argument  invoqué  ici  par 
M.  Laënnec  suffirait  pour  démonlrer  que  des  productions  osseuses  ne  peuvent  se 
développer  à la  suite  de  l'inflammation  lente  et  chronique  d’un  tissu  fibreux  ou 
séro-fibreux?  Est-ce  que  M.  Laënnec  n’a  jamais  trouvé,  à la  suite  d’une  pleu- 
résie, di'S  incrustations  qui  n’avaient  entraîné  aucun  trouble  notable  de  la  santé? 

On  serait  tenté  de  croire  que  M.  Laënnec  n’admelpas  l'existence  des  phlegma- 
sies  chroniques  et  latentes.  Il  n’en  est  rien  cependant.  Voyez  même,  à celle  oc- 
casion, comme  il  en  coûte  peu  à M.  Laënnec  pour  se  contredire.  Non  seulement 
' il  admet  des  phlegmasies  latentes , chroniques,  mais  il  dit  encore  expressément 
que  ces  phlegmasies  peuvent  se  terminer  par  la  production  de  fausses  membra- 
nes fibro-cartilagineuses.  On  peut  voir  dans  l’article  Pleurésie,  de  C Auscultation 
médiate,  que  M.  Laënnec  rapporte  à celte  phleg-nasie  les  fausses  membranes 
fibro-cartilagineuses  ou  cartilagineuses  de  la  plèvre.  Aprè.s  avoir  dit_ qu’il  peut  se 
former  sur  la  plèvre  une  exsudation  albumineuse , sans  épanchement  séreux  no- 
table, M.  Laënnec  ajoute  : « 11  me  semble  probable  qu’alors  l’exsudation  albumi- 
neuse doit  avoir  une  plus  grande  tendance  à se  changer  en  une  membrane  dense 
qu’en  tissu  cellulaire;  et  c’est  peut-être  de  celle  manière  que  se  forment  certaines 
membranes  fibro-cartilagineuses  ou  cartilagineuses.  » ( Ouv,  dt.,  t.  II , p.  la^.  ) 
Un  peu  plus  loin  ( p.  ia5),  M.  Laënnec  regarde  les  fausses  membranes  dont  il 
s’agit  comme  le  produit  d’une  pleurésie  hémorrhagique.  Enfin , pour  que  la  con- 
tradiction fût  aussi  complète  que  possible , M.  Laënnec  déclare  « que  les  signes 
des  pleurésies  hémorrhagiques  qui  se  terminent  par  la  formation  des  fausses  mem- 
branes fibro-cartilagineuses , sont  très  souvent  obscurs...  et  que  ces  pleurésies 
sont,  sans  cônlredil,  celles  qui  méritent  le  plus  le  nom  de  latentes.  • ( p.  iSg.  ) 


histoire  generale  de  l’endocardite.  199 
plenient  de  suivre  d’un  œil  attentif  et  de  mettre  au  grand  jour 
les  rapports  qui  enchaînent  les  unes  aux  autres  les  lésions  que 
nous  avons  décrites.  Nous  avons  laissé  de  côté  le  mécanisme 


A l’article  des  maladies  du  péricarde,  M.  Laënnec  rapporte  aussi  un  cas  remar- 
quabled 'incrustation  osseuse  de  cette  membrane,  coïncidant  avec  d autres  traces 
d’ancienne  péricardite.  Et  c’est  à quelques  pages  de  là  que  cet  auteur,  à 1 occasion 
des  incrustations  osseuses  des  artères,  auxquelles  il  a rattaché  celles  du  coeur,  vient 
proclamer  que  ces  incrustations  sont  indépendantes  de  toute  inflammation;  deman- 
der ce  7H6  c’est  qu’une  inflammation  qui  ne  présente  ni  tes  caractères  anatomiques, 
ni  l’orgasme  pathologique  d'un  phlegmon,  et  déclarer  qu’il  est  plus  simple  et  plus 
philosophique  de  reconnaître  qu’ori ne  connaît  point  te  mode  de  troublede  l’économie 
qui  produit  une  ossification , mais  que  bien  certainement  ce  n’est  pas  le  même 
que  celui  qui  produit  le  pus  / Ainsi  M.  Laënnec  admet  qu’une  exsudation  pseudo- 
membraneuse  ( ce  qui  constitue  un  mode  de  suppuration  ) peut  se  convertir  en 
membrane  cartilagineuse  ( et  partant  en  incrustation  osseuse  ),  et  il  pose  ensuite 
en  h\t  qu’on  ne  connaît  pas  anatomiquement  la  transition  entre  l’inflammation 
et  les  incrustations  cartilagineuses  ou  osseuses. 

Il  est  bien  vrai,  au  reste,  que  l’ossification  et  la  suppuration  ne  sont 
pas  une  seule  et  même  chose;  mais  ce  n’était  point  là  la  question  à la- 
quelle M.  Laënnec  devait  répondre.  Cette  question  était  de  savoir  si  les  pro- 
duits d’une  péricardite  , d’une  endocardite  , d’une  pleurésie  , pouvaient,  par  une 
série  donnée  de  métamorphoses,  se  convertir  en  tissu  fibreux,  cartilagineux  . os- 
seux, comme  nous  croyons  l’avoir  prouvé.  Or,  pressé  par  l'évidence  des  faits, 
M.  Laënnec  a été  forcé  de  rapporter  à la  pleurésie  et  à la  péricardite  certaines 
incrustations  cartilagineuses  et  osseuses.  Ce  n’est  donc  évidemment  que  par  un 
système  mal  entendu  de  contradiction  avec  lui-même,  que  cet  illustre  observa- 
teur s’est  appliqué  à combattre  les  idées  que  nous  avions  proposées  sur  l’origine 
de  certaines  incrustations  fibro-cartilagineuses  ou  osseuses  du  tissu  séro-fibreux, 
qui  fait  partie  de  la  structure  du  cœur  et  des  artères. 

M.  le  professeur  Andral,  qu’on  n'hecusera  point  sans  douté  de  ne  voir  partout 
que  l'inflammation  , a pourtant  écrit  ce  qui  suit  sur  la  question  que  nous  avons 
agitée  ; • Si  la  phlegmasie  de  la  membrane  interne  du  cœur  passe  à l'état  chroni- 
>que,  la  membrane  qui  en  est  le  siège  s’épaissit  de  plus  en  plus,  là  surtout  où 

• elle  se  double  pour  constituer  les  valvules  des  différens  orifices...  Non  seule» 

• ment  celte  membrane  s’épaissit,  mais  encore  elle  devient  le  siège  de  végéta- 

• lions,  de  dégénérations  variées.  Les  portions  de  tissu  fibreux  qu’elle  recouvre 
» s épaississent  également  ; et  la  , comme  pabtoot  ou  il  est  frappé  d’ikflamma- 

•TIÜI»,  CE  TISSU  TEND  A PASSER  A l’ÉTAT  CARTILAGINEUX  OU  OSSEUX.  CcS  divCrSeS 

• altérations  ont  pour  effet  commun  de  rétrécir  les  divers  orifices  du  cœur,  de 

• 8 opposer  au  libre  jeu  des  valvules  , et , par  conséquent , de  gêner  de  cours  du 
•■‘‘ang...  Ainsi  donc  un  grand  nombre  de  rélrécissemens  des  différens  orifices  du 

• cœur,  produits  soit  par  des  végétations  qui  recouvrent  la  membrane,  soit  par 


200 


MALADIES  DU  CœUR  EN  PARTICULIER, 
intime  de  leur  développement,  satisfait  d’avoir  prouvé  que 
ces  lésions  n’étaient  réellement  que  les  phases  diverses  d’un 
seul  et  même  état  morbide,  que  les  métamorphoses  d’une 
seule  et  même  maladie,  que  les  formes  variées  sous  lesquelles 
peut  se  révéler  en  quelque  sorte  l’endocardite  aux  diverses 
périodes,  aux  divers  âges  de  sa  complète  évolution.  Nous 
pouvons  dire  quelques  mots  maintenant  du  mode  de  dé- 
veloppement et  d’accroissement  des  produits  accidentels 
dont  nous  avons  en  quelque  sorte  découvert  la  cause  primi- 
tive, originelle,  c’esi-à-clire  l’acte  générateur.  Toutefois,  ce 
ne  serait  pas  ici  le  lieu  de  trop  s’appesantir  sur  ce  point 
de  pathogénie  ou  d’organogénie  anormale  (i). 

Les  lois  qui  président  à la  formation  et  au  développe- 
ment des  produits  accidentels,  des  tissus  anormaux,  n’é- 
tant qu’une  modification  de  celles  auxquelles  sont  soumis 
la  formation  et  le  développement  des  tissus  normaux,  il 
est  évident  que  la  connaissance  de  celles-ci  doit  jeter  une 
vive  lumière  sur  la  connaissance  des  autres.  JMalheureuse- 
ment  le  mécanisme  de  la  génération , du  développement 
et  de  la  nutrition  des  tissus  normaux  est  encore  enveloppé 
d’épaisses  ténèbres.  A défaut  de  notions  précises  sur  la  na- 
ture intime  de  cette  opération  vitale , exposons  celles  que 
nous  possédons  sur  quelques  unes  de  ses  conditions  obser- 
vables. 

Quel  que  soit  en  lui-même  l’acte  qui  régit  le  développe- 
ment d’un  tissu  ou  d’un  orgaite  quelconque,  il  ne  peut 
s’accomplir  qu’à  la  condition  d’une  circulation  dans  ce 


• des  concrétions  cartilagineuses  ou  osseuses  qui  la  soulèvent,  reconnaissent  pour 

• point  de  départ  une  inllammation  aiguë  ou  chronique  de  la  membrane  qui  ta- 

• pi>se  les  cavités  du  cœur.  » ( Andral,  Clin,  mùd.,  1. 1",  p.  53-56,  1829.  ) 

On  le  voit,  les  idées  de  M.  Andral  sont  au  fond  exactement  les  mêmes  que  les 
nôtres. 

(i)  Dans  un  Traité  dt  nosolo/’ie  gèncrala  et  philosophique,  que  nous  nous  pro- 
posons de  publier,  nous  lâcherons  de  traiter  cette  question  avec  tous  les  déve- 
loppemens  quelle  comporte. 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  QOl 

tissu  , dans  cet  organe.  Aussi  les  observateurs  ont-ils 
remarqué  que  plus  l’afflux  actif  i\u  sang  y était  considéra- 
ble, plus  le  mouvement  nutritif  était  rapide.  C’est,  par 
< exemple,  ce  qu’on  a observé  en  étudiant  l’acte  de  l’ostéo- 
j;  génie.  Le  sang  que  la  circulation  fournit  à l’organe  qui 
croît  et  se  développe,  est  en  effet  la  source  des  matériaux  de 
I cet  accroissement  et  de  ce  développement,  et  ces  matériaux 
diffèrent  selon  la  nature  du  tissu  ou  de  l’organe  dont  on 
I étudie  révolution.  Sans  cette  circonstance,  on  ne  saurait 
I concevoir  pourquoi  les  tissus  et  les  organes  ne  sont  pas 
partout  exactement  les  mêmes.  La  raison  pour  laquelle  l’os 
I s’empare  de  la  gélatine  et  du  phosphate  calcaire  du  sang, 
le  foie  d’autres  élémens,  etc. , etc.  , nous  est  inconnue  en 
elle-même  et  se  perd  dans  les  mystères  des  affinités  vitales 
électives.  Du  reste,  on  admet  généralement  aujourd’hui  que 
I la  matière  plastique  du  sang  tend  en  quelcjue  sorte  de  son 
propre  mouvement  à s’organiser , quand  elle  se  trouve 
placée  dans  des  conditions  convenables. 

Cela  posé,  voyons  jusqu’à  quel  point  on  peut  appliquer 
au  développement  des  produètions  d’origine  inflammatoire 
les  considérations  précédentes.  Qu’est-ce  que  l'inflamma- 
tion? une  opération  morbide  aussi  inconnue  dans  sa  na- 
ture intime  que  la  nutrition  et  la  sécrétion  elles-mêmes, 
dont  elle  n’est  réellement  qu’une  modification.  Quels  sont 
les  principaux  phénomènes  qui  se  passent  au  moment  où 
cette  opération  morbide  s’accomplit  dans  toute  son  éner- 
gie ? une  congestion  active  , un  afflux  de  sang  plus  considé- 
rable qu’à  l’état  normal , un  développement  insolite  de 
1 organe,  une  sécrétion  qui  diffère  à la  fois  de  la  sécrétion 
normale  et  parla  quantité  et  par  la  qualité  du  produit  qui 
en  résulte.  Au  sein  de  ce  produit  existe  une  matière  plasti- 
que, contenant,  comme  nous  l’avons  vu,  le  germe  de  l’orga- 
nisation , et  qui  s’organisera  effectivement,  si  certaines 
circonstances  extérieures  ne  viennent  pas  troubler  l’exer- 
cice du  nisus  formativus . Mais  il  est  clair  comme  le  jour 


203  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

que  le  tissu  qui  s’organisera  et  se  développera  dans  la  par- 
tie qui,  jouant  pour  ainsi  dire  le  rôle  de  matrice,  a reçu  , 
le  secretum  accidentel  où  résident  les  rudimens  d’un  tissu  j 
de  nouvelle  formation;  il  est  évident,  disons-nous,  que  ce  | 
tissu  offrira  des  différences  selon  la  nature  , la  composition 
de  la  partie  enflammée,  de  même  que  dans  l’évolution  nor-  ] 
male , les  produits  de  celte  évolution  varient  selon  la  na-  i 
ture  des  organes  où  elle  s’opère.  De  là , ces  nombreuses  > 
variétés  de  productions  accidentelles  dont  l’origine  peut  i 
être  inflammatoire.  ^ 

D’un  autre  côté,  il  ne  faut  pas  croire  que  le  secretum  v 
injlarrunatoire,  variable  suivant  la  nature  des  organes  sécré-  } 
teurs,  ne  se  présentera  pas  sous  des  formes  différentes  , ^ 

selon  qu’on  l’observera  à telle  ou  telle  époque,  à telle  ou  < 
telle  phase  de  son  évolution,  et  sous  ce  rapport  en- 
core, nous  voyons  dans  l’organogénie  anormale  une  confir- 
mation des  lois  de  l’organogénie  normale.  On  sait  assez 
en  effet,  que  les  organes  n’offrent  pas  exactement  les  mêmes 
apparences  dans  les  différentes  périodes  qui  partagent  le 
cours  de  leur  évolution.  Et  pour  citer  un  exemple  d’évo- 
lution normale  qui  se  lie  étroitement  à notre  sujet,  qui 
peut  ignorer  que  l’on  observe  dans  l’opération  de  la  for- 
mation des  os  (jostéogénie)  , trois  formes  bien  distinc- 
tes dans  la  substance  organique  qui  doit  constituer  un 
os  ? Cette  substance,  d’abord  molle,  gélatiniforme,  se  con- 
vertit plus  tard  successivement  en  cartilage  et  en  os.  Or, 
c’est  là  précisément  ce  qui  a lieu  dans  l’ostéogénie  d’o- 
rigine inflammatoire  , dans  la  formation  du  caJ  dans  la 
production  des  exostoses,  etc.  Hé  bien,  les  ossifications  de 
l’endocarde  et  des  autres  membranes  séro-fibreuses  sui-  . 
vent,  jusqu’à  un  certain  point , la  même  marche.  Ces  pro- 
ductions ne  se  forment  point  de  toutes  pièces  et  pour  ainsi-  ^ 
dire  en  un  clin-d’œil  : elles  éprouvent  les  transformations, 
les  métamorphoses  ci-dessus  exposées,  soit  qu’elles  se  dé-  » 
veloppent  dans  une  fausse  membrane , d’abord  amorphe  et  i 


r 


IIISTOIRTÎ  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  2o3 

greffée  sur  une  niembi'ane  séreuse,  soit  qu’elles  envahis- 
sent  l’épaisseur  même  des  tissus  dans  lesquels  on  les  ren- 
contre (i).  Ainsi  donc,  ce  n’est  point  une  baliverne,  quoi 
I qu’en  ait  dit  un  de  nos  honorables  confrères,  que  de  faire 
remonter  par  des  gradations  successives  certaines  ossifica- 
tions à une  inflammaWon  , puisque  nous  trouvons  dans 
la  formation  du  cal  lui-même  un  exemple  éclatant  de  ce 
i genre  de  productions  (2). 

Je  pourrais  examiner  maintenant  quelles  sont  les  mbdi- 
: fications  principales  que  nous  offriront  les  produits  de 
l l’inflammation,  selon  les  différens  degrés  dont  cette  opéra- 
t tion  morbide  est  susceptible  , et  selon  les  conditions  géné- 
1 raies  et  locales  des  individus,  mais  nous  avons  déjà  ou- 
I trépassé  les  limites  que  nous  impose  la  nature  de  cet 
|)  ouvrage,  et  nous  renvoyons  d’ailleurs  pour  cette  question 
I.  aux  beaux  travaux  des  Hunter,  des  Bichat,  des  Dupuytren 
et  des  Broussais.  ' , - ‘ 

J . ..  ,fT  y.  

(1)  Je  n’ai  pas  besoin  de  dire  qu’il  n’existe  point  une  identité  complète  entre 
les  ossifications  accidentelles'et  les  os  normalement  développés.  11  y a même  des 
cas  où,  comme  nous  l’avons  dit,  les  productions  désignées  sous  le  nom  d’ossifica- 
tions, mériteraient  mieux  le  nom  de  pétrifications  ou  de  concrétions  pierreuses, 

\ calculeuses . Il  me  semble  que  le  noyau  de  cette  espèce  d’ossifications  une  fois  pro- 
duit, leur  accroissement  est  moins  peut-être  un  véritable  phénomène  de  nutri- 
tion qu’un  phénomène  ordinaire  de  cristallisation, 

(2)  Morgagni  a très  bien  entrevu  les  métamorphoses  que  nous  signalons  ici, 
quand  il  a considéré  comme  des  rudimens  d’ossification  ( inchoamenla  ossifîca- 
tionis)  les  taches  jaunes  que  l’on  trouve  si  souvent  dans  les  artères. 


I 


MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 


2o4 

■) 


ARTICLE  DEUXIÈME. 


EXPOSITION  ET  APPEliCI ATIOW  DBS  SYMPTOMES  DE  l'eHDOCAEDITE  GÉniBALE 

ET  PABTIELLB. 

§ I.' Exposition  des  symptômes. 

» 

I.  Symptômes  de  la  période  d’acuité. 

Nous  suivrons  dans  la  description  des  symptômes  de  l’en- 
docardite à lelat  aigu  l’ordre  que  nous  avons  adopté  dans 
la  description  des  symptômes  de  la  péricardite  également 
aiguë.  , . ^ 

1°  Des  quatre  symptômes  généraux  que  les  pathologistes 
ont  assignés  à l’inflammation,  trois,  savoir  la  chaleur,  la  rou- 
geur et  la  tuméfaction,  se  dérobent  complètement  à notre 
exploration  dans  l’endocardite,  et  le  quatrième,  c’est-à-dire 
la  douleur,  manque  entièrement  dans  l’immense  majori  té  des 
cas.  Dans  ceux  où  ce  dernier  symptôme  existe,  il  ne  dépend 
point  directement  de  l’endocardite , mais  bien  de  la  com- 
plication de  cette  maladie  avec  une  phlegmasie  du  péricarde 
ou  de  la  plèvre  (i).  Mais  si  la  douleur  proprement  dite  n’est 
pas  la  compagne  ordinaire  de 'Tendocardite , ce  symptôme 
est  souvent  remplacé  par  un  sentiment  de  malaise,  d’em- 
barras , d’oppression , d’anxiété  dans  la  région  précordiale. 
Lorsque  ce  sentiment  est  porté  à son  comble,  il  est  accom- 
pagné d’une  tendance  à la  syncope  ou  aux  lypothimies. 

2°  Les  signes  physiques  fournis  par  l’inspection , la  pal- 
pation, lapercussion  et  l’ auscultation,  méritent  la  plus  grande 
attention  et  n’ont  encore  été  notés  par  aucun  auteur. 

Lorsque  l’endocardite  est  compliquée  de  péricardite  et 
qu’elle  date  déjà  de  plusieurs  jours  , on  observe  quelque- 
fois une  légère  voussure  de  la  région  précordiale  (2), 

(i)  Nous  avons  dit  que  dans  les  inflammations  de  ces  membranes  elles-mêmes, 
la  douleur  parait  tenir  esstntîellement  à l'irritation  des  nerfs  sensitifs  voisins. 

(a)  Je  dois  avouer  que  jusqu’ici  la  saillie  de  la  région  prëcordiale  m’a  paru 


IIISTOIHE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  Ûo5 

Cette  région  , dans  l’endocardite  simple,  est  ébranlée 
par  la  violence  des  battemens  du  cœur,  qui  repoussent 
fortement  la  main  appliquée  sur  elle.  Ces  battemens,  véri- 
tables palpitations  aiguës,  se  font  sentir  dans  une  étendue 
plus  considérable  qu’à  l’état  normal  et  proportionnelle  au 
gonflement,  à la  turgescence  que  le  cœur  peut  avoir  éprou- 
vée sous  l’influence  de  la  fluxion  inflammatoire.  Un  frémis- 
sement vibratoire  plus  ou  moins  marqué  se  fait  aussi  quel- 
quefois sentir  dans  la  région  précordiale. 

La  percussion  de  la  région  du  cœur  donne  un  son  mat 
dans  une  surface  de  4,  9 et  même  16  pouc.  carrés;  pour  dis- 
tinguer celte  matité  de  celle  qui  serait  l’effet  d’un  simple 
épanchement  dans  le  péricarde , il  suffit  de  faire  attention 
qu’elle  coïncide  dans  le  cas  d’endocardite  avec  des  batte- 
mens du  cœur  superficiels,  visibles,  sensibles  à la  main, 
tandis  que,  dans  le  cas  d’épanchement  considérable,  les 
battemens  du  cœur  sont  profonds,  éloignés,  très  peu  ou 
même  nullement  sensibles  à la  vue  et  au  toucher,  du  moins 
dans  le  décubitus  ordinaire. 

U auscultation  fait  entendre  un  hruit  de  soufflet  masque 
les  deux  bruits  normaux  du  cœur  à la  fois  ou  bien  un  des 
deux  seulement.  Ce  bruit  de  soufflet  est  d’autant  plus  fort 
que  les  battemens  du  cœur  sont  plus  violens  et  plus  préci- 
pités. (i).  L’auscultation  fait  entendre  aussi , quand  les 


coïncider  toujours  arec  une  endocardite  compliquée  de  péricardite.  Je  ne  sais  si 
la  simple  turgescence  inflammatoire  du  cœur,  combinée  avec  la  violence  des  bat- 
temens de  cet  organe,  suffirait  pour  produire  en  quelques  jours  la  saillie  dont  il 
est  ici  question.  Cela  ne  me  paraît  pas  encore  très  probable. 

(i)  11  nous  semble  probable  que  le  bruit  de  souffle  ou  de  râpe  doit  être  d’autaut 
plus  fort,  que  le  gonflement  des  valvules  est  plus  considérable,  et  qu'il  s’est  formé 
autour  de  ces  valvules  ou  à la  surface  môfne  des  cavités  du  cœur,  une  masse  plus 
grande  de  concrétions  fibrineuses  ou  pseudo-membraneuses.  11  est  bien  entendu  ce- 
pendant que  si  les  concrétions  étaient  asser  abondantes  pour  oblitérerpresque  en- 
tièrement les  cavités  du  cœur,  cette  circonstance  pourrait  diminuer  l’intensité  du 
bruit  de  soufflet,  au  lieu  de  l’augmenter,  vu  l’obstacle  extrême  quelle  opposerait 


Îi06  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

battemens  du  cœur  s’exercent  avec  une  certaine  violence, 
un  tintement  métallique  isochrone  à la  systole  ventricu- 
laire. 

3°  On  peut  apprécier  par  la  vue  et  par  le  toucher  la 
1 force  des  battemens  du  cœur  (i  y. 

Ce  n’est  pas  seulement  sous  le  point  de  vue  de  leur  force 
! et  de  leur  énergie  que  les  battemens  du  cœur  sont  troublés 

pendant  le  cours  d’une  endocardite  aiguë.  En  effet,  constam- 
! ment  l’augmentation  du  nombre  de  ces  battemens  se  joint 

! à l’augmentation  de  leur  force,  et  dans  un  assez  bon  nombre 

1 de  cas,  le  rhjthme  de  ces  mêmes  battemens  est  profondément 

altéré.  Nous  avons  vu,  chez  quelques  sujets,  le  nombre  des 
battemens  du  cœur  s’élever  à i40)  psr  minute,  et 

dépasser  même  ce  chiffre  (voy.  l’obs.  22®).  H est  assez  rare 
:!  que  les  battemens  du  cœur  ne  soient  pas  irréguliers , iné- 

;i  gaux  , intermittens , quand  leur  fréquence  est  portée  à ce 

terme. 

4“  Une  réaction  fébrile  plus  ou  moins  forte  accompagne 
’ ordinairement  l’endocardite  aiguë.  Toutefois,  il  ne  faut  pas 

confondre  avec  un  véritable  état  fébrile  la  simple  augmen- 
tation de  la  fréquence  du  pouls  et  des  battemens  du  cœur 
^ dans  le  cas  d’endocardite,  soit  simple,  soit  compliquée  de 

|;  péricardite.  En  effet , cette  fréquence  peut  exister  en  Tab* 

sence  d’une  réaction  fébrile  proprement  dite.  Nous  en 
I,  avons  eu  ce  mois-ci  (janvier  i835)  un  remarquable  exem- 

\ pie  à la  clinique.  Un  malade  , couche  au  n®  2 de  la  salle 

i St-.Tean-de-Dieu  , fréquemment  atteint  de  douleurs  rhuma- 

I tismales,  fut  pris  d’une  endopéricardite  sub-aiguë  des 

I 


|l  * 

au  jeu  des  Talvoles  et  des  parois  du  cœur.  Au  reste,  ce  sont  là  des  hypothèses  sur 
lesquelles  il  ne  faut  pas  trop  insister. . 

I (i)  Quelques  expériences  récentes  nous  portent  à croire  qu’au  moyen  du 

! $phygmomèlr6  àeM.  Hérisson  ou  d’un  autre  instrument  du  même  genre,  on 

parriendra  quelque  jour  à mesurer  d’une  manière  précise  les  differens  degrés 
I;  d’augmentation  de  la  force  des  contractions  du  cœur. 

!i 
' » 

i 


J 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  207 

mieux  caractérisées.  Les  battemens  du  cœur  et  du  pouls 
s’élevaient  à plus  de  i4o  par  minute , et  ils  étaient  inégaux, 
irréguliers,  intermittens.  Cependant,  le  malade  n’éprou- 
vait point  ce  malaise  intérieur,  cette  agitation  générale  qui 
accompagne  l’état  fébrile  ; la  chaleur  de  la  peau  était  nor- 
male ainsi  que  la  soif.  Mais,  je  le  répète,  l’absence  de  la 
fièvre  dans  une  endocardite  aiguë  est  une  circonstance 
peu  ordinaire.  ^ 

Avoir  indiqué  les  caractères  des  battemens  du  cœur  , 
c’est,  jusqu’à  un  certain  point,  avoir  indiqué  en  même 
temps  ceux  des  pulsations  artérielles.  Il  est  bon  cependant 
de  savoir  que  le  pouls  n’est  pas  toujours  la  représentation 
fidèle  des  battemens  du  cœur.  Ainsi , chez  quelques  mala- 
des, tandis  que  le  pouls  était  petit , peu  développé  , misé- 
rable, les  battemens  du  cœur  s’opéraient  avec  une  violence 
et  un  tumulte  extraordinaires.  Cette  sorte  de  discordance 
entre  les  pulsations  du  cœur  et  celles  du  pouls  est  facile  à 
concevoir  : elle  dépend  ordinairement  de  la  présence  d’une 
masse  considérable  de  concrétions  fibrineuses  dans  le 
. cœur , d’un  engorgement  des  valvules  ou  d’un  embarras 
des  orifices  , toutes  circonstances  qui , malgré  la  violence 
des  battemens  du  cœur  , s’opposent  à ce  qu’une  large  co- 
lonne sanguine  soit  projetée  dans  le  système  artériel. 
Aussi , est-ce  alors  que  l’on  voit  survenir  la  pâleur  du  vi- 
sage , l’anxiété  , la  jactitation,  les  défaillances,  les  éblouis- 
semens,  la  syncope. 

Il  est  aussi  des  cas  (et  notre  observation  22®  est  un  cas  de 
ce  genre) , où  les  pulsations  du  pouls  et  celles  du  cceur 
diffèrent  en  Ire  elles  même  sous  le  rapport  du  nombre.  Alors, 
c’est  toujours,  comme  on  le  devine  aisément , le  nombre 
des  pulsations  du  pouls  qui  est  inférieur  à celui  des  batte- 
mens  du  cœur.  Pour  comprendre  cette  nouvelle  espèce  de 
désaccord  entre  le  pouls  et  les  contractions  du  cœur,  il 
sulfit  de  savoir  qu’il  est  des  cas  où  l’embarras , la  gêne  de 
la  circulation  à travers  le  cœur  est  telle  , que  la  petite 


2o8  maladies  du  coeur  en  particulier. 
masse  de  sang  qui  est  chassée  pendant  la  systole  ne  suffit 
pas  pour  ébranler  la  colonne  qui  circule  dans  les  artères 
éloignées  du  centre. 

5°  En  général , dans  la  première  période  d’une  endocar- 
dite aiguë  , la  circulation  veineuse  n’est  pas  considérable- 
ment troublée.  Néanmoins,  quand  le  passage  du  sang 
s’opère  très  difficilement  à travers  le  cœur  (ce  qui  arrive 
lorsque  d’abondantes  concrétions  fibrineuses  se  sont  for- 
mées, que  le  jeu  des  valvules  est  gêné’,  etc.)  , le  visage  et 
les  mains  prennent  une  teinte  violette  ou  livide,  et  il 
survient  une  certaine  bouffissure  de  la  face  avec  empâte- 
ment, engorgement  séreux  des  extrémités.  Je  suis  même 
très  disposé  à croire  que  la  perte  de  connaissance  subite, 
les  mouvemens  convulsifs  légers,  suivis  de  respiration  sler- 
toreuse  et  d’écume  à la  bouche , tels  que  nous  les  avons 
observés  chez  deux  de  nos  malades,  étaient  le  résultat 
d’une  forte  congestion  veineuse  du  système  encéphalique, 
provenant  de  l’obstacle  qu’apportaient  au  dégorgement  de 
la  veine-cave  supérieure  les  concrétions  fibrineuses  qui  dis- 
tendaient les  cavités  du  cœur  en  général  et  les  cavités  droi-. 
tes  en  particulier. 

Dans  ce  qui  précède  nous  avons  plus  spécialement  insisté 
sur  l’influence  des  conditions  mécaniques  dans  le  trouble 
des  fonctions  de  la  circulation  centrale;  mais  loin  de  nous 
la  pensée  d’attribuer  exclusivement  à des  causes  de  cette 
espèce  le  trouble  dont  il  s’agit.  De  même,  en  effet,  que 
c’est  dans  une  excitation  dynamique,  dans  une  stimulation 
hyper-normale  du  principe  animateur  ou  du  système  ner- 
veux du  cœur,  qu’il  faut  chercher  le  secret  de  l’augmen- 
tation de  force  et  de  fréquence  de  ses  batlemens;  de 
même  au.ssi , dans  un  certain  nombre  de  cas  , c’est  à 
une  lésion  de , l’innervation  du  cœur  qu’il  faut  rappor- 
ter V irrégularité,  l’inégalité , V intermittence  des  battemens 
de  cet  organe.  Cette  sorte  àé ataxie  est  pour  le  cœur  ce  que 
sont  pour  les  centres  nerveux  le  délire  , les  hallucinations, 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  L ENDOCARDITE.  200 

les  mouvemens  spasmodiques  ou  convulsifs  qui  accompa- 
gnent la  méningo-encéphalite  aiguë  , ce  que  sont  pour  l’es- 
tomac, les  nausées,  les  vomissemens,  etc.,  etc.  • 

6°  L’influence  de  l’endocardite  aiguë  sur  la  respiration 
est  presque  nulle,  dans  les_cas  où  la  circulation  se  fait  assez 
librement  à travers  le  cœur.  I>ious  avons  rencontré  plusieurs 
individus  qui  n’éprouvaient  aucun  sentiment  de  dyspnée  ou 
d’oppression,  du  moins  dans  l’état  de  repos.  Mais  toutes  les 
fois  qu’un  grand  obstacle  s’oppose  au  cours  du  sang  dans 
les  cavités  du  cœur,  les  malade:s  sont  en  proie  à la  plus  dé- 
chirante oppression;  ils  étouffent,  comme  ils  le  diseilt„  res- 
tent assis  plutôt  que  couchés  dans  leur  lit  , ne  goûtent 
aucun  moment  de  sommeil,  et  cherdient  vainement,  au  mi- 
lieu d’une  agitation,  d’une  jactitntion  perpétuelle  , quelque 
position  qui  leur  permette  de  satisfaire  le  pressant  besoiii 
de  respirer  qui  les  tourmente. 

Les  troubles  que  peuvent  offrir  les  fonctions  des  cen- 
tres nerveux,  sont  en  général  la  conséquence  des'  lésions  de 
la  circulation  et  de  la  respiration;  aussi  avons-nous  été  obligé 
de  les  signaler  en  parlant  de  ces  dernières.  Piÿsque  jamais, 
lorsque  l’endocardite  est  simple,  sans  complication  de  pleu- 
résie ou  de  péricardite  , il  ne  se  manifeste  un  véritable  dé- 
lire ; mais  quand^la  dyspnée  est  extrême  , que  les  nialades 
sont  sans  cesse  dans  un  état  imminent  de  syncope  , ils 
éprouvent  par  intervalles  une  sorte  d’égarement , qui  se 
rapproche  de  celui  que  peut  produir^e  une  vive  et  profonde 
frayeur. 

8“  Les  fonctions  digestives  se  comportent  dans  l’endocar- 
dite comme  dans  toutes  les  autres  grandes  maladies  aiguës,  * 
non  compliquées  d’une  affection  idiopathique  du  tube  di- 
gestif. Il  en  est  de  même  des  principales  fonctions  sécré- 
toires : disons  seulement  que  dans  les  cas  de  dyspnée 
excessive  et  d’obstacle  très  considérable  à da  circulation, 
on  voit  assez  souvent  survenir  des  sueurs  froides  soit 

• i4 


s 10  MAtADÏES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

sur  tout  le  corps  , soit  sur  le  visage  et  le  front  seulement. 

L'ensemble' des  symptômes  que  nous  venons  d’exposer 
offre  de  tiombreuses  différences,  selon  l’étendue,  le  degré 
plus  ou  moins  aigu  de  l’endocardite,  la  susceptibilité  des 
individus,  les  complications,  etc. 

La  description  que  nous  «venons  de  tracer  s’applique 
particulièrement  à l’endocardite  générale  très  aiguë.  Lors- 
que cette  phlegmasie  est  partielle,  qu’elle  affecte  une 
marche  sub-aiguë  ou  même  tout-à-fait  lente,  chronique, 
elle  ne  s’annonce  plus  par  un  cortège  de  symptômes  aussi 
saillans,  et,  pour  la  reconnaître,  il  faut  apporter  une 
grande  attention  h l’examen  <;Jes  malades. 

Telle  que  nous  venons  de  la  décrire,  l’endocardite  ai^ë 
ne  saurait  être  confondue  par  un  observateur  exercé  avec 
aucune  autre  maladie,  si  ce  n’est,  peut-être,  la  péricardite. 
J’avouerai,  pour  ma  part , qu’il  est  quelques  cas  assez  em- 
barrassans.  reste  , ce  serait  une  erreur  de  peu  de  gravité 
que  de  prendre  une  péricardite  pbur  une  endocardite  et 
réciproquement;  maladies  qui,  d’ailleurs,  comme  nous 
l’avons  fait  remarquer  précédemment,  co-existent  très  sou- 
vent l’une  avec  l’autre. 

Lorsque  la  péricardite  est  accompagnée  d’un  épanchement 
considérable  , on  né  peut  la  confondre  avec  l’endocardite 
pure  et  simple,  attendu  que  dans  cé  cas  les  battemens  du 
cœur  sont  obscurs,  éloignés,  difficiles  ou  impossibles  à sen- 
tir à la  vue  ou  au  toucbel^,  ce  qui  est  l’opposé  de  ce  qu’on 
observe  dans  l’endocardite.  Mais  lorsque  la  péricardite  ne 
détermine  qu’une  simple  exsudation  pseudo-mémbraneuse, 
il  est  réellement  assez  difficile  de  la  distinguer  de  l’endocar- 
dite , d’autant  plus  qu'elle  s’accompagne  alors  d’un  bruit 
de  frottement  péricardique,  qui,  comme  nous  l’avons  noté 
ailleurs,  ressejpble  quelquefois  beaucoup  au  bruit  de  frot- 
tement qui  s’observe  dans  l’endocardite  valvulaire.  Il  est 
pourtant  vrai, de  dire  que  cette  forme  delà  péricardite  est 


histoire  générale  de  l’eJîDOCARDITE.  !3lt 
rarement  la  cause  d’une  oppression  et  d’une  gêne  de  la  cir- 
culation, aussi  considérables  que  celles  qui  se  manifestent 
sous  l’influence  d’une  violente  endocardite. 

En  dernièreanalyse,  il  n’est  pasdifficile  de  diagnostiquer 
utie  inflammation  très  aiguë  du  tissu  séro-fibreux  du  ëœuT  en 
général  ; mais  il  est  des  cas  où  l'on  ne  peut  guère  décider  Si 
l’inflammation  occupe  exclusivement  l enveloppë  eXtërne  oU 
l’enveloppe  interne  du  coëur. 

Je  n’ai  rien  négligé  pour  distinguer  les  uns  des  autres  lës 
cas  dans  lesquels  le  bruit  de.soulflet  où  de  râpe  eSt  lé  ré- 
sultat tantôt  d’une  péricardite  aiguë,  tantôt  d’uné  endo- 
cardite et  tantôt  d’une  endo  péricardite.  Lès  recherches 
auxquelles  je  me  suis -livré  n’ont  pas  encore  été  sirfflsani- 
ment  répétées  pour  établir  sur  dès  données  cotnplètërnent 
satisfaisantes  la  distinction  dont  il  s’agit.  Dans  trois  <*àS, 
nous  avons  vu  le  bruit  de  soufflet  où  de  râpe  disparaître 
quand  on  faisait  changer  de  position  aux  malades,  et 
revenir  quand  on  les  rétablissait  dans  le  clécubitüs  ho- 
rizontal qu’ils  affectaient  avant  l’expériencè.  Or,  il  nous 
semble  que  cette  remarquable  particularité  indique  un 
frottement  péricardique  et  non  un  frottement  endocar- 
dique  ou  valvulaire  : en  effet,  on  conçoit  bien  qu’un  tel 
changement  de  position  puisse  diminuer  ou  même  empê- 
cher presque  complètement  le  frottement  entre  les  sur- 
faces opposées  du  péricarde  et  partant  le  bruit  anormal  qui 
en  serait  le  résultat , mais  on  ne  comprend  pas  comment 
le  même  changement  de  position  pourrait  faire  dispa- 
raître le  bruit  de  soufflet  ou  de  râpe  qui  dépendrait  d’une 
lésion  des  valvules  du  cœur  (i). 


(i)  De  nomhre\iscs  ouvertures  de  cadavres  nous  auraient  probablement  fourni 
les  moyens  de  résoudre  celtè  difficulté  de  diagnostic;  mais  heureusement  nous 
avons  sauvé  jusqu’ici  presque  tous  nos  malades. 


21  a MALADIES  Dü  CœUR  EN  PARTICULIER. 

II.  Symptômes  et  diagnostic  des  diverses  lésions  dites  organi- 
ques ^ qui  surviennent  dans  les  seconde  et  troisième  périodes 

de  V endocardite . 

L’endocardite  peut  se  terminer  par  une  entière  résolution 
et,  dans  ce  cas,  on  voit  peu  à peu  se  dissiper  les  divers 
symptômes  que  nous  avons  fait  connaître  dans  le  précédent 
paragraphe.  Mais  comme  jusqu’iei  l’endocardite  avait  été 
entièrement  méconnue , et  que  partant  elle  n’avait  point 
été  soumise  à un  traitement  convenable,  l’heureuse  termi- 
naison que  nous  venons  d’indiquer  n’était  pas  la  plus  com- 
mune. Or,  nous  savons  quels  sont  les  résultats  d’une  endo- 
cardite, passée  à l’état  chronique. 

Sous  cette  nouvelle  forme,  le  mouvement  inflammatoire 
diminue  graduellement  d’intensité  et  dégénère  insensible- 
ment en  un  mouvement  lent,  qui  n’a  quelquefois  pour  effet 
que  l’épaississement  simple  ou  hypertrophique  des  tissus, 
mais  qui  dans  beaucoup  de  cas  amène  un  certain  degré 
d’induration  et  de  dégénérescence  de  ces  mêmes  tissus.  Quoi 
qu’il  en  soit,  telle  est  parfois  la  lenteur  de  l’acte  pathologique 
qui  succède  à l’inflammation  aiguë,  qu’on  l’apprécie  bien 
moins  en  lui-mêmé,  que  par  les  résultat#dont  il  est  suivi 
à la  longue.  Ce  travail  sourd,  lent,  chronique,  est  pourainsi 
dire  au  travail  inflammatoire  aigu  qui  l’a  précédé,  ce  qu’est, 
dans  une  montre,  le  mouvement  de  l’aiguille  qui  marque 
les  heures  à celui  de  l’aiguille  qui  marque  les  secondes.  La 
l'apidité  avec  laquelle  s’exécute  ce  dernier,  permet  à l’œil 
de  l’apercevoir  et  de  le  suivre  , tandis  que  la  lenteur  de 
l’autre  le  dérobe  complètement  à l’œil.  Celui-là  n’est  ce- 
pendant pas  moins  réel  que  l’autre , comme  le  prouve  l’es- 
pace parcouru  par  l’aiguille  à heure  dans  un  temps  donné. 

De  toutes  les  altérations  organiques  que  l’endocardite 
peut  entraîner  à sa  suite,  et  qui,  une  fois  développées,  sur- 
vivent à leur  cause,  et  constituent  alors  des  lésions  presque 
purement  mécaniques,  celles  qu’il  importe  le  plus  desavoir 


IIISTOIIIE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  21 3 
dia^mostiquer , sont , sans  contredit,  les  diverses  espèces 
d’indurations  des  valvules  avec  rétrécissement  des  orifices 
du  cœur.  C’est  aussi  par  l’exposition  de  leurs  symptônies 
que  nous  allons  commencer. 

A.  Symptômes  et  diagnostic  de  Vinduration  des  'valoides  avec 

rétrécissement  des  orifices  du  cœur  ( i ) . 

Soit  que  l’induration  des  valvules  ait  été  précédée  des 
signes  d’une  jndocardi.te  aiguë,  tels  que  nous  les  avons  ex- 
posés plus  haut,  soit  qu’elle  ait  primitivement  affecté  une 
marche  lente  et  chronique,  une  fois  qu’elle  est  parvenue  à 
un  certain  degré  et  qu’elle  est  accompagnée  d’un  rétrécisse- 
ment notable  des  orifices,  le  médecin,  qui  s’est  familiarisé 
avec  ce  genre  de  maladie,  en  établit  le  diagnostic  avec  une 
certitude  et  une  précision  qui  ne  le  cèdent, en  rien  à celles 
qu’un  habile  chirurgien  apporte  dans  le  diagnostic  de  l’in- 
duration et  du  rétrécissement  d’un  organe  creux  extérieur , 
tel  que  l’urètre  et  le  rectum,  par  exemple. 

Les  signes  qui  nous  font  reconnaître  le  rétrécissement  des 
orifices  du  cœur,  consécutivement  à une  induration  des 
valvules,  doivent  être  distingués  en  ceux  que  fournissent 
les  divers  modes  d’exploration  de  l’état  du  cœur,  et  en  ceux 
qui  sé  tirent  de  l’exploration  de  l’état  des  autres  organes. 

SIGNES  LOCAUX. 

I®  LHnspection  des  batlemens  du  cœur  ne  nous  fournit 
aucun  signe  direct  et  certain  de  la  lésion  organique  qui  nous 
occupe.  Mais  comme  cette  lésion  est  ordinairement  accom- 
pagnée d’hypertrophie  et  de  dilatation  du  cœur,  l’inspec- 
tion, comme  nous  le  dirons  en  traitant  de  ces  maladies, 
nous  procure  des  données  utiles  sur  la  force  et  l’étendue  des 
hattemens  du  cœur,  ainsi  que  sur  leur  rhythme. 


(i)  Je  traiterai,  à Y article  Hypertrophie,  du  rétrécissement  que  les  caTÎtci  du 
cœur  elles-mêmes  peuvent  éprouver  ( hypertrophie  concentrique  ). 


î2i4  MAfi^DIES  DU  CCEUR  EN  PARTICULIER, 

2°  L’application  de  la  main  sur  la  région  précordiale  en  même 
t;çrups  qu’elle  nous  fait  apprécier  les  modifications  survenues 
dans  la  force,  l’étendue  et  le  rhythrae  des  batteraens  du 
cœur,  fait  éprouver  la  sensation  du  frémissement  'vibratoire 
ou  cataire  [bruissement particulier  j espèce  d’ondulation , fré-^ 
missement  sourd  de  Corvisart.)  L’existence  du  frémissement 
cataire  ou  vibratoire  et  les  irrégularités,  les  intermittences, 
les  inégalités  des  battemens  du  cœur  sont  des  signes  d’une 
grande  valeur  pour  le  diagnostic  du  rétrécissement  des 
orifices  du  cœur  (i).  • 

Parmi  les  désordres  survenus  dans  le  rhythme  des  batte- 
mens du  cœur  de  quelques  uns  des  -individus  atteints  de 
rétrécissement  des  orifices  et  d’induraiion  des  valvules, 
l’un  des  plus  remarquables  est,  sans  contredit,  ce  triple  ou 
même  ce  quadruple  mouvement  du  cœur,  dont  nous  avons 
parlé  dans  nos  prolégomènes. 

3v  La  percussion  , comme  on  a pu  le  voir  par  les  nom- 
breuses observations  que  nous  avons  rapportées,  fait  re- 
connaître, dans  presque  tous  les  cas,  une  matité  beaucoup 
plus  étendue  qu’à  l’état  normal.  Mais  cette  circonstance 
tient  à la  dilatation  et  à l’hypertrophie  qui  accompagnent 
le  rétrécissement  des  orifices,  et  ne  peut  être  considérée 
comme  un  signe  direct  de  cette  dernière  maladie. 

4“  L’ auscultation  est  la  méthode  d’exploratien  à laquelle 
nous  devons  la  connaissance  de  l’un  des  signes  les  plus 
précieux  du  rétrécissement  des  orifices  du  cœur  et  de-l’in- 
duration,  des  valvules.  Ce  signe  lumineux  consiste  dans  le  • 


(i)  Corvisart  attachait  un  grand  prix  à l’existence  du  frémissement  de  la  ré- 
gion précordiaJe  comm.i  signe  du  rétrécissement  des  orifices  du  coeur  et  de  celui 
de  l’orifice  aortique  en  particulier.  Ce  frémissement  se  fait  également  sentir,  sui- 
vant cet  illustre  observateur,  à la  main  qui  interroge  le  pouls.  Il  dit , eu  parlônt 
du  rétrécissement  de  rembourhure  aortique.  : «/ci.  point  d’obscurité,  et  quand  la 
rnédecin  n'aurait  pour  guide  que  cette  espèce  d'ondulation  , ce  bruissement,  ce 
friq\isjemên,t  sourd  , ce  caractère  si  reconnaissable  du  pouls  , dans  tous  Us  cas  de 
ce  genre,  son  diagnostic  ne  doit  plus  être,  incertain.  > 


O 


L 


IIISTOIIIE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  2i5 
bi'uit  de  soufflât  y de  râpe  ou  de  scie  que  l’on  entend  pen- 
dant les  battemens  du  coeur. 

Le  bruit  de  soufflet , de  râpe  ou  de  scie  est  tantôt  double 
et  tantôt  simple.  Dans  le  premier  cas , il  masque  complète- 
ment le  double  claquement  valvulaire.  Dans  le  second  cas, 
un  seul  des  deux  bruits  valvulaires  est  couvert  ou  plutôt 
. remplacé  par  le  bruit  de  soufflet. 

Le  bruit  que  nous  signalons  offre  plusieurs  variétés  sous 
le  rapport  de  sa  durée  et  de  son  intensité.  Il  est  quelquefois 
brusque  et  saccade,  tandis  que,  dans  d autres  cas,  il  est 
lent,  prolongé,  et  pouf  ainsi  dire  filé.  Chez  quelques  su- 
jets, son  intensité  est  telle  qu’on  l’entend  à Une  certaine 
distance  de  la  poitrine  ; chez  d’autres,  au  contraire , .il  est 
un  peu  sourd  et  on  ne  le  distingue  bien  qu’en  auscultant 
avec  beaucoup  d’attention. 

Le  bruit  de  soufflet  sibilant  ou  roucoulant  existe  dans 
certains  cas  d’induration  des  valvules,  ainsi  que  le  démon- 
trent quelques  unes  des  observations  que  nous  avons  rap- 
portées (Observ.  62*,  63',  etc.). 

Les  détails  dans  lesq-uels-je  suis  entré  sur  le  mécanisme 
du  bruit  de  soufflet , de  râpe  ou  de  scie,  en  traitant  ailleurs 
des  bruits  anormaux  du  cœur  (voy.  Prolégom. , seconde 
partie)  , me  dispensent  de  m’en  occuper  ici.  Mais  je  crois 
devoir  insister  de  nouveau  sur  la  constance  àwhrmX.  de 
soufflet,  de  râpe  ou  de  scie,  dans  les  cas  d’un  rétrécisse- 
ment notable  des  orifices  du  cœur  avec  induration  des  val- 
vules. Sur  plus  de  cent  cas  de  ce  genre  de  lésion, que  j’ai  eu 
occasion*  de  rencontrer  , il  n’en  est  qu’un  dans  lequel  je 
n’aie  pas  constaté  l’existence  de  ce  signe,  et  j’ai  l’intime 
conviction  que  si  j’eusse  observé  le  malade  avec  plus  de 
soin  et  un  plus  grand  nombre  de  fois , j’aurais  également 
entendu  chez  lui  le  bruit  que  nous  étudions  en  ce  mo- 
ment (i).  • 


(1)  Dans  les  cas  où  le  rétrécissement  des  orifices  avec  indaratio^  dps  Tabales 


^l6  MALADIES  DU  CCffiUR  -EN  PARTICULIER. 

Aucune  véritable  douleur  n’accompagne  ordinairement 
l’induration  des  valvules.  Quelques  malades  accusent  seu- 
lement un  sentiment  à! embarras  ou  de  pesanteur  incom- 
mode dans  la  région  précordiale  ou  vers'le  creux  de  l’esto- 
mac. Presque  tous  se  plaignent  d’éprouver  des  palpitations 
plus  ou  moins  violentes,  des  défaillances,  des  syncopes. 
Les  palpitations  augmentent  au  moindre  exercice,  par 

l’action  de  monter  un  escalier,  etc.,  ou  sous  l’influence  de 

» 

la  moindre  émotion  morale.  Les  palpitations  sont  caracté-, 
risées  à la  fois  et  par  l’augmentation  de  la  force  et  par 
l’augmentation  du  nombre  des  battemens  du  cœur  (leur 
nombre  peut  s’élever  au-delà  de  i4o  à i6o  par  minute). 

En  résumé,  lorsque  chez  un  malade  on  entend  un. 
bruit  permanent  de  soufflet,  de  râpe  ou  de  scie  dans 
la  région  précordiale , qu’il  existe  en  même  temps  un  fré- 
missement vibratoire  et  des  palpitations  ou  des  battemens 
tumultueux,  irréguliers,  intermittens  du  cœur,  il  est  à 
peu  près  certain  , si  la  maladie  date  déjà  de  plusieurs  mois 
ou  même  de  plusieurs  années,  qu’il  s’agit  d’une  induration 
des  valvules  avec  rétrécissement  d’un  orifice  ou  de  plusieurs 
orifices,  du  cœur.  Rien  ne  manque  à la  certitude  du  dia- 
gnostic, lorsqu’à  ces  signes  locaux  se  joignent  les  signes  dits 
généraux  que  nous  allons  maintenant  indiquer  (i),  et  qui 
sont  le  résultat  de  l’influence  qu’exerce  sur  les  fonctions 
des  autres  organes , l’obstacle  qu’oppose  au  passage  du 


est  accompagné  du  triple  ou  quadruple  mouvementdu  cœur  dont  il  a "été  question 
plus  haut , on  entend  en  même  temps  trois  ou  quatre  bruits , au  lieu  de  deux.  Au 
reste,  je  renroie  à ce  que  j’ai  dit  ailleurs  de  cette  remarquable  modiCcation  dans 
le  nombre  et  le.  rbylhme.  des  mouvemens  et  des  bruits  alternatifs  du  aeur. 
(Yoy,  P rolégom.,  pag.  i8S  et  S'ûv.). 

(i)  Les  signes  de  celte  dernière  catégorie  ont  été  donnés  par  plusieurs  auteurs 
comme  propres  à l'anèvrisme  du  cœur,  qui  coïncide  presque  constamment  avec 
la  maladie  qui  nous  occupe.  C’est  une  grande  erreur.  T'n  effet^lans  ce  cas  , loin 
d'être  le  premier  mobile  des  phénomènes  dont  il  .s’agit  , 1 anévrisme  n’est  lui- 
même  qu’un  des  effets  et,  pour  ainsi  dire,  des  accidens  de  l’induration  des  val- 
▼ules  et  du  rétrécissement  des  oriüces  du  cœur.  Au  reste,  "nous  reviendrons  suf 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’ENDOCARDITE.  21 7 
sang  à travers  le  cœur  l’indu  ration  «cl  es  valvules  avec  rétré- 
cissement des  orifices.  ' 

SIGNES  généraux. 

J ° Influenee  su?' la  circulation  ar'tériclleÇ  i)et  wineiise.  — Irré- 
gulier, inégal, intermittent  comme  les  hatteinens  du  cœur, 
lepouls  contraste  par  sa  petitesâe,  par  son  exiguité,  avec  l’é- 
nergie, la  violence  et  l’étendue  de  ces  mêmes  battemens  du 
cœur  ; malgré  sa  petitesse  , il  est  dur  et  vibrant , lorsque 
le  rétrécissement  coïncide  avec  une  grande  hypertrophie 
du  ventricule  gauche;  il  offre  quelquefois,  mais  pas  con- 
stamment, l’espèce  de  frémissement  ou  cîe  bruissement 
signalé  par  Corvisart  ( ce  fi* *émissement  est  Men  plus  facile 
à sentir  dans  les  artères  voisines  du  cœur,  telles  que. les 
sous-clavières  et  les  carotides  primitives,  que  dans  les  ra- 
diales). 

La  circulation  veineuse  éprouve  toujours  un  obsta- 
cle plus  ou’moins  coqsidérable , dans  le  cas  de  rétrécisse* 
ment  des  orifices  du  eœur  avec  induration  des  valvules. 
Toutes  les  veines  extérieures  en'général  et  celles  qui  sont  les 
plus  voisines  du  Icœur  en  particulier,  comme  les  jugulaires, 
par  exemple  , offrent  une  dilatation  proportionnelle 
au  degré  et  à la  durée  de  la  maladie  qui  nous*  occupe 
(Obs.  24',  5ç)*,  60®,  etc.).  Nous  avons  rapporté  quelques  ol> 
servations  (Obs.  66®,  etc.  ) , où  les  veines  jugulaires  for- 
maient d’énormes  nodosités  variqueuses  au-dessous  de  l’es- 
pace sous-claviculaire  et  sur  les  parties  latérales  du  cou,  en 
même  temps  que  l’on  voyait  ramper  sur  les  parois  de  l’ab- 
domen et  de  la  poitrine  de  grosses  veines  anastomotiques, 
dont  on  n’observe  aucune  trace  à l’état  normal.  On  re- 
marque quelquefois  dans  les  veines  jugulaires  distendues 


ce  point  de  physiologie  pathologique  en  traitant  de  la  dilatation  ou  de  l’anê- 
vrisme  du  cœur. , 

(•)  L’exploration  du  pouls  au  moyen  du  sphygmomèlre  de  M.  Hérisson  peut 
fournir  quelques  données  utiles  au  diagnostic  de  la  lésion  qui  nous  occupe. 


9i8  maladies  du  coeur  en  tarticulier. 
et  gouflées  de  sang  une  pulsation  isochrone  au  pouls , et 
qui , pour  cette  raison , porte  le  nom  de  pouls  ueineux.  Il 
ne  faut  pas  confondre  ce  phénomène  avec  l’expansion  que 
présentent  ces  mêmes  veines  à chaque  mouvement  d’e^pira- 
* tion , ni  avec  le  soulèvement  que  leur  communiquent  les 
battemens  des  carotides,  he pouls 'veineux  est  l’effefcfclu  reflux 
d’une  certaine  quantité  de  sang  dans  l’oreillette  droite  et 
les  veines  qui  s’y  dégorgent,  pendant  la  contraction  du 
ventricule  droit.  Ce  reflux  a lieu  dans  deux  cas  que  voici  : 
I®  lorsque  la  valvule  tricuspide  indurée  offre  une  ouver- 
ture que  le  jeu  de  ses  lames  soudées  les  unes  avec  les  autres 
ne  peut  pas  fermer  pendant  la  systole  ; a°  lorsque  l’orifice 
auriculo-ventficulaire  droit  est  tellement  dilaté  que  la 
valvule  tricuspide,  soit  qu’elle  conserve  encore  ses  dimen- 
sions normales,  soit  qu’elle  ait  perdu  de  sa  largeur,  ne 
peut  plus  le  boucher  hermétiquement  au  moment  de  la 
^ contraction  ventriculaire. 

A l’obstacle  qu’éprouve  la  circulation  veineuse  se  rap- 
portent cette  lividité  , cette  teinte  Violacée  , ce  gonflement 
du  visage  et  surtout  des  \h\Tes>{Jacies propria  de  Corvisart)  ; 
cette  injection  foncée  des  mains,  cet  engorgement^ des  pou- 
mons, du  foie,  du  cerveau  et  des  membranes  muqueuses  ; 
ces  colle'ctions  séreuses  dans  le  tissu  cellulaire  et  les  mem- 
branes séreuses,  ces  hémorrhagies  passives  diverses,  tous 
phénomènes  qui  surviennent  dans  le  cours  de  la  maladie 
que  nous  étudions.  Ces  phénomènes  purement  mécaniques 
s’expliquent  avec  tant  de  facilité  que  nous  ne  croyons  pas 
devoir  en  faire  une  analyse  plus  détaillée  (i). 

2“  Influence  sur  la  respiration.  — Une  légère  dyspnée  que  les 
malades  désignent  sous  le  nom  de  courte  haleine,  l’essouffle- 

(i)  Les  congestions  séreuses  pasiive$  ou  mécaniques  dont  ^il  s agit  ici  commen- 
cent par  les  parties  les  plus  décÜTes  ; telle  est  même  l’influence  de  la  pesaïUeur 
sur  la  production  de  ces  congestions,  que,  comme  nous  en  avons  cité  des  exem- 
ples , elles  deviennent  beaucoup  plus  considérables  dans  le  côté  du  corps  sur  le- 
quel les  m^adei  sont  restés  couchés  pendant  un  certain  temps. 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  Qig 
nient  après  des  exercices  un  peu  fatigans,  sont  les  pre- 
miers troubles  qu’éprouve  la  respiration.  ]\^ais,  à mesure 
que  le  mal  fait  des  progrès,  la  dyspnée  augmente,  et  de  là 
le  nom  à' asthme  sous  lequel  le  vulgaire  connaît  la  maladie 
qui  nous  occupe.  Lorsque  cette  difficulté  de  respirer'  est 
extrême,  les  malades  ne  peuvent  plus  respirer  qu’en  se 
tenant  assis  dans  leur  lit , et  pour  me  servir  de  l’énergique 
expression  de  l’un  d’eux,  ils  plutôt  qu’ils  ne  re^- 

pirent. 

3®  Influence  sur  les fonctions  cérébrales. — ■ Les  trouilles  de  ces 
fonctions  se  lient  de  la  manière  la  plus  étroite  à ceux  de  la 
respiration  , et  leur  sont  en  quelque  sorte  proportionnels. 
Qui  pourrait  tracer  dans  toute  sa  vérité  Iç  déchirant  ta- 
bleau du  malheureux  livré  aux  angoisses  d'un  rétrécisse- 
ment extrême  des  orifices  du  cœur?  L’anxiété  , la  frayeur, 
le  désespoir,  respirent  dans  tous  ses  traits;  ses  yeux  sont 
saillans , hagards  , égarés  ; ses  sourcils  se  redressent , ses 
narines  se  dilatent , sa  bouche  s’ouvre  comme  pour  expri- 
mer instinctivement  le  besoin  qu’il  a de  respirer  et  pour 
seconder  les  efforts  qu’il  fait  pour  assouvir  cet  impérieux 
besoin  (i)  ; incapable  de  supporter  la  position  horizontale, 
assis  sur  le  bord  de  son  lit  , les  membres  inférieurs  pen- 
dans,  les  membres  supérieurs  fixés  sur  la  couche  pour  prê- 
ter un  point  d’appui  aux  muscles  inspirateurs, le  tronc  for- 
tement courbé  en  avant,  il  est  dans  un  état  de  jactitation 
continuelle,  cherche  le  frais,  pousse  des  gémissemens 
plaintifs,,  et,  d’une  voix  expirante,  entrecoupée , accuse 
souvent  l’impuissance  de  la  médecine,  implore  la  mort  et 


(i)  LesmouTemens  dont  il  s’agit  sont  des  phénomènes  purement  synergiques.* 
Les  belles  recherches  de  M.  Ch.  Bell  nous  ont  révélé  le  secret  de  la  synergie  qui 
existe  entre  certains  mouvemens  des  joues,  des  narines,  des  sourcils , des  yeux , 
du  cou , et  les  mouvemens  des  muscles  respirateurs  proprement  dits.  Le  rôle  que 
joue  la  septième  paire  de  nerfs  dans  la  production  des  mouvemens  de  la  face  en 
rapport  avec  ceux  (Je  la  respiralipn,  Iqi  a valq  le  npm  de  nerf  respirateur  de  la 
face. 


220  MALADIES  DU  COEÜTl  EN  PARTICULIER, 

se  la  donnerait  quelquefois  lui-même,  si  ses  forces  défail? 
lantes  et  les  circonstances  où  il  se  trouve  le  lui  permet- 
taient. Il  ne  goûte  plus  les  douceurs  du  sommeil,  ou  s’il 
lui  arrive  de  s’assoupir,  il  est  tourmenté  par  des  rêves 
pénibles,  et  se  réveille  bientôt  en  sursaut. 

Dans  quelques  cas,  il  éprôuve  de  courts  instans  de  relâ- 
che, et  dans  cette  sorte  de  trêve,  vraiment  délicieuse,  il 
se  berce  de  l’heureuse  idée  d’une  guérison  prochaine,  ^ain 
espoir  qu^une  nouvelle  attaque  d’asthme  ne  tarde  pas  à 
dissiper.  Cependant,  après  des  efforts  dont  l’instinct  de  la 
conservation  est  seul  capable  , les  muscles  de  la  respiration 
eux-mêmes  tombent  enfin  dans  Tépuisement  où  sont  plon- 
gés tous  les  autres.  Le  malade  n’a  plus  la  force  de  se  soute- 
nir ; sa  tête  roule  sur  l’oreiller,  son  corps,  obéissant  4 la 
pesanteur , tombe  sur  les  parties  les  plus  déclives  du  lit 
pour  ne  plus  se  relever.  Un  assoupissement  sub-apoplecti- 
que , sorte  de  sommeil  que  la  nature  lui  accorde  à ses  der- 
niers momens,  s’empare  du  malade;  il  ne  reconnaît  plus 
lespersonnes  qui  l’environnent;  sa  voix  s’éteint,  son  haleine 
se  refroidit , ses  yeux  se  ternissent , son  visage  se  décom- 
pose... il  expire...  trop  heureux  si  une  mort  soudaine  lui 
eût  épargné  les  longues  douleurs  que  nous  vqnons  de  dé- 
crire (i)  ! 

i • 

DIAGNOSTIC  DIFFÉRENTIEL  DU  RETRECISSEMENT  DES  DIVERS 
ORIFICES  DU  COEUR. 

Existe-t-il  des  signes  propres  à nous  faire  connaître  le 
siège  précis  du  rétrécissement  dans  tel  ou  tel  des  orifices  du 
cœur?  La  solution  de  ce  problème , qui  est  au  fond  plus 
curieuse  qu’utile  , va  nous  occuper  quelques  instans. 

Dans  la  première  édition  de  son  ouvrage,  M.  Laënnec 


(i)  La  malade  de  l’observation  a3e  a présenté  au  plus  haut  degré  l’ensemble 
des  phénomènes  ci-dessus  exposés. 


IIISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  221 

pensait  i“  que  XHsochronisrne  du  bruit  de  soufflet  , dé  râpe 
ou  de  scie  avec  le  pouls  et  la  systole  ventriculaire  annon- 
çait que  le  rétrécissement  occupait  les  orifices  artériels; 

2°  que  l’isochronisme  des  mêmes  bruits  avec  la  systole  des 
oreillettes  était  un  indice  du  siège  de  la  maladie  dans  les 
orifices auriculo-veniriculaires;  3®quelebruitsefaisait  plus 
fortement  entendre  dans  la  région  des  cartilages  des  5%  6'  et 
y'  côtes,  si  les  orifices  gauches  étaient  rétrécis,  et  à la  par- 
tie inférieure  du  sternum,  au  contraire,  si  les  orifices  droits 
étaient  affectés  de  rétrécissement. 

Voici  les  résultats  des  longues  et  attentives  recherches  que 
nous  avons  faites  sur  la  question  dont  il  s’agit.  Il  est  certain 
qu’en  général  le  maximum  d’intensité  du  bruit  de  soufflet , 
de  scie  ou  de  râpe  existe  dans  le  point  de  la  région  précordiale 
correspondant  aux  orifices  rétrécis,  et  c’est  en  grande  partie 
sur  cette  donnée  que  nous  avons  fondé  notre  diagnostic  dans 
les  cas  partiSuliers  que  nous  avons  rapportés.  Mais  comme 
l’orifice  artériel , surtout  à gauche,  est  très  voisin  de  l’ori- 
fice auriculo-ventriculaire  correspondant,  il  est  des  cas  où  . 
la  circonstance  que  nous  venonsSiâ’indiquer  ne  suffirait  pas 
pour  faire  reconnaître,  d’une  manière  indubitable,  si  le  ré- 
trécissement occupe  l’un  ou  l’autre  de  ces  orifices.  L’exa- 
men du  pouls,  dans  les  rétrécissemens  des  orifices  gauches, 
est  une  source  de  lumières  qu’il  ne  faut  pas  négliger.  En 
général,  il  est  plus  irrégulier,  plus  petit , plus  inégal,  plus 
intermittent  dans  le  rétrécissement  simple  de  l’orifice  aor- 
tique que  dans  celui  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  gau- 
che. C’est  aussi  dans  le  rétrécissement  du  premier  de  ces 
orifices  qu’on  observe  particulièrement  le  frémissement 
vibratoire  du  pouls  signalé  par  ®brvisart , frémissement 
qui  , comme  nous  l’avons  déjà  dit , est  beaucoup  plus 
marqué  toutefois  dans  les  artères  voisines  du  cœur,  telles 
que  les  sous-clavières  et  les  carotides  primitives,  que  dans  les 
radiales.  Ajoutons  que  \%  maximum  d’intensité  du  frémisse- 
ment cataire  de  la  région  précordiale , comme  le  maximum 


MALADÏÈS  Dt3  CÔEUR  EN  rARTICt'LIER. 
d'intensité  du  bruit  de  frottement  valvulairé,  occupe  l’es- 
pace de  la  région  précordiale  en  rapport  avec  l’orifice  ré- 
tréci. 

Quant  à V isochronisme  dù  bruit  de  soufflet,  de  râpe  ou  de 
«cie  avec  la  systole  ou  la  diastole  ventriculaire , il  ne  signi- 
fie pi‘esque  absolument  rien.  En  effet,  le  bruit  de  soufflet 
existe  très  souvent  pendant  le  double  mouvement  du  cœur 
dont  il  reniplace  alors  le  double  claquement  (i). 

Le  rétrécissement  des  orifices  droits,  d’ailleurs  infiniment 
plus  rare  que  celui  des  orifices  gauches,  est,  en  dernière 
analyse,  plus  difficile  à reconnaître  que  ce  dernier,  ce  qui 
ne  serait  pas,  selon  Corvisart,  « si  l’on  pouvait  interroger 
les  pulsations  de  l’artère  pulmonaire,  comme  on  examine 
les  battemens  de  l’aorte  ou  de  ses  branches.  » Toutefois,  on 
aura  de  fortes  présomptions  en  faveur  de  l’existence  de  ce 
rétrécissement,  si  , le  bruit  de  soufflet  et  le  frémissement 
cataire  ayant  leur  maximum  d’intensité  dans  la  région  cor- 
respondante aux  orifices  droits,  on  observe  en  même  temps 
un  pouls  veineux  très  prononcé  dans  les  jugulaires  , él  les 
signes  qui  annoncent  une^pertrophieconsidérahle  duven- 
tricule  droit.- 

Dans  tout  ce  qui  précède,  noüs  avons  supposé  que  l’in- 
duration des  valvules  et  lé  rétrécissement  des  orifices  du 
,Cœur  étaient  déjà  parvenus -à  un  degré  très  avancé.  Le 


(i)  Gela  se  conçoit  aisément  en  rcdcchissant  que,  vii  l’ouverture  permanente 
qvie  représente  l’orifice  dont  les  valvules  sont  devenues  inhabiles  à exécuter  leurs 
mouvemens  normaux,  une  certaine  quantité  de  lang  peut  refluer  à travers  cette 
ouverture  pendant  la  diastole  v^Uriculaire,  si  le  rétrécissemeut  occupe  les  ori- 
fices artériels,  et  pendant  la  sysffe  ventriculaire,  s’il  affecte  les  orifices  auriculo^ 
ventriculaires.  M.  Filhos,  contradictoirement  à ce  qvCavait  avanc^  M.  Laënnec, 
établit  en  principe  que,  dans  ce  dernier  cas,  le  bruit  de  soufflet  est  isochrone  à la 
systole  ventriculaire , et  dépend  du  reflux  du  sang  à travers  1 orifice  auriculo- 
ventriculaire  rétréci.  Il  est  très  vrai  que  ce  reflux  constitue  une  cause  ^de  bruit 
de  soufflet,  mais  il  ne  Tést  pas  moins  que  le  passage  ou  le  f^*x  de  la  colonne  san- 
guine à travers  le  même  orifice,  pendant  la  diastole  ventriculaire  , |est  aussi  une 
cause  du  même  phénomène. 


histoire  générale  de  l’endocardite.  223 
diagnostic  n’est  pas  tout-à-fait  aussi  facile  lorsque  la  ma- 
ladie n’est  encore  qu’à  son  premier  degré.  Toutefois , des 
palpitations  et  une  légère 'dyspnée  habituelles^  augmentant 
au  moindre  exercice  le  son  âpre  et  Comme  étouffé  qui  ac- 
compagne les  battemens  du  cœur,  s’il  n’existe  pas  encore 
un  véritable  bruit  de  soufflet,  un  peu  d’infHtration  des 
pieds  et  de  la  partie  inférieure  des  jambes  , surtout  le  soir, 
lorsque  les  malades  sont  restés  leVésj  voilà  des  données  qui 
permettent  de  soupçonner  au  moins  la  maladie,  et  rien  ne 
manquera  réellement  à la  certitude  du  diagnostic,  si  les 
symptômes  dont  il  s’agit  ont  succédé  à ceux  d’une  endocar- 
dite aiguë,  tels  que  nous  les  avons  précédemment  exposés. 

B.  Symptômes  et  diagnostic  de  V épaississement  et  de  V indura- 
tion de  la  membrane  interne  du  cœur  ou  des  valvules , sans  ré- 
trécissement soit  des  orifices  J soit  des  cavités  du  cœur. 

Le  diagnostic  d’un  simple  épaississement  de  la  membrane 
interne  du  cœur , soit  qu'il  dépendé  de  l’organisation  d’une 
fausse  membrane  à la  surface  de  l’endocarde  , soit  qu’il 
résulte  d’une  véritable  hypertrophie  de  cetfe  enveloppe 
interne,  me  pàraat  le  plus  souvent  impossible,  au  moins 
dans  l’état  actuel  de  la  science. 

- Lorsque  l’épaississement  hypertrophique  occupe  les  val- 
vules , sans  que  celles-ci  soient  d’ailleurs  déforiliées  , ni  les 
orifices  rétrécis  , il  donne  ordinairement  lieu  à une  aug- 
mentation remarquable  dans  l’intensité  des  bruits  du  cœur. 
Ces  bruits  imitent  alors  un  véritable  claquement  de  fortes 
soupapes  , ou  bien  encore  le  bruit  que  produiraient  deux 
lames  de  parchemin  appliquées  brusquement  l’une  contre 
l’autre,  ce  qui  m’a  fait  donner  le  nom.de  hmiis parcheminés 
aux  bruits  valvulaires  ainsi  modifiési  Ce  phénomène  est  sur- 
tout bien  tranché , lorsque  l’épaississement  affecte  la  val- 
vule bicuspide , la  plus  robuste  de  toutes. 

Lorsque  l.e.s  valvules  sont  épaissies , indurées,  et  qu’elles 
se  sont  comme  repliées  sur  elles-mêmes,  de  manière  à 


^24  MALADIES  DU  CCEÜR  EN  PARTICULIER, 

n’avoir  plus  leur  large\ir  accoutumée  ce  qui  coïncide 
quelquefois  avec  un  élargissement  plus  ou  moins  marqué 
de  l’oriÇce  auquel  elles  sont  adaptées , il  en  résulte  un 
obstacle  nécessaire  à la  circulation.  En  effet,  les  valvules 
ainsi  transformées  en  une  sorte  de  ruban  ne  jouent  pins 
aveclamême  liberté  qu’à  l’état  normal,  et  elles  sont  insuffi- 
santes pour  fermer  complètement  leur  orifice;  d’où  le 
reflux  d’une  certaine  quantité  de  sang  à travers  cet 
orifice  quand  elles  se  redressent,  les  unes  pendant  la 
systole,  les  autres  pendant  la  diastole.  De  ce  reflux  naît  un 
bruit  de  soufflet  quelquefois'  très. fort,  isochrone  à la  sys- 
tole ventriculaire,  si , comme  cela  est  le  plus  ordinaire,  la 
lésion  occupe  les  valvules  auriculo-venlriculaires.  Au  reste, 
cettelésion  coïncide  le  plus  souventavec  l’adhérence  des  val- 
vules dont  il  sera  question  plus  bas,  et  se  confond  alors  en 
grande  partie  avec  elle  sous  le  point  de  vue  séméiologique. 

C.  Symptômes  et  diagnqptic  de  V adhérence  des  'valvules  auri- 
culo-'ventî'iculaires  aux  parois  du  cœur  (i). 

Je  n’ai  'observé  .qu'e  cinq  ou  six  fois  l’adhérence 
dont  il  s’agit,  lésion  qui  n’avait  encore  été  signalée  par 
aucun  des  auteurs  qui  ont  traité  des  maladies  du  cœur 
ex  professa.  Dans  tous  les  cas  où  j’ai  rencontré  cette  adhé- 
rence, elle  coïncidait  avec  un  épaississement  et  un  endur- 
cissement plus  ou  moins  marqué  des  valvules,  dont  une  ou 
plusieuis  lames  .étaient  raccourcies  et  comme  roulées  sur 
elles-mêmes.  Des  deuxdâmes  de  la  valvule  bicuspide,  la 
seule  que  j’aie  ainsi  trouvée  adhérente  est  la  postérieure. 
Si  les  lecteurs  ont  présentes  à la  mémoire  les  observations 
relatives  à l’espèce  de  lésion  qui  nous  occupe  (Obs.  5 Sa», 
53"  et  54e) , ils  verront  que  les  symptômes  dont  il  est  fait 


(i)  Je  ne  connais  encore  aucun  cas  d’aclliérences  des  valvules  aortiques  ou  pul- 
monaires aux  parois  de  l’aorte  ou  de  l’arlèrc  pulmonaire. 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  Q2Ô 
mention  ont  pour  la  plupart  une  très  grande  analogie  avec 
ceux  qui  ont  lieu  dans  les  cas  de  rétrécissement  des  orifices  : 
ces  symptômes  sont,  en  effet,  les  palpitations,  le  bruit  de 
soufflet,  le  frémissement  cataire,  la  dyspnée,  les  conges- 
tions veineuses  et  les  collections  séreuses  passives.  D’où 
vient  cette  ressemblance  entre  lès  symptômes  de  deux  ma- 
ladies en  apparence  si  différentes  sous  le  rapport  anatomi- 
que ? Cette  ressemblance  tient  essentiellement  à ce  que 
dans  l’un  et  l’autre  cas  , il  existe  un  obstacle  mécanique  à 
la  circulation  du  sang  à travers  le  cœur.  Il  est  vrai  que 
dans  l’induration  des  valvules  avec  rétrécissement,  l’obsta- 
cle est  er|  quelque  sorte  double  , tandis  qu’il  est  unique  dans 
la  lésion  donfnous  étudions  ici  le  diagnostic.  Mais  à part 
le  rétrécissement  de  l’orifice  dans  le  cas  d’induration  des 
valvules , quel  est  donc  l’obstacle  qui  peut  s’opposer  aa 
libre  cours  du  sang  à travers  le  cœur.  Ce  nouvel  obstacle  , 
et  nous  l’avons  déjà  signalé , c’est  le  reflux  d’une  cer- 
taine quantité  de  sang  à travers  l’orifice  permanent  de  la 
valvule  indurée  et  déformée.  Or  , ce  reflux  du  sang  est 
précisément  l’accident  qu’entraîne  inévitablement  à sa  suite 
l’adhérence  d’une  portion  du  contour  des  valvules  auri- 
culo-ventriculaires.  Cette  adhérence  , en  effet , ne  permet 
pas  à là  portion  de  la  valvule  qui  en  est  le  siège  de  se 
redresser  pendant  la  systole  ventriculaire  pour  concourir 
à l’occlusion  de  l’orifice  auriculo-ventrioulaire.  Or,  il  est 
alors  physiquement  impossible  qu’une  partie  de  la  masse  san- 
guine, pressée  de  toutes  parts  par  le  ventricule  contracté, 
ne  reflue  pas  à travers  l’orifice  incomplètement  fermé. 

Si  l'on  nous  demande  maintenant  comment  on  peut 
distinguer  l’adhérence  partielle  des  valvules  sans  rétré- 
cissement bien  notable  des  orifices , die  l’induration  de 
ces  mêmes  valvules  avec  rétrécissement,  nous  avouerons 
franchement  que  cette  distinction  n’est  pas  toujours  fa* 
cile , et  qu’il  nous  est  arrivé  pour  noire  propre  compte 
de  diagnostiquer  cette  dernière  maladie  da’ns  quelques 
3*  i5 


I 


s ' 

il  226  MALADIES  Dü  COEUR  EN  PARTICULIER. 

S|  uns  des  cas  où,  il  s’agissait  de  l’autre.  Il  est  vrai  qu’à 

{ cette  époque  l’adhérence  des  valvules  était  encore  pour 

■ nous  une  maladie'tout-à-fait  nouvelle.  La  méprise  est  d’ail- 

leurs fort  innocente. 

|!  Depuis  que  les  faits  rapportés  dans  cet  ouvrage  nous  ont 

ï , permis  de  confronter  exactement  l’adhérence  simple  des 

valvules  avec  le  rétrécissement  par  induration  de  ces  mê- 
mes valvules ,,  il  nous  a semblé  que  les  différences  suivan- 
I tes,  auxquelles  des  observations  ultérieures  en  ajouteront 

I sans  doute  de  nouvelles,  pouvaient,  jusqu’à  un  certain 

point,  empêcher  de  confondre  ces  deux-lésions  l’une  avec 
l’autre:  1°  dans  l’adhérence , le  bruit  de  soufflet  est  plus 
large,  moins  sec,  moins  l'âpeux  que  dans  le  rétrécissement 
I . un  peu  avancé;  2®  dans  l’adhérence,  les  baltemens  du  cœur 

1 sont  moins  irréguliers,  moins  inégaux,  moins  intermittens 

que  dans  le  rétrécissement;  et  le  frémissement  cataire, 
quand  il  existe,  est  moins  rude  et  plus  diffus  dans  le  pre- 
mier cas'que  dans  le  second;  3“  dans  l’adhérence  , le  pouls 
est  moins  petit , moins  étroit  que  dans  un  rétrécissement 
considérable  ; 4°  enfin,  dans  l’adhérence,  réiouffement,  les 
congestions  veineuses , les  collections  séreuses  passives, 
toutes  choses  étant  d’ailleurs  égales,  existent  à un  moins 
haut  degré  que  dans  le  rétrécissement.  > 

f 

D.  Symptômes  et  diagnostic  ^es  végétations  de  la  membrane 
interne  du  cœur  et  spécialement  des  valvules. 

' Les  végétations  de  la  membrane  interne  du  cœur  et  des 

valvulesne  setraduisentcn  quelque  sorte  à l’observation  par 
aucun  signe  qui  leur  soit  propre.  Les^végétationsqui  n occu- 
pent que  la  surface  interne  des  cavités  du  cœur  ( et  jusqu  ici 
elles  n’ont  été  rencontrées  que  .dans  les  oreillettes),  sont 
entièrement  india gnosticab les , qu’on  me  passe  cette  expres- 
sion.  Celles  qui  croissent  sur  les  valvules  cllcs-memes  ne 
donnent  véritablement  lieu  à quelques  symptômes  un  peu 
saillans,  qu’âutant  qu’elles  sont  assez  multipliées  pour  gener 


i 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  227 
le  jeu  des  valvules  et  produire  un  rétrécissement  plus  ou 
moins  considérable  des  orifices.  C’est  une  vérité  que  les 
observations  consignées  dans  cet  opvrage  mettent  hors  de 
toute  espèce  de  doute. 

Il  est  bien  rare  d’ailleurs  de  rencontrer  des  masses  de 
végétations  un  peu  volumineuses  sur  les  bords  ou  à la  sur- 
face des  valvules  , sans  qu’il  ej^iiste  en  même  temps  une  in- 
duration plus  ou  moins  considérable  de  ces  valvules  comme 
le  démontrent,  par  exemple,  les  observations  59"  et  Ê()®  de 
ce  traité.  Dans  le  cas  de  cette  co-existence,  le  rétrécissement 
est  à la  fois  produit  et  par^’épaississement  avec  induration 
des  valvules,  et  par  les  végétations  dont  celles-ci  sont 
hérissées  ou  comme  surchargées. 

Quoiqu’il  en  soit, que  les  végétations  existent  seules,  eq 
masses  assez  considérables  pour  gêner  le  jeu  des  valvules  et 
rétrécir  les  orifices  du  cœur,  ou  qu’elles  spient  compliquée» 
ayec  un  épaississement  et  un  endurcissement  des  valvules  , 
capables  de  donner  lieu  par  eux-mêmes  à un  rétrécisse- 
ment, il  est  évident  que  leur  diagnostic  se  confond  avec 
celui  de  cette  dernière  lésion.  Toutefois  , si  les  végétations 
ne  rétrécissaient  que  médiocrement  les,  orifices  et  que  les 
valvules  sur  lesquelles  elles  se  seraient  développées,  con- 
servassent encore  un  assez  libre  exercise  de  leurs  mouve- 
mens,  elles  n’apporteraient  pas  à la  circulation  et  à la  res- 
piration un  aussi  grand  obstacle  qu’une  induration  des 
valvules  avec  notable  rétrécissement , ainsi  que  le  prouve 
notre  61*  observation  (i). 


(1)  Je  ne  sache  pas  qu’aucun  observateur  ait  jamais  diagnostiqué  formellement 
l’existence  de  végétations  valvulaires.  Je  suis  porté  à en  soupçonner  l’existence 
chez  quelques  uns  de  nos  malades  , auxquels  il  n’est  resté  d’autre  symptôme 
notable  d’une  endo-péricardile  rhumatismale  qu’un  bruit  de  soufflet  très  fort 
dans  la  région  des  orifices  gauches  du  cœur.  Mais  jp  dois  avouer  que  j’ai  besoin 
de  nouveaux  faits  pour  savoir  à quoi  m’en  tçnir  d’une  manière  positive  sur  le 
bruit  de  soufflet  qui  existe  dans  les  cas  de  ce  genre. 


x5. 


MALADIES  DU  CaEER  EN  PARTICULIER. 


§ II.  Appréciation  rapide  de  quelques  uns  des  symptômes  de  l'endocardite. 

Je  ne  me  propose  point  ici  d’approfondir  le  mécanisme 
des  symptômes  que  l’endocardite  possède  en  commun  avec 
toutes  les  autres  phlegmasies,  étudiées  sous  le  rapport  de 
leur  nature  inlime.  Mon  unique  objet  est  de  montrer  la 
liaison  qui^peut  exister  entre  les  produits  appréciables,  les 
altérations  physiques,  suites  de  l’endocardite,  et  quel- 
ques uns  des  symptômes  ou  des  accidens  éprouvés  par  les 
malades.  Cette  étude  me  paraît  d’autant  plus  importante, 
qu’elle  est  généralement  plus  négligée  par  la  plupart  des 
praticiens,  qui  ne  s’imaginent  pas  quelle  utilité  la  pratique 
peut  retirer  de  pareilles  recherches,  de  ces  théories , comme 
quelques  uns  le  disent  d’un  air  de  mépris  on  ne  peut  plus 
philosophique. 

Hé  bien  ! quoiqu’on  en  dise,  parmi  les  symptômes  ou  les 
accidens  qui  sè  développent  pendant  le  cours  d’une  endo- 
cardite, les  principaux,  les  plus  formidables  peut-être  , 
se  rattachent  étroitement  à certaines  altérations  anatomi- 
ques, physiques,  mécaniques,  produites  par  l’endocardite. 
Cela  ne  sera  certainement  contesté  par  aucun  de  ceux  qui 
auront  bien  analysé  les  phénomènes  de  cette  période  de 
la  maladie,  où  l’élément  inflammatoire  proprement  dit 
ayant  entièrement  ou  du  moins  presque  entièrement  dis- 
paru, pour  faire  place  au  travail  d’évolution  et  de  déve- 
loppement des  produits  inflammatoires , il  ne  reste  plus 
que  ces  déformations  diverses  des  valvules,  ces  rélrécisse- 
mens  des  orifices  , enfin  ces  obstacles  mécaniques  à la  cir- 
culation que  nous  avons  pris  soin  de  décrire  avec  tant  de 
détails. 

Mais  , ainsi  que  nous  l’avons  déjà  indiqué  précédem- 
ment, dans  l’endocardite  aiguë  elle-même,  parcourant 
encore  sa  première  période , sa  période  (Vaugmeut , pour 
parler  le  langage  des  écoles,  l’état  physique,  anatomique, 
matériel  des  cavités  du  cœur  et  du  sang  qui  les  parcourt, 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  I)E  l’eNDOCARDITE.  1220 
joue  quelquefois  un  très  grand  rôle  dans  la  production 
des  phénomènes  observés.  Croit-on,  par  exemple  , que  les 
valvules  puissent  impunément  éprouver  une  violente  tur- 
gescence inflammatoire?  Les  concrétions  sanguines  que, 
par  un  mécanisme  encore  peu  connu,  l’endocardite  peut 
entraîner  et  entraîne  quelquefois  à sa  suite,  lés  productions 
pseudo-membraneuses  qui  peuvent  se  coller , s’accrocher 
en  quelque  sorte  aux  valvules,  à leurs  tendons,  à leurs 
muscles  tenseurs,  etc.,  etc.,  toutes  ces  altérations,  qui  pour 
provenir  d’un  travail  vital  n’en  sont  pas  moins  physiques 
et  matérielles,  ne  seraient-elles  absolument  pour  rien 
dans  cette  profonde  gêne  de  la  circulation,  dans  ces  défail- 
lances, ces.  lypoihymies  qui  impriment  à la  première  pé- 
riode d’une  endocardite  sur-aiguë  un  caractère  si  grave, 
j’ai  presque  dit  si  foudroyant  ? Quant  à moi,  je  ne  doute 
point  que  dans  beaucoup  de  cas  les  altérations  que  je 
viens  d’indiquer  ne  doivent  être  prises  en  sérieuse  consi- 
dération pour  l’explicatjon  des  symptômes  observés  pen- 
dant la  première  période  d’une  endocardite  aiguë. 

Au  reste,  je  le  répète,  l’élément phjsiquë  et  mécanique 
celte  maladie  n’est  pas^OMf  pour  moi,  et  je  le  subordonne 
au  travail  vital  comme  on  subordonne  un  effet  à sa  cause. 
Mais  encore  une  fois , en  accordant  à l’élément  dynamique 
et  vital  de  certaines  maladies  toute  la  valeur  qui  lui  est  due, 
est-ce  une  raison  pour  ne  tenir  aucun  compte  de  ce  que  les 
maladies  ont  de  physique  et  de  mécanique?  Que  dirait-on 
d’un  mécanicien  qui  ne  chercherait  jamais  dans  les  condi- 
tions materielles  des  rouages  de  ses  machines  la  cause  de 
leurs  dérangemens  fonctionnels  ? > 


ARTICLE  TROISIÈME. 

DD  MODE  DE  DÉVELOPPEMENT  IT  DES  CAUSES  DE  l’eNDOCABOITI. 


L endocardite  reconnaît  un  double  mode  de  développement: 


23o  maladies  du  cœur  en  particulier. 
tantôt,  en  effet,  elle  se  manifeste  sous  l’influence  de  causes 
directés,  immédiates,  et  tantôt,  au  contraire,  elle  succède 
aune  autre  phlegmasie.  On  peut  donner  le  nom  d’endocar- 
dite primitive  ou  idiopathique,  à la  première,  et  celui  d’en- 
docardite consécutive  ou  sympathique  à la  seconde.  Les  prin- 
cipal es  phlegmasies  à la  suite  ou  pendant  le  cours  desquelles 
oD  peut  voir  éclater  une  endocardite,  sont  la  pleuro-pneu- 
monie,  la  phlébite  et  l’arthrite  vulgairement  désignée  sous 
l’expression  de  rhumatisme  articulaire  aigu.  Consultez  les 
observations  contenues  dans  la  première  section  de  ce  cha- 
pitre ainsi  qu’à  l’article  du  traitement,  et  vous  en  trouverez 
un  bon  nombre  auxquelles  s’applique  le  mode  de  dévelop- 
pement que  nous  signalons  en  ce  moment. 

Les  causes  directes  et  déterminantes  de  l’endocardite 
idiopathique  ou  primitive  sont,  d’ailleurs,  foncièrement 
les  mêmes  que  celles  dont  nous  avons  parlé  en  traitant  de 
la  péricardite. 

Nous  ne  saurions  trop  le  redire,  l’endocardite,  à l’instar 
delà  péricardite,  se  manifeste  sons  les  mêmes  influences 
que  le  rhumatisme  articulaire  aigu,  et  bien  que,  comme 
nous  l’avons  dit  ci-dessus,  cette  phlegmasie  puisse  éclater 
quelquefois  pendant  le  cours  d’un  grand  rhumatisme  arti- 
culaire aigu  et  d’une  manière  purement  métastatique , sui- 
vant l’expression  de  certains  pathologistes  , il  n’est  pas 
moins  vrai  qiie,  le  plus  souvent,  le  tissu  séro-fibreux  interne 
du  cœur  se  prend  en  même  temps  qiie  celui  des  articula- 
tions. C’est  aussi  ce  que  nous  avons  vu  pour  le  tissu  séro- 
fibreux  externe  du  cœur  (i).  Au  reste,  n’oublions  pas  que 

(i)  Sous  le  poi  t de  vue  de  leur  structure  et  de  leurs  fonctions,  les  parties  du 
cœur  qui  s’enflamment  par  l’influence  des  causes  productrices  du  rhumatisme  ar- 
ticulaire ont  la  plus  grande  analogie  avec  les  parties  des  articulations  qui  sont  le 
siège  de  ce  dernier.  Les  cavités  du  péricarde  et  de  l'endocarde  répiésentant,  sous 
le  rapport  qui  nous  occupe,  des  espèces  de  cavités  articulaires,  il  n’est  pas  éton- 
nant, comme  nous  l’avons  dit,  en  exposant  les  causes  de  la  péricardite,  que  leurs 
phlegmasies  co-existent  si  souvent  avec  celles  des  cavités  articulaires  proprement 
dites. 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  23 1 

l’endocardite  et  la  péricardite  de  cette  espece,  ce  doublerhu- 
niatisme  du  tissu  sëro-fibreux  du  cœur,  marchent  presque 
toujours  de  compagnie.  Depuis  que  j’ai  rédigé  la  partie  de 
cet  ouvrage  relative  à la' péricardite,  j'ai  eu  de  nouvelles 
occasions  de  vérifier  l’assertion  précédente.  Encore  une 
fois,  rienn’est  donc  plus  commun  que  la  co-existence  d’une 
péricardite  et  d’une  endocardite  dans  les  cas  (dont  il  est 
question.  ’ 

Nous  terminerons  ces  réflexions 'en  rappelant  que  pour 
nous  il  n’y  a rien  de  réellement  spécifique  dans  le  rhuma- 
tisme articulaire  aigu,  ni  par  conséquent  dans  l’endo-péri- 
cardite  rliiimatismale,  ‘quant  à ce  qui  concerné  leur  cause 
déterminante.  Cette  «cause,  spéciale  et  non  spécifique  con- 
siste  dans  les  grandes  vicissitudes  atmosphériques,  et  no- 
tamment dans  l’exposition  plus  ou  moins  prolongée  au 
froid,  soit  sec,  soit  surtout  humide,  le  corps’ayant  éprouvé 
préalablement  un  état  de  chaleur  porté  jusqu’à  la  transpi- 
ration. - ' 

Vainement  quelques  modernes  médecins  , couvrant  de 
ténèbres  les  points  les  plus  lumineux  de  l’étiologie,  n’atta- 
chent qu’une  très  médiocre  importance  à la  grande  cause 
que  nous  signalons  ici.  S’il  fallait  ajouter  à l’aütorité  jour- 
nalière des  faits  l’autorité*  des  noms  , nous  pourrions  op- 
poser, sans  trop  de  désavantage,  peut-être,  Hippocrate  et 
Sydenham  aux  médecins  dont  il  s’agit  ici.^Mutationes  anni 
temporam  maxihiè pariunt  moj'bos,.d\l  l’oracle  de  Cos,  et  in 
ipsis  temporibuspnutatinnes  magnæ,ium  frigoris  ^ tum  caloris; 
et  Sydenham  , l’Hippocrate  anglais , proclame  dans  ce  lan- 
gage énergique  qui  lui  était  familier,  que  V impression  d’un 
air  froid  lorsque  le  corps  est  en  sueur  est  plus  meurtrièke 
que  la  peste  , la  guerre  et  la  famine.  • ' 

♦ • * * * > - * J 


/ ‘ • 


^32  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

» 

, . ARTICLE  QUATRIÈME. 

UlRCItE,  DURÉE,  COMPLICATIONS  RT  PRONOSTIC  DE  l’bHOOCAHDITE. 

, r 

* 

Comme  la  péricarclile,  rcndocardite  peut  affecter  une 
marche  aiguë,  suh-aigiië o\x  bien  une  marche  lout- 

à-fait  chronique.  L’endocardite  la  plus  aiguë  peut  au  bout 
d’un  certain  temps  ralentir  sa  marche  et  se  transformer 
en  une  endocardite  chronique.  La  nature  et  l'intensité  des 
causes  de  la  maladie,  la  disposition  individuelle  des  sujets 
c^u’elle  affecte,  le  mode  de  traitement  c{ui  lui  est  opposé 
sont  autant  de  conditions  propres  à modifier  la  marche  de 
l’endocardite.  ’ Les  endocardites  les  plus  aiguës  que  nous 
ayons  eu  occasion  de  rencontrer  s’étaient  manifestées  à la 
suite  d’un  brusque  refroidissement,  chez  des  individus  lym- 
phatico-sanguins , se  livrant  à des  exercices  pénibles,  et 
auxquels  on  avait  prodigué  des  excilans,  du  vin  chaud  en 
particulier  , pour  rappeler  ce  que  le  vulgaire  appelle  une 
sueur  rentrée , etc. 

Pour  calculer,  d’une  manière  sinon  rigoureuse,  du  moins 
approximative,  la  durée  de  l’endocardite,, il  faut  avoir  égard 
à un  très  grand  nombre  d’élémeils  ou  de  circonstances,  tels 
que  le  degré  et  l’étendue  de  la  maladie;  son  état  de  sim- 
plicité ou  de  complication,  l’âge  et  la  force  des  malades, 
les  méthodes  thérapeutiques  mises  en  usage,  et  l’époque 
précise  de'  la  maladie  à laquelle  on  a pu  y recourir.  Je  ne 
possède  pas  encore  un  assez  grand  nombre  de  faits  pour 
résoudre  d’une  manière  complètement  satisfaisante  la  ques- 
tion de  la  durée  de  l’endocardite.  Voici  les  données  qui  me 
paraissent  les  plus  probables.  A l’état  aigu,  l’endocardite  gé- 
nérale peut  affecter  une  terminaison  funeste  dans  l’espace 
de  quelques  jours  ,i^et  le  plus  ordinairement  alors  la  mort 
a pour  une  de  ses  principales  causes  la  formation  d’abon- 
dantes concrétions  sanguines  dans  les  cavités  du  cœur.  IMais 


I 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’eNDOCARDITE.  233 
les  résultats  extrêmement  avantageux  que  nous  avons 
obtenus  de  l’application  dp  la  méthode  des à haute 
dose,  et  pratiquées  coup  sur  coup,  au  traitement  de  l’endocar- 
dite aiguë  , nous  autorisent  à dire  que,  dans  la  très  grande 
majorité  des  cas,  la'^maladie  attaquée  par  celte  méthode 
se  terminera  d’une  manière  favorable,  dans  l’espace  d’une 
huitaine  de  jours,  terme  moyen.  Nous  calculons,  au  reste, 
la  durée  de  celte  maladie  d’après  des  cas  où  elle  était  com- 
pliquée, soit  avec  une  péricardite  seulement,  soit  avec  une 
pleurésie  ou  une  pleuro-pneumonie  , soit  même  avec  une 
péricardite  à la  fois  et  une  pleuro-pneumonie.  • 

A l’état  chronique , la  durée  de  l’endocardite  est  en  quel- 
que sorte  illimitée.  Sous  cette  forme  , comme  nous  l’avons 
vu  précédemment,  il  survient  loujoursdiverses  lésions  orga- 
niques permanentes  qui , lorsqu’elles  sont  portées  très  loin 
et  qu’elles  affectent  les  valvules  et  les  orifices  du  cœur,  se 
terminent  nécessairement  d’une  manière  funeste.  Toutefois, 
si  le  travail  sourd  , lent  et  caché  qui  a présidé  à leur  déve- 
loppement se  dissipe  complètement,  soit  par  les  seuls  efforts 
de  la  nature,  soit  par  le  bénéfice  de  l’art,  ces  lésionspeuvent 
rester  long-temps  stationnaires,  et  grâce  à un  sage  emploi 
des  moyens  hygiéniques  , plusieurs  malades  pourront  pro- 
longer pour  ainsi  dire  indéfiniment  leur  carrière. 

Les  complications  de  l’endocardite  sont  pour  la  plupart 
les  mêmes  que  celles  de  la  péricardite.  Nous  avons  déjà 
signale  la  co-existence  de  ces  deux  phlegmasies  dans  un 
grand  nombre  de  cas  de  rhumatisme articulaireaigu  ( voy. 
le  chap.\de  la  péricardite  ).  Il  est  cependant  une  espèce 
d endocardite  qui  existe  ordinairement  sans  péricardite, 
c est  celle'  qui  se  développe  à la  suite  des  grandes  inflam- 
mations vasculaires  en  général,  et  spécialement  à la  suite 
d une  phlébite  intense. 

pronostic  de  l’endocardite  se  déduit  en  grande  partie 
de  ce  qui  précédé.  Lorsqu’elle  est  générale  et  très  aigiië  , 
elle  ponstitue,  sans  contredit  , Tune  des  plus  redoutables 


234  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

phlegniasies  que  l’on  puisse  rencontrer.  Néanmoins , je  le 
répète,  les' faits  les  plus  positifs  nous  ont  appris  qu’elle 
n’était  pas  toujours  nécessairement  mortelle,  même  avec 
ces  deux  graves  conditions.  Quant  à l’endocardite  en  quelque 
sorte  moyenne  et  à l’endocardite  faible  ou  légère , en  lui 
opposant  le  traitement  convenable  , elle  cède  avec  assez  de 
facilité. 

Encore  une  fois  , l’endocardite  chronique,  celle  qui  a été 
suivie  de  profondes  lésions  orgàniques , , sans  doute, 

céder  à la  saine  administration  des  diverses  ressources  de 
l#tliérapeulique.  Mais  ses  produits  lui  survivent,  et  comme 
nos  instrumens  ne  peuvent  pas  les  atteindre,  leur  incura- 
bilité est  malheureusement  une  des  plus  tristes  vérités  de  la 
médecine.'  Aussi,  lorsque  les  lésions  consécutives  à l’endo- 
cardite sont  très  étendues,  et  situées  de  telle  sorte  qu’elles 
opposent  un  grand  et  continuel  obstacle  à la  circulation  , 
justifient-elles,  en  ce  qui  les  concerne,  la  terrible  épigraphe 
de  Gorvisart  : hœretlateri  lethalis  arunclo. 


ARTICLE  CINQUIÈME.  " ’ 

h - I 

TRAITEMENT  DE  L KNDOCABDITB. 

^ t ' ' 

4 

* \ 

§ I.  Préceptes. généraux. 

l 

Le  traitement  de  l’endocardite  doit  être  essentiellement 
le  même  que  celui  delà  péricardite. 

L’urgence  des  émissions  sanguines  suivant  la  méthode  que 
nous  avons  exposée,  est  plus  grande  encore,  peut-être,  dans  le 
cas  d’endocardite  que  dans  celui  de  péricardite.  En  effet,  la 
coagulation  du  sang  ou  la  formation  des  fausses  membra- 
nes quel’inflammation  générale  et  très  aiguë  de  la  membrane 
interne  du  cœurne  manque  jamaisdedéterminer,  si  elle  n’est 
pas  pour  ainsi  dire  étouffée  à sa  naissance  ou  Jugulée,  consti- 
tue^ quand  la  masse  des  concrétions  est  très  considérable,  un 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  L ENDOCARDITE.  . s35 

accident  tellement  redoutable,  qu’auprès  de  lui  un  abon- 
dant épanchement  purulent  ou  pseudo-membraneux  dans 
le  péricarde  n’est  réellement  que  peu  de  chose.  Il  est 
même -infiniment  probable  que  les  péricardites  les  plus 
graves  sont  précisément  celles  qui  entraînent  à leur  suite  , 
soit  directement  et  par  elles-mêmes  ,^feit  par  la.complica- 
tion  d’un  certain  degré  d’endocardite,  la  formation  de  con- 
crétions fibrineuses.  Et  ce  n’est  pas  seulement  par  les  acci- 
densB  immédiats  auxquels  elles  donnent  lieu,  que  les  con- 
crétions fibrineuses  et  la  matière  pseudo-membraneuse 
déposée  à la  surface  interne  du  cœur,  doivent  être  regardées 
comme  une  circonstance  toujours  fâcheuse  et  quelquefois 
mortelle.  En  effet,  il  peut  résulter  ultérieurement  de  l’or- 
ganisation de  la  matière  plastique,  des  adhérences  , des 
épaississemens  des  valvules.,  des  rétrécissemens  des  orifices, 
toutes  lésions  infiniment  graves.  -,  - 

Après  les  émissions  sanguines,  générales  et  locales,  il 
faut  avoir  recours , si  le  mal  persiste  encore  , aux  révulsifs 
et  aux  caïmans.  ISous  avons  eu  plusieurs  fois  à nous  louer 
de  l’application  d’un  large  vésicatoire  sur  la  région  précor- 
diale , à làsurface  duquel  on  déposait  chaque  jour,  huit, 
dix,  douze  ou  quinze  grains  de  poudre  de  digitale.  (Pour 
plus  de  développemens , voyez  le  traitement  de  la  péri- 
cardite aiguë.) 

Lorsque  l’endocardite  affecte  la  forme  chronique,  et 
qu’elle  n’a  pas  encore  entraîné  de  graves  désordres  organi- 
ques, on  peut  espérer  d’en  obtenir  la  guérison  -par  une 
longue  persévérance  dans  l’emploi  des  émissions  sanguines 
mitigées,  des  révulsifs,  des  bains,  du  repos  absolu  , de  la 
digitalè  et  d’un  régime  sévère. 

L’induration  et  l’épaississement  de  la  membrane  interne 
du  cœur  et  surtout  des  valvules  avec  rétrécissement  des 
orifices  du  cœur,  les  adhérences,  le  ratatinement  àé  ces 
mêmes  valvules , etc. , etc.,  ne  sont , ainsi  que  nous  l’avons 
dit  déjà  (Art.  Pronostic) , susceptibles  d’aucune  guérison 


236  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

radicale , puisque  ces  lésions  mécaniques  réclameraient 
l’intervention  des  moyens  également  mécaniques  ou  chi- 
rurgicaux  , et  que  nulle  opération  chirurgicale  n’est  mal- 
heureusement praticable  dans  le  cas  qui  nous  occupe.  Il 
ne  reste  plus  au  médecin  d’autre  ressource  que  la  méthode 
dite  palliative.  Les’mignées  répétées  à des  intervalles  plus 
ou  moins  éloignés ,,  le  repos  , un  régime  ténu , la  digitale  , 
les  diurétiques  et  les  purgatifs,  lorsque  des  collections  sé- 
reuses se  sont  opérées,  l’évacuation  du  liquide  paç  des 
moyens  chirurgicaux  , lorsque  les  agens  de  la  matière 
médicale  sont  impuissans  , tels  sont  les  élémens  fondamen- 
taux de  la  méthode  dite  palliative.  Par  ce  système  de  trai- 
tement, nous  avons  soulagé  un  bon  nombre  de  malades; et 
plusieurs  qui  semblaient  menacés  d’une  prochaine  suffo- 
cation et  partant  d’une  mort  inévitable,  ont  pu  repren- 
dre leurs  occupations,  quand  elles  n’étaient  pas  trop  fati- 
gantes. 

Nous  devrons  , au  reste  , revenir  sur  ce  point,  en  trai- 
tant de  l’hypertrophie  et  de  la  dilatation  du  cœur,  lésions 
presque  constantes , du  moins  à un  certain  degré , chez  les 
individus  atteints  d’une  ou  de  plusieurs  des  graves  lésions 

organiques  qui  peuvent  succéder  à l’endocardite  chronique. 

J 

§ II.  Ob3errations  d’endocardite  aiguë  terminée  par  la  guérison. 

Parmi  les  observations  de  péricardite  terminée  par  la 
guérison  , que  nous  avons  rapportées  précédemment , il  en 
est  plusieurs  dans  lesquelles  la  péricardite  était  compli- 
quée d’endocardite.  Nous  y renvoyons  les  lecteurs.  Les 
nouvelles  observations  que  nous  allons  consigner  ici  appar- 
tiennent toutes  à l’espèce  que  nous  désignons  sous  le  nom 
d’ endocardite  rhumatismale  , parce  quelle  coïncide  avec  un 
rhumatisme  articulaire  aigu.  Nous  insistons  à dessein  sur 
les  faits  de  cette  espèce,  parce  que  notre  expérience  jour- 
nalière nous  en  démontre  de  plus  en  plus  la  fréquence , et 
que par  conséquent , on  ne  saurait  trop  appeler  l atten- 


OBS.  d’ENDOC.  terminée  PAR  LA  GUÉRISON.  287 
tiondes  médecins  sur  un  point  de  pratique  avec  lequel  tous 
ne  se  sont  pas  encore  suffisamment  familiarises. 

OBSERVATION  84e. 

‘.  T 

Jeune  homme  de  17  ans.  — Rhumatisme  articulaire  aigu.—  Endocardite 
( baltemens  violensdu  cœur,  bruit  de  soufflet,  etc.  ) — Plus  tard  , pleurésie, 
avec  épanchement.  — Saignées  à haute  dose,  vésic.,  digit.  — Sortie  en  voie  de 
guérison. 

Un  élève  en  pharmacie,  âgé  de  17  ans,  d’une  constitu- 
tion lymphatique  , peau  mince  et  fine,  cheveux  châtains, 
nous  fut  adressé  par  M.  le  docteur  Cottereau  , pour  être 
traité  d’un  violent  rhumatisme  articulaire.  Il  fut  admis  à la 
clinique  (n“  4»  salle  St-Jean-de-Dieu) , le  i3  septembre 
i834-  Il  était  malade  depuis  le  8 du  même  mois , à la  suite 
d’alternatives  de  chaud  et  de  froid,  (i). 

Au  moment  de  l’entrée , les  genoux , les  pieds,  les  épaules, 
les  coudes  eti les  mains  étaient  pris,  gonflés ,' et  la  fièvre 
était  d’une  grande  violence  ( pouls  à 108 , fort , plein , dé- 
veloppé, peau  sudorale  ) ; le  moindre  mouvement  était 
impossible. 

11  n’existait  pas  de  douleur  à la  région  précordiale  , non 
plus  que  de  matité  anormale.  L’impulsion  du  cœur  se  faisait 
sentir  avec  force,  et  les  bruits  de  cet  organe  étaient  mas- 
qués par  un  souffle  léger,  très  sourd. 

Prescription.  — 2 saig.  de  ^ palett.  chaciuie;  i5  sang,  à 
la  main  droite;  catap.  'ênioll.  ; lavein.  huit.;  diète. 

i4-  Le  caillot  est  recouvert  d’une  couenne  très  épaisse, 
ferme  , dense  , et  retroussé  sur  ses  bords.  — ■ Urines  rou- 
geâtres. 


(1)  Le  malade  attribuait  lui-même  sa  maladie  à la  cause  ci-dessus  indiquée. 
Notre  conlrère,  M.  Cottereau , nous  apprit  qu'il  arrivait  souvent  à ce  jeune 
homme,  après  des  courses  qui  l'avaient  mis  dans  un  élat  de  sueur,  de  descendre 
à la  cave,  d’y  rester  long-temps , et  même  de  s’y  coucher. 


I 


238  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

Les  douleurs  rhumatismales  sont  un  peu  calmées;  pouls 
à loo;  peau  chaude.  • 

Le  malade  accuse  une  légère  douleur  à la  région  précor- 
diale (U  dit  avoir  été  refroitli,  par  suite  de  la  maladresse 
de  l’infirmier , qui  a laissé  lomher  sur  ses  draps  des  pots 
remplis  de  tisane).' Un  bruit  de  soufflet  très  distinct  accom- 
pagne les  baltemens  du  cœur,  qui  sont  très  forts  ; la  matité 
de  la  région  précordiale  occupe  une  médiocre  étendue. 

Diagnostic.  — Endocardite  aiguë. 

Prescbiption.  — - 4 palet.;  uent.  rég.  précord. 

3 palett.\  looch  avec  digit.,  gr.  yi. 

i5.  Cessation  de  la  douleur  précordiale  (la  main  gauche 
seule  est  encore  prise.  ) — Le  bruit  de  soufflet  du  cœur  est 
moins  fort.  Les  urines  déposent  abondamment. — Le  ma- 
lade se  trouve  très  bien;  il  a dormi  (le  sang  tiré  de  la 
veine  présente  une  très  belle  couenne). 

i6.,  Le  rhumatisme  est  presque  entièrement  dissipé  ; ce- 
pendant, le  pouls  est  à ioo-i;o4  ; les  bruits  du  cœur  sont 
accompagnés  d'un  léger  râpement.  (U/ie  saignée  de  3 palet.) 

Dans  la  nuit,  le  malade,  au  milieu  d’une  espèce  de  trans- 
port, se  lève  et  fait  une  chute.  , 

17.  Persistance  du  bruit  de  soufflet;  pouls  à 100,  fort 
et  plein;  les  urines  sont  jumenteuses,  analogues  à du  moût 
de  raisin.  Le  malade  demande  en  pleurant  des  alimens 
{oji  lui  accorde  deux  tasses  d’^au  de  poulet). 

18.  Les  bouillons  ont  été  pris  avec  plaisir,  le  malade  a 
dormi  tranquillement  et  demande  s’il  pourra  marcber  au- 
jourd’hui.— Cependant,  la  peau  est  ehaude;  le  pouls  plein, 
fort,  large,  tendu,  vibrant,  à io4,  et  le  bruit  de  souffle  de 
la  région  précordiale  est  très  prononcé.  {Saignée,  3 palett.; 
20  sangs,  rég.  précord.  ; diète.  ) 

19.  Sang  recouvert  d’une  couenne  très  ferme. — Il  ne  reste 
aucune  douleur  articulaire , tous  Icé  mouvemens  sont 
libres,  mais  lesbattemehs  du  cœur  sont  toujours  très  éten- 
dus , très  forts  et  accompagnés  d’un  bruit  de  souffle.  (Ce 


i 


OBS.  d’endoc.  term.  par  la  guérison.  289 
souffle  ressemble  à celui  qui  a lieu  quand  on  souffle  pour 
éieinclre  une  bougie.) 

20 , 21 , 22  et  23.  Le  malade  se  trouve  très  bien.  Le  pouls 
est  à ioO'io4- 

Le  bruit  de  souffle  est  plus  prononcé  pendant  le  premier 
bruit  du  cœur  que  pendant  le  second  (i).  Il  existe  une  ma- 
tité assez  étendue  dans  la  région  précordiale  , mais  elle  dé- 
pend simplement  de  l’augmentation  du  voluAie  du  cœur 
(cette  matité  est  de  4 pouc.  4 üg-  transversalement,  et  de  3 
pouc,  8 lig.  verticalement). 

I Pont.  rég.  précord.  2 palett.  Bouillons. \ . 

24  et  2Ô.  Peu  de  changement.  Articulations  tout-à-fait 
libres. 

26.  Le  pouls  persiste  à 100,  io4,  108,  toujours  fort  et 
vibrant.  • 

On  applique  un  vésicatoire  sur  la  région  précordiale. 

27  et  28.  A peu  près  meme  état. 

Poudre  de  digit.  {<0  gr.')  sur  le  vésicatoire. 

29  et  3o.  Le  malade  s’affaisse,  maigrit  et  s’écorche  dans 
la  région  du  sacrum. 

Jusqu’au  4 octobre,  il  ne  survient  rien  de  nouveau.  La 
fréquence  du  pouls  persiste.  Le  malade  ne  se  plaint  d’aucune 
douleur  de  la  poitrine  , ni  d’oppression.  Cependant  la  res- 
piration étant  évidemment  accélérée  (32-36  inspir.  par  mi- 
nute),  j’explore  attentivement  la  poitrine  et  je  reconnais 
bientôt  l’existence  d’un  épanchement  dans  le  côté  gauche 
(matité,  souffle  bronchique,  égophonie  des  plus  .belles , 
absence  de  vibration  des  parois  pectorales  pendant  que  le 
malade  parle  ). 

y^entous.  scarif.  sur.le  côté  2 palett.;  vésicat.;  chiend.^nit.  ; 
digit.  sur  le  vésicat.  — .Bouill:  et  lait. 


(1)  Moins  obscur  dans  la  région  des  orifices  artériels  que  dans  celle  des  ori- 
ces  auriculo-venlriculaires,  le  second  bruit  devient  tout-à-fait  dair  dans  la  ré- 
f ion  sous-claviculaire,  où  il  imite  vraiment  un  claquement  de  soupape. 


24o  maladies  du  CœUR  EN  PARTICULIER. 

Sous  l’influence  de  ces  moyens  , l’épanchement  dimi- 
nue et  la  respiration  perd  de  sa  fréquence  ( 28  inspir.  ) — 
Le  bruit  de  soufflet  du  cœur  persiste  toujours,  le  pouls  des- 
cend de  1 12  à 96. 

La  mère  de  ce  jeune  homme  arrive  à Paris  et  n’attend  que 
le  moment  où  il  pourra  supporter'le  voyage  pour  le  rame- 
ner dans  son  pays  Arras.)  11  quitte  l’hôpital,  le  i"  novem- 
bre , dans  l’état  suivant  : 

Bon  appétit , sommeil  tranquille  ; le  malade  ne  se  plaint 
de  rien.  La  respiration  est  à 20-24  minute.  L’égophonie 
a complètement  disparu.  La  résonnance  et  le  murmure 
vésiculaire  sont  revenus  partout,  si  ce  n’est  dans  le  tiers 
inférieur  du  côté  gauche. 

Bien  que  le  malade  affirme  ne  pas  les  sentir,  les  batte- 
mens  de  son  cœur  sont  très  forts  dans  uAe  étendue  égale  à 
celle  de  la  paume  de  la  main,  et  toujours  accompagnés  d’un 
bruit  de  soufflet  tellement  prononcé,  qu’on  l’entend  en  te- 
nant l’oreille  à quelque  distance  de  la  région  précordiale. 
On  entend  aussi  le  bruit  dont  il  s’agit,  en  appliquant  l’o- 
reille à la  partie  postérieure  de  la  poitrine.  En  appliquant 
la  main  sur  la  région  précordiale,  on  sent  un  frémissement, 
une  sorte  de  bouillonnement , semblable  æ celui  d’un  li- 
quide qui  passerait  par  une  ouverture  trop  étroite. 

1 ■ ' réflexio’ns. 

t 

Chez  ce  jeune  malade , on  ne  saurait  attribuer  le  bruit 
de  soufflet  et  la  force  et  l'étendue  des  ballemens  du  cœur  , 
Survenus  pendant  le  cours  d’une  affection  aiguë  de  cet 
organe,  à autre  chose  qu’à  une' endocardite,  occupant  spé- 
cialement les  valvules.  H est  à craindre  que  la  lésion  des 
valvules  ne  fasse  de  nouveaux  progrès  et  que  plus  tard  le 
sujet  ne  soit  atteint  de  ce  que  les  auteurs  ont  désigné  vague- 
ment jusqu’ici  sous  le  nom  de  maladie  organique,  ou  d ané- 
orisme  du  cœur,  maladies  qui  ne  sont  ordinairement  autre 


OBSk  d’endoc.  term.  par  la  guérison.  241 
chose  qu’une  induration  des  valvules  , accompagnée  des  di- 
verses altérations  que  nous  avons  vu  précédemment  se  déve- 
lopper à sa  suite. 

Quoi  qu’il  en  soit,  le  nombre  des  cas  dans  lesquels  j’ai 
vu  persister  ainsi  le  bruit  de  soufflet  chez  des  individus 
affectés  d’une  inflammation  aiguë  de  la  membrane  interne 
du  cœur  coïncidant  avec  un  rhumatisme  articulaire  aigu  , 
s’élève  à quinze  environ,  et  ce  n’est  guère  que  depuis  qua- 
tre ans  que  j’ai  commencé  à reconnaître  la  fréquence  de 
l’endocardite  rhumatismale.  Quelques  sujets  continuent  à 
vaquer  assez  facilement  à leurs  occupations  ; mais  la  plupart 
éprouvent,  quand  ils  se  livrent  à quelque  exercice  un  peu 
fatigant  i des  palpitations  et  de  l’oppression. 

> I 

OBSERVATION  85«. 

Femme  de  a3  ans.  — Rhumatisme  articulaire  ai“u , arec  symptômes  d'endo- 
cardite ( bruit  de  soufflet . battemens  violens  du  cœur  ).  — Plus  tard  , symptômes 
de  phlébite  dans  lé  membre  inférieur  gauche.  — Émissions  sanguines  à haute 
doses,  vésicat.,  digit.  — Guérison. 

Une  nourrice,  âgée  de  28  ans,  d’une  forte  stature,  mais 
d’une  constitution  lymphatique  , était  affectée  , depuis  dix 
jours,  d’un  violent  rhumatisme  articulaire  aigu,  lorsqu’elle 
nous  fut  adressée  par  notre  confrère  M.  le  docteur  Harraque , 
le  5 janvier  i835.  Elle  fut  couchée  au  n”  4 de  la  salle  Ste- 
Madeleine. 

Il  y avait  alors  six  semaines  qu’elle  était  accouchée.  Sa 
maladie  avait  commencé  par  une  courhature  avec  léger  mal 
de  gorge  , suivi  de  douleur,  de  gonflement  dans  la  plupart 
des  articulations,  et  d’une  fièvre  très  forte.  Au  moment  de 
l’entrée,  plusieurs  articulations  étaient  encore  prises;  mais 
le  genou  droit  était  surtout  affecté  ; il  était  très  gonflé  et 
avait  i5  pouc.  10  lig.  de  circonférence,  tandis  que  la  cir- 
conférence du  genou  opposé  n’était  que  de  i4  pouc. 

La  fièvre  persistait  avec  violence;  le  pouls  était  fort,  plein, 
tendu , vibrant. 


2. 


16 


24a  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

- Les  battemens  du  cœur  étaient  "violens , étendus  et  ac- 
compagnés d’un  bruit  de  soufflet  distinct  : il  n’existait  point 
de  douleur  notable  dans  la  région  précordiale  , qui  réson- 
nait à peu  près  comme  à l’état  normal. 

Malaise  général  ; visage  un  peu  anxié  , immobilité  com- 
plète. 

Diagnostic.  —Rhumàtisme  articulaire  ai"u  avec  lèsère  en- 

O O 

docardite. 

Prescription  du^  janvier. — Une  saig.  de  4 pal.;  20  sangs, 
autour 'diL  genoii.  — Boisson  diaphorét.;  lavem.;  catapl.;  diète. 

•J.  Le  caillot  est  recouvert  d’une  couenne  épaisse,  dense, 
élastique,  résistante,  tout-à-fait  semblable  à une  membrane 
à demi  organisée. — La  circonférence  du  genou  a diminué 
de  10  lig.  Les  douleurs  sont  moindres  ; sueurs  abondantes; 
pouls  fréquent  et  fort;  persistance  du  bruit  de  souffle. 

' Uentous.  scarif.  autour  du  genoii.  3 palettes. 

8.  Peu  de  changement , si  ce  n’est  que  le  gonflement  du 
genou  a encore  diminué. 

Saig.  de  3 palettes. 

Le  caillot  est  recouvert  d’une  couenne  comme  celui  de 
la  précédente  saignée.  Le  genou  droit  n’a  plus  que  i4  pouc. 
de  circonférence,  c’est-à-dire,  qu’il  n’est  pas  plus  gros  main- 
tenant que  le  gauche.  Mais  le  poignet  gauche  est  gonflé  et 
plus  douloureux  que  les  jours  précédens. 

Saig.  3.  palet.; pot.  goinm.  sirop  diacode;  le  reste  utsuprü. 

10.  Le  bras  gauche  tout  entier  est  très  douloureux. 

Saig.  de  4 palettes. 

11.  Le  poignet  est  bien  dégonflé  ; la  malade  a sué  abon- 
damment. — Le  bruit  de  soufflet  du  cœur  persiste  (i).  — 
Le  genou  malade  est  entièrement  libre. 

12.  La  malade  a vomi  un  ver  lombric  ; son  état  est  d'ail- 


(1)  Il  existe  un  léger  bruit  de  diable  dans  les  carolides,  circonstance  qui  , 
comme  nous  l’avons  dit  ailleurs,  n’est  pas  très  rare  à la  suite  des  grandes  émis- 
sions sanguines. 


OBS.  d’ENDOC.  TERM.  par  la  GüÉRISON.  243 
leurs  très  satisfaisant.  Les  battemens  du  cœur  sont  beaucoup 
moins  forts  et  le  souffle  qui  les  accompagne  très  léger. 
i3.  Bien  (3  hoiiill.  de  poulet). 

15.  La  malade  s’est  levée  dans  la  nuit  et  a été  prisé  peüde 
temps  après  d’une  vivè  doulèur  dans  le  mollet  gâuche.  Le 
malin  à la  visite,  le  mollet  est  gonflé  (i4  pouc.  dé  circon- 
férence), et  la  sensibilité  est  telle  que  la  moindre  pression 
est  insupportable.  Retour  de  là  réaction  fébrile. 

36  sangs,  au  mollet  ; catapL;  diète. 

16.  9 sangsues  seulement  ont  pris;  fièvre  très  forte  ; 
visage  altéré;  l’état  de  la  malade  est, on  ne  peut  plus  grave. 

Le  gonflement  du  mollet  s’est  étendu  à la  cuisse  qui 

est  infiltrée.  Nous  soupçonnons  une  phlébite  de  la  veine 
crurale. 

Saig.  de  3 palett.;  'ventous.  scarif.  à la  jambe  et  à là  cuisse 
3 palett.;  catapl. 

i^.  Faciès  toujours  très  altéré  ; vomissement  de  matières 
aqueuses  ; pouls  faibje,  à 112-116.  — Le  sang  delà  saignée 
contient,  au  milieu  d’une  abondante  sérosité,  un  caillot 
cbuenneux , à bords  retroussés. 

La  cuisse  et  le  mollet  sont  moins  enflés  et  moins  doulou- 
reux ; ou  ne  sent  point  de  cordon  dur  et  tendu  dans  le 
trajet  des  veines;  la  fièvre  a diminué. 

Bain  , catapl.  émoll.  — i bouill. 

18.  Le  membre  abdominal  gauche  est  généralemèht 
enflé,  infiltré  , mais  peu  douloureux;  il  n’existe  nulle  part 
de  fluctuation. — Continuation  des  vomissemens. 

Le  bruit  de  soufflet  du  cœur  existe  encore,  mais  très 
faible. 

Eau  de  seltz;  solut.  de  sirop  de  groseille  ; i kilog\  de  glacé 
pour  prendre  en  jragmens. 

19.  Nausées  sans  vomissement;  visage  meilleur;  diminu- 
tion du  gonflement;  pouls  à 100 , mou,  souple. 

20 . 21  , 22 , 23  et  24.  Le  yisage  se  ranime  , l’anxiété  se 
dissipe;  mais  il  reste  toujours  de  la  fréquence  du  pouls. 

26. 


244  MALADIES  Dü  C(®ÜR  EN  PARTICULIER. 

On  exerce  une  légère  compression  autour  du  membre  in- 
filtré , ce  qui  est  suivi  d’une  résolution  rapide.  La  malade 
supporte  bien  les  bouillons  et  les  potages.  Elle  dort  assez 
tranquillement. 

a5  et  26.  L’amélioration  persiste.  Cependant  la  fré- 
quence du  pouls  et  le  bruit  de  souffle  du  cœur  continuent. 

Vésicatoire  sur  la  région  précordiale. 

27.  Un  des  deux  bras  est  tellement  douloureux  qu’on  ne 
peut  le  remuer  sans  faire  crier  la  malade;  pouls  à 124; 
langue  lisse  et  sèche. 

8 gr.  de  digit.  'vésicat.  ; diète.  , . 

28.  Amélioration.  Le  membre  inférieur  est  complète- 
ment dégagé  ; le  bras  est  moins  douloureux.  Pouls  à loo. 

, 29.  Pouls  à 96  {continuation  de  la  digitale'). 

3o.  La  malade  ne  souffre  plus  nulle  part  ; pouls  à 92  ; le 
bruit  de  soufflet  du  cœur  diminue  sensiblement  chaque 
jour.  Point  de  matité  anormale  dans  la  région  précordiale. 

( 2 houill.  ; 2 potag.),  > 

Les  jours  suivans,  la  convalescence  fait  des  progrès  , et  le 
7 février  il  n’existait  plus  de  bruit  de  soufflet  dans  la  région 
du  cœur.  Le  pouls  était  à 76.  La  respiration  était  natu- 
relle (i).  La  malade  mangeait  le  quart. 

La  malade  ne  reste  plus  à l’hôpital  que  pour  y guérir 
d’un  engorgement  du  sein  gauche,  où  se  sont  formés  des 
abcès. 

RÉFLEXIONS. 

Tous  ceux  qui  ont  suivi  la  malade  dont  nous  venons  de 
rapporter  l’histoire  , ont  regai'dé  sa  guérison  comme  un  des 
plus  beaux  cas  qui  puissent  déposer  en  faveur  des  émis- 
sions sanguines.  En  effet,  lorsqu’après  la  guérison  du  rhu- 


(1)  Dans  le  cours  de  la  maladie  , nous  avons  percuté  et  ausculté  plusieurs  fois 
la  poitrine,  et  nous  n’avons  jamais  rencontré  aucun  signe  de  maladie  de  la  plè- 
vre et  des  poumons.  i 


OBS.  d’endoc.  term.  par  la  guérison. 
matisme  éclata  le  gonflement  douloureux  du  membre  in- 
férieur gauche , avec  fièvre  violente,  vomissemens,  altéra- 
tion des  traits  , plusieurs  personnes  crurent  que  c’en  était 
fait  de  la  malade  , et  qu’il  ne  fallait  plus  songer  aux  émis- 
sions sanguines,  après  celles  qui  avaient  été  déjà  pratiquées. 
Je  partageais  moi-même  en  partie  cette  crainte.  Néan- 
moins, j’eus  recours  à de  nouvelles  émissions  sanguines , et 
un  prompt  soulagement  en  fut  la  suite.  Avec  delà  patience 
et  les  soins  nécessaires , il  est  donc  bien  peu  de  phlegma- 
sies  aiguës  dont  on  ne  puisse  triompher,  quand  elles  sont 
prises  à temps. 

Nous  pensons  que  c’est  au  vésicatoire  de  la  région  précor- 
diale et  à la  digitale , qu’il  faut  rapporter  l’achèvement  de 
la  guérison  de  l’endocardite  valvulaire  chez  cette  malade. 

OBSERVATION  86«, 

Femme  de  28  ans.  — Rhumatisme  articulaire  aigu , compliqué  d’endocardite 
ou  de  rhumatisme  de  l’enveloppe  interne  du  cœur  ( bruit  de  soufflet  du  cœur, 
batlemens  violens  de  cet  organe.)  -^Emissions  sanguines  à haute  dose.  — Guéri- 
son. — Nouvelle  attaque  de  rhumatisme , avec  nouveaux  accidens  du  côté  du 
cœur. 

Lefebvre  (Marie),  âgée  de  28  ans  , couturière,  d’une 
constitution  délicate  , nerveuse  , ayant  la  peau  fine , les 
cheveux  châtains,  habitait  Paris  depuis  quatre  ans  , lors- 
qu’elle fut  admise  à la  clinique,  le  24  août  i833  (n°8, 
salle  Sainte-Madeleine).  Avant  son  arrivée  à Paris,  elle 
se  livrait:  aux  travaux  de  la  campagne  qui  la  fatiguaient 
beaucoup.  H y a trois  ans  environ  qu’elle  est  accouchée. 
Sa  grossesse  a été  laborieuse,  et  pendant  sa  durée  , il  e^t 
survenu  de  temps  en  temps  des  palpitations.  Depuis  l’ac- 
couchement, cette  jeune  femme,  mal  réglée,  ne  jouit  pas 
d’une  bonne  santé.  Quelque  temps  après  ses  couches, 
elle  fut  admise  à l’Hôtel-Dieu,  pour  des  douleurs  rhumatis- 
males  J siégeant  dans  diverses  articulations. 

Il  y a trois  mois , elle  fut  reçue  à l’hôpital  Necker,  pour 


S46  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

une  inaladie  de  poitrine  qu’elle  désigne  sous  le  nom  de 
rhume.  Elle  y,  lut  saignee  du  bras  et  on  lui  appliqua  des 
sangsues.  Elle  était  de  nouveau  malade  depuis  onze  jours  , 
lorsque  je  l’examinai  le  lendemain  de  son  entrée  à la  clini- 
qqe  (25  août). 

Des  douleurs  existaient  dans  la  plupart  des  articulations 
des  membres  supérieurs  et  inférieurs , dont  quelques  unes 
avaient  été  gonflées  avant  l’entrée  à l’hôpital.  Comme  à 
l’époque  où  elle  fut  traitée,  à l’Hôtel-Dieu,  pour  de  sem- 
blables douleurs,  elle  éprouvait  de  l’oppression  et  un  sen- 
timent de  gêne  dans  la  région  précordiale.  (La  malade  a 
pris  chez  elle  un  grain  d’émétique  dans  du  bouillon  de 
veau.  Elle  a vomi,  mais  n’a  point  été  soulagée.) 

Prescription  du  26.  — Une  saignée  de  3 palett.  ; solut,  de 
sir.  de  gomme;  diète;  lao.  émoll. 

2.6.  Les  douleurs  des  membres  inférieurs  ont  diminué, 
mais  celles  des  membres  supérieurs  sont  plus  vives.  Le 
poignet  droit  est  un  peu  enflé  , la  peau  qui  le  recouvre  est 
tendue,  luisante;  le  moindre  contact  arrache  des  cris  à la 
malade. 

Pouls  développé,  de  108  à 112  par  minute. 

Les  battemeiis  du  cœur  sont  très  forts  et  très  étendus  , 
tumultueux.  Le  bruit  qui  les  accompagne  est  confus  et 
mêlé  de  souffle  ou  de  frottement  ; il  existe  un  léger  frémis- 
sepient  cataire  dans  la  région  précordiale. 

La  coïncidence  de  ces  derniers  symptômes  avec  un  rhu- 
matisme articulaire  nous  porte  à soupçonner  une  inflam- 
mation de  la  membrane  interne  du  cœur  et  des  valvules. 

Saignée  de  3 palettes  ; 12  sangs,  et  catapl.  sur  la  règ.préc.; 
inf.  de  viol,  édulcorée  avec  le  sirop  de  gomme  ; diète. 

Le  caillot  de  cette  seconde  saignée  n’est  pas  relevé  sur 
ses  bords,  en  forme  de. champignon,  comme  celui  de  la  pre- 
mière , et  la  couenne  est  moins  épaisse. 

27.  Les  douleurs  sont  un  peu  moins  vives,  le  pouls  est 
à 11G-120  ; les  battemens  du  cœur  sont  toujours  très  fqrts, 


oBS.  d’endoc.  term.  par  la  guérison.  247 
et  ils  sont  accompagnés  d’un  bruit  de  râpe  assez;  distinct  ; 
la  chaleur  de  la  peau  est  forte  ; la  malade  se  sent  très 
faible. 

12  sangs,  sur  la  région  précordiale. 

28.  Les  douleurs  sont  encore  très  fortes;  dyspnée,  toux, 
douleur  dans  le  côté  gauche.  Le  murmure  respiratoire,  est 
faible,  ce  qui  tient  au  peu  d’étendue  des  mouvemens  res- 
piratoires.— Langue  rouge,  parsemée  de  quelques  plaques 
caséiformes.  — yisage  abattu  , affaisse  , exprimant  la  souf- 
france. — Même  état  du  cœur. 

Une  saig.  de  2 palett.; pot.  gomm. 

29.  Bruit  de  râpe  très  prononcé;  io4à  108  puisât.;  peau 
chaude,  tendue,  luisante,  autour  des  articulations  doulou- 
reuses; visage  un  peu  moins  affaissé  ; la  rougeur  de  la  lan- 
gue est  moindre  , les  plaques  caséiformes  se  détachent. 

Ventous.  scarif.  sur  la  régipii précordiale. 

30.  Les  épaules  sont  encore  fort  douloureuses;  peau 
moins  chaude  , pouls  à 96-100,  eonservant  de  la  force  ; les 
battemens  du  cœur  sont  si  violensque  la  maladp  leur  donne 
le  nom  de  palpitations;  persistance  du  bruit  de  râpe  ou  de 
soufflet  et  léger  frémissement  cataire. 

31.  Peau  moins  chaude  , douleurs  moins  vives,  palpita- 
tions encore  très  fortes. 

lo  sangs,  à la  région  précordiale, 

I®’'  et  2 septembre.  Le  pouls  est  descendu  à 84;  l’état  gé- 
néral est  bon , le  rhumatisme  articulaire  presque  entière- 
ment dissipé.  Un  changement  notable  s’est  opéré  dans  l’é- 
tat du  cœur.  Les  battemens  de  cet  organe  ^ont  moins  forts 
. et  moins  étendus  , d’une  régularité  parfaite  ; le  frémisse- 
ment cataire  est  presque  nul  et  le  bruit  de  râpe  beaucoup 
moins  prononcé.  {Bouill.  et  potages), 

3,4j  5 , 6 septembre.  Les  battemens  du  cœur  revien- 
nent de  plus  en  plus  à leur  état  normal.  Le  second  bruit 
est  un  peu  plus  âpre  que  dans  l’état  ordinaire,  mais  le  bruit 
de  râpe  ou  de  soufflet  proprement  dit  a complètement  dis- 


MALADIES  DU  CCKÜft  EN  PAETICULIER. 
paru.  La  région  précordiale  ne  rend  un  son  mat  que  dans 
une  étendue  égale  à celle  d’une  pièce  de  six  francs.  Lesbat- 
temens  du  cœur  repoussent  la  main  avec  une  certaine  du- 
reté, mais  dans  un  espace  beaucoup  moins  considérable  que 
précédemment.  {On  augmente  graduellement  la  quantité  des 
alimens). 

7.  La  malade  mange  le  quart.  Elle  est  tout-à-fait  bien. 

8.  Elle  demande  sa  sortie. 

- Les  battemens  du  cœur  sont  encore  un  peu  forts.  Les 
deux  bruits  sont  clairs.  Le  souffle  a entièrement  cessé,  ainsi 
que  le  frémissement  cataire. 

REFLEXIONS. 

Il  est  clair  que  les  symptômes  fournis  par  l’exploration 
du  cœur  dépendaient  bien  d’une  lésion  aiguë,  puisqu’ils  ont 
disparu  si  rapidement  et  en  même  temps  que  les  symptômes 
du  rbumatisme  articulaire. 

Or  , quelle  autre  maladie  aiguë  qu’une  inflammation  au- 
rait pudonner  lieu  aux  symptômes  que  nous  avons  indiqués  ? 
Cette  inflammation  avait,  selon  moi,  son  siège,  non  dans 
le  péricarde  mais  dans  \ endocarde  , c’est-à-dire  dans  la  mem- 
brane interne  du  cœur,  et  spécialement  dans  la  portion  qui 
se  déploie  sur  les  valvules.  Cette  phlegmasie  , cause  prin- 
cipale de  la  force  et  de  l’étendue  des  battemens  du  cœur,  a 
déterminé  un  gonflement  plus  ou  moins  considérable  dans 
les  valvules,  en  a gêné  le  jeu,  et  de  là  le  bruit  de  râpe  ou  de 
soufflet  et  le  frémissement  cataire.  C’est  à la  complication 
dont  il  s’agit  qu’il  faut  aussi  rapporter  le  sentiment  d’op- 
pression et  d’anxiété  dont  se  plaignait  la  malade.  S’il  exis-  • 
tait  réellement  une  péricardite  en  même  temps  que  l’endo- 
cardite , elle  n’était  pas  accompagnée  d’un  épanchement 
notable  (i). 


(1)  Une  nouvelle  attaque  de  rhumatisme,  accompagnée  de  violens  battemens 
du  cœur,  eut  lieu  huit  jours  environ  après  la  sortie , tt  la  malade  rentra  à l’hô- 


OBS.  d’eNDOC.  TERM.  par  la  guérison.  24ï) 
Les  observations  suivantes  ont  pour  but  tle  montrer  que 
si  l’endocardite  rhumatismale , jusqu’ici  presque  toujours 
méconnue,  n’est  pas  guérie  dans  sa  période  aiguë  , elle  est 
suivie  des  accidens  ordinaires  des  lésions  dites  organiques 
du  cœur,  lésions  qui  consistent  surtout  en  une  induration 
des  valvules,  avec  hypertrophie  du  cœur. 


'i 

if  pital , le  19  novembre,  deux  mois  et  demi  environ  après  sa  sortie.  Le  cœur  se  fai- 

j sait  sentir  dans  l’étendue  de  4 à 5 pouc.  verticalement,  et  de  5 à 6 pouc.  trans- 

versalement. Il  existait  un  frémissement  vibratoire,  et  un  bruit  de  râpe  très  pro- 
/ noncé- dans  la  région  précordiale;  plus  tard , nous  distinguâmes  nettement  d’a- 
I bord  trois,  puis  quatre  bruits  au  lieu  du  double  claquement  normal.  ( Dans  la 

I partie  de  nos  prolégomènes  relative  aux  bruits  anormaux  du  cœur,  nous  avons 

\ indiqué  d’une  manière  précise  les  trois  et  quatre  bruits  observés  chez  cette 

i malade.  Voy.  p.  189-90.  ) — A cette  époque,  il  n’existait  plus  de  douleurs  dans 

i les  membres. 

La  poudre  de  digitale  à l’intérieur  et  à l’extérieur  (on  en  saupoudrait  la  surface 
f d’un  vésicatoire’ placé  à la  région  précordiale),  l’hydriodate  de  potasse  et  un  régime 

; sévère  améliorèrent  considérablement  l’état  de  la  malade.  Elle  avait  repris  un 

^ embonpoint  assez  marqué,  lorsqu’elle  sortit  le  4 mai.  Les  battement  du  cœur 

fi  étaient  cependant  encore  très  étendus , et  dans  les  cavités  gauches  on  entendait 

I trois  bruits  au  lieu  de  deux  (c’était  le  second  bruit  du  cœur  qui  se  partageait  en 

f deux , comme  si  le  ventricule  gauche  se  fût  dilaté  à deux  reprises  pour  aspirer 

I,  le  sang  de  l’oreillette  correspondante).  — Dans  l'état  de  repos,  la  malade  se  trou- 
t vait  très  bien. 

{ Le  21  mai , cette  malade  rentre  pour  la  troisième  fois,  atteinte  d’un  rhuma- 
f lisme  aigu,  avec  réaction  fébrile  très  forte.  A ce  rhumatisme  se  joignit  plus 

i tard  un  épanchement  pleurétique  droit.  L'état  de  cette  malheureuse  nous  parais- 

I sait  presque  désespéré;  néanmoins,  grâce  à de  petites  saignées  générales  et  lo- 

i cales,  aux  v,ésicatoires  sur  la  poitrine,  nous  fûmes  assez  heureux  pour  la  voir  se 

i rétablir  dans  le  même  état  où  elle  se  trouvait  à sa  seconde  sortie.  Il  nous  sembla 

î même  que  la  circulation  s’opérait  un  peu  plus  librement  à travers  les  orifices  du 

I cœur.  Toutefois,  un  léger  bruit  de  souffle  persistait,  et  le  cœur  conservait  un  vo- 

i lume  énorme  ( on  observait  encore  trois  battemens et  trois  bruits).  Pendant  la 

' systole,  la  région  précordiale  était  fortement  frappée  par  le  cœur,  et  ce  choc 

' faisait  entendreà  l’oreille  appliquée  immédiatement  sur  la  région  indiquée,  un 

tintement  argentin  des  plus  marqués. 

Tout  récemment  ( janvier  i835  ),  M.  le  docteur  Lafère,  pharmacien  attaché  à 
notre  clinique,  a eu  occasion  de  voir  la  malade  : son  état  est  assez  satisfaisant; 
toutefois,  lorsqu’elle  se  livre  à quelque  exercice  un  peu  fatigant,  elle  éprouve 
de  fortes  palpitations  et  de  l’oppression. 


1200  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

OBSERVATION  87». 

Jeune  homme  de  lo  ans  ija.  — Rhumatisme  articulaire  aigu,  suivi  de  symp- 
tômes d’hypçrlrpphje  du  cœur  et  d’induration  des  valvules.  — Soulagement 
par  les  saignées,  la  digitale,  le  repos  et  le  régime. 

Vers  le  milieu  du  mois  de  novembre  i833,  M.  le  docteur 
Gariel  me  pria  d’examiner  son  neveu  , jeune  homme  de  lo 
ans  et  demi,  récemment  arrivé  de  la  province,  et  présen- 
tant des  symptômes  de  maladie  du  cœur[i). 

Au  moindre  exercice,  ce  jeune  homme  éprouvait  de 
violentes  palpitations  et  une  dyspnée  poussée  jusqu’à  l’é- 
touffement. Les  battemens  du  cœur  se  faisaient  sentir  dans 
un  cercle  d’environ  4 pouces  de  diamètre  et  soulevaient 
fortement  la  région  précordiale  ; ils  étaient  tantôt  régu- 
liers, tantôt  intermittens  et  irréguliers.  Ils  étaient  accom- 
pagnés d’un  très  fort  double  bruit  de  soufflet  dont  le 
maximum  d’intensité  correspondait  à la  région  de  l’orifice 
Apripulo-ventriculaire  gauche.  La  petitesse  du  pouls  con- 
trastait avec  la  violence  des  battemens  du  cœur  ; il  surve- 
nait fréquemment  des  hémorrhagies  nasales  , etc. , etc. 

Sachant  déjà  combien  il  est  commun  de  voir  survenir  des 
symptômes  de  maladie  dite  oî'ganique  du  cœur^  à la  suite  des 
affections  rhumatismales,  je  demandai  à notre  honorable 
confrère  , M.  le  docteur  Gariel,  si  son  jeune  neveu  n’avait 
point  essuyé  d’affection  de  ce  genre.  Manquant  de  rensei- 
gnemens  à cet  égard , je  l’engageai  à écrire  au  médecin  qui 
avait  soigné  le  jeune  malade,  et  de  lui  demander  quelques 
détails  spr  les  antécédens  du  sujet. 

Voici  la  réponse  de  ce  médecin  (M.  Fillolel) , que  j’ex- 
trais textuellement  de  la  lettre  qu’il  écrivit  à M.  le  docteur 
Gariel,  en  date  du  i5  novembre  i833, 


(i)  Je  revis  plus  tard  ce  malade,  en  consultation  avec  M.  le  docteur 
Piorry. 


OBS.  d’eNDOC.  TERM.  PA^l  lA  GlîÉRISPN.  q5i 

« Rhumatisme  articulaire  aigu , traité  par  les  antiphlogisti- 
» (pies;  cataplasmes  émolUens ; bains  chauds;  frictions  hui- 
» leuses  et  anodynes  ; boissons  délayantes  et  diaphorétiques ; 
» diète. 

« Les  palpitations  n’ont  été  ohseivçes  que  'vers  la  fin  de  la. 
» maladie,  lors  de  la  cessation  presque  totale  des  douleurs  arti- 
» ciliaires.  Jusqu’alors , les.  hatternen,s  du  cceux.  n avaient;  ^ien 
» offert  d’extraordinaire.  » 

Deux  01}  trois  saignées , lî}  digitalp , un  régime  çévprp , le 
repos,  sQulagèreîit  corisidérablement  le  jpupe  malade 
le  bruit  de  soufflet  persistait  eiiporp  lorsqu’il  pîtrtit  ppup 
^011  pays , et  il  est  à craindre  que  l’hypertrophie  dq  çppur 
et  l'induration  des  yalyules  dont  il  est  affecté  ne  soit  tout- 
à-fait  incurable  ( i). 

REFLEXIONS. 

Appliquons-nous  donc,  je  ne  saurais  trop  le  redire,,  à 
bien  diagnostiquer  les  inflammations  aiguës  dp  la  dppble 
enveloppe  séro-fibreuse  du  copur;  et,  une  fois  rpconpups 
coinbattons-les  avec  la  dernière  yigUPur , ai  npps  ne  vou- 
lons pas  qu’elles  se  prolongent  indéfiniment,  er  engrainant 
à leur  suite  des  lésions  qu’il  ne  sera  plus  pn  né  tré  ppuvpjr 
de  guérir. 

N’oublions  pas  surtout  que  de  telles  phlegmaries  ont  UhP 
tendance  d’autant  plus  grande  à se  prolonger,  que  inaUieU' 
reusement  on  ne  peut  condamner  à un  repos  suffisant  l’or- 
gane dans  lequel  elles  ont  établi  leur  siège. 


(i)  J’ai  déjà  parlé  de  ce  cas  dans  les  prplégpmènes.  Je  rappellerai  jcj 
jeune  homme  qui  en  est  le  sujet  nous  offrit  trois  battemens  et  trois  bruits  du 
cœur,  au  lieu  de  deux  ; tic,.,  tac...  tac... 


T! 

I 

I 

202  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

OBSERVATION  88«. 

Homme  de  35  ans.  — Symptômes  d’hyperlrophie  du  cœur  et  d’induralioo  ‘ 
des  valvules,  à la  suite  de  plusieurs  attaques  de  rhumatisme.  — Soulagement 
par  les  émissions  sanguines , la  digitale , le  vésicatoire , le  repos  et  le  régime. 

Kalilet,  âgé  de  33  ans,  serrurier,  demeurant  rue  du 
Dragon , n®  4^ , d’une  bonne  constitution,  mais  un  peu 
lymphatique,  fut  admis  à la  clinique  (n®  2 , salle  St-Jean- 
deiS||jeu),  le  29  décembre  1 834- 11  se  plaignait  d’oppression, 
de  palpitations  au  moindre  exercice.  Les  battemens  du  cœur 
étaient  accompagnés  d’un  bruit  de  soufflet.  On  sentait  un 
frémissement  vibratoire  obscur  dans  la  région  précordiale,  ? 
laquelle  région  offrait  une  matité  de  4 pouc.  verticalement 
et  de  4 pouc.  4 transversalement.  Pouls  petit,  irrégu-  . • 
lier,  intermittent,  à 120,  i3o,  i4o  puis,  et  même  plus 
par  minute. 

Avant  d’avoir  interrogé  le  malade  sur  ses  maladies  anté-  • 
'éden/^’s , j’annonçai  que  très  probablement  il  avait  été  • 
atteint  d une  affection  rhumatismale  (i).  Il  nous  apprit  i 1 
qu’en  182  T 1825 , 1829,  1882,  il  avait  eu,  en  effet,'' 
un  rhuniatrsme  occupant  la  plupart  des  articulations.  Pen- 1 
dant  aucune  des  attaques  de  rhumatisme , il  ne  ressentit  de  . ; 
douleur  ni*  dans  la  région  précordiale  , ni  dans  les  côtés  de 
la  poitrine.  Mais  c’est  à la  suite  de  ces  attaques  que  sa  respi-P  1 
ration  est  devenue  difficile  , courte,  et  que  les  palpitations  1 ' 
se  sont  développées. 

' Deux  saignées  de  3 palettes  chacune,  2 applications  de; 
ventouses  de  3 palet,  chacune,  un  vésicatoire  sur  la  région 
pfécÔrdialë  ; la  digitale  a l’exterieur  et  a 1 intérieur  ; le  re- 


(i)  J’ai  annoncé  d’avance  la  préexistence  d’un  rhumatisme  chez  plusieurs  indi-i 
vidus  atteints  de  maladie  organique  du  cœur  , et  un  grand  nombre  de  personne* 
peuvent  attester  que  les  réponses  des  malades  ont  le  plus  souvent  justifié  cette  1 
sorte  de  prévision. 


i 


OBS.  d’endoc.  term.  par  la  GüÉRISON. 
pos  et  un  régime  sévère,  soulagèrent  le  malade  sans  le 
guérir  entièrement , ce  qui  nous  paraît  à peu  près  impos- 
sible. 

OBSERVATION  89«,  90e,  91«,  92«, 

Jeune  fille  de  19  ans.  — Symptômes  d’hypertrophie  du  cœur  et  d’induration 
des  valvules,  à la  suite  de  diverses  attaques  de  rhumatisme  articulaire  aigu.  — 
Soulagement  par  les  saignées,  la  digitale,  le  repos  et  le  régime. 

Beurse  ('Victoire) , âgée  de  19  ans , d’une  constitution 
délicate  et  nerveuse,  peau  fine  et  mince,  cheveux  châtains, 
avait  déjà  été  affectée , à diverses  reprises , de  rhumatisme 
articulaire  aigu , lorsqu’une  maladie  de  ce  genre  la  con- 
. duisit  à la  clinique  (n®  9,  salle  Sainte- Madeleine  ) , le  a 
niai  i833. 

Elle  était  sujette  aux  palpitations  et  ne  pouvait  monter 
un  escalier  sans  être  essoufflée.  — On  entendait  à la  région 
I précordiale  un  très  beau  bruit  de  soufflet  pu  de  scie.  Les 
1 hattemens  du  cœur  se  faisaient  sentir  dans  une  grande 
étendue  et  soulevaient  notablement  la  région  précordiale. 
Il  survenait  assez  souvent  des  saignemens  de  nez. 

Les  émissions  sanguines  à haute  dose  firent  assez  prompte- 
1 ment  justice  de  la  nouvelle  attaque  de  rhumatisme  articu- 
1 laireaigu,  et  calmèrent  les  palpitations  habituelles.  Néan- 
1 moins,  le  bruit  de  souffle  persistait  toujours,  lorsque  la 
1 malade  sortit  de  l’hôpital,  le  i"  août  i833.— Depuis  cette 
< époque,  nous  ne  l’avons  pas  revue,  mais  il  n’est  que  trop 
; probable  que  les  accidens  dus  à l’hypertrophie  du  cœfir  et 
« à l’induration  des  valvules  auront  fait  depuis  de  nou- 
’ veaux  progrès (i). 


(1)  Je  ne  finirais  pas,  si  je  voulais  rapporter'ici  tous  les  cas  où  j’ai  vu  des 
^ ‘ maladies  organit/ues  du  cœur  et  des  valvules,  à la  suite  de  rhumatisme  articu- 
^ ■ laireaigu.  Dans  ce  moment  même  ( février  i855) , j’en  ai  trois  nouveaux  exem- 
j pies  sous  les  yeux.  Le  premier  a pour  sujet  une  jeune  fille  de  i8  ans  environ  , 
>■  couchée  au  n®  6 de  la  salle  Sainte-Madeleine.  J’ai  observé  le  second  chez  un 


204  MALAÜiES  DU  CœUR  EN  PARTICULIER. 


CHAPITRE  III. 

DE  LA  CARDITE,  Oü  INFLAMMATIOIT  DD  TISSU  AIUSCULAIRE 
ET  DU  TISSU  CELLULAIRE  INTER-MUSCULAIRE  DU  CŒUR  (l). 


CONSIDERATIONS  PRÉLIMINAIRES. 


Suivant  CorvisaTt,  ïlest  peu  de  maladies  du  cœur  qui  soient 


moins  connues  que  le  carditis.  Il  divise  le  carditis  en  aigu 
él  en  bhroniqué,  et  il  sous-divise  le  carditis  aigu  en  occulte 
et  en  manifeste. 


jeune  homme  de  i4  ans,  que  j’ai  soigné  conjoinlement  avec  M.  le  docteur  Sar-  j 
landicre,  et  auprès  duquel  MM.  Broussais,  Marjolin  et  Fouquier  furent  appelés 
ên  conshllatiôn  (nous  avons  eu  la  douleur  de  perdre  ce  jeune  malade).  EnBn,  le 
troisièihe  exemple  m’a  été  fourni  par  un  jeune  homme  de  aa  ans,  que  j’ai  vu  en 
consultation  avec  M.  le  docteur  Aussandon  père. 

(i)  Corvisart  a placé  la  cardite  ( il  lui  donne  le  nom  de  carditis)  dans  la  classe 
d'as  affections  qùi  intéressent  à la  fuis  divers  tis'sus  du  cœur.  « J’ai  placé  le  car- 

• ditis  dans  cette  classe,  dit-il,  parce  que  je  pense,  contre  le  sentiment  de  plu- 

• sieurs  auteurs,  que  cette  affection  n’appartient  point  exclusivement  et  isolé- 
» ment  à un  des  tissus  qui  composent  cet  organe,  mais  qu’elle  intéresse  d’une  ma- 
4nière  aussi  marquée,  et  le  tissu  musculafre,  et  le  séreux,  et  le  cellulaire  (je  n’en 
ilexcepte  pas  même  le  vasculaire),  qui  entrent  dans  la  texture  ducœur.  Pbot-étrk 

• MÈMKjs’iL  FALLAIT  niciDKH  quel  6St  cclui  de  ces  divers  tissus  qui  se  trouve  le  plus 

• alfecté,  pourrais-je  avakcbb  qcb  le  tissu  cbllolaibb  bst  plus  vivembwt  ht  plus 

» ESSBUTIELLBMRIIT  LÉsé  qu’aucun  AUTBB,  » (Op.  cil.,  p.  344-) 

tiCS  réflexions  de  Corvisart  sont  parfaitement  justes.  En  effet,  on  ne  connaît 
encore  aucun  exemple  de  plilegniasie  pure  et  simple  du  tissu  musculairedu  cœur. 
Tou.efois,  nous  devions  faire  pour  l’inflammaMon  de  ce  tissu  ce  que  nous  avions 
fait  pour  celle  des  tissus  séreux  extérieur  et  intérieur  du  cœur,  c’est-à-dire  lui 
consacrer  un  chapitre  spécial.  Mais,  de  même  que  nous  avons  décrit  ensemble  et 
l’inflammation  du  tissu  fibreux  du  cœur  et  l’inflammation  du  tissu  sérVuX  du 
ïnême  organe,  ainsi  nous  avons  cru  dévoit;  étudier,  dans  un  seul  et  môme  cha- 
)lifre,  et  l’inflàihmation  du  tissu  musculaire  du  cœur  et  l’inflammation  du  tissu  I 
cédlulâirè  lAterp'osé  entre  les  faisceaux  et  les  fibres  musculaires. 

11  eil  très  vrai  d'ailleurs  que  dans  une  violénle  inflammation  du  cœur  tous  les  ^ 


DE  LA  CARDITE.  f2Ô5 

M.  Laennec  pense  qUé  « il  n’existe  peut-être  pas  un  seul 
exemple  incontestable  et  bien  décrit  de  ririflàmmatiori  gé- 
nérale du  cœur , soit  aiguë , soit  cbrohiqüe.  » Il  est  vrai 
qu’il  écrit  ceci  à la  page  554  du  a^vol.  de  sbil  ouvrage  , et 
qü’à  la  page  suivante  il  dit  : « il paràîi  constant  qiieV injlain~ 
matfon  générale  du  cœul'  a été  observée.  » M.  Làénriec  ajoute 
que  « les  exemples  d'inflammation  partielle  et  caractérisée  par 
l’existence  d’un  abcès  ou  d’une  ulcération  dans  les  parois  du 
cœw'y  sont  beaucoup  plus  communs  et  plus  exactement 
décrits. 

M.  Laennec  a considéré  le  ramollissement  du  cœur  comme 
une  affection  et  indépendante  de  l’inflammation 

de  cet  organe.  Il  rapporte  ainsi  qü’il  suit  l’opinion  qùe 
j’avais  émise  sur  l’influence  de  l’inflammation  dans  la  pro- 
duction du  ramollissement  du  cœur.  « M.  Boüillàud  regarde 
«le  ramollissement  du  cœur  comme  un  effet  de  l’inflani- 
mation , et  il  pense  qu’il  èn  est  de  même  de  VendürcisSe- 
« ment  plus  OU  moins  prononcé  et  de  la  diminution  ou  de  Vdiig- 
« mehtation  de  coloration.  » {op.  cit , t.  Il®,  P^g.  538-39  ). 
Je  commence  par  déclarer  que  si  j’ai  jamais  dit  quelque 


tisiios  élêrhentaires  decetorgane  sont  souvent  entrepris  à la  fois,  à des  degrés  diffé- 
rens.  Mais  l'inflammation  simultanée  des  divers  tissus  constituatisdu  cœur  serait- 
elle  plus  commune  encore  qu’elle  ne  l’est , il  n’en  faudrait  pas  moius  étudier 
spparémeni  l'inflammation  de  chacun  de  ces  tissus,  comme  on  le  fait  pour  l'in- 
flammation dts  divei'S  élémens  qui  concourent  à la  composition  des  autres  vis- 
cères, tels  que  le  poumon,  l’appareil  digestif , etc.,  bien  qu’il  ne  soit  pas  très  rare 
de  rencontrer  une  inflammation  simultanée  de  plusieurs  de  ces  élémens  ; c’est  ce 
qui  arrive,  par  exemple,  dans  certaines  fluxions  de  poitrine,  où  la  plèvre,  la  mem- 
brane intèrne  dêsCônduitsaérifères,  le  parcnr/ijme  pulmonaire,  sont  enflammés  à la 
fois.  11  serait  même  impossible  de  se  former  des  idées  nn  peu  clairès  et  précises  sur 
1 histoire  des  phlegmasies  qui  affectent  simultanément  plusieurs  dqs  élémens  ana- 
tomiques d’un  organe  ou  d’un  viscère,  si  l’on  ne  connaissait  pas  bien  auparavant 
riiistoire  dé  l'inflammation  de  chacun  de  ces  tissus  en  particulier.  Sans  doute  il 
ne  faut  pas  négliger  la  méthode  synthétique  en  médecine,  mais  il  ne  faut  pas  ou- 
blier non  plus  que  la  méthode  analytique , si  heureusement  fécondée  par 
le  génie  de  liiehat,  a été  le  principal  instrument  des  immenses  progrès  de  la 
sci  ence  que  nous  cultivons. 


I 


256  MALADIES  DU  CCEUR  EN  PARTICULIER, 

part  que  la  diminution  ou  V augmentation  de  coloration  du  cœur 
est  nécessairement  l’effet  d’une  inflammation  , c’est  là  une 
absurdité  si  grossière  que  M.  Laennec  aurait  pu  se  dis- 
penser de  la  relever.  Mais  je  n’ai  jamais  rien  dit  ni  écrit  de 
pareil.  Il  est  très  vrai  que  j’ai  mis  le  ramollissement  du  cœur 
' au  nombre  des  effets  que  l’inflammation  de  la  substance 

musculaire  de  cet  organe  peut  produire.  Je  dois  seulement  ; 
m’étonner  que  M.  Laennec  m’ait  concédé  la  propriété  de  i 
' cette  opinion  , car  elle  appartient  à la  plupart  des  auteurs 

j;  ' qui  se  sont  occupés  avant  moi  de  la  cardite,  et  à Corvisart 

en  particulier. 

■|  Au  reste,  après  avoir  dit  que  la  seule preiwe  que  faqoporte  \ 

‘ ù r appui  de  cette  manière  de  'voir,  c’est  que  les  muscles  atteints 

d’une  phlegmasie  aiguë,  le  cerveau,  le  foie,  les  poumons,  les 
r-eins  et  la  rate  dans  l’état  d’inflammation,  se  ramollissent , 

M.  Laennec  poursuit  ainsi  : « Je  remarquerai  d’abord  que  le 
choix  de  ces  exemples  renferme  un  cerçle  vicieux;  car  il  fau- 
, ' drait  d’abord  prouver  que  le  ramollissement  de  ces  divers  orga- 

I Ties,  lorsqu’il  existe  seul  et  sans  présence  de  pus,  est  l’effet  d’une 

, inflammation  (i).  » Je  n’ajouterai  plus  qu’un  mot:  c’est  que 

,4,  j’ai  pu,  avec  de  graves  observateurs,  considérer  le  ramollis- 

sement'du  cœur  comme  pouvant  être  la  suite  de  la  cardite , 

.|  sans  en  conclure  que  tout  ramollissement  du  cœur  était 

' i constamment  le  produit  de  cette  cause.  Cette  conclusion  eût 

j été,  en  effet,  erronée,  puisque,  sans  parler  de  quelquesautres 

causes , la  décomposition  putride  amène  à sa  suite  le  ramol-  [ 
■j  lissement  du  cœur  comme  celui  de  tant  d’autres  organes.  ' 

i D’ailleurs,  en  décrivant  la  cardite  , je  n’avais  pas  à faire  ! 

l’histoire  générale  du  ramollissement  du  cœur  , mais  bien  i 
à signaler  le  rôle  que  jouait  cette  maladie  dans  la  pro-  • 

' duction  d’une  espèce  particulière  de  ce  ramollissement,  et  I 

* je  n’ai  rien  à rétracter  de  ce  que  j’ai  dit  à cet  égard. 


(i)  On  trouvera  dans  les  beaux  travaux  de  M.  le  professeur  Lallemand  une  i 
ample  réfutation  de  la  doctrine  de  M.  Laünnec. 


I 


i 


J 


DE  LA  GARDITE:  267 

Après  avoir  élabli  que  le  ramollissement  est  une  des  ter- 
minaisons de  la  cardite  j il  semble  qu’on  ne  pourrait , sans 
se  contredire,  placer  l'induration  au  nombre  de  ces  termi- 
naisons. Mais  cette  contradiction  n’est  qu’apparente.  En 
effet,  comme  tout  le  monde  en  convient,  les  caractères 
anatomiques  de  l’inflammation  diffèrent  beaucoup  selon 
le  degré  et  la  période  de  cette  maladie,  ainsi  que  suivant 
les  différens  tissus  qu’elle  peut  affecter  , soit  ensemble,  soit 
séparément.  Quant  à l’induration,  elle  a été,  dans  tous  les 
temps,  considérée  comme  une  des  terminaisons  de  l’inflam- 
niation  , par  les  divers  médecins  et  icbirurgiens  qui  ont 
tracé  1 histoire  de  cet  état  motbide.  Ainsi  donc,  pour  qu’ii 
y eût  contradiction  à placer  à la  fois  le  ramollissement  et 
l’induration  parmi  les  terminaisons  que  peut  affecter  l’in- 
flammation en  général , et  celle  du  cœur  en  particulier,  il 
faudrait  qu’on  eût  attribué  l’un  et  l’autre  de  ces  états  au 
même  degré  et  à la  même  période  de  la  maladie,  et  l’on 
voudra  bien  nous  faire  grâce  d’une  erreur  de  cette  espèce. 

Le  ramollissement,  la  suppuration  et  l’induration  ne  sont 
pas,  au  reste  , les  seules  terminaisons  possiblesde  la  cardite  : 
il  faut  placer  encore  au  rang  de  ces  dernières,  V ulcération  ( i), 
les  perforations  du  cœur,  avec  ou  sans  formation  d’un  kyste 
anévrismal. 

Dans  une  première  section,  nous  allons  rapporter  des 
exemples  des  différentes  altérations  que  la  cardite  , étudiée 
sous  toutes  ses  formes  et  à toutes  ses  périodes,  peut  en- 
traîner à sa  suite.  Une  seconde  section  contiendra  l’histoire 
générale  de  cette  inflammation. 


(1)  Si  je  ne  mets  pas  la  gangrène  au  nombre  des  terminaisons  de  la  cardite 
proprement  dite , ce  n est  pas  que  je  la  considère  comme  absolument  impossible, 
du  moins  à un  certain  degré  et  dans  une  certaine  étendue;  mais  c’est  que , dans 
l'étal  aduel  de  la  science,  je  n’en  connais  aucun  exemple  incontestable. 


i 


200  MALADIES  Dü  COËUll  EN  PARTICULIER. 

; PREMIÈRE  SECTÏOÎN. 

OBSERVATIONS  PARTICULIÈRES  SUR  LA  CARDITE,  OU  INFLA  MMATION 
DU  TISSU  MUSCULAIRE  ET  pU  TISSU  CELLULAIRE  INTERMUSCU- 
LAIRE  DU  COEUR. 

PREMIÈRE  CATÉGORIE. 

i • 

OBSERVAHOnS  DE  OARDITB  TERMINEE  PAR  RAMOLLISSEUENX  EÏ  SDPPUHATIOH. 


. OBSERVATION  93c  (i).  ^ * 

Homme  de  67  ans.  — Douleür  dansTe  côté  gauche  de  la  poitrine,  dyspnée, 
pouls  faible,  irrégulier,  intermittent;  délire.  — Mort  le  septième  jour  après  le  I 
début  de  la  douleur  de  côté.  — Epanchement  purulent  dans  la  plèvre  gauche  et  i 
dans  le  péricarde.  — Cœur  mou,  flasque,  se  réduisant  facilement  en  bouillie  à la  I 
la  moindre  pression , avec  inQlîralion  d’une  matière  grasse  en  ire  les  fibres  char-  h 
nues,  et  développement  d'un  réseau  vasculaire  très  apparent.  ■ ! 

' . ' ’ |i 

«Un  décrotteur , âgé  de  6y  ans,  d’un  tempérament  |( 
» sanguin,  éprouva,  le  2.4  avril  i8o3,  une  douleur  assez  |! 
» faible  dans  le  côté  gauche  de  la  poitrine,  avec  augmen-  | 
» talion  d’une  gêne  de  la  respiration  à laquelle  il  était  .sujet  [ 
» depuis  3o  ans.  Deux  jours  après  il  cracha  du  sang,  et  le  29, 

» cinquième  jour  de  la  maladie,  il  fut  admis  à la  clinique  i: 
» interne  , avec  mal  à la  tête  , figure  animéè,  œil  brillant,  li 
» respiration  un  peu  gênée  poitrine  vaguement  doulou-  j 
» reuse,  point  de  palpitations,  pouls  faible,  irrégulier,  i 
» intermittent , inégal  sur  les  deux  bras.  Lé  lendèmain , ii 
» la  respiration  était  pkis  difficile,  bruyante,  râleuse;  il 
» sentait  beaucoup  plus  de  douleur  dans  la  jioitrine;  il  y 1 
» avait  du  délire,  accompagné  d’une  grande  loquacité. 

» Dans  la  matinée  de  ce  jc'ur , il  se  leva  de  nouveau  à midi, 


fi)  J’emprunte  celte  observation  ê.  Corvisart  ( elle  est  la  37'  de  sur  les  l 

Maladies  du  coeur)* 


PREM.  CATÉG.  d’oBSERV.  DE  CARDÏTE.  îiÔQ 

» il  se  recoucha,  et  expira  inopinément  le  septième  jour 
» de  la  maladie. 

» La  douleur  de  la  poitrine  , la  gêne  de  la  respiration , 

» l’examen  extérieur  du  malade,  m’avaient,  dès  le  second 
• jour,  donné  la  certitude  de  l’existence  d’une  péripneu- 
» monie.  L’œil  brillant,  la  loquacité,  le  délire,  le  siège  de 
» la  douleur,  les  caractères  du  pouls,  m’indiquaient  que 
» l’inflammation  s’était  étendue  sur  le  cœur  (i),  sans  que 
» je  pusse  soupçonner  la  dégénérescence  particulière  du 
» tissu  de  cet  organe. 

» A l’ouverture  du  cadavre,  la  figure  était  inégalement 
» livide  et  violette;  les  veines  sous-cutanées  étaient  gorgées 
» de  sang. 

» Le  poumon  gauche  était  recouvert,' dans  une  grande 
» partie  de  son  étendue,  surtout  près  du  péricarde,  d’une 
» couche  pseudo-membraneuse,  de  plusieurs  lignes  d’épais- 
» seur. 

» La  cavité  du  péricarde  contenait  environ  une  livre  de 
» liquide  purulent,  floconneux.  Sa  face  interne  était  en- 
» duite  d’une  fausse  membrane  dont  la  superficie  était  nia- 
» melonnée. 

» Le  cœur,  de  'volume  naturel,  était  mou  et  flasque.  Lespa- 
» rois  charnues  des  'ventricules  et  des  oreillettes  étaient  pâles , 
» jaunâti'es  ; on  aurait  dit  qu’une  substance  grasse  s’était  dé- 
» posée  entre  les  fibres  charnues  qui  paraissaient  écartées  les 
V unes  des  autres.  On  'voyait  à la  surf  ace  de  ces  parvis  blan~ 
» châtres , ainsi  que  dans  l’-intérieur  même  de  leur  substance 
» charnue,  un  réseau  'vasculaire  bien  développé  et  très  apparent. 
» En  pressant  légèrement  entre  les  doigts  la  substance  charnue, 
» on  la  réduisait  facilement  en  une  espèce  de  bouillie  dont  la 

couleur  était  pâle  et  terne . 


(i)  Pour  reconnaître  avec  certitude  une  péripneumonie  et  une  inflammation 
du  cœur,  il  nous  faut  aujourd’luii  des  signes  moins  vagues,  m.oins  équivoque»  » 
que  ceux  exposés  dans  le  récit  de  cette  observation. 

17.. 


î26o  maladies  du  coeur  en  particulier. 

» Toutes  les  cavités  du  cœur  contenaient  des  concrétions 
» polypiformes  qui  se  continuaient  dans  la  cavité  même  des 
» gros  vaisseaux.  » 

RÉFLEXIONS. 

r, 

Corvisart  ne  craint  point  d'affirmer  que  Vétat  pathologi- 
que du  cœur,  ci-dessus  décrit  dénote  certainement  un  état  inflam- 
matoire antérieur.  Or,  cet  état  pathologique  est  un  véritable 
ramollissement  du  cœur.  La  co-existence  d’une  péricardite 
est  un  nouvel  argument  en  faveur  de  l’opinion  deCorvisart. 
Les  deux  autres  observations  de  cardite,  rapportées  à la 
suite  de  celle-ci  dans  \Essai  sur  les  maladies  du  cœur  ^ sont 
également  des  exemples  d’un  ramollissement  de  la  subs- 
tance charnue  du  cœur  coïncidant  avec  un  épanchement 
purulent  dans  le  péricarde.  Corvisart  dit  qu’il  ne  se  sou- 
vient point  d’avoir  eu  occasion  d’observer  la  cardite  aiguë 
non  compliquée. 

A la  suite  des  trois  observations  qu’il  possédait,  pour 
sa  part , sur  l’inflammatioii  du  cœur , Corvisart  rapporte 
celles  de  Meckel,  à&.Stoi'ck  et  de  Fabrice  de  Hilden,  sur  le 
même  sujet.  Les  observations  de  ces  derniers  auteurs  sont 
au  nombre  de  six , et  dans  toutes  il  existait  une  péricardite 
en  même  temps  qu’une  cardite.  Les  caractères  de  cette  der- 
nière maladie  n’y  sont  malheureusement  pas  exposés  avec 
tout  le  soin  et  toute  la  précision  nécessaires  en  pareille 
matière. 

Parmi  les  observations  que  renferment  les  deux  précé- 
dons chapitres , on  trouve  quelques  cas  dans  lesquels  la 
péricardite  ou  l’endocardite  étaient  compliquées  d’un  ra- 
mollissement inflammatoire  du  tissu  charnu  du  cœur.  Je 
me  contenterai  donc  de  rapporter  ici  le  fait  suivant,  dans 
lequel  le  ramollissement  du  cœur  se  trouve  encore  combiné 
avec  une  péricardite.  Ce  cas  aurait  été  plus  détaillé,  si  le 
malade  eût  été  soumis  à notre  observation  dès  l’origine  de 
Vaffeclion  à laquelle  il  finit  par  succomber. 


PREM.  CATÉG.  d’oBSERV.  DE  CARDITE. 


261 

OBSERVATIOIV  %«. 

Jeune  homme  de  •27  ans.  — Fluxion  de  poitrine  incomplètement  guerie,  Gc- 
vre  lente,  marasme,  dyspnée,  infiltration  des  membres  inférieurs.  — Mort  deux 
ou  trois  mois  après  le  début  de  la  fluxion  de  poitrine.  — Adhérences  dans  les 
deux  côtés  de  la  poitrine.  — Exsudation  albumineuse  dans  le  péricarde.  — Ra- 
mollissement brunâtre  du  tissu  du  cœur. 

Un  jeune  homme  d’environ  ay  ans  fut  admis  à l’hôpilal 
Cochin , dans  le  cours  du  mois  de  septembre  i8a3.  Il  était 
sorti  depuis  quelques  jours  de  l’hôpital  de  là  Çharité,  où 
il  avait  été  traité  d’une  fluxion  de  poiti'ihe , dont  il  n’était 
pas  entièrement  rétabli  au  moment  de  sa  sortie.  Autre- 
fois fort  et  bien  constitué,  il  était , au  moment  de  son  en- 
trée à Coehin , d’uUe  maigreur  extrême  et  d’une  faiblesse 
considérable.  Son  teint  était  sale  et  comme  terreux,  sa 
peau  sèche , son  pouls  petit  et  fréquent.  Il  conservait  de  la 
dyspnée  et  ses  membres  inférieurs  étaient  infiltrés. 

N’étant  plus  attaché  alors  au  service  de  l’hôpital  Cochin, 
je  n’examinai  pas  assez  attentivement  la  poitrine  et  la 
région  précordiale , pour  pouvoir  porter  un  diagnostic 
précis. 

On  essaya  les  apéritifs  pour  coinbattre  l’infiltration.  On 
fut  bientôt  obligé  de  suspendre  ces  moyens,  en  raison  du 
développement  d’une  irritation  du  tube  digestif.  Cepen- 
dant l’infiltration  disparut  peu  à peu  , ainsi  que  la  gêne  de 
la  respiration.  Mais  il  existait  toujours  une  petite  fièvre  , et 
le  malade  , d’un  appétit  vorace  , se  consumait  au  milieu 
d’un  dévoiemept  continuel,  accompagné  de  coliques  assez 
violentes.  Il  mourut  le  20  octobre , environ  six  semaines 
après  son  entrée. 

Autopsie  cadavérique , environ  24  heures  après  la  mort. 

1°  Habit,  extérieure.  — Marasme  ; point  de  traces  de  dé- 
composition putride. 

2°  Organ.  respirât,  et  circulât.  — Les  poumons  , rosés  , 
crépitans , parfaitement  sains , adhéraient  de  toutes  parts 


202  MALADIES  DU  C(®UR  EN  PARTICULIER, 

aux  parois  pectorales,  ainsi  qu’au  péricarde.  Ce  dernier 
adhérait  au  cœur  dans  tous  les  points.  Il  existait  entre  le 
feuillet  pariétal  et  le  feuillet  viscéral  une  exsudation  albu- 
mineuse, jaunâtre,  de  la  consistance  de  blane-d’œufà  demi- 
cuit  , faiblement  unie  à la  surface  du  cœur , dont  on  la 
détachait  à l’instar  d’une  fausse  membrane  de  formation 
récente  , bien  qu’elle  fût  évidemment  déjà  assez  ancienne. 
Cette  exsudation  tenait , au  contraire  , au  feuillet  pariétal 
par  des  filamens  celluleux  assez  serrés.  Enseveli  pour  ainsi 
dire  au  centre  de  cette  masse  albumineuse,  dont  l’épaisseur 
était  de  pfus  de  trois  lignes,  le  cœur  avait  un  très  petit 
volume,  comme  s’il  eût  atrophié  par  la  compression. 
Sa  surface  extérieure  était  dé  un  rouge  foncé , nuancé  de  quel- 
ques points  noirâtres.  Son  tissu  charnu  était  bnin , ramolli  et 
très  facile  à déchirer.  , 

Introduit  dans  le  ventricule  gauche,  le  doigt  en  rem- 
plissait étroitement  toute  la  capacité. 

' ÔBSERVATION  95e  (i). 

» 

Femme  de  36  ans.  — Symptômes  de  lésion  organique  du  cœur,  à la  suite  de 
trois  attaques  de  rhumatisme  articulaire  aigu. — Tout-à-coup.,  symptômes  d’une 
maladie  aiguë,  avec  dyspnée,  lipothymies,  etc.  — Mort  dix-sept  jours  après  le 
début  de  ces  accidens.  — Cœur  volumineux,  mou  etHasque.  — Trois  ou  quatre 
abcès  dans  la  substance  musculaire  du  cœur,  avec  rougeur  noirâtre  ; pus  sanieux 
dans  l’épaisseur  de  l'appendice  auriculaire.  — Epaississement  cartilagineux  de 
la  valvule  mitrale,  avec  rétrécissement  de  l’orifice  auriculo- ventriculaire  gauche. 

« Une  domestique , âgée  de  36  ans  , fut  atteinte , vers  sa 
» treizième  année  , époque  oû  elle  travaillait  dans  des  caves 
J)  humides  et  couchait  dans  des  bâtimens  neufs,  d’un  rhu- 
» matisme  goutteux  aigu.  A i6  ans,  il  survint  une  récidive 


(i)  Cette  observation  est  de  M.  Raikem.  On  la  trouve  dans  les  BuHelînsde  la 
Faculté'poiir  l’année  1809,  avec  ce  titre:  Extrait  d’une  observation  sur  une 
eardite  aiguë,  compliquée  d* inflammation  d une  partie  du  poumon  et  de  la  mem- 
brane muqueuse  de  l’e$tomae. 


rREM.  CATÉG.  d’oBSERV.  EË  GARDITE.  2G3 

„ clurliumatïsnie,  à la  suite  de  laquelle  les  doigts  et  les 
» orteils  restèrent  toujours  fixés  dans  une  direction  vicieuse, 

» avec  impossibilité  d’une  extension  complète.  Au  mois  de 
» juillet  1808,  après  des  fatigues  multipliées,  il  survint 

» une  troisième  attaque  de  rhumatisme  articulaire  qui  sévit 
» successivement  sur  toutes  les  articulations  des  membres  , 

» et  se  dissipa  , au  bout  d une  quinzaine  de  jours , en  Iciis- 
» saut  les  jcLvibes  cedeiuciteuses , surtout  le  soir,  pendcuit  deux 
» mois. 

1)  Le  5 novembre  de  la  même  année , cette  fille  se  cou- 
» clia  bien  portante  , ne  dormit  pas,  et  éprouva,  apres  des 
» horripilations  générales,  des  mouvemens  vifs  et  tumul- 
» tueux  dii  cœur,  une  douleur  lancinante  dans  la  région 
» précordiale,  de  la  dyspnée  et, une  lipothymie  qui  dura 
» une  heure.  — Les  jours  suivans,  les  mêmes  symptônies 
» persistèrent  ^ quoiqu’avec  un  peu  de  relâche  ( il  survint 
» plusieurs  lipothymies). 

» On  administra  des  antispasmodiques,  de  l’ÉTREr;  onap- 
» plùpia  de  la  moutarde  aux  pieds , des  'vésicatoires  aux 
» jainies. 

» Tous  ces  moyens  n’apportèrent  aucun  soulagement , 'et 
» la  malade  fut  admise  à l’hôpital  St-Antoine  (c’était  le 
» quatrième  jc)ur  de  la  maladie). 

» Face  abattue,  teint  blafard  , lèvres  vermeilles , gonfla- 
» ment  extraordinaire  des  veines  du  nez  et  des  jugulaires  ; 

» réveils  en  sursaut.  — Nausées  et  vomissemens  fréquens  ; 
«langue  rouge,  lisse,  humide;  douleur  à l’épigastre. — 
» Pas  de  toux  , respiration  peçite,  fréquente,  diaphragma- 
» tique.  — Palpitations  du  cœur  véhémentes,  intermitten- 
» tes  , irrégulipres  , sensibles  à la  vue  ; décubitus  sur  le  dos, 
» erecta  ceivice.  Thorax  résonnant  bien.  — ipiusieufs  lipo- 
» thymies  dans  la  journée. 

» Potion  fortifiante , h fusion  'vineuse  de  camomille  (fj. 


(1)  Malheureuse  et  vraiment  d^éplorable  thérapeutique  1 C’était  celle  du  temps. 


^64  MALADIES  DU  CΔUR  EN  PABTICULIEE. 

» 5 et  6.  La  potion  paraît  augmenter  les  palpitations  et 
» les  menaces  de  suffocation. 

» ’j.  Toux  et  crachats  'viscpieux  et sanguinolens. 

» 8.  Le  son  de  la  poitrine  devient  obscur  particulicre- 
» ment  en  bas.  (^Emulsion , nwi  sur  P épi gaslreî) 

» 9 et  lo.  Vomissement  des  boissons,  à l’exception  de 
>•  l’eau  sucrée. 

» 12.  Découragement,  anxiétés  extrêmes,  lipothymies 
» incomplètes,  palpitations  toujours  très  vives;  respiration 
«courte,  fréquente,  laborieuse,  inégale,  suspirieuse  ; 

» froid  des  extrémités  ; délire  pendant  la  nuit. 

» Ju'ôqu’au  i8,  peu  de  changement  ; infiltration  autour 
» des  malléoles. 

» On  pratique  une  saignée  ( le  sang  n’est  pas  couenneux). 

» 19  et  20.  Palpitations  constantes,  trouble  extrême  de 
» la  circulation.  Tous  les  symptômes  d’une  mort  prochaine 
» existent...  Cependant  la  malade  n’expire  que  le  22,  con- 
» servant  toute  sa  connaissance. 

» Ouverture  du  cadavre.  ^ 

» Le  lobe  inférieur  des  deux  poumons  est  compacte.  Les 

> plèvres  n’offrent  d’autre  altération  qu’une  légère  adhé- 
» rence  de  celle  du  côté  gauche. 

» Le  viscère  essentiellement  malade  est  le  cœur.  Il  a un 

> volume  double  de  l’état  naturel , il  est  mou  et  flasque  : 

> le  ventricule  gauche  surtout  est  fort  augmenté  de  vo- 
3 lume,  et  ses  parois  sont  amincies.  — La  valvule  mitrale 
» présente  de  l’épai&sissement  et  un  état  cartilagineux. 

» L’ouverture  auriculo-ventriculaire  est  rétrécie  au  point 
» de  n’avoir  que  6 lignes  au  plus  de  diamètre. 

» A la  face  postérieure  et  supérieure  de  l’oreillette  gau- 
» che , à travers  le  péricarde  qui  est  parfaitement  sain,  on 
» voit  le  tissu  musculeux  du  cœur  recouvert  de  petits  points 
» blanchâtres,  injectés  d’une  couleur  rouge  noirâtre,  of- 
» frant  trois  ou  quatre  petites  tumeurs  sphéroïdes , de  deux  a 
* trois  lig.  de  diamètre  et  soulevant  le  péricarde.  En  les  incisçintf 


PREMT.  CATJÉG.  d’oRSERV,  DE  CARDITE.  9.65 

• V il  en  coule  un  'véritable  pus  sanieux  et  opaque.  V appendice 
» auriculaire  de  ce  côté  est  duiycompcrbte , volumineux , et 
■ i>  contient  un  pus  sanieux.  — les  autres  parties  du  cœur 

» la  fibre  musculeuse  n’offre  point  d’altération....  » 

REFLEXIONS.  , • , 

C’est  par  des  observations  telles  que  celles-ci  qu'il  faut 
r répondre  à ceux  qui  oseraient  nier  les  immenses  progrès 

> qu’a  faits,  depuis  une  vingtaine  d’années  , la  médecine 
^ vraiment  pratique.  Oïl  prescrit  une  potion  fortifiante  et  une 

infusion  'vineuse  de  camomille,  à une  malheureuse , femme 
qui  étouffe  et  tombe  en  défaillance  sous  la  double  atteinte 
. d’une  inflammation  aiguë  dès  poumons  et  du  cœur  ! 

,Te  rappellerai  aux  lecteurs  que  l’observation  présente 

> vient  encore  confirmer  tout  ce  que  nous  avons  dit  si  sou- 
’ vent  déjà  sur  la  connexité  qui  existe  entre  les  lésions  orga- 
1 niques  du  tissu  séro-fibreux  du  cœur  et  les  affections  rhu- 
I matismales  des  articulations.  La  femme  qui  fait  le  sujet  de 
t cette  observation  avait  été,  en  effet,  affectée,  à trois*  reprises 

différentes,  d’un  rhumatisme  articulaire  aigu  ; à la  suite  de 
la  troisième  attaque,  les  jambes  restèrent  œdémateuses  pen- 
dant deux  mois.  A l’ouverture  du  cadavre  , outre  les  traces 
de  la  maladie  aiguë  qui  a entraîné  la  môrt,  on  trouve  un 
état  cartilagineux  de  la'  vahule  mitrale aùec rétrécissement  de 
Vorifice  [auiiculo  - -ventriculaire  gauche.  D’après  les  faits  si 
nombreux  que  nous  avons  précédemment  rapportés,  n’est- 
il  pas  à peu  près  certain  que  la'  lésion  dont  il  s’agit  a été 
la  conséquènee  d’une  endocardite  valvulaire  coïncidant 
avec  le  rhumatisme  articulaire  aigu  dont  la  malade  a été 
atteinte  ? ’ 


266  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

OBSERVATIONS  96^  et  96* (bis). 

Homme  de  58  ans.  — Rhumatisme  compliqué  de  symptômes  d’inflammation 
du  cœur.  — Mort  rapide.  — Foyers  purulens  dans  les  parois,  les  piliers  et  la 
cloison  du  cœur.  ' - 

\ ' 

Dans  sa  dissertation  inaugurale  sur  la  cardite  partielle  et 
générale,  M.  Simonet  rapporte  le  cas  suivant. 

Un  ancien  chirurgien,  âgé  de  58  ans,  sujet  aux  affections 
rhumatismales  (i^),  en  éprouvait  une  grave  atteinte,  lorsqu’il  1 
fut  amené  à l’hôpital  Beaujon.  Il  avait  alors  les  extrémités  ; 
froides,  une  faiblesse  générale  , le  pouls  raide  , serré,  assez  ü 
fort  et  irrégulier.  Le  cœur  battait  largement  et  tumultueu-  ) 
sement , la  respiration  paraissait  étouffée. 

Une  saignée  fut  vainement  pratiquée.  Le  malade  mourut  f 
quelques  heures  après  dans  une,  syncope.  . ; 

•Autopsie  c.adaoér.,  ^4  heures  après  la  mort.  ^ 

Sous  la  couche  graisseuse  du  cœur,  il  y avait  une  demi- 
douzaine  de  petits  foyers  purulens.  La  membrane  interne  du 
çœur  était  rouge  dans  plusieurs  endroits  ; à travers  cetie  i 
membrane  on  apercevait  deux  points  blancs-jaunâires  fai-  I 
sant  relief  sur  le  pilier  de  la  valvule  mitrale  : l’incision  en 
fit  éçQuler  du  pus.  Un  de  ces  foyers  pénétrait  dans  l’épais- 
seur du  pilier.  Une  exsudation  très  mince  revêtait  les  por-  i 
tions  enflammées  de  la  membrane;  dans  divers  points  de 
_ l’épaisseur  de  la  cloison,  on  rencontrait  des  foyers  de  deux  : 
à trois  lignes,  tous  pleins  d’un  fluide  blanc-jaunâtre.  Les 
espaces  de  la  substance  qui  n’offraient  point  de  foyers 
étaient  gris- jaunâtres,  ramollis , se  déchirant  sous  le  moindre  ' 
effort. 

A l’ouverture  du  corps  d’un  individu  qui  succomba  en  ? 


(1)  Encore  un  nouvel  exemple  d’une  inflammation  du  cœur  coïncidant  avec 
un  rhumatisme. 


i 


PREM.  CATÉG.  d’oBSERV.  DE  CARGITE.  267 

deux  jours  à une  inflammation  très  aiguë  du  cœur , M.  le 
docteur  Latham  rencontra  l’alteraLion  suivante  « Tout  le 
» cœur  offrait  une  teinte  d’un  rouge  brun;  la  substance  était 
» ramollie,  et  çà  et  là  , quand  on  incisait  les  ventricules , 
i » on  voyait  sourdre  d’innombrables  gouttelettes  de  pus  à 
» travers  les  fibres  musculaires.  » [Loml.  Méd.  Gaz, 111, 

I pag.  118).  - 

OBSERVATIONS  97e,  98®,  99e. 

Jeune  homme  de  19  ans.— Variole,  suivie  d’abcès,  et  probablement  de  phlébite. 

' Mort  le  ciniiuante-cinquième  jour.  — Abcès  enkysté,  de  la  grosseur  d’une  ave- 
line, dans  le  tissu  même  du  cœur. 

Un  soldat,  âgé  de  19  ans,  était  au  4'  jour  d’une  variole  , 

1 lorsqu’il  fut  admis  à l’hôpital  du  Gros-Caillou,  le  7 décem- 
Ibre  i83i.  Dans  le  cours  de  cette  maladie,  il  survint  des  ab- 
(cès,  des  escarres  et  une  énorme  infiltration  du  membre  sii- 
I périeur  gauche  , suite  probable  d’une  phlébite.  Le  malade 
tétait  tombé  dans  un  marasme  extrême,  quand- il  mourut , 
lie  55® jour  de  la  maladie.  La  fièvre  avait  persisté  jusqu’au 
I dernier  moment;  et  bien  que  le  malade  n’accusât  aucune 
. douleur  locale,  son  visage  offrait  l’expression  de  l’anxiété  la 
] pluî  profonde. 

Voici  ce  que  montra  l’ouverture  du  cadavre.  A la  base  du 
• ventricule  gauche , derrière  la  valvule  mitrale , dans  l’é- 
paisseur même  du  tissu  charnu  du  cœur,  existait  un  abcès 
de  la  grosseur  d’une  aveline,  contenant  un  pus  blanc,  bien 
lié,  homogène,  nullement  caséeux , sans  communica|,ion 
■ avec  l’extérieur  ni  l’intérieur  du  cœur,  renfermé  dans  un 
kysté  assez  consistant.  Incisé  dans  toutes  les  directions,  le 
cœur  n’était  le  siège  d’aucune  autre  suppuration...  ( Ob- 
serv.  publ.  par  M.  Ca§,  Broussais  dans  le  t.  21®  des  Annal, 
delà  Méd.  Physiol.  — Paris,  i832  ).  ' 

Chez  un  enfant,  âgé  d’environ  12  ans  , affecté  de  péri- 
cardite, M.  Laënnec  trouva  dans  l*épaisseur  des  parois  du 


200  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

ventricule  gauche  , près  de  sa  hase,  un  abcès  qui  aurait  pu  ' 
contenir  tout  au  plus  une  aveline. 

Chez  un  homme  de  6o  ans  , qui  avait  présenté  les  symp-  ! 
tomes  d’une  inflammation  aiguë  de  quelqu’un  des  viscères  t 
thoraciques,  M.  Laënnec  trouva  du  pus  concret,  c'est-à-dire,  | 
une  exsudation  albumineuse  , de  la  consistance  de  blanc  d'œuf 
cuit , interposé  entré  les  faisceaux  charnus  du  ventricule  gau- 
che (i) . 


, DEUXIÈME  CATÉGORIE. 

OBSKBVATIONS  DE  CAHDIXE  TEBMINKB  PAB  DLCBBATION,  rKBFOBATlOlt  ET  BOPTDBB 
DES  PABOIS  DD  COEDB  , DK  LA  CL0I80B  INTBBVENTBICOLA  I B 8 OD  IBTB  BADB  lCDLi  I BK  , 
DBS  VALVULES,  DES  TEIfDOKS  ET  DBS  COLORKES  CHABBDSS. 

J 

Plusieurs  observateurs,  tels  que  Benivenius , Dulaurens, 
Lazare  Rivière,  Olaüs-Borri'chius,  Bonet,  Sénac,  Morgagni, 
Peyer  et  Graeiz  paraissent  avoir  observé  des  ulcères  de  la 
face  interne  dcs_parois  du  cœur  (2).  Corvisart  n’en  rapporte 


(i)  M.  Choisy  a consigné  dans  sa  dissertation  inaugurale  deux  faits  qui  se  [ 
rapportent  à rinflammatioh  suppurative  du  coeur.  Ces  laits  sont  mallieureuse-  j 
ment  ind  qués,  plutôt  que  décrits.  Voici  d'ailleurs  le  passage  que  nous  Signa-  | 
Ions  ici  : 

« Linflammation  aiguë  des  oreillettes  du  cœur  est , si  j’en  dois  juger  par  deux  . 

• cas  que  j’ai  pu  vérifier  par  l’autopsie,  une  maladie  bien  grave  et  promptement  t 

• mortelle:  dans  run  d'eux,  l’oreillette  gauche  était  ramollie,  suppurée.  J’avais 

• remarqué  pendant  la  vie  une  dilatation  extrême  des  pupilles,  leur  immobilité, 

• un  étal  profond  de  stupeur.  Chez  l’autre  sujet,  qui  nous  offrit  les  mômes  allé-  1 

• ratio7is  affectant  les  mômes  parties,  le  symptôme  prédominant  avait  consisté  en 

• des  hémoptysies  peu  abondantes,  mais  pour  ainsi  dire  non  interrompues. 

• Chez  tous  deux,  nous  avions  observé  une  extrême  irrégularité  delà  circu- 

• lation.^ 

Si  l’on  en  excepte  l’irrégularité  du  pouls,  les  symptômes  mentionnés  par  | 
M.  Choisy  ne  me  paraissent  avoir  aucune  relation  nécessaire  avecl’inflammalion  1 
aiguë  des  oreillettes.  I 

(a)  Il  est  bon  de  noter  toutefois  que  , dans  certains  cas  , on  a pris  pour  des 
ulcères  de  la  face  externe  du  cœur  les  dépressions  et  les  cnfoncemeus  d’une  fausse  1 
membrane  péricardi tique. 


I 


r 


DEUX.  CATÉG.  d’oBSERV.  DE  CARDITE.  26g 

aucun  exemple  qui  lui  soit  propre  .M.  Laënnec  en  a recueilli 
un  seul  cas  que  voici  : chez  un  malade  attaqué  d’une  hy- 
pertrophie du  ventricule  gauche  du  cœur,  on  trouva,  à 
la  face  interne  de  ce  ventricule,  un  ulcère  qui  avait  un  pouce 
de  longueur  sur  un  demi  pouce  de  large , et  une  profondeurde 
plus  de  quatj'e* lignes  au  centre,  — M.  Laënnec  ajoute  que 
l’hypertrophie  du  ventricule  gauche  avait  été  reconnue,  mais 
que  le  stéthoscope  ne  fit  entendre  aucun  bruit  d’après  lequel  on 
mit  soupçonner  non  seulement  V ulcère , mais  même  la  rupture 
du  ventricule  gauche  qui  s’ensuivit  deux  jours  avant  la  mort,  à 
juger  d’ après  V exacerbation  des  symptômes  qui  survint  vers 
■cette  époque.  {Op.  cit.,  tom.  II,  pag.  55q-58). 

Dans  l’observation  5o<-'-de  ce  Traité,  j’ai  rapporté  un 
L exemple  d ulcérations  supeificielles  des  valvules  aortiques 
.IJ’y  renvoie  le  lecteur.  Voici  maintenant  quelques  cas  de 
perforation  des  parois  et  de  la  cloison  du  cœur,  et  d’éro- 
^sion  complète  des  colonnes  charnues  et  des  tendons  de  cet 
.'organe. 

OBSERVATION  100e  (i;. 

Homme  de  70  ans.—  Depuis  long-temps,  syncopes  fréquentes.—  Mort  subite. 
- Ulcération  et  rupture  de  l’oreillette  gauche. 


Un  homme  de  79  ans  , d’une  constitution  débile  , avait , 
üdepuis  long  temps,  de  fréquentes  syncopes.  Il  était  d’une 
^ susceptibilité  assez  vive  et  sujet  à des  accès  de  colère... 
;'l Depuis  quinze  jours,  son  sommeil  était  troublé  par  des 
1 rêves,  pendant  lesquels  on  l’entendait  crier  au  feu  et  au 
voleur  , lorsque  tout-à-coup  il  mourut  le  24  novembre 
<1 1812  , en  jetant  des  cris  violens. 

■Autopsie  cadavérique.  ^ 

Le  péricarde  contenait  environ  deux  livres  de  sang.  Il 


(0  Cette  observation  , recueillie  par  M.  le  docteur  Hipp.  Cloquet , a été  mi- 
tbee  dans  les  Bulletins  de  la  Faculté  de  médecine  de  Paris.  ^ 


îiyo  MALADIES  DU  CCKUU  EN  PAllTICULTER. 

ÿ avait  une  ulcération  avec  rupture  à l’oreillette  gauche  , 
pr  ès  (le  l’embouchure  de  l’une  des  veines  pulmonaires. 
Cette  ulcération,  du  diamètre  de  sept  millimètres,  offrait 
un  amincissement  remarquable  dans  ses  environs , et  pré- 
sentait une  sorte  de  trame  aréolaire  comme  la  dentelle. 

,7 

11  n’y  avait  aucune  trâce  de  suppuration  aux  environs.  Un 
filet  nerveux  de  l’un  des  plexus  cardiaques  était  parfaite- 
ment disséqué  dans  le  lieu  de  l’éroSion.  — L’oreillette  cor- 
respondante était  fort  dilatée.  — Le  cœur  n’olfrait  aucune 
autre  lésion  , si  ce  n’est  qu’il  était  un  peu  plus  volumineux 
que  dans  l’état  naturel.  — L’aorte  présentait  quelques 
ossifications.  ‘ / ^ 

OBSERVATION  101®  (i). 

Enfant  de  la  ans  ip.  — Dépuis  cinq  mois,  symptômes  d’une  maladie  orga- 
nique du  cœur,  avec  obstacle  à la  circutalion.  — Mort  dans  un  état  de  sufloca- 
tion.  — Hypertrophie  et  dilatation  du  cœur.  — Perforation  de  la  cloison  inter- 
ventriculaire, à l’origine  de  l’artère  pulmonaire. — Erosion  et  destruction  _de 
l’une  des  valvules  de  l’orifice  aortique. 

Un  enfant  de  12  ans  et  demi  disait  être  malade  depuis 
cinq  mois  seulement,  lorsqu’il  fut  admis  à l’hôpital  de  cli- 
nique interne,  le  21  avril  1797.  Il  était  alors  dans  un  état 
si  fâcheux,  qu’on  avait  lieu  de  craindre  prochainement 
pour  ses  jours.  Visage  bouffi,  lèvres  violettes,  infiltration 
des  membres  supérieurs  et  inférieurs;  dyspnée;  la  main, 
placée  sur  la  région  du  cœur,  sentait  un  battement  peu 
régulier,  accompagné  d’un  bruissement  particulier  très 
remarquable.  Cependant  le  pouls  était  d’une  régularité 
surprenante mais  petit,  faible  et  facile  à étouffer.  Des 
palpitations  revenaient  par  accès  fréquens,  pendant  les- 
quels la  suffocation  était  imminente.  Le  malade  ne  pouvait 
rester  couché  ; il  se  trouvait  mieux  quand  il  était  assis , 
le  tronc  incliné  en  avant. 


(i)  Cette  observation  est  extraite  de  l’ouvrage  de  Corvisart. 


DEUX.  CATÉG.  d’oBSERV.  DE  CARDITE.  27 1 

Le  24  avril , il  survint  un  accès  de  suffocation  , à la  suite 
duquel  le  malade  se  trouva  sensiblement  mieux  qu’il  n’avait 
été  depuis  long-temps.  Cependant  de  nouveaux  symptômes 
alarmans  se  déclarent,  et  la  mort  arrive  le  lendemain  , 2S 
avril,  après  une  agonie  de  10  à 12  heures,  pendant  laquelle 
tout  le  corps  était  couvert  d’une  sueur  froide,  et  la  bouche 
abreuvée  d’une  écume  jaunâtre.  " 

Autopsie  cadavérique. 

Poumons  dans  l’état  naturel,  seulement  un  peu  flasques. 

Une  petite  quantité  de  liquide  dans  le  péricarde. 

Le  volume  du  cœur  était  considérablement  augmenté, 
et  ce  viscère  paraissait  bien  plutôt  appartenir  à un  homme 
de  haute  stature  et  de  vigoureuse  constitution,  qu’à  un 
sujet  aussi  jeune. 

Les  oreillettes  étaient  dilatées.  Les  parois  du  ventricule 
droit  étaient  plus  épaisses  qu’elles  ne  le  sont  ordinaire- 
menti 

La  cloison  des  ventricules  avait  conservé  son  épaisseur 
naturelle.  Cette  même  cloison,  à V endroit  de  la  naissance  de 
r artère  pulmonaire , était  percéé  d’une  ouverturé  ronde  qui 
pouvait  admettre  l’extrémité  du  petit  doigt.  'Cette  oûVerture 
commufdquait  directement  avec  la  cavité  du  'Ventricule  gauche. 
Les  bords  eh  élaient  lisses  et  blanchâtres  dans  toute  leur  éten- 
dùe  ^ à là  partie  supérieure  du  pourtour  du  trou,  on  apercevait 
'dcilX'  petits  tiihèrculès  charnus  dé  Couleur  rougeâtre.  La  'valvule 
sCnii-lunaire  aortique  au-deséous  de  laquelle  ce  trou  était  situé, 
était  corrodée  et  en  partie  détruite  [ï) . ' 

Les  parois  du  ventricule  gauche  avaient  conservé  leur 

/ y ' ' 

" ..tt-  . ■ ■■■.'■  I !:■,'■  -prry'  ' '■  — 

I y 

(1)  Celle  valvule  formait  une  espèce  de  petile  frange,  qui  se  présénlâît  à l’o- 
ïTÜce  de  coimlauiiicalion  , sans  le  boucher  enlièrement  ; de  sorte  que  le  sang  , 
poussé  par  le  ventricule  gauche  dans  l’aorte,  pouvait,  lorsque  ce  ventricule  ces- 
sait d’agir,  refluer,  à la  faveur  de  la  destruction  de  la  valvule  sigmoïde,  dans  le 
ventricule  droit,  en  traversant  l’ouverture  contre  nature  dont  la  direction  sem- 
blait cependant  être  du  ventricule  droit  vers  la  Cavité  du  gauche. 


27'^  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

épaisseur  ordinaire.  Dans  la  cavité  de  ce  ventricule  , immé- 
diatement au-dessous  d une  des  valvules  sigmoïdes  de 
1 aorte , on  voyait  1 ouverture  gauche  du  trou  indiqué  plus 
haut. 

' RÉFLEXIONS. 

Corvisart  regarde  comme  indécise  la  question  de  savoir 

si  la  perforation  décrite  plus  haut  existait  chez  ce  sujet 

depuis  sa  naissance  , ou  bien  si  elle  s’était  formée  acciden-  i 

tellement  par  rupture  ou  par  érosion.  Dans  le  premier  ' 

cas,  dit-il,  ce  serait  un  'véritable  'vice  de  conformation  ; dans  >• 

le  second  cas , elle  devrait  être  mise  au  raiiB  des  maladies  ü 

< ® \ 
organiques . / , 

Suivant  Corvisart , la  disposition  liSse  et  comme  tendi-  ji 
neuse  des  bords  de  l’ouverture  , semblerait-'iniliter  pour  la  i 
première  opinion,  tandis  que,  d’un  autre  côté,  l’érosion  de  h 
l’une  des  valvules  semi-lunaires  qui  se  propageait  jusque  ti 
sur  le  pourtour  de  l’ouverture  , l’existence  des  tubercules  il 
charnus  de  couleur  rougeâtre,  etc.  , pourraient  engager  à 
embrasser  la  seconde.  En  nous  déclarant  pour  notre  propre 
compte  en  faveur  de  cette  dernière  hypothèse , outre  l’ar-  ir 
gument  invoqué  ci-dessus  à son  appui,  nous  ferons  remar  ir 
quer  que  sous  le  point  de  vue  des  symptômes,  rien  ne  i 
prouve  que  la'perforation  ait  été  congénitale  ; que  , au  con-  i J 
traire,  la  déclaration  du  malade  ( il  disait  n’avoir  éprouvé  j 
de  dérangement  dans  sa  santé  que  depuis  cinq  mois),  por-  ( 
terait  à croire  que  cette  perforation  était  réellement  acci-  j 
dentelle.  La  disposition  lisse  et  comme  tendineuse  des  bords  i 
de  l’ouverture  ne  suffisait  pas  d’ailleurs  pour  démontrer 
que  celte  ouverture  était  congénitale  , car  une  perforation 
accidentelle  , lorsque  la  cicatrisation  de  ses  bords  est  com-  ; 
plète , peut  offrir  une  semblable  disposition.  Au  reste,  en 
admettant  que  ce  vice  de  conformation  fût  congénital  , 
il  s’agirait  encore  de  déterminer  si  la  perforation  ne  s’est 
pas  opérée  dans  ce  cas  par  un  mécanisme  seuiblablcà  celui  i 


DEUX.  CATÉG.  d’oBSERV.  DE  CARDITE.  QyS 

qui  préside  au  développement  des  perforations  dites  acci- 
dentelles ou  non  congénitales. 

Nous  reviendrons  sur  cette  question  , en  traitant  des 
vices  de  conformation  du  cœur  proprement  dits  ou  dus  à 
une  perturbation  des  lois  qui  régissent  l’évolution  orga- 
nique. 

Dans  l’observation  suivante  qui  a'été  recueillie  par  M.  le 
docteur  Thibert,  et  publiée  dans  les  Bulletins  de  la  faculté 
de  Médecine  (année  1819),  on  verra  une  perforation  simul- 
tanée de  la  cloison  inter-auriculaire  et  de  la  cloison  inter- 
ventriculaire, et  partant  une  communication  établie  entre 
les  quatre  cavités  du  cœur  , à l’endroit  de  cette  perforation. 
On  peut  aussi  se  demander,  à l’occasion  de  ce  fait,  si  la 
lésion  était  congénitale  ou  accidentelle.  L’observation  man- 
que des  détails  qui  auraient  pu  nous  fournir  les  données 
nécessaires  à la  solution  précise  de  ce  problème.  Nous  avons 
cru  pouvoir  adopter,  sans  inconvénient,  1 hypothèse  d’une 
perforation  accidentelle , consécutive  à une  cardite  par- 
tielle ulcérative. 

OBSERVATION  102e. 

t 

Jeune  homme  de  a4  anc. — Pas  de  symptômes  d'An^vRissiK  du  cŒon,  ni  de 
maladie  bleue.  — Mort  d’une  maladie  fébrile,  au  bout  de  six  semaines.  — Per- 
foration de  la  cloison  du  cœur,  a#ec  communication  des  quatre  cavités  de  cet 
organe  entre  elles. 

« Un  couvreur,  âgé  de  24  ans,  meurt,  au  bout  de  six 
ï semaines,  d’une  maladie  lébrile  , sans  avoir  offert  ni 
» symptômes  bien  tranchés  éianévrisnie  du  cœur,  ni  symptô- 

* mes  de  maladie  bleue. 

ï Le  cœur,  dont  le  volume  est  augmenté  de  près  d’un 
> quart,  offre  ses  cavités  dilatées , sans  que  ses  parois  soient 
» plus  épaisses  ou  plus  denses  que  dans  l’état  ordinaire. 
» L’oreillette  droite  seule  est  beaucoup  plus  épaisse  qu’elle 
» n’a  coutume  de  l’ètre.  Elle  communique  avec  la  gauche 

* par  le  trou  de  Botal.  Une  grande  ouverture ^ très  irrégulière. 


i 


274  MALADIES  Dü  COEUTl  EN  PAI\TICULIER.  ’ 

» Située  a la  partie  inférieure  de  la  cloison  inter-ventricu- 
» laire  , fait  communiquer  ensemble  les  quatre  cavités  du 

> cœur,  et  devait  occasiorier  le  mélange  intime  des  deux 
» espèces  de  sang.  Le  contour  de  celte  ouverture  est  formé 

> par  des  franges  membraneuses  jaunâtres , très  irréguliè- 
1 res  (i).  J 

OBSERVATION  103e. 

Jeune  fille  de  22  ans. — Phthisie  pulmonaire.  — Pouls  tellement  fréquent  i 
qu’on  peut  à peine  le  compter.  — Quintes  de  toux  très  violentes.  — Mort  dix- 
huit  jours  après  l’entrée  à l’hôpital.  — Rupture  d’une  colfanne  charnue  du  ven- 
tricule droit.  — Caillot  blanchâtre,  contenant  une  matière  comme  purulente. 

I 

I 

Une  jeune  fille  de  22  ans,  nommée  Sophie,  était  parvenue  1 
au  troisième  degré  de  la  phthisie  pulmonaire , lorsqu’elle 
entra  à l’hôpital  Cochin  , le  3o  juillet  1822.  Elle  avait  des 
quintes  de  toux  très  violentes  et  une  fièvre  très  vive , a^ec  1 
un  pouls  tellement  précipité,  qu’on  pouvait  à peine  en  comp-  1 
ter  lesbattemens;  ellemourutdix-huitjoursaprèsson entrée. 

Autopsie  cadauériquè,  27  heures  après  la  mort. 

Désorganisation  tuberculeuse  des  deux  poumons... 

Le  péricarde  contient  une  certaine  quantité  de  sérosité.  \ 
Le  cœur  est  assez  ferme,  un  peu  moins  gros  que  le  poing  1 
du  sujet,  et  assez  pourvu  de  graisse.  Le  ventricule  droit  k 
contient  un  petit  caillot  blanchâtre  au  centre  duquel  on  ( 
trouve  une  matière  liquide  comme  purulente,  blanche,  t 
Cette  sorte  de  végétation  globuleuse  adhérait  aux  tendons  ç 
d’une  colonne  charnue , qui  était  complètement  rompue  et 
flottante  au  milieu  de  la  cavité  ventriculaire  (îî). 


^i)  « Cette  disposition,  dit  M.  Thibert  , a fait  penser  à un  professeur  de  | 

• l’Ecole  que  la  communication  entre  les  quatre  cavités  du  cœur  pouvait  bien  ne  1 

• pas  être  congéniale,  mais  le  résultat  de  la  destruction  graduelle  de  deux  mem-  i 

• branes,  dont  l’adossement  seul  aurait  formé  en  cet  endroit  la  cloison  qui  sé-  | 

• pare  les  cavités  droites  des  cavités  gauches,  comme  on  l’a  quelquefois  observé.»  3 

(a)  Je  dois  faire  remarquer  ici  qu’il  n’est  pas  démontré  que  la  rupture  dont 
nous  venons  de  parler  ail  été  précédée  d’une  ulcération  ou  d'un  ramollissement  i 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  DE  CARDITE. 
- TROISIÈME  CATÉGORIE. 


275 


OBSBBVATIONS  DB  CARDITK  ÜI.CÉRATIVB,  AVEC  FOBMATlOIt  n’uS  KYSTE 
. AB^VBISMAL  ( TUMBUB  ANÉVBISMALE  DD  COEUB  ). 

Walter , Mathieu  Baillie  et  Zannini  ont  observé  chacun 
un  cas  de  la  maladie  à laquelle  sont  consacrées  les  observa- 
tions de  cette  caiégorie.  Corvisarl  ignorait  ces  observations 
lorsqu’il  en  consigna  une  du  même  genre  dans  l’article  où 
il  s’est  occupé  des^tumeurs  au  cœur.  S’il  les  eut  connues,  il 


infl.immaloire  (le  l.i  colonne  charnue  qui  en  était  le  sié^e.  Mais  j’ai  cru  pouvoir 
supposer  la  préesistehce  de  l’une  de  ces  deux  lésions  , en  raison  du  pus  rencontré 
au  centre  du  (ÿjillol  contenu  dans  le  ventricule  droit' Je  ne  donne,  au  reste, 
cette  tiy[)olhèse  que  pour  ce  qu’elle  vaut. 

Corvisarl  est  le  premier  qui  ait  bien  signalé  la  rupture  des  piliers  du  cœur  et 
de  leurs  tendons,  rupture  à la^tielle  il  a donné  le  nom  de  rupture  partielle.  Des 
tiois  exemples  de  ce  genre  de  lésion  qu'il  a consignés  dans  son  ouvrage  , deux  , 
suivant  lui,  sont  relatifs  à une  rupture  sans  lésion  préalable  de  la  partie  rompue, 
tandi' que  l’autre  se  rapporte  à une  rupture  par  érosion.  Voici  d'ailleurs  un  ex- 
trait de  ces  trois  cas.  ^ 

I"  CAS  53  de  l’oiiv.  de  Con  isarl).  — Un  carrier,  âgé  de  3g  ans,  avait, 
à l’âge  de  ao  ans,  éprouvé  des  douleurs  rhumatismales , et  plus  tard  une  fluxion 
de  poitrine,  à la  suite  de  laquelle  il  survint  des  symptômes  d’après  lesquels  Cor- 
Tisarl  soupçonna  une  lésion  organique  du  cœur.  Le  malade  succomba  sept  mois 
après  la  pueonionie.  — Taches  blanches  sur  le  péricarde.  — La  grande  portion 
de  ta  valvule  mitrale  qui.  est  au-devant  de  l’orifice  de  l’aorle  ne  tenait  plus  par 
les  filets  tendineux  aux  colonnes  charnues  auxquelles  ces  filets  l'ont  se  rendre.  A 
son  bord,  devenu  libre,  pendaient  plusieurs  espèces  de  végétations  assez  irrégu- 
lières, et  imitant  bien  certaines  excroissances  vénériennes.  — L’une  des  colonnes 
charnues  laissait  voir  deux  portions  mousses  des  filets  tendineux.  On  ne  trouvait 

pat  ailleurs  les  traces  des  autres  filets  tendineux  , rompus  ou  détachés. Des 

végétations  semblables  aux  précédentes  existaient  sur  l’une  des  valvules  aortiques 
et  dans  un  pouce  carré  de  la  surface  interne  de  l’oreillette  gauche. — Ne  pourrait- 
on  pas  soupçonner,  dit  Corvisart,  que  la  rupture  des  Clets  de  la  valvule  n’a  eu 
lieu  que  par  le  fait  môme  de  l’altération  qu’ils  ont  soufferte  par  l’action  de  la  vé- 
gétation? Ailleurs,  Corvisart  considère  celle  rupture  comme  un  résultat  d’é- 
rosion. 

ae  CAS  {Obs.  4o  de  Corvisart  ). — Un  courrier,  âgé  de  3o  ans,  éprouve,  à la 
suite  de  fatigues  violentes,  les  symptômes  d’une  inflammation  de  poitrine.  Trans- 
poilé  à l’hôpital  de  la  Charité,  huit  jours  après  le  début  de  sa  maladie,  il  y mou- 
rut au  bout  de  deux  jours.  Les  principaux  symptômes  observés  étaient  les  sui- 

18. 


27^  MALADIES  DU  CCEUR  EN  PARTICULIER, 

n’eût  point  fait  précéder  son  observation  de  la  réflexion 
suivante  : « Un  fait  très  extraordinaire,  et  même  unique, 
)»  qui  s’est  présenté  à mon  observation,  prouve  que  le  cœur 
» peut , outre  les  dilatations  particulières  qui  lui  sont 
» propres,  devenir  le  siège  de  tumeurs  anévrismales  entiè- 
» rement  semblables  à celles  dont  les  artères  des  membres 
» se  trouvent  quelquefois  affectées.  »> 

Dans  un  savant  mémoire  sur  V anévrisme  faux  consécutif 
du  cœur,  M.  Breschet,  après  avoir  rapporté  les  quatre  cas 
que  nous  venons  de  mentionner,  en  expose  six  autres,  re- 


Tans  : traits  altérés;  pouls  petit,  serré,  singulièrement  fréquent,  irrégulier;  bat- 
temens  confus  et  irréguliers  dans  la, région  du  cœur;  le  malade  ne  pouvait  rester 
ni  couché,  ni  debout,  ni  sur  son  séant  ; il  était  dans  un  état  d'agitation,  d'anxiété, 
impossible  à décrire,  et  menacé  d’une  suffocation  instante.  — Avant  de  procéder 
à l’ouverture  du  cadavre  , Corvi.sart  annonça  qu'il  existait  une  lésion  aiguë  du 
cœur,  et  sans  doute  une  rupture  ou  déchirure  de  quelqu’une  de  ses  parties. — 
Autopsie  cadavirique.  — Traces  de  pleuro-pneumonie  gauche.  — On  apercevait 
dans  te  ventricule  gauche  qu'un  des  gros  piliers  qui  soutiennent  les  valvules  mi- 
trales était  rompu  à sa  base.  Il  y avait  apparence  de  suppuration  à l’endroit  même 
de  la  déchirure  à ta  paroi  du  cœur,  ce  qui  prouve  qu’elle  n’était  pas  ancienne  ; 
prés  de  celle  déchirure  on  apercevait  un  caillot  recouvert  de  matière  purulente..., 

3e  CAS  ( Obs,  4i  Corvisart  ),  Un  tourneur,  âgé  de  54  ans,  éprouve,  à la 
suite  d’un  tour  de  reins  très  violent,  des  symptômes  d'une  affection  aiguë  de  poi- 
trine. Vingt  mois  apres  , il  entre  pour  la  seconde  fois  à la  Charité , éprouvant 
alors  une  anxiété  extrême.  La  respiration  était  suffocatlve;  le  malade  sentait 
dans  la  région  du  cœur  des  douleurs  qui  lui  arrachaient  des  cris.  — J1  mourut 
deux  jours  après  l’entrée.  — Autopsie  cadavérique. — Tache  purulente  à la  partie 
antérieure  du  médiastin.  Cœur  d’un  volume  trois  fois  plus  considérable  qu'à  l'é- 
tat sain.  Appendices  en  forme  de  crêtes  de  coq  à la  face  externe  du  péricarde. 
Pâles  e livides  à leurs  bases  . d’un  rouge  foncé  à leur  sommet , ces  excrois-^ances 
n’étaient  autre  chose  que  des  portions  graisseuses  qui  avaient  éprouvé  un  mode 
rABTicütjER  d’altération.  Adhérence  g nérale  du  péricarde  au  cœur.  Les  valvules 
mitrales  étaient  garnies  de  quelques  excroissances  molasses  , comme  charnu  s.  — 
En  examinant  les  tendons  des  piliers  qui  soutiennent  ces  valvules,  on  vit  que 
deux  d’entre  eux  avaient  été  anciennement  bompos.  Les  extrémités  de  ces  deux 
tendons  claient  mousses,  lisses  et  arrondies  à l’endroit  de  leur  rupture.  On  ne 
retrouvait  pas  sur  te  bord  de  la  Valvule  l’endroit  précis  où  ils  devaient  s’ioscrer 
avant  leur  rupture. 

M.  Laënnec  a observé  un  cas  de  déchirure  des  tendons  valvulaires,  qui  sem- 
blait avoir  été  précédée  de  l’ulcération  de  ces  cordes  ligamenteuses.  Malheureuse- 
loei  t M.  Laënnec  se  borne  à mentionner  ce  fait. 


c 


TROIS.  CATÉG.  D OBSEUV.  DE  CABDITE.  277 

cueillis,  les  deux  premiers,  par  MM.  Bérard,  le  troisième 
par  M.  Cruveilher,  le  quatrième  par  M.  Dance,  le  cinquième 
par  M.  Ereschet  lui-même  ( le  sixième  est  une  simple  des- 
cription d’une  pièce  pathologique  conservée  dans  le  Muséum 
de  la  Faculté). 

Depuis  la  publication  du  mémoire  de  M.  Breschet,  deux 
nouveaux  cas  d’anévrisme  faux  consecutif  du  cœur  ont  ete 
insérés  dans  le  Jouvruil  hebdomadaire  de  medecine^  le  premier 
par  M.  le  docteur  Reynaud,  le  second  par  M.  le  docteur 
Pétignv;  un  troisième  cas  a ete  recueilli  par  M.  Choisy,  qui 
l’a  publié  dans  sa  dissertation  inaugurale. 

OBSERVATION  104«  (1). 

, Homme  de  37  ans.  — Symptômes  d’un  obstacle  à la  circulation  à travers  le 
cœur.  — .Vlorl  dans  un  état  d’anxiété  extrême.  — Tumeur  presque  aussi  volu- 
mineuse que  le  cœur  lui-même,  surmontant  la  partie  supérieure  et  latérale  du 
ventricule  gauclie,  contenant  dans  son  intérieur  des  concrétions  sanguines  assez 
denses,  et  communiquant  par  une  ouverture  peu  large  avec  la  cavité  du  ventri- 
cule. — Adhérence  du  péricarde  avec  la  surface  extérieure  de  la  tumeur. 

\ 

Un  nègre,  âgé  de  27  ans  , fut  reçu  à l’hôpital  de  la  Cha- 
rité, le  17  septembre  1796-  H était  dans  un  état  d’angoisses 
et  d’anxiété  inexprimables;  la  respiration  était  gênée,  et  en- 
trecoupée; la  poitrine  résonnait  bien  dans  toute  son  éten- 
due. Le  malade  se  plaignait  d’une  douleur  violente  vers  la 
région  de  l’estomac,  ainsi  que  vers  celle  du  foie.  Le  pouls 
était  petit,  serré,  faible  et  fréquent.  Le  lendemain  de  son 
entrée,  le  malade  eut  une  hémorrhagie  nasale  si  abondante, 
qu’elle  précipita  l’instant  de  sa  mort,  qui  arriva  le  jour 
«nême. 

Autopsie  eadauèrique. 

Le  cœur  a conservé  son  volume  naturel,  mais  la  partie 
supérieure  et  latérale  du  'ventricule  gauche  est  surmontée  dune 


\ 


(1)  Observation  de  Corvisart. 


270  MALADIES  DU  CœUR  EN  PARTICULIER. 

tumeur  presque  aussi  volumineuse  que  le  cœur  lui-même^  tumeur 
qui  y par  sa  base,  se  confondait  acec  les  parois  de  cet  organe. 
Avant  de  parvenir  au  centre  de  cette  tumeur,  il  fallait  couper 
une  couche  comme  cartilagineuse , un  peu  moins  épaisse  que  les 
parois  du  ventricule,  La  substance  qui  formait  cette  tumeur 
avait  cependant  conservé  l'apparence  et  la  couleur  des  muscles. 
V intérieur  de  la  tumeur  contenait  plusieurs  couches  de  caillots 
assez  denses , parfaitement  semblables  a ceux  qui  remplissent 
une  partie  de  la  cavité  des  anévrismes  des  niembi'es,  à cette 
différence  près  que  la  couleur  de  ces  couches,  comme  lympha- 
tiques était  plus  pale.  Cette  meme  cavité  communiquait  avec 
V intérieur  du  ventricule,  par  une  ouverture  qui  avait  peu  de  lar- 
geur, et  dont  le  contour  était  lisse  et  poli.  Il  était  évident  que 
cette  tumeur  s' était  formée  entre  la  substance  charnue  du  cœur  et 
la  membrane  qui  lui  est  fournie  par  le  péricarde  qui  était  intime- 
ment adhérent  à la  superficie  de  cette  poche.  ^ 

Les  valvules  mitrales  étaient  épaissies  et  ossifiées. 

L’estomac  et  les  intestins  grêles  contenaient  beaucoup 
de  sang  presque  pur  et  coagulé,  suite  évidente  de  l’hé- 
morrhagie. 

OBSERVATION  105e  (1), 

A l’ouverture  du  corps  du  grand  tragédien  Talma,  le  coeur 
offrit  les  altérations  suivantes  : 

' D’un  volume  un  peu  plus  qu’ordinaire,  cet  organe  se 
prolongeait  inférieurement  et  se  terminait  par  une  tumeur 
arrondie,  séparée  de  la  pointe  du  cœur  par  un  légère  dé- 
pression circulaire.  Là,  les  deux  feuillets  du  péricarde  deve- 
naient adhérens  et  semblaient  par  leur  réunion  former  à» 
eux  seuls  les  parois  de  la  poche.  Le  cœur  droit  et  ses  an- 
nexes étaient  sains.  L’oreillette  gauche,  l’orifice  auriculo- 
venlriculaire , les  valvules  mitrales,  l’aorte,  les  valvules 


(1)  Observation  de  M.  Breschet. 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  DE  CARDITE.  279 

tricuspicles  n’offraient  rien  de  palhologique  ; le  ventricule 
«rauche  seulement  fut  trouvé  dilaté  , sans  que  ses  parois  pa- 
russent avoir  augmenté  ou  diminue  d’épaisseur.  La  cavité 
ventriculaire  aurait  pu  loger  un  œuf  de  poule  ordinaire. 
Par  son  extrémité  inférieure,  le  ventricule  gauche  commu- 
niquait, au  moyen  d’une  ouverture  du  diamètre  d’un  pouce 
environ,  avec  une  poche  arrondie  dont  la  largeur  dépassait 
celle  de  son  ouverture,  et  dans  laquelle  aurait  pu  etre  con- 
tenu un  petit^œuf  de  poule.  La  communication  du  ventri- 
cule et  de  la  poche  anévrismaiique  était  établie  au  travers 
d une  virole  cartilagineuse,  épaisse  de  deux  lignes  et  demie; 
à partir  du  milieu  de  sa  paroi,  cette  virole  s’amincissait  in- 
sensiblement et  finissait  par  dégénérer  en  une  membrane 
qui , confondue  avec  les  feuillets  du  péricarde,  constituait 
la  poche  anévrismale.  Par  son  bord  supérieur,  le  bourrelet 
s’unissait  aux  fibres  charnues  du  cœur,  dont  il  paraissait 
être  la  continuation;  il  donnait  également  attache,  par 
deux  points  opposés  de  son  diamètre  , aux  deSx  colonnes 
charnues  des  valvules  mitrales.  Au  moyen  de  cette  altération 
pathologique  , la  cavité  du  ventricule  gauche  avait  pris  la 
disposition  d’un  cylindre  creux,  ouvert  inférieurement  dans 
la  cavité  plus  large  de  la  poche  anévrismale.  Celle-ci , dis- 
séquée avec  soin , a été  trouvée  formée  par  les  deux  feuil- 
lets du  péricarde,  qu’il  était  facile  de  suivre  sur  l’origine  du 
bourrelet  fibro-cartilagineux;  ces  feuillets,  entièrement  con- 
fondus, s’amincissaient  ensuite  insensiblement  au  fur  et  à 
mesure  qu’ils  s’éloignaient  davantage  du  ventricule.  La 
membrane  qui  formait  le  fond  de  la  poche  n’avait  pas  plus 
d’épaisseur  que  le  dure-mère  sous  les  pariétaux  et  pouvait 
lai  être  comparée  pour  la  texture  et  la  solidité.  En  haut  , 
en  se  rapprochant  de  la  dépression  qui  existait  entre  le  som- 
met du  ventricule  et  le  sommet  de  la  tumeur  anévrismale, 
on  remarquait  la  séparation  des  deux  feuillets  du  péricarde, 
et  sous  la  lame  cardiaque  de  cette  enveloppe  on  pouvait 
apercevoir  quelques  faisceaux  très  minces,  diminuant  in- 


280  MALADIES  DU  CCEUR  EN  PARTICULIER, 

sensiblement  et  disparaissant  tout-à-fait  sur  la  tumeur  ; ces 
faisceaux  nous  ont  semblé  appartenir  aux  fibres  superfi- 
cielles du  tissu  charnu  du  cœur;  inférieurement  ces  fibres 
n’existaient  plus,  et,  comme  il  â été  dit,  les  parois  delà 
poche  n étaient  formées  que  par  l’adossement  des  deux  la- 
mes du  péricarde. 

A l’aspect  lisse  et  poli  de  la  cavité  de  la  poche  , on  aurait 
pu  croire  que  la  membrane  interne  du  cœur  s’y  continuait. 
Cependant,  à partir  du  bourrelet  cartilagineux  , et  dans 
toute  la  circonférence  de  l’ouverture  de  communication  de 
3a  cavité  du  ventricule  avec  celle  de  la  tumeur,  on  a pu  dis- 
tinguer les  vestiges  d’une  membrane  très  mince,  frangée  , 
dentelée,  adhérente  aux  caillots  renfermés  dans  la  tumeur. 
Ces  franges  paraissaient  résulter  de  la  déchirure  de  la  mem- 
brane interne  du  cœur. 

La  poche anévrismale  contenait  une  substance  d’un  rouge 
pâle,  comparable  par  sa  teinte  à des  muscles  décolorés,  et 
cette  substance  disposée  par  couches  concentriques  rem- 
plissait la  totalité  ou  la  presque  totalité  du  sac.  Ces  cou- 
ches pouvaient  être  divisées  en  couches  plus  minces,  lamel- 
leuses,  et  tout  au  plus  de  l’épaisseur  d’une  feuille  de  papier 
oud’uneapotiévrose.  Klles résistaient  à un  tiraillement  assez 
fort;  et  quoique  le  simple  examen  à l’œil  nu  n’ait  pas  lait 
reconnaître  d’organisation  bien  distincte  dans  cette  sub- 
stance, cependant  sa  solidité  et  sa  résistance  paraissaient 
être  supérieures  à celles  des  caillots  sanguins.  Le  centre  de 
cette  substance  contenait  une  matière  moins  dense  , plus 
colorée,  beaucoup  plus  rapprochée 'de  la  nature  du  sang. 


« 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  DE  CARDITE. 
OBSERVATION  106*  (i). 


281 


Ilonirré  de  4g  ans.  — Signes  ordinaires  d’une  induration  des  valvules  du 
cœur,  avec  hypertrophie  du  même  organe.  — Morl  à la  suite  d'une  double  atta- 
que apoplectique.  — Kyste  anévrismal  vers  la  pointe  du  ventriculé  gaucho , con- 
tenant quelques  couches  de.  (ibrine  très  dense  et  très  adhérente'.  — Adhérence 
étroite  du  péricarde  avec  les  parois  du  kyste. 

Un  ancien  militaire,  âgé  de  4.9  3ds,  éprouvant  de^jfeis  six 
à huit  mois  de  l'oppression  , de  rélouffement , est  admis 
dans  la  salle  de  la  Clinicjue.  Il  olTrait  alors  tous  ]es  signes 
d’une  induration  des  valvules  du  cœur,  avec  hypertrophie 
de  cet  organe.  Au  bout  d'un  séjour  d’environ  deux  mois  , 
il  est  frappé,  à deux  reprises,  d’une  apoplexie  et  succombe 
à la  seconde  attaque. 

Autopsie  cadavérique,  le  lendemain  du  jour  de  la  mort. 

Le  cœur  était  d’un  volume  presque  double  de  l’état  na- 
turel. Vers  le  point  qui  correspond  au  sommet  du  ventri- 
cule gauche,  il  présentait  un  renflement  arrondi  du  volume 
d’une  noix  ordinaire  ; là  , il  était  intimement  adhérent  au 
péricarde.  Ce  ventricule  était  prescpie  à lui  seul  la  cause  du 
grand  volume  du  cœur  ; il  était  plutôt  dilaté  qu’épaissi  : sa 
capacité  était  considérable.  Vers  sa  pointe,  une  ouverture  ca~ 
pable  d'admettre  le  doigt  indicateur  conduisait  dans  une  cavité 
plus  ample  sur-ajoutée  à la  pointe  du  coeur.  Cette  cavité  surnu- 
méraire contenait  quelques  couches  de  fibrine^  très  dense  et  très 
adhérente;  les  parois  étaient  en  grande  qoartie  formées  par  le 
péricarde , qui  leur  adhérait  étroitement.  A l’endroit  où  la  po- 
che se  détachait  de  la  pointe  du  cœur,  on  remarquait  un 
léger  rétrécissement,  et  l’on  cessait  d’apercevoir  les  fibres 
charnues  du  cœur;  cependant  quelques  colonnes  amincies 
et  blanchâtres  se  prolongeaient  dans  la  cavité  de  cette  ^dila- 
tation. L’adhérence  de  cette  poche  au  péricarde  épaissi  était 


(i)  Extrait  de  l’observation  de  M.  Dance. 


2oa  ' maladies  DD  CœUR  EN  PARTICULIER, 
tellement  intime,  que  rien  n’annonçait  sa  rupture  pro- 
chaine; la  plus  grande  partie  des  colonnes  charnues  du  ven- 
tricule gauche  étaient  décolorées  et  converties  en  une  sorte 
de  tissu  fibreux  blanc  et  résistant.  La  valvule  mitrale  con- 
tenait vers  ses  bords  libres  et  adherens  des  fragmens  de 
matière  osiéo-pétrée.  Elle  avait  perdu  en  grande  partie  sa 
mobilité,  mais  permettait  neanmoins  eficoreune  libre  com- 
muni^tion  entre  l’oreillette  et  le  ventricule. 

Le^^ntricule  droit  ne  semblait  qu’un  appendice  du  gau-  > 
che  ; ses  parois  avaient  leur  épaisseur  ordinaire  ; la  portion  j 
qui  correspond  à l’entrée  de  l’artère  pulmonaire  était  nota-  • 
blement  dilatée  , tandis  que  rinférieure  avait  conservé  sa  i 
capacité  naturelle.  La  valvuje  tricuspide  jaunâtre  était  dans  i 
un  état  voisin  d’ossification  (i).  '' 

( 

OBSERVATION  107e’ (a). 

Homme  de  35  ans.  — Mort  à la  suite  d'accidens  nerveux  , sans  signes  de  ! 
maladie  du  coeur.  — Epaississement,  opacité  de  la  membrane  interne  du  venlri-  ► 
cille  gauclie  et  du  tissii  cellulaire  ious-jacent.  — Kyste  anévrismal  pouvant  con- 
tenir une  petite  noix,  à la  partie  moyenne  du  bord  postérieur  du  ventiicule  s 
gauche;  second  kyste  anévrismal,  plus  petit,  à la  partie  antérieure  du  même  : 
ventricule,  près  de  la  cloison  iutervf-utriculaire. 

Un  homme  , âgé  d’environ  35  ans  , n’offrait  aucun  symp-  s 
tomes  qui  pûTattirer  l’attention  du  coté  du  cœur,  lorsqu’il  i 


(i)  Je  m’abstiendrai  de  rapporter  ici  la  description  des  graves  lésions  rencon-  i 
trées  dans  le  cerveau , par  suite  de  l’bémorrhagie  qui  s’y  était  opérée. 

(a)  Observation  de  M.r  le  docteur  Reynaud. 

En  plaçant  l’observation  de  M.  Reynaud  parmi  les  cas  de  tumeur  anévrismale  'i 
consécutive  à une  ulcération  des  couches  internes  des  parois  du  ventricule  gau- 
che, je  n’ignore  pas  que  me  trouve  jusqu’à  un  certain  point  en  désaccord  avec,  ij 
cet  excellent  observateur.  Il  paraît  certain  à M,  Revnaud  que  le  cas  qu’on  va  lire 
se  rapporte  aux  anévrismes  vrais  primitifs.  Suivant  iiii , les  deux  poches  anévris-  ■ 
males  étaient  fe  résultat  de  la  distension  de  la  membrane  interne  en  forme  de  poche,  i 
distension  qu’il  attribue  aux  contractionsdu  ventricule,  et  qui  a été  favorisée  par  une 
altération  de  la  membrane  qui  en  était  le  siège.  Les  fibres  du  cœur  n’avaient  point  ^ 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  DE  CARDITE.  283 


fut  admis  dans  le  service  de  M.  Lerminier,  à la  Charité.  Il 
y yuccomba  à la  suite  d’accidens  nerveux  formidables  , sur- 
1 venus  dans  le  cours  d’une  affection  salurnine"(  colique  de 
J plomb). 

Le  cœur  est  un  peu  plus  volumineux  qu’il  ne  doit  être 
, dans  l’état  normal , ce  qui  tient  à une  légère  hypertrophie 
avec  dilatation  du  ventricule  gauche. 

La  membrane  interne  qui  tapisse  les  cavités  gauches  de 
] l’organe  est  épaissie,  opaque  et  d’un  blanc  laiteux  dans 
presque  toute  son  étendue;  la  valvule  bicuspide  est  épaissie 
vers  son  bord  libre  , surtout  dans  les  points  où  viennent 
s'insérer  les  colonnes  tendineuses,  qui,  elles-mêmes  , aug- 
mentées de  volume,  ont  une  co.uleur  blanche,  opaque. 
Celle  altération  existe  particulièrement  sur  celles  qui  par- 
teut  d’une  colonne  charnue  principale,  située  à la  partie 
postérieure  du  ventricule.  Au-dessous  et  dans  l’étendue  de 
plusd’un  pouce  carré,  la  membrane  interne estplus  blanche 
que  dans  les  autres  points  ; son  épaisseur  estplus  considé- 
rable; on  la  sé|)are  avec  facilité  d’une  couche  sous-jacente 
de  tissu  cellulaire  hypertrophié,  susceptible  de  se  diviser 
elle-même  en  plusieurs  feuillets.  Ces  diverses  couches  réu- 
nies ont  quelque  chose  dans  leur  structure  qui  rappelle 
celle  des  artères. 

A-  peu  près  au  centre  de  cette  portion  de  membrane  ainsi 
altérée,  et  dans  un  point  correspondant  a la  partie  moyenne  du 


participé,  dit-il,  à cette  distension,  mais  avaient  été  simplement  refoulées, 
comme  le  sont  les  pailies  voisines  d’un  anévrisme  situé  sur  le  trajet  d’uue  ar- 
tère. Quelque  prix  que  nous  attachions  à l’opinion  de  M.  Reynaud , l’examen 
attentif  des  différentes  particularités  de  l’altération  dont  on  trouvera  plus  loin  la 
description  , nous  a conduit  à penser  que  ce  cas  avait  réellement  plus  d’affinité 
avec  ceux  relatifs  à l’anévrisme  faux  consécutif,  qu’avec  ceux  qui  appartiennent 
à une  simple  dilatation  partielle  du  cœur,  maladie  qui  nous  occupera  ailleura. 
L’apparente  continuité  delà  membrane  interne  du  sac  avec  la  rnembrane  interne 
du  ventricule  ne  suffit  pas  pour  démontrer  la  non-existence  d’une  ulcération  an- 
térieure de  celle  dernière. 


284  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

bord  postérieur  du  'ventricule , existe  une  ouverture  arrondie 
susceptible  de  recevoir  le  bout  du  doigt  et  conduisant  dans  une 
cavité  presque  sphérique , pouvant  contenir  une  petite  noix,  et 
s'étendant  jusqu’au  Jeuillet  'viscéral  du  péricarde  , dont  elle  ~ 
n’est  séparée  que  par  une  très  mince  couche  de  fibres  charnues. 
Cette  espèce  de  poche  anévrysmale  contient  dans  sa  partie  la. 
plus  déclive  une  petite  quantité  de  coagulum  fibrineux , qui  , 
déposée  d’une  manière  unijorme , s’ étend  en  membrane  à sa 
surface.  Les  parois  de  cette  poche  sont  formées  par  une  mem-  • 
brane  épaisse  , dense,  de  texture  fibreuse , composée  elle- 
même  de  deux  feuillets,  l’un  siiperfciel plus  mince,  d’un  blanc  i 
opaque,  l’autre  plus  épais , semblable  a la  membrane  moyenne  > 
des  artères  altérée,^ et  contenant  dans  son  épaisseur  quelques  i 
points  fibro-cartilagineux  et  osseux.  Cette  membrane  se  con-  • 
tinue  sans  interruption,  seulement  en  s’épaississant  au  col  du  ( 
sac,  avec  la  membrane  interne  du  'ventricule,  dont  elle  a d’ail-  \ 
leurs  les  caractères.  Les fibres  musculaires  du  cœur  sont  ètran-  ‘ 
gères  à la  formation  de  ce  sac;  elles  en  sont  séparées  par  une  ) 
couche  de  tissu  cellulaire , et  il  serait  facile  de  les  en  détacher,  r 
Toutefois  b adhérence  paraît  plus  intime  vers  la  partie  du  sac,  , 
'voisine  du  péricarde. 

Une  autre  poche,  mais  plus  petite  que  la  première,  et  en  i 
totalité  remplie  par  un  coagulum  fibrineux , qui  parait  ancien,  , 
existe  a la  partie  antérieure  moyenne  du  -ventricule,  près  de  la  r 
cloison  inter-'ventriculaire . Son  col  est  également  plus  étroit  que  ' 
soji  fond,  et  la  membrane  interne  du  cventricide , qui  s’y  continue  i 
est  pareillement  épaissie  et  forme  une  sorte  de  bourrelet  à son  y 
orifice.  Les  parois  de  'cette  seconde  poche , épaissies , denses  , 
comme  fibreuses  , semblent  de  même  nature  que  celles  de  la  i 
première.  Sa  forme  est  moins  sphéroîdale,  elle  est  alongée , et 
au  lieu  que  son  grand  axe  se  dirige  -vers  la  surface  exiérieure 
du  cœur,  il  est  au  contraire  oblique  daîis  l’épaisseur  des  parois 
du  'Ventricule. 

Les  orfices  du  cœur  sont  libres. — L’aorte  présente  à sa  sur- 


TROIS.  CATÉG.  d’oBSERV.  DE  CARDITE.  205 

■ ïftlCî'îïG  (^Uël(^tt6S  points  CpmSSlS  et  ^CLl\iQ.Tlt  SClllIlG  dcLTlS  SCt 


cavité. 


OBSERVATION.  108<>  (i). 


Homme  de  53  ans.  — Symptômes  d’un  obstacle  à la  circulation  à travers  le 

I cœur.  — Mort  dans  un  accès  de  suffocation.  — Tumeur  anérrismale  partant  de 

I la  pointe  du  ventricule  gauche,  d’un  volume  presque  égal  à celui  des  deux  ventri- 

I cules  réunis,  adhérente  au  péricarde  et  au  diaphragme,  contenant  des  couches 

de  concrétions  fibrineuses  plus  ou  moins  adhérentes.  > 

* 

Un  nègre  africain,  d'une  constitution  robuste,  âgé  de 
53  ans,  maçon,  fut  admis  à l’hôpital  de  la  Pitié,  le  oc- 
tobre i83o.  Il  se  plaignait  de  palpitations  de  cœur,  de  gêne 
dans  la  respiration.  Les  battemens  du  cœur  étaient  forts 
et  tumultueux  ; le  pouls  dur  et  serré.  Les  extrémités  infé- 
rieures n’étaient  point  œdématiées.  Un  état  analogue  sub- 
sistait chez  ce  malade  depuis  plusieurs  années;  il  cédait 
momentanément  aux  saignées  et  au  repos  , et  redevenait 
insupportable  par  le  travail  et  la  vie  active.  M.  Cfément  fit 
tirer  du  sang  plusieurs  fois  , prescrivit  des  potions  avec  la 
teinture  de  digitale,  des  boissons  délayantes  et  un  régime 
convenable  avec  un  repos  absolu.  Ces  moyens  produisirent 
un  soulagement  marqué  et  amenèrent  une  sorte  de  conva- 
lescence. 

Lorsque,  au  i"  janvier  i83i,  j’entrai  comme  externe 
dans  la  division  de  M.  Clément,  je  reconnus  aussitôt  les 
traits  de  Zamor,  que  j’avais  vu,  un  an  auparavant,  dans 
la  troisième  salle  de  l’hôpital  du  Midi  , où  il  resta  plus  de 
six  mois.  Il  était  alors  confié  aux  soins  de  M.  Cullerier  , et 
soumis  à des  frictions  mercurielles  locales  , contre  un 
double  engorgement  testiculaire  consécutif  à une  uréthrite, 
compliquée  de  bubons  aux  deux  aines.  Outre  sa  maladie 
vénérienne,  il  était  sujet  dès  lors  à un  peu  de  toux,  à de 


(i)  Observation  de  M.  le  docteur  Péligny. 


.1 


, 200  MALADIES  DÜ  COEUR  EN  PARTICULIER. 

la  dyspnee  et  à des  palpitations.  Un  régime  doux  lui  était 
recommandé,  et  il  quittait  rarement  le  lit.* 

J ai  dit  que  l’etat  du  malade  était  sensiblement  amélioré 
au  i®""  janvier  i83i.  Alors  en  effet , il  se  levait  de  son  lit 
pendant  la  journée,  marchait  facilement  dans  la  salle  , et 
mangeait  la  demi-portion  d’alimens  ; mais  il  avait  delà  , 
difficulté  à monter  l’escalier.  La  respiration  était  libre;  le 
pouls  un  peu  fort ‘et  lent,  sans  être  inégal.  Pendant  le  i 
cours  du  mois,  nous  observâmes  deux  fois  de  légers  symptô-  ; 

< mes  d’élévation  dans  le  pouls , et  accompagnés  de  gêne  dans 

' la  respiration  ; ils  durèrènt  chaque  fois  de  trois  à quatre 

jours  et  cédèrent  à la  diète  , sans  le  secours  des  émissions 
sanguines.  Le  mois  de  février  se  passa  bien  , mais  dans  la 
soirée  du  28  le  malade  éprouva  de  l’oppression  avec  une 
forte  dyspnée;  le  pouls  était  plein  et  fort.  Le  chirurgien  de 
garde  pratiqua  une  saignée  de  4 palettes,  qui  fut  suivie 
de  quelque  soulagement.  Le  lendemain  l’oppression  con- 
tinuait , le  pouls  était  dur  et  accéléré.  On  renouvela  la 
’ saignée;  on  prescrivit  des  boissons  pectorales  etda  diète.  11 

j y eut,  le  2 mars,  une  diminution  notable  des  symptômes;  ; 

^ tnais  le  3 , réapparition  de  la  dyspnée  y et  de  plus,  toux 

^ sèche,  douleur  vive  derrière  le  sternum  et  sous  le  sein 

! droit;  enduit  blanchâtre  sur  la  langue;  fièvre;  râle  sous- 

; crépitant  à grosses  bulles  des  deux  côtés  de  la  poitrine. 

' (âo  sangsues  au  côté  droit).  La  douleur  diminua  progressi- 

j ' vement  les  jours  qui  suivirent  et  se  dissipa  complètement  I 

I;  ie  8.  Il  resta  cependant  de  la  soif,  de  l’inappétence,  de  la  ( 

I chaleur  à la  peau  , de  la  fréquence  dans  le  pouls  et  du  ma-  " 

laise.  Quoique  rien  ne  pût  annoncer  une  mort  prochaine  , , 

, ; le  malade  fut  pris  le  10  mars,  à 4 heures  du  soir,  d un  ( 

: accès  de  suffocation,  et  expira  sans  qu’on  pût  lui  apporter 

aucune  espèce  de  secours. 

I Aulopsie  cadavérique^  4^  heures  après  la  mort, 

i II  n’existait  aucune  infiltration  aux  extrémités. 

Les  deux  ventricules  du  cœur  étaient  dilatés  considéra- 

J 

,1 

i 

1 

1 


trois,  catég.  d’observ.  de  cabdite. 


287 


blement,  et  le  droit  était  chargé  de  graisse.  De  la  pointe  du 
'Ventricule  gauche  partait  une  tumeur  anéurismale,  d’ mi  volume 
presque  égal  à celui  des  deux  ventricules  réunis  ; elle  était  cir- 
conscrite^ a son  origine^  par  un  collet  ou  ei^oncement  circulaire j 
elle  adhérait,  dans  les  trois  quai'ts  de  son  étendue,  au  péricarde 
et  au  diaphragme,  et  n^ était  libre  que  dans  son  quart  supérieur 
et  droit.  Âpres  avoir  incisé  longitudinalement  le  ventricule  gau- 
che et  la  tumeur  elle-même,  nous  vîmes  que,  à renfoncement 
extérieur  qui  marquait  V origine  de  celle-ci,  correspondait  inté- 
rieurement un  rebord  lisse  ^ saillant,  egalement  circulaire  d'un 


pouce  et  demi  de  diamètre.  Les  parois  de  la  tumeur  étaient  for- 
mées de  dedans  en  dehors,  par  une  véritable  membrane  charnue, 
due  à la  continuation  des fibres  musculaires  extérieures  du  ven- 
tricule gauche  (i)  et  par  le  feuillet  viscéral  du  péricarde,  lequel, 
dans  les  trois  quarts  de  la  surface  extérieure,  était  fortifié  par 
Vautre  feuillet  intimement  uni  au  diaphrame.  U épaisseur  de  ces 
parois  était  généralement  plus  grande  que  celle  des  oreillettes , 
et  moindre  que  celles  des  ventricules  {elle  était  d'environ  une 
ligne).  Les  fibres  charnues  manquaient  dans  deux  endroits  de 
la  partie  droite  de  la  tumeur,  qui  présentait  là  deux  cavités 
accessoires  propres  à recevoir  V extrémité  du  pouce  et  séparées 
l'une  de  Vautre,  d'avant  en  arrière, par  la  prolongation  d'une  des 
colonnes  du  ventricule  gauche.  De  ces  deux  excavations,  l'anté- 
rieure n était  recouverte  que  par  le  feuillet  viseéral  du  péricarde  ; 
la  postérieure,  plus  large  et  un  peu  moins  profionde,  située  infé- 
rieurement, était  recouverte , outre  le  péricarde , par  le  centre 
nerveux  du  diaphragme. 

La  tunique  interne  du  cœur  paraissait  se  terminer  brusque- 
ment sur  le  rebord  s filant  qui  séparait  intérieurement  le  ven- 
tricule gauche  de  la  tumeur  anévrismale.  Celle-ci  était  rugueuse 
à l'intérieur,  et  encroûtée  de  concrétions  fibrineuses  plus  ou 
moins  adhérentes,  et  disposées  par  couches  concentriques,  comme 


(1)  Ne  serait-il  pas  possible  qu’on  eût  pris  une  couche  fibrineuse  organisée 
pour  un  prolongement  du  tissu  musculaire  du  cœur  î 


288  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

on  a coutume  de  ï observer  dans  les  anévrismes  des  artères. 
Dans  le  centre,  on  moyait  un  sang  noir  en  partie  caillé,  en 
partie  liquide,  qui  remplissait  également  toutes  les  cavités  du 
cœur. 


QUATRIÈME  CATÉGORIE. 

OBSIRTATIÜNS  DE  CARDITB  TERMIKÉF.  PAR  inDDBATIOTT. 

Parmi  les  observations  qui  ont  été  rapportées  sur  cette 
induration  du  cœur,  il  en  est  beaucoup  dans  lesquelles 
l’induration  était  la  sui  te  d’une  péricardi  te  ou  d’une  endocar- 
dite plutôt  que  d’une  cardite  proprement  dite.  Il  est  nean- 
moins des  cas  où  l’induration  a été  réellement  consécutive 
à une  cardite  soit  simple  , ce  qui  est  infiniment  rare,  soit 
compliquée  d’endocardite  ou  de  péricardite  (je^  n’ai  jamais 
rencontré  que  cette  dernière  espèce  de  cardite). 

Albertini  paraît  avoir  observé  un  cas  d’ossification  de  l’une 
des  oreillettes. 

; 

Corvisart  a trouvé  une  fois  la  substance  du  cœur  telle- 
ment dure  qu'elle  résonnait  comme  un  cornet  (1),  bien  qu’elle 
eût  conservé  sa  couleur  rouge.  Il  a rencontré  une  autre 
fois  un  endurcissement  cartilagineux  de  la  pointe  du  cœur. 

Burns  dit  avoir  eu  l’occasion  de  voir^le  tissu  des  ventri- 
cules parfaitement  ossifié  , de  telle  soi'te  çpx'il  ressemblait  à 
celui  des  os  du  crâne. 

M.  Kenauldin communiqua  à CorvisarlTobservalion d’une 
sorte  de  pétrification  du  cœur. 

M.  Broussais  a vu  deux  fois  le  cœur  endurci  et  semblable 
à une  noùv  de  coco. 


([)  M.  Laënnec  dit  aussi  avoir  rencontré  un  cas  où  le  ventricule  droit  du  coeur, 
hypertrophié,  résonnait  à la  percussion  comme  un  de  ces  corneU  de  cuir  qui  ser- 
veut  à jouer  au  Iriclrae. 


qÙat.  catég.  d’observ.  de  cardite.  289 

Les  observations  que  nous  avons  déjà  rapportées  dans 
cet  ouvrage  offrent  plusieurs  cas  d'induration  du  cœur  : 
chez  le  sujet  de  l’observation  21®,  une  induration  fibro- 
cartilagineuse  et  comme  lardacée  ou  squirrheuse  du  péricarde 
s'était  propagée  au  tissu  propre  du  cœur.  Chez  le  sujet  de  l'ob  • 
servation  64®,  une  des  colonnes  charnues  était  transformée  en 
tissu fibro-cartilagineux . La  section  de  cette  colonne  faisait  moir 
que  la  substance  musculaire  était  entourée  d'une  sorte  de  cocpxe 
fbro-cartilagineuse.  Chez  le  sujet  de  l’observation  loG”  (re- 
cueillie par  M.  Dance),  la  plus  grande  partie  des  colonnes 
charnues  du  ventricule  gauche  étaient décoloj'ées  et  converties  en 
une  sorte  de  tissu  fbreux,  blanc  et  résistant . 

devais  rapporter  brièvement  ici  quelques  autres  cas  d’in- 
duration du  cœur. 

''  OBSERVATION  109e.' 

Femme  de  33  ans.  — Symptômes  d'hypertrophie  du  cœur,  avec  induration  des 
valvules  et  réUécissemenl  d'un  oriGce.  — Hyperirophie  et  dilatation  du  ventri- 
cule droit , dont  tes  parois  ont  une  consistance  très  grande,  comme  si  elles  eussent 
subi  un  commencement  d’induration  cartilagineuse.  — Induration  de  la  valvule 
mitrale,  et  rétrécissement  de  l'oriGce  correspondant. 

Louise  Neuray,  âg^e  de  33  ans,  éprouvait,  à la  suite  d’une 
chute  sur  la  région  précordiale  , les  symptômes  caractéris- 
tiques d’une  induration  des  valvules  du  cœur  avec  rétré- 
cissement d’tin  orifice  et  hypertrophie  des  ventricules  : 
bruit  de  soufflet,  battemens  violens,  surtout  dans  la  région 
du  ventricule  droit,  etc.'  (La  malade  assurait  sentir  très  bien 
que  les  palpitations  étaient  plus  fortes  dans  cette  région 
que  dans  celle  des  cavités  gauches.)  La  mort  arrive  le  9 jan- 
vier 1823. 

j4utopsie  cadavérique. 

Entre  autres  lésions  du  cœur,  nous  constatâmes  les  sui- 
vantes : Le  ventricule  droit  est  d’environ  un  tiers  plus  grand 
qu’à  l’état  normal  (la  dilatation  est  surtout  très  prononcée 
vers  l’insertion  de  l’artère  pulmonaire  ).  Les  parois  de  ce 


1200  MALADIES  DU  CCKUÏÏ  EN  PARTICULIER, 

ventricule  ont- de  3 à 5 lig.  d’épaisseur.  Leur  tissu  est  d’un 
rouge  rose,  d'une  consistance  très  grande,  comme  si  elles  avaient 
subi  un  commencement  d' induration  cartilagineuse.  — Valvule 

O 

bicuspide  transformée  en  un  anneau  d’un  tissu  blanc  , 
résistant,  tendineux  ou  fibro- cartilagineux  , resplendis- 
sant , ete.  ^ 

OBSERVATION  llOe. 

Homme  d’environ  5o  ans.  — Symptômes  de  maladie  organique  du  cœur.  — j 
Mort  par  suite  d’une  apoplexie  pulmonaire.  — Induration  de  plusieurs  colonnes  j 
charnues  du  ventricule  gauche  , etc. 

• J . « U 

Un  ancien  professeur  de  belles-lettres,  âgé  d’une  cinquan- 
taine d’années,  offrait,  depuis  long-temps,  les  symptômes 
A'uwejnaladie  organiciue  à\i  cœur,  lorsqu’il  fut  admis  à l’hôpi-  - 
talCochin,  oùil  succomba,  le  i3 octobre  1822,  àuneattaque  : 
véritable  A'apoplexie pulmonairefoudroyantei — Le  ventricule  ^ 
gauche  du  cœur  était  dilaté  et  épaissi;  le  tissu  de  ses  colon-  • 
nés  charnues  était  profondément  altéré,  ramolli  et  facile  à 
déchirer  dans  les  unes  , dur  et  résistant  dans  les  autres.  Les  ,1 
colonnes  ainsi^  indurées  étaient  d’un  blanc-jaunatre,  décolora-  : 
tion  qui  tranchait  avec  la  rougeur  vive  du  tissu  des  pa-  i 
rois,  etc. 

OBSERVATION  111«  (i)'. 

Homme  de  48  ans.  — Mort  au  milieu  des  symptômes  d'un  obstacle  à la  circu-  i 
latioii  à travers  le  cœur.  — Induration  des  piliers  charnus  du  ventricule  droit  et 
de  la  portion  droite  de  la  cloison  interventriculaire. 

O, 

Un  jardinier  , âgé  de  48  ans  , mourut  à l’hopilal  Cocliin  1 
(le  21  janvier  1820),  au  milieu  de  symptômes  qui  annon-  ■ 
raient  un  grand  obstacle  à la  circulation.  — Les  piliers  ! 
charnus  du  ventricule  droit  avaient  augmenté  de  volume , et  , 
telle  était  Leur  densité,  qu’en  les  tirant  fortement  en  sens  con-  < 


(1)  Observation  de  M.  Bertin. 


1 


QUAT.  CATÉG.  d’oBSERV.  DE  CARDITE.  QQl 

traire,  ils  semblaient  se  casser  plutôt  que  se  déchirer.  Les 
parois  de  ce  'ventncule , agrandies  et  épaissies,  présentaient 
la  même  dureté  que  les  piliers.  La  cloison  'ventriculaire  était 
très  épaissie,  et  tandis  que  la  moitié  droite  de  cette  cloison 
était  endurcie , la  moitié  gauche  avait  conservé  sa  densité  ordi- 
naire. * 

OBSERVATION  112®  (ijl 

Femme  d’enTiron  cinquante  ans , morte  avec  des  signes  de  lésion  organique  du 
cœur.  — Ventricule  gauche  offrant  au  toucher  une  fermeté  et  une  résistance 
telles  que  l’on  aurait  cru  presser  un  os  ou  tout  autre  corps  analogue. 

Une  femme  d’environ  5o  ans  fut  apportée  à l’hôpital 
Cochin , où  elle  mourut  au  bout  de  quelques  heures.  Son 
pouls  était  à peine  sensible,  irrégulier,  intermittent;  la 
main  appliquée  sur  la  région  précordiale  sentait  les  bat- 
temens  du  cœuV,qui,  dans  un  point  assez  circonscrit , 
étaient  brusques  et  accompagnés  d’un  frémissement  ca- 
taire. — Le  cœur  avait  un  volume  considérable.  Les  parois 
du  ventricule  droit,  un  peu  plus  épaisses  que  dans  l’état 
naturel étaient  molles  et  (’ac  les  à déchirer.  Le  'ventricule 
gauche  offrait  au  toucher  une  jérmeté  et  une  résistance  telles  , 
que  l'on  aurait  cru  presser  un  os  ou  tout  autre  corps  analogue. 
Ses  parois , ainsi  endui  cies,  avaient  l'é[)ai>seur  de  deux 
travers  de  doigt  , et  sa  cavité,  presque  effacée,  était  rem- 
plie par  une  conci  étion  polypense,  de  la  grosseur  d’une 
petite  sangsu«.  , • • 


(i)  Observation  de  M.  Berlin. 


202 


MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 


DEUXIÈME  SECTION. 

HISTOIRE  GENERALE  DE  LA  CARDITE  , OU  DE  l’iNFLAMMATION  DU 

TISSU  MUSCULAIRE  ET  DU  TISSU  CELLULAIRE  INTERMUSCULAIRE 

DU  COEUR. 

ARTICLE  PREMIER. 

I 

y CiRACTÙaKS  ARATOUIQUBS  DE  LA  CABOITB. 

La  cardite,  soit  générale,  soit  partielle,  nous  présente 
des  caractères  anatomiques  très  divers  , selon  ses  différens 
degrés,  ses  diverses  périodes  et  terminaisons. 

Notons  d’abord  que  jusqu’ici  la  cardite  générale  ne  pa- 
raît pas  avoir  été  observée  à l’état  simple  : elle  a toujours 
été  accompagnée  d’endocardite  ou  de  péricardite  (i).  Nous 
ne  reviendrons  pas  ici  sur  les  caractères  anatomiques  pro- 
pres à ces  dernières. 

S T.  Ramollissemenl,  suppuration  diffuse  et  abcès. 

* ' 

Le  ramollissement  et  la  suppuration , dans  cette  pbleg- 
masie  , comme  dans  toutes  les  autres  , ne  sont  pas  les  carac- 
tères-anatomiques  de  la  première  période  , période  qu’on 
peut  désigner  sous  le  nom  de  période  cVirntation  simple,  de 
tuT'^escence  on  d’érection  inflammatoire,  et  dont  le  phlegmon 
naissant  nousfournit  un  exemple  remarquable.  Mais  comme 
on  n’a  presque  jamais  l’occasion  d’examiner  fe  cœur  dans  le 
premier  degré  de  la  cardite,  j’ai  cru  pouvoir  commencer  l’é- 
tude des  caractères  anatomiques  de  cette  maladie  par  la  des- 
cription du  ramollissement  et  de  la  suppuration.  Ces  deux 


(i)  On  conçoit  dilTicilemetit  comment  la  cardite  partielle  clle-mfime  peut 
exister  sans  complication  d’endocardite  ou  de  péricardite.  Cependant  quelques 
cas,  cl  particulièrement  l'observation  de  M.  Cas.  Broussais  ( voy.  lobs.  97*)  , 
porteraient  à croire  qu’il  en  est  ainsi  quelquefois. 


histoire  générale  de  la  CARDITE.  2g3 

états  ne  me  paraissent  être  que  deux  degrés,  deux  modes 
d’une  aliéralion  essentiellement  la  même,  plutôt  que  deux 
altérations  entièrement  différentes  l’une  de  l’autre. 

Ce  n’est  pas  que  tout  ramollissement  du  cœur  me  semble 
devoir  être  considéré  comme  le  prélude  ou  l indice  d’une 
suppuration  de  cet  organe.  Mais  je  n’ai  à m’occuper  pour  le 
moment  que  du  ramollissement  qu’entraîne  à sa  suite  1 in- 
flammation du  cœur,  ramollissement  qui  nest  point  1 apa- 
nage exclusif  de  cette  inflammation  , puisqu  on  1 observe 
aussi  dans  les  autres  inflammations,  telles  que  la  pneumonie, 
l’encéphalite  ; et,  pour  prendre  un  exemple  qui  se  rattache 
plus  immédiatement  encore  à notre  sujet , dans  l’inflamma- 
tion des  muscles  extérieurs  en  général  et  dans  \e  psoïtis  en 
particulier,  dont  j’ai  eu  pour  ma  part  l’occasion  d’observer 
un  certain  nombre  d’exemples. 

Le  ramollissement  inflammatoire  du  cœur,  le  seul  dont 
nous  devions  nous  occuper  ici,  offre  deux  principales  va- 
riétés, que  l’on  peut  désigner  sous  les  noms  de  ramollis- 
sement 7ottge  et  de  ramollissement  blanc,  ou  grisâtre  (peut- 
être  conviendrait-il  même  d’admettre  une  troisième  variété 
sous  le  nom  de  ramollissement  jaune). 

Quelle  que  soit  la  variété  de  ramollissement  du  cœur 
qu’on  ait  à étudier,  on  la  reconnaîtra  aux  caractères  sui- 
vans  : le  tissu  du  cœur  a perdu  la  fermeté  qui  lui  est  natu- 
relle, au  point  qu’il  suffit  de  le  presser  légèrement  entre 
les  doigts  pour  le  rompre;  il  est  devenu  friable  et  pour  ainsi 
dire  fragile.  Les  parois  des  ventricules,  lorsqu’elles  sont 
ramollies,  deviennent  en  général  flasques  et  s'affaissent  sur 
elles-mêmes.  , ,, 

ramollissement  rouge , qui  a lieu  dans  la  période 
d acuité  de  la  cardite,  la  substance  musculaire  du  cœur  est 
rouge,  brunâtre,  quelquefois  violacée,  et  le  tissu  cellulaire 
mtermuseulaire  est  injecté.  On  trouve  aussi  quelquefois  du 
sang  plus  ou  raoing  altéré,  analogue  à de  la  lie  de  vin,  in- 
filtré dans  les  interstices  musculaires  ou  au-dessous  de  la 

4 ■ ■ 


2g4  MALADIES  DU  COEUH  EN  l’AETICULIER. 

membrane  séreuse  qui  revêt  le  cœur  à l’extérieur  et  à l’in- 
térieur. 11  me  semble  que  la  matière  liquide  dont  il  s’agit 
ici,  Il  est  reelleinent  autre  chose  qu’un  mélange  de  sang  et 
de  pus  ou  qu’un  pus  encore  mal  élaboré,  cru,  comme  on 
le  disait  autrefois , tel  que  celui  qu’on  recontre  dans  un 
phlegmon  non  encore  parvenu  à sa  muturitéj  ou  dans  le 
ramollissement  rouge  du  poumon^  lequel  n’est  au  fond  lui-  i 
même  qu’un  phlegmon  de  celte  dernière  espèee.  i 

Dans  le  ramollissement  blanc  ou  grisâtre  du  cœur,  l’injec- 
tion et  la  rougeur  sont  moins  prononcées  que  dans  le  précé-  i 
dent , et  à la  place  du  liquide  sanieux  indiqué  plus  haut,  on 
trouve  du  véritable  pus.  Ce  ramollissement  Ciiraciérise  une  • 
périotle  de  la  carditeplusavancée  quecelleà  laquelle  corres- 
pond le  ramollissement  rouge.  Le  ramollissement  blanc  ou  ; 
grisdu  cœur,  n’e^t  réel  lement  que  lesecond  degré  du  ramol- 
lissement rouge,  comme  le  ramolljssement  gris  du  poumon  i 
n’est  que  le  second  degré  du  ramollissement  rouge  de  cet  l 
organe  , comme  le  ramollissement  gris  ou  blanchâtre  du  i 
psoas  n’est  que  le  second  degré  du  ramollissement  rouge  5 
de  ce  muscle,  etc.,  etc.  Et  de  même  que  ces  derniers  ramol- 
lissemens coïncident  avec  une  suppuration  décidée  des  or^ 
ganes  qu’ils  affectent , de  même  aussi  le  rampllissement  f 

blanc  ou  grisâtre  du  cœur  accompagne  la  suppuration  du  j 

cœur  (i). 


(1)  Je  ne  dis  pas  que  le  ramollissement  qui  nous  occupe  soit  absolument  la  I 

même  diose  que  la  suppuration  ^ ce  qui  serait  une  erreur.  Je  dis  purement  et  ; 

simplement  que  l’on  observe  le  ramollissement  dont  il  s’agit  pendant  la  période  I 

de  la  suppuration.  Dr,  le  ramollissement  et  la  suppuration  ne  sont  eux-mêmes  1 

que  les  caractères,  les  signes  anatomiques  d’une  terminaison  d’un  étal  morbide  I 

résidant  à la  fois  dans  les  solides  et  dans  les  liquides  qui  concourent  à l’organisa- 
tion intime  de  nos  parties,  et  qu’on  est  convenu  de  désigner  sous  le  nom  d’in-  ' 
flamrnation, 

M.  Laënnec  ayant  confondu  sous  le  nom  générique  de  ramollissement  des  états 
morbides  différens , il  ne  faut  pas  s’étonner  de  la  confusion  qui  règne  dans  ce  ' 

qu’il  a ditsur  ce  sujet.  11  a clé  jusqu’à  donner  le  môme  nom  à la  simple  flaccidité 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  LA  CARDITE.  üg5 

Le  ramollissement  blanc  a été  signalé  ainsi  qu’il  suit  par 
Corvisart  : « La  cardite  convertit  à la  longue  la  partie  mus- 
M culaire  du  cœur  en  une  substance  molle  et  pâle;  les  fi- 
» bres  charnues  conservent  alors  peu  de  ténacité,  le  tissu 
1)  cellulaire  qui  les  unit  paraît  lâche  ; quelquefois  il  est  pé- 
» néiré  de  matière  lymphatico-purulenle;  dans  certains  cas, 
» il  est  en  partie  détruit  ; le  système  vasculaire  est  plus  ap- 
» parent , plus  développé  que  dans  1 état  ordinaire , et  pa- 
» raît  atteint  aussi  de  la  phlegmasie  des  autres  tissus. — Les 
» parois  du  cœur  se  déchirent  par  le  moindre  effort,  et  il 
» n’est  pas  besoin  d’exercer  sur  elles  une  forte  pression  pour 
» les  réduire  en  bouillie.  » ciY. , p.  2.5y.) 

Je  crois  pouvoir  rapprocher  de  cette  variété  du  ramollis- 
sement du  cœur,  la  troisième  espèce  de  ramollissement 
admise  par  M.  Laënnec , dans  le  passage  suivant  de  son 
ouvrage  (tom.  II^,  pag.  535,  ae  éd.)  : « Il  est  une  troisième 
» espèce  de  ramollissement  qui  est  accompagnée  d’une 
» pâleur  blanchâtre  de  la  substance  du  cœur.  Ce  ramollis» 
» sement  n’est  jamais  porté  à un  point  tel  que  cette  sub- 
» stance  en  devienne  friable;  et  souvent  même  le  degré  de 
» consistance  de  la  substance  du  cœur  ne  paraît  pas  sensi- 
» blement  diminué,  quoique  cet  organe  soit  devenu  flasque, 
U et  que  ses  parois  s’affaissent  totalement  après  l’incision. 
» Cettesorte  de  ramollissement  accompagne  ordinairement 
» la  péricardite,  et  ne  s’observe  dans  aucun  autre  cas.  » 

Il  est  bon  de  faire  remarquer  que  dans  les  cas  d’après 


des  tissus,  à leur  mollesse  et  au  ramollissement  tel  que  nous  le  décrivons  ici. 
Encore  une  fois,  en  exposant  les  caractères  anatomiaues  de  la  cardite  , nous  ne 
pouvions  pas  ne  pas  parler  du  ramollissement  du  cœur;  mais  de  ce  que  nous  consi- 
dérions la  cardite  comme  pouvant  produire  un  état  de  ramollissement  du  cœur, 
il  ne  fallait  pas  en  conclure  que  nous  regardions  toute  espèce  de  mollesse  ou  de 
ramollissement  comme  un  produit  de  l'inflammation , fût-ce  même  le  ramollisse- 
ment qu'on  obtient  en  faisant  macérer  les  tissus,  ou  en  les  abandonnant  à la  dé- 
composition putride.  Avons-nous  eu  tort , oui  ou  non,  de  ranger  le  ramollisse- 
ment au  nombre  des  terminaisons  de  la  cardite?  Voilà  la  véritable  question. 


296  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

lesquels  Corvisart  a tracé  la  description  du  ramollissement 
blanc  du  cœur,  il  existait  une  péricardite  avec  épanche- 
ment. Je  pense  donc  que  le  ramollissement  décrit  ici  par 
M.  Laënnec  et  celui  décrit  par  Corvisart  ne  sont  au  fond 
qu’un  seul  et  même  ramollissement,  bien  que  les  carac- 
tères indiqués  par  M.  Laënnec  ne  s’accordent  pas  entière- 
ment avec  ceux  signalés  par  Corvisart.  Quoi  qu'il  en  soit, 
je  suis  porté  à croire , d’après  un  assez  grand  nombre  de 
faits,  que  la  présence  d’un  épanchement  purulent  dans  le 
péricarde  est  une  cause  de  décoloration  de  la  substance 
musculaire  la  plus  extérieure  du  cœur,  soit  que  cette  déco- 
loration s’opère  par  une  sorte  de  macération  ou  autrement. 

La  troisième  variété  du  ramollissement,  ou  le  ramollisse- 
ment jaune  ou  jaunâtre,  me  paraît  avoir  Heu  dans  certains 
cas  de  cardite  chronique  (i).  Il  coïncide  ordinairement 
avec  une  décoloration  générale,  une  teinte  jaunâtre  de  l’ex- 
térieur du  corps  des  individus  qui  en  sont  affectés.  Ce  ra- 
mollissement a été  très  bien  décrit  par  M.  Laënnec.  Après 
avoir  exposé  les  caractères  du  ramollissement-avec  rougeur 
de  la  substance  musculaire  du  cœur,  l’auteur  du  Traité  de 
l’auscultation  médiate  ajoute  : « Plus  ordinairement,  le  ra- 
» mollissement  du  cœur  est  accompagné  d'une  décolora- 
» tion  marquée  de  sa  substance  , qui  prend  une  teinte  jau- 
» nâtre  assez  analogue  à celle  des  feuilles  mortes  les  plus 
» pâles.  Celte  teinte  jaunâtre  n’occupe  pas  toujours  toute 
» l’épaisseur  des  parois  du  cœur;  souvent  elle  est  très  pro- 
» noncée  dans  le  milieu  de  cette  épaisseur  , et  fort  peu  à 
> l’extérieur  et  à la  surface  interne  (2).  Assez  souvent  le 


(1)  Il  se  peut  que  le  ramollissement  dont  il  s’agit  se  rencontre  à un  léger  de- 
gré chez  des  sujets  qui  n’avaient  point  présenté  les  symptômes  d’une  cardite 
sourde  et  chronique  : tels  sont  cerlains  individus  cachectiques.  C’est  une  impor- 
tante question  à examiner. 

(2)  L’inverse  a quelquefois  lieu  , c’est-à-dire  que  les  couches  musculaires  inté- 
rieures et  extérieures  peuvent  offrir  un  ramollissement  couleur  feuille  morte , tan- 
dis que  les  couches  centrales  sont  intactes. 


histoire  générale  de  la  cardtte.  297 

),  ventricule  gauche  et  la  cloison  interventriculaire  la  pré- 
» sentent  d'une  manière  très  marquée  , tandis  que  le  ven- 
» tricule  droit  conserve  sa  couleur  naturelle  et  une  fermeté 
n j)lus  grande.  Enfin  quelquefois  on  trouve  encore  ça  et 
» là  des  points  rouges  et  d’une  assez  bonne  consistance 
» dans  des  cœurs  dont  la  substance  est  d’ailleurs  très  for- 
» tement  ramollie  et  tout-à-fait  jaunâtre.  » 

* Je  n ajouterai  rien  pour  ma  part  à celte  description,  qui 
est  tout-h-fait  conforme  à ce  que  j’ai  observé;  j en  rappro- 
cherai seulement  le  passage  suivant  de  la  description  anato- 
mique de  la  cardile  par  Corvisart  : « En  considérant  le 
» cœur  entier  dépouillé  du  péricarde,  il  offre  à sa  surface  la 
» couleur  d’une  graisse  Ÿk\ejaunâù'e.  Cette  matière,  comme 
» graisseuse,  semble  remplir  les  interstices  des  fibres  mus- 
» culaires,  qui,  en  général,  sont  peu  apparentes,  en  raison 
» de  leur  ténuité  et  de  leur  pâleur.  Peut-être  cet  état,  su- 
» perficiellement  examiné  , a-t-il  été  pris  quelquefois  pour 
» une  dégénérescence  graisseuse.  » 

Je  ne  sais  si  Corvisart  a voulu  décrire  ici  exactement  la 
même  espèce  de  ramollissement  que  M.  Laënnec  a signalée 
plus  haut.  Toutefois,  comme  la  description  de  Corvisart 
s’applique  mieux  encore  au  ramollissement  chronique  ou 
jaunâtre,  qu’au  ramollissement  aigu , il  m’a  semblé  utile  de 
la  mentionner  en  passant. 

Occupons-nous  maintenant  d’une  manière  plus  spéciale 
delà  suppuration  du  cœur.  La  quantité  et  la  'qualité  du  pus 
sont  variables.  La  consistance  de  celte  matière  offre  en  par- 
ticulier de  notables  différences.  Elle  est  quelquefois  sem- 
blable à celle  du  pus  phlegmoneux  ordinaire,  tandis  que 
dans  d'autres  cas  elle  égale  celle  du  blanc  d’œuf  cuit  (voy. 
l’observ.  deiM.  Laënnec)  ou  du  fromage,  et  je  ne  serais  pas 
surpris  que  parmi  les  cas  publiés  sous  le  titre  de  Tubercules 
du  cœur , il  y en  eut  cjui  dussent  être  rapportés  à ce  der- 
nier état  du  pus.  ^ 

Le  pus  n’est  pas  toujours  simplement  infiltré  dans  les  in- 


'igS  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTFCLLIER. 

terslices  des  faisceaux  ou  des  fibres  musculaires  du  cœur;  il 
forme  quelquefois  des  collections  ou  des  foyers  qui  consti- 
tuent les  abcès  du  cœur.  Pour  l’étendue,  le  siège  et  la  dispo- 
sition de  ces  abcès,  nous  renvoyons  le  lecteur  aux  observa- 
tions particulièresque  nous  en  avons  rapportées.  Nousajou- 
terons  seulement  ici  que  la.collection  purulente  est  tantôt 
libre, c’est-à-direen  contactimmédiat  avec  le  tissu  du  cœur, 
et  tantôt  enveloppée  d’une  membrane  de  nouvelle  forma- 
tion (dans  ce  dernier  cas,  l’abcès  porte  le  nom  d’abcès  en- 
kysté). Un  abcès  du  cœur,  qu’il  soit  enkysté  ou  non,  peut 
s’ouvrir  ou  se  faire  jour,  soit  à l’intérieur  du  cœur,  soit  à 
l’extérieur  ou  dans  la  cavité  du  péricarde.  Dans  le  premier 
cas  , le  pus  se  mêle  avec  le  sang  contenu  dans  les  cavités  du 
cœur.  Dans  le  second  cas,  que  j’admets  comme  possible, 
mais  dont  je  ne  connais  pas  d’exemple,  il  se  formerait  dans 
le  péricarde  un  épanchement  purulent,  indépendant  d’une 
péricardite  proprement  dite.  Si  l’abcès  s’ouvrait  à la  fois 
et  à l’intérieur  et  à l’extérieur  du  cœur,  il  eu  résulterait  une 
.perforation  promptement  suivie  de  mort,  comme  dans  les 
cas  de  perforation  ulcéreuse  ou  traumatique. 

§ II.  Ulcérations  du  cœur,  avec  ou  sans  formation  de  kyste  anévrismal  ; 

perforations. 

Les  ulcérations  du  tissu  musculaire  du  cœur  sont  ordi- 
nairement, constamment'peut-être , précédées  de  l’érosion 
de  la  membrane  interne  du  cœur.  Ces  ulcérations  varient 
en  nombre,  en  étendue  , en  profondeur,  et  siègent  en 
différens  points  de  la  surface  du  cœur  {V.  les  observations 
particulières).  Elles  affectent  pour  le  ventricule  gauche  une 
remarquable  préférence. 

La  formation  d’un  kyste  anévrismal  consécutivementàune 
ulcération  des  membranes  interne  et  moyenne  du  cœur,  so- 
père  par  le  même  mécanisme  que  celle  d’un  kyste  anévris- 
mal des  artères.  La  disposition  du  coag^lum  lamelleux  est 
aussi  exactement  la  même  dans  {'dAxisvismcfaux-conséciUif  du 


inSTOIBE  génébaiæ  de  la  cardite.  299 

cœur  que  dans  l’anévrisme  faux-conséculif  des  artères.  C’est 
pourquoi  je  ne  crois  pas  devoir  insister  longuement  ici 
sur  la  description  anatomique  de  cet  accident  des  ulcéra- 
tions du  cœur.  La  tumeur  formée  par  le  sang  infiltré  et 
coagulé  offre  de  grandes  différences  dans  son  volume. 
Ainsi  , ce  volume  égale  à peine  quelquefois  celui  d’une  ave- 
line ou  d’une  noix,  tandis  que,  dans  d’autres  cas,  il  surpasse 
celui  d'un  œuf  et  peut  même  être  supérieur  à celui  des  deux 
ventricules  réunis.  ( Voy.  l’observ.  108®.  ) 

Presque  constamment  le  Lysle  anévrismal  a contracté 
des  adhérences  avec  le  feuillet  pariétal  du  péricarde,  et  c’est 
à cette  heureuse  circonstance  qu’il  faut  attribuer  la  rareté 
de  la  rupture  de  ces  tumeurs.  Cette  adhérence  a de  l’ana- 
logie avec  celle  qui  a lieu  dans  un  bon  nombre  de  cas  d’ul- 
cérations ou  d’excavations  ulcéreuses  d’autres  organes, 
parmi  lesquels  nous  citerons  particulièrement  les  ulcéra- 
tions intestinales  et  les  cavernes  pulmonaires. 

Les  ulcérations  suivies  de  la  formation  d’une  poche 
anévrismale,  n’ont  été  jusqu’ici  rencontrées  que  sur  le 
ventricule  gauche.  M.  Breschet  a dit,  dans  son  mémoire 
sur  la  maladie  qui  nous  occupe , que  le  sommet  du  ventri- 
cule en  était  le  siège  le  plus  ordinaire.  De  treize  cas  de  cette 
affection  analysés  par  M.  Reynaud,  sept  font  exception  à la 
règle  énoncée  par  M.  Breschet;  par  conséquent,  dit  le  pre- 
mier de  ces  observateurs,  il  est  impossible  d’établir  encore 
rien  de  général  sur  le  point  du  ventricule  où  ces  tumeurs 
peuvent  plus  particulièrement  se  développer.  (Voy.  le  mé- 
moire de  M.  Reynaud  , inséré  dans  le  Journal  hebdomadaire 
de  médecine.^ 

Les  perforations  du  cœur  peuvent  être  la -terminaison 
des  ulcérations  simples  du  cœur  ou  des  ulcérations  avec 
formation  d’un  kyste  anévrismal.  Toutefois,  elles  sont 
bien  plus  rares  dans  ce  dernier  cas  que  dans  le  premier. 
Elles  s’opèrent  ordinairement  par  rupture , plutôt  que  par 
le  progrès  naturel  du  travail  ulcératif  ou  érosif.  Comme 


oOO  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

nous  1 avons  dit  plus  haut,  c’est  à la  présence  du  feuillet 
fibreux  , ordinairement  épaissi , emprunté  par  le  sac  ané- 
vrisrnal  au  péricarde,  que  ce  sac  doit  le  privilège  de  résister 
long-temps  à la  rupture. 

Quoi  qu’il  en  soit , la  rupture  d’une  ulcération  du  cœur 
est  suivie  d’effets  bien  différens,  selon  l’endroit  où  elle 
s opère.  Ainsi,  par  exemple,  quand  la  rupture  affecte  les 
parois  du  cœur,  un  épanchement  de  sang  mortel  a lieu 
dans  le  péricarde.  Quand,  au  contraire,  la  perforation 
occupe  la  cloison  ventriculaire  , une  communication  s’éta- 
blit entre  les  cavités  opposées  du  cœur,  et  , par  suite  , le 
sang  noir  peut  se  mêler  avec  le  sang  rouge  , et  récipro- 
' quement  ; mais  il  n’en  résulte  point  d’accident  mortel. 

Je  ne  ferai  que  rappeler  ici  la  rupture  des  colonnes  char- 
nues destinées  aux  rnouvemens  des  valvules,  celle  des 
tendons  valvulaires  et  des  valvules  elles-mêmes  , à la  suite 
du  ramollissement  ou  de  l’érosion  de  ces  parties. 

§ III.  Induration  du  cœur. 

Presque  toujours  consécutive  à celle  de  l’endocardeou  du 
péricarde,  dont  elle  n’est  alors  qu’une  sorte  d'extension  ou 
de  propagation,  l’induration  du  tissu  musculaire  ou  du  tissu 
cellulaire  intermusculaire  du  cœur  offre  d’ailleursdivers  de- 
,grés,  que  les  comparaisons  employées  dans  les  observations 
précédemment  rapportées  feront  apprécier  d’une  manière 
assez  rigoureuse.  Dans  l’observation  106',  la  substance  du 
cœur  avait  une  consistance  fibreuse  ou  tendineuse  ; dans 
l’observation  iii*,  la  densité  des  piliers  charnus  du  ven- 
tricule droit  était  telle  qu’en  les  tirant  fortement  en  sens 
opposé,  ils  semblaient  se  casser  plutôt  que  se  rompre; 
dans  l’observation  109%  les  .parois  du  ventricule  droit 
avaient  une  consistance  si  grande  qu’elles  semblaient  avoir 
subi  un  commencement  d’induration  cartilagineuse;  dans 
l’observation  21*,  une  portion  de  la  paroi  postérieure  d’un 
des  ventricules  avait  une  consistance  lardacée  ou  squir- 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  LA  CARDITE.  3oi 

rheuse  ;dans  l’observation  iia',  le  ventricule  gauche  offrait 
au  toucher  une  fermeté  et  une  résistance  telles,  qu’on  aurait 
cru  presser  un  os  ou  tout  autre  corps  analogue.  Gorvisart 
et  M.  Laënnec  ont  trouvé  le  cœur  endurci  au  point  qu’il 
résoîinait  comme  un  cornet  à la  percussion.  M.  Broussais  a vu 
deux  fois  le  cœur  endurci  de  telle  sorte,  quil  était  semblable 
à une  îioix  de  coco. 

L’induration  du  cœur  offre  dans  son  siège  et  son  étendue 
des  variétés  multipliées.  Elle  affecte  tantôt  les  parois  des 
oreillettes  ou  des  ventricules  , tantôt  la  cloison  , tantôt  les 
piliers  charnus.  Lorsque  cette  induration  est  accompagnée 
d’une  véritable  transformation  des  parties  en  tissu  cartila- 
gineux, osseux  ou  osséo-pétré  , elle  ne  peut  envahir  un 
ventricule  tout  entier,  car  elle  entraînerait  alors  une  im- 
possibilité de  contraction  et  de  dilatation  incompatibles 
avec  la  vie.  Il  est,  au  reste,  bon  de  noter  que  dans  les  cas 
où  l’on  croit  ainsi  que  les  fibres  musculaires  sont  conver- 
ties entièrement  en  tissu  cartilagineux , etc.  , elles  sont 
simplement  atrophiées,  et  quelquefois  plus  ou  moins  dé- 
colorées. Cette  circonstance  seule  peut  nous  expliquer 
pourquoi  chez  les  individus  dont  le  cœur  présentait  une 
pareille  induration,  la  circulation  n’a  pas  .toujours  subi 
d’obstacle  très  considérable.  . .. 


ARTICLE  DEUXIÈME. 

DBS  SYMPTÔMES  ET  DU  DUGNOSTiC  DE  LE  CABDITB. 

§ I.  Diagnostic  de  la  caidile  générale,  aiguë  ou  chronique. 

On  ne  trouve  pas  dans  les  auteurs  de  signes  qui  puissent 
nous  faire  reconnaître  ou  même  soupçonner  l’existence  de 
la  cardite  générale , soit  à l’état  aigu,  soit  à l’état  chro- 
nique. 

« 11  me  paraît  bien  difficile , pour  ne  pas  dire  impossi- 


3o2  maladies  du  coeur  en  particulier. 

» ble,  de  faire  un  ensemble  de  sig’nes  certains  auxquels  on 
» peut  distinguer  le  carditis  d’avec  l’inflammation  du  péri- 
» carde  : les  signes  et  les  symptômes  semblent  être  les 
y>  mêmes.  » C’est  ainsi  que  s’exprime  Corvisart  sur  le  dia- 
gnostic de  la  cardite  (i)i 

Il  ne  faut  pas  chercher  dans  l’ouvrage  de  M.  Laënnec 
des  lumières  sur  le  diagnostic  de  la  cardite  générale,  soit 
aiguë,  soit  chronique,  puisque  ce  célèbre  observateur  dé- 
clare qu’î7  n existe  peut-être  pas  un  seul  exemple  incontestable 
et  bien  décrit  de  cette  maladie. 

Je  n’ai  jamais  rencontré  de  cardite  qui  ne  fut  compliquée 
de  péricardite  ou  d’endocardite,  et  j’avoue  que  les  signes 
de  ces  deux  dernières  phlegmasies  ont  seuls  irappé  mon 
attention.  Jusqu’ici,  je  ne  connais  aucun  signe  qui  puisse 
caractériser  spécialement  la  cardite.  Ce  qui  me  paraît  cer- 
tain, c’est  que  la  complication  d’une  cardite  très  aiguë 
avec  la  péricardite  ou  l’endocardite  est  une, circonstance 
des  plus  aggravantes. 

Le  ramollissement  inflammatoire  (2)  du  cœur,  tel  qu’on 
l’observe  assez  ordinairementchez  les  individus  atteints  des 
anciennes  fièvres  essentielles  des  auteurs,  « serait-il  la  cause, 
» se  demande  M.  Laënnec,  de  la  fréquence  extraordinaire 
» du  pouls  qui  survient  souvent  dans  la  convalescence  ale 
^ » ces  fièvres?  » Cela  paraît  assez  probable.  Touielois,  un 


(1)  Aux  pagps  24^  ^49  de  VEnaai  mtr  les  maladies  du  cœur,  on  lit  aussi  qu’il 

est  impossible  de  diagnostiquer  le  carditis  ; et  de  là  sans  doute  le  nom  à'occuUe  , 
que  Corvi>arl  lûî  donne;  après  l'avoir  divisé  en  aigii  et  chronique. 

A la  page  4 '9  enfin,  Corvisart  dit  qu  i/  est  impossible  de  bien  cnnslaler  la 
cardi[6,  même  aiÿtië , autrement  que  par  l’ouverture,  c’est-à-dire  quand  le  ma- 
lade a succombé. 

(2)  Je  sais  Tort  bien  que  dans  l’état  tyohoïde  prolongé . les  divers 
tissus  tendent  à perdre  de  leur  ronsistaiice , et  que  la  décomposition  putride, 
prompte  às'em[>arer  des  cadavres  des  individus  morts  dans  cet  étal,  est  aussi  une 
cause  de  ramollissement;  mais  il  n’en  est  pas  moins  vrai  que  le  ramollissement 
du  cœur,  chez  les  sujets  alfectés  d'une  inllammatiou  typhoïde,  avec  violeûte 
réaction  fébrile#  est  quelquefois  le  résultat  d’un  travail  iuûammatoire. 


niSTOIRTÎ  GÉNÉRALE  DE  LA  CARDITE.  3o3 

simple  travail  inflammatoire  de  la  membrane  interne  du 
cœur  suffit  pour  produire  le  phénomène  ci-dessus  signalé, 
et  nous  croyons  avoir  démontré  qu’un  travail  de  cette  na- 
ture n’est  pas  aussi  rare  qu’on  l’avait  cru  jusqu’ici. 

^ » 

S II.  Diagnostic  des  lésions  consécutives  à une  cardite  partielle. 

I®  Ah  ces , ulcérations  et  perforations  du  cœur. 

Aucun  signe  positif  et  caractéristique  n’annonce  l’exis- 
tence des  ulcérations' simples  et  des  abcès  du  cœur.  Tous 
les  pathologistes  sont  malheureusement  d'accord  à ce  sujet. 

Quant  aux  perforations  par  lesquelles  peuvent  se 
terminer  les  ulcérations  du  cœur,  si  des  adhérences  ne 
s’opposent  pas  à l’effusion  du  sang  dans  le  péricarde,  et  que 
ces  perforations  siègent  sur  les  parois  de  l’organe  , une 
mort  aussi  rapide  que  la  foudre  est  le  plus  souvent  le  seul 
signe  par  lequel  elles  nous  révèlent  leur  existence. 

Que  si  la  perforation  affecte  la  cloison  interventriculaire 
ou  interauriculaire,  la  mort  n’en  est  point  le  résultat,  et  il 
est  même  des  cas  où  cet  accident  ne  donne  lieu  à aucun 
symptôme  grave.  Au  reste  , nous  reviendrons  sur  ce  point 
en  traitant  de  cQ/vice  de  conformation  du  cœur,  connu  sous 
le  nom  de  persistance  du  trou  de  Botal. 

2°  Anévrisme  faux-consécutif  du  cœur. 

Le  diagnostic  des  tumeurs  anévrismales  du  cœur  est 
jtrsqu’à  présent  enveloppé  d'une  profonde  obscurité.  Dans 
aucun  des  quinze  à dix-huit  cas  aujoui  d’hui  connus  , la  ma- 
ladie n’a  été,  je  ne  dis  pas  reconnue,  mais  même  soupçonnée. 
Comme  les  parois  du  cœur  elles-mêmes,  les  parois  de  la  tu- 
meur anévrismale  pourraient,  par  le  seul  progrès  du  mal , 
ou  sous  l’influence  de  quelque  cause  mécanique,  se  rompre, 
eldelà  une  hémorrhagiesoudaiuement  mortelle.  Dansl’ob- 
servalion  deM.  le  docteur  Pétigny,  cet  accident  était  en  quel- 


3o4  MALADIES  DU  CCEUD  EN  PARTICULIER. 

que  sorte  sur  le  point  de  s’accomplir,  tant  étaient  minces 

les  parois  dans  une  des  régions  de  la  tumeur  anévrismale. 

Sans  doute,  l’emploi  éclairé  du  toucher,  delà  percus- 
sion et  de  l’auscultation  nous  procurera  par  la  suite  quel- 
ques lumières  sur  le  diagnostic  des  tumeurs  anévrismales 
du  cœur.  Il  est  clair,  en  effet,  qu’elles  doivent  donner  lieu  à 
une  matité  dont  l’étendue  sera  proportionnelle  à leur  vo- 
lume, qu’elles  peuvent  à la  longue  soulever  la  partie  des  pa- 
rois pectorales  à laquelle  elles  sont  sous-jacentes  et  qu’un 
bruit  anormal  se  produit  probablement , quand  une  certaine 
quantité  de  sang  pénètre  dans  la  poche  anévrismale,  ou  , 
lorsque  ce  liquide  en  est  expulsé.  Toutefois , il  est  à présu-  i 
mer  que  le  diagnostic  restera  toujours  assez  difficile,  dans  j 
beaucoup  de  ca§ , attendu  qu’une  foule  de  lésions  autres 
que  les  tumeurs  anévrismales  du  cœur,  peuvent  être  accom-  i 
pagnées  des  mêmes  signes  physiques  que  ces  dernières.  Les 
cas  où  le  diagnostic  pourrait  être  établi  sont  ceux  où  la 
tumeur  aurait  un  énorme  volume  et  ferait  saillie  sous  la 
région  précordiale. 

Les  réflexions  que  nous  venons  de  présenter  s’accordent 
au  reste  avec  l’opinion  de  M.  Brèschet.  « Le  diagnostic  des 
» tumeurs  anévrismales  du  cœur,  dit-il,  est  fort  difficile 
» à établir...'.,  il  nous  semble  que  la  poitrine  doit  donner  ' 
» un  son  presque  mat  vers  sa  partie  inférieure  gauche;  que  i 
» les  pulsations  du  cœur  doivent  se  faire  entendre  diffé-  ■ 
» remment  et  vers  la  base  et  vers  le  sommet  de  cet  organe;  ; 
» que  dans  ce  dernier  lieu,  elles  doivent  être  obscures  et  : 
» devenir  un  frémissement,  peut-être  avec  bruissement  ou  i 
» susurras.  » ■> 


ARTICLE  TROISIÈME. 

GADSKS  ET  TRAITEMENT  DE  IA  CARDITH. 

Les  causes  de  la  cardite  générale,  aiguë  ou  chronique, 
sont  absolument  les  mêmes  que  celles  de  Tendocardite  et 


i 


DE  l’inflammation  DU  TISSU  ADIPEUX.  3o5 
de  la  péricardite.  Nous  ne  reviendrons  pas  sur  ce  que  nous 
avons  dit  de  la  coïncidence  des  inflammations  du  cœur 
avec  le  rhumatisme  articulaire  aigu  ; nous  ferons  seule- 
ment remarquer  que  parmi  les  observations  de  cardite  que 
nous  avons  rappoj'tées,  il  en  est  qui  confirment  la  loi  de 
cette  coïncidence  telle  que  nous  l’avons  précédemment 
établie.  ' 

Je  n’ai  rien  à dire  non  plus  des  causes  de  la  cardite  par- 
tielle, qui,  comme  la  cardite  générale,  est  ordinairement 
consécutive  à la  péricardite  , et  surtout  à l’endocardite. 

Le  traitement  de  la  cardite  se  confond  évidemment  avec 
celui  de  l’endocardite  et  de  la  péricardite. 


CHAPITRE  IV. 

DE  l’inflammation  DU  TISSU  ADIPEUX  OU  CELLÜLO- 
GRAISSEÜX  DU  COEUR. 

Il  est  assez  probable  que  le  tissu  cellulo-graisseux  du  cœur, 
malgré  le  peu  de  développement  de  son  appareil  vasculaire 
n’est  pas  entièrement  à l’abri  des  atteintes  d’une  inflam- 
mation , soit  aiguë,  soit  chronique  ; mais  j’avoue  ne  possé- 
der aucune  observation  sur  ce  sujet,  et  tous  ceux  qui  ont 
écrit  avant  moi  sur  les  maladies  du  cœur  ne  sont  pas  plus 
avancés.  Il  me  semble  assez  extraordinaire  qu’on  n’ait  en- 
core  jamais  constaté  positivement  l’existence  de  cette phleg- 
masie  dans  les  cas  de  violente  péricardite. 

11  serait  curieux  de  savoir  quelles  modifications  peut 
apporter  dans  les  caractères  anatomiques  des  produc- 
tions consécutives  à la  péricardite  simple  ou  compliquée 
de  cardite,  la  présence  des  matières  morbides  sécrétées 
par  le  tissu  cellulo- adipeux  du  cœur,  frappé  d’inflam- 
mation chronique.  Les  recherches  que  j’ai  faites  sur  les 
a. 


ao 


■I 


3o6  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

différentes  causes  qui  entraînent  tant  de  modifications 
'■  dans  les  divers  produits  morbides  accidentels,  et  particu- 
lièrement dans  ceux  qui  ont  été  désignés  sous  le  nom  vague 
de  cancer^  me  conduisent  à présumer  que  les  altérations  du 
tissu  adipeux  et  des  produits  anormaux  qu’il  sécrète  jouent 
un  certain  rôle  dans  les  modifications  dont  il  s’agit.  Ainsi, 
par  exemple,  il  m’a  semblé  que  celle  espèce  de  cancer,  à la- 
quelle on  donne  le  nom  d encéphaloïde,  se  développait  plus 
particulièrement  dans  les  organes  a!)ondammcnl  (’purnis 
j d’un  tissu  graisseux  ou  médullaire,  et  1.1  maiiere  li- 

î quide  qu’on  exprime  ]>ar  la  pres>ion  de  certaines  masses  en-  i 

céphaloïde.'^,  nda  paru  pouvoii'  être  considérée  comme  pro- 
venant, du  moins  en  partie,  du  secretum  accitlenlel  auquel 
donne  lieu  un  état  morbide,  encore  peu  connu,  du  tissu 
cellulo  - adipeux.  Cet  état  morbide  pourrait  bien,  si  je 
ne  me  trompe,  ne  pas  difl'crer  essentiellement  de  celui 
qu’on  connaît  dans  les  autres  tissus  sous  le  nom  à'injlamma-  I 
tion  chronique.  I 

Mais  c’est  trop  s’arrêter  sur  de  simples  conjectures. 


CHAPITRE  ADDITIOiMNEL 

AU  LIVRE  PREMIER. 

LES  PRODUCTIONS  CARTILAGINEUSES  ET  OSSEUSES  DU*  CŒUR 

O — ■ 

PEUVENT-ELLES  SEi.  DEVELOPPER  SANS  INFLAMMATION  PRÉA- 
LABLE DE  CET  ORGANE? 

LE  CANCER,  LES  TUBERCULES,  LES  KYSTES  SÉREUX  DU  CŒUR, 
CONSTITUENT-ILS  DES  PRODUCTIONS  ACCIDENTELLES  ES- 
SENTIELLEMENT DIFFÉRENTES  DE  TOUTES  CELLES  DÉCRITES  . 
DANS  LES  PRÉCÉDENS  CHAPITRES  ? j 

La  solution  des  deux  problèmes  qui  sont  l’objet  de  ce  ' 
chapitre  est  d’une  trop  haute  importance  pournepas  exciter 


( 


DES  PRODUCT.  CARTIt.,  OSSfiUS.  OU  CALC. 


toute  la  sollicitude  des  vrais  observateurs.  J’ai,  pour  ma 
part,  j’oserai  le  dire,  un  trop  grand  amour  de  la  vérité 
pour  n’avoir  pas  consacré  à l’examen  de  ces  problèmes  tous 
les  moyens  qui  sont  en  mon  pouvoir,  et  je  vais  exposer  ici, 
avec  la  plus  entière  franchise  et  l’indépendance  la  plus 
complète,  le  résultat  de  mes  observations  et  de  mes  ré- 
flexions. 


PREMIER  PROBLÈME. 

LES  PRODUCTIONS  CARTILAGINEUSES,  OSSEUSES  OU  CALCAIRES  DU 

COEUR  peuvent-elles  se  développer  sans  inflammation 

PRÉALABLE 

(' 

Tous  les  médecins  qui  ont  fait  de  l’anatomie  pathologi- 
que une  étude  assidue  et  approfondie,  savent  que  rien  n est 
plus  commun  que  de  rencontrer  des  productions  osseuses 
ou  calcaires  dans  les  artères  et  dans  les  valvules  gauches 
des  personnes  avancées  en  âge.  Frappés  de  la  fréquence  de 
ce  genre  d altéra  tions , quelques  auteurs  en  ont  conclu  que 
les  ossifications  dont  il  s’agit  étaient  uniquement  dues  aux 
progrès  de  1 âge,  à la  vieillesse.  En  supposant  que  les  ossifi- 
cations des  viei  1 lards  ne  fussent, en  ellèt , qu’une  de  ces  nom- 
breuses modifications  organiques,  de  ces  irréparables  dégra- 
dations, de  ces  rides  profondes  que  le  progrès  desans  entraîne 
fatalement  à sa  suite  , il  n'en  resterait  pas  moins  démontré 
que  tellen’est  pas  l’originede  toutesles  ossifications  ducœur 
et  des  artères,  à moins  de  soutenir  que  la  vieillesse- com- 
mence quelquefois  à seize  ou  vingt  ans  ou  même  à l’âge  de- 
quelques  mois  , puisque  nous  avons  rapporté  dans  le  cours- 
de  cet  ouvrage  un  très  grand  nombre  d’exemples  d’ossifi- 
cations chez  des  individus  appartenant  aux  âges  ci-dessus 
indiqués  (i).  Ces  exemples  prouvent  incontestablement 


(i)  Ce  serait  un  très  beau  sujet  à étudier  que  les  altérations  dont  la  vieillesse: 

20. 


ÀL 


3o8  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

que  des  ossifications  du  cœur  et  des  artères  se  développent 
très  fréquemment  chez  des  jeunes  sujets,  et  que  dans  ces 
cas,  elles  ont  été  précédées  d’un  travail  inflammatoire, 
lequel  a pour  ainsi  dire  fait  les  frais  de  leur  matière  pre- 
mière. Il  s’agirait  donc  de  déterminer  si  réellement  les 
ossifications  des  vieillards  sont  le  pur  effet  des  progrès  de 
l’âge,  ou  si , au  contraire,  elles  ne  reconnaissent  pas  pour 
point  de  départ  la  même  opération  morbide  que  celles  des 
jeunes  sujets. 

Les  auteurs  on  t trouvé  plus  commode  de  trancher  le  nœud 
que  de  le  dénouer,  c’est-à-dire  qu’ilsont  affirmé  le  fait  sans  le 
prouver.  La  scrupuleuse  attention  avec  laquelle  j’ai  longue- 
ment étudié  ce  point  litigieux  à’ organogénie  morbide,  ne  me 
permet  pas  de  me  prononcer  avec  autant  d'assurance.  Les 
vrais  observateurs  reconnaîtront  d’abord  avec  moi  que  la 
vieillesse  ne  préserve  pas  de  la  maladie  à laquelle  les  ossi- 
fications doivent  leur  origine  chez  les  jeunes  sujets,  bien 
qu’elle  lui  imprime  de  notables  modifications.  La  première 
difficulté  qu’il  fallait  résoudre,  c’était  donc  de  montrer, 
par  des  observations  précises,  que  les  vieillards  porteurs 
d’ossifications  n’avaient  point  éprouvé  de  phlegmasie  chro- 
nique, sourde,  latente  dans  les  parties  où  résidaient  les 
productions  accidentelles,  (bt^  qu’on  n’oublie  pas  que  ces 
productions  , dans  le  cœur’et  dans  les  artères  , comme  sur 
la  plèvre  et  le  péricarde,  peuvent  se  rencontrer  de  longues 
années  après  l’inflammation  qui  en  aurait  été  la  cause  pro- 
ductrice.) Or,  je  déclare  que  je  n’ai  trouvé  dans  aucun  au- 
teur la  solution  de  cette  première  et  très  grave  difficulté. 

Admettons  toutefois  que  parmi  les  ossifications  des  vieil- 
lards, il  en  soit  qui  n’ont  point  été  précédées  d’un  travail 
inflammatoire  quelconque.  Qu’on  nous  apprenne  au  moins 


amène  naturellement  avec  elle  le  développement.  L’usure  des  organes,  triste 
condition  de  leur  exercice  poussé  jusqu’à  l’extrême  vieillesse,  mériterait  en  par- 
ticulier de  nouvelles  recherches. 


DES  PRODUCT.  CARTIL.,  OSSEUS.  OU  CALC.  SoQ 
à distinguer  celles-là  de  celles  qui  auraient  pu  procéder  du 
mode  inflammatoire  ; qu’on  nous  dise  en  quoi  le  travail 
qui  produit  de  toutes  pièces  les  ossifications  chez  les  vieil- 
lards , diffère  de  celui  qui  les  engendre  chez  les  jeunes 
sujets,  et  qu’on  nous  explique  pourquoi  on  ne  trouve  pas 
toujours  ces  mêmes  ossifications  chez  tous  les  vieil- 
lards (i). 

Quant  à moi , je  pense  , en  définitive , que  parmi  les  os- 
sifications du  cœur  et  des  artères  chez  les  vieillards,  quel- 
ques unes  ont  certainement  été  précédées  d’un  travail  in- 
flammatoire comme  chez  les  jeunes  sujets.  Mais  je  déclare 
n’avoir  pas  encore  toutes  les  preuves  nécessaires,  pour 
être  convaincu  qu’il  en  est  d’autres  dans  la  production 
desquelles  ce  travail  n’a  joué  absolument  aucune  espèce 
de  rôle  (2).  Attendons. 


(1)  J’ai  fait  avec  le  soin  le  plus  minutieux  l’examen  cadavérique  d’un  homme 
octogénaire,  qui  mourut  à l’hôpital  Cochin  , en  iSaa.  Il  n’existait  point  d’ossifi- 
cations dans  le  cœur  ni  dans  les  artères.  J’avoue  que  de  pareils  faits  sont  très 
rares , et  c’est  précisément  pour  cela  que  je  pris  note  de  celui-ci. 

(a)  Ce  qui  me  paraît  probable,  c’est  que  le  perpétuel  frottement  auquel  le» 
valvules  et  les  parois  artérielles  sont  soumises,  est  réellement  unê  condition  phy- 
siologique ou  fonctionnelle  qu’il  ne  faut  pas  négliger,  quand  il  s’agit  de  détermi- 
ner toutes  les  circonstances  propres  à favoriser  le  développement  de  certaines  in- 
durations, soit  cartilagineuses,  soit  osseuses  de  ces  parties. 

Aucun  médecin  n’ignore  que  la  pression  et  les  frottemens  habituels  qui  s’exer- 
cent sur  d’autres  parties  entraînent  à la  longue  diverses  espèces  d’induration. 
Qui  ne  connaît,  entre  autres,  ces  excroissances  cornées  que  produisent  la  pression 
et  le  frottement  exercés  sur  les  orteils  par  des  chaussures  trop  étroites?  Qui  ne 
connaît  les  callosilés  des  mains  de  ceux  qui  se  livrent  aux  professions  manuelles 
les  plus  fatigantes?  Qui  ne  sait  enfin  que  les  tendons  et  les  tissus  fibreux  soumis 
à de  longs  et  violeus  frottemens  s’ossifient  assex  fréquemment  ? Certes,  ce  n’est 
pas  moi  qui  nierai  l’intervention  de  pareilles  causes  ; mais  dire  vaguement  que 
la  vieillesse  produit  des  ossifications,  et  rejeter  ensuite  l’origine  inflammatoire  de 
celles  qui  ont  lieu  cher  les  jeunes  sujets  et  chez  les  adultes , voilà,  en  vérité  , une 
logique  qui  n’est  pas  à mon  usage. 


3 10  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

DEUXIÈME  PROBLÈME. 

LES  TUBERCULES  ET  LE  CANCER  DU  COEUR  CONSTITUENT-ILS  DES 
PRODUCTIONS  ESSENTIELLEMENT  DIFFERENTES  DE  CELLES  QUE 
l’inflammation  CHRONIQUE  DE  CET  ORGANE  PEUT  ENTRAÎNER 
A SA  SUITE?  ' 

- La  solution  de  cé  nouveau  problème  suppose  d’abord 
une  connaissance  claire  et  précise  , une  exacte  description 
des  tubercules  et  du  cancer  du  cœur.  Car,  comment  pou- 
voir décider  si  une  production  quelconque  est  une  simple 
modification  d’une  autre,  ou  si  elle  en  est  essentiellement 
différente,  quami  on  ne  connaît  pas  bien  les  caractères 
de  l’une  et  de  l’autre  de  ces  productions?  Commençons 
donc  par  l’exposition  de  l’état  actuel  de  la  science  , sur  la 
partie  purement  descriptive  ou  monographique  du  sujet 
de  notre  second  problème. 


ARTICLE  PREMIER. 

CA>CBB  DO  CCBOB. 

§ I- 

Le  cancer.>du  cœur  paraît  avoir  été  décrit  pour  la  pre- 
mière fois  par  M.  Carcassonne,  dans,  les  Mémoires  de  la 
Société  royale  de  médecine,  jmur  les  années  1777-1778)  (i;. 


(1)  Les  mémoires  fie  celte  société  pourTannée  i776conliennent  un  cas  de  cette 
affeélion  qui  doit  trouver  sa  place  ici. 

j,r  — Une  tille  de  aa  ans,  que  sa  mauvaise  conduite  avait  fait  renfermer 
IVIUpaiildurefoge,  à Perpignan , se  plaignit,  à son  entrée,  d'une  pesanteur 
dans  l'intérieur  de  la  poitrine,  qui  répondait  vis-à-vis  de  la  mamelle  gauche. 
Elle  était  en  même  temps  atteinte  d'un  écoulement,  de  chancres  à la  vulve,  de 


des  tubercules  et  du  cancer.  3lt 

mm.  Récamier,  Rullier , Cruveilhier , Ferrus,  en  ont 
rencontré  quelques  cas.  Malheureusement , ces  cas  sont  in- 
diqués plutôt  que  décrits.  L’observation  de  M.  Rullier, 
que  nous  allons  rapporter  , a été  insérée  dans  les  Bulle- 
tins de  ta  Faculté  de  niédecme , pour  Vannée  i8i3. 

jait. — Un  homme,  âgé  de  35  ans,  rachitique,  et 
sujet  à de  fréquens  catarrhes  pulmonaires,  fut  pris  peu 
après  une  péripnemonie  jugée  incomplètement,  d’une 
douleur  au  côté  gauche  de  la  poitrine,  avec  oppression 
vive  : à la  même  époque  le  ventre  était  douloureux,  surtout  à 
droite  où  l’on  sentait  une  tumeur  peu  résistante.  Le  malade 
se  couchait  toujours  sur  le  côté  gauche,  qui  ne  résonnait 
pas  lorsqu’on  le  percutait.  11  survint  insensiblement  un 
œdème  des  membres  inférieurs,  et  ce  malheureux  expira 
après  une  longue  agonie. 

Autopsie  cndaoériipie. 

Le  cœur  était  un  peu  vo1umine\tX3  scs  cavités  un  peü 
agrandies,  ses. membi  ânes  et  ses  vaisseaux  non  loin  de  l’é- 
tat naturel.  Le  tissu  de  cet  organe  olTrait  à jieine  quelques 


rlia^nd.-s  et  de  condviômes  prè<  de  l'amis.  — J.es  sympiômrs  s\ pliililiqiies  cédè- 
rent à lin  ti'iMtei"eni  ;mli-vénei  ieii  ; iniiis  le>  iiceideiis  du  côlé  de  la  poitrine  per- 
sislèrent , et  d s’y  jo  j;nil  une  dont,  ilr  pongilive  qui  oeeupuit  toute  lu  région  pré- 
cordiale.  Le  pouls  était  jielit , fréqu  ni  , ii  réiiulier  : dans  les  vives  douli  urs,.  il  se 
suspen  lait  p' ndanl  qnelqni  s secondes.  11  y avait  de  fréqnr-nles  syncopes.  |ll  ar- 
riva un  moment  oii  la  nml.ide  ne  put  se  coueh'  r ; elle  restait  a-sise,  un  peu  pen- 
■cliée  en  ari  ii-re,  sur  le  coté  gauche  ou  sur  le  devant  de  la  poiti  ine.  La  rnorl  sur- 
vint au  bout  de  deux  ans. 

Ouverture  du  cadavre.  — Une  fS])ècc  île  carcinome  avait  envahi  une  partie  du 
coeur.  On  ne  trouvait  plus  que  quelques  lambeaux  du  péricarde.  Extérieurement, 
un  lur"e  ulcère  orcupail  lu  face  posicrceure  du  cœur,  dans  loule  l’éleridue  desdeiiao 
ventricuUs.  Au  fond  de  cet  ulcère,  on  ne  trouvait  p us  que  quelques  libres  mus- 
cutaires,  qui  formaient  une  toile  très  mince,  et  qui  furent  rompues  par  une  lé- 
gère pression  du  doigt.  Tout  autour  de  l’ulcère,  ia  sob^tarce  du  cobub  était  «o- 

TABLEUKNT  IROURÉE  ET  COUMB  SQO  1 R RU  E USB. 

Il  est  probable  que  l’auteur  de  celte  observation  n’était  pas  très  vetsë  dans  lés 
recherches  d'anatomie  pathologique  , Lt  que  la  description  qu'il  nous  a donnée  de 
l’état  du  cœur  et  de  l’u/cératioa  de  toute  la  face  postérieure  des  parois  du  cœur, 
ne  doit  pas  être  prise  trop  à la  lettre. 


212  MALADIES  DU  COEUH  £n  PARTICULIER, 

traces  de  son  organisation  ’jjrimiiive  ; la  totalité  de  la  sub- 
stance musculaire  ne  Tamisait  qu’un  douzième  de-  la  masse; 
le  reste  était  composé  d’une  substance  nouvelle,  squirrheuse 
et  en  partie  carciriomateuse , formant  des  bosselures  irré- 
gulières, dont  le  plus  grand  nombre  s’étendait  de  la  lace 
externe  à l’interne. 

On  trouva  aussi  une  transformation  squirrheuse  du 
pancréas,  de  l’intestin  grêle  et  du  mésentère. 

Les  poumons  étaient  sains. 

3*^  et  faits.  — Deux  ob'ervations  de  cancer  du  cœur 
ont  été  publiées  par  IM.  Andral  [Anat.  pa'thoL,  t.  IP,  p.  827). 

O Dans  la  première  de  ces  observations,  le  malade,  âgé  de 
» 56  ans,  n’avait  offert  d’autres  symptômes  que  ceux  d’une 
» hypertrophie  des  parois  du  ventricule  gauche  du  cœur. 

» L’ouverture  du  cadavre  montra  effectivement  un  état 
« d’hypertrophie  considérable  de  ce  ventricule,  avecrétré- 
» cissement  de  son  orifice  par  des  ossifications.  Mais  de  plus 
» existait  une  autre  altération  qu’aucun  signe  particulier 
» n’avait  révélée  pendant  la  vie.  Sur  les  parois  du  cœur 
» droit  existaient  de  nombreuses  bosselures.  En  incisant 
» ces  bosselures,  je  les  trouvai  formées  d’un  tissu  très  dur, 
» gris-bleuâtre  et  comme  demi-transparent  en  quelques 
» points;  ailleurs,  d’un  blanc  plus  opaque  et  sillonné  par 
» des  lignes  rougeâtres.  Ce  tissu  occupait  presque  en  toia- 
» lité  la  paroi  externe  du  ventricule  droit  : sa  couleur 
» blanche  était  apparente  à travers  la  membrane  interne. 
» En  un  petit  nombre  de  points  seulement,  se  voyaient  en- 
» core  quelques  faisceaux  de  fibres  musculaires  décolorées 
»>  et  comme  atrophiées.  Ces  fibres  étaient  plus  prononcées 
» du  côté  de  la  face  interne  du  ventricule...  Les  parois  de 
» l’oreillette  droite  présentaient  dans  toute  leur  étendue, 
» excepté  dans  l’appendice  auriculaire , la  même  dégéné- 
» ration. 

» Dans  le  second  cas,  la  lésion,  également  bornée  au  côté 
yi  droit  du  cœur,  était  moins  étendue.  Le  malade  , âgé  de 


DES  TUEEHCULES  ET  DU  CANCER.  3l3 

» ans  quand  il  mourut,  avait  joui  d’une  bonne  santé 
» jusqu’à  l’âge  de  35  ans.  Alors,  il  devint  légèrement  asth- 
» matique.  Pendant  les  cinq  ou  six  mois  suivans,  il  ne  sen- 
» tit  qu’un  peu  de  gêne  dans  la  respiration.  Au  bout  de  ce 
» temps,  il  fut  pris  un  jour,  après  son  déjeûner,  d’une 
» atroce  douleur  qui,  se  faisant  d’abord  sentir  à la  regiom 
» précordiale,  s’étendit  bientôt  à tout  le  cote  gauche  du 
» thorax.  En  même  temps,  force  palpitations  du  cœur; 
» augmentation  de  la  dyspnée  habituelle  ; vomissement  des 
«alimens;  perte  momentanée  de  connaissance.  Pendant 
» l’année  qui  suivit  cet  accident,  la  gêne  de  la  respiration 
» augmenta  peu  à peu,  et  sept  ou  huit  fois  le  malade  fut 
» pris  de  la  même  douleur,  qu’il  comparait  à la  douleur 
» par  élancement  que  produit  une  dent  cariée.  Lorsqu  il 
» entra  à la  Charité  , il  était  dans  un  état  de  dépérissement 
» évident;  sa  face  avait  une  teinte  jaune-paille  fort  remar- 
» quable;  chaque  soir,  il  y avait  un  léger  mouvement  fe- 
» brile  sans  sueur.  Pendant  le  mois  qui  suivit  son  entree  j 
» le  malade  ressentit  plusieurs  fois  à la  région  du  cœur  des 
» douleurs  passagères , mais  très  vives.  De  temps  en  temps 
» il  avait  d’assez  fortes  palpitations;  mais  dans  leurs  inter- 
» valles , \ auscultation  ne  découvrait  dans  le  cœur,  non  plus 
» que  dans  les  poumons , aucune  altération.  Au  bout  de  six  se- 
» maines  de  séjour  à la  Chanté  , les  membres  inférieurs  , 
» puis  les  supérieurs,  et  enfin  la  face,  s’infiltrèrent,  et  le 
» malade  succomba  lout-à-coup  sans  agonie. 

A l’ouverture  du  cadavre  , on  trouva  la  paroi  externe 
» du  ventricule  droit  occupée  par  une  tumeur  bosselée, 
» qui,  par  sa  forme  et  sa  saillie  considérable , semblait 
» comme  un  cœur  surnuméraire...  S’étendant  de  la  pointe 
» du  ventricule  à la  base , et  dépassant  même  ce  dernier 
» point,  pour  envahir,  dans  l’espace  de  quelques  lignes, 
» le  tissu  de  l’oreillette,  cette  tumeur  avait  remplacé  pres- 
» que  en  totalité  les  fibres  musculaires,  dont  on  ne  voyait 
» plus  qu’une  couche  mince  à la  surface  interne  du  ventri- 


I 


2i4  maladies  du  cceür  en  particulier. 

” quelques  points  , elle  faisait  une  saillie  notable 

» à l’intérieur  de  la  cavité  ventriculaire  ; elle  était  formée 
» par  la  matière  dite  encéphaloïde , dure  en  quelques 
»■  points,  molle  et  comme  diffluente  en  d’autres  points.  » 

5®  Fait.  — Chez  un  homme  mort  dans  un  état  d’imbécil- 
lité j cas  publié  dans  la  Revue  médicale  [mSii  1824),  M.  Bayle 
trouva  lé  cœur  altéré  ainsi  qu’il  suit  : Cet  organe  offrait  au 
toucher  plusieurs  duretés  considérables.  Les  parois  de 
l’oreiilette  droite,  épaisses  d’uue  ligne  et  demie,  très  con-i 
sistantes,  avaient  une  couleur  grisâtre  , une  structure  lar- 
dacée.  Le  pourtour  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  était 
transformé  en  une  matière  lardacée  d’un  pouce  et  demi 
d’épaisseur.  L’oreillette  gauche  offrait  la  même  altération. 
Les  ventricules  étaient  sains,  mais  leur  cloison  était  can- 
céreuse (i). 

6e  et  ^0  Faits.  — M.  Laënnec  dit  avoir  rencontré  deux 
cas  de  cancer  encéphaloïde  du  cœur.  Dans  l’un,  la  matière 
cancéreuse  formait  de  petites  masses  de  la  grosseur  d’une 
aveline,  ou  moindres,  dans  la  substance  musculaire  des 
ventricules.  Dans  l’autre,  elle  était  disposée  en  forme  de 
couches  épaisses  d’une  à quatre  lignes,  le  long  des  vais- 
seaux coronaires,  entre  le  lèuillet  séreux  du  peiicarde  et 
le  cœur  lui-même.  '■ 

8“  Fait.  — Dans  une  observation  de  M.  Trélat , les  parois 
de  l’oreillette  droite,  épaisses  d’une  ligne  et  demie,  étaient 
très  consistantes,  grisâtres,  lardaeées.  Toute  la  masse  char- 
nué  intermédiaire  à cette  oreillette  et  au  ventricule  cor- 
respondant, étaitentièrement  transformée  en  matière  squir- 
rheuse d’un  pouce  et  demi  environ  d’épaisseur.  La  même 
dégénérescence  se  remarquait  sur  l’oreillette  gauche.  Les 


(i)  L’auteur  de  cette  observation  dit  qu’on  n’observa  aucun  symptôme  local , Ÿ 

et  que  la  nutrition  elle-même  demeura  iutacle , ce  qui  n’empêcba  pas  le  malade  I 

de  mourir. 


DÈS  TUBERCULES  ET  DU  CANCER.  3l5 

■ventricules  étaient  à peu  près  sains , mais  leur  cloison  était 
cancéreuse. 

pe  Fait.  — Dans  \e  cas  remarquable  de  maladie  cancéj'euse, 
publié  en  iSaS,  par  M.  Velpeau,  le  cœur  contenait  une 
douzaine  de  masses  cancéreuses  de  grosseur  variable,  mais 
dont  la  plus  grosse  nè  dépassait  pas  le  volume  d’un  œuf  de 
pigeon. 

lo®  Fait. — On  trouve  dans  l’ouvrage  de  M.  Ollivier,  sur 
la  moelle  épinière,  le  fait  suivant  : Une  femme,  âgée  dé 
56  ans,  succombe  à Une  attaque  d'apoplexie;  aucuh  symp- 
tôme particulier  n’avait  décelé  lexistencé  d’une  affection 
I du  cœur.  « Les  fibres  musculaires  des  parois  du  ventricule 
» droit  étaient  changées  en  tissu  blanc  jaunâtre,  cérébri- 
» forme , offrant  tous  les  caractères  de  l’encéphâloïde  ; 
» cette  dégénérescence  n’occupait  qüe  la  moitié  inférieure 
» des  parois  muscitlèuses  dé  ce  ventricule.  Lë  ventricülé 
» gauche  était  sain.  » 

II®  Fait.  — Dans  l’atlas  de  son  Traité  des  mülàdiès  dèh 
enfans  noui>eau-nés , M.  Billiard  a fait  représenter  un  cas  dé 
squirrhe  du  cœur.  L’enfant  chez  lequel  existait  ce  sqüirrhé 
n’était  âgé  que  de  3 jours.  Trois  masses  squirrheuses  occu- 
paient les  parois  du  cœur. 

12®,  i3®  et  i4®  Faits.  — A.ux  cas  précédens  j’eri  ajouterai 
trois  autres,  dont  les  deux  premiers  me  sont  propres  et 
dont  le  troisième  appartient  à M.  Bertin. 

Chez  le  sujet  de  notre  4®  observation  et  dont  nous  aVons 
aussi  parlé  â l’occasion  de  l'induration  du  cœur,  cèt  orgdiie, 
surtout  en  arrière  offrait  au  toucher  une  consistance  squir- 
rheuse. Les  deux  feuillets  du  péricârde  adhéraient  de  toute 
part  entre  eux.  Celui  qui  recouvré  le  cœur,  généralement 
épais  d’une  ligne,  avait  une  épaisseur  plus  considérable 
encore  à la  face  postérieure  dé  l’organe.  Là,  le  tissu  du 
cœur  était  moins  distinctement  fibreux  et  charnu  que  jiar- 
tout  ailleurs,  il  était  décoloré  et  sémblàit  avoir  participé  à 


3l6  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIE. 

la  dégénérescence  lardacée  du  péricarde.  Les  parties  indurées 
criaient  sous  le  scalpel  qui  les  dwisait. 

J’ai  vu,  avec  M.  le  docteur  Dalmas,  à la  Charité,  un 
malade  chez  lequel  existait  une  tumeur  cancéreuse  da 
médiastin  antérieur  qui  avait  envahi  les  parties  voisines» 

Le  péricarde  , singulièrement  épaissi , était  lardacé  eomnie  la  j 
tumeur.  La  portion  du  poumon  en  contact  avec  le  péricarde 
semblait  avoir  été  atteinte  elle-même  par  la  dégénérescence 
cancéreuse.  De  plus,  la  'veine-cave  supérieure  était  oblitérée 
par  une  concrétion  ^volumineuse , très  solide , grisâtre , et  près-  . 
que  entièrement  semblable  à la  matière  cancéreuse  du  médiastin. 

La  concrétion  adhérait  solidement,  et  comme  par  continuité  de 
tissu,  à Hune  des  faces  de  la  'veine. 

Le  cas  qui  appartient  à M.  Bertin  n’est  autre  que  notre 
observation  a6®,  et  a beaucoup  de  rapport  avec  la  précé- 
dente. Chez  le  sujet  de  cette  observation  , qui  succomba  à 
une  péricardite  chronique , le  péricarde  faisait  partie  d'une  | 
tumeur  lardacée,  carcinomateuse , développée  entre  les  lames 
du  médiastin.  — La  portion  du  poumon  en  contact  avec  le  péri- 
carde semblait  pai'ticiper  à la  maladie  du  médiastin. 

' § II. 

Voilà  l’état  et,  si  l’on  ose  le  dire,  l’inventaire  de  I 
nos  connaissances  actuelles  sur  le  cancer  du  cœur , i 
étudié  sous  le  point  de  vue  purement  descriptif.  Cer-  | 
taineinent  , ces  connaissances  sont  trop  incomplètes  , | 
pour  qu’on  puisse  fonder  sur  elles  une  théorie  satisfai-  | 
santé  du  cancer  du  cœur.  Ce  qu’il  nous  importe  de  i 
noter  pour  le  moment , c’est  que  , en  conscience,  de  pareils  I 
faits  ne  sauraient  démontrer  que  , sous  les  rapports  étiolo-  i 
gique , symptomatologique  anatornico-pathologique , » 

le  cancer  du  cœur  est  une  \és\ow  essentiellement  differente  de 
r induration  de  cet  organe,  au  lieu  d’en  constituer  une  espèce,  > 
un  mode  particulier.  Que  si  le  cancer  du  cœur  nest  qu  un 


DE3  TUBERCULES  ÉT  DU  CANCER.  Siy 

mode  particulier  de  rinduration  simple  ou  combinée  des  di- 
vers tissus  constituans  du  cœur,  quelles  que  soient  d’ailleurs 
les  différences  qui  le  distinguent  des  autres  modes  d’indura- 
tion, nous  devons  lui  reconnaître  un  certain  nombre  de 
ressemblances  avec  ces  derniers. 

Il  s’agirait  surtout  ^e  savoir  maintenant  si  le  cancer  qui 
se  développe  idiopathiquement  dans  le  cœur  a ete  précédé 
ou  non  tl’un  travail  inflammatoire  chronique,  ainsi  que 
cela  a lieu  pour  les  autres  modes  d’induration  que  nous 
; avons  étudiés  précédemment.  Sous  ce  rapport^,  comme  sous 
tous  les  autres,  nous  reconnaissons  que  les  quatorze  faits 

• rapportés  plus  haut  ne  fournissent  que  des  données  très 
' incomplètes.  En  attendant  que  de  nouvelles  observations 
' nous  procurent  les  lumières  nécessaires  pour  résoudre  di- 

• rectement  la  question  actuelle , il  ne  nous  reste  d’autre 
1 ressource  que  d’appliquer  par  induction  , à la  nature  du 
I cancer  du  cœur,  la  théorie  que  nous  avons  adoptée  en 

traitant  d’autres  cancers  mieux  étudiés.  C’est  pourquoi  nous 
' terminerons  cette  discussion  par  le  passage  suivant  de 
l’article  ca/icer  que  nous  avons  composé  pour  le  Dictionnaire 
1 -de  Médecine  et  de  chirurgie  pratiques.  Et  comme  ce  passage 
! suppose  la  connaissance  des  idées  de  M.  le  professeur  An- 
dral  sur  le  même  sujet , nous  allons  commencer  par  les 
exposer  dans  la  note  ci-dessous  (i). 


(i)  « Qu’enl-ce  que  le  cancer,  et  dans  quelle  classe  de  maladies  faut-il  le  ranger? 
■>  A mon  avis,  le  cancer  n’est  pas  une  altération  à part.  Toutes  les  lésions,  soit  de 

• nutrition,  soit  de  sécrétion,  arrivées  d ce  terme  où  on  les  voit  se  terminer  par  une 
•»  ulcération  qui  étend  de  plus  en  plus  ses  ravages  , soit  en  superficie,  soit  en  pro- 

fondeur;  voilà  le  cancer  {i). — Celle  expression,  loute  métaphorique,  qui  appar- 
•»  tient  à l’enfance  de  la  science,  comme  celle  d'inllaminalion  , n’indique  que  la 
•»  terminaison  commune  d’altérations  très  différentes  les  unes  dés  autres.  Je  ne 
.•crois  pas  que  l'on  puisse  maintenant  répéter  avec  Bayle  et  Laënnec  que  le  can- 

• cer  est  unealléralioii  sui  generis,  caractérisée  par  la  présence  des  tissus  squir- 

îi)  Ou  là  une  Mpèce  de  cancer,  maia  non  le  cancar  en  général  , car  il  eit  dea  productiona  dilea 
•cancttcuies  md»  ulc«ration« 


3l8  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

Apres  avoir  établi  que,  dans  leiat  actuel  de  la  science, 
une  obscurité  profonde  règne  sur  le  mode  de  production 
du  cancei'i  comme  sur  le  mode  de  production  d’une  foule 
d’autres  matières  morbides,  sans  en  excepter  le  pus  lui- 
même,  je  poursuis  ainsi  : « Mais  notre  ignorance  sur  la 
» nature  intime  du  travail  anormal  qui  préside  au  dé- 
?)  veloppement  des  affections  cancéreuses  une  fois  avouée, 
?>  il  reste  à examiner  si  ce  travail  ne  serait  pas  un  mode 
y)  de  celui  qui  a lieu  dans  la  majadie  qi  e l’on  désigne 
»>  sous  le  nom  inflammation  chronique...  Quant  à nous, 
» considérant  que  nous  avons  vu  un  très  grand  nombre 
» de  fois  les  productions  cancéreuses  Fe  développer  dans 
?)  des  parties  où  avait  existé  manifestement  une  phleg- 
» masie,^et  que  d’ailleurs  ces  productions  coïncident  très 
))  souvent  avec  d’autres  altérations,  que  l’on  est  géné- 
» râlement  convenu  de  regarder  comme  une  suite  de 
P phlegmasie,  nous  déclarons  formellement  et  de  bonne 


«rheux  et  encéphaloïrle,  soit  isolés  , soi!  combinés.  D’une  part , en  effet , il  n'est 

• nullement  rare  de  constater  sur  le  cadavre  Texislence  de  ces  deux  produclion.s , 

• hjen  qu’on  n’ait  observé  pendant  la  vie  aucun  des  accidens  qui , d’après  les  au- 

• teurs,  accompagnent  le  cancer,  de  telle  sorte  qu’en  pareil  cas  on  a les  carac- 

• lères  anatomiques  de  la  maladie,  sans  en  avoir  le'SymptômfS.  D'une  autre  part, 

• on  rencontre  ces  symptômes  dans  plus  d’un  cas  où  , par  l’analomie,  on  ne  peut 

• découvrir  ni  sqüirihe  ni  encéphaloïdc.  En  effet,  le  sinqile  développement  d’un 

• réseau  vasculaire  insolite  à la  surface  ou  dans  la  trame  de  la  membrane  tégu- 

• mentaire  externe  ou  interne,  une  ancienne  fluxion  vers  une  portion  de  mem- 
»brane  muqueuse,  sans  qu’il  y ait  changement  réel  dans  sa  texture;  l’hyperlro- 
» phie  d'un  point  de  cette  membrane  où  du  derme  ; un  bouton  , une  excroissance  , 

• qui  s’élèvent  des  surfaces  muqueuse  ou  cutanée,  et  qui  ne  sont  formés  i|ue  par 
» une  simple  expansion  du  tissu  pro|>re  des  membranes,  sans  traces  de  formation 

• nouvelle;  l’épaississement  du  tissu  cellulaire  , rinCltration  de  ses  mailles  par 

• une  matière  albumineuse  ou  gélatineuse;  I’iwdubation  rouge  ou  blanche  des 

• ganglions  lymphatiques,  induration  dans  laquelle  il  n'y  a pas  plus  de  tissu  acci- 

• dentel  qu’il  n’y  en  a dans  le  poumon  en  hépatisation  rouge  ou  grise;  voilà  autant 

• de  lésions  qui , aussi  bien  que  la  matière  encephaloïde  cl  le  squirrhe  , peuvent 

• toutes  se  terminer  par  la  destruction  de  la  partie  où  elles  se  sont  développées  , 

• et  par  la  production  d’une  ulcération  qui  tend  sans  cesse  à s’agrandir  en  tous 

• sens...  » [Précis  d’anatomie  pathologique,  t.  1,  p.  5oi.) 


DES  TUBEECULES  ET  DU  CANCER.  SlQ 

» foi  qu’on  ne  saurait  tracer  une  ligne  de  démarcation 
,,  distincte  entre  les  prôduits  qui  peuvent  se  dévelop- 
» per  à la,  suite  des  phlegmasies  dites  chroniques , et  ceux 
» qu’on  appelle  cancéreux.  Si  l’on  objecte  que  c’est  un  \ice 
» de  logique  que  de  rapporter  à l’inflammation  des  pro- 
» duits  d’aspect  et  de  forme  différens,  nous  répliquerons 
x>  que  le  mot  générique  inflammation  indique  seuUment  ce 
» (ju’il  y a de  commun  dans  le  mode  de  loi’malion  de  ceô 
«produits,  et  que,  pour  exprimer  leurs  dilïérençes,  il 
» importe  de  joindre  au  mot  inflammation  un  certain  iiom- 
» bre  d’adjeciifs,  méthode  qui  a d'ailleurs  été  généralement 
«suivie...  ( 

« Mais  qu’on  n’oublie  pas  qu’en  faisant  intervenir  ainsi 
» l’inflammation  chrt)nique  dans  le  développement  des 
» productions  cancéreuses,  nous  ne  prétendons  pas,  encore 
» une  fois,  en  expliquer  la  nature  intime  ( on  sait  assez 
» que  rien  n’est  plus  obscur  que  la  nature  intime  de  l’in- 
« flammation,  soit  aiguë  , soit  chronique  ).  La  seule  chose 
» que  nous  nous  proposions  d’établir,  c’est  que  parmi  les 
« produits  qui  peuvent  se  manifester  dans  une  partie  qui  a 
» été  frappée  d’inflammation  , on  aurait  tort  de  ne  jamais 
» compter  ces  végétations  anormales  qui  portent  le  nom 
» de  squirrhe  ou  de  matière  encéphaloïde  (i).. 

})  M.  Andral  ne  considère  pas  la  présence  des  matières 
» dites  squirrheuses  ou  encéphaloïdes  comme  un  caractère  es- 
« sentiel  du  cancer.  Sans  discuter  cette  opinion,  subversive 
» de  celle  généralement  adoptée  par  lès  anatomo-patholo- 
» gisles  qui  ont  précédé  M.  Andral , je  ferai  seulement  re- 


(i)  Reste  ensuite  à déterminer  quelles  sont  les  conditions  quelconques  ( la 
prédisposition  comprise)  en  vertu  desquelles  les  produits  primitifs  du  travail 
inflammatoire  alfectent  telle  ou  telle  forme,  telle  ou  telle  apparence,  se  modi- 
fient, s’altèrent  de  diverses  manières,  etc.  C’est  là,  sans  contredit,  un  grand 
sujet  de  recherches,  et  la  science  sera  profondément  reconnaissante  envers  ceux 
qui  dissiperont  les  ténèbres  dont  il  est  enveloppé. 


320  MALADIES  DU  CŒlIIl  EN  PAETICULIER. 

» marquer  qu’elle  constitue  pour  ainsi  dire  le  pendant  de  j 
')  l’opinion  de  M.  Broussais  sur  la  cause  productrice  d’une  i 
» foule  de  lésions  dites  organiques.  Kn  effet,  M.  Broussais  1 
» attribue  à V ùritation  l’origine  des  lésions  dont  il  s’agit,  et 
» M.  Andral  , de  son  côié,  considère  toutes  ces  mêmes  lé- 
» sions,  quelque  différentes  qu’elles  soient,  sous  le  point  de 
» vue  anatomique,  comme  pouvant  avoir  pour  commune  j 
' » terminaison  une  ulcération  ijui,  au  heu  de  marcher  a la  cica-  ^ 
» trisation,  tend  a s’agrandir  dans  tous  les  sens,  c’est-à-dire  ^ 
» le  cancer,  d’après  la  définition  qu’en  a donnée  M.  Andral. 

» Comme  il  ne  me  paraît  pas  moins  important  de  le- 
» nir  compte  des  différences  des  maladies  que  de  signaler 
» leurs  analogies  et  leurs  , je  crois  que,  tout 

^ en  adoptant  ce  qu’il  y a de  philosophique  dans  la  manière 
» de  voir  de  M.  Andral  , il  faut  cependant  continuer  à dé- 
» signer  sous  des  noms  différons  les  diverses  altérations 
» dont  l’ulcération  indiquée  peut  être  la  terminaison,  et  il 
» me  semble  que  donner  le  nom  de  cancer  à cette  ulcéra- 
» tion  , au  lieu  de  le  conserver  pour  l’affection  caractérisée 
» par  la  présence  des  tissus  dits  squirrheux  ou  encéphaloïde, 

» ce  serait  jeter  une  nouvelle  confusion  dans  la  science. 

» Mieux  vaudrait,  à mon  avis,  renoncer  entièrement  à 
» cette  vicieuse  expression  de  cancer,  que  de  l’employer 
» pour  désigner  une  foule  de  choses  différentes.  En  effet, 
«détourner  sans  cesse  lesmots  de  leur  acception  ordinaire,  j 
» c’est  s’exposer  à donner  naissance  à d'interminables  dis-  * 

» putes  (i )•  » 


(i)  J'ajouterai  à ce  qui  vient  d’ôtre  dit  que  j’ai  publié,  il  y a déjà  plusieurs 
années  ( Journal  complÂmentalre  des  sciences  médicales) , des  cas  de  dégénéres- 
cence cancéreuse  ou  squirrheuse,  consécutive  à une  rndammation  de  cause  ex-  ^ 
terne  ou  traumatique. 

Plus  récemment,  j’ai  lu  à l’Académie  royale  de  méd’cine  l’observation  d’une 
induration  squirrheuse  du  pylore,  consécutive  à une  gastrite  provoquée  par  un 
em|)oisonnement  avec  l’acide  nitrique.  On  ne  ])0uvait  raisonnaDlement , dans  ce 
cas,  supposer  au  caucer  une  autre  origine.  Celle  observation  a été  publiée  dans 


DÉS  TtBîîTir.UtEfl  fit  Bü  CAiVCBft,  ?)0.i 

Quoi  qu’il  en  soit,  revenant  à notre  question,  nous  con« 
cl  lions  : 

i“  Que  les  faits  actuellement  connus  sur  les  protluCliotis 
cancéreuses  du  coeur  ne  sont  pas  assez  nombreux , ni  sur- 
tout assez  bien  observés  pour  qü’on  puisse  en  déduire  direc- 
tement une  doctrine  rigoureuse  sur  l’origine  et  la  nature 
de  cet  état  morbide; 

2°  Que,  par  conséquent,  en  les  ralliant  aux  productions 
et  transformations  dont  l’inflammation  des  divers  tissus  du 
cœur  peut  être  le  point  de  départ,  en  les  considérant  enfin 
comme  un  mode  spécial terminaisons  que  cette  maladie 
peut  affecter,  nous  procédons- par  voie  de  généralisation  y 
c’est-à-dire  que  nous  appliquons  au  cancer  du  cœur  la  doc- 
trine qui  nous  a paru  dériver  de  l’étude  d’autres  affections 
cancéreuses  mieux  connues. 


le  Journal  liebJomadaire  de  médecine  ; et  M.  le  professeur  Andral  l’a  insérée  dans 
la  dernière  édition  de  sa  Clinique  médicale,  en  y joignant  les  réflexions  suivantes  : 

« Ce  fait  nous  paraît  démontrer,  de  la  manière  la  plus  manifeste,  qu’un  cancer 
» peut  se  développer  dans  l’estomac  à la  suite  de  l’ingestion  dans  cet  organe  d’une 
» certaine  quantité  d’acide  nitrique.  Il  est  évident  qu’en  pareil  cas  un  travail 
1)  phlegmasique  a précédé  la  formation  du  cancer.  » {Clin.  médic.,  t,.  II,  p.  99, 
5'  édit.) 

On  sait,  d'ailleurs,  queM.  Andral  est  arrivé  à découvrir  que  le  squirrhe  n’était 
souvent  autre  chose  qu’une  hypertrophie  avec  induration  du  tissu  cellulaire.  Or, 
il  est  reconnu  que  l’induration. et  l’hypertrophie  du  tissu  cellulaire  sont  au  nom- 
hre  des  caractères  anafom(7ues  les  plus  communs,  des  suites  les  plus  ordinaires 
de  rînflaminalion  chronique  de  ce  tissu. 

Les  chirurgiens  ont  de  fréquentes  occasions  de  s’assurer  de  l’influence  de  l’in- 
jlammation  chronique  sur  le  développement  de  Vinduration  squirrheuse  ou  ean~ 
céreuse  des  organes  externes.  11  est  vrai  que  quelques  uns  ont  essayé  de  distinguer 
l’induration  pure  et  simple  de  l’induration  cancéreuse , en  disant  que  l’une  se  re- 
produisait après  l’ablation,  tandis  que  cela  n’avait  pas  lieu  pour  l’autre.  Mais  ils 
ne  savent  pas  à priori  distinguer  l’une  de  l'autre  ces  deux  espèces  d’induration, 
et  de  là  le  cercle  vicieux  suivant  : telle  tumeur  ou  induration  est  cancéreuse, 
car  elle  a repullulé  après  extirpation;  et  cette  tumeur  a repullulé  parce  qu’ellç 
était  cancéreuse. 


21 


.3Q2  maladies  du  CCffitJR  EN  PARTIGCLIER. 

ARTICLE  DEUXIÈME. 

XUBBaCDLBS  DO  COBOH. 

§ I. 

• 

Nous  possédons  moins  de  faits  encore  sur  les  tubercules 
du  cœur  que  sur  son  cancer.  M.  Laënnec  dit  avoir  ren- 
contré trois  ou  quatre  fois  seulement  des  tubercules 
dans  la  substance  musculaire  du  cœur.  Malheureusement 
M.  Laënnec  ne  donne  aucun  détail  sur  les  cas  qu’il  a ob- 
servés. Ces  trois  ou  quatre  cas  sont  les  seuls  que  M.  le  pro- 
fesseur Andral  ait  indiqués  dans  son  Précis  d'anatomie 
pathologique.  Il  ajoute  que  le  cœur  est  un  des  organes  oii  la 
matière  tiiheiculeuse  se  développe  le  plus  rarement.  Pour  ma 
part,  je  n’ai  jamais  eu  occasion  de  rencontrer  un  véritable 
état  de  tuberculisation  du  cœur. 

On  trouve  dans  le  Journal  des  sciences  chimiques  ei  médi- 
cales de  Dublin  (i833)  , une  observation  ayant  pour  titre  : 
Masse  tubekccleuse  üeveloppée  dans  les  parois  de  l’oreil- 
lette GAUCHE  DU  CœUR,  ET  DETERMINANT  l’oCCLUSION  PRESQUE 
COMPLÈTE  DES  TRONCS  DES  VEINES  PULMONAIRES.  Le  Sujct  de 

cette  observation  était  un  homme  de  62  ans  , chez  lequel 
on  avait  reconnu  les  signes  de  la  phthisie  pulmonaire.  A 
l’ouverture  du  cadavre , on  trouva , entre  autres  altéra- 
tions , les  parois  de  l' oreillette  gauche  converties  enune  masse 
solide  de  matière  tuberculeuse  de  près  (T un  pouce  d’épaisseur. 
Cette  production  morbide  était  développée  entre  les  membranes 
externe  et  interne  de  l’oreillette. 

Il  est  fâcheux  que  l’auteur  n’ait  pas’précisé  les  caractères 
anatomiques  de  la  masse  qu’il  a rencontrée  dans  l’oreillette 
gauche.  La  manière  dont  cette  observation  a été  recueillie 
h’estpas  propre  à nous  convaincre  positivement  de  la  na- 
ture tuberculeuse  de  cette  tumeur. 

Dans  une  thèse  récemment  soutenue  à la  Faculté  de  Paris 


DES  TUBERCULES  ET  DU  CANCER. 

(i  834)  par  M.  Sauzier,  on  trouve  le  cas  suivant  : « Le  19  dé- 
j cembre  1 833,  entra  à l’hôpital  Saint-Eloi  de  Montpellier,  le 

* nommé  Pierre-Jacques,  charretier,  âgé  de  34  ans,  d’une 
J constitution  faible  et  lymphatique.  Versle  mois  denovem- 
j bre  i833,  en  traversant  un  ruisseau  avec  un  fagot  sur  la 
J tête,  il  avait  fait  une  chute,  pendant  laquelle  le  menton 
J avait  frappé  la  partie  supérieure  et  antérieure  du  ster- 
î num  ; là  se  développa  peu  à peu  un  vaste  abcès  dont  la 
J marche  fut  très  lente.  Le  malade  eut  également  un  abcès 

* au-dessous  du  sein  , abcès  qui , après  son  ouverture , pa- 
» laissait  communiquer  avec  la  cavité  thoracique  , car  la 
î toux  faisait  sortir  une  matière  écumeuse  par  la  plaie.  Le  20 
» décembre , une  ouverture  fut  pratiquée  à l’abcès  qui  était 
ï au-devant  du  sternum  ; il  s’en  écoula  une  sérosité  jaunâ- 
ï tre,  mêlée  à une  matière  semblable  à,du  lait  caillé.  Alors, 
» une  toux  sèche  s’empara  du  malade  , ainsi  que  le  dévoie- 
» ment  et  les  sueurs  colliquatives,  et  le  26  janvier,  il  ex- 
» pira  dans  le  dernier  de_gré  du  marasme. 

» U autopsie  cadavérique  montra  des  tubercules  en  grand 
i>  nombre  dans  les  poumons,  le  pancréas,  dans  les  plèvres 
t diaphragmatique  et  pulmonaire.  Les  poumons  offraient 
D de  toutes  parts  des  adhérences.  Les  ganglions  bronchi- 
« ques  étaient  engorgés.  On  trouva  aussi  des  tubercules 
y>  dans  un  tissu  nouveau  qui  unissait  les  deux  feuillets  de 
» la  plèvre. 

» Le  stei'iium  était  carié  ; plusiem's  cartilages  des  côtes  avaient 
3)  été  brisés.  Deux  tubercules  à l'état  de  crudité  existaient  dans 
» la  substance  des  oreillettes  du  cœur ^ et  là  oîi  se  trouvaient 
t les  tiibercides  il  y avait  adhérence  du  p>éricarde  \ i).  i> 


(1)  L’auteur  de  celle  observation  pense  que  le  même  travail  morbide  qui  avait 
été  suivi  de  1 adhérence  du  péricarde,  avait  déterminé  la  formation  des  tubercules 
du  cœur.  Celte  opinion  nous  paraît  juste  et  confoime  à ce  qu’on  observe  dant 
le  développement  des  tubercules  d’autres  organes, 


MALVDIES  I)ü  E(tl’R  EN  PARTICELIÉR- 


Ce  n’est  pas  assurément  d'après  le  petit  nombre  de  fàitâ 
incomplets  que  nous  venons  de  faire  connaître,  qu’on  peut 
résoudre  la  question  de  savoir  si  la  tuberculisation  du 
cœur  diffère  essentiellement  de  toutes  les  altérations  que 
l’inflammation  chronique  de  cet  organe  peut  entraîner  à sa 
suite,  ou  si , au  contraire , elle  ne  constitue  qu’un  mode 
particulier  de  suppuration.  A défaut  d’une  solution  directe, 
et  en  attendant  les  faits  qui  pourront  la  donner,  nous 
croyons  devoir  appliquer  aux  tubercules  du  coeur  \a.théorie 
des  tubercules  développés  dans  les  autres  organes  en  géné- 
ral et  dans  les  poumons  ou  le  tissu  cellulaire  en  particulier. 
Or,  d’après  des  arguraens  qu’il  ne  nous  est  pas  possible 
d’exposer  ici , nous  considérons  les  tubercules  de  ces  parties 
comme  constituant  une  des  modifications  que  peut  présen- 
ter, dans  le  cours  de  son  évolution,  le  produit  ou  le  aecre- 
tum  inflammatoire  (i). 


(i)  Quelques  auteurs  ont  donné  le  nom  de  tubercules  aux  granulations  que 
l’on  rencontre  si  souvent  à la  surface  des  membranes  séreuses  chroniquement 
enflammées,  et  dont  nous  avons  rapporté  des  exemples  dans  les  chapitres  consa- 
crés à la  péricardite  et  à l’endocardite.  D'autres  auteurs  ont  dit  qu'entre  les  gra- 
nulations dont  il  s’agit  et  les  granulations  pulmonaires  des  phthisiques,  il  n'v 
avait  de  commun  que  le  nom.  Si  l’on  veut  donner  le  nom  de  tubercules  aux  gra- 
nulations qui  peuvent  se  produire  à la  surface  du  péricarde  ou  de  l’endocarde  , 
certes,  c’est  une  étrange  doctrine  de  nier  toute  espèce  de  connexion  entre  les 
tubercules  et  rinflammalion  chronique  , et  d’aller  presque  jusqu’à  soutenir  que 
cette  maladie  préserve  des  tubercules. 

Je  ne  sache  pas  que  l'on  ait  encore  placé  parmi  les  tubercules  proprement  dits 
les  granulations  développées  à l’extérieur  ou  à l'intérieur  du  cœur,  pour  eu  con- 
clure ensuite  que  ces  granulations  n’étaient  point  une  conséquence  de  l’inflam- 
mation. Je  sais  seulement  qu’un  élève  très  distingué  de  l’école  ipie  nous  combat- 
tons vient  de  soutenir  que  les  granulations  de  l’arachnoïde  n’étaient  point  l’effet 
d’un  arachnitis  chronique,  mais  bien  un  produit  tuberculeux.  En  procédant  ainsi, 
les  adversaires  de  l’opinion  que  nous  enseignons  finiront  par  la  rendre  évidente 
aux  esprits  les  moins  clair vojans. 


DES  KYSTES  SEKEUX. 


3‘25 

ARTICLE  TROISIEME. 

K.ïiTES  SBEEÜX  (»)• 

§ !•  . 

Ni  Corvisart,  ni  M.  Laënnec,  ne  rapportent  aucune  ob- 
servation de  kystes  séreux  du  coeur  qui  leur  soit  propre. 
Ces  kystes , seloiv  M.  Laënnec , se  développent  très  rare- 
ment dans  le  cœur.  Il  ajoute  que  cependant  Baillou,  Hou- 
lier,  Cordœus,  Rolfinckiiis,  Thébésius,  Fanton  , Valsalva 
et  Morgagni,  en  ont  donné  des  exemples. 


(i)  Je  n’ai  jamais  rencontré  d’hydalides  ni  autres  entozoaires  dans  le  cœur. 
Mais  je  n’ignore  pas  que  d’aulrcs  auteurs  en  ont  parlé.  Corvisart  et  M.  Laënnec 
ne  paraissent  pas  avoir  observé  de  cas  de  ce  genre;  mais  M.  Laënnec  rapporte 
aux  vers  vésiculaires  du  cœur  le  cas  suivant , recueilli  par  Morgagni.  o Chez  un 
«vieillard,  mort  d’une  maladie  aiguë,  un  kyste,  de  la  grosseur  d’une  petite  ce- 
»rise, Implanté  à moitié  dans  les  parois  du  ventricule  gauche,  faisait  saillie  à sa 

• surface.  Ce  kystè,  incisé,  laissa  échapper  une  petite  membrane  contenant  de  la 
» mucosité  blanche,  et  dans  laquelle  on  distinguait  une  particule  dure  comme  un 

• tendon.  » H est  impossible,  selon  M,  Laënnec,  de  méconnaitre  dans  cette  des- 
cription les  caractères  du  genre  cyslicerque.  La  petite  membrane  pleine  de 
mucosité  était  la  vessie  caudale,  et  le  point  dur,  le  corps  replié  sur  ‘lui-même. 
D’après  le  volume  du  ver,  on  peut  présumer,  ajoute  M.  Laënnec^  que  c’était  le 
eysüccrcits  fmnus  (Rudolphij  ; d’autant  plus  que  c’est  presque  le  seul  que  l’on  ait 
trouvé  jusqu’ici  chez  l’homme. 

« Le  développement  du  cyslicerque  dans  le  cœur  de  l’homme  ne  m’est  démontré, 

• dit  M.  le  professeur  Andral , que  par  un  seul  fait  qui  m’est  propre.  Une  fois , 

• à la  Charité,  j’ai  trouvé,  dans  le  cœur,  trois  petites  vésicules  , ayant  chacune  la 

• grosseur  d’une  noisette,  transparentes  dans  toute  leur  étendue,  et  présentant  à 

• leur  intérieur  un  point  blanc,  plus  dur  que  le  reste  de  la  vésicule,  qiic  par  la 

• pression  on  faisait  sortir  de  l'intérieur  de  la  vésicule  comme  une  tête.  » ( Précis 
d’anat.  pathol,,  t.  II  , p,  3.îj-33a.) 

M.  Andral  dit  aussi  avoir  trouvé  le  eysticerque  dans  le  cœur  de  plusieurs 
porcs  ladres. 

( Quelques  anciens  observateurs  prétendent  avoir  trouvé  de  véritables  vers  , des 
poux  et  mêmes  des  serpens  ou  des  vipères  dans  le  cœur. 

Ces  observations,  qui  prouvent  que  l’anatomie  pathologique  elle-même  a eu 
son  époque  fabuleuse,  ne  valent  pas  la  peine  d’être  réfutées. 


3q6  maladies  du  cœur  en  particulier. 

On  trouve  dans  le  sepulchretnm  de  Th.  Bonet,  un  cas 
qui  paraît  se  rapporter  aux  kystes  séreux  du  cœur  : viEpi- 
plouni , inesavœuin , hepar,  lien  , pul/noiies,  coa  quoque  ipsum  , 
et  pevitonœum  erant  obsita  'vesiculis  aqua  purissinia  plenis  et 
limpidissima. 

M.  Dupuytren  a trouvé  des  kystes  séreux  développés 
dans  répaisseur  de  l’oreillette  droite,  dans  la  cavité  de  la- 
quelle ils  faisaient  saillie  , et  qu’ils  distendaient  de  manière 
à lui  donner''un  volume  égal  à celui  du  reste  du  cœur. 

Dans  un  cas  recueilli  par  M.  Andral,  il  existait  au  milieu 
des  parois  du. ventricule  gauche  un  kyste  du  volume  d’une 
noix  ordinaire  ; le  liquide  transparent  qui  le  remplissait , 
Jaillit  à plus  de  six  pouces  de  hauteur , au  moment  où  le 
kyste  fut  incisé. 

Dans  un  autre  cas,  M.  x4.ndral  a vu  un  kyste  séreux  dé- 
veloppé à la  surface  libre  de  lamembràne  interne  du  cœur. 
« D’un  des  points  des  parois  delà  cavité  du  ventricule  droit 
» assez  près  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire,  se  détachait 
» un  petit  kyste  séreux,  du  volume  d’une  noisette  , et  qui 
» tenait  à la  membrane  interne  du  ventricule  par  un  pédi- 
« cule  mince,  dont  la  texture  ressemblait  à celle  de  la  mem- 
» brarie  elle-même.  » 

Je  crois  qu’on  peut  rapprocher  de  ce  dernier  fait  le  cas 
suivant  de  maladie  du  péricarde  chez  un  chien  ^ publié  par 
M.  Duvernoy,  dans  les  Bulletins  de  la  Faculté  de  médecine  de 
Paris. 

« Un  chien  mâtin  de  la  Ménagerie  du  Jardin  des  Plantes 
» est  mort  âgé  d’un  an,  avec  les  syinptomes  d’une  hydro- 
» pisie  ascite  et  d’un  hydrolhorax 

» Le  péricarde,  extraordinairement  distendu,  renfermait 
» une  grande  quantité  de  sérosité.  La  portion  de  ce  sac  qui 
» enveloppe  immédiatement  le  cœur , était  couverte  d’une 
» foule  innombrable'  de  vésicules  ovales,  pressées  les  unes 
» vers  les  autres,  de  manière  à masquer  toute  la  surface  du 
)»  cœur.  La  plupart  tiennent  à un  pédicule  aussi  fin  qu’un 


DES  KYSTES  SÉREUX.  3^7 

cheveu,  et  long  de  quatre  à cinq  railUmtitres.  Les  vési- 
cules s’affaissent  par  une  légère  compression.  Elles  for- 
ment avec  leurs  pédicules  une  sorte  d’enveloppe  au 
cœur,  qui  peut  avoir  environ  cinq  millimètres  d’épaisseur, 
et  qui  en  augmente  beaucoup  le  volume  apparent.  On 
voit  aussi  quelques  vésicules  semblables  sur  la  face  in- 
terne de  la  partie  libre  du  péricarde,  laquelle,  examinée 
de  près,  en  offre  un  grand  nombre  de  plus  petites,  qui 
se  seraient  probablement  développées , si  l’animal  avait 
vécu  plus  long-temps  (i).  » 


§ II. 


Quelle  est  l’origine  des  kystes  séreux  qui  peuvent  ainsi  se 
développer , soit  à la  surface  interne  , soit  à la  surface  ex- 
terne, soit  dans  l’épaisseur  même  du  cœur?  Nous  ne  possé- 
dons point  encore  assez  de  faits  bien  observés 'ço\xx  répondre 
à cette  question.  Le  kyste  développé  autour  d’une  collection 
purulente  du  cœur  peut-il  ultérieurement  se  transformer 
en  un  kyste  séreux?  un  épanchement  sanguin  circonscrit 
dans  le  tissu  du  cœur  ne  peut-il  pas  aussi  être  remplacé  par 
un  kyste  séreux,  comme  il  arrive  dans  l’hémorrhagie  céré- 
brale. Les  kystes  se  développent-ils,  pour  ainsi  dire,  de 
toutes  pièces  dans  Certaines  concrétions  sanguines  qui  se  for- 
ment à l’intérieur  des  cavités  du  cœur,  ou  bien  au  sein  du 
liquide  que  contient  le  péricarde,  à la  suite  d’une  péricar- 
dite ou  d’un  simple  hydro-péricarde  i'  encore  un’e  fois,  avant 
de  décider  toutes  ces  questions,  il  est  très  sage  d’attendre 
de  nouvelles  observations. 

■ ' ' ' lï  '. 

1 - - ...  ».  t _ 

« 

(i)  M.  Duvernoy  ne  pense  pas. qu’on  ait  jamais  fait  d’observation  semblable 
chez  l’homme,  du  moins  dans  la  même  membrane  sérèuse.  M.  Meckel,  présent  à 
a dissection  de  ce  chien  , dit  que  son  père  avait  vu  quelque  chose  de  semblable 
dans  l’articulation  du  genou  d’un  goutteux. 


LIVRE  DEUXIÈME. 

DE  l’aUGJIENTATION  ET  DE  LA  DIMINUTION  DE  SECRETION 
DES  TISSUS  Sl^REUX  ET  CELLULAIRE  DU  COEUR. 


CONSIDÉRATIONS  PRÉLIMINAIRES. 

Dans  le  Livre  précédent  nous  avons  exposé  les  lésions  que 
l’état  morbide,  désigné  sous  le  nom  d’inflammation,  déter- 
minait et  dans  la  quantité  et  àaxvs  la  qualité  des  liquides 
sécrétés  par  divers  tissus  du  cœur.  Il  s’agit  maintenant  h 
d’étudier  la  simple  augmentation  ou  diminution  d’activité  | 
de  la  sécrétion  normale  dont  ces  tissus  sont  les  agens.  il 

Avouons  d’abord  que  la  diminution  de  la  sécrétion  dont  | 
il  s’agit  n’a  point  jusqu’ici  occupé  l’attention  des  observa-  | 
leurs,"  et  que,  pour  notre  part,  nous  en  parlons  plutôt  \ 
comme  d’un  état  morbide  possible  que  comme  d'un  état 
morbide  sur  lequel  nous  ayons  recueilli  des  observations 
précises.  Nous  n’avons  même  absolument  rien  à dire  sur  ce 
sujet,  sinon  que  dans  les  inflammations  commençantes  des 
membranes  séreuses,  il  est  assez  généralement  admis  que 
la  sécrétion  purulente  ou  pseudo-membraneuse  est  ordi- 
nairement précédée  d’une  sorte  de  sécheresse  de  ces  mem- 
braneset  partant  d’une  diminution  ou  même  d’une  suppres- 
sion complète  de  leur  sécrétion  normale. 

Quant  à, la  supersécrétion  pure  et  simple  (i)  des  tissus 
séreux  et  cellulaire  du  cœur,  elle  constitue  une  sorte  d’état  | 
intermédiaire  entre  l’état  .normal  et  l’état  inflammatoire.  | 
Nous  avons  exposé  ailleurs  l’idée  que  nous  nous  formions  | 


(i)  Hypercrinie  de  M.  le  prcfesseur  Andral. 


AL G:\lEiNTATION  IiT  Dl.MliN U TION  DE  sÉCRÊtIOlV.  3t2g 
de  raugnieutation.  de  sécrétion  des  membranes  séreuses  et 
du  tissu  cellulaire  en  général,  (^oj.  lart.  Hydropisies  du 
Uictiojiu-  de  uiadec.  et  de  chir,  pj'CitKj Ce  n est  pas  ici  le  lieu 
d’approfondir  celte  question.  Bornons-nous  donc  à rappeler 
que  pour  signaler  les  rapports  qui  existent  entre  les  /liu; 
séreux  actifs  et  les  fluxions  inflammatoires  proprement  dites, 
M.  Dupuytren  et  les  élèves  de  son  ecole,  tels  que  Maranclel, 
MM.  Breschet,  Cruveilhier,  etc.,  en  ont  fait  deux  genres 
d’un  seul  et  même  travail  pathologique,  savoir,  l’irrita- 
tion (i).  D’autres  pathologistes  ont  donné  le  nom  d’Aje/ro- 
phJegmasîes  aux  hydropisies  actives. 

1\I.  Aiidral  a donné  le  nom  à’ hypercrinie  par  stimulation  à 
V irritation  sécrétoire  de  M.  Dupuytren  et  de  Marandel , et 
le  passage  suivant  du  Précis  d’anatomie  pathologique  prouve 
que  son  auteur  rapproche  \' hypercrinie  par  stimulation  de 
l’inflammation  à un  certain  degré  : « La  stimulation  qui  a 

> a été  le  point  de  départ  de  l’hypercrinie,  dit  M.  Andral , 
» peut  s’être  ensuite  dissipée,  laissant,  comme  trace  de  son 

> ancienne  existence , , une  accumulation  de  sérosité  là  où 
ï a eu  lieu  le  stimulus....  Dans  ce  cas,  la  maladie, 

» MATOiiiE  à son  début , ne  l’est  plus  à une  époque  plus 
» avancée.  » ( Tom.  P',  pag.  3 19). 

Le  mode  iM excitation  , de  stimulation  , âiirritation , sous 
l’influence  duquel  se  produisent  les  hydropisies  actives, 
nous  paraît,  ainsi  que  nous  l’avons  dit  plus  haut,  tenir  le 
milieu  entre  l’action  sécrétoire  normale  et  la  sécrétion  in- 
flammatoire. Ce  qui  distingue  formellement  la  simple 
irritation  sécrétoire  de  l’inflammation  proprement  dite, 
c’est  que  dans  celle-*ci  le  produit  sécrété  est  du  pus  ou 


(1)  Digne  disciple  du  grand  maître  dont  la  médecine  déplore  en  ce  moment  la 
perte  prématurée,  Marandel  établit  quatre  ordres  naturels  d’irritations  : 1°  n«- 
triüvcs , 1°  sécrétoires,  ùo  hémorrhagiques , 4“  inflammatoires.  (Voy.  l'excel- 
lente Dissertation  inaugurale  de  cet  auteur,  intitulée  : Essai  sur  les  irritations. 
Paris,  1807.)  . ■ 


33o  MALADIES  DU  COEUll  EN  PAnTIflELIER. 

un  liquide  pseudo-membraneux , tandis  que  dans  l’autre 
le  liquide  sécrété  surabondamment  conserve  ses  qualités 
ou  sa  Tiature  normales.  Tissot  et  Géromini  ont  comparé 
Faction  qui  produit  Fhydropisie  active  à celle  qui  caracté- 
rise la  vésication  modérée.  Les  flux  séreux  actifs  trouvent 
plus  exactement  encore  leurs  analogues  dans  ces  sueurs 
abondantes  que  provoquent  les  exercices  violens,  dans 
cette  salivation  copieuse  qui  suit  l’application  d’un  stimu- 
lant sur  la  muqueuse  buccale  , dans  cet  écoulement  de  lar- 
mes que  provoque  une  légère  irritation  de  l’œil , dans  ces 
diarrhées  aqueuses  ou  séreuses  qui  surviennent  par  l’inges- 
tion de  certains  médicamens,  etc.  En  somme,  on  peut 
facilement  transformer  une  simple  irritation  sécrétoire  en 
une  irritation  inflammatoire,  en  augmentant  la  dose  de 
l’irritation  , et  par  contre  on  voit  de  véritables  irritations 
inflammatoires  dégénérer,  en  perdant  de  leur  intensité,  en 
une  simple  irritation  sécrétoire.  Cela  n’empêche  pas  , encore 
une  fois , qu’il  ne  faille  étudier  à part  le  mode  morbide 
qui  porte  ce  dernier  nom.  Mais  revenons  maintenant  à ce 
mode  morbide  considéré  spécialement  dans  les  tissus  séreux 
et  cellulaire  du  cœur. 

Des  deux  membranes  séreuses  du  cœur,  il  en  est  une, 
l’endocarde,  où  l’on  ne  peut  admettre  que  par  analogie  et 
induction  l’existence  de  l’état  morbide  qui  nous  occupe. 
L’accumulation  de  sérosité  qui,  dans  les  autres  membranes 
séreuses  , constitue  le  caractère  anatomique  de  la  maladie  , 
ne  saurait  se  rencontrer  ici , pour  des  raisons  que  tout  le 
monde  devine. 

Le  tissu  cellulaire  du  cœur  peut-il  devenir  le  siège  d’une 
infdlration  séreuse  .P  Aucun  des  auteurs  qui  ont  écrit  sur 
les  maladies  du  cœur  n’a  parlé  de  cette  maladie,  que  Ion 
peut  désigner  sous  le  nom  ôiœdème  du  cœur.  Jeu  ai  dit 
quelques  mots  dans  le  Traité  des  maladies  du  cœur  de  1824» 
ainsi  que  dans  l’article  OEdèmü  du  Dictionnaire  de  médecine  et 


augmentation  et  diminution  de  SÉGRÉTION.  33 1 
(le  chirurgie  pratiques  (^\).  Mais  comme  dans  les  cas  d’œdème 
du  cœur  que  j’ai  eu  occasion  d’observer,  il  n’en  est  aucun 
que  je  puisse  rapporter  d’iine  manière  certaine  à la  caté- 
; gorie  des  bydropisies  actives , c’est-à-dire  produites  par 
stimulation  ou  irritation  , je  ne  crois  pas  devoir  lui  consacrer 
ici  un  chapitre  particulier. 

L’hydropisie  active  ou  Vinitation  secretoire  du  péricarde 
< est  donc  la  seule  maladie  dont  nous  ayons  à traiter  pour  le 
I moment  dans  ce  second  livre  de  notre  ouvrage. 

, • I 

. CHAPITRE  UNIQUE. 

DE  l’hYDROPÉRICARDE  ACTIF,  OU  DE  l’iRRITATION 

J t 

SÉCRÉTOIRE  DU  PERICARDE. 


ARTICLE  PREMIER.  , 

J , 

Dans  le  chapitre  qu’il  a consacré  à l’hydropéricarde , 
Corvisart  ne  dit  absolument  rien  sur  les  diverses  espèces 
que  peut  offrir  cette  maladie,  étudiée  sous  le  point  de 
vue  de  son  mécanisme  ou  de  son  mode  de  production.  Il 
importe  cependant  t^e  no  point  confondre  l’un  avec  l’autre, 
et  l’hydropéricarde  qui  fait  l’objet  de  ce  chapitre  , et  l’hy- 
dropéricarde passif,  qui  résulte  d’un  obstacle  a l’absorption 
et  à la  circulation  veineuse.  D’ailleurs  ,[bien  que  Corvisart 
commence  par  dire  que  « l’hydropisie  du  péricarde  pour- 
» rait  être  considérée  comme  un  des  résultats  de  l’inflam- 

t 

M mation  de  cette  membrane , » il  ne  manque  pas  de  faire 


(i)  3’ai  quelquefois  aussi  rencoutré  .une  inGUration  séreuse  du  tissu  cellulaire 
accidentellement  formé  à la  suite  d’une  péricardite.  ' 


33‘î  MALAüIliS  Dr  Cœuu  KX  PAKUCLUlir,. 
observer  que  la  collection  de  liquide  trouble , coloré , purulent  ^ f 
qui.  se  jorine  dans  le  péricarde,  a la  suite  de  la  péricardite  , 
diffère,  sous  plusieurs  rapports , de  V amas  de  sérosité  limpide  | 
et  presque  incolore  qui  constitue  partieulièrement  Vliydropéri-  | 
carde.  Cependant,  chose  assez  digne  de  remarque,  des  à 
deux  observations  d’hydropéricarde  rapportées  par  Corvi* 
sart,  l’une,  de  l’aveu  meme  de  cet  illustre  médecin  , pour-  h 
rait  être  ralliée  aux  observations  de  péricardite  i^i) , tandis  | 
que  1 autre  est  un  exemple  d’hydropéricarde  passif , coiisé-  | 
cutifà  une  ossification  des  valvules  mitrale  et  aortique,  I 
chez  un  individu  âgé  seulement  de  33  ans.  D’où  il  suit  que  1 
Corvisart  n’a  consigné  dans  le  chapitre  de  l’hydropéricarde  | 
aucun  cas  où  cette  maladie  se  soit  développée  primitive-  | 
ment  sous  la  simple  influence  d’une  pure  augmentation  de  fi 
sécrétion  ou  d’une  irritation  sécrétoire  du  péricarde.  | 

M.  Laënnec  n’a  guère  plus  insisté  que  Corvisart  sur  les  | 
dili’érentes  espèces  d’hydropéricarde  , et  il  ne  rapporte  I 
aucune  observation  sur  cette  maladie.  Il  considère  comme  I 
très  rare  l’hydropéricarde  idiopathique  ou  essentiel.  Je  par-  1 
tage  complètement  l’opinion  de  M.  Laënnec  à cet  égard  , 
et  j’avoue  qu’à  moins  de  rattacher  à l’hydropéricarde  i 
actif  l’accumulation  de  sérosité  limpide  qui  semble  succé-  I 
derà  l’épanchement  purulent  ou  pseudo-membraneux  chez  i 
les  individus  qui  ont  été  affectés  d’une  péricardite  aiguë,  | 
passée  à l’état  chronique,  je  ne  possède  aucun  cas  indubi- 
table de  cette  maladie.  J’ai  cependant  noté  comme  tel  le 
cas  suivant. 

Une  jeune  femme,  affectée  de  variole,  s’étant  refroidie 
imprudemment,  et  ayant  fait  un  grand  excès  de  régime  (2)  » 
pendant  le  cours  de  la  période  de  suppuration,  fut  prise  . 


(j)  Voici  quelle  était  la  lésion  constatée  après  la  mort  : Lé  péricarde  avait plui 
d’épaisseur  que  dans  l’état  naturel.  La  superficie  du  cœur  paraissait  avoir  été  le 
sioÿc  d’une  inflammation  chronique.  La  cavité  du  péricarde  contenait  environ 
quatre  pintes,  ou  huit  livres , de  sérosité  claire  et  verdâtre. 

(1)  La  malade  se  lève  enchçmise,  sc  promène  ainsi  dans  la  salle,  sans  se  garantir 


DR  l’hYDROPÉRICARDE  ACTIF.  333 

tout-à-coup  d'accidens  cholériques,  et  mourut  en  moins 
'de  24  heures,  foudroyée  par  les  évacuations  alvines  et 
les  vomissemens'(2i  juin  i833).  Outre  les  altérations  que 
présentait  le  tube  digestif  (c’étaient  celles  du  véritabla 
I choléra),  on  trouva  un  quart  de 'V  erre  environ  de  sérosité 
limpide  dans  le  péricarde.  Comme  il  très  rare  de  rencontrer 
dde  la  sérosité  dans  le  péricarde  des  individus  emportés  par 
Bim  violent  choléra,  et  que,  d’un  autre  côté  , cette  femme 
i's’était  exposée  à un  refroidissement  propre  à provoquer  des 
congestions  séreuses  internes,  j’ai  cru  pouvoir  attribuer 
lâci  l’épanchement  séreux  du  péricarde  à une  augmentation 
üde  sécrétion  de  cette  membrane,  plutôt  qu’à  un  obstacle  à 
n’absorptioiî  ou  à la  circulation.  Toutefois,  cette  manière 
dde  voir  ne  me  paraît  que  probable  pt  non  rigoureusement 
ddémontrée. 

A l’article  hydropéricarde  du  Dictionnaire  de  Médecine  et 
Me  chirurgie  pratiques , j’avais  rapporté  un  cas  qui  paraissait 
cdevoir  se  rattacher  à l’hydropéricarde  acïÿ'prop renient  dit 
(ce  cas  m’avait  été  communiqué  par  RT.  le  docteur  Cas. 
IBroussais).  Mais  le  malade  ayant  succombé,  on  trouva  des 
I traces  de  péricardite  terminée  par  un  énorme  épanchc- 
iinent. 

En  dernière  analyse,  dans  l’état  actuel  delà  science,  on 
serait  fort  embarrassé  de  citer  un  seul  cas  incontestable 
(d’hydropéricarde  actif,  non  précédé  d’une  péi'icardite  qui, 
de  l'état  aigu,  est  passée  à l’état  chronique.  Mais  les  hy(îro- 
I péricardes  de -ce  dernier  genre  doivent-ils  être  classés  dans 
1 la  catégorie  des  hydropéricarJes  actifs  proprement  dits? 

» Cela  n’est  pas  démontré,  et  je  dois  pourtant  déclarer  que 
' c’est  sur  eux  que  repose  en  partie  l’histoire  générale  que 
I nous  allons  tracer  ci-après. 


«lu  froid.  Une  de  ses  compagnes , vaincue  par  ses  instances,  lui  cède  sa  portion 
A’a'.imens,  consistant  en  une  poire,  (lu  bouilli  et  du  pain.  La  malade  mange  le 
tout  avec  avidité. 


334 


MALADIES  DE  CŒUR  EN  PARTICULIER. 


ARTICLE  DEUXIÈME. 

HISTOIRE  GÉRÉaALE  DE  l’hYDROPÉBICABDE  ACTIF. 

§ I.  Caractères  anatomiques. 

I 

Sous  le  point  de-vue  des  caractères  anatomiques , l'hy- 
dropéricarde  actif  ne  diffère  pas  sensiblement  de  l’hydro- 
péri  carde  pasèif. 

Les  auteurs  ne  sont  pas  d’accord  sur  la  quantité  de  séro- 
sité nécessaire  pour  constituer  un  liydropéricarde , soit 
actif,  soit  Par  exemple,  Corvisart  nous  enseigne  que  ; 

si  la  sérosité  que  l’on  trouve  ordinairement  dans  le  péri- 
carde excède  six  à sept  onces,  il  existe  une  hydropisie  de  | 
ce  sac  membraneux  (i).  M.  Laënnec  ne  s’explique  pas  net-  j. 
tement  sur  la  question  qui  nous  occupe.  Il  dit  seulement  j 
que  lë plus  souvent  Vlijdropéricarde  idiopathicpLë  se  réduit  à \ 
quelcpæs  onces.  » Il  me  paraît  certain  qu’il  suffit  d’une  | 
quantité  de  sérosité  moindre  que  celle  indiquée  par  Cor-  [ 
visart,  pour  constituer  un  véritable  bydropéricarde.  En  ! 
effet,  la  quantité  de  sérosité  qui  peut  s’accumuler  dans  le  I 
péricarde  par  le  seul  effet  d’une  longue  agonie , ne  s’élève  ' 
pas  ordinairement  au-delà  d’une  à deux  onc.es. 

Quoiqu’il  en  soit,  la  présence  de  six,  sept  ou  huit  onces 
de  sérosité  dans  le  péricarde  ne  caractérise  qu’un  hydropé-  j 
picarde  assez  peu  copieux.  Il  n’est  pas  très  rare  , eu  effet, 
de  voir  cette  quantité  s’élever  à deux  ou  trois  livres.  Dans 
un  cas  observé  par  Corvisart , et  que  nous  avons  déjà  rap-  ( 


(i)  « Si  l’observation  prouve,  dit  Corvisart,  que  la  quantité  de  six  onces  soit  | 
» la  plus  considérable  qu’on  ait  trouvée  dans  le  péricarde  d'un  grand  nombre  | 
» d’individus  morts  des  suites  de  toute  espèce  de  maladies,  autres  que  celles  qui 
» jieuvenl  déterminer  l'hydropéricarde , ne  suis-je  pas  en  droit  de  conclure  que, 

> lorsque  cette  sérosité  excède  six  à sept  onces,  il  existe  une  hydropisie  de  ce 
» sac  membraneux  ? » 


I 


DE  e’hYDROPÉRICARDE  ACTIF.  335 

pelé  un  peu  plus  haut , le  péricarde  contenait  huit  li\nres 
de  sérosité. 

; Le  liquide  de  l’hydropéricardé  est  d’une  limpidité  par- 
[ faite,  tantôt  incolore , tantôt  fauve  , verdâtre  ou  jaunâtre 
I {s’il  existe  une  complication  d’hémopéricarde,  le  liquide 
'lest  rougeâti’e  et  quelquefois  même -noirâtre).  La  couleur 
I jaune  offre  quelquefois  la  teinte  qui  caractérise  les  dissolu- 
tions d’or. 

Le  péricarde  est  quelquefois  épaissi  en  même  temps  que 
^ distendu  proportionnellement  à la  quantité  de  sérosité 
; épanchée.  Je  l’ai  trouvé  souvent  sensiblement  plus  blanc 
; que  dans  l’état  normal , comme  s’il  eût  été  lavé  ou  pour 
s mieux  dire  macéré  parla  sérosité.  La  couleur  d’un  blanc 
jiimat  ou  légèrement  lactescente  est  surtout  très  marquée  sur 

(de  feuillet  viscéral  (i). 

Je  ne  sais  si  le  simple  épanchement  de  sérosité  dans  le 
Ijppéricarde  peut,  amener  à la  longue  un  état  d’atrophie  du 
J cœur,  comme  il  arrive  pour  le  poumon  à la  suite  d’un 
t épanchement  séreux  dans  la  plèvre,  mais  j’ai  vu  cette 
atrophie  du  cœur  survenir  par  l’effet  de  la  compression 
rprolongée  qu’avait  exercée  sur  lui  un  épanchement  pseudo- 
iinembraneux. 

La  tumeur  qui  résulte  de  l’amas  d’une  énorme  quantité 
>.de  sérosité  dans  le  péricarde,  agit  aussi  mécaniquement  sur 
jldes  organes  voisins,  tels  que  leS  poumons  , le  diaphragme, 
j!  la  rate  et  le  foie  ; elle  les  refoule  , usurpe  en  quelque  sorte 
Hideur  place,  et  soulève  la  région  précordiale. 

I — . ■ , , . . 

(i)M.  Laënnec  ne  paraît  pas  avoir  observé  celte  particularité,  et  si  c’est  à elle 
que  s’applique  le  passage  suivant  de  l’article  Ilydropéricardc  du  Traité  de  l’aus- 
\ ciittation  médiate,  j’oserai  afûmer  que  M.  Laënnec  est  tombé  dans  une  légère. 
' erreur  ; « Quelques  auteurs , dit-il,  rapportent  avoir  trouvé  le  cœur  comme  ma- 
' » céré  ; mais  ces  observations,  énoncées  plutôt  que  décrites,  peuvent  être  rangées 
« au  nombre  des  faits  mal  vus  plus  mal  exprimés  encore.  » , 


336 


XIAtÂnîKS  DU  COEUR  UN  fARTlcr tlER. 

§ II.  Signes  cl  syiniitômes  de  l'Iiydropéricarde  actif  (i)* 

Les  signes  certains  de  l’hydropérlcarde  ne  peuvent  être  j 
Iburnis  que  par  les  méthodes  dç  V mspeclion , de  la  palpation,  i 
de  la  percussion  C.I  de  V auscultation.  Cependant  Lancisi , et 
après  lui  plusieurs  autres  observateurs,  comptaient  parmi  r 
les  signes  les  plus  certains  de  celle  liydropisi'e,  \c,  sentiment  ■ 
(l'un  poids  énorme  sur  la  région  du  cœur.  Pieimann  et  Saxonia  i 
prétendent  que  les  màlades  sentent  leur ^ cœur  nager  dans  . 
Veau  (2).  Mais  c’est  avec  raison  que  Morgagni  fait  remarquer  i 
que  de  tels  signes  regardés  comme  pathognomoniques , mé-  jc 
ritent  à peine  de  figurer  même  parmi  les  symptômes  équi-  h 
voques  de  l’hydropéricarde.  \ 

Sénac  assure  avoir  vu  dans  les  intervalles  des  troisième,  ÿ 
quatrième  et  cinquième  côtes  gauches,  le  /lot  du  liquide  fi 
épanché  dans  le  péricarde.  Mais  il  est  probable  qu’il  se  sera  | 
fait  illusion.  Corvisart , tout  en  avouant  qu’il  n’a  pas  am 
strictement  le  phénomène  indiqué  par  Sénac  , déclare  avoir  | 
constaté,  par  le'toucher  l’existence  de  la  fluctuation.  Cet  î 
illustre  observateur  reconnaît  toutefois  qu’il  peut  se  faire  ’ 
que  les  ondulations  qiCil  a senties  avec  la  main  chez  un  .seul  i 
malade  dépendissent  des  battemens  du  cœur,  .l’ai  eu  occasion 
de  rencontrer  un  cas  qui  semble  appuyer  la  remarque  de  t 
Corvisart.  Nous  avions  cru"!,  au  premiér  abord,  avoir  con-  I 
stalé  l’existence  de  la  fluctuation  dans  la  région  précordiale, 
chez  un  de  nos  malades.  Mais  un  examen  attentif  nous  con-  " 
vainquit  bientôt  que  le  phénomène  pris  pour  la  fluctuation 
n’était  autre  chose  que  la  contraction  du  cœur,  lequel  avait  i 


(1)  Quelle  que  soit  l’espèce  de  l'hydiopéricarde,  ses  signes  physiques  sont  lou-,  | 

jours  es.-.enlie!lernent  les  mêmes.  On  peut  donc  appliquer  à l'iiydropéricarde  | 
passif  ce  que  nous  dirons  ici  des  signes  physiques  de  l'iiydropéricarde  net//'.  ( 

(2)  Un  malade  chez  lequel  existait  un  énorme  épanchement  dans  le  péricarde,  ’ 
et  dont  M.  Cas.  Broussais  m’a  communiqué  l’ohservalion,  ôlail  fort  effrayé  u'e  «c 
^liis  sentir  battre  son  ceptir,  mais  il  ne  le  sentait  pas,  d'ailleurs,  nager  dans  t’fau, 


) 


\ 


DE  l’hYDROPÉRICARDE  ACTIF.  887 

été  éloigné  de  sa  place  accoutumée  et  appliqué  en  quelque 
sorte  contre  la  paroi  thoracique  par  une  énorme  tumeur 
située  dans  le  côté  gauche  de  la  poitrine  (i).  ' 

Corvisart  a signalé  , le  premier , la  'voussure  que  présente 
la  région  précordiale , dans  certains  cas  d’hydropéricarde  : 

« Dans  quelques  cas,  dit-il,  cette  région  est  plus  élevée, 
plus  arrondie,  plus  bombée  que  le  reste  de  la  poitrine.  » 

Le  même  auteur  n’a  pas  négligé  de  mettre  au  rang  des 
signes  de  l’hydropéricarde  la  matité  de  la  région  précor- 
diale. L’étendue  de  cette  matité  est  en  raison  directe  de  la 
masse  de  l’épanchement.  Chez  le  malade  dont  M.  Cas. 
Broussais  m’a  communiqué  l’observation  , a partir  de  deux 
I pouces  au-dessous  du  bord  supérieur  du  sternum  jusqu  à Vap~ 

( J pendice  xyphoïde,  et  même  au-dessous,  de  haut  en  bas,  et  trans- 
versalement du  sein  du  côté  droit  au  sein  du  côté  gauche  , exis- 
, tait  un  son  mat  très  prononcé. 

La  main  appliquée  sur  la  région  précordiale ^ d'ans  le  cas 
I d’hydropéricarde  considérable , ne  distingue  plus  les  batte- 
mens  du  cœur,  du  moins  lorsque  le  malade  garde  la  position 
1 horizontale.  Dans  le  cas  de  M.Cas.  Broussais,  par  exemple,  les 
i contractions  du  cœur  ne  produisaient  aucune  impulsion  sensible  k 
1 la  main.  Cependant  Corvisart  insiste  beaucoup  sur  un  signe 
( qui  semble  en  contradiction  avec  ce  que  nous  venons  de 
i I dire.  Ce  signe,  qui  s’est  offert  deux  fois  à l’observation  de 
( Corvisart , consiste  en  ce  que  les  battemens  du  cœur  se font 
j sentir,  tantôt  k droite , tantôt  a gauche,  ou  , pour  s' exprimer 
• plus  clairement,  dans  différons  points  d'un  cercle  assez  étendu. 
(Ce  phénomène  dépend,  ajoute  Corvisart, ■ de  ce  que  le 
. cœur  nage  pour  ainsi  dire , ou  erre  assez  librement  dans  le 
1 liquide,  pour  aller  frapper  des  points  d’autant  plus  éloignés 
j 1 les  uns  des  autres  , que  l’épanchement  et  la  dilatation  sont 
) ; plus  considérables  (2). 

t — 

(i)  Il  ne  faut  pas  confondre  le  phénomène  que  nous  venons  d’étudier  avec  le 
^ bridi  de  fluctuation  dont  il  sera  question  à l’article  de  Y hydro-pneumopéricarde. 
(a)  La  contradiction  dont  nous  parlions  plus  haut  est,  comme  on  voit,  plus 

I 22 

l 

i 


338  MAIADrES  Dü  CCEÜR  EN  PARTICULIER. 


Après  avoir  rapporté  les  divers  signes  exposés  par  Corvi- 
sart,M.  Laënnec  s’exprime  ainsi  sur  leur  valeur  : « On  peut 
» les  rencontrer  réunis  en  plus  ou  moinsgrand  nombre  at'ec 
» ou  sans  hydropéricarde,  » assertion  qui  nous  paraît  man- 
quer d’exactitude,  M.  Laënnec  ajoute  : « Le  stéthoscope 
» aidera  sans  doute  à établir  le  diagnostic , mais  je  ne  puis 
» dire  quels  signes  il  fournira  , parce  que  je  n’ai  pas  eu  assez 
B d’occasions  d’observer  l’hydropéricarde  idiopathique.  » 

L’auscultation  fournit  les  mêmes  données  séméiologiques 
dans  le  cas  de  simple  hydropéricarde,  que  dans  le  cas  d’é- 
psLïichexnenVpéricarditique  (i).  Lorsque  l’hydropéricarde  est 
très  abondant,  les  bruits  du  cœur  sont  lointains,  obscurs, 
et  ils  ressemblent,  jusqu’à  certain  point,  à ceux  du  cœur  du  i; 
fœtus.  Dans  le  cas  déjà  cité  de  M.  Casimir  Broussais,  on  n 
n' entendait  que  des  contractions  faibles  et  obscures  du  cœur,  et  ii 
d’autant  plus  obscures,  que  l’on  s’ écartait  davantage  de  la  région  ij 
correspondante  a la  base  du  cœur , de  sorte  qu’en  ce  point  les  > 
deux  contractions  étaient  distinctes  (2),  tandis  qu’aux  extrémi-  ? 
tés  de  la  région  occupée  par  le  son  mat,  on  n’  entendait  plus  j 
qu’une  sorte  de  murmure , assez  analogue  à celui  que  perçoit  i 
l’oreille  lorsqu’on  en  approche  un  coquillage. 

Les  autres  signes  de  l’hydropéricarde  consistent  en  des  ; 
lésions  des  fonctions  de  la  respiration  et  de  la  circulation,  j 
produites  mécaniquement  par  la  pression  qu’exerce  le  pé-  1 
ricarde  distendu  sur  toutes  les  parties  voisines.  Comme  ces  i 
lésions  sont  communes  à plusieurs  autres  maladies  du  cœur,  1 
et  que  nous  en  avons  déjà  parlé  en  traitant  de  l’épanche-  ' : 
ment  consécutif  à la  péricardite,  nousn’y  reviendronspasici. 


apparente  que  réelle  ; car  ce  n'est  pas  dans  la  position  horizontale  que  les  iatte- 
mtns  du  cœur  S6  font  sentir  dans  diffcrcns  points  d'un  cercle  assez  étendu, 

(1)  Il  est  bien  entendu  cependant  que,  vu  l'absence  de  fausses  membranes  sur 
les  feuillets  du  péricarde,  dans  les  cas  de  simple  bydropéricarde  , on  n’enlendra 
pas  les  divers  bruits  de  frottement  péricardique  dont  nous  avons  |>arlé  ailleurs. 

(»)  Les  bruits  que  M.  Cas.  Broussais  désigne  ici  sous  le  nom  de  contractions 
du  coeur f sont  pour  nous , comme  on  sait,  les  bruits  valvulaires. 


DE  l’iIYDROPÉRICAUDE  actif.  339 

Les  signes  physiques  exposés  plus  haut  permettent-ils  de 
diagnostiquer  sûrement  l’hydropéricarde?  Après  avoir  dit 
que  l’ensemble  des  signes  qu’il  avait  présentés  étaient  bien 
propres  a combattre  V opinion  de  quelques  médecins  qui ontregardé 
le  diagnostic  de  Vliydropéricarde  comme  étant  toujours  impos- 
sible à établir,  Corvisart  ajoute  : Il  faut  pourtant  convenir  que 
cette  maladie,  assez  facile  à reconnaître  quand  elle  est  isolée, 
devient , dans  la  plupart  des  cas  , par  ses  nombreuses  et  fré- 
quentes complications,  d’une  obscurité  très  grande. 

M.  Laënnec  croit  pouvoir  assurer  que  les  épanchemens 
peu  abondans  dans  le  péricarde  (au-dessous  d’une  livre,  par 
exemple)  «e  donneront  jamais  aucun  signe,  et  que  probable- 
ment on  ne  pourra  jamais  reconnaître  que  ceux  qui  sont 
beaucoup  plus  considérables:  mais  il  pense  que  ceux  qui 
I passent  deux  ou  trois  livres  pourront  être  quelquefois  re- 
connus à l’aide  des  signes  donnés  par  la  percussion,  l’aus- 
cultation et  l’inspection.  Au  reste,  dit  M.  Laënnec,  les 
hydropéricardes  essentiels  sont  tellement  rares , que  l’on 
1 doit  peu  regretter  de  n’avoir  pas  de  signes  plus  sûrs  de 
' cette  afrection.  {Op.  cit.,  t.  Il*  pag.  6yo.) 

Notre  expérience  personnelle  nous  autorise  à poser  en 
fait,  que  tout  observateur  exercé  qui  fera  un  usage  attentif 
des  méthodes  d’exploration  indiquées  plus  haut,  parviendra 
presque  toujours  à reconnaître  l’existence  d’un  abondant 
épanchement  dans  le  péricarde.  Mais  il  ne  sera  pas  aisé,  dans 
tous  les  cas , de  déterminer  quelle  est  Yespèce  de  l’épanche- 
ment; pour  parvenir  à résoudre  ce  problème,  il  faut  avoir 
une  connaissance  exacte  des  antécédens,  et  s’être  livré 
à une  étude  approfondie  des  diverses  maladies  à la  suite 
desquelles  um  liquide  quelconque  peut  s’épancher  dans  le 
l péricarde.  Ce  n’est  réellement  que  par  une  assidue  et  lon- 
gue fréquentation  des  salles  de  malades,  qu’on  acquiert  le 
1 tact  nécessaire  à la  solution  de  ces  délicates  questions  de 
diagnostic. 


aa. 


MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 


340 

§ III.  Trailement  de  l’hydropéricarde  (i). 

On  devra  combattre  l’hydropéricarde  actif  primitif,  si 
jamais  on  a l’occasion  de  le  constater,  par  les  moyens  pré- 
conisés contre  les  autres  hydropisies  actives  en  général , 
tels  que  les  saignées,  les  diurétiques,  les  sudorifiques  , les 
purgatifs,  les  révulsifs  extérieurs,  etc. 

, Mais  lorsque  les  divers  agens  de  la  thérapeutique  médi- 
cale proprement  dite  ont  échoué  contre  l’hydropéricarde, 
convient-il  de  recourir  aux  secours  de  la  chirurgie?  Faut-il, 
en  un  mot , donner  issue  au  liquide  épanché , en  pratiquant 
une  opération  qu’on  pourrait  appeler  la  paracentèse  du 
péricarde?  ( Et  ici,  que  l’hydropéricarde  soit  primitif , ou 
qu’il  ne  soit  autre  chose  que  la  transformation  d’une  péri- 
cardite en  une  simple  hypercrinie  ou  irritation  sécrétoire, 
la  question  reste  à peu  près  la  même.  ) 

Les  praticiens  ne  sont  pas  tous  d’accord  , ni  sur  l’indica- 
tion de  cette  opération , ni  sur  son  mode  d’exécution.  Sénac 
a proposé  d’appliquer  particulièrement  à l’hydropéricarde 
l’opération  de  la  ponction  avec  le  trois-quarts.  Corvisart 
pense,  contre  l’opinion  de  cet  auteur,  que  les  avantages 
qu’on  peut  retirer  de  l’ouverture  du  péricarde,  contre-ba- 
lanceront  rarement  le  danger  auquel  elle  expose  le  malade. 
Mais  si  l’on  se  décidait  à la  faire,  l’incision  par  le  bistouri 
devrait  être  préférée,  selon  lui,  à la  ponction  par  le  trois- 
quarts  , qu’il  considère  comme  dangereuse  sous  plusieurs 
rapports,  sans  justifier,  d’ailleurs,  par  aucun  fait,  l’idée  dé- 
favorable qu’il  en  a conçue.  De  son  côté,  Sénac  n’a  rapporté 
aucune  observation  à l’appui  de  son  procédé.  11  cite  seule- 


(i)  Je  n’ai  rien  de  bien  positif  à dire  sur  les  causes  de  l’hydropéricarde  actif  : 
elles  sont  probablement  les  mÊmes  que  celles  des  autres  hydropisies  actives  eu 
général.  Aucun  des  auteurs  qui  se  sont  occupés  de  l’étude  des  maladies  du  cœur 
ne  nous  fournit  de  données  spéciales  sur  ce  sujet.  ^ 


I 

de  l’ilYDEOlPÉRlCATlDE  ACTIF.  34 1 

ment  un  cas  à! hydrothorax , pour  lequel  il  a fait  une  ponc- 
tion à la  poitrine  avec  le  plus  heureux  succès. 

Notons  ici  que,  dans  certains  cas,  on  a cru  avoir  ouvert 
le  péricarde , tandis  qu’on  avait  pénétré  seulement  dans  la 
plèvre.  En  voici  la  preuve. 

I Dans  un  cas  où  Desbois  , Dumangin , Sue  et  Desault , ras- 
semblés en  consultation , crurent  reconnaître  , les  uns  une 
hydropisie  de  poitrine,  les  autres  un  amas  d^  eau  dans  le  péri- 
carde, Desault,  pour  accorder  les  consultans , proposa  une 
opération  qui  convenait  à l’une  et  à l’autre  affection  ; c était 
d’ouvrir  la  poitrine  entre  la  sixième  et  la  septième  cotes  gau- 
ches, vis-à-vis  la  pointe  du  cœur.  Ce  projet  fut  exécuté  le 
lendemain.  L’incision  ayant  été  faite,  Desault  porta  les 
doigts  dans  la  poitrine,  et  sentit  une  espèce  de  poche  pleine 
d’eau,  qu’il  prit  pour  le  péricarde.  Cette  poche  ayant  été 
j ouverte  avec  un  bistouri  mousse,  il  s’en  écoula  une  chopine 
! d’eau  environ,  avec  une  espèce  de  sifflement  à chaque  ex- 
I piration.  L’écoulement  étant  fini,  tous  les  assistans  ayant 
I porté  tour  à tour  le  doigt  dans  l’ouverture,  sentirent  un 
corps  uni,  pointu,  conique,  qu’ils  prirent  pour  le  cœur  à nu. 

Le  malade  ayant  succombé  le  quatrième  jour,  l’ouver- 
ture du  cadavre  fit  voir  que  la  poche  incisée  et  prise  pour 
le  péricarde  , était  une  membrane  qui  unissait  le  bord  du  pou- 
mon gauche  au  péricarde.  Le  corps  conique  et  pointu  qu'on  avait 
jugé  être  le  cœur,  était,  en  effet,  cet  organe,  mais  enveloppé  du 
' péricarde,  auquel  il  adhérait  en  grande  partie. 

Dans  un  second  cas  à peu  près  semblable  à celui-ci,  Cor- 
I visart  rapporte  que  la  même  opération  a été  pratiquée  de- 
puis Desault  (i);  il  ajoute  que  l’erreur  a été  la  même  : on 
croyait  avoir  pénétré  dans  le  péricarde , et  l’ouverture  du 


(i)  M.  Laënnec  dit  que  l’incision  entre  les  sixième  et  septième  côtes  a été 
pratiquée  </««æ  fait  par  Desault.  Il  est  probable  que  M.  Laënnec  aura  , par  mé- 
garde,  pris  le  cas  indiqué  ici  par  Corvisart,  pour  un  cas  où  Desault  arait  fait  l'o- 
pération. 


Il 


34^  MALADIES  DD  COEUR  EN  PARTICULIER. 

* â 

corps  prouva  que  le  liquide  que  l’on  supposait  venir  de  la 
cavité  de  ce  sac  membraneux  s’était  échappé  de  la  poitrine, 
qui  avait  été  ouverte  par  l’opération. 

Selon  M.  Laënnec,  « il  ne  serait  peut-être  pas  impossible 
» de  remédier  efficacement  à l’hydropéricarde  au  moyen  de 
» l’opération  chirurgicale.  » Il  pense  que  l’opération  la  plus 
utile  et  la  moins  dangereuse  que  l’on  pût  faire  serait  la  tré- 
panation du  sternum  au-dessus  de  l’appendice  xyphoïde. 
11  ajoute  que  peut-être  il  faudrait  exciter  une  péricardite 
par  des  injections  légèrement  stimulantes  pour  obtenir 
la  guérison  de  l’hydropéricarde.  Mais  les  conseils  de 
M.  Laënnec  n’ont  encore  en  leur  faveur  que  les  présomp- 
tions de  ce  praticien. 

Au  reste,  c'est  à M.  le  professeur  Richerand,  et  non  à 
M.  Laënnec,  qu’appartient  la  première  idée  de  la  méthode 
des  injections  pour  la  cure  radicale  de  l’hydropéricarde  (i), 
méthode  qui , comme  tout  le  monde  le  sait , n’est  que  l’ap- 
plication d’un  mode  de  traitement  usité  avec  tant  de  succès 
contre  une  autre  liydropisie , savoir  : l’hydrocèle  ou  l’hy- 
dropisie  de  la  tunique  vaginale. 

Dans  l’état  actuel  de  la  science  , ce  serait , à notre  avis, 
faire  acte  de  témérité  et  non  de  prudence  que  de  recom- 
mander, sans  restriction,  d’appliquer  au  traitement  de 
l’hydropéricarde  la  méthode  adoptée  pour  la  cure  radicale 
de  l’hydrocèle.  Mais  il  nous  semble  qu’on  s’est  peut-être 
exagéré  les  dangers  de  la  péricardite  à laquelle  il  faudrait 
donner  lieu  pour  obtenir  l’adhérence  réciproque  des  feuil- 
lets opposés  du  péricarde,  seul  moyen  de  prévenir  le 
retour  de  l’amas  de  sérosité  à laquelle  on  aurait  ouvert 
une  issue  par  la  ponction,  l’incision  ou  la  trépanation 
indiquées  plus  haut.  Les  faits  nombreux  contenus  dans 


(i)  Ce  n’est  pas  ici  le  lieu  de  rapporter  le  cas  remarquable  d’extirpation  des 
côtes  jçauches,  qui  fournil  à M.  Richerand  l'occasion  de  conceroir  et  de  proposer 
la  méthode  dont  nous  venons  de  faire  mention. 


DE  l’hYDROPÉRICARDE  ACTIF.  343 

notre  article  Péricardite  sont  bien  propres  à calmer  un 
peu  l’inquiétude  qu’aurait  pu  causer  jusqu’ici  l’existence 
d^une  péricardite  adhésive,  telle  que  celle  qu’on  produirait 
par  des  injections  irritantes.  Toutefois,  nous  répéterons 
ce  que  nous  avons  dit  à l'article  du  traitement  de  la  pé- 
ricardite : la  pratique  dont  il  s’agit  est  un  de  ces  problè- 
mes dont  l’expérience  n’a  pas  encore  donné  la  solution. 
Nous  ne  pouvons  donc  nous  prononcer  formellement  ni 
pour  ni  contre  une  tentative  de  ce  genre  (i). 


(i)  La  péricardite,  provoquée  parles  injections  irritantes,  serait  aussi  simple 
que  possible.  Or,  nous  avons  vu  ailleurs  que  les  accidens  graves  observés  dans  cer- 
tains cas  de  péricardite , tenaient  surtout  aux  complications  dont  elle  était  ac- 
compagnée. 

Ce  n’est  pas  seulement  à l’hydropéricarde,  mais  à quelques  autres  hydropisies 
intérieures,  telles  que  l’ascite  et  Thydroihorax,  qu’on  pourrait  appliquer  la  mé^ 
Ihode  de  la  cure  de  l’hydrocèle , s’il  n'était  à craindre  que,  dans  beaucoup  de  cas , 
le  remède  ne  fût  pire  que  le  mal.  M.  Lhomme,  de  Château-Thierry,  a proposé  de 
guérir  l’ascite  en  faisant  pénétrer  dans  la  cavité  péritonéale  une  certaine  quantité 
de  vapeur  vineuse.  Depuis  cette  époque,  MM.  les  docteurs  Jobert  (de  Lamballe) 
et  Vassal  ont  guéri  chacun  un  cas  d’ascite  eq^ovoquant , après  la  sortis  du  li- 
quide, une  péritonite  adhésive. 

M.  le  docteur  Vassal  se  servit,  pour  irriter  le  péritoine,  de  l’instrument  au 
moyen  duquel  il  avait  retiré  la  sérosité.  La  guérison  eut  lieu  à travers  de  si  gra- 
ves accidens,  qu’il  serait  peut-être  plus  que  hardi  de  répéter  en  pareille  occa- 
sion la  pratique  de  notre  honorable  confrère. 

En6n,  dans  une  dissertation  présentée  à la  Faculté  de  médecine,  il  y a deux  ou 
trois  ans,  il  est  question  d’une  ascite  qui  fut  guérie  par  des  injections  composées 
d’un  mélange  d’eau  et  de  décoction  de  quinquina. 

Ces  faits  sont  certainement  bons  à connaître , mais,  encore  une  fois , ils  ne  suf- 
fisent pas  pour  décider  la  grave  question  de  thérapeutique  à laquelle  ils  se  rap- 
portent. 


LIVRE  TROISIÈME. 

DE  l’augmentation  ET  DE  LA  DIMINUTION  DE  NUTRITION, 
OU  DE  l’hypertrophie  ET  DE  l’ ATROPHIE  DU  CŒUR. 


CHAPITRE  PREMIER. 

DE  l’hypertrophie  DU  COEUR. 

• I 

- CONSIDÉRATIONS  PRÉLIMINAIRES.  ‘ j 

I 

Passer  de  l’étude  de  Fhypercrinie  du  cœur  à celle  de  | 
l’hypertrophie  du  même  organe , ce  n’est  pour  ainsi  dire  | 
pas  changer  de  sujet.  Q^st-ce,  en  effet,  que  la  nutrition,  | 
sinon  une  véritable  sécrétion  nutritive  ? J 

M.  Dupuytren  et  les  élèves  de  son  école  ont  rattaché  I 
\ hypertrophie  en  général  à la  grande  classe  irritations  ^ 
sous  le  titre  irritation  nutritive.  Notre  intention  n’est  pas 
de  nous  engager  ici  dans  de  vaines  disputes  de  mots  : nous 
prévenons  donc  les  lecteurs  que  lorsqu’il  nous  arrivera  de 
désigner  l’hypertrophie  sous  le  nom  f}iirritation  nutritive j 
nous  n’attacherons  à cette  dernière  expression  d’autre  sens 
que  celui  d’une  augmentation  pure  et  simple  de  nutrition  , 
sans  altération  dans  les  qualités  physiques  et  chimiques  ou  la  \ 
composition  intime  des  tissus  hypertrophiés. 

Jusqu’ici,  les  auteurs  n’ont  traité  que  de  l’hypertrophie 
du  tissu  musculaire  du  cœur.  Cependant , tous  les  autres 
tissus  qui  concourent  à la  structure  de  cet  organe  sont 
susceptibles  de  ce  mode  morbide.  En  traitant  des  suites  de 
la  péricardite,  de  l’endocardite  et  de  la  cardite,  nous  avons  | 


I 


DE  l’hypertrophie.  345 

rapporté  un  grand  nombre  d’observations  dans  lesquelles 
il  existait  une  hypertrophie  des  tissus  séreux , fibreux  et 
cellulaire  du  cœur.  Il  est  vrai  que  dans  la  plupart  des  cas, 
les  tissus  dont  il  s’agit  étaient  à la  fois  hypertrophiés  et 
I ; transformés  en  des  tissus  anormaux  ; mais  dans  quelques 
cas  l’hypertrophie  était  pure  et  simple.  Les  valvules  en 
] particulier  se  présentent  chez  certains  sujets  avec  tous  les 
caractères  d’une  véritable  hypertrophie.  Nous  pourrions 
donc  consacrer  ici  un  article  spécial  à l’hypertrophie  de 
{ chacun  des  tissus  du  cœur.  Toutefois,  comme  l’hypertro- 
,j]  phie  du  tissu  musculaire  est  la  seule  qui  mérite  sérieuse- 
ii  1 ment  d’étre  étudiée  sous  le  point  de  vue  clinique  et  pratique, 
i:(  c’est  d’elle  seule  que  nous  nous  occuperons  d’une  manière 
f spéciale  (i). 

Ce  n’est  qu’à  une  époque  encore  assez  récente,  que  les  ob- 
; servateurs  ont  assigné  à V hypertrophie  ou  super- nutrition  du 
I tissu  musculaire  du  cœur  le  véritable  rang  qu’elle  doit  occu- 
I per  dans  la  longue  série  des  maladies  de  cet  organe.  Lancisi, 
: Sénac,  Morgagni , et  beaucoup  d’autres  médecins  contem- 
] porains  de  ces  derniers , n’étudièrent  point  à part  l’hyper- 
i I trophie  du  cœur  (2)  : ils  la  subordonnèrent  à la  dilatation 
( ou  à \ anévrisme  de  cet  organe.  Il  y a plus  , c’est  que  , loin 
I I de  considérer  l’épaississement  du  cœur,  qui 'accompagne  si 
I ! souvent  la  dilatation  de  cet  organe , comme  une  simple 
i . augmentation  de  la  nutrition  de  celui-ci,  Lancisi  attribue 
j t cet  épaississement  à un  mice  des  fluides,  et  le  compare  à l’en- 
! : gorgement  et  à l’augmentation  de  volume  que  V obstruction 


(1)  L’hypertrophie  du  tissu  séro-fibreux  et  du  tissu  cellulaire  du  cœur  se  dé- 
I ' veloppanl  le  plus  ordinairement,  d’ailleurs,  à la  suite  des  inflammations  dont 
I ils  peuvent  être  le  siège , nous  lui  avons  consacré  quelques  lignes  en  nous  occu- 
^ 1 pant  de  la  péricardile,  de  Y endocardite  et  de  la  cardite. 

(2)  Par  le  mot  hypertrophie  du  cœur,  nous  entendrons  désormais  l'hypertro- 
' I phie  de  la  substance  charnue  de  cet  organe  , bien  que , comme  nous  l’avons  dit 

plus  haut,  les  autres  tissus  soient  aussi  susceptibles  d’hypertrophie. 


l 


I 


346  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

et  la  stagnation  des  Jliudes font  éprouver  aux  autres  'viscères. 

Un  tel  rapprochement  n’est  pas  entièrement  dénué  de  vé- 
rité ; mais  il  est  clair  que  Lancisi  confondait  ici  deux  choses 
fort  distinctes,  savoir  : l’accroissement  de  la  masse  normale 
des  organes  par  suite  d’une  simple  augmentation  ddxis  l’acte 
nutritif,  avec  le  même  accroissement  par  suite  d’une  alté- 
ration, et  non  d’une  pure  et  simple  augmentation  de  l’acte 
nutritif.  Lancisi  confondait,  en  un  mot,  X hypertrophie  avec 
X hétérotrophie  (je  dirais  la  cacotrophie,  si  cette  expression 
était  plus  euphonique).  Il  faut,  d’ailleurs,  convenir  de 
bonne  foi  que  très  souvent  ces  deux  états  morbides  se 
rencontrent  à côté  l’un  de  l’autre  dans  le  même  organe, 
et  qu’une  simple  augmentation  de  nutrition  peut  dégénérer 
assez  facilement  en  une  altérati'on  de  nutrition. 

Morgagni  n’a  point  commis  l’erreur  dans  laquelle  était  !. 
tombé  Lancisi  : il  dit  positivement  que  l’épaississement  !i 
des  parois  du  cœur,  dans  les  cas  que  nous  étudions,  est  j 
une  augmentation  de  la  substance  musculaire  du  cœur  u 
(prœternatumle  carnis  musculosœ  augmentum),  et  quelle  n’est  j ! 
point  due  à un  vice  des  fluides  {yitio  fluidoruni). 

A l’instar  de  ses  prédécesseurs , qu’il  laissa  néanmoins  , 
bien  loin  derrière  lui,  Corvisart  décrivit  pour  ainsi  dire  en  ; 
bloc  et  la  dilatation  et  l’hypertrophie  du  cœur,  en  conti- 
nuant à subordonner  celle-ci  à la  dilatation,  comme  l’indi- 
que sa  fameuse  distinction  des  anévrismes  du  cœur  en  actifs 
et  en  passfs.  L’anévrisme  actif  de  cet  illustre  observateur 
n’est',  en  effet,  que  la  réunion  de  la  dilatation  des  cavités 
du  cœur  avec  l’hypertrophie  de  leurs  parois. 

Tel  était  l’état  de  la  science  sur  la  matière  qui  nous 
occupe,  lorsque,  le  lo  août  i8ii , M.  Bertin  en  fit  le  sujet 
d’un  Mémoire  qu’il  présenta  à l’Institut , et  dont  Corvisart 
fut  nommé  rapporteur.  Plus  tard,  M.  Bertin  communiqua 
de  nouveaux  mémoires  à cette  savante  compagnie.  Comme 
c’est  particulièrement  sous  ce  point  de  vue  que  ce  médecin 


DE  l’hypertrophie.  347 

a bien  mérité  de  la  science  , et  que  personne  plus  que  moi 
ne  désire  qu’une  justice  pleine  et  entière  soit  rendue  à celui 
dans  le  service  duquel  j ai  commence  mes  premières  re* 
|.  cherches  sur  les  maladies  du  cœur,  et  dont  j’ai  rédigé  les 
i.  travaux,  le  lecteur  me  permettra  de  consigner,  dans  la 
note  ci-dessous,  le  rapport  qui  fut  fait  à l’institut  par 
i'M.  Pinel , sur  les  différons  mémoires  de  M.  Bertin(i). 




(,)  ‘ INSTITUT  DE  FRANCE. 

ACAOiMIB  ROYÀLB  DBS  8GIEHCB8. 

rarii , le  15  janvier  1821. 


Le  Sbcbétaibb  PEnpÉTOBi,  de  l’Académie  pour  les  sciences  naturelles  certifie 
ique  ce  qui  suit  est  extrait  du  procès-verbal  de  la  séance  du  lundi  i5  janvier  1821. 

Pfpuii  Morgagoi  jusqu’à  nous»  l^s  meilleurs  esprits  en  médecine , et  tous  les  hommes  dont  les  tra* 
i « Ysux  ont  servi  aux  progrès  de  la  science  « ont  pris  t’anatomie  pathologique  pour  hase  de  leurs  recher- 
I ' ehes.  Pour  ne  parler  que  des  maladies  du  cœur,  nous  citerons  les  travaux  de  Lascist»  de  Ssnac  , de 
î Mil.  PoRTAL,  CORTISART,  KrEYSIG  , BoRNS  , TbSTA,  MeCKCL  > IIOCDSOS  , et  LaBNSEC. 

I Les  Mémoires  de  M.  Bbrtix  , dont  l'Académie  a chargé  MM.  Pbllbtan  , Douêril  et  moi  de  luiren* 
\ è dre  compte,,  ne  le  cèdent  en  rien  aux  écrits  dont  nous  venons  de  citer  les  auteurs,  et  nous  pourrions  , 

I • à beaucoup  d’égards,  revendiquer  en  faveur  de  M.  Bertin  ranlériorité  de  PobiervatioD  et  de  la  ooo* 

I I paissance  de  plusieurs  lésions  organiques  du  cœur,  sur  lesquelles  il  a communiqué  à l’Académie  des 
I « observation)»,  à une  époque  où  quelques  uns  des  ouvrages  les  plus  estimés  sur  ce  sujet  n'avaient  pas  en- 
I c core  été  publiés.  Loin  de  nous  l’idée  que  les  faits  et  les  recherches  de  M.  Bbutin  lui  aient  été  empruntés 
\ < et  rendus  publics  sans  sa  participation  et  à son  insul  Le  champ  de  l'observation  est  ouvert  à tout  le 
\ I monde , et  couime  la  vérité  est  une,  elle  doit  se  montrer  à tous  sous  les  mêmes  formes.  Notre  remarqite 
i|  a a seulement  pour  but  de  garantir  M.  Bertin  de  toute  accusation  de  plagiat  en  lui  assurant  l’antériorité. 

I Ln  effet , lorsque  l’auteur  présenta  à l’Académie , le  10  août  ISH,  sun  premier  mémoire  sur  les  wa- 
I ladies  org.Toiques  du  cœur,  on  n'avait  encore  que  faiblement  distingué  l’épaississement  de  cet  organe 
I c d'avec  la  dilatation  de  scs  parois , et  de  l’augmentation  de  ses  cavités  désignées  sous  le  nom  d’anévrisme:, 

t on  paraissait  avoir  confondu  sous  la  dénomination  d’épaississement  un  état  inverse,  et  tout  opposé  bous 
‘ 1 le  rapport  anatomique  et  ph,vsiologique.  On  ne  semblait  pas  avoir  distingué  raugnieotation  simple  de 
I nutrition  des  parois  musculaires  du  cœur,  d'avec  les  vices  ou  les  altérations  plus  ou  moins  profondes 
< que  peut  présenter  cette  nutrition.  À cotte  époque,  M.  Corvisarx  nommait  ces  espèces  d’allérationf , 
4 énivritmei  aet'f*  , sans  déiermioer  les  oirconslauces  et  les  caractères  anatomiques  qui  tendent  à dimi> 
I nuerou  même  à détruire  celte  activité  , soit  par  les  ramollissemens , soit  par  les  endurcissemens  des  pa- 
rois ou  des  colonnes  muscqlaircs  du  cœur  et  d’une  foule  d'autres  altérations  résultant  de  l’augmentation 
i de  nutrition  , mais  qui  souvent  aussi  peuvent  épaissir  les  parois  sans  les  hypertrophur.  C'est  encore  à la 
I même  époque  que  U.  Bortal  ne  considérait  dans  cet  épaississement  du  cœur  qu'une  Iransformatiou 
' d’une  substance  étrangère  au  tissu  musculaire  de  cet  organe,  et  avait  été  ainsi  conduit  à ne  regarder 
( cet  état  anatomique  que  comme  toujours  passif. 

Ce  fut  alors  que  M.  Bebtin  , après  dix  années  employées , dans  les  hôpitaux  confiés  à ses  soins,  à re* 
4.  eneillir,  comparer  et  rapprocher  entre  elles  un  grand  nombre  d'observations  confirmées  par  l'inspec* 
lion  ca^lavérique  , essaya  de  d'émotiirer,  dans  son  premier  mémoire , que  lu  dénomination  d’anévrrsme 
ne  donnait  pas  une  idée  de  la  dilatation  du  cceuri  que  l'activité  trop  géaéralcmeDt  attribuée  à une  espèce 
de  dilaiaiion  des  parois,  accompaguée  de  leur  épaississeiaeol,  ne  devait  être  reconnue  que  «Uusivs  cas 


348  MALADIES  DÜ  CÆUÏl  EN  PARTICULIER. 

Cet  observateur  distingua  trois  formes  d’hypertrophie 
du  cœur. 

Dans  la  première  forme , les  parois  d’une  ou  de  plusieurs 
cavités  du  cœur  sont  hypertrophiées,  sans  que  ces  cavités 
aient  augmenté  ou  diminué  de  capacité  : c’est  l’hypertro- 
phie simple. 

Dans  \dL  seconde  forme  y les  parois  des  cavités  sont  hyper- 


d’une  véritable  augmentation  de  nutrition  du  tissu  musculaire  ; que  celle  augmentation  de  nutrition 
ne  co*exislait  pas  toujours  avec  la  dilatation;  que  1a  dilatation  et  l’épaississement  réunis  ne  constituaient 
pas  l’augmentation  d’activité  des  parois  musculaires,  puisque  l’auteur  avait  valnemeol  cbercbé  à eu 
trouver  les  dispositions  anatomiques  dans  un  grand  nombre  d’observations  ; que  souvent  au  contraire  , 
les  cavités  du  cœur  étaient  très  diminuées  ( disposiiion  dont  la  première  découverte  parait  appartenir 
à U.  Bsatin};  et  qu'enfin  l’activité  morbide  du  cœur  s’alTaiblissait  en  raison  de  ses  complications, 
surtout  lorsque  l’épaii-sissemeDi , doué  d’abord  des  caractères  du  tissu  musculaire,  mais  perdant  en- 
suite de  sa  densité,  de  sa  consistance,  de  sa  couleur,  devenait  d'un  brun  foncé,  se  ramollissait,  se  relà 
cbait;  ou  lorsqu’il  présentait  une  disposition  inverse,  c'est-à«dire  un  endurcissemeut  de  son  tissu, 
rencontré  le  plus  souvent  dans  les  piliers  et  les  colonnes  de  la  cavité  des  ventricules. 

Tels  sont  les  résultats  les  plus  marquans  du  premier  mémoire  sur  lequel  M.  Convisiat  fut  chargé, 
en  ISll , par  l’Âcadémie,  de  lui  faire  un  rapport , mais  que  ses  nombreuses  occupations  ne  lui  lais* 
séreot  pas  le  tebops  de  vous  présenter.  Nous  allons  poursuivre  l’analyse  des  autres  mémoires  de 
M.  Behtin  , que  l’on  ne  doit  considérer  que  comme  le  développement  des  idées  et  des  observations 
consignées  dans  la  première  partie  de  son  travail. 

Chacune  des  formes  de  l'bypertropbîc,  considérée  plus  particulièrement  dans  le  ventricule  gauche,  pa* 
ra!t  surtout  avoir  été  approfondie  dans  les  trois  mémoires  présentés  successivement  depuis  plus  d’une 
année  à l’Académie.  Ainsi,  M.  Bbbtiiv,  suivant  dans  son  deuxième  mémoire  la  même  marche  aua- 
lytique  , commence  par  exposer  des  faits  et  des  observations  propres  à établir  la  première  espèce  d'hy- 
pertrophie suivante  : l'épaissUsement  tam  dilatation  du  ventricule  gauche.  Cette  altération  est  d’abord  con- 
sidérée à son  état  primitif  et  ensuite  avec  les  diverses  complications  dout  elle  est  souvent  accompagnée. 
Chacune  de  ces  observations  présentées;  avec  les  pièces  anatomiques,  à plusieurs  sociétés  de  médecine, 
est  suivie  de  réllexioos  dont  on  peut  tirer  pour  la  physiologie  pathologique  des  conséquences  nouvelles 
et  avantageuses. 

Le  troisième  mémoire  a pour  but  de  faire  connaître  et  de  déterminer  le*  signes  caractéristiques  et 
les  altérations  organiques  propres  aux  Ayperlrop/uei  du  yenlricu/«  gauc/«e  et  du  ventricule  droit  y avec  di- 
minution de  leurs  cavités. 

Sbnao  avait  déjà  consacré  un  des  articles  de  son  bel  ouvrage  à la  diminution  de  volume , à la  peti- 
tesse des  cavités',  au  dessèchement  du  cœur. 

MiLPicai  et  Fabbicb  db  Uildbr  parlent  de  cœurs  petits,  ridés,  flétris  ; Coitis&bt  fait  mention  du  ré- 
trécissement du  ventricule  gauche  ou  droit,  delà  diminution  des  cavités  , produite  par  U rétractilité 
des  parois,  à la  suite  des  indurations  , des  altérations  cartilagineuses  et  osseuses  des  valvules  iricuspides 
et  mitrales. 

Dans  les  observations  que  M.  BinnH  a recueillies,  il  a observé  que  le  volume  du  cœur  n’était  pas 
sensiblement  altéié  ; que  les  ventricules  étaient  cependant  plus  charnus  que  dans  l’état  naturel,  et  que 
l’épaississemeDt  musculaire  était  évidemment  formé  aux  dépens  de  la  cavité,  sans  oependaot  paraître 
présenter  aucune  trace  d'altération  quelconque. 

Ce  troisième  mémoire  contient  six  observations  remarquables,  tant  sous  le  rapport  de  1a  description 
des  symptômes,  que  sous  celui  des  détails  d’anatomie  pathologique. 

Le  quatrième  est  consacré  à faire  connaître  Vhypertrophie  des  parois  du  ecrur  jointe  à leur  dilatation. 
L’auteur  a reconnu  cette  dîsposiiinn  morbide  dans  dix  observations  détaillées.  Il  expose  ensuite  les 
dilTérens  degrés  d’byperiropbie  dans  le  ventricule  gauche  , daus  le  ventricule  droit  , dans  les  oreilleitefi 
il  fait  rcuarquer  qu’elle  est  loin  d’étre  ubiforme  dans  les  parois  du  cœur  , dans  U cloison  des  venin* 


DE  l’hypertrophie.  349 

trophiées  en  même  temps  que  la  capacité  de  ces  cavités  est 
augmentée  : c’est  Vhypertrophie  excentrique  ou  l’anévrisme 
actif  de  Corvisart. 

Dans  la  troisième  forme , l’épaississement  hypertrophique 
du  cœur  coïncide  avec  la  diminution  de  capacité  de  ses 
cavités , comme  si  l’hypertrophie  ç’était  opérée  à leurs  dé- 
pens : c’est  V hypertrophie  concentrique. 


cules  et  des  oreilleltes;  qu’elle  rarie  dans  les  colonnes  cbarnues  et  dans  les  différens  points  des  parois 
des  casités  ; et  qu'elle  oITre  diOerens  degrés  , selon  la  dilatation  plus  ou  môins  grande  et  les  dimensions 
proportionnelles  des  cavités  correspondantes. 

Ces  diverses  nuances  d’altérations  sont  décrites  avec  beaucoup  de  soin  par  M.  Bebtik. 

D’après  les  travaux  et  les  recberebes  que  cet  auteur  a pré.sentés  à l’Académie  , il  a été  conduit  à re- 
connaître, 1“  que,  dans  les  différentes  espèces  de  lésions  organiques,  le  tissu  musculaire  peut  être  plus 
ou  moins  altéré  ; 2°  que  le  cœur  s’épaissit  en  se  dilatant  et  sans  se  dilater;  3°  que  l’épaississement  des 
parois  offre  deux  caractères  anatomiques  dillérens.  l’augmentation  ou  l’altération  de  la  nutrition,  tantôt 
simultanés,  tantôt  existans  isolément;  4°  M.  BtnTiiv  prouve  que  l’épaississement  par  hypertrophie,  objet 
principal  des  mémoires  que  nous  venons  d’analyser,  offre  trois  formes  différentes  , dont  deux  n’avaient 
pas  été  , avant  l’année  1811 , rattachées  à la  doctrine  des  maladies  du  cœur  , et  que  nous  avons  déjà 
indiquées  plus  haut , c’est-à-dire  rsugmentation  du  volume  du  cœui  sans  accroissement  des  cavités  , et 
la  diminution  des  cavités  causée  pat  l’hypertrophie  ; 5“  il  pense  que  la  dénomination  d’aiièensme  n’est 
applicable  sous  aucun  rapport  à ces  deux  espèces  d’altérations , et  qu’elle  n’a  été  donnée  à l’épaississe- 
ment  joint  à la  dilatation  des  cavités,  que  d’après  des  rapports  que  l’on  avait  cru  apercevi^r  entre  cette 
dilatation  et  celles  des  parois  artérielles  ; dilatation  asseï  rare,  et  que  beaucoup  de  pathologistes,  et 
surtout  Sennebt  , LiMOns  et  Scaepa  , ont  révoquée  en  doute  ou  niée  formellement  ; 6“  il  alliriue  qu'il 
faut  bien  se  garder  d’appeler  les  hypertrophies  des  dilatuthns  actives,  parce  que  l’énergie  de  la  paroi 
est  singulièrement  modiüée , quelquefois  même  très  affaiblie  , soit  par  l’endurcisseméiit , soit  parle 
ramollissement  de  la  paroi  épaissie  , et  par  toutes  les  autres  complications  ; '3°  il  pense  , enlin  , que 
l’épaississement,  avec  ou  sans  dilatation  des  parois,  doit  être  distingué  d'après  ses  caractères  anato- 
miques , et  non  d’après  les  phénomènes  physiologiques  qui  sont  si  nombreux  et'si  variables. 

Ces  divers  aperçus  pathologiques,  confirmés  depuis  par  des  travaux  récens  et  recommandables,  mais 
que  nous  n’avons  pas  dû  citer,  nous  étant  surtout  appliqués  à faire  connaître  les  altérations  organiques  du 
cœur  sur  lesquelles  M.  Bebtin  a le  premier  ou  l’un  des  premiers  fixé  l’attention  des  observateurs  ne 
«eraienl  pas  sans  doute  nouveaux  aujourd’hui  ; mais  si  l’on  se  reporte  à l’époque  où  l’auteur  a présenté 
*on  premier  mémoire,  dont  les  autres  ne  sont  que  le  développement,  on  verra  que  ses  travaux  sont  loi'n 
d’avoir  été  sans  utilité  pour  la  science. 

Les  distinctions  admises  par  l’auteur  sont  déduites  d’un  grand  nombre  de  faits  bien  observés,  et  qui 
ont  demandé  beaucoup  de  sagacité  et  de  patience  dans  les  recherches  anatomiques.  L’auteur  a toujours 
eu  soiu  de  s’en  tenir  à la  description  exacte  des  faits,  et  de  rallier  les  symptômes  avec  les  drvers  résultat» 
fournis  par  l’anatomie  pathologique. 

Aussi  pensons-nous  que  les  travaux  de  M.  Beetin  n’ont  pu  que  concourir  aux  progrès  de  la  connais- 
sance de  ces  maladies  ; nous  croyons  même  qu’ils  y ont  déjà  servi,  et  que  la  classe  ne  sera  que  juste 
envers  M.  Bebtih  , en  accueillant  favorablement  ses  travaux  , et  en  reconnaissant  l’antériorité  de  ses  re- 
cherches sur  plusieurs  altérations  organiques  du  cœur.  Qu’il  nous  soit  permis  de  nous  féliciter  dé  voir 
nous  communiquer  le  fruit  de  ses  veilles,  le  fils  d’un  homme  que  l’Académie  compta  parmi  ses  membres 
les  plus  distingués  , et  qui  a laissé  des  souvenir»  glorieux  dans  les  sciences  anatomiques. 

Signé  DÜMÉBIL,  PELLETAN,  PINEL,  rapporteur. 

L’Académie  approuve  le  rapport  et  en  adapte  les  conclusions. 

Cerliûé  conforme  à Toriginal  : 

Le  lecrétaire  perpétuel , conseiller  d’Etat , olpcier  de  l’ordre  rojal  de  la  Légion  d’honneur, 

B.  CUVIEK. 


350  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

DepiiisM.  Berlin , plusieurs  observateurs  ont  eu  occasion 
de  rencontrer  les  trois  espèces,  les  trois  formes  d’hyper- 
trophie qu’il  avait  signalées , et  nous  en  avons  rapporté 
dans  cet  ouvrage  plusieurs  exemples  que  nous  avons  re- 
cueillis nous-mêmes  (i). 

Chez  les  auteurs  antérieurs  à M.  Berlin , on  ne  trouve 
réellement  aucun  fait  qui  se  rapporte  exactement  à sa  troi- 
sième forme  d’hypertrophie  (hypertrophie  concentrique). 
Mais  il  n’en  est  pas  ainsi  de  la  première  forme  (hypertro- 
phie simple). 

Dans  une  observation  qu’il  a rapportée  dans  sa  iy«  lettre, 
Morgagni  dit  positivement  que  la  cavité  du  ventricule  droit 
était  à l’état  normal,  mais  que  les  parois  de  ce  ventricule 
étaient  très  épaissies  : venthiculus  dexter  caveam  quidem 


(i)  M.  le  professeur  Cruveilhier  est,  à notre  connaissance  , le  seul  obserra- 
teur  qui  Sit  coYitesté  l’existence  de  l’une  des  foi-mes  de  l'hypertrophie  du  cœur 
établies  par  M.  Berlin , savoir  l'hypertrophie  conccnfriçue.  Les  raisons  qu’allègue 
ce  savant  anatomo-pathologiste  contre  l’existence  de  cette  forme  d’hypertrophie, 
sembleraient  prouver  qu’il  n’a  pas  lu  avec  attention  les  faits  rapportés  dans  le 
Traité  des  maladies  du  cœur,  de  1824  ; car  aucune  de  ces  raisons  n’cst  réellement 
applicable  aux  faits  dont  il  s’agit. 

« Les  faits  que  j’ai  eu  occasion  d’observer,  dit  M.  Cruveilhier,  ne  me  permet- 
*tent  pas  d’admettre  l’hypertrophie  concentrique.  L’effacement  de  la  cavité,  l’c- 
«paisseur  des  parois  , proportionnellement  plus  considérable  , me  paraissent  le 

• résultat  du  genre  de  mort.  Le  cœur  de  tous  les  suppliciés  que  j’ai  eu  occasion 

• d’examiner  m’a  offert  ce  double  phénomène  au  plus  haut  degré.  Les  parois  ven- 

• triculaires  se  touchaient  dans  tous  leurs  points.  J’ai  fait  la  même  observation 

• chez  les  individus  qui  ont  succombé  à une  mort  violente.  Les  cœurs  hyperlro- 

• phiés  concentriquement  des  auteurs  que  je  viens  de  citer  f MM.  Berlin  et 

• Bouillaud)  me  paraissent  des  cœurs  plus  ou  moins  hypertrophiés,  que  la  mort 

• a surpris  dans  toute  leur  énergie  de  contractilité.  On  peut  d’ailleurs  s’en  con- 
» vaincre  en  voyant  la  facilité  avec  laquelle  cct  ventricules,  sans  cavité  propre- 

• ment  dite,  se  laissent  dilater  par  l’introduction  de  plusieurs  doigts.  »(  Voy. 
Vart.  Hypertrophie,  du  Dict.  de  mèd.  et  de  chir.  pratiq.) 

Les  observations  d’hypertrophie  concentrique  qué  nous  allons  rapporter  dans 
la  première  section  de  ce  chapitre  répondront,  de  la  manière  la  plus  victorieuse 
aux  objections  de  M.  Cruveilhier,  si  compétent,  d’ailleurs,  en  matière  d’anatomie 
pathologique , celle  branche  de  la  médecine  que  ses  travaux  ont  contribué  puis- 
samment à illustrer. 

\ 


DE  L’iIYPERTROPniE.  35 1 

SECDNDUM  NATünAM  , SED  CRASSISSIMAS  PARIETES  ITABEBAT.  ( De 
Sedib.  et  Caiis.  morhor.  , etc.  ; Epist.  XVII , art.  21.) 

Borsiéri  admet  formellement  l'espèce  d’hyperlrophie 
dont  il  est  ici  question  , comme  le  prouve  le  passage  sui- 
vant de  ses  Institutions  de  médecine  : Interdum  moles  tan- 
tum CORDIS  IPSA  VIDETUR  AUCTA  , QUIN  TAMEN  JUSTO  MAJOR 
CAVEARUM  AMPUTUDO  DICI  POSSIT. 

Enfin  , Corvisart  lui-même  a publié  dans  son  ouvrage 
un  exemple  d’hypertrophie  simple  du  ventricule  gauche. 
Chez  un  malade  mort  d’un  anévrisme  de  l’aorte,  « le  ven- 
I » tricule  gauche  du  cœur,  sans  être  dilaté,  offrait  des 

I » PAROIS  BEAUCOUP  PLUS  EPAISSES  ET  BIEN  PLUS  FORTES  QU’eLLES 

» NE  LE  SONT  ORDINAIREMENT,  et  déjà,  ajoute  CoTvisart , cette 
j » force  du  'ventricule  gauche  non  dilaté  explique  comment  la 
» crosse  de  V aorte , qui  recevait  la  'vive projection  du  sang  par 
J)  ce  'ventricule,  trop  fort  pour  céder,  a dû  subir  une  dilatation 
I » à laquelle  le  cœur  se  refusait.  » (Op.  cit.  , pag.  335.) 

' Le  lecteur  trouvera  dans  le  cours  de  ce  chapitre  le  ré- 
sultat des  recherches  qui  nous  sont  propres  sur  les  causes, 
les  signes  et  les  effets  de,  l’hypertrophie  du  cœur,  soit 
qu’elle  existe  sans  dilatation  ni  rétrécissement  des  cavités 
de  cet  organe , soit  qu’elle  co-existe , au  contraire , avec 
l’un  ou  l’autre  de  ces  deux  états  morbides.  Nous  ajoute- 
rons seulement  ici  que  dans  la  plupart  des  organes  creux 
autres  que  le  cœur , nous  avons  observé  ( et  d’autres  ont 
fait  la  même  observation)  les  trois  formes  d’hypertrophie 
admises  pour  le  cœur  par  M.  Bertin. 


PREMIÈRE  SECTION. 

OBSERVATIONS  PARTICULIERES  SUR  l’hYPERTROPHIE  DU  TISSU 
MUSCULAIRE  DU  COEUR. 

L’hypertrophie  du  tissu  musculaire  du  cœur  se  rencon- 
trant bien  moins  souvent  à l’état  simple  qu’à  l’état  de  com- 


352  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

Linaison  avec  quelque  autre  maladie  de  cet  organe,  il  n’est 
pas  étonnant  qu’un  grand  nombre  des  observations  que 
nous  avons  déjà  rapportées  , soient  des  exemples  de  l’affec- 
tion qui  fait  l’objet  de  ce  chapitre. 

La  péricardite  et  surtout  l’endocardite  chroniques  sojit 
des  maladies  avec  lesquelles  co-existe  presque  constamment 
l’hypertrophie  du  tissu  musculaire  du  cœur.  Et  pour  que 
le  lecteur  ne  puisse  conserver  aucune  espèce  de  doute  à cet 
égard , il  nous  suffira  de  mettre  sous  ses  yeux  un  relevé 
exact  des  observations  d’endocardite  et  de  péricardite  chro- 
niques consignées  dans  le$  deux  premiers  chapitres  de  cet 
ouvrage. 

Nos  cas  de  péricardite  chronique  sont  au  nombre  de 
sept(Observ.  20®,  21®,  22®,  28®,  24®,  25®,  26®).  De  ces 
sept  cas,  il  en  faut  retrancher  deux  (Observ.  26®  et  26®), 
comme  ne  contenant  pas  des  détails  complets  sur  l’état  du 
cœur.  Restent  cinq  cas , parmi  lesquels  il  n’en  est  aucun 
dans  lequel  on  n’ait  constaté  l’existence  d’une  hypertrophie 
du  tissu  musculaire  du  cœur. 

Le  chiffre  de  nos  endocardites  chroniques  s’élève  à trente- 
quatre  (Observ.  43®,  44",  5i®,  52®  53j®,  54®,  55®,  58®,  59®, 
60®,  61®,  62®',  63®,  64®,  65  , 66®,  67®,  68®,  69®,  70®,  71®, 
72® , 73® , 74' , 74'  , 75® , 76' , 77®  , 78® , 79® , 80®,  81® , 

82®, •‘83®).  De  ces  trente-quatre  cas  , il  eh  est  six  (Obs.  54® , 
55®,  61®,  73®,  74®et74®bis  qui,  faute  de  détails  suffisans 
sur  l’état  du  cœur , ne  doivent  pas  être  placées  en  ligne  de 
compte.  Les  vingt-huit  cas  restans  nous  offrent  tous  des 
exemples  incontestables  d’hypertrophie  du  tissu  muscu- 
laire du  cœur. 

D’où  il  suit\  en  définitive,  que  sur  trente-trois  cas  bien 
décrits  d’endocardite,  de  péricardite  ou  d'endo-péricardite, 
terminées  par  épaississement,  induration  des  tissus  affectés 
ou  par  le  développement  des  diverses  productions  décrites 
ailleurs,  il  n’en  est  pas  un  seul  où  l’on  n’ait  trouvé  un  état 
d’hypertrophie  du  tissu  musculaire  du  cœur. 


DE  l’iIYPERTROPHIE;  ' 3Ô3 

Nous  rccommànclons  à toute  ralteiition  du  lecteur  ce 
remarquable  résultat,  cerapport  importantsur lequel  nous 
reviendrons  en  traçant  l’histoire  générale  de  l’hypertro- 
phie du  tissu  musculaire  du  cœur,  et  que  tendront  à con- 
firmer les  observations  qui  vont  suivre. 

Ayant  déjà  rapporté  trente-trois  cas  d’hypertrophie  du 
cœur  (et  ces  cas  nous  présentent  la  maladie  sous  toutes  ses 
formes  principales) , nous  aurions  pu  , à la  rigueur,  nous 
dispenser  d’en  consigner  ici  de  nouveaux  exemples.  Toute- 
fois, comme  la  matière  est  d’un  grand  intérêt , nous  avons 
cru  devoir  faire  précéder  l’étude  générale  de  l’hypertrophie 
musculaire  du  cœur  de  vingt-une  autres  observations  par- 
ticulières que  nous  avons  divisées  en  deux  séries.  Dans  la 
première  série  se  trouvent  les  observations  relatives  à l’hy- 
pertrophie de  chacun  des  deux  ventricules  (i) , et  dans  la 
I seconde  celles  d’hypertrophie  affectant  à la  fois  plusieurs 
I • des  cavités  ou  même  toutes  les  cavités  du  cœur.  J’appellerai 
j celle-ci  hypertrophie  multiple  on  générale,  et  l’autre  hyper- 
trophie partielle. 


(i)  Nous  n’avons  pas  cru  nécessaire  de  consacrée  des  catégories  spéciales  d’ob- 
• servations  à l’hypertrophie  des  oreillettes  et  à celle  de  la  cloison  et  des  colonnes 
charnues.  Il  est  extrêmement  rare  de  rencontrer  l’hypertrophie  de  ces  parties, 
sans  qu’il  existe  en  même  temps  une  hypertrophie  des  ventricules.  Nous  verrons 
cependant  plus  loin  un  cas  fort  curieux,  dans  lequel  une  énorme  hypertrophie  des 
colonnes  charnues  du  ventricule  droit  a paru  coïncider  avec  une  atrophie  des  pa- 
rois de  ce  ventricule. 


364  MAtADIES  DÜ  CCEÜK  EN  PARTlCÜLIEE. 

PREMIÈRE  SÉRIE  D’OBSERVATIONS. 

HYPERTROPniE  PARTIELLE* 

§ I.  Observations  d’hypertrophie  du  ventricule  gauche. 

1®  Hypertrophie  simple  ou  avec  capacité  nonuale  de  la  cavité 

'ventriculaire. 

OBSERVATION  113e. 

Homme  de  65  ans.  — Battemensdu  cœur  forts,  avec  bruit  sourd,  concentré. 
— Attaque  d'apoplexie.  — Hypertrophie  simple  du  ventricule  gauche.  — Epan- 
chement de  sang  dans  les  ventricules  cérébraux. 

T « 

Péchard,  âgé  de  65  ans,  paveur,  ayant  le  cou  gros  et 
court , d’un  tempérament  sanguin , d’une  taille  moyenne  , 
fortement  constitué,  d’un  caractère  doux  et  tranquille, 
était  sujet,  depuis  quatre  à cinq  ans,  à des  maux  de  tête  et  à 
des  étourdissemens,  quelquefois  suivis  d’une  perte  de  con- 
naissance momentanée  : ces  accidens  étaient  ordinairement 
calmés  par  d’abondans  saignemens  de  nez.  Depuis  quelques 
jours,  cet  homme  éprouvait  des  étourdissemens  plus  vio- 
lens  que  de  coutume,  et  attendaitqu’une  heureuse  épistaxis 
vînt  l’en  délivrer,  lorsque,  le  i3  septembre  1822,  pendant 
qu’il  travaillait  avec  ses  camarades , il  tomba  tout-à-coup 
privé  de  connaissance.  Il  fut  apporté  à l’hôpital  Cochin , 
où  nous  l’examinâmes , à dix  heures  du  soir. 

Il  était  couché  sur  le  dos  et  immobile.  Il  avait  vomi  une 
bile  verdâtre , et  fendu  involontairement  ses  matières  fé- 
cales dans  le  lit  : son  visage  était  injecté , sa  tête  penchée  à 
droite,  et  la  boucli^  tournée  du  même  côté;  la  pupille 
droite  était  plus  dilatée  quO  la  gauche;  on  observait  une 
perte  absolue  de  l’intelligence  > du  sentiment  et  des  mou- 
vemens  volontaires  ; les  membre'*  droits  e.xécutaient  quel- 
qnesmouvemensa^/^o/^/^^^/^^/c^,  mais  le*  gauches,  soulevés  et 
abandonnés  à leur  poids,  tombaie;nt  comme  des  corps 


OBSERVATIONS  D*HŸPERTROPHlEf  3Ô5 

inertes  ; la  respiration  était  irrégulière  et  stertoreuse  par 
intervalles;  pouls  grand,  fort,  superficiel,  un  peu  fréquent; 
les  batteniens  du  cœur,  particulièrement  ceux  du  ventri- 
cule gauche,  étaient  forts,  et  les  bruits  concentrés  et  sourds. 

Diagnostic.  — Hypertrophie  du  'ventricule  gauche  ; hémor- 
rhagie cérébrale. 

On  pratiqua  sur-le-champ  une  saignée  de  4 pcilett. , et  des 
sinapismes  Jurent  appliqués  aux  pieds. 

Le  i4,  à neuf  heures  du  matin,  peu  de  changement, 
quelques  secousses  convulsives  dans  le  bras  gauche,  inter- 
mittence et  irrégularité  du  pouls  {une  saignée  de  3 palett.; 
potion  avec  lo  gr.  d’émétique,  pour  en  prendre  Une  cuillerée 
d’heure  en  heure) . 

Dans  la  journée , voici  ce  que  l’on  observa  ; difficulté  de 
la  déglutition  , continuation  de  la  sterteur  intermittente  ; le 
bras  le  plus  paralysé  ayant  été  pincé  , a fait  un  léger  mou- 
vement pour  se  retirer  ; les  paupières  , le  globe  de  l’œil , 
le  sourcil  et  les  ailes  du  nez , surtout  la  droite , sont  agités 
de  mouvemens  convulsifs;  le  malade  remue  la  mâchoire 
inférieure  et  semble  ruminer;  la  dilatation  de  la  poitrine 
ne  s’opère  sensiblement  que  par  la  contraction  du  dia- 
phragme; point  de  vomissemens  ; borborygmes  , hoquet , 
selles  involontaires,  sueur  générale. 

A dix  heures  du  soir,  le  pouls  est  plus  irrégulier,  lent, 
la  déglutition  plus  laborieuse  , la  résolution  des  membres 
est  complète. 

Le  i5  au  matin,  ronflement  slertoreux  continu,  mais 
moins  bruyant;  'strabisme  ; roulement  des  yeux  ; agitation 
convulsive  des  ailes  du  nez;  nul  signe  de  sentiment  ni 
de  mouvement  {même  potion,  20  sangsues  à chaque  tempe , 
mésic.  aux  jambes) . 

Le  soir,  visage  pâle  et  livide,  sueurs,  alternatives  de 
suspension  de  la  respiration  et  de  sterteur  ; pouls  petit  et 
très  inégal,  selles  involontaires , point  de  vomissement. 
Mort  à huit  heures, 

25, 


35G  MALADIES  DU  COF.Cïl  EN  PAETICDLIER. 

yJntopsie  cadai>érique , 12  heures  après  la  mort. 

i"  Habit,  extér.  — Cadavre  d’un  homme  robuste  et  bien 
conformé  ; face  pâle  , point  gonflée. 

2®  Org.  respirât,  et  circulât.  — Poumons  volumineux, 
bien  crépitans,  adhérens,  à peine  engorgés  aux  parties  les 
plus  déclives. 

CœuV  d’un  bon  quart  plus  volumineux  que  le  poing  du 
sujet,  arrondi.  L’augmentation  de  son  volume  tient  exclu- 
sivement à l’hypertrophie  du  ventricule  gauche  , qui  sem- 
ble constituer  le  cœur  tout  entier,  et  dont  les  parois  , à la 
partie  moyenne,  ont  environ  i4  lignes  d’épaisseur  : celle-ci 
diminue  vers  le  sommet,  et  aussi  un  peu  vers  la  base.  Les 
colonnes  charnues  sont  très  robustes.  La  cavité  ventricu- 
laire offre  très  sensiblement  sa  capacité  naturelle. 

Le  ventricule  droit  pnraîtn’ètre  qu’une  sorte  d’appendice 
du  gauche.  La  cloison  ventriculaire,  hypertrophiée  dans 
la  même  proportion  que  le  ventricule  gauche ,' semble  lui 
appartenir  en  propre. 

Les  deux  oreillettes  sont  épaissies  ; la  droite  est  plus  am-* 
pie  que  la  gauche.” 

Le  tissu  du  cœur  est  rouge  , ferme  et  vermeil. 

Les  orifices  et  leurs  valvules  sont  dans  l’état  normal. 

L’artère  coronaire  gauche  est  beaucoup  plus  volumi- 
neuse que  la  droite. 

L’aorte,  dilatée  à son  origine,  plissée  et  comme  bosselée 
à son  extérieur,  contient  des  caillots  de  sang.  Sa  face  interne 
est  Jaune,  rugueuse,  ulcérée,  et  parsemée  de  plaques, 
dont  les  unes  sont  cartilagineuses,  et  les  ossifiées  , 

minces  et  semblables  à des  coquilles  d’œuf.  La  surface  des 
ulcérations  est  rougeâtre;  autour  d’elles,  le  tissu  artériel 
est  friable  et  comme  terreux  ; elles  intéressent  la  membrane 
interne  et  la  moyenne.  Lesparoisde  l’aorte,  généralement 
épaissies  dans  toute  sa  longueur,  crient  sous  1 instrument 
qui  les  divise  ; elles  réagissent  cependant  assez  fortement 
sur  le  doigt  iotroduit  dan,^  le  tube  artériel,  Les  vaisseaux 


OBSÊRVAXIONS  d’h YrERTROPHlIi.  307 

de  la  membrane  celluleuse  sont  très  nombreux , rouges  et 
comme  injectés.  La  membraneyi^/vVieM^e,  dans  l’épaisseur 
de  laquelle  semblent  situées  plusieurs  des  plaques  osseuses 
indiquées , se  sépare  facilement  des  autres.  Les  artères  qui 
naissent  immédiatement  de  l’aorte , celles  de  la  base  du 
crâne  et  leurs  ramifications,  les  ophthalmiques,  sont  éga- 
lement incrustées  de  lames  cartilagineuses^  calcaires  ou 
plâtreuses. 

3“  Organ.  digest.  et  annex.  — Les  circonvolutions  de  l’in- 
testin grêle  sont  contractées;  elles  contiennent  cependant 
I de  la  bile,  ainsi  que  l’estomac. — - La  membrane  muqueuse 
i de  celui-ci  est  généralement  rouge  ; ses  rides , très  grosses, 
offrent  une  belle  couleur  rosée  ; la  membrane  muqueuse  de 
l’intestin  grêle  est  généralement  pâle,  La  membrane  mu- 
queuse du  gros  intestin  présente  un  fond  verdâtre,  sur 
lequel  se  dessinent  des  arborisations  d’une  couleur  rosée 
ou  d’une  teinte  plus  foncée.  — Le  foie  est  gorgé  de  sang. 

! La  vésicule  contient  une  bile  noire. — La  vessie,  distendue 
t par  l’urine,  s’élève  bien  au-dessus  du  pubis, 
i,  4"  Centr.  nerveux.  — Les  sinus  de  la  dure-mère  sont 
!i  gorgés  de  sang;  les  méninges  en  sont  comme  infiltrées, 

I surtout  dans  les  anfractuosités  cérébrales.  Les  ventricules 

» 

1 latéraux  sont  dilatés  par  une  grande  quantité  de  sang  li- 
[ quide  ; toutefois,  l’épanchement  est  plus  considéi’able  dans 
t le  ventricule  droit  que  dans  le  gauche  ; leur  cloison  est  dé- 
i chirée.  La  substance  cérébrale  est  ferme  et  ponctuée  de  sang. 

RÉFLEXIONS. 

1 Dans  cette  observation  d’une  hypertrophie  simple  du  ven- 

1 tricule  gauche , remarquez  bien  qu’il  n’existait  point  cette 
1 lividité  du  visage,  cet  engorgement  veineux,  cette  infil- 
* tration  , ces  étouffemens  que  les  auteurs  regardent  comme 
inséparables  de  ce  qu’ils  appellent  anévrisme,  ou  vague- 
ment hypertrophie  du  cœur.  C’est  qu^en  effet  ces  symptô- 
mes n’appartiennent  point  à l’hypertrophie,  et  n’indiquent 


353  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

au  contraire  qu’un  obstacle  à la  circulation  veineuse.  Or, 
dans  le  cas  présent,  non  seulement  il  n’y  avait  point  d’ob- 
?itacle  au  cours  du  sang,  soit  veineux,  soit  artériel,  mais 
encore  le  mouvement  et  l’impulsion  communiqués  à la 
masse  sanguine,  étaient  tellement  actifs  et  impétueux,  qu’il 
en  est  résulté  des  hémorrhagies , à l’une  desquelles  le  ma- 
lade a succombé. 

2,“  Hypertrophie  excentrique  ou  aoec  dilatation  de  la  cavité 

'ventriculaire. 

OBSERVATION  Hie.  • 

Homme  de  5g  ans.  — Plusieurs  fluxions  de  poitrine.  — Plus  tard , symptômes 
d’anévrisme  de  l'aorte  sous-sternale.  — Point  d’infiltration  générale , ni  d’ascite  , 
ni  d’orthopuée.  — Congestion  cérébrale,  par  suite  de  la  compression  exercée 
par  la  tumeur  anévrismale  sur  la  veine-cave  supérieure.  — Hypertrophie  du 
ventricule  gauche,  avec  dilatation  légère.  — Valvules  du  cœur  à l’état  normal. 
— Anévrisme  de  l’aorte , avec  état  crétacé  des  parois  du  vaisseau. 

Jouin  (Louis-Roche) , porteur,  âgé  de  5g  , était  malade 
depuis  dix-huit  mois  , lorsqu’il  fut  admis  dans  le  service 
delaCharité  (n°  4>  salleSaint-.Iean-de-Dieu),  le4avril  i833. 
Il  disait  avoir  éprouvé  des  fluxions  la  poitrine.  A lage 
de  a6  à 28  ans,  il  avait  eu  aussi  les  hras  enflés.  C’est  depuis 
18  mois  seulement  que,  sans  cause  à lui  connue,  il  lui  était 
survenu  une  petite  grosseur  dans  la  région  droite  du  ster- 
num. En  même  temps,  le  malade  s’aperçut  qu’il  ne  pou- 
vait se  livrer  à quelque  exercice  fatigant  ou  monter  un  es- 
calier , sans  éprouver  des  palpitations  et  des  élouffemens. 
Il  eut  aussi,  à différentes  reprises,  des  crachemens  de 
sang  (i;. 


(1)  Le  malade  est  entré  à l’Hôlel-Dieu , il  y a troismois.il  fut  .saigné  assez 
abondamment,  apres  quoi  on  prescrivit  l’application  de  la  glace  sur  la  grosseur 
de  la  région  sternale.  Le  malade  ayant  refusé  ce  dernier  moyen,  il  sortit  de  l hô- 
pital , après  lin  séjour  d’une  semaine  seulement. 


OBSERVATIONS  o’iIYPERTROPHIE.  36^ 

Voici  ce  que  nous  observâmes  au  moment  de  l’entrée  : 
A droite  du  sternum  , dans  l’étendue  de  deux  pouces,  dans 
la  région  correspondante  à l’origine  de  l’aorte,  on  observe 
un  relief  très  sensible,  une  sorte  de  tumeur  en  forme  de 
voussure.  Celte  tumeur  présente  des  baltemens  isochrones 
au  pouls  , et  en  appliquant  la  main  à sa  surface  on  sent  un 
frémissement  vibratoire  ou  cataire  très  distinct.  La  percus- 
sion pratiquée  sur  cette  région  donne  un  son  mat.  La  ré- 
gion précordiale  elle-même  rend  un  son  clair  dans  toute 
son  étendue,  si  ce  n’est  vers  la  tumeur  où  il  y a de  la  ma- 
tité (un  pouce  carré). 

Lesbattemens  du  cœur  sont  réguliers,  un  peu  étendus, 
mais  d’ailleurs  assez  normaux.  Les  bruits  qui  les  accompa- 
gnent sont  un  peu  forts,  et  on  les  entend  très  bien  dans  la 
région  sous-claviculaire  droite  (il  semble  que  la  tumeur  en 
les  propageant  en  augmente  l’intensité). 

Le  pouls  radial  est  égal  des  deux  côtés,  la  respiration 
est  faible  en  arrière,  et  l’on  entend  à la  partie  supérieure, 
du  côté  gauche , un  ronchus  sec , très  fort. 

Diagnostic. — Anéorisme  de  V aorte  sous-sternale , et  proba- 
blement plaques  osseuses  ou  cartilagineuses , et  ulcérations  de 
cette  artère. 

Prescription  du  h avril.  — Saignée  de  3 palet.;  compress. 
résolut,  sur  la  tumeur;  jidej}  calm.  avec  acét.  de  plomb  3 
gouttes;  2 bouilL,  3 potag.  au  riz.  , 

6 avril.  Couenne  luisante,  verdâtre,  à la  surface  du  caillot. 
Le  frémissement  vibratoire  de  la  tumeur  est  moins  marqué. 

8 avril.  Saignée  de  2 palettes. 

Il  avril.  Les  battemens  de  la  tumeur  sont  moins  forts. 

Saignée  de  i palettes  (point  de  couenne  sur  le  caillot, 
qui  est  assez  abondant). 

i5,  i6,  ly.  Le  malade  crache  un  peu  de  sang. 

i5  sangsues  autour  de  la  tumeur.  > 

À la  fin  du  mois  d’avril , la  tumeur  formait  un  relief 
^lüins  prononcé  (le  malade  mangeait  le  quart). 


o6o  MAtADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER- 

3 mai.  Saignée  de  a palettes  ( le  sang  se  recouvre  d’une 
couenne  légère) . 

5 mai.  Insomnie,  langue  sèche,  nausées;  batlemens  irré- 
guliers du  cœur. 

Rien  de  nouveau  jusqu’au  aa  mai.  Ce  jour-là,  on  remar- 
que une  bouffissure  assez  considérable  de  la  face , avec  gon- 
flement énorme  des  'veines  jugulaires . 

a8.  Le  malade  accuse  pour  la  première  fois  une  douleur 

dans  la  région  de  la  tumeur;  la  joue  et  les  paupières  du 

côté  droit  sont  fortement  œdématiées. 

> 

i®'^juin.  La  veille,  le  malade  est  tombé  tout-à-coup  sans 
connaissance.  Avant  la  visite , une  saignée  lui  avait  été  pra- 
tiquée, il  avait  repris  sa  connaissance,  mais  la  parole  était 
encore  gênée,  et  la  face  plus  rouge  qu’avant  l’accident. 

5 juin.  Pendant  la  visite,  le  malade  perd  connaissance; 
il  tombe  dans  un  état  comateux  , et  sa  lespiration  devient 
stertoreuse;  la  face  est  bouffie,  vultueuse  {saignée  3 palet.; 
lav.  laxaté). — Il  reprend  connaissance  après  la  saignée,  mais 
plusieurs  rechutes  ont  lieu  dans  le  cours  de  cette  journée. 

6 juin.  Le  malade  a repris  sa  connaissance. 

8.  En  auscultant  en  arrière  dans  le  point  correspondant 
à la  tuiiieur , on  constate,  lorsque  le  malade  parle,  un  trem- 
blottemerit  de  la  voix,  une  sorte  à’ égophonie. 

i6.  Le  malade  crache  encore  un  peu  de  sang. 

g et  lo  juillet.  Retour  de  l’état  comateux;  point  de  ré- 
ponse aux  questions;  décomposition  des  traits;  râle  tra- 
chéal. {Saignée;  bouill.  de  veau  \ émét.  3 grains^  lav.  /a.r.) 

12.  La  saignée  n’a  pas  donné  de  sang.  — Le  râle  est  un 
peu  moins  bruyant  (^deux  'vésic.  aux  jambes). 

Dans  la  nuit  le  râle  trachéal  devient  plus  fort  que  jamais. 
; i3.  Mort  à 6 heures  du  soir. 

Autopsie  cadavérique  ^ 89  heures  après  la  mort.  ( Voy.  la 
planche  V^.) 

i”  Habit,  extér.  — Pâleur  générale  et  amaigrissement  ; 
infiltration  considérable  du  bras  droit. 


OBSEUVATIONS  l)’ll Y PEUTUÛPlUE.  3()  f 

2“  Organ.  Hrculat.  et  respir. — Sous  le  slernum  existe  une 
tumeur,  dont  la  surface  adhère  très  intimement  avec  la  face 
postérieure  de  cet  os  et  des  côtes  correspondantes,  qui  pré- 
sentent une  légère  excavation  pour  recevoir  la  convexité 
de  la  tumeur.  Les  adhérences  s’étendent  jusqu’au  sommet 
du  côté  droit  de  la  poitrine  ; séparée  du  sternum , la  tu* 
meur  présente,  à l’endroit  de  cette  séparation,  une  matière 
molle,  friable,*  qui  n’est  autre  chose  que  de  la  fibrine  coa- 
gulée, altérée,  en  grande  partie  décolorée.  Le  poumon 
gauche  répond  par  son  bord  antérieur  à la  partie  inférieure 
de  la  tumeur  qu’il  limite  ; il  recouvre  complètement  le 
ventricule  et  l’oreillette  gauches  et  environ  les  deux  tiers 
du  ventricule  droit. 'Il  est  volumineux,  abondamment 
parsemé  de  matière  noire  et  gorgé  de  sang  à sa  base  et  à 
son  bord  postérieur. 

Située  derrière  la  partie  moyenne  du  sternum,  la  tu- 
meur, en  se  portant  à droite,  avait  refoulé  le  poumon  cor- 
respondant contre  les  parties  latérale,  supérieure  et  pos- 
térieure du  côté  droit.  Le  poumon  , ainsi  refoulé  par  la 
tumeur  avec  laquelle  il  avait  contracté  de  solides  adhé- 
rences, était  atrophié.  La  tumeur  avait  en  même  temps 
exercé  une  compression  considérable  sur  la  veine-cave 
supérieure,  la  jugulaire , et  la  sous-elavière  droites. 

Après  avoir  bien  isolé  la  tumeur  de  ses  adhérences  avec 
les  parties  voisines,  on  voit  qu’elle  est  en  quelque  sorte 
greffée  sur  le  côté  droit  de  l’aorte  ascendante  , laquelle  for- 
mait là  une  poche  ovoïde,  du  volume  de  la  tête  d’un  fœtus. 
La  tumeur  était  longée  par  le  nerf  de  la  huitième  paire. 

• Un  peu  flasque,  on  sentait  en  la  palpant  qu’elle  contenait 
une  énorme  quantité  de  sang  en  caillots.  Les  côtes  droites 
semblaient  rentrées  en  dedans , et  le  foie  présentait  trois  pro- 
fondes scissures  dues  évidemment  a la  pression  des  côtes^  dont 
ces  scissures  étaient  pour  ainsi  dire  le  moule  (le  tissu  du  foie, 
dans  les  points  ainsi  déprimés,, n’était  point  altéré  dans  sa 
structure.) 


36‘1  MALADIES  DU  COEUR  £N  PARTICULIER* 

Appuyée  sur  la  partie  inférieure  de  la  trachée-artère  et 
sur  les  bronches,  la  tumeur  avait  notablement  aplati  ces 
canaux,  lesquels  offraient  inférieurement  une  teinte  d’un 
rouge  foncé,  contrastant  avec  la  pâleur  des  autres  régions 
du  tube  respiratoire. 

L’aorte  ayant  été  ouverte,  voici  ce  qu’on  a observé  : sa 
portion  sous-sternale  est  remplie  par  un  caillot , qui  n’est 
décoloré  que  là  où  il  se  trouve  en  contact  avec  les  parois  de 
la  tumeur;  ce  caillot  est  ailleurs  d’un  noir  foncé  et  com- 
posé de  caillots  secondaires , entassés  confusément  et  sans 
former  de  couches  distinctes.  A droite  , on  aperçoit  la  com- 
munication de  l’aorte  avec  le  kyste  anévrismal;  l’orifice  de 
communication  offre  i pouce  et  demi  de  longueur  sur  i 
de  largeur  ; sa  circonférence  est  ellipsoïde.  Les  caillots  dont 
il  a été  question  plus  haut  étaient  séparés  des  véritables 
parois  delà  tumeur  par  d’autres  caillots  bien  plus  anciens  ; 
et  ceux-ci  étaient  disposés  par  couches  d’autant  plus  den- 
ses , qu’elles  étaient  plus  rapprochées  du  kyste  anévrismal. 

Ces  couches  fibrineuses  adhéraient  entre  elles  j)ar  un  tissu 
lamineux  facile  à détacher.  Les  parois  du  kyste  semblent 
formées  elles-mêmes  par  les  couches  les  plus  extérieures  du 
coagulum  lamelleux , couches  organisées  dans  lesquelles 
on  aperçoit  des  faisceaux  analogues  aux  faisceaux  de  fibres 
musculaires  (i);  autour  de  ces  faisceaux  existent  les  produc- 
tions celluleuses  ou  fibreuses  qui  font  adhérer  le  sac  ané- 
vrismal aux  parties  voisines. 

Les  parois  de  l’aorte,  dilatées  au  point  que  ce  vaisseau 
offrait  8 pouces  de  circonférence , étaient  épaissies  et  res- 
semblaient à du  cuir  blanc.  La  portion  de  l’aorte  ainsi  di-  i 
latée  présentait  des  bosselures  et  des  enfoncemens , et  était 

criblée  intérieurement  de  plaques  cartilagineuses,  osseuses, 

plus  ou  moins  saillantes  et  raboteuses. 


(i)  Quelques  autres  couches  ressemblaient  à delà  chair  décolorée  et  devenue 
friable* 


OBSERVATIONS  d’u Yl’ERTROPHlE.  363 

Il  existait  une  ligne  de  démarcation  des  plus  évidentes,' 
un  véritable  bourrelet,  à l’endroit  où  les  parois  de  l’aorte 
se  continuaient  avec  la  circonférence  de  l’orifice  de  com- 
munication entre  la  cavité  de  ce  vaisseau  et  celle  du  sac 
anévrismal.  Ce'bourrelet,  épais,  saillant,  indiquait  1 endroit 
où  les  parois  de  l’aorte  avaient  été  ulcérées  et  rupturées.  Du 
reste  , la  structure  du  sac  différait  complètement  de  celle 
des  parois  de  l’aorte  elle-même  ; ce  kyste  , formé  de  fibres 
linéaires , rougeâtres , résistait  avec  assez  de  force  à la 
pression  et  à la  traction. 

L’altération  crétacée  de  la  crosse  de  l’aorte  se  continue 
dans  la  portion  thoracique  descendante  de  ce  vaisseau,  ainsi 
que  dans  les  troncs  qui  naissent  de  la  crosse,  mais  à un  fai- 
ble degré.  Cette  altération  va  en  diminuant  dans  la  portion 
abdominale  de  l’aorte,  et  devient  presque  nulle  dans  l'es 
troncs  qui  en  naissent. 

Le  péricarde  ne  contient  pas  de  sérosité.  Le  cœur,  bien 
conformé , est  un  peu  plus  volumineux  qu’à  l’état  normal. 
Son  tissu  est  un  peu  mou  et  rougeâtre  (i). 

Le  ventricule  gauche  est  sensiblement  dilaté,  et  ses  parois 
sont  un  peu  plus  épaisses  qu’à  l’état  normal  (2).  Les  oreil- 
lettes sont  un  peu  dilatées. 

Les  diverses  valvules  ne  présentent  pas  de  notables  alté- 
rations. 

3°  Organ.  deVinnerv.  — A l’ouverture  des  méninges,  il 
s’écoule  une  abondante  quantité  de  sérosité,  et  la  surface 
du  cerveau  est  abreuvée  du  même  liquide.  Les  ventricules 


(1)  Il  ne  faut  pas  oublier  que  l’ouverture  n’a  été  faite  que  09  heures  après  la 
mort , et  dans  une  saison  chaude , circonstances  dans  lesquelles  tous  les  tissus  ten- 
dent à se  ramollir  et  à se  décomposer. 

(2)  Gomme  nous  avions  consacré  à l’examen  minutieux  de  la  tumeur  un  temps 
considérable,  nous  en  manquâmes  pour  prendre  les  dimensions  du  cœur;  mais 
on  verra  dans  la  planche  V e,  où  ce  cœur  est  représenté;  qu’il  existait  bien  réellc- 
tnentune  hypertrophie  excentrique  ou  avec  dilatation  , à un  degré  moyen. 


364  MALADlliS  DU  CΟK  EN  EAlUlCLLlER. 

latéraux  sont  très  vastes  et  contiennent  aussi  de  la  sérosité  ; 
deux  cuillerées  environ  de  ce  liquide  existent  dans  les 
fosses  occipitales  inférieures.  Les  mailles  de  la  pie-mère  en 
sont  infiltrées. — La  substance  cérébrale  est  un  peu  molle 
et  médiocrement  pointillée  de  sang;  il  en  est  de  même  de 
la  substance  cérébelleuse. 

Les  artères  de  la  base  du  crâne  sont  minces  et  non  ossi- 
fiées. . 

4°  Organ.  digest.  — Pointillé  rouge  et  ramollissement 
léger  dans  la  portion  splénique  de  la  membrane  muqueuse 
gastrique  (arborisations  noires  dans  quelques  points  de  la 
même  région);  partout  ailleurs,  la  membrane  muqueuse 
est  saine.  — Gros  intestin  contenant  des  matières  fécales  à 
demi  solides,  parfaitement  sain. 

RÉFLEXIONS. 

Voilà  un  nouveau  cas  dans  lequel  une  hypertrophie  du 
ventricule  gauche,  avec  légère  dilatation,  n’a  point  donné 
lieu  à cet  ensemble  de  symptômes  dits  généraux  que  plu- 
sieurs médecins  attribuent  encore  aujourd’hui  à ce  qu’ils 
appellent  Vané{>?'isme  du  cœur.  Hé  bien  , chez  ce  sujet , les 
valvules  et  les  orifices  étaient  à l’état  normal. 

Il  est  survenu,  il  est  vrai,  un  gonflement  des  veines 
jugulaires  et  une  infiltration. du  membre  supérieur  droit 
et  du  visage  , surtout  à droite.  Mais,  ainsi  que  l’a  démontré 
l’ouverture  du  cadavre , et  comme  nous  l’avions  d’ailleurs 
annoncé,  pendant  la  vie  ces  accidens  étaient  dus  à la  com- 
pression exercée  par  la  tumeur  sur  la  veine-cave  supérieure 
et  sur  la  veine  sous-clavière  .di'ji te.  Aussi  les  membres  infé- 
rieurs et  l’abdomen  n’ont-ils  été  le  siège  d’aucune  accumu- 
lation de  sérosité.  Les  accidens  cérébraux  (perte  de  con- 
naissance, difficulté  de  parler,  respiration  stertoreuse,  etc.), 
ont  été  également  le  résultat  de  la  congestion  veineuse  du 
cerveau,  laquelle  dépendait  elle-même  de  l’obstacle  au 
cours  du  sang  dans  la  veine-cave  supérieure. 


OBSERVATIONS  d’hYPERTROPHIE.  . flCiS 

L’observation  suivante  est  extrêmement  remarquable  èn 
ce  quelle  nous  offre  l’exemple  d’une  hypertrophie  du  ven- 
tricule gauche,  qui  paraît  être  survenue  très  rapidement 
chez  un  individu  affecté  d’un  rhumatisme  aigu. 

OBSERVATION  115<>  (i'. 

> 

Jeune  homme  de  a?,  ans.  — Rhumalisme  articulaire  aigu , avec  baUcmens  vio- 
lens  du  cœur.  — Mort  environ  un  mois’  après  le  début.  — Hypertrophie  avec 
dilatation  du  ventricule  gauche.  r,  , 

•i  . ■ 

f 

« Angelot  (Denis),  tailleur,  âgé  de  22  ans,  d’un  tempé- 
» rament  sanguin,  fut  admis  à l’hôpital  Cochin  (12  jan- 
» vier  i8i8),  présentant  les  symptômes  d’un  rhumatisme 
» articulaire  aigu.  Il  se  plaignait  en  même  temps  d’une  dou- 
» leur  au  côté  gauche  et  vers  la  base  de  la  poitrine , qui , 
» du  reste,  était  bombée  et  sonore  dans  toute  son  étendue. 

I » Le  pouls  était  fort,  plein  et  vibrant , les  battemens  du 
I » cœur  étaient  aussi  très  prononcés.  Le  visage  était'  un 
i » peu  pâlé  ; la  peau  était  couverte  d’abondantes  sueurs.  La 
jj  » langue  était  humide  et  blanchâtre  ; l’abdomen  tendu  , 
\ » sensible  à la  pression. 

i » Le  deuxième  jour  après  l’entrée,  les  douleurs  articu- 
'I  » laires  devien'nentplusaiguës,  et  les  moindres  mouvemens 
I » les  rendent  insupportables  ; la  respiration  est  pénible  ; 

» lalangue  présente  de  la  rougeur  sur-ses  bords;  la  soif  est 
. i » très  vive  ; un  frisson  de  deux  à trois  heures  est  suivi  d’une 
I » chaleur  violente  et  de  copieuses  sueurs.  Les  battemens 
» (lu  cœur  sont  plus  forts  , la  'vibrance  du  pouls  est  plus  mar- 
» qiiée.  ' 

' » Même  état  le  troisième  et  le  quatrième  jours.  Le  cin- 

i|  » quième,  les  symptômes  sont  un  peu  diminués;  mais  les 

,i  ' 

i 1 (ô  Celte  observation  appartient  à M.  Berlin  ( je  l’extrais  du  Traité  des  ma- 
- {adies  du  oceiir  de  }• 

i 


366  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

» jours  suivans,  les  douleurs  rhumatismales  furent  portées 
» au  plus  haut  degré  d’intensité.  Elles  se  calmèrent  le 
» huitième  jour,  la  tuméfaction  des  articulations  diminua  ; . 
» cependaîit\  les  hattemens  du  cœur  augmentèrent  de  force.  — 

» Le  neuvième  jour,  une  douleur  pongitive  se  fit  sentir 
» vers  la  douzième  côte  gauche.  Elle  fat  enlevée  par  une 
» saignée  de  trois  palettes,  mais  se  renouvela  le  lendemain 
» avec  les  palpitations  et  la  vibrance  du  pouls. 

» Le  douzième  jour , les  symptômes  de  rhumatisme  dis- 
» paraissent  ; mais  le  cœur  continue  de  battre  avec  la  même 
» violence  y et  la  vibrance  du  pouls  persiste.  — Un  état  de 
» constipation  est  combattu  par  des  laxatifs. 

» Le  quinzième  et  le  seizième  jours,  les  hattemens  du  cœur 
))  et  la  vibrance  du  pouls  sont  moins  marqués. 

» Les  jours  suivans,  le  malade  se  croyant  entièrement 
» rétabli  J se  disposait  à sortir. 

» Le  I®'  février,  il  éprouve  de  nouveau  une  assez  vive 
» douleur  au  même  côté  de  la  poitrine;  elle  cesse  le  soir, 

» se  renouvelle  avec  plus  de  violence  lé  lendemain , dis- 
» paraît  encore  , revient  le  jour  suivant  et  persiste. 

» Le  5 février  au  soir,  le  malade , après  s’être  promené 
» assez  long-temps  dans  le  jardin , éprouve  un  frisson  vio- 
» lent , suivi  de  nausées"  et, de  vomissemens  ; toux , douleur 
» de^côté  très  aiguë,  respiration  pénible  et  même  sterto- 
» reuse,  palpitations  tumultueuses.  — Une  saignée  de  bras 
» pratiquée  à minuit  le  soulage  au  point  qu’il  peut  se  lever 
» et  même  se>  promener  le  lendemain;  mais  les  mêmes 
» symptômes  se  répètent  encore  le  soir. 

» Le  8 février,  survient  une  expectoration  sanguino- 
w lente;  les  membres  commencent  à s’infiltrer;  les  extré- 
» mités  se  refroidissent;  le  pouls  est  petit  et  irrégulier; 

» le  malade  ne  parle  plus^  qu’avec  la  plus  grande  diffi- 
» culté  ; ses  paroles  sont  entrecoupées  de  soupirs  et  de 
» sanglots , et  il  tombe  , le  g février , dans  un  état  coma- 
teux  ; sa  respiration  est  bruyante  et  haute  ; le  visage  qui 


OBSERVATIONS  d’hYPERTROPHîE.  367 

» était  resté  constamment  pâle , offre  un  aspect  cadavé- 
» reux,  et  la  mort^arrive  le  lendemain  à huit  heures  du 


» soir. 

» Autopsie  cadavérique. 

T>  Les  poumons  étaient  très  engorgés  par  le  sang.  Le 
» poumon  gauche  était  un  peu  refoulé  vers  la  partie  supé- 
» rieure  de  la  poitrine  : il  était  uni  par  quelques  adhéren- 
» ces  à la  plèvre  costale.  Le  péricarde  contenait  une  sérosité 
» jaunâtre.  ' ' , 

» Le  cœur  était  très  volumineux.  ^ Les  parois  du  'ventricule 
» gauche  avaient  plus  d’un  pouce  d’ épaisseur  /vers  la  hase; 
» hjpertï'ophie  qui  allait  en  diminuant-  vers  la  pointe , oîi  elle 
» était  encore  très  prononcée.  Les  colonnes  charnues  étaient 
» plus  développées  que  dans  Vétat  naturel.  La  cuvité  -ventricu- 
» laire  était  plus  que  doublée. 

» L’oreillette  gauche  et  les  valvulés  ne  présentaient  rien 
» d’extraordinaire. — Les  parois  du  ventricule  droit  étaient 
» amincies,  mais  sa  cavité  était  dans  l’état  ordinaire,  ainsi 
» que  l’oreillette  de  ce  côté. — ' L’aorte  avait  un  calibre  sin- 
» gulièrement  petit , non  seulem'ent  comparativement  à la 
» capacité  du  ventricule  gauche , mais  d’une  manière  ab- 
« solue  (l).  ' r-  , 


(1)  Il  est  bien  fâcheux  que  l’ouverture  n’ait  pas  été  plus  détaillée.  D'après  les 
symptômes  rapportés  plus  haut,  il  est  certain  qu’il  existait  une  inflammation  aiguë 
de  la  plèvre  et  du  pounîon , probablement  accompagnée  d’endo-péricardite  ; et  il 
n’est  rien  dit  des  altérations  que  ces  maladies  devaient  avoir  entraînées  à leur 
suite.  Cette  observation  est  encore  un  exemple  de  la  coïncidence  des  maladies  du 
cœur  avec  le  rhumatisme  articulaire  aigu. , - 


3G8 


MAtADTES  i)U  COF.tjR  HN  PAnTICIILll^R. 


OBSERVATION  110«. 

Femme  de  79  ans.  — Baüemens  du  cœur  très  forts,  semblables  à des  coups  dfl 
marteau.  — Paralysie  du  côté  gauche,  avec  raideur  du  bras  droit,  cris  et  agita- 
tion. — Ilypertrophie  avec  légère  dilatation  du  ventricule  gauche  ; arachiiitis  , 
ramollissement  de  l’hémisphère  droit  du  cerveau.  ‘ 

Jeanne  Bossuet , âgée  de  79  ans,  domestique,  d'une  taille 
élevée,  maigre  , pâle  et  nerveuse,  fut  apportée  à rhôpiial 
Coeliin  le  la  janvier  1822.  Les  personnes  qui  la  condui- 
' saient  ne  purent  nous  apprendre  rien  autre  chose,  sinon 
qu’elle  avait  perdu  subitement  connaissanee  quinze  jours 
auparavant;  que  les  •facultés- intellectuelles  s’étaient  en 
partie  ranimées  au  bout  de  quelques  inslans , mais  que 
depuis  le' côté  gauche  était  paralysé.  Voici,  au  reste,  les 
symptômes  que  la  malade  présentait  à son  arrivée.  Tète 
penchée  à droite  , bouche  déviée  dans  le  même  sens,  lan- 
gue obliqu,ant  un  peu  à gauche  , quand  la  malade  la  mon- 
tre , ce  qui  lui  est  difficile  ; pupilles  égales,  mobiles  ; visage 
e.vprimant  une  sorte  d’étonnement  stupide;  paralysie  des 
membres  gauches  , cris,  agitation,  loquacité  , subdelirium. 
— Toutes  les  artères  , mais  surtout  les  carotides,  battent 
avec  force  et  le  pouls  est  un  peu  fréquent.  Les  battemens 
du  cœur  soulèvent  les  .vêtemens  de  la  malade;  ils  sont  vi- 
goureux, bien  détachés,  et  repoussent  brusquement  la 
main  appliquée  sur  la  région  précordiale.  Explorés  avec  le 
cylindre,  ils  ressemblent  véritablement  à des  coups  de 
marteau  , et  produisent  un  son  assez  clair.  -• 

Diagnostic. — Hypertrophie  du  cœur , phlegmasie  cérébrale. 

De  si  graves  maladies,  jointes  à l’âge  très  avancé  du  su- 
jet, ne  laissent  aucun  espoir  de  guérison. 

Cependant  le  visage  se  décompose , le  membre  supérieur 
droit  se  raidit,  et  résiste  à l’extension  ; la  malade,  plongée 
dans  un  état  comateux,  pousse  des  gémissemens  et  îles  cris, 
et  succombe  dans  le  cours  du  cinquième  jour  après  son 
entrée» 


OBSERVATIONS  D’HYrERTROnilE.  36ç) 

Autopsie  cadavérique , 3o  heures  après  la  mort. 
i“  Organ.  respir.  et  circulât. — Les  deux  poumons  sont  par- 
faitement crépitans  (le  droit  était  adhérent  à la  plèvre  pa- 
riétale). ' 

•Le  péricarde  est  injecté. 

Le  cœur  est  tien  plus  gros  que  le  poing  du  sujet.  Le 
ventricule  droit , environné  d’une  grande  quantité  de 
graisse,  est  d’ailleurs  sain.  Il  ne  contient  pas  de  sang , non 
plus  que  l’oreillette'  correspondante,  dont  les  colonnes 
charnues  sont  très  fortes. 

Le  ventricule  gauche  est  hypertrophié.  Ses  parois,  à la 
base,  ont  environ  1 1 lignes  d’épaisseur  ; la  cloison  ventricu- 
laire est  épaisse  d’environ  7 lignes.  Les  colonnes  du  ventri- 
cule gauche  sont  très  nombreuses,  et  sa  capacité  l’emporte 
un  peu  sur  celle  du  droit.  Les  parois  de  l’oreilette  gauche 
sont  épaissies.  Le  tissu  dès  ventricules'est  rouge  et  ferme. 

Des  points  jaunâtres  existent  dans  toutes  les  valvules 
du  cœur  ; les  valvules  aortiques  sont  même  parsemées  de 
quelques  plaques  osseuses  ou  calcaires.  Les  artères  coro- 
naires forment  un  relief  très  marqué  à la  surface  du  cœur. 
Elles  sont  dures  et  ossifiées  dans  tout  leur  trajet. 

L’origine  de  l’aorte  est  dilatée  ; dans  toute  la  longueur  de 
cette  artère;  la  surface  intérieure  est  inégale,  hérissée  de 
lames  jaunes  , terreuses  et  de  squammes  calcaires,  analo- 
gues à des  coquilles  d’œuf,  mais  plus  épaisses,  et  dont  plu  - 
sieurs  soulèvent  la  membrane  interne.  Les  artères  qui  nais  ; 
sent  immédiatement  de  l’aorte,  cellesdes  membreset  surtout 
des  pelviens,  les  artères  de  la  base  du  crâne,  les  ophthal- 
miques,  partagent  la  dégénérescence  de  l’aorte;  leur  mem- 
brane celluleuse  est  très  injectée  (i).  Le  tronc  de  l’artère 
mésentérique  supérieure,  entièrement  ossifié,  forme  un 


(1)  Il  est  asseï  remarquable  que  les  carotides  prioiitiyes  avaient  en  quelque 
sorte  échappé  à l'altération. 


2. 


34 


à.. 


370  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

tube  dur  et  inflexible  ; mais  les  branches  et  les  rameaux  qui 
se  distribuent  aux  organes  digestifs  sont  exempts  de  cette 
altération.  Tout  le  système  artériel,  en  général,  est  gorgé  de 
sang  liquide,  tandis  que  le  système  veineux,  revenu  sur  lui- 
même,  en  contient  à peine. 

a®  Orgaii,  digest.  — Les  circonvolutions  3e  l’intestin  grêle 
sont  petites,  contractées  et  rouges.  Le  rectum  est  distendu 
par  des  matières  fécales  endurcies.  La  membrane  muqueuse 
de  l’estomac  est  d’un  rouge  foncé  dans  la  région  splénique. 

3°  Centres  netveux. — Il  existe  une  grande  quantité  de  séro- 
sité à la  base  du  crâne  et  dans  les  ventricules.  L’arachnoïde 

4. 

qui  recouvre  les  circonvolutions  supérieures  du  cerveau 
est  opaque  et  d’une  couleur  laiteuse.  Le  lobe  postérieur  de 
l’hémisphère  droit  offre  une  teinte  jaune. très  prononcée: 
il  est  ramolli  et  comme  déliquescent.  A son  centre  existe 
une  matière  blanchâtre,  crémeuse,  vraiment  purulente;  sa 
substance  offre  d’ailleurs  une  rougeur  et  une  injection  con- 
sidérables, et  est  parsemée  de  caillots  de  sang  très  petits, 
ainsi  que  de  masses  jaunes , plus  grosses,  faciles  à écraser, 
dont  l’intérieur  est  infiltré  de  sang.  Le  foyer  est  tapissé 
d’une  membrane  très  fine , parcourue  de  vaisseaux  rouges 
très  apparens.  L'arachnoïde^qui  enveloppe  les  circonvolu- 
tions ramollies  leur  adhère  si  intimement , qu’elle  paraît 
confondue  avec  elles.  Le  reste’du  cerveau  est  sans  altéra- 
tion notable.  Les  plexus  et  la  toile  choroïdes  contiennent 
des  globules  hydatidiformes. 


OBSERVATION  117». 


( 


! 


Homme  d’environ  4o  ans.  — Battemens  du  coeur  peu  sensibles  à la  main  , 
arec  pouls  fort  et  vibrant.  — Dyspnée  extrême,  infiltration  , etc.  — Hypertro- 
phie et  dilatation  énornie  du  ventricule  gauche llydrolborax. 


Pierre  Brisson  , âgé  d’une  quarantaine  d’années , maçon, 
d’une  taille  peu  élevée,  mais  fortement  constitué,  assurait 
n'être  malade  que  depuis  une  quinzaine  de  jours,  lorsqu’il 


OBSERVATIONS  d’hYPERTROPHIË.  87! 

entra  à l’hopItal  Cochin  le  i3  juin  1822.  L’état  très  alar- 
mant où  il  se  trouvait  nous  portait  cependant  à croire  que 
sa  maladie  datait  d’une  époque  plus  éloignée.  Voici  quel  était 
cet  état  ; douleur  à la  partie  moyenne  du  thorax  et  à la 
région  précordiale , où  le  malade  éprouvé  un  sentiment 
d’oppression  insupportable.  Toux,  orthopnée,  pouls  fort, 
vibrant  et  régulier  ; battemens  du  cœur  peu  sensibles  à la 
main  (l'état  d’angoisse  et  d’agitation  ne  permet  pas  de  pra- 
tiquer l’auscultation)  ; céphalalgie,  étourdisseraens,  éblouis- 
semens  fréquens,  insomnie  des  plus  cruelles  ; visage  blême 
et  boul'fi,  lèvres  grosses  et  un  peu  livides  (i). 

PfiEScniPTioN.  — Tisane  apérit.  ; jul.  digit. 

Le  16  juin,  quatrième  jour  après  l’entrée j le  malade, 
incessamment  menacé  de  perdre  la  respiration  , ne  peut 
plus  rester  couché  ; la  frayeur  et  l’anxiété  sont  peintes  sur 
son  visage.  Le  17,  le  malade  reste  assis,  appuyé  sur  le  bord 
de  son  lit,  la  tête  basse  et  le  corps  penché  en  avant  : il  gé- 
mit et  est  haletant  : il  implore  nos  secours  et  nous  conjure 
de  ne  pas  le  laisser  mourir.  On  pratique  une  saignée,  du 
bras;  mais  le  sang  ne  coule  que  goutte  à goutte,  ce  qui 
oblige  de  remplacer  la  saignée  générale  par  l’application  de 
trente  sangsues  à la  région  précordiale.  Le  18,  peau  froide, 
, œdème  du  pied  droit  (vésicat.  sur  la  poitrine).  — Environ 
deux  heures  de  sommeil  la  nuit  suivante. — Le  19,  jour  d’o- 
rage et  de  pluie , augmentation  rapide  de  tous  les  symp- 
tômes, étouffement,  angoisses  affreuses;  le  malade  nu, 
assis  sur  sa  chaise  , le  tronc  tendu  et  fortement  courbé  en 
avant,  la  tête  appuyée  sur  le  bord  du  lit,  ne  peut  conserver 
d’autre  position  et  s’attend  à une  mort  prochaine. — Le  20> 


(i)  Celte  observation,  recueillie  en  1822,  manque  de  quelques  détails  tê- 
méio'ogiquts.  Si  je  la  rapporte  ici,  c’est  quelle  offre  de  l’intérêt  sous  le  point 
de  vue  anatomique , ainsi  que  sous  celui  de  la  rapidité  avec  laquelle  l’hypertro- 
phie parait  s’élre  développée. 

24. 


: 37^2  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

' situation  de  plus  en  plus  déplorable;  contraction  comme 

‘}  convulsive  du  diaphragme,  suffocation  imminente,  visage 

plus  gonflé,  yeux  égarés,  peau  froide,  désir  delà  mort, 
qui  arrive  enfin  à dix  heures  du  matin. 

Autopsie  cadai^érique , 20  heures  après  la  mort. 
r .1"  Habitude  extérieure.  Cadavre  bien  conformé;  infdtra- 

i tion  des  membres  , dont  les  veines  sont  gorgées  de  sang'. 

2°.  Organ.  respir.  et  circul. — Son  mat  des.  deux  côtés  de  la  i 

jj  poitrine;  épanchement  d’une  grande  quantité  de  sérosité, 

N légèrement  rougeâtre , dans  les  deux  cavités  de  la  plèvre.  , 

Pressés  par  ce  liquide  et  par  la  masse  énorme  du  cœur,  les  i 

deux  poumons,  peu  volumineux,  présentent  un  tissu  en- 
k core  crépitant,  mais  condensé  par  la  compression, 

j!  Le  péricarde  contient  une  petite  quantité  de  sérosité  rou- 

geâtre. Le  cœur,  gorgé  de  sang,  énorme  (quatre  fois  environ 
plus  gros  que  le  poing  du  sujet  ) , occupe  autant  d’espace  i 
! que  les  deux  poumons  réunis  : il  est  situ^  transversalement,  | 

de  manière  que  sa  base  comprime  un  peu  le  poumon  droit,  i 
' tandisquelesdeuxventriculespèsentpourainsi  dire  de  tout  1 

leur  poids  sur  le  poumon  gauche.  Débarrassé  des  caillots  a 
fibrineux  noirs  qui  l’engorgent,  le  cœur  conserve  encore  un  4 
volume  extraordinaire.  Le  ventricule  gauche  a une  capacité  îj 
triple  de  celle  qui  lui  est  naturelle,  et  ses  parois  ont  envi-  , - 
ron  six  lignes  d’épaisseur.  Son  tissu  est  rouge  et  assez  ferme.  .| 
L’oreillette  gauche,  extrêmement  petite  en  comparaison 
du  ventricule,  pourrait  contenir  un  œuf  de  poulette. — Le  i 
ventricule  droit , bien  moins  ample  que  le  gauche,  un  peu  i 
dilaté  néanmoins,  conserve  son  épaisseur  ordinaire.  Cette  'j 
épaisseur,  assez  uniforme  dans  toute  l’étendue  de  ce  ven-  i 
tricule,  comme  cela  avait  aussi  lieu  dans  le  gauche,  dimi-  :i 
nue  seulement  un  peu  vers  la  pointe.  L’oreillette  droite  , 1 

épaisse  et  charnue,  est  d’un  bon  tiers  plus  volumineuse  que  I 
la  gauche. — Les  orifices  du  cœur  sont  sains.  L’aorte  et  l’ar-  | 
tère  pulmonaire  sont  gorgées  de  caillots  de  sang  ; la  crosse  de  j 


.à 


OBSERVATIONS  d’hYPERTROPIIIE.  873 

]a  première  est  sensiblement  dilatée,  tandis  que  son  orifice 
est  peut-être  un  peu  rétréci. 

' 3”  Organ.  abdom.  — La  membrane  muqueuse  de  l’esto- 
mac, de  l’intestin  grêle  et  du  gros  intestin,  présente  une 
rougeur  foncée,  analogue  à la  couleur  du  kermès,  et  pro- 
duite par  l’engorgement  mécanique  des  vaisseaux  sanguins. 
Un  tîenia  vivant  parcourt  toute' la  longueur  de  1 intestin 
iléon.  — Le  foie  et  la  rate  sont  gorgés  de  sang.  La  vessie  est 
contractée,  rosée  intérieurement. 

4”  Organ.  encéphal.  — Le  cuir  chevelu  est  aussi  gorgé  de 
sang  ; il  existe  une  assez  grande  quantité  de  sérosité  dans 
l’arachnoïde.  A la  convexité  du  cerveau,  le  feuillet  viscéral 
de  cette  membrane  adhère  avec  le  feuillet  pariétal,  et -pré- 
senté çà  et  là  diverses  granulations  ; sur  les  côtés  des  hé- 
misphères, l’arachnoïde  est  opaque,  laiteuse  et  injectée; 
la  substance  cérébrale  est  d’une  grande  mollesse  (i). 

30  Hypertrophie  concentrique  ou  avec  rétrécissement  de  la  ca- 
vité'ventriculaire.  , ,1 

« 

^ OBSERVATION  118«. 

C 

Femme  de  4o  ans.  — BaUemens  du  ventricule  gauche  violens,  sourds  et  peu 
étendus;  palpitations.  — Paralysie  du  bras  droit,  puis  érysipèle  de  la  face. — 
Mort.  — Hypertrophie  du  ventricule  gauche,  avec  rétrécissement  de  sa  cavité. 
— Ramollissement  du  cerveau  et  du  cervelet. 

Sally  (Prudence),  âgée  de  4o  ans,  domeslique,  d’un 


(1)  Cette  hypertrophie  paraît  avoir  affecté  une  marche  aigue , puisque  le  ma- 
lade nous  assurait  n’en  avoir  éprouvé  les  premiers  symptôm.es  que  quinze  jours 
avant  son  entrée.  Nous  avons  déjà  dit  qu’il  nous  semblait  probable  que  la  ma- 
ladie dont  il  s’agit  remontait  à une  époque  plus  ou  moins  éloignée.  Néanmoins  , 
des  faits  de  ce  genre  méritent  d’être  publiés,  afin  que  l’on  parvienne  un  jour  à 
déterminer  si  véritablement,  dans  certains  cas,  l’hypertrophie  du  coeur  peut  ac- 
quérir en  quelques  semaines  un  développement  qu’elle  n’acquiert  ordinairement 
qu’au  bout  d'un  temps  beaucoup  plus  long. 

Déjà,  au  reste,  l’observation  n5«  nous  a offert  un  remarquable  exemple 
d’une  hypertrophie  à marche  probablement  aiguë. 


374  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

tempérament  sec  et  nerveux,  née  à Saint-Domingue, 
éprouvait,  depuis  huit  ans,  par  intervalles,  des  palpitations, 
lorsqu’elle  entra  à l’hôpital  Cochin,  le  8 avril  1822.  Les 
menstrues,  habituellement  peu  abondantes,  mais  régu- 
lières, avaient  cessé  de  couler  depuis  un  mois  seulement. 
Pendant  les  trois  années  précédentes  on  lui  avait  fait  plu- 
sieurs saignées  , qui  l’avaient  soulagée.  Au  mois  de  janvier 
dernier  (1822),  le  bras  droit  avait  été  entièrement  para- 
lysé. Lors  de  l’entrée , la  paralysie  n’était  pas  encore  entiè- 
rement dissipée;  le  membre  exerçait  néanmoins  des  mou- 
vemens  volontaires,  à la  vérité  très  faibles.  La  malade  se 
plaignait  d’une  céphalalgie  assez  violente , continuelle, 
occupant  particulièrement  les  côtés  et  le  derrière  de  la  tête. 
Quand  on  l’interrogeait , elle  répondait  avec  une  lenteur 
extrême  ; ses  traits  exprimaient  une  sorte  de  stupeur  idioti- 
que  ; elle  éprouvait  de  temps  en  temps  des  palpitations  et 
des  élouffemens;  le  pouls  était  régulier,  peu  développé ^ 
maisf/wret  fort;  les  battémens  du  ventricule  gauche,  ex- 
plorés avec  le  cylindre , étaient  forts , concentrés,  sourds^  et 
profonds. 

Diagnostic.  —Hypertrophie  du  'ventricule  gauche;  affection 
cérébrale. 

On  prescrit  1 5 sangsues  au  siège  et  une  infusion  de  feurs  de 
tilleul  et  d’oranger. 

Il  ne  se  passa  rien  de  remarquable  dans  l’état  de  la  ma- 
lade , jusqu’au  i®"  mai.  A cette  époque  la  conjonctive  droite 
était  vivement  enflammée  ; la  céphalalgie  était  intolérable 
et  il  existait  de  la  constipation  [vésic.  à la  nuque;  hydromel 
glaub.  ; pédil.  sinap.) . 

Le  vésicatoire  détermine  un  gonflement  très  doulou- 
reux des  ganglions  lymphatiques  du  côté  droit  du  cou  , 
dans  lesquels  il  se  forme  quelques  foyers  de  suppura- 
lion.  On  pratique  une  petite  incision,  qui  est  suivie  de 
soulagement. 

Le  i5  mai,  après  s’être  promenée  toute  la  journée,  la 


OBSERVATIONS  D’nYPERTRoriIIE.  376 

malade  éprouva  une  attaque  de  nerfs,  sur  les  symptômes 
de  laquelle  on  ne  put  recueillir  rien  de  satisfaisant.  Elle 
dit  en  avoir  éprouvé  plusieurs  autres  semblables.  La  nuit 
suivante  fut  agitée  [pot.  calm. , pédil.) . 

16.  L’accès  nerveux  est  tout-à-fait  disparu  ; mais  le  côté 
droit  du  visage  est  le  siège  d’un  érysipèle  œdémateux  ; 
lièvre  ; quelques  signes  de  délire  dans  la  journée. 

iq.  L’érysipèle  s’étend  à toute  la  face  (3o  sangsues  au  cou  , 
et  au  visage  ^ petit-lait  êmétise  ÿ limonade^  dièté^. 

18.  Fièvre  très  vive,  tendance  continuelle  à sortir  du  lit; 
pas  de  réponse  aux  questions.  Appelé  auprès  de  la  malade, 
à deux  heures  après  midi,  je  la  trouve  sans  connais- 
sance ; ses  lèvres  sont  décolorées , la  turgescence  inflam- 
matoire du  visage  est  presque  nulle  ; le  visage  est  pâle  ; les 
paupières  sont  fermées  ; le  sentiment  est  éteint  ; le  pouls 
est  fréquent  et  petit;  la  respiration  rare,  lente,  accompa- 
gnée de  râle  ; cependant  les  mouvemens  respiratoires  se 
ralentissent  de  plus  en  plus;,  le  pouls  perd  sa  fréquence, 
devient  lent,  s’évanouit...  Les  batteraens  du  cœur  lui  sur- 
vivent ; quelques  inspirations  demhconvulsives  s’opèrent 
encore  ; pendant  leur  long  intervalle  , on  croit  la  malade 
morte. ..  La  main  ajipbquée  sur  la  région  du  cœur  le  sent  en- 
core tressaillir.  Deux  au  très  inspirations  profondes  se  mani- 
festent ; un  liquide  écumeux  abreuve  la  bouche,  une  sorte 
de  frémissement  se  fait  sentir  dans  les  muscles  de  l’avant- 
bras  ; leurs  tendons  tressaillent  ; la  respiration  ne  s’opère 
plus...  La  malade  est  morte. 

Autopsie  cadavérique , 48  heures  après  la  mort. 

I®  Habit,  extér. — Cadavre  maigre,  sans  infiltration,  bien 
conformé.  ' ' 

2®  Organ.  respirât,  et  circul,  — Les  deux  poumons  sont 
sains. 

Le  cœur,  gorgé  de  sang,  et,  dans  cet  état,  double  du 
poing  du  sujet , remplit  toute  la  partie  anterieure  gauche 
de  la  poitrine,  en  s’étendant  jusque  vers  la  clavicule.  Les 


3;6  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

orifices  ne  présentent  rien  de  notable  que  la  rougeur  de 
leurs  valvules.  Le  'ventricule  gauche ^ extrêmement  robuste,  a 
ses  parois  épaisses  d' un  pouce . dans  leur  partie  moyenne  : Ve- 
paisseur  diminue  vers  la  base  et  le  sommet.  Quelques  colonnes 
charnues  sont  également  hypertrophiées.  La  cavité  du  ventri- 
cule est  très  sensiblement  rétrécie. 

Les  deux  oreillettes,  et  le  ventricule  droit,  dont  la  pointe 
descend  bien  moins  bas  que  celle  du  gauche,  sont  à peu  près 
dans  leur  état  normal.  La  cloison  interventriculaire  a 6 
lignes  d’épaiSsèur.  Le  tissu  musculaire  du  cœur  est  rouge, 
ferme  et  vermeil. 

L’aorte,  dont  le  calibre  est  peu  considérable,  contient 
de  longs  cordons  fibrineux.  Sa  face  interne  est  parsemée 
d’écailles  jaunâtres , terreusies,  calcaires  ou  fîbro-cartilagi- 
neuses.  La  même  altération  se  remarque  dans  les  artères  du 
bassin,  des  membres  abdominaux  et  surtout  dans  celles  du 
cerveau.  Les  artères  coronaires  , les  carotides  , les  artères 
de  membres  thoraciques,  sont  saines,  si  ce  n’est  que  les 
premières  sont  plus  volumineuses  que  dans  l’état  naturel. 

3°  Cent.  neiv.  — Ramollissement  inflammatoire  du  corps 
strié  droit , et  de  la  partie  moyenne  inférieurè  de  l’hémi- 
.sphère  gauche.  Ramollissement  de  la  partie  centrale  de  l’hé- 
misphère droit  du  cervelet  (i).  ^ 

OBSERVATION 

Homme  de  5o  ans.  — Deux  (luxions  de  poitrine.  — Palpitations;  battemens 
du  cœur  forts  et  étendus;  matité  augmentée  de  la  région  précordiale;  pouls  pe- 
tit, étroit,  vibrant.  — Hypertrophie  concentrique  du  ventricule  gauche. — 
Traces  d’ancienne  endo-péricardite. 

Baudouin,  âgé/ de  5o  ans,  cultivateur,  d’une  forte  con- 
stitution, fut  reçu  à la  clinique  (n°7,  salle  Saint-Jean-de- 


(i)  Je  ne  fais  qu’indiquer  ces  altérations,  que  j’ai  décrites  avec  soin  danj  le 
traité  de  VEncéphaliU,  où  cette  observation  a été  consignée. 


OBSERVATIONS  b’iIYPERTROPIITE.  377 

Dieu),  le  i5  novembre  i833.  Il  a eu  àcnx  fluxions  de 
poitrine,  la  première , il  y a onze  ans  , et  la  seconde  , il  y a 
quatre  mois.  La  douleur  qui*  accompagna  cette  maladie 
( exista  les  deux  lois  dans  le  côté  gauche. 

Dans  le  cours  de  la  présente  année , il  a-  été  pris  d'un 
I écoulement  hémorrhoïdal  qui  n’a  duré  que  a4  heures  , 
{ et  c’est  aussi  depuis  un  an  environ  qû’il  s’est  aperçu  que  ses 
jambes  et  son 'ventre  enflaient.  Voici  quel  était  son  état  au 
î moment  de  l’entrée  : ' - . 

Peau  pâle,  tendue  en  raison  de  l’infiltration,  qui  estcon- 
|s  sidérahleaux  membres  inférieurs  (les  supérieurs  sont  à peu 
fprès  à l’état  naturel).  L’abdomen  est  tendu  et  la  fluctuation 
»y  est  très  sensible.  — Le  pouls  est  étroit,  un  peu  'vibrant,  à 
^76,  régulier,  sans  intermittence.  Les  veines  jugulaires  ne 
s sont  pas  notablement  dilatées..  Les  battemens  du  cœur, 
rréguliers  comme  le  pouls,  se  voient  à un  pouce  environ  plus 
lhaut  que  dans  l’état  normal  ; ils  frappent  fortement  et 
rrepoussent  la  main  qui  les  explore;  la  matité  de  la  région 
■[  précordiale  occupe  une  surface  de  12  à 16  pouces  car- 
’rés.  Dans  toute  l'étendue  de  la  matité,  les  bruits  du  cœur 
vsont  plus  forts  qu’à  l’état  normal  (dans  la  région  des 
l'cavités  gauches,  le  second  est  un  peu  sec  et  étouffé).  On 
jlJes  entend  dans  toute  la  partie  antérieure  de  là  poitrine. 

111  survient  des  palpitations,  lorsque  le  malade  se  livre  à 
quelque  exercice  ou  qu’il  monte  un  escalier  ; mais  il  n’en 
existe  pas  à l’état  de  repos,  et  le  malade  n’a  pas  besoin 
d’avoir  la  tête  très  él^evée  pour  respirer.  Le  sommeil  est 
assez  bon;  quelques  réveils  en  sursaut. 

Dans  le  côté  gauche  , en  arrière,  la  résonnance  est  très 
f claire  jusqu’au  dessous  du  scapulum  , où  elle  devient  nulle 
et  où  on  entend  un  râle  crépitant  très  gijos  (la  peau  du 
I dos  est  infiltrée).  ■ — A droite,  la  résonnance  est  comme  à 
pgauche , mais  on  n’y  entend  pas  de  râle.  — Il  n’existe  ni 
V-égophonie , ni  bronchophonie. 


378  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

Diagnostic.  — Hypeî'trophie  du  cœur.  — Commencement 
d* induration  des  'Valmles.  — OEdème  du  poumon. 

Prescription.  — line  saignée  deZpalett.;  org.sir.  des  cinq 
racin.  et  sir.  pointe  d’asperge  ; 3 bouill.  ; 2 potag. 

18.  Fièvre  vive  avec  sécheresse  de  la  langue  et  de  la 
peau;  pouls  à n6/,  toujours  étroit , petjt,  quoique  dur  et 
vibrant.  Le  malade  éprouvé  une  vive  douleur  à la  cuisse 
{saignée  de  3 palétt.  ; dicté). 

19.  Le  ventre  paraît  moins  tendu.  La  fièvre  continue 

(pouls  à 96);  il  est  survenu  du  dévoiement  ; persistance  de 

la  douleur  de  la  cuisse. 

% * * ' 

21 , 22 , 23  , 24»  25 , 26.  On  remarque  que  les  veine» 
qui  rampent  sur  les  parois  de  la  poitrine  sont  très  volu- 
mineuses. ^ ^ 

On  fait  quelques  mouchetures  au  scrotum,  qui  est  énor- 
mément infiltré. 

Les  jours  suivaiis , le  dévoiement  augmente;  la  douleur 
de  la  cuisse  continue;  la  figure  s’altère;  l’amaigrissement  fait 
de  rapides  progrès. 

Mort  le  29  3 7 heures  du  soir. 

Autopsie  cadàoérique,  4<>  heures  après  la  mort. 

I®  Habit,  extèr.- — Les  membres  inférieurs  sont  fortement 
infiltrés;  la  tuméfaction  du  scrotum  et  des  parois  de  l’ab- 
domen est  beaucoup  moindre  qu’elle  n était  il  y a quel-' 
ques  jours.  . . 

A la  partie  externe  de  la  cuisse  gauche,  là  où  le  malade 
avait  accusé  une  vive  douleur,  existe  un  vaste  foyer  puru 
lent , à la  fois  sous-cutané,  sous-aponévrotique  et  interrau 
culaire  : il  s’étend  depuis  la  partie  supérieure  externe  d 
la  cuisse  jusqu’au  tendon  du  triceps,  et  embrasse  toute  la! 
partie  externe  du  membre. 

La  sérosité  abdominale  présente  une  teinte  citrin 
foncée. 

2”  Organ.  circid.  et  respir, — Le  péricarde  contient  un 


OBSERVATIONS  d’hYPERTROPHIE.  3’]^ 

demi-verre  de  sérosité  roussâtre^  il  adhère  de  toute  part 
avec  la  plèvre  voisine  ; les  poumons  adhèrent,  de  leur  côte, 
aux  parois  pectorales'par  un  tissu  celluleux  ou  fibro-cellu- 
leux.  Les  veines  du  cœur  sont  plus  saillantes  qu  a 1 état  nor- 
mal. Cet  organe  estpresque  entièrement  dépourvu  de  graisse 
à sa  partie  antérieure  ainsi  que  sur  le  commencement  de 
|l  l’aorte,  où  l’oiî  observe  des  taches  laiteuses  , traces  d’an- 
ji  cienne  péricardite. 

i Poids  du  cœur  non  encore  vidé , avec  l’origine  des  gros 
!i  vaisseaux,  388  grammes. 

Le  cœur  semble  presque  entièrement  formé  par  le  ventri- 
( cule  gauche  et  la  cloison.  Le  ventricule  droit  forme  à peine 

I le  cinquième  de  la  masse  totale  du  cœur  ; le  tissu  cellulaire 
1^  de  ce  ventricule  est  infiltré  ; la  cavité  ventriculaire  ne  con- 

I I tient  presque  aucun  caillot  de  sang;  sa  capacité  est  d’un  bon 
quart  plus  grande  qu’àd’état  normal  ; l’épaisseur  de  ses  pa- 

j Trois  est  de  2 lignes  à 2 lignes  i|4;  elles  sont  molles  et 
if  flasques.  L’oreillette  droite  est  plus  dilatée  encore  .que  le 
ventricule  i ses  parois  sont  un  peu  amincies.  — L’orifice 
1 ; auriculo-ventriculaire  droit  a 5 pouces  de  circonférence  ; 
iMa  circonférence  de  l’orifice  ventriculo-pulmonaire  est  de 
’ i 3 pouces  i|2.  Les  valvules  droites  ne  sont  pas  sensiblement 
J < épaissies  ; elles  sont  rouges  comme  le  reste  de  la  cavité,  ce 
il  qui  tient,  peut-être,  à l’imbibition  cadavérique. 

La  cavité  du  'ventricule  gauche  est  rétrécie  et  forme  une  espèce 
t de  canal  cplindricpie , contenant  à peine  le  doigt  indicateur.  Ce 
’ i rétrécissement  coïncide  avec  une  hypertrophie  considérable  des 
\ J parois,  lesquelles,  à la  base,  ont  un  pouce  d’épaisseur.  Cette 
» épaisseur  reste  à peu  près  la  même  dans  les  trois  quarts  de  la 
‘ 1 longueur  du  ventricule,  et  diminue  ensuite  vers  la  pointe; 

! l’épaisseur  de  la  cloison  interventriculaire  est  de  lo  lignes. 
^ L’oreillette  gauche  a une  cavité  d’un  bon  tiers  moindre 
que  celle  de  la  droite.  Sa  capacité  absolue  est  un  peu  moindre 
> ( qu’à  l’éiat  normal,  L’ épaisseur  de  ses  parois  est  un  peu  plus 
que  normale.  (Les  cavités  gauches  ne  contenaient  presque 


1 


1 • 

38o  MALADIES  DU  COFX'R  EN  PARTICULIER. 

aucun  atome  de  sang,  et  elles  étaient  cependant  rougies  | 
comme  par  imbibition.). 

L’orifice  auricula-ventriculaire  gauche  a 4 pouces  3 ligne*.: 
de  circonférence.  — La  ■valvule  bicuspide  est  notablement  < 
épaissie,  principalement  la  lame  qui  répond  à l’ouverture 
aortique.  Là,  son  tissu  crie  sous  l’instrument  qui  le  di^^sc: 
à l’instar  d’un  fibro-cariilage  ; l’épaisseur  de  la  sectiom 
est  d’une  demi-ligne;  d’ailleurs,  la  valvule  est  mobile  et 
peut  fermer  exactement  son  orifice  : — l’orifice  aortique  a) 
3 pouces  5 lignes  de  circonférence  ; ses  valvules  ne  sontr 
pas  sensiblement  épaissies,  et  sont  mobiles  comme  à l’étati 
normal. 

La  substance  du  cœur  est  assez  ferme,  mais  plus  brune 
que  dans  l’état  ordinaire. 

L’intérieur  des  gros  vaisseaux  estd’un  rouge  plus  ou  moins 
foncé  (i);  dans -toute  son  étendue  l’aorte  présente  çà  et  là 
des  taches  blanchâtres  ou  légèrement  jaunâtres,  analogues 
à celles  qui  existaient  sur  la  portion  du  péricarde  qui  se 
déploie  sur  l’origine  du  vaisseau  et  sur  le  cœur. 

Les  deux  poumons  sont  gorgés  de  ^ang  et  de  sérosité; 
leur  tissu  condensé,  et  comme  carnifié,  est  d’un  rouge- 
' brun.  Les  bronches  offrent  une  teinte  rouge  assez  pronon- 

cée, violâtre  en  quelques  points. 

3“  Organ.  digest.  et  annex. — Le  foie  contient  une  quantité  | 
de  sang  assez  considérable;  son  tissu,  d’un  rouge-marron  oui 
chocolat , est  légèrement  induré.  — La  rate  est  hypertro-1 
phiée  et  mélanosée  à sa  surface  externe,  où  elle  présente! 
quelques  plaques  fibro- cartilagineuses. — La  membranel 
muqueuse  de  l’estomac  offre  une  teinte  grisâtre  sur  laquelle! 
tranche  un  pointillé  rouge,  disséminé  en  divers  endroits.! 

( J 

(i)  Comme  le  cadavre  ne  fut  ouvert  que  4o  heure»  après  la  mort,  il  se  peut 
que  celle  rougeur,  ainsi  que  celle  du  cœur,  dépendît,  du  mains  en  partie,  d'une 
imbibition  cadavérique,  bien  que  la  saison  ne  filt  pas  favorable  à la  prompte  dé- 
composition putride.  N’oublions  pas  cependant  que  pareille  rougeur,  dans  des  cas 
' analogues  à celui-ci , est  quelquefois  le  résultat  d'un  état  phlegmasique. 


OBSERVATIONS  d’hYPERTROPHIE.  38 1 ’ 

La  teinte  grisâtre  de  reslomac  existe  dans  toute  l’étendue 
de  l’intestin  grêle,  plus  foncée  sur  les  plaques  de  Payer  que 
partout  ailleurs.  (Il  semble  que  les  plaques  intestinales  ne 
contiennent  pas  de  sang;  elles  sont  plus  épaisses  qu’à  l’or- 
dinaire, ce  qui  tient  à un  commencement  d’infiltration.) — 
i La  muqueuse  du  gros  intestin,  généralement  pâle  et  comme 
I lavée,  offre  çà  et  là,  cependant  , quelques  arborisations 
(Tosées.  Les  parois  de  l’intestin  sont  épaissies  par  l’infiltra- 
i tion.  — Les  reins  sont  plus  pâles  qu’à  l’état  normal  : on  ob- 
«serve  à leur  surface  quelques  kystes. — La  muqueuse  de  la 
'Vessie  est  blanche. 

■ . \ ^ f 

§ II.  Hypertrophie  du  jrentricalé  droit. 

I”  Hypei'trbphie  simple  ou  avec  capacité  normale  de  la  cavité 
' 'Ventriculaire  (i).  ’ 

OBSERVATION  120e, 

J 

Femme  de  5o  ans.  — Palpitations  , battemens  très  étendus  du  cœur,  dyspnée, 
|i>nCllralion , etc.  — Hypertrophie  simple  du  ventricule  droit.  — Rétrécisse- 
ment de  l’orifice  auriculo-venlriculaire  gauche,  étc. 

* r ■ ‘ ’ 

« Lassple  (Elisabeth),  âgée  de  3o  ans,  d’un  tempéra- 
I)  ment  sanguin,  d’un  embonpoint  très  prononcé,  avait 
» une  mauvaise  santé  depuis  trois  ans,  lorsqu’elle  entra 
» à l’hôpital  Cochin,  le  12' décembre  1818, 

» Elle  avait  éprouvé  dès  le  commencement  une  légère 
•»  dyspnée  et  quelques  palpitations  passagères;  plusieurs 
» affections  catarrhales  augmentèrent  la  difficulté  de  res- 
» pirer , et  déterminèrent  lin  sentiment  de  suffocation  bien 
» prononcé. 

» Celte  malade  se  plaignait  de  céphalalgie  violente  et 

: 

t ^ — — 

(i)  L’observation  que  nous  allons  rapporter  «ur  cette  forme  d’hypertrophie  du 
ventricule  droit  appartient  à M.  Bertin. 


382  MALADIES  DU  COEDR  EN  PARTICULIER. 

> d’une  sensation  fréquente  de  vapeurs  chaudes  qui  sem- 

> blaient  s’élever  de  la  poitrine  vers  la  tète  : les  palpila- 
» lions  se  renouvelaient  plus  souvent  et  affectaient  en  quel- 

> que  sorte  un  caractère  de  périodicité. 

» On  avait  regardé  cette  affection  comme  nerveuse  , et 
» l’on  s’était  borné  à un  régime  adoucissant  et  à quelques 

> antispasmodiques.  Les  symptômes  cessaient  de  temps  en 

> temps;  des  intermittences  assez  longues  semblaient  con- 

> firmer  une  guérison  illusoire. 

» Lessymptômesquenousvenons  de  mentionners’étaient 
t manifestés  un  mois  avant  son  entrée  à l’hôpital. 

ï La  figure,  assez  pleine;  offrait  un  teint  bleuâtre;  les 
» yeux  étaient  légèrement,  injectés;  les  battemens  des  ca- 
® rotides  étaient  assez  prononcés  ; la  poitrine,  très  grasse, 
» ne  permettait  pas  d’éclairer  le  diagnostic  par  la  percus- 

> sion  (i).  Les  extrémités  supérieures  et  inférieures  étaient 
» œdématiées,  mais  le  doigt  ne  les  déprimait  que  difficile- 

> ment  ; la  position  verticale  était  devenue  indispensable. 
» La  respiration  était  pénible,  courte,  précipitée;  les 

«palpitations  fréquentes;  les  ba.ttemens  du  cœur  se  fai- 

> saient  sentir  jusque  dans  la  partie  droite  de  la  poitrine  ; 
J ces  battemens  étaient  mous  ; ils  n’étaient,  ni  secs  ni  dé- 
» tachés.  La  moindre  compression  sur  la  poitrine  détermi- 
€ nait  une  dyspnée  plus  grande  ; la  toux  était  peu  fréquente 

> et  accompagnée  d’une  expectoration  muqueuse  ; le  pouls 

> était  profond;  la  dilatation  des  parois  semblait  se  faire 
» difficilement  ; les  pulsations  n^vaient  ni  la  force  ni  la 
» vibrance  si  ordinaires  dans  l’hypertrophie. 

» L’abdomen  était  souple,,  nullement  douloureux  au 

> toucher. 

» La  malade  conservait  presque  constamment  la  tête 


(i)  Nous  n’avons  pas  besoin  de  dire  que  nous  rapportons  ce  passage  de  l’ob- 
i*rralion  sans  adopter  l’assertion  qui  s’y  trouve  exprimée. 


OBSERVATIONS  d’hYPERTROPHIE.  383 

> penchée  sur  la  poitrine,  quelquefois  elle  la  portait  en 
• arrière  avec  force,  et  ce  mouvement  était  suivi  de  plaintes 
» et  de  soupirs  ; ses  bras  se  croisaient  sur  la  poitrine , et 
» elle  conservait  cette  position  la  nuit  comme  le  jour. 

ï Les  symptômes  continuèrent  les  jours  suivans  avec  la 
) même  intensité.  Quelques  stries  sanguinolentes  teignent 
» les  crachats  ; les  palpitations  et  les  battemens  du  cœur 
1 diminuent  quelquefois  sans  que  la  malade  éprouve  un 
I » grand  soulagement. 

> Enfin  les  symptômes  augmentent  de  plus  en  plus;  les 

> crachats  sanglans  deviennent  plus  fréquens,  et  la  malade 

! » succombe,  neuf  jours  après  son  entrée  , le  ao  décembre, 

» à onze.heures  et  demie. 

I > Autopsie  cadavérique. 

» La  poitrine  contient  une  petite  quantité  de  sérosité  ; les 
^ ï poumons  sont  adhérons  : ces  adhérences  sont  anciennes 
» et  bien  organisées.  ^ 

» Le  tissu  des  poumons  ne  laisse  presque  point  échapper 
» de  sang^;  ils  sont  mous  et  crépilans;  on  observe  seu- 

> lement  sur  leur  lobe  inférieur  deux  ou  trois  points 

i > durs  et  engorgés.  La  plèvre , aux  adhérences  près , est 

I > saine.  — Le  péricarde , sain  , transparent , ne  contient 

I » que  peu  de  sérosité.  Le  cœur  est  un  peu  plus  volumineux 

! » que  dans  l’élat  naturel  et  chargé  d’une  assez  grande  quan- 

ij  ï tité  de  graisse  : la  capacité  de  Poreillette  droite  est  aug- 

> montée,  et  ses  faisceaux  charnus  sont  plus  marqués  que 

II  » dans  l’état  sain  ; le  ventricule  droit , d’une  capacité  à peu 

f » près  naturelle , a ses  parois  beaucoup  plus  épaisses  et  ses 

l|  » colonnes  plus  développées  que  dans  l’état  sain. 

r » L’orifice  auriculo-ventriculaire  droit  est  libre  ; la  val- 
I » vule  tricuspide  présente  quelques  points  d’induration  : 

j » elle  est  épaissie  et  d’une  couleur  jaunâtre;  les  filets  ten- 

j * dineux  qui  s’y  attachent  sont  plus  courts  que  dans  l’état 

> sain.  L’orifiice  de  l’artère  pulmonaire  n’offre  rien  de  par- 
» ticulierj  il  en  est  de  même  du  ventricule  gauche;  mais 


384  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

* 1 orifice  auriculo-ventriculaire  gauche  est  très  altéré.  | 

> L’ouverture  qu’interceptent  les  deux  bords  libres  de  la 

> valvule  mitrale  est  très  petite  : elle  a dans  son  plus  grand 
» diamètre  quatre  lignes  et  demie,  et  dans  le  plus  petit 

> une  ligne  et  demie  ; les  deux  extrémités  de  ses  bords  i 
» libres  sont  réunies,  et  confondues  ; les  cordages  qui  la  ten-  ÿ 
» dent  sont  ramassés  et  très  courts.  La  valvule  est  épaissie,  i 
» fibro-cartilagineuse,  parsemée  d’un  grand  nombre  de  | 
» petits  grains  formant  de  petites  couches  irrégulièrement 

* compactes  et  quelques  petits  mamelons  isolés  : la  couleur 

* de  cette  valvule  est  d’un  jaune  pâle. 

» L’abdomen  contient  de  la  sérosité.  » 

a®  Hypertrophie  excentrique  ou  ayec  dilatation  de  la  cavité 

'vejitricqlaire. 

• OBSERVATION  121e  (i). 

Femme  de  53  ans.  — fiattemens  violens  du  cœur,  surtout  dans  la  région  du 
ventricule  droit;  palpitations,  dyspnée- extrême,  hémoptysie  abondante,  infil- 
tration  des, membres,  etc.  — Hypertrophie  avec  dilatation  du  ventriçule  droit. 

— Induration  fibro-cartilagineuse  de  la  valvule  bicuspidè,  avec  rétrécissement 

de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  gauche.. 

•-  > . 

Néuray  (Louise) , âgée  de  33  ans , d’une  constitution  plus 
nerveuse  que  sanguine  , avait  cessé  d’être  réglée  depuis  six 
mois  , lorsque  des  étouffemens  et  fine  grande  anxiété  la  dé- 
cidèrent à entrer  à l’hopitâ!  Cochin  , le  ai  septembre  iSaa. 

11  y avait  alors  huit  ans  qu’à  la  suite  d’une  chute  sur  la  ré- 
gion précordiale  , elle  avait  éprouvé,  dé  violentes  palpita- 
tions , avec  orthopnée  et  crachement  de  sang.  Admise  à 
l’Hôtel-Dieu  pour  cette  maladie,  elle’y  fut  traité  par  feu  M.  le 
professeur  Pelletan.  Des  saignées  répétées  et  un  régime 


(i)  J’ai  déjà  rapporté  celte  observation  en  extrait,  à l’arliclè  Jnduralion  du 
tœur  ( observ.  log*  ) , Je  la  donne  ici  avec  tous  ses  détails. 


OBSERVATIONS  d’hYPERTROPHIE.  385 

sévère  lui  procurèrent  un  soulagement  considérable,  et 
elle  sortit  au  bout  de  cinq  mois.  Cependant  elle  continua 
à éprouver  de  temps  en  temps  des  palpitations  que  le  moin- 
dre exercice  augmentait,  et  qui  quelquefois  étaient  accom- 
pagnées d’orthopnée.  Lorsque  la  malade  entra  à l'hôpital 
Cochin,  les  palpitations  étaient  très  fortes. 

Elle  nous  offrit  d’ailleurs  l’état  suivant  : pâleur  du  visage, 
air  d’anxiété  et  de  souffrance , œil  saillant , exprimant  la 
frayeur  et  l’égarement,  lèvres  assez  vermeilles.  Oppression, 
orthopnée,  toux , crachats  teints  de  sang  , respiration  râ- 
lante, pouls  petit,  dur,  fréquent,  régulier;  les  batte- 
mens  du  cœur  se  font  sentir  à la  main  dans  une  grande 
étendue,  ils  soulèvent  les  vêtemens  ; ils  sont  plus  forts 
dans  la  région  du  ventricule  droit  que  dans  celle  du' gau- 
che (i). 

Les  batteraens  du  cœur  sont  accompagnés  d’une  vive 
impulsion , et  ressemblent  véritablement  à des  coups  de 
marteau;  les  bruits  de  cet  organe  s’entendent  jusqu’à  la 
partie  postérieure  de  la  poitrine.  On  entend  un  bruit  de 
soufflet  dans  la  région  des  cavités  gauches. 

Râle  ronflant  très  sonore,  dans  plusieurs  points  de  la 
poitrine. 

Diagnostic.  — Hyperti'ophie  anévrismale  du  cœur',  rétrécis^' 
sement  de  V orifice  awiculo-oentriculaire  gauche. 

Prescription.  — Deux  saignées  du  bras , les  juleps  caïmans 
et  le  repos  ayant  adouci  la  position  de  la  malade , elle  sortit 
de  l’hôpital  un  mois  après  son  entrée. 

Elle  revint  six  semaines  plus  tard  dans  un  état  très  alar- 
mant. Depuis  cinq  jours,  elle  avait  craché  une  grande  quan- 
tité d’un  sang  écumeux  ; l’anxiété,  la  crainte  d’une  suffoca- 
tion prochaine,  lui  laissaient  à peine  goûter  quelques  in- 


<> 

(i)  La  malade  sentait  très  bien , disait-elle , que  ses  palpitations  étaient  plus 
violentes  à droit»  qu’à  gaueht, 

2. 


a5 


386  MALADIES  DÜ  COEUR  EN  PARTICULIER.  j 

stans  d’un  sommeil  promptement  interrompu  par  des  ré- 
veils en  sursaut. 

\Jemploi  des  saignées  y de  la  digitale,  des  bains  de  pied, 
des  'vésicatoires , ne  produisit  que  des  améliorations  momen- 
tanées. La  situation  de  cette  malheureuse  était  déchirante;  i 
les  battemens  du  ventricule  droit  conservèrent  toujours  i 
leur  violence,  ils  retentissaient  dans  toute  l’étendue  du  ' 
thorax;  la  main  appliquée  à la  partie  postérieure  de  cette 
cavité  les  ressentait;  mais  elle  les  entendait,  s’il  est  permis 
de  s’exprimer  ainsi,  plutôt  qu’elle  ne  les  touchait-,  on  eût 
dit  qu’elle  faisait  les  fonctions  du  stéthoscope.  La  malade  ne 
pouvait  rester  le  dos  fixé  contre  ses  oreillers;  car  dans  cette 
circonstance  les  battemens  lui  semblaient  beaucoup  plus 
violens.  Elle  restait  ordinairement  assise  sur  le  bord  de 
son  lit,  les  jambes  pendantes,  le  tronc  fortement  courbé  en 
' avant,  la  tête  appuyée  sur  ses  membres  supérieurs,  qui  étaient 
eux-mêmes  soutenus  par  ses  genoux  ; elle  crachait  toujours 
du  sang,  mais  l’expectoration  se  faisait  avec  beaucoup  de 
peine  ; le  moindre  effort , tel  que  celui  nécessaire  pour 
rendre  les  urines  ouïes  matières  fécales,  déterminait  une 
suffocation  imminente  ; l’ingestion  des  alimens  augmentait 
notablement  l’étouffement  ; les  lèvres  furent  toujours  assez 
vermeilles;  le  pouls,  constaimment  régulier , conservait  sa 
petitesse.  Quelquefois  les  accidens  se  calmaient;  pendant 
cette  sorte  de  trêve , la  malade  se  berçait  de  l’heureuse  idée 
d’un  prochain  rétablissement  ; mais  le  retour  de  l’oppres- 
sion ne  tardait  pas  à dissiper  cette  douce  espérance.  En6n, 
les  membres  s’infiltrent,  la  peau  des  inférieurs  s’ulcère.  En 
proie  aux  plus  horribles  angoisses , ne  goûtant  aucun  in- 
stant de  sommeil,  poussant  des  gémissemens  plaintifs  et 
entrecoupés , la  malade  accuse  l’impuissance  de  la  méde- 
cine , et  appelle  la  mort  à son  secours  ; son  visage  est  pâle, 
défait , profondément  abattu  ; les  muscles  inspirateurs  se 
contractent  avec  d’énormes  efforts  et  presque  convulsive- 
ment ; les  membres  supérieurs  fixés  sur  le  lit  leur  fournis- 


» 


OBSERVATIONS  d’hYPERTROPIIIE.  887 

sent  un  point  d’appui;  pendant  l’inspiration  les  narines  se 
dilatent,  la  bouche  s’ouvre,  la  tête  se  redresse  par  une 
sorte  de  synergie  ; si  Tort  demande  à la  malade  ou  elle 
éprouve  de  la  douleur,  elle  répond  qu’elle  ne  souffre  point, 
mais  qu’elle  étouffe.  Elle  succombe  le  9 janvier  i8a3,  trente- 
trois  jours  après  sa  seconde  entrée. 

Autopsie  cadavérique,  5y  heures  après  la  mort. 

1°  Habit,  extér. — Infiltration  considérable  des  membres 
et  des  parties  génitales  ; visage  violacé. 

2°  Organ.  respir.  et  circul.  — Très  peu  de  sérosité  dans  la 
poitrine  ; poumons  volumineux,  marbrés  , bien  crépitans, 
ayant  leur  bord  postérieur  gorgé  d’un  liquide  écumeux 
jaunâtre.  Bronches  d’un  rouge  foncé  et  pleines  de  muco- 
sités. 

Le  cœur,  gorgé  de  caillots  de  sang,  présente  un  volume 
énorme.  Vidé  du  sang  qu’il  contient,  il  est  encore  d’un  tiers 
plus  gros  qim  le  poing  du  sujet. 

La  cavit^u  ventricule  droit  est  d’environ  un  tiers  plus 
grande  que  dans  l’état  normal  ; la  dilatation  est  surtout 
très  prononcée  vers  l’insertion  de  l’artère  pulmonaire  : les 
parois  du  ventricule  ont  de  trois  à cinq  lignes  d’épaisseur, 
leur  tissu  est  d’un  rouge-rose,  d’une  c.onsiatance  très  grande 
et  dans  un  commencement  d’induration  cartilagineuse  ; les 
colonnes  charnues  sont  très  fortes  et  très  nombreuses.  Les 
orifices  ventriculo-pulmonaire  et  auriculo-ventriculaire 
droit  sont  libres. 

L’oreillette  droite  est  dilatée  dans  la  même  proportion 
que  le  ventricule;  ses  parois  sont  épaisses,  charnues,  mu- 
nies de  colonnes  très  prononcées. 

Le  ventricule  gauche  est  sensiblement  dans  l’état  naturel, 
sa  pointe  descend  moins  bas  que  celle  du  droit;  ses  parois 
ont  environ  cinq  lignes  d’épaisseur  à la  base  ; son  tissu  est 
vermeil , mais  moins  dur  que  celui  du  droit. 

La  capacité  de  l’oreillette  gauche  est  presque  double  de 
l’état  naturel  ; ses  parois  sont  fortes  et  épaissies. 

a5. 


388  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

La  cloison  ventriculaire  est  épaisse  de  cinq  lignes. 
orifice  auriculo-ventriculaire  gauche , rétréci , peut  à 
peine  admettre  l’extrémité  du  peiit  doigtj  sa  figure  estellip- 
tique  et  son  grand  diamètre  n’a  pas  plus  de  quatre  lignes.  La 
valvule  bicuspide  est  transformée  en  une  sorte  d’anneau  ova« 
laire,  d’un  tissu  resplendissant,  blanc,  résistant,  tendineux 
ou  fibro-cartilagineux,  criant  sous  le  scalpel.  Ce  bourrelet, 
épais  d’environ  deux  lignes,  s’avance  dans  la  cavité  du  ven- 
tricule, comme  s’il  y eût  été  poussé  par  le  choc  du  sang,  et 
reçoit  l’insertion  des  filets  tendineux  des  colonnes  char- 
nues. 

Les  veines  cardiaques  sont  gorgées  de  sang.  Les  artères 
coronaires  et  les  valvules  aortiques  sont  saines. 

3*  Organ.  digest.  et  annex.  — La  cavité  du  péritoine  con- 
tient environ  une  pinte  de  sérosité  roussâtre.  Les  circonvo- 
lutions de  l’intestin  grêle,  rouges  à l’extérieur,  sont  peu  vo- 
lumineuses et  contractées. — La  membrane  interne  de  l’esto- 
çiac  offre  une  rougeur  foncée  et  très  vive;  ce#e  rougeur , 
en  quelque  sorte  artérielle , se  continue,  en  s’affaiblissant 
un  peu,  dans  l’intestin  grêle  qui  contient  des  matières  san- 
guinolentes d’un  brun  rougeâtre  ; dans  le  gros  intestin  la 
rougeur  est  simplement  rosée.  — Le  foie  et  la  rate,  très  vo- 
lumineux, sont  gorgés  de  sang  d’tin  noir  mêlé  de  rouge. 

4°  Centres  nero. — Les  méninges  sont  un  peu  rouges  ; les 
ventricules  cérébraux  renferment  une  pêtite  quantité  de 
eérosité  sanguinolente  ; la  substance  cérébrale  est  d’une 
bonne  consistance. 


OBSEiiVATioNs  d’iiypertuophie.  38g 

3®  Hypertrophie  concentrique  ou  auec  rétrécissement  de  la  ca- 
vité 'ventriculaire. 

OBSERVATION  122r. 

• ^ 

Femme  de  5a  ans,  — Atthmt  habituel  { défaut  de  rense  gnemens  sur  les  au- 
tres anlécédens  de  la  malade).  — Péripneumonie  aiguë  de  tout  le  poumon 
droit.  — Mort  le  second  jour  après  l’entrée.  — Hypertrophie  du  ventricule 
droit,  avec  rétrécissement  de  sa  cavité , qui  reçoit  à peine  le  doigt  indicateur. 
Plaques  laiteuses  sur  ce  ventricule,  — Etat  crétacé  de  l’aorte. — Ramollissement 
et  suppuration  du  poumon  droit. 

Une  couturière,  âgée  de  5a  ans,  d’une*taille  élevée, 
d’une  grande  maigreur,  d’une  constitution  médiocrement 
forte,  fut  reçue  à la  clinique,  le  8 septembre  1833.  Cette 
femme  était  plongée  dans  un  état  d’assoupissement,  qui  ne 
lui  permit  pas  de  nous  donner  des  renseignemens  bien  satis- 
faisans  sur  son  état  antérieur.  Elle  nous  assura  n’être  ma- 
lade que  depuis  cinq  jours,  ajoutant  toutefois  qu’elle  était 
depuis  très  long-temps  ast lunatique. 

Visage  rouge,  injecté,  fièvre  très  vive  (peau  très  chaude  , 
pouls  à II2,  assez  développé,  souple),  oppression  considé- 
rable (36  inspirations  par  minute). 

La  malade  ne  se  plaint  nullement  de  douleur  dans  la  poi- 
trine. 

Battemens  du  cœur  assez  forts ,.  accompagnés  de  leur 
double  claquement  accoutumé. 

Distension  des  veines  jugulaires,  de  la  gauche  principa- 
lement. 

Côté  droit  de  la  poitrine.  Résonnance  assez  bonne  en  avant, 
moindre  cependant  que  celle  du  côté  opposé.  Souffle  bron- 
chique et  bronchophonie  ( en  arrière,  le  souffle  bronchique 
et  la  bronchophonie  sont  plus  prononcés  qu’en  avant);  râle 
crépitant  vers  la  partie  moyenne,  et  partout  ailleurs  ab- 
sence de  la  respiration  vésiculaire.  Matité  dans  toute  la 
partie  postérieure , un  peu  moindre  à la  partie  moyenne 
qu’en  haut  et  en  bas. 


390  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

Côté  gauche.  Ce  côté  rend  un  son  très  clair  à la  percus- 
sion; la  respiration  y est  pure,  forte,  puérile. 

Le  crachoir  contient  quelques  crachats  visqueux,  d’un 
rouge-sale,  tournant  à la  teinte  jus  de  pruneaux. 

Diagnostic.— fut  pas  difficile  de  reconnaître  Vexis- 
ïéhce  d’une  pneumonie  de  tout  le  poumon  droit.  Mais  faute  de 
renseignemens  sur  les  antécèdens  de  la  malade , nous  hésitâmes 
sur  le  diagnostic  des  lésions  qui  avaient  pu  donner  lieu  à /’état 
ASTHMATIQUE  qui  paraissait  avoir  précédé  la  maladie  actuelle. 

Prescription.  — N’espérant  pas  triompher  d’un  cas  aussi 
grave  par  la  méthode  des  émissions  sanguines  telle  que  nous  la 
pratiquons,  j’étais  disposé  à m’en  abstenir,  lorsque  les  assis- 
tans,  témoins  des  succès  que  nous  avions  obtenus  par  les  émis- 
sions sanguines , m’engagèrent  à les  employer  dans  ce  cas, 
quelque  désespéré  qu’il  me  parût.  En  conséquence,  deux  sai- 
gnées de  a.  a Z palettes  Jurent  prescrites , une  pour  le  matin  et 
l’autre  pour  le  soirj  dans  l’intervalle  des  deux  saignées , 'vingt 
sangsues  devaient  être  appliquées  sur  le  côté  malade. 

La  mort  survint  la  nuit  suivante. 

Autopsie  cadavérique,  3o  heures  après  la  mort. 

I®  Habit,  extér.  — Cadavre  d’une  grande  maigreur  ; point 
d’infiltration,  teint  jaune-pâle. 

2®  Organ.  circul.  et  respir.  — Cœur  arrondi , à pointe 
mousse,  plus  gros  que  ne  le  comportent  la  constitution  et 
le  marasme  du  sujet.  Vers  la  partie  supérieure  de  la  face 
antérieure  du  ventricule  droit , existent  quelques  plaques 
fibreuses  , d’une  teinte  blanchâtre  , laiteuse. 

Les  cavités  droites  du  cœur  sont  gorgées  de  caillots  adhé- 
rons , en  grande  partie  décolorés  ; les  cavités  gauches  en 
•contiennent  à peine.  Les  parois  du  ventricule  droit  sont  fort 
•épaisses,  surtout  dans  les  points  ou  existaient  les  plaques  lai- 
teuses < là,  elles  avaient  une  épaisseur  de  4 lignes , abstraction 
faite  de  la  couche  graisseuse , qui,  dans  cet  endroit,  avait 
eavü'on  une  demi~iigne  d’épaisseur.  — La  cavité  du  ventricule 
droit  est  rétrécie  à tel  point  qu’on  y introduit  à peine  le  doigt 


OBSERVATIONS  d’iiYPERTROPHIE.  39I 

indicateur.  Les  colonnes  charnues  de  ce  ventricule  sont 
très  nombreuses  et  forment  un  réseau  serre.  L’oreillette 
droite  n’est  pas  sensiblement  dilatée;  ses  parois  sont 

épaissies.  ' • 

Les  parois  du  ventricule  gauche  ont  6 à 7 «lignes  d’épais- 
seur. Les  colonnes  de  'ce  ventricule  sont  peu  développées. 
Sa  capacité  absolue,  bien  qu’un  peu  moindre  qu’à  l’état  nor- 
mal, l’emporte  cependant  sur  celle  du  droit.  L’oreillette 
gauche  est  moins  hypertrophiée, que  la  droite,  et  sa  cavité 
est  sensiblemeut  normale. 

. Les  orifices  artériels  et  auriculo-ventriculaires  sont  par- 
I faitement  libres.  Les  valvules  ne  sont  pas  notablement 

I épaissies.  , 

La  substance  musculaire  du  cœur  est  assez  vermeille  et 
' d’une  consistance  médiocre. 

I i 

Quelques  taches  jaunes  existent  à l’origine  de  l’aorte  ; 
dans  sa  portion  pectorale  et  abdominale,  cette  artère  est 
criblée  de  plaques  plus  épaisses,  fibreuses  ou  fibro-cartila- 
gineuses. 

I Les  veines  jugulaires  contiennent  des  caillots  fibrineux, 
i blancs,  élastiques,  très  probablement  formés  avant  la 
ü mort  (i). 

Poumon  droit  recouvert  de  faussés  membranes  minces, 

I de  la  consistance  de  la  couenne  du  sang.  La  plèvre  parié- 
tale était  dépourvue  de  fausses  membranes  (2).  Il  existait  à 
peine  2 ou  3 cuillerées  de  sérosité  floconneuse.  — Poumon 
droit  hépatisé,  ra/no//t  dans  toute  son  étendue,  un  peu 


(1)  La  glande  thyroïde,  considérablement  tuméfiée,  du  volume  d’une  petite 
rate,  était  en  grande  partie  transformée  en  matièrg  calcaire.  Ainsi  tuméfiée,  elle 
exerçait  sur  les  veines  jugulaires  une  compression  qui  pouvait  s’opposer  au  libre 
cours  du  sang  dans  ces  vaisseaux. 

(a)  C’est  d’après  ce  cas  et  quelques  autres  semblables  que  j’ai  été  conduit  a 
établir  que  la  douleur  pleurétique  tient  surtout  à l’inflammalion  du  feuillet  pa- 
inétal  (il  n’existait  pas  de  point  de  côté  chei  cette  femme).  • 


39*2  ilALAÜlES  DU  CCKUn  EN  rAUÏlCULïER. 

moins  à la  partie  moyenne  de  sa  face  postérieure  que  par- 
tout ailleurs.  La  surface  des  incisions  pratiquées  dans  son 
tissu  était  d’un  gris-rougeàtre  , et  il  en  ruisselait  un  liquide 
sale,  évidemment  purulent  : il  existait  un  mélange  du  2®  et 
du  3*  degré  dé  la  pneumonie,  avec  prédominance  de  ce  der- 
nier. Au  sommet,  le  pus  était  déjà  réuni  de  manière  à former 
de  petits  foyers  ou*des  abcès  commencans.  Le  tissu  pulmo- 
naire était  vide  d’air  et  imperméable.  — La  membrane  mu- 
queuse des  bronches  droites  était  d’un  rouge-violet. 

Le  poumon  gauche,  très  riche  en  matière  noire,  était 
moelleux  , élastique  , parfaitement  sain  , si  ce  n’est  que 
son  tissu  nous  parut  un  peu  raréfié,  ainsi  que  cela  est  assez 
commun  chez  les  sujets  déjà  avancés  en  âge,  surtout  dans 
les  cas  d’asthme.  C’était  réellement  là  un  commencement 
d’emphysème  (i). 


(i)  Les  observations  75e,  76e  et  77*  de  cet  ouvrag-^  sont  de  remarquables 
exemples  d’hypertrp])hie  du  ventricule  droit,  avec  rétrécissement  de  sa  cavité. 

Chez  le  sujet  de  la  76e  observation  ( femme  de  67  ans) , la  cavité  du  ventri- 
cule droit  aurait  pu  contenir  seulement  un  œuf  de  pigeon.  Ses  parois  avaient  une 
épaisseur  qui  variait  de  seize  à onze  lignes.  Les  cordes  valvulaires  étaient  fortes 
et  comme  enveloppées  d’un  prolongement  de  la  substance  charnue.  ( Voy.  la 
planche  IV.  ) — Le  cœur  tout  entier  pesait  12  onces. 

Chez  le  sujet  de  la  76e  observation  (jeune  homme  de  25  ans),  le  ventricule 
droit'était  très  bombé,  très  dur  ( trois  fois  plus  dur  que  le  ventricule  gauche). 
Ses  parois  étaient  épaisses  de  8 à 10  lignes;  sa  cavité  était  réduite  à très  peu  de 
chose,  et  presque  nulle  vers  sa  pointe.  Cet  épaississement  était  en  partie  le  ré- 
sultat du  développement  des  colonnes  charnues,  pressées  les  unes  contre  les  au- 
tres, et  formant  au  premier  coup  d'œil  un  plan  continu. 

Chez  le  sujet  de  la  77  observation  (jeune  fille  de  7 ans  ) , le  ventricule  droit 
était  presque  oblitéré  par  l’hypertrophie  concentrique  de  ses  parois  qui  avaient  prés 
d’un  pouce  d’épaisseur  à la  base , et  offraient  une  coloration  rouge  et  une  fermeté 
considérables  ( il  aurait  pu  contenir  à peine  Iq  première  phalange  du  pouce  ). 

Obs.  123e. — Aces  cas  •j’ajouterai  le  suivant,  recueilli  par  M.  Berlin, 
chez  un  sujet  âgé  de  37  ans,  qui  succomba  à une  affbctioi»  dd  coecb  , dort 

LBS  PBBMIBRS  SYMPTOMES  SB  névBLUPPèBKKT  PBnDAMT  LB  CODES  d’dn  BHDUATISMg 
ABTiCDLAiBB  AiGD.  Les  colonnts  chamues  du  ventricule  droit , développées  au  point 
d’c^ler  une  plume  à écrire  , avaient  contracté  de  telles  adhérences  entre  elles, 
quelles  remplissaient  la  cavité  du  ventricule , de  sorte  que  pendant  la  vie  le  san^ 


OBSEUVATlOJSrS  DH Yl'ERTllOPHIE. 


393 

deuxième  série  D’OBSERVATIONS. 

V 

IIYPEBTUOPIIIB  MULTIPLE  OU  CÉNÉRALE. 

Il  est  assez  rare  de  rencontrer  l’hypertrophie  occupant 
exclusivement  une  des  cavités  du  cœur.  Aussi,  parmi  les 
observations  de  notre  première  série,  aflectee  à l’hypertro- 
phie partielle,  en  est-il  dans  lesquelles  plusieurs  cavités  du 
cœur  participaient  à l’hypertrophie.  Nous  allons  rapporter 
de  nouveaux  cas  de  ce  dernier  genre. 

Dans  les  cas  d’hypertrophie  simultanée  de  plusieurs  des 
cavités  du  cœur,  la  forme  de  l’hypertrophie  n’est  pas  tou- 
jours la  même  pour  chacune  des  cavités  hypertrophiées, 
comme  on  peut  le  voir  en  relisant  les  observations  que 
nous  avons  déjà  rapportées  précédemment,  et  comme  on  le 
verra  dans  quelques" unes  de  celles  qui  vont  suivre.  -Tou- 
tefois, la  forme  prédominante  dans  l’hypertrophie  géné- 
rale du  cœxir,  de  même , au  reste  , que  dans  l’hypertrophie 
partielle,  est  l’hypertrophie  avec  dilatation  (excentrique  ou 
anévrismale). 


ne  pouvait  que  filtrer  entre  leurs  mailles...  Cette  hypertrophie  des  colonnes  coïn- 
cidait avec  une  atrophie  des  parois  du  ventricule  lui-même.  Le  ventricule  gauche 
était  dilaté  au  point  de  contenir  huit  onces  d’eau,  et  ses  parois  étaient  épaissies 
vers  la  partie  inférieure  seulement.  La  cloison  ventriculaire  avait  plus  d’un  pouce 
d’épaisseur.  Il  existait  une  adhérence  du  péricarde  au  cœur,  et  une  induration 
cartilagineuse  de  la  valvule  mitrale  et  des  valvules  aortiques. 

Voici  encore  un  cas  où  des  lésions  organiques  du  cœur  ont  eu  pour  point  de  dé- 
part \int  endo- péricardite  rhumatismale. 

r '■  I 


,-j  ...  . 

a 


i 


I 


3g4  maladies  du  coeur  en  rARIICUIIER. 

OBSERVATION  124». 

Homme  de  53  ans.  — Battemens  du  cœur  forts  et  étendus , palpitations  au 
moindre  exercice,  matité  augmentée  de  la  région  précordiale,  bruit  de  soufflet 
du  cœur,  infiltration  générale,  etc.  — Hypertrophie  générale  du  cœur,  dilatation 
des  cavités  droites , de  l’oreillette  gauche  et  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  i 
droit  (cavité  du  ventricule  gauche  normale),  induration  cartilagineuse  et  pier-  i 
reuse  delà  base  de  la  valvule  bicuspide. 

Marollé,  âgé  de  53  ans,  fondeur,  i d’une  stature  élevée, 
d’un  embonpoint  assez  considérable,  peau  fine  et  pâle,  au-  i 
trefois  très  actif  et  grand  travailleur,  maintenant  mou,  sans  î 
énergie,  fut  admis  à la  Clinique  ( n®  17,  salle  Saint-Jean- 
de  Dieu),  le  a5  novembre  i832.  • t 

r Jusqu’à  l’âge  de  5o  ans,  cet  homme  assure  s’étre  tou-  * 

jours  bien  porté.  A cette  époque,  il  éprouva  une  affection  ( 

de  poitrine  sur  laquelle  il  ne  peut  donner  d’autres  rensei-  1 
gnemens,  sinon  qu’il  souffrait  dans  celte  cavité,  et  qu’il  ( 
toussait.  Depuis  lors,  il  est,  dit-il,  sujet  au  catarrhe,  et,  de-  1 
puis  deux  ans,  il  éprouve  des  palpitations  qui  ne  lui  per-  ■ 
mettent  pas  de  continuer  ses  travaux.  Une  infiltration  des  ^ 
membres  inférieurs  se  joignit  aux  palpitations.  D’abord  1 
cette  infiltration  se  dissipait  quand  le  malade  restait  cou- 
ché ; mais  depuis  plusieurs  mois  elle  persiste,  même  quand  I 
il  garde  long-temps  le  lit.  Le  ventre  s’est  enflé  depuis  que  | 
l’infiltràtion  des  membres  est  devenue  permanente. 

Etat  au  moment  de  l’entrée  : 

Décubitus  un  peu  incliné  à droite , la  tête  très  élevée  ; 
infiltration  des  membres  inférieurs  , des  parois  abdomi-  | 

nales  et  des  paupières  ; infiltration  qui  est  plus  marquée  i 

du  côté  sur  lequel  le  malade  est  incliné  que  du  côté  opposé  I 
( la  peau  des  parties  infiltrées  est  tendue,  luisante,  demi-  : 
transparente  ).  La  percussion  fait  reconnaître  l’existence  j 
d’une  certaine  quantité  de  liquide  dans  les  parties  les  plus  ! 
déclives  de  l’abdomen. 

Respiration  laborieuse , sifflante , fréquente  ( 3o  à 34 


OBSERVATIONS  d’uYPERTROPHIE.  SgS 

inspirations  par  minute)  ; étouffement  au  moindre  mou- 
vement. 

Râle  muqueux  en  divers  points  de  la  poitrine.  En  ar- 
rière, au  niveau  de  l’épine  de  l’omoplate,  on  entend  de 
chaque  côté  un  souffle  assez  fort,  avec  retentissement  très 
notable  de  la  voix.  La  résonnance  est  assez  bonne , si  ce 
n’est  dans  le  tiers  inférieur  environ  de  la  poitrine. 

La  toux  est  fréquente,  et  suivie  d’une  expectoration  mu- 
queuse , abondante,  mêlée  de  spumes. 

Pouls  régulier , médiocrement  fort  et  développé , à 
p6-ioo. 

La  matité  de  la  région  précordiale  est  beaucoup  plus 
étendue  qu’à  l’état  normal.  Les  battemens  du  cœur  sont  forts 
et  étendus , et  se  transforment  en  palpitations  au  moindre 
effort. 

Les  bruits  du  cœur  se  font  entendre  dans  une  grande 
étendue  ; ils  sont  accompagnés  d’un  bruit  de  soufflet  très 
marqué  , mais  qui  n’empêche  pas  complètement  de  distin- 
guer le  claquement  valvulaire. 

Les  veines  jugulaires  offrent  le  phénomène  de  la  fluc- 
tuation. Les  battemens  des  carotides  ne  présentent  rien  de 
particulier.  En  auscultant  dans  leur  trajet,  on  entend  très 
bien  le  double  bruit  du  cœur. 

L’état  des  voies  digestives  est  assez  satisfaisant. 

Diagnostic.  — Hypertrophie  anévrisinale  du  cœur,  et  pro- 
bablement rétrécissement  de  V un  des  orifices  de  cet  organe, par 
suite  de  V induration  des 'valvules . ' • . 

Prescription.  — Large  'vésicat,  sur  la  rég.  précord.;  boiss, 
apéritiv.;  bouilL,  potag.  et  lait. 

Les  symptômes  augmentent  graduellement,  surtout  la 
dyspnée  et  les  congestions  séreuses , et  la  mort  arrive  le 
9 décembre , à 7 heures  du  soir , quinze  jours  après 
l’entrée. 

Autopsie  cadavérique  J 38  heures  environ  après  là  môrt. 
( Voy.  la  planche  VI.  ) ,,i  ^ 


396  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

I®  Habit,  extèr. — Infiltration  considérable  des  membres 
supérieurs  et  inférieurs , plus  prononcée  à droite , côté  sur  1 
lequel  le  malade  était  resté  incliné.  Cadavre  d’un  homme  i 
assez  fortement  constitué.  , 

a®  Org.  cirçul.  et  respir.  — La  cavité  du  péricarde  con- 
tient environ  2 cuillerées  de  sérosité  limpide,  jaune-ver- 
dâtre. Le  cœur,  très  volumineux , injecté  à sa  surface,  est 
plus  déjeté  à gauche  que  dans  l’état  normal.  Il  s’étend  en 
haut  jusqu’aux  cartilages  des  troisième  et  deuxième  côtes.  » 
Une  plaque  laiteuse  existe  vers  l’union  des  cavités  droites  ' 
avec  les  cavités  gauches.  Des  taches  semblables  , mais 
beaucoup  moins  épaisses,  très  superficielles,  se  remar- 
quaient' aussi  sur  les  cavités  gauches  et  vers  l’origine  de  : 
l’aorte. 


Enlevé  avec  l’origine  des  gros  vaisseaux  , préliminairement  liés,  pour  empêcher 
la  sortie  du  sang  qui  distend  ses  cavités,  le  cœur  pèse  1 üv.  7 onc.  (1) 

Ses  dimensions  sont  les  suivantes  : 


Circonférence  à la  base  13  pouc.  6 lig. 

De  la  pointe  du  cœur  à l’origine  de  l’aorte  5 pouc.  3 lig. 

— au  sommet  de  l’oreillette  gauche  6 pouc. 

Diamètre  transversal  4 pouc. 

Epaisseur  ou  diamètre  antéro-postérieur  S pouc. 

Après  avoir  été  vidé  et  lavé,  le  cœur  pèse  iSonc. 

• 


Le  sang  caillé  qu’il  contenait  était  d’un  noir-jai  , plus 
abondant  dans  les  cavités  droites  que  dans  les  gauches. 

Les  troncs  vasculaires  qui  se  ramifient  à la  surface  du 
cœur  sont  très  dilatés , surtout  à la  face  postérieure  de 
l’organe. 

La  cavité  du  ventricule  droit  est  d’un  bon  tiers  plus 


\ 


l 


(1)  La  ligature  de  la  veine-cave  inférieure  s’étant  défaite  au  moment  de  1 abla- 
tion du  cœur,  il  i’esl  échappé  de  l’oreillelte  droite  une  masse  asse*  considérable 
de  sang  caillé.  \ ' 


OBSERVATIONS  d’hYPERTROPHIE.  897 

^ande  qu’à  l’êiat  normal.  Dans  leur  partie  la  plus  épaisse, 
ses  parois  ont  4 ip  d’épaisseur  ( la  base,  moins  épaisse 
que  la  partie  moyenne,  n’a  que  3 lig.  d’épaisseur  ). 

L’oreillette  droite,  dilatée  dans  la  même  proportion 
que  le  ventricule  correspondant,  est  également  plus  épaisse 
que  dans  l’état  normal.  Ses  colonnes  charnues  sont  très  dé- 
veloppées, ainsi  que  celles  du  ventricule  droit.  L’orifice 
qui  fait  communiquer  ces  deux  cavités  est  très  large.  Nulle 
lésion  notable  de  la  valvule  tricuspide,  sinon  qu’elle  n’était 
probablement  pas  assez  large  pour  fermer  l’orifice  de  la 
cavité  à laquelle  elle  est  adaptée.  ^ 

Le  ventricule  gauche  a une  capacité  qui  n’est  guère  que 
la  moitié  de  celle  du  droit.  A.  la  partie  moyenne  , ses  pa- 
rois présentent  i pouc.  d’épaisseur  ; celle-ci  va  èn  dimi- 
nuant à la  base.  Il  a sa  pointe  arrondie , mousse.  L’oreil- 
lette gauche,  d’une  capacité  moindre  que  la  droite,  est  éga- 
lement épaissie. 

L’orifice  auriculo-ventriculaire  gauche  est  d’un  bon  tiers 
moins  grand  que  le  droit.  La  valvule  bicuspide,  considéra- 
blement épaissie  à sa  base  , forme  une  espèce  de  bourrelet 
plissé  sur  lui-même,  ce  qui  lui  donne  une  certaine  ressem- 
blance avec  l’ouverture  anale.  A l’endroit  où  les  colonnes 
du  cœur  s’insèrent  à la  valvule,  ainsi  qu’à  la  base  même  de 
cette  valvule,  on  trouve  un  tissu  fibro-cartilagineux  qui 
crie  sous  le  scalpel  quand  on  l’incise;  il  est  tout  tout-à-fait 
pierreux  ou  calcaire  en  plusieurs  points.  Le  tissu  du  cœur 
lui-même  est  d’un  rouge  assez  vermeil , et  d’une  bonne 
consistance. 

L’orifice  aortique  est  parfaitement  libre  , et  ses  valvules 
îi’offrent  aucune  lésion  notable.  Dans  toute  son  étendue, 
l’aorte  présente  un  aspect  chagriné , surtout  à la  partie 
postérieure,  et  des  plaques  jaunâtres,  d’un  tissu  dense  et 
résistant , plus  marquées  vers  l’origine  des  artères  inter- 
costales. Point  de  rougeur  à la  membrane  interne  de 
l’aorte. 


.SgB  MALADIES  DU  COEÜR  EN  PARTTCUETEE. 

Les  deux  poumons  pèsent  ensemble  5 liv.  a 'onc.  Ils 
adhèrent  de  toutes  parts  à la  poitrine  par  un  tissu  cellulaire 
dense,  fibreux,  très  infiltré  de  sérosité,  surtout  à la  base  | 
et  au  sommet.  Leur  coloration  est  d’un  gris  tirant  sur 
le  noir.  Le  poumon  gauche,  vraiment  hépatisé,  ne  cré- 
pite plus  dans  aucun  point  de  son  étendue  ; la  surface 
des  incisions  qu’on  y pratique  présente  une  ^teinte  d’un  î 
hoir  ardoisé.  En  promenant  les  doigts  sur  la  surface  de  ces  i 
incisions  , on  rencontre  çà  et  là  des  points  d’une  grande  du-  ^ 
reté.  Le  tissu  se  déchue  assez  difficilement,  et  il  s’en  écoule 
par  la  pression  un  liquide  séro-sanguin , de  la  même  cou-  i 
leur  que  le  tissu  du  poumon  ( le  liquide  qu’on  exprime  des  ■ 
incisions  du  , poumon  ressemble  à l’encre  de  Chine).  Le 
poumon  gauche  présente  un  volume  moindre,  et  d’ailleurs  ■ 
les  mêmes  altérations. 

La  membrane  interne  des  bronches  est  d’un  rouge  assez  î 
foncé.  I 

3®  Org.digest.  etannex. — La  cavité  du  péritoine  contient  | 
une  pinte'  de  sérosité  citrine.  La  membrane  muqueuse  ij 
gastro-intestinale,  ni  épaissie,  ni  ramollie,  est  rouge  dans  t| 
toute  son  étendue  (cette  rougeur  est  cependant  moins  mar-  î 
quée  dans  le  gros' intestin  que  partout  ailleurs;  dansl’esto-  i 
mac,  la  rougeur  est  très  foncée  ; dans  tout  l’intestin  grêle,  \ 
la  rougeur  est  assez  uniforme  et  vive  ). 

La  rate  est  petite  et  comme  atrophiée. 

Le  foie  est  un  peu  moins  volumineux  que  dans  l’état  nor-  • 
mal  ( l’élément  jaune  paraît  prédominer  sur  l’élément  rou-  j 
ge  ).  Le  tissu  de  cet  organe  est  sec,  dense  et  en  quelque  \ 
sorte  coriace.  — La  bile  de  la  vésicule  est  peu  foncée  en 
couleur. 


OBSERVATIONS  d’hYPERTROPHIE. 


399 


OBSERVATION  125  . 

Homme  de  53  ans.  — Palpitations,  matité  augmentée  de  la  région  précor- 
jjjgje,  — Mort  rapide  par  suite  d’une  hémorrhagie  cérébrale.  — Hypertrophie 
I générale  et  dilatation  du  cœur  ( il  pèse  1 liv.  4 gi’os  ).—  Plaques  laiteuses  de  l’en- 
docarde , induration  des  valvules.  — Adhérence  du  péricarde. 

Un  homme,  âgé  de  53  ans  , d’une  forte  constitution,  fut 
admis  à la  Clinique  ( n°  24,  salle  Saint-Jean-de-Dieu  ),  le 
10  octobre  i833. 

Obligé  de  se  livrer  à des  travaux  très  pénibles,  cet 
homme  s’était  toujours  bien  porté  jusqu’en  1825.  Depuis 
cette  époque  , il  a éprouvé  , à la  suite  de  ce  qu’il  nomme 
une  sueur  rentréè , xme.  oppression  habituelle,  des  palpita- 
tions , maladie  pour  laquelle  il  a déjà  été  reçu  à la  Pitié  , à 
la  Charité  et  à l’Hôtel-Dieu.  ( A la  Pitié,  la  maladie  a été 
considérée  comme  un  emphysème  pulmonaire.) 

Etat  du  malade  a son  entrée.  — Visage  violet,  ainsi  que 
les  mains;  étouffement  porté  jusqu’à  l’orthopnée;  palpita- 
I lions  au  moindre  effort  ; infiltration  des  membres  infé- 
rieurs. • 

La  respiration  s’entend  mal  dans  toute  la  partie  posté- 
rieure de  la  poitrine , surtout  en  bas  ( on  entend  du  râle 
sibilant  en  arrière , surtout  à gauche  et  à la  partie  anté- 
j Tieure  des  deux  côtés);  résonnance  assez  bonne;  crachats 
I séreux. 

Examinés  avec  la  main,  les  hattemens  du  cœur  sont  profonds, 
forts,  étendus , régidiers. 

Matité  dans  une  étendue  de  2 pouces  verticalement,  et  de  3 
pouces  transversalement. 

Le  premier  bruit  du  cœur  est  un  peu  sourd,  le  second  assez 
‘ clair  if . 

r -rr~ T T . ' I . ' ' — ■ ■ . . , M ' ...II 

(i)  L’auscultation  ne  fut  pas  pratiquée  chez  ce  malade  assez  souvent,  et  avec 
•toute  l’attention  nécessaire.  C’est  le  .seul  ;cas  de  rétrécissement  d’un  orifice  du 
cœur  dans  lequel  je  n’aie  pas  constaté  un  bruit  de  soufflet  ou  de  râpe. 


400  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

Les  jugulaires  sont  légèrement  gonflées.  Lesbattemensdes  | 
carotides  n’offrent  rien  de  particulier  ; le  pouls  est  petit , 
régulier , d’une  force  médiocre.  La  peau  est  froide , surtout  i 
aux  extrémités. 

Le  malade  se  tient  continuellement  assis. 

Les  ibnctions  digestives  se  font  assez  bien. 

Diagnostic.  — Hypertrophie  du  cœur,  avec  lésion  organique  i 
de  r aorte  {^épaississement  et  altération  crétacée  des  parois). 

Traitement.  Saignée;  till.  sp.  gom.,  org.  sp.  5 racines  ; po^  « 
lion  i5  goutt.  teint,  digit.;  3 bouil.,  3 pot. 

12  octobre.  La 'saignée  présente  quelques  rudimens  de  • 
couenne  et  beaucoup  de  sérum. 

Les  crachats  ont  l’aspect  d’eau  visqueuse,  agitée  avec  de  4 
l’air.  On  entend  un  râle  semi-crépitant  qui  pourrait  en  im-  é 
poser  pour  de  la  péripneumonie , et  qu’on  attribue  à un  || 
œdème  du  poumon.  — Le  visage  est  moins  violet.  ^ 

i3,  i4>  i6,  17  et  18.  Soulagement  ( le  malade  mange  | 

le  quart).  ’ | 

20.  Le  soir  à cinq  heures  et  demie,  le  malade  conversait 

avec  ses  voisins,  lorsqu’il  fut  subitement  frappé  d’hémiplé- 
gie à droite  (le  côté  conserve  sa  sensibilité).  L’intelligence 
n’est  pas  entièrement  abolie,  quoique  la  parole  le  soit  (il 
murmure  à peine  quelques  mots  lorsqu’on  lui  adresse  une  i 
question).  Le  pouls  , large  et  plein  , ne  bat  que  48  fois  par 
minute.  Les  Lattemens  du  cœur  sont  également  d’une  il 
grande  force,  quoique  très  lents  (Aaig-/iée  iraA  4 pal.  | 

minutes  après  V accident). 

Après  la  saignée,  les  pulsations  et  les  battemens  du  cœur  J 
diminuent  de  force,  sans  changer  de  nombre.  ( La ce/newt  i 

laxatif.  ) ' 

21.  La  peau  est  froide  et  visqueuse  ; le  malade  ne  paraît 
plus  comprendre  les  paroles  qu’on  lui  adresse.  {^Saignée; 
sinapismes  aux  mollets,  renouvelés  deux  fois-,  lavem.  laxatif; 
diète.  ) 

Diagnostic.  — Epanchement  dans  la  couche  optique  et  le 


Or.SliUVATIONS  D 11  VPRaT!lO?IirE. 
corps  strié. gnucke  jiisfjue  i>ers  la  protubérance  annulaire.,  et 
non  point  à la  partie  anterieure  (i). 

22.  31ort  a 1 1 heures  du  soir,  apres  un  long  râle,  sans  que 
la  parole  soit  revenue  (on  avait  appliqué  plusieurs  sina- 
pismes). ' 

Autopsie  cadaoéi'icpie , 34  heures  après  la  mort. 

1°  Habit,  extér.  — Cadavre  d’une  taille  moyenne , d’un 
embonpoint  médiocre,  n’offrant  point  d’in  filtration. 

2®  Org.  respir.  et  circulât.  — Les  deux  poumons,  très  vo- 
lumineux, adhèrent  de  toutes  parts  par  un  tissu  cellulaire 
bien  organisé  aux  parois  thoraciques.  Le  poumon  gauche 
adhère  au  péricarde  de  la  même  manière  : il  le  recouvre 
dans  les  deux  tiers  de  son  étendue  ( la  partie  non  recou- 
verte correspond  à un  espace  qui  a été  circonscrit  exacte- 
tement  par  la  percussion  avant  l’ouverture  )'.  Il  s’écoule 
une  grande  quantité  de  sang  caillé  à l’ouverture  des  gros 
vaisseaux  de  la  base  du  cœur.  Débarrassé  de  ses  caillots, 
cet  organe  offre  encore  un  volume  énorme  [cor  hoyinum  de 
certains  auteurs  (2)  ).  Lrt  cavité  du  péricarde  n existe  plus; 
le  Jéuillet  pariétal  adhère  de  toutes  parts , par  un  tissu  cellu-- 
laire  bien'organisé  et  un  peu  injiltré,  au  feuillet  cardiaque. 

Pesé  comparativement  avec  le  cœur  d’un  vieillard,  qui 
était  lui-même  un  peu  plus  volumineux  qu’à  l’état  normal , 
il  le  dépassait  en  poids  de  8 onc.  2 gros.  Son  poids  absolu 
est  de  16  onc.  4 gros. 

De  la  base  du  ventricule  gauche  à la  pointe  du  cœur, .il  y 
a 3 pouc.  Il  lig. ; le  diamètre  transversal  a 4 pouc.  9 lig.  ; 


(i)  L’absence  de  la  parole,  dans  ce  cas,  tenait,  en  effet,  à la  paralysie  de  la  laii« 
gue  et  des  autres  muscles  de  l'articulation  des  sons , et  non  à celle  de  la  portion  du 
cerveau  qui  préside  à la  formation  des  signes  représentatifs  des  idées. 

'(î)  Cette  expression  de  cor  bovinum  ne  doit  pas  être  prise  à la  lettre.  En  ef- 
fet , le  coeur  le  plus  hypertrophié  cbcî  l’homme  n’a  pas  la  moitié  du  poids’du 
cœur  normal  d’un  bœuf  vigoureux, 

2. 


26 


4o2  maladies  du  cotur  en  particulier. 
la  circonférence , lapouc.  ; le  diamètre  antéro-postérieur, 
2 pouc.  7 lig. 

Le  ventricule  droit  ])ourrait  contemr  un  gros  œuf  de 
poule  ; ses  parois  ont  5 lig.  d’épaisseur,  vers  la  pointe  comme 
à la  base.  Les  colonnes  charnues  sont  développées  , ainsi 
que  les  tendons  par  lesquels  elles  s'insèrent  à la  valvule  tri- 
cuspide.La  circonférence  de  l’orifice  ventrîculo-pulmonaire 
est  de  3 pouc.  ^ lig.  L’oreillette  droite  a une  cavité  presque 
double  de  celle  du  ventricule  ; elle  présente  à sa  surface 
interne  un  certain  nombre  de  plaques,  dont  deux  surtout 
forment  un  relief  assez  marqué,  et  offrent  cette  teinte  lai- 
teuse des  plaques  que  l’on  trouve  parfois  à la  surface  du 
péricarde;  l’oreillette  est  généralement  hypertrophiée,  sur- 
tout aux  colonnes  de  son  auricule. — La  valvule  tricuspide 
est  considérablement  épaissie,  sans  être  déformée;  son  tissu 
crie  légèrement  sous  V instrument  qui*  le  divise.  Cet  épaississe- 
ment et  cette  induration  commençante  existent  surtout  à la 

t O 

zone  tendineuse  oîi  se  fixe  la  'valvule  ('  la  longueur  de  ses 
lames  est  de  ii  à 12  lig.  ).  L’orifice  auriculo-ventriculaire 
droit  est  sensiblement  élargi.  Les  veines-caves  sont  consi- 
dérablement dilatées. 

La  cavité  du  ventricule  gauche  est  à peu  près  égale  à 
celle  du  ventricule  droit.  L’épaisseur  de  ses  parois , à la 
base,  est  de  8 à 9 lignes,  et  va  en  diminuant  vers  le 
sommet.  Le  diamètre  vertical  du  ventricule  gauche  est  de 
3 pouc.  I lig.";  sa  circonférence  interne  est  de  4 pouc.  ij2. 
Le  diamètre  vertical  du  ventricule  droit  est  de  2 pouc. 
10  lig.  ; sa  circonférence  interne  est  de  5 pouc. 

L’orifice  ventriculo-aortique  a 2 pouc.  1 1 lig. — Les  valvu- 
les de  l’aorte  et  de  l’artère  pulmonaire  bouchent  exactement 
les  orifices  auxquels  elles  sont  adaptées  ( l’eau  versée  dans  ces 
vaisseaux  ne  pénètre  pas  dans  les  ventricules).  — Les  val- 
vules aortiques  ontfi.lig.  de  hauteur;  elles  sont  bien  confor- 
mées, mais  elles  sont  épaissies,  indurées,  et  crient  sous  l’in- 
strument : elles  sont  parsemées  de  quelques  plaques  jaunà- 


OBSERVATIONS  d’iIYPERTROPHIE.  4o3 

iresjrudiniensd’ossificalions.  Lescolonncscharnues  du  ven- 
tricule gauche  ne  sont  pas  très  développées,  excepté  celles 
qui  vont  s’insérer  à la  valvule  mitrale  ; la  plus  grosse  de 
ces  dernières  est  parsemée  de  plaques  d’un  blanc  laiteux' au- 
dessous  desquelles  le  tissu  musculaire  est  intact.  L’oreillette 
gauche  paraît  un  peu  plus  vaste  que  la  droite  j elle  commu- 
nique avec  le  'ventricule  au  moyen  d’une  espece  de  J'ente  qui 
reçoit  à peine  V extrémité  du  petit  doigt  et  ressemble  à une  glotte 
d’enfant.  Dans  cet  endroit,  l’oreillette  se  termine  par  un 
espace  infundibuliforme,  à circonférence  légèrement  fron- 
cée comme  celle  de  l’anus,  et  dont  le  diamètre  est  de  5 lig. 
environ  (la  circonférence  de  la  fente  est  de  i8  lig.).‘Cette  ou- 
verture est  formée  par  l’e.Vlrémité  libre  des  deux  lames  de 
la  valvule  bicuspide , qui , par  leur  réunion , forment  une 
I espèce  d’anneau.  Les  colonnes  charnues  viennent  s’insérer, 

1 par  de  nombreux  tendons,  sur  la  face  ventriculaire  de 
I ces  lames  valvulaires.  Ainsi  épaissies  dans  toute  leur  éten- 
due, les  lames  valvulaires,  d’une  longueur  de  i3  lig.,  sont 
rendues  inégales  par  des  plaques  développées  dans  leur 
j épaisseur,  qui  est  de,i  lig.  La  circonférence  d’insertion  de 
la  zone  tendineuse  a 4 pouc.  4 hg. 

Sur  la  membrane'  interne  de  cette  oreillette,  il  existe, 
|l  comme  sur  celle  de  l’autre,  des  plaques  blanchâtres,  fibro- 
I cartilagineuses. 

Le  tissu  du  cœur  est  assez  ferme  et  vermeil  ; cet  organe 
I est  entouré  de  toutes  parts  d’une  couche  de  graisse  assez 
I épaisse  et  assez  molle. 

■'  L’aorte  descendante  est  généralement  un  peu  dilatée  et 
hypertrophiée  : elle  n’offi'e  pas  de  plaques  cartilagineuses , 

I comme  sa  portion  ascendante.  . 

; Les  poumons  sont  sains , si  ce  n’est  que  leurs  cellules 
; sont  remplies  d’une  sérosité  spumeuse,  que  la  pression  en 
il  fait  sortir  avec  crépitement.  Le  poumon  gauche  est  plus 
;i  engorgé  que  le  droit. 

26. 


MALADIES  DU  COUUn  EN  PAUTICULIER. 

3°  Organ.  cligest.  et  annex.^ — L’estomac,  dont  la  mem-  i 
brane  muqueuse  paraît  un  peu  ramollie,  offre  des  mar-  ^ 
brures  d’un  noir  rougeâtre  dans  son  grand  cul-de-sac  ; l’in-  | 
testin  grêle  ne  présente  rien  de  remarquable;  le  gros  in-  1 
testin  contient  des  matières  fécales  en  assez  grande  quan- 
tité.— Le  foie,  congestionné,  est  plus  lourd  et  d’une  couleur 
plus  jaunâtre  qu’à  l’état  naturel.  — La  rate  est  rétractée 
et  d’une  forte  consistance. — Les  reins  sont  à l’état  normal.  i 

4“  Or  g.  de  Uinneryat.  — A.  l’ouverture  du  crâne  , il  ne  s’é- 
coule aucun  liquide.  Le  cerveau  est  généralement  mou  : on 
observe  sur  la  partie  externe  du  lobe  moyen,  une  large  suf- 
fusion sanguine,  indice  d’un  épanchement.  En  ouvrant  le 
cerveau,  le^corps  calleux  s’est  déchiré  et  on  trouve  du  sang  • . 
caillé  entre  les  deux  hémisphères.  En  incisant  la  substance  ; 
cérébrale,  on  constate  un  ramollissement  de  celle  qui  cor-  « 
respond  à la  suffusion  sanguine  (le  sang  est  comme  combiné  i 
avec  elle).  La  portion  la  plus  antérieure  est  seule  exempte 
de  l’altération.  En  dehors,  les  deux  tiers  externes  de  la  cou-  | 

f 

che  optique  etducorpsstrié  gauches  sont  complètement  dé-  ‘ 
chirés  et  détruits  par  un  vaste  épanchement.  La  substance  cé-  t 
rébrale,  combinée  avec  le  sang,  forme  une  espèce  de  bouillie  i 
diffluente,  représentant  de  la  lie  devin  foncée  en  couleur.  En 
versant  une  certaine  quantité  d’eau , on  voit  des  lambeaux 
de  substance  cérébrale  flotter  au  mjlieu  du  liquide.  La  par- 
tie la  plus  interne  du  corps  strié  et  de  la  couche  optique 
n’a  pas  été  envahie  par  l’épanchement. 

Le  sang  trouvé  entre  les  deux  hémisphères  provenait 
évidemment  du  foyer  décrit,  et  s’était  échappé  à la  faveur 
d’une  déchirure. 

Le  corps  strié  et  la  couche  optique  du  côté  droit,  un  peu 
mous,  n’offrent,  d’ailleurs,  aucune  trace  d’épanchement. 

La  masse  cérébrale  en  général,  à gauche  surtout , est  in- 
jectée et  abondamment  pointillée  de  sang. 

L’artère  basilaire  et  ses  principales  ramifications  ont  leur 


OBSERVATIONS  D’ilYl'ERTROPUiE.  /j.o5 

parois  un  peu  épaisses,  blanchâtres  en  quelques  points,  sans 
plaques  cartilagineuses  ou  calcaires  (i\ 


(i)  On  a dft  remarquer  que,  dans  plusieurs  autres  observations,  ainsi  que  dans 
celte  dernière,  une  hémorrhagie  ou  un  ramollissement  du  cerveau  ont  compliqué 
l’hypertrophie  du  ventricule  gauche.  Comme  1 influence  de  celte  hypertrophie 
sur  le  développement  de  ces  afleclions  est  un  point  de  doctrine  encore  conlro- 
versé,  on  ne  saurait  trop  multiplier  les  faits  propres  à 1 éclairer.  Cest  pour- 
quoi je  vais  consigner  ici  l’extrait  de  trois  nouvelles  observations  qui  me  sont 
propres.  J’y  joindrai  l'observation  publiée  en  l’an  xin  par  Legallois , qui  me  pa- 
i rait  être  le  premier  qui  ait  considéré  i'iiypértrophie  du  ventricule  gauche  comme 
pouvant  déterminer  l’hémorrhagie  cérébrale. 

OnsKHV.  lad". Hyperlropjiie  a^évrismale  des  deux  ventricules,  ramolllsse- 

I ment  du  cerveau.  Une  portière,  âgée  de  .^6  ans  , éprouva  lout-à-coup  , dans  sa 
loge,  une  attaque  d'hémiplégie.  Le  lendemain  , elle  est  apportée  à la  Clinique 
i ( le  5 février  i835  ). — Membres  gauches  privés  de  sentiment  et  de  mouvement; 
i bouche  ét  jmux  déviés  à droite , parole  difficile.  — Batlemens  du  cœur  irrégu- 
j liers,  forts,  tumultueux,  ressemblant  en  quelque  sorte  à des  coups  de  battoir... 

! Les  jours  suivans , le  membre  supérieur  paralysé  se  contourna , mais  jamais  on  ne 
remarqua  de  rigidité  notable.  Mort  le  i5 , dix  jours  après  l’entrée  ( la  parole  et 
la  connaissance  se  conservèrent  jusqu’au  dernier  moment  : elles  n’étaient  qu’af- 
faiblies).— Le  coeur,  situé  presque  transversalement,  est  d'un  bon  tiers  plus  volu'- 
tnineux  qu’à  l’état  normal  {il  pèse  SGy  gram.).  Deux  plaques  laiteuses,  trace  d’an- 
I eienne  pèricardile,  existent  sur  la  face  antérieure  du  ventricule  droit,  dont  laeavitê 
i est  un  peu  augmentée  , et  dont  les  parois  ont  4^5  lig.  d'épaisseur.  La  cavité  du 

< ventricule  gauche  est  à peu  prés  égale  à celle  du  droit  ; ses  parois  ont  à la  base  7 

1 lig.  à J lig.  1/2  d’épaisseur.  Valvule  tricuspide  un  peu  épaissie.  Valvule  mitrale 
ij  indurée , ai  ec  rétrécissement  considérable  de  l'orifice  auricuto-venlriculaire  gau- 
I che.  — Orifice  aortique  libre. — Dégénérescence  crétacée  de  l’aorte. — Sérosité  en 
quantité  médiocre  dans  les  ventricules  latéraux  du  cerveau.  La  substance  blanche 
qui  forme  ta  paroi  du  droit  est  sensiblement  ramollie  ; le  ramollissement  s’étend 
vers  le  commencement  du  lobe  postérieur  droit , et  occupe  une  grande  partie  do 
la  face  externe  du  lobe  moyen.  En  dehors  de  la  couche  optique  et  du  corps  strié 
droits  existe  un  nouveau  foyer  de  ramollissement.  Dans  les  lobes  postérieur  et 
I moyen,  la  substance  est  convertie  en  une  bouillie  un  peu  épaisse,  sans  traces  d’in- 

Sjcction. — Dans  le  foyer  situé  en  dehors  de  la  couche  optique  et  du  corps  strié,  on 
aperçoit  une  injecliàn  sanguine  très  prononcée,  portée  jusqu’à  l’ infiltration  en  plu- 
l sieurs  points.  Ailleurs,  la  substance  ramollie  est  infiltrée  d’un  liquide  d’une 

i teinte  d'un  blanc  légèrement  Jaunâtre,  et  qui  ressemble  à un  pus  très  clair.  En 

-■  un  point,  là  où  l’injection  est  à son  maximum,  le  liquide  est  manifestement  pu- 

t riforme.  — Les  artères  de  la  base  du  cerveau  et  leurs  ramifications  n’offrent  pat 

I de  notables  ossifications. 

• Obsbrv.  127'. — Hypertrophie  concentrique  du  ventricule  gbuche , ramollisse- 
• ment  très  circonscrit  du  cerveau,  Uneàcaülère,  âgée  de  65  ans,  sujette  à de 


MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 


OBSERVATION  130«. 

Femme  de  4^  ans.  — Battemens  forts  et  étendas  du  cœur;  matité  et  voussure 
de  la  région  précordiale.  — Bruit  de  râpe.  — Hypertrophie  avec  dilatation  du 
cœur  en  général,  et  du  ventricule  droit  en  particulier.  — Induration  des  val- 
vules bicuspide , aortiques  et  tricuspide.  — Plaques  fibreuses  sur  le  péricarde. 

Adhérences  anciennes  de  la  plèvre  et  du  péritoine. 

Une  femme  âgée  de  4^  ans  , d’une  constitution  un  peu 
grêle,  à poitrine  étroite,  fut  apportée  à la  Clinique  et  cou- 


violens  battemens  du  cœur  et  à des  étourdissemens,  éprouva,  le  a4  février  i835, 
une  paralysie  du  côté  droit,  sans  perte  de  connaissance  (le  sentiment  persistait  dans 
les  membres  paralysés).  Le  a6,  elle  fut  apportée  à la  Clinique.  Face  rouge,  yeux  t 
injecté,  parole  difficile,  etc...  Les  jours  suivons,  on  observe  une  rigidité,  une  con- 
tracture du  membre  supérieur  droit,  qui  est  en  même  temps  contourné...  La  et-  | 
phalalgie  est  très  forte.  Mort  le  i3  mars,  quinze  jours  après  l’entrée. — Cœur  volu- 
mineux, La  cavité  du  ventricule  gauche  est  un  peu  moindre  qu'à  l’état  ftermal.  Ce  t 

ventricule,  arrondi,  très  robuste,  a des  parois  8 à 9 Ug.  d’épaisseur.  Les  parois  | 

du  ventricule  droit  ont  2 lignes  d'épaisseur  seulement. — Une  grande  quantité  de  j 

sérosité  dans  la  eavite  de  l’ arachnoïde  ; dans  les  ventricules  et  à la  base  du  crâne. 

( Vers  les  derniers  jours,  la  malade  était  tombée  dans  un  état  comateux.)  En  de-  1 

hors  du  corps  strié  gauche  , dans  un  espace  qui  pourrait  contenir  une  noisette  , . 

existe  un  ramollissement  bien  caractérisé, 

Obsbbv.  1 28e.  — Hypertrophie  concentrique  du  ventricule  gauche,  Hemor-  | 
r/iflg'tc  ceréôra/e.  Un  marchand  d’habits,  âgé  de  60  ans,  tomba  tout-à-coup 
sans  connaissance,  le  16  avril  iS55.  Le  17  , il  fut  apporté  à la  Clinique.  Le  18  , 
à la  visite,  le  malade  n’avait  pas  encore  repris  connaissance;  il  était  plongé  dans 
un  coma  profond , et  ne  pouvait  proférer  une  parole.  Les  membres  droits  étaient 
dans  une  immobilité  et  une  résolution  complètes.  ( Le  malade  était  sensible  à un 
fort  pincement  de  ces  parties.  ) Respiration  stertoreuse.  Rétention  d urine. 

Les  battemens  du  cœur  repoussaient  assez  fortement  la  tête  appuyée  sur  la  ré- 
gion précordiale,  bien  que  le  pouls  fût  petit  , étroit  ( à loo  par  minute).  - 
Mort  le  1 S,  à 3 heures,  le  lendemain  de  l’entrée  , troisième  jour  de  l’attaque. 

— Le  cœur  est  d’un  grand  tiers  plus  volumineux  qu’à  l’élat  normal , arrondi, 
comme  dodu  , à pointe  mousse  ( il  pèse  oji  gram.  ).  Le  ventricule  gauche  est 
énormément  hypertrophié , et  sa  cavité  est  rétrécie  {elle  peut  à peine  recevoir  le 
doigt  indicateur').  Le  maximum  d'épaisseur  de  ses  parois  est  de  i5  Ug,  Le 
maximum  d’épaisseur  des  parois  du  ventricule  droit  est  de  5 Ug,  1/2.  La  cloison, 
deÿtig.  d'épaisseur,  proém  'ine  dans  la  cavité  du  ventricule  droit , dont  la  capacité  ts  t 
d’ailleurs  d peu  près  normale.  Les  colonnes  charnues  du  ventricule  gauche  sont 
très  robustes.  La  valvule  mitrale  est  épaissie  et  parsemée  de  quelques  plaques 


OBSERVATIONS  d’iiYPERTROPHIE.  4c>7 

chée  au  n°8.de  la  salle  Sainte-Madeleine,  le  i a janvier  i835. 
Elle  était  alors  dans  un  état  si  grave , qu’elle  ne  pouvait  ré- 
pondre à aucune  de  nos  questions  sur  les  antécédens  de  sa 
santé.  La  fdle  de  cette  femme  nous  apprit  seulement  qu’à 
différentes  reprises  ,;les  jambes  avaient  été  enflées. 

Voici  les  symptômes  que  nous  observâmes,  le  lendemain 
de  l’entrée  (i3  janvier). 

Face  bouffie,  terreuse  ; lèvres  violettes  ; gonflement  vari 
queux  des  veines  jugulaires  et  des  troncs  veineux  qui  rampent 
sous  lapeau  de  la  poitrine. 

Pouls  petit,  filiforme,  à 112  pulsations;  bruissement  ou 


jaunes.  — Le  tissu  du  cœur  est  vermeil.  L’origine  des  artères  coronaires  est  e®**- 
vertie  en  tissu  fîbro-cartilagîneux  ; le  commencement  de  l'aorte  présente  aussi  dei 
points  et  des  lames  jaunes,  rudimens  d'ossifications. — Les  circonvolutions  du 
cerveau  sont  pptites,  et  cet  organe  est  comme  affaissé  ( une  perte  de  substance  , 
suivie  d’une  cicatrice  déprimée, existe  à la  surface  de  quelques  unes  des  circonvo- 
lutions ).  Dans  l’intérieur  de  la  couche  optique  et  de  la  partie  postérieure  du  corps 
strié  de  l' hémisphère  gauche , existe  une  excavation  caverneuse,  de  la  grandeur 
d’une  petite  noix,  à surface  frangée,  inégale,  ramollie  et  remplie  d’un  sang  noir 
liquide,  mêlé  seulement  de  quelques  petits,  caillots.  Un  autre  foyer  hémorrhagique 
occupait  tout  le  côté  gauche  de  la  protubérance  annulaire  , d’où  il  s'étendait  aux 
trois  quarts  du  côté  opposé , se  prolongeait  dans  le  pédoncule  antérieur  du 
cerveau,  et  de  là  communiquait  avec  l’autre  foyer.  Les  aetbbes  dk  la  basb  dd 

CnANE  ÉTAIENT  OSSIFIÉES. 

Obsert,  129e  — Voici  maintenant  Tobservalion  de  Legallois,  telle  qu’on  la 
trouve  dans  le  tome  !"■  des  Bulletins  de  la  Faculté  de  médecine  de  Paris , publié 
en  l’an  xui.  Elle  a pour  litre  : Obseroation  lue  à la  Société  par  M.  Legallois,  sur 
une  maladie  du  cœur  par  hypersarcose  ou  par  excès  de  la  substance  musculaire 
de  ce  viscère,  cause  présumée  d'dse  apoplexie  foudeoyante,  qui  a terminé  les 
jours  de  la  malade. 

U lie  femme  éprouvait,  dès  l’enfance,  uue  impossibilité  de  faire  des  mouvemens  un 
peu  prompts  sans  essoufflement , disposition  qui  s’élait  progressivement  et  consi- 
dérablement accrue  jusqu’à  la  mort,  quia  eu  lieu  à 26  ans.  Les  étés  augmen- 
taient celte  incommodité,  et  des  sueurs  abondantes  accompagnaient  l’essouffle- 
ment. Celle  femme  s’éveillait  de  très  bonne  heure,  et  ne  pouvait  plus  dormir  ni 
rester  au  lit,  au  bout  de  quelques  heures  de  sommeil;  elle  ne  pouvait  porter  de 
vêtemens  serrés  en  aucun  temps,  mais  surtout  après  avoir  mangé;  elle  mangeait 
beaucoup,  surtout  du  pain,  et  avait  toujours  faim.  Elle  était  sujette  aux  hémor- 
rhagies nasales  et  aux  maux  de  tête  ; son  visage  était  pâle. 

Lie  jour  même  qu’elle  périt,  elle  éprouva  tout-à-coup  un  violent  mal  de  dents , 
auquel  elle  n’avait  jamais  été  sujette , et  la  joue  droite  se  gonfla  subitement. 


4o8  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

frémissement  vibratoire  dans  le  trajet  des  artères  carotides  ; 
et  sous-clavières. 

Voussure  manifeste  de  la  région  précordiale,  avec  élar-  = 
gissement  des  espaces  intercostaux  correspondans  ; cette  j 
région  offre  une  matité  de  4 pouces  verticalement  et  de  4 i 
pouces  3 lignes  transversalement.  Le  maximum  de  la  ma-  l 
iité  existe  à la  partie  inférieure  du  sternum,  c’est-à-dire  ) 
dans  le  point  de  la  région  précordiale  correspondant  au  i 
ventricule  droit.  La  main  appliquée  sur  la  région  indi- 
quée est  repousséa  par  un  coup  fort,  sec,  vigoureux,  ce  ! 
qui  cofitraste  avec  la  faiblesse  du  pouls. 

Les  deux  bruits  du  cœur  sont  remplacés  par  un  double  ; 
bruit  de  râpe  ,■  assez  sec. 

Les  membres  inférieurs  sont  infiltrés,  et  l’abdomen  dis- 
tendu, fluctuant.  • V , 


Elle  eut  deux  ou  trois  vomissemenf,  et  perdit  connaissance;  la  respiration  de-  ► 
vint  steiToreuse,  et  la  bouche  se  couvrit  d’écume,  les  urines  coulèrent  involon- 
tairement, et  la  mort  survint  environ  trois  quarts  d’heure  après  que  le  mal  de  : 
dents  se  fut  déclaré. 

Adtopsie  c AOiVKRiQCE.  — Lc  volumc,  la  dureté  du  cœur,  et  l’épaisseur  de  tes 
parois  étaient  extraordinaires  : tout  son  volume  était  dû  au  ventricule  aortique. 

Les  valvules,  les  oreillettes  et  le  ventricule  droit  étaient  dans  les  proportions  na- 
turelles. La  CAPACHé  DU  VBSTttlCULE  AOBTIQUE  h'ÊTAIT  CKPBîSDArîT  PAS  PLUS 
GRANDE  qu’a  l'ÉTA'T  ORniKAlRE, 

Le  poids  total  du  cœur  était  de  6 hectogram.  ( environ  i liv.  i;4  ),  ta  longueur 
de  sa  base  à sa  pointe  était  de  i décimèl.  et  i/5  {,5  pouc.  ) , sa  plus  grande  circon- 
férence de  3i  décimùi.\\%  pouc.  \}t)  (i).  Les  parois  du  ventricule  gauche, 
à la  base,  avaient  27  millimèt.  ( 1 pouc.  ) d’épaisseur,  et  seulement  2 millimèt. 

( 1 Ug.  ) à la  pointe. 

L’hémisphère  droit  du  cerveau  contenait  dans  sa  cavité  près  de  3 onc.  de  sang 
( 9 dccagram.  ).  On  y observait  une  crevasse  à sa  partie  postérieure  et  externe  , 
crevasse  qui  était  également  pleine  de  sang.  En  cet  endroit,  la  substance  du  cer- 
veau était  d’un  rouge  pâle,  mollasse  et  cédant  facilement  sous  le  doigt.  Une  par- 
tie du  sang  s'était  aussi  fait  jour  dans  la  cavité  du  côté  gauche,  par  une  rupture 
dans  ta  cloison  intermédiaire  (2). 

[l'i  II  y H erreur  dans  ces  calculs  : en  elTct  , on  représente  d’abord  1 décimcl.  cl  1|3  par  5pou., 
et  ensuite  31  déciniét.  par  12  pouc.  Ii2.  \ 

(2i  Fondé  sur  l’aulurilé  de  Morgagni , Legallois  regarde  rêtal  pulpeux  de  la  substance  cérébrale 
dans  1rs  coups  apopiccliqurs  ccmcue  un  effet  et  non  coûuue  la  cansede  l’êpauchenient  de  sang. 


i 


i f Si. 


OBSERVATIONS  d’iIYPERTROPIIIE.  /|.09 

La  malade  est  plongée  dans  un  assoupissement  continuel , 
c et  offre  un  état  d’oppression  considérable. 

Diagnostic.  — Hypertrophie  anéorismale  du,  cœur  en  général 
et  du  ventricule  droit  en  particulier , aoec  induration  des  valvules. 

Prescript.  — Saignée  au  moment  de  Ventrecj  solut.  de  sir. 
de  gomrn.  2 pots;  pot.  calm.  avec  digit.  gr.  yJ  ; 2 bouiïl.  , 
2 tasses  de  lait. 

Le  membre  supérieur  du  côté  sur  lequel  là  malade  reste 
couchée  (côté  droit)  est  énormément  infiltré.  On  ne  peut 
1 retirer  la  malade  de  son  état  d’assoupissement — L’agonie 
I est  évidente....  Mort  dans  la  journée. 

Jutopsie  cadavérique  20  heures  environ  après  la  mort. 

1”  Habitude  extér.  — Infiltration  séreuse  des  membres  ; 
visage  livide , violacé. 

2°  Organ.  circulât,  et  respù'at.  — A l’ouverture  de  la-^poi- 
trine,  il  s’écoule  une  assez  grande  quantité  de  sérosité  lim- 
pide , citrine. 

Le' péricarde  contient  un  demi -verre  environ  d’une 
sérosité  d’un  jaune  verdâtre,  parfaitement  transparente. 
Pâle  , comme  lavé  par  le  liquide, *il  présente  en  plusieurs 
points  des' plaques  d’un  blanc-laiteux,  organisées,  s’enle- 
vant assez  facilement  et  laissant  au-dessous  d’elles  le  feuillet 
viscéral  du  péricarde  tout-à-fait  sain. 

Le  cœur  est  généralement  dilaté  et  hypertrophié.'  Le 
ventricule  droit  est  d’un  grand  tiers  plus  vaste  qu’à  l’état 
normal.  Ses  parois  présentent  à peu  près  le  double  d’épais- 
seur de  l’état  normal.  La  cavité  de  ce  ventricule  contient 
des  concrétions  sanguines  noirâtres,  molles.  L’oreillette 
correspondante  est  également  dilatée. 

L’orifice  auriculo-ventriculaire  droit , considérablement 
dilaté , a 5 pouces  de  circonférence.  La  valvule  tricuspide 
est  épaissie. 

Les  valvules  de  l’artère  pulmonaire  sont  dans  l’état  normal. 

Le  ventricule  gauche  contient  des  concrétions  sembla- 


4lO  MALADIES  DU  Ca:UIl  EN  PAllTICULIEn. 

blés  a celles  du  droit  : il  est  moins  ample  que  ce  dernier. 

— L’orifice  aortique  a 3 pouc.  4 üg-  de  circonférence. 

Les  valvules  aortiques  sont  rouges  ( la  rougeur  persiste 
après  le  lavage,  et  tranche  sur  la  couleur  jaune  nankin  de 
la  paroi  interne  de  l’aorte);  leur  bord  adhérent  est  converti 
en  tissu  fibro-cartilagineux.  — Infiltration  sanguine  entre 
les  fibres  charnues  qui  forment  la  couche  la  plus  superfi- 
cielle du  ventricule  gauche. 

L’épaisseur  des  parois  de  ce  ventricule  est  de  5 à 6 lig.  à 
la  base.  La  substance  musculaire  est  plus  brune  qu’à  l’état 
normal,  altération  de  couleur  à laquelle  ne  participe  pas 
le  ventricule  droit.  La  lame  antérieure  de  la  valvule  bicus- 
pide  présente  plusieurs  plaques  cartilagineuses.  — L’orifice 
auriculo-ventriculaire  gauche  a 3 pouc.  3 à 4 lig. 

L’aorte,  généralement  blanche  à l’intérieur,  offre  un  ca- 
libre plus  étroit  qu’à  l’état  normal. 

Les  poumons  adhèrent  presque  de  toutes  parts  à la  plè- 
vre pariétale.  Ils  contiennent  beaucoup  de  sérosité  (œdème 
des  poumons,  plus  prononcé  dans  le  droit  que  dans  le 
gauche  ). 

3°  Cent,  nerveux.  — Beaucoup  de  sérosité  dans  la  cavité 
de'  l’arachnoïde  et  dans  les  mailles  de  la  pie-mère.  — Les 
ventricules  contiennent  un  peu  du  même  liquide.  La  sub- 
stance cérébrale,  d’une  bonne  consistance,  est  fortement 
sablée  d’un  sang  qui  ruisselle  à la  surface  des  sections  pra- 
tiquées dans  le  cerveau. 

4®  Org.  dig.  èt  annex.  — La  cavité  abdominale  contient 
une  grande  quantité  de  sérosité  citrine. — Le  foie  adhère  au 
diaphragme  par  du  tissu  cellulo-fibreux  ; son  volume  est 
augmenté. — Le  tube  digestif  offre  à l’extérieur  une  teinte 
rosée  (sa  cavité  n’a  pas  été  ouverte). 


I 


OBSERVATIONS  d’iiypertropiiii:.  4ll 

OBSERVATION  131*. 

Homme  de  4;  ans.  — Battemens  du  cœur  larges,  étendus;  palpitations;  dys- 
pnée; pouls  irrégulier,  petit,  intermittent. — Plus  tard,  gangrène  et  infiltration 
i du  membre  inférieur  gauche.  — Hypertrophie  générale  et  dilatation  du  cœur.  — 
PPIaques  laiteuses  sur  le  péricarde;  induration  fibro-Cartilagineuse  et  insuffisanca 
é des  valvules  auriculo-ventriculai res.  — Dégénérescence  crétacée  de  l’aorte  et  de 
1,1a  plupart  des  grosses  artères.  — Oblitération  de  la  fin  de  C artère  iliaque  primi- 
r.  tive  gauche  et  de  la  veine  principale  du  membre  malade. 

Durand,  ancien  soldat,  âgé  de  47  Rds,  est  entré  à la  Cli- 
nnique  (n°  22,  salle  Saint-Jean-de-Diéu  ),  le  12  oct.  i833. 
CCet  homme,  d’une  constitution  robuste,  fut  pris,  il  y a 
ttrois  mois  environ,  sans  cause  à lui  connue,  de  gène  dans 
lia  respiration,  surtout  lorsqu’il  se  livrait  au  moindre  exer- 
ccice.  Cette  gêne  a fait  des  progrès’lents , mais  continuels, 
I malgré  les  soins  qu’il  a reçus  dans  divers  hôpitaux  ( à l’hô- 
jpital  Beaujon  spécialement,  et  dans  le  service  de  M.  Ler- 
I minier,  où  il  a été  placé  à deux? reprises  différentes). 

Examen  à la  visite  du  i3. 

La  coloration  de  la  peau , surtout  à la  face,  était  d’ûn 
bleu  pâle,  terne,  livide  j les  lèvres  et  les  ailes  du  nez  étaient 
gonflées. 

Depuis  une  quinzaine  de  jours,  le  malade  crachait  abon- 
damment un  liquide  séreux  j la  respiration  était  difficile, 
haute,  et  la  dyspnée  augmentait  au  moindre  effort,  tel  que 
celui  qu’exige  un  simple  changement  de  position  dans  son 
lit;  il  existait  un  râle  muqueux  que  l’on  entendait  dans 
tous  les, points  de  la  poitrine. 

Les  battemens  du  cœur  étaient  profonds,  mais  larges, 
étendus,  et  la  main  semblait  frappée  par  une.  très  grosse 
masse.  La  matité  de  la  région  précordiale  occupait  deux 
pouces  en  travers  et  de  haut  en  bas.  1 

On  n’entendait  pas  de  bruit  de  soufflet  bien  marqué  dans 
la  région  précordiale.  Cependant  le  premier  bruit  du 


4l'^  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

cœur  était  apro , rude,  sec;  le  malade  éprouvait  de  fré- 
quentes palpitations. 

Le  pouls  était  irrégulier,  faible  et  intermittent. 

Les  membres  inférieurs  étaient  infiltrés. 

Les  fonctions  digestives  s’exercaient  assez  bien. 

Diagnostic.  — Hypettrophie  generale  du  cœur  ÿ induration  1 
des  'valvules , sans  rétrécissement  des  orifices. 

Prescription.  — Saign.  3 palett.,  tilL,  orang.  édulc. 

i4  octobre.  Un  peu  de  soulagement.  {^Pot.  12  gouLt.  de  : 
teint,  de  digit.,  lav.,  bain'^  bouill.  et potagl) 

15.  Même  état.  {^Vésicatoire  sur  la  région  précordiale  é) 

16.  La  dyspnée  est  plus  forte  que  les  jours  précédons.  1 
( Saign.  3 pal.) 

17.  Un  peu  de  soulagement. 

18.  On  remarque  que  l’épiderme  de  la  plus  grande  par-  i 

tie  de  la  face  interne  de  la  cuisse  gauche  est  enlevé , et  î 
qu’il  s’est  formé  en  cet  endroit  une  large  escharre  gangré-  ! 
neuse  , dont  il  s’écoule  une^  abondante  sérosité  fétide  (i).  | 
Le  membre  est  le  siège  d’une  vive  douleur.  Le  pouls  est  4 
très  petit  et  très  irrégulier.  ( Lotions  avec  décoct.  de  kina  1 
chlorurée^  eat.'')  ' ii 

19.  Plongé  dans  une  espèce  d’ivresse  gangréiieusefe.  ma-  i 
lade  dit  ne  s’être  jamais  mieux  trouvé.  La  joie  qu’exprime 
son  visage  contraste  singulièrement  avec  la  lividité  de  celte  1 
parue  et  la  décomposition  des  traits;  l’étouffement  est  im- 
minent; la  désorganisation  est  plus  marquée;  la  surface  1 
dénudée  offre  celte  teinte  d’un  gris  sale  qui  caractérise  la  1 
gangrène  avec  suppuration;  langue  rosée;  le  pouls  est 
plus  misérable  encore,  très  irrégulier.  Le  malade  assure  ne  ! 


(i)  Le  membre  inférieur  gauche  est  fortement  œdémateux,  tandis  que  le  droit 
n'offre  qu’un  léger  empâtement  à sa  partie  inférieure.  Je  présume  qu’il  existe  un 
obstacle  ii  la  circulation  dans  les  artères  et  les  veines  du  premier,  et  j’annonce 
une  ûn  prochaine. 


OBSETIVATIONS  d’iI YPERTHOPltlE.  /|  l 3 

plus  ressentir  aucune  douleur  dans  le  membre  où  il  souf- 
j ira\t  lant  U ye\\\e.{  Pot.  tonique.) 

Il  meurt  le  20,  à trois  heures  du  matin,  après  un  râle 
de  quelques  heures.  { Il  exhalait  une  odeur  tellement  fé- 
tide, que  les  sœurs  et  les  infirmiers  disaient  qu’il  était 

pourri.  ) ’ 

Autopsie  cadavérique , 3o  heures  apres  la  mort, 

1°  Habit,  extér.  — Cadavre  d’une  taille  et  d’un  embon- 
f point  médiocres.  Le  membre  inférieur  gauche  est  seul  très 
infiltré.  La  partie  dénudée  est  circonscrite  par  une  ligne 
|r  noire,  s’étendant  du  creux  du  jarret  à l’épine  iliaque  anté- 
rrieure  et  supérieure.  La  surface  gangrénée  est  grisâtre  et 
a abreuvée  d’un  pus  sale,  qui  infiltre  un  peu  le  tissu  du 
c derme. 

2°  Org.  circulât,  et  respimt.  — Le  péricarde  contient  cn- 
'^viron  4 onc.  d’une  sérosité  citrine,  mêlée  de  quelques  flo- 
ccons.  Le  cœur,  distendu  par  des  caillots , a un  volume  iri- 
qple  de  celui  du  poing  du  sujet;  il  a une  forme  globuleuse, 
eet  présente,  sur  le  côté  gauche,  plusieurs  plaques  laiteuses. 
|] Débarrassé  de  ses  principaux  caillots,  il  pèse  636  gram. 
ilîSa  circonférence,  à la  base,  est  de  12  pouc.  ; sa  hauteur  de 
I i4  pouc.  i|2  ; sa  largeur  de  6 pouc.  2 lig. 

On  trouve  dans  les  cavités  du  cœur  un  sang  coagulé  et 
i 1 très  noir. 

La  cavité  du  ventricule  gauche  est  un  peu  plus  grande 
IC  qu’à  l’état  normal.  Ses  colonnes  charnues  sont  volumi- 
I ineuses,  et  forment  un  réseau  serré.  La  hauteur  dè  la  cavité 
; test  de  2 pouc.  i lig.“,  sa  circonférence  de  3 pouc. 
i L’épaisseur  des  parois  de  ce  ventricule,  presque  égale 
' I partout,  même  au  sommet,  est  de  7 à 8 lig. 

La  cavité  du  ventricule  droit  est  un  peu  plus  grande  que 
( celle  du  gauche.  Elle  est  hérissée  aussi  de  colonnes  chai'- 
|i  nues,  très  fortes.  L’épaisseur  des  parois,  à peu  près  la  même 
U dans  tous  les  points,  est  de  4 à 5 lig. 

La  substance  musculaire  est  d’un  rouge  vermeil.  Les  ori- 


4l4  MALADIES  DU  CCEUR  EN  PARTICULIER, 

fices  aortique  et  pulmonaire  sont  libres  ( ils  ont  tous  les 
deux  2 pouc.  Il  lig.  de  circonférence)  ; leurs  valvules  sont 
minces  et  un  peu  rouges. 

L’oreillette  gauche  a une  cavité  double  de  celle  du  ven- 
tricule correspondant.  Malgré  cette  dilatation,  ses  parois 
sont  épaisses  de  a à 3 lig. , et  représentent  celles  du  ven- 
tricule droit  à l’état  normal. 

La  circonférence  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  gau- 
che est  de  3 pouc.  5 lig.  Sa  valvule  présente,  surtout  à la 
base,  des  incrustations  fibro-cartilagineuses  et  calcaires 
(il  s’en  trouve  beaucoup  aussi  au  point  d’insertion  des  colon- 
nes charnues).  Du  reste,  elle  n’est  pas  assez  large  pour  fer- 
mer l’orifice  auquel  elle  est  adaptée.  Plusieurs  des  tendons 
valvulaires  sont  confondus  avec  le  bord  induré  de  la  valvule. 

L’oreillette  droite  présente  la  même  hypertrophie  et  la 
même  dilatation  que  la  gauche.  L’orifice  auriculo-ventri- 
culaire est  dilaté,  et  présente  4 pouc.  2 lig.  de  circonfé- 
rence. 

La  valvule  tricuspide  , ratatinée  comme  la  mitrale,  pré- 
sente quelques  lames  fibro-cartilagineuses,  criant  sous  l’in- 
strument qui  les  divise. 

La  membrane  interne  du  commencement  de  l’artère  pul- 
monaire est  saine.  Celle  de  l’origine  de  l’aorte  offre  quel- 
ques plaques  fibreuses,  qui  se  continuent  dans  les  artères 
coronaires. 

L’aorte  thoracique  et  ajDdorainale , incisée  dans  toute  sa 
longueur,  présente  à sa  partie  postérieure  des  plaques  min- 
ces, jaunes  et  comme  plâtreuses,  qui  forment  un  relief  à 
sa  surface  interne , et  que  l’on  peut  facilement  enlever  avec 
le  dos  du  scalpel.  Le  reste  de  la  membrane  paraît  sain.  A la 
division  de  l’iliaque  primitive  gauche,  un  caillot  mou  obli- 
tère ce  vaisseau  ; plus  bas  se  trouve  un  peu  de  sang  demi 
liquide.  Sa  membrane  interne  offre  dans  toute  son  étendue 
la  même  altération  que  la  face  postérieure  de  l’aorte.  Les 
veines  satellites  sont  oblitérées  par  un  caillot  mollasse  , 


OBSERVATIONS  D’ilYrERTROPIIIE. 

* l’ dont  la  densité  augmente  au-dessous  de  l’arcade  crurale,  où 

* I il  est  un  peu  grenu,  friable  et  d’ancienne  date.  Les  parois  de 

i la  veine  fémorale  sont  épaissies,  la  membrane  interne  est 
U légèrement  rosee.  • , 

' Les  vaisseaux  correspondans  du  côté  droit  n’offrent  pas 
Mes  altérations  indiquées  au  même  degré.  L’incrustation 
I comme  plâtreuse  observée  dans  l’aorte  et  1 artère  iliaque 
U gauche  est  surtout  moins  marquée.  La  tunique  interne  des 
i artères  est  plus  jaune,  leurs  parois  sont  moins  épaissies, 
f Le' caillot  des  veines  droites  nest  ni  aussi  volumineux,  ni 
aussi  dense  que  celui  des  gauches , dont  il  n’a  pas  non 
f plus  l’aspect  briqueté. 

Le  tissu  cellulaire  sous-cutané,  du  membre  abdominal 
:gauche  est  infiltré  et  forme  une  couche  de  7 à 8 lignes  d’é- 
paisseur; du  côté  droit  où  l’infiltration  est  légère,  la  couche 
ccelluleuse  n’a  que  2 à 3 lignes  d’épaisseur. 

La  jugulaire  interne  du  côté  droit  est  triple  au  moins  de  la 
;;gauche,  dont  le  volume  est  normal.  Les  carotides  offrent 
lia  même  traînée  de  matière  plâtreuse  que  les  artères  déjà 
eexaminées;  en  quelques  points,  la  membrane  interne  est 
sseule  altérée,  en  d’autres  points  le  vaisseau  est  ossifié  ou 
I cartilagineux  dans  toute  son  épaisseur. 

Le  côté  droit  de  la  poitrine  contient  beaucoup  de  séro- 
ssité , et  on  y voit  plusieurs  adhérences.  Le  poumon  de  ce 
ccôté  a une  couleur  pâle  , laiteuse  , suite  de  sa  macération 
cldans  la  sérosité.  Il  est  assez  léger,  crépite  , et  ne  contient 
qqu’une  médiocre  quantité  de  sang  et  de  sérosité.  L’incision 
ildu  lobe  inférieur  fait  couler  un  liquide  puriformCj  contenu 
ddans  les  bronches , et  peut-être  dans  quelques  vésicules 
ppulmonaires. 

Le  poumon  gauche  est  plus  léger  ( il  est  recouvert  d’une 
t.fausse  membrane  grisâtre,  ancienne).  Les  bronches  con- 
t tiennent  aussi  un  peu  de  pus.  Le  tissu  pulmonaire  est  rouge. 

3°  Org.  dig.  et  annex.  — Le  tissu  du  foie  est  condensé  et 
1 abreuvé  d’une  grande  quantité  de  sang,  qui  s’écoule  en  par- 


4lG  MALADIES  DU  COEUR  Ex\  PARTICULIER. 

lie  des  lèvres  de  l’incision  , et  demeure  en  partie  comLiné  . 

avec  la  substance  de  cet  organe. 

La  rate  a un  peu  moins  de  volume  et  un  peu  plus  de 
consistance  et  de  densité  que  dans  l’état  sain.  Sa  surl’ace  est  i 
parsemée  de  taches  d’un  blanc  sale,  qui  s’enlèvent  par  pla-  1 
ques,  comme  les  fausses  membranes  de  la  plèvre.  | 

Le  rein  droit  est  un  peu  moins  volumineux  que  le  gau- 
che : rien  d’ailleurs  à noter  pour  ces  organes. 

L’estomac,  d’une  grandeur  considérable,  présente  une 
légère 'rougeur  de  sa  membrane  interne  (quelques  petites 
plaques  d’un  rouge  pointillé  sont  disséminées  à sa^surface).  i 
La  muqueuse  de  l’intestin  grêle  paraît  saine  : elle  est  seu-  ! 
lement  injectée  en  quelques  points.  ! 

4°  Centres  netv . — Les  sinus  de  la  dure-mère  (les  latéraux  i 
surtout)  contiennent  des  caillots  mous,  qui  en  occupent  i 
presque  tout  le  calibre.  Les  artères  carotides  internes,  -ï 
examinéesfdans  le  sinus  caverneu;:,  offrent  la  même  alté- 
ration que  le  tronc  dont  elles  naissent.  — Le  tissu  sous-  : 
arachnoïdienest  infiltré  d’une  grande  quantité  de  sérosité,  4 
légèrement  rouge.  Cette  inhltration  est  plus  considérable 
en  arrière  qu’en  avant. — La  pie-mère  est  injectée. 

Les  ventricules  latéraux  ne  contiennent  guère  qu’une  ou  t 
deux  cuillerées  de^ sérosité.  — Le  cerveau  a sa  consistance 
ordinaire.  Il  est  piqueté  d’un  assez  grand  nombre  de  points  n 
rouges.  — Le  cervelet  nous  semble  plus  mou  qu’à  l’état  [ 
normal,  sans  être  à proprement  parler  ramolli.  | 


•I  ■* 


OBSERVATIONS  B’nYPERTROrHIE.  4^7 

OBSERVATION  132e. 

Homme  de  55  ans.  — Battemens  du  cœur  très  forts . accompagnés  d’un  bruit 
de  soumet  dans  la  région  du  sternum  et  la  partie  latérale  supérieure  droite  de  la 
poitrine  ; symptômes  ordinaires  d’un  obstacle  à la  circulation  à travers  le  cccur. 
Hypertrophie  générale  très  considérable.  — Anévrisme  énorme  de  1 aorte  sous- 
sternale,  sans  rupture  des  membranes. 

Pierre  Pinçon , âgé  de  35  ans , matelassier  , d un  tempéra- 
ment sanguin-bilieux  , cheveux  châtains,  fortement  con- 
stitué, entra  àl’hôpiial  Cochin  leaomaiiSaS.  Il  éprouvait, 
depuis  plusieurs  années,  une  difficulté  de  respirer  qui  se 
prononçait  surtout  pendant  les  exercices  un  peu  violens  et 
qui  était  accompagnée  de  battemens  de  cœur  auxquels  il 
faisait  d’ailleurs  peu  d’attention.  Les  étouffemens  étaient 
1 devenus  plus  considérables  depuis  trois  mois,  et  il  s’y  était 
■ joint  des  symptômes  gastriques  pour  lesquels  on  avait 
I appliqué  quelques  sangsues. 

Etat  du  malade  a son  entrée.  — Face  livide  , plombée  et 
i bouffie  : infiltration  des  membres,  surtout  des  gauches  ; 

1 parole  entrecoupée,  orthopnée  , insomnie  , réveil  en  sur- 
j saut;  pouls  régulier,  sans  fréquence,  développé,  dur  et 
! vibrant  au  bras  droit,  très  petit  au  bras  gauche;  toux,  cra- 
i chats  visqueux;  langue  humide  et  blanche. 

Auscultation.  — Râle  muqueux  dans  la  presque  totalité 
de  la  poitrine  ; battemens  simples  très  forts,  sibilans  sous 
la  partie  moyenne  et  supérieure  du  sternum  et  sous  les  car- 
tilages des  premières  côtes  droites  , jusque  vers  la  clavicule. 
Le  bruit  de  soufflet,  très  prononcé,  se  fait  entendre  dans 
la  région  précordiale  elle-même,  et  y couvre  pour  ainsi  dire 
le  premier  bruit  du  cœur,  dont  les  contractions , isochrones 
jl  aux  battemens  simples  indiqués,  soulèvent  assez  fortement 
ï le  cylindre. 

' Diagnostic.  — Hjyerlrophie  du  cœur. — Anévrisme  de  la 
V ( crosse  dë  V aorte.  Bronchite. 

!]  Prescription. — Saign.  Z palett.  ; tis.  apérit.;  pot.  avec 
: I i teint,  digit. 


K 


4l8  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

La  saignee  diminua  un  peu  l’oppression.  — Le  a3 , trois 
jours  apres  l’entree , retour  de  l’étouffement  ; anxiété  ex- 
trême; sentiment  d’un  poids  incommode  dans  la  région 
précordiale  et  vers  l’appendice  xiplioïde  ; picotement  dans 
les  membres;  ventre  en  assez  bon  état.  — Les  jours  suivans, 
un  peu  d’amélioration;  visage  moins- livide,  respiration 
plus  libre , même  état  du  pouls  ; battemens  des  veines 
jugulaires  isochrones  à ceux  des  carotides.  — Le  malade 
se  lève  et  mange  la  demi-portion  ; il  a beaucoup  de  peine 
à monter  l’escalier , et  est  obligé  de  s’arrêter  à chaque 
marche.  - — Le  5 juin  au  soir,  accès  de  dyspnée  des  plus 
violens  ; contractions  comme  convulsives  des  muscles 
respirateurs  ordinaires  ; contractions  simultanées , et , pour 
ainsi  dire  , synergiques  des  muscles  du  cou , de  la  mâchoire 
inférieure  et  des  ailes  du  nez  ; suffocation  imminente  , vi- 
sage livide,  sueurs  froides  (saignée  de  trois  palettes)  ; nuit 
assez  calme;  soulagement  les  deux  jours  suivans. 

Le  8,  nouvel  accès  (saignée  de  trois  palettes);  nouveau 
soulagement.  — Le  9 , à onze  heures  et  demie  du  soir, 
attaque  des  plus  terribles.  Le  malade,  en  proie  à la  crainte 
d’un  étouffement  prochain,  les  mains  appuyées  sur  son 
lit,  le  visage  décomposé  et  couvert  de  sueurs  froides,  les 
yeux  ternes  et  égarés,  la  bouche  béante,  les  narines  dilatées, 
lutte,  pour  ainsi  dire,  de  toutes  ses  forces,  contre  l’obsta- 
cle qui  s’oppose  à sa  respiration  ; les  battemens  de  son 
cœur  sont  forts  et  semblables  à des  coups  de  marteau  ; tou- 
tes les  artères  battent  avec  violence,  et  l’œil  distingue  les 
mouvemens  de  celles  des  membres  supérieurs  dans  pres- 
que tout  leur  trajet.  — On  pratique  une  saignée  ; mais  la 
velue  ne  fournit  qu’une  petite  quantité  d’un  sang  épais , 
noir,  qui  coule  en  bavant , et  se  coagule  presque  sur-le- 
champ.  On  prescrit  un  bain  de  pieds  et  des  sinapismes.  Enfin, 
au  bout  de  quelques  heures  , le  malade  revient  à son  état 
habituel.  — Le  ii  , l’oppression  se  renouvelle  (vésicatoire 
sur  la  poitrine).  »—  Jusqu’au  20,  peu  de  changement.  La 


OBSEIIVATIONS  D’iTYPEIlTROPITTr:.  l\\(^ 

main,  appliquée  sur  la  région  où  existent  les  hatlemens 

■ indiqués  précédemment , sent  une  sorte  de  frémissement 
vibratoire  très  marqué. — Du  20  au  s5  , les  traits  s’altèrent 

. deplusenplus;  Tœdème  envahit  le  bras  droit  ; lepoulsperd 
‘ de  sa  vibrance  ; le  malade  est  tellement  oppresse  qu’il  nepeut 
r prononcer  deux  mots  de  suite;  il  n’a  plus  la  force  de  se 
-soutenir,  et  le  corps , obéissant  à sa  pesanteur,  retombe 
- sur  le  lit , quand  on  le  soulève  ; il  ne  mange  presque  plus. 
iF Enfin,  l’épuisement  des  forces  et  l’oppression  augmen- 
! tent  ; le  malade , couché  horizontalement , glisse  vers  les 
j pieds  du  lit  ; ses  yeux  sont  ternes,  humides,  inanimés  ; la 

■ respiration  est  à cha(!jue  instant  sur  le  point  de  lui  échap- 
per ; elle  lui  échappe  en  effet , et  il  meurt  le  2 juillet,  à 

tiune  heure  et  demie,  en  essayant  de  boire  un  demi-verre 
dde  vin  que  ses  parens  venaient  de  lui  présenter. 

Autopsie  cadaoérkpie , vingt  heures  après  la  mort.  (Voy. 
lia  planche ’V II). 

1°  Habitude  extérienre.  — Cadavre  robuste  , énormément 
i infiltré.  Son  mat  dans  la  région  du  sternum , et  à son  côté 
ddroit  surtout. 

2“  Org.  circul.  et  l'espir.  — Le  sternum  et  les  côtes  sont 
<sans  altération.  Chaque  cavité  de  la  plèvre  contient  envi- 
rron  un  demi-litre  de  sérosité  sanguinolente.  Le  cœur  , trois 
l'fois  plus  gros  que  le  poing  du  sujet,  et  l’aorte  sous-sternale, 
ddüatée  au  point  d’égaler  le  volume  d’une  tête  de  fœtus  à 
t terme,  remplissent  à peu  près  les  trois  quarts  de  la  cavité 
i thoracique.  Situé  presque  transversalement,  le  cœur  con- 
i lient  une  énorme  quantité  de  sang  : il  est  arrondi  ou  plutôt 
a a la  forme  d’une  gibecière,  et  son  tissu  paraît  plus  ferme  à 
L' gauche  qu’à  droite  ; son  diamètre  vertical  est  d’environ 
icinq  pouces,  et  le  transversal  de  huit.  Ses  vaisseaux , très 
^■gros,  engorgés,  se  dessinent  à sa  surface  où  ils  forment  un 
r réseau  à branches  très  nombreuses.  Vidé  des  caillots  de 
^ sang  qu’il  renferme,  il  conserve  encore  un  volume  extra- 
ordinaire. 


I 


4^0  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

Le  venlricule  gauche  descend  plus  bas  que  le  droit  : sa 
cavité,  énorme  , peut  contenir  le  poing  : ses  parois  vers  la  i 
hase  ont  8 à 9 lig.  d’épaisseur  ; elles  s’affaissent  après  l’in- 
cision sous  leur  propre  poids.  Les  piliers  musculeux  sont 
très  gros  et  très  multipliés  ; le  tissu,  un  peu  jaunâtre,  rou- 
git et  devient  vermeil  au  contact  de  l’air.  L’oreillette  gauche, 
revenue  sur  elle-même,  offre  une  capacité  qui  n’est  guère 
que  le  tiers  de  celle  du  ventricule  : ses  parois  ont  augmenté 
d’épaisseur;  sa  membrane  interne  est  rouge.  La  valvule  1 
mitrale  est  saine.  ! 

Le  ventricule  droit  est  dilaté,  sans  augmentation  ni  dimi- 
nution sensible  de  l’épaisseur  de  ses  parois,  mais  avec' 
développement  considérable  de  ses  colonnes  charnues.  | 
L’orifice  auriculo-ventriculaire  droit  est  très  dilaté  : ses  i 
valvules  sont  rouges,  ainsi  que  la  membrane  interne  des  1 
cavités  droites,  rougeur  qui  est  plus  foncée  que  celle  des  I 
cavités  gauches.  La  cloison  ventriculaire  participe  à l’hyppr-  - 
trophie  du  ventricule  gauche  auquel  elle  paraît  appartenir  j 
en  propre.  ^ | 

L’aorte  s^fus-sternale , dilatée  jusqu’aux  troncs  qui  nais-  | 
sent  de  sa  crosse,  forme  une  tumeur  anévrismale , irrégu-  | 
lièrement  ovoïde,  la  dilatation  étant  beaucoup  moindre  à 
la  paroi  postérieure  qu’aux  parois  latérales  et  antérieure. 
Cette  tumeur  fait  saillie,  et  tombe  en  quelque  sorte  dans  I 
le  côté  droit  du  thorax,  où  elle  répond  aux  quatre  pre-  I 
mières  côtes  et  à leurs  cartilages  : elle  est  composée  des  trois  . 
membranes  artérielles,  uniformément  dilatées  et  très  épais-  i 
sies.  La  membrane  interne  est  d’un  rouge  très  prononcé,  i 
qui  se  prolonge  dans  tout  le  reste  de  l’aorte  et  dans  plu-  ; 
sieurs  des  troncs  qui  en  partent;  elle  est  parsemée  de  pe-  ; 
tites  ulcérations  et  d’une  infinité  de  lames  calcaires  ou  car-  i 
tilagineuses  jaunâtres,  situées  au-dessous  d’elle,  plutôt  que  . 
dans  son  propre  tissu,  et  dont  quelques  unes  néanmoins 
sont  à nu  dans  la  cavité  artérielle  anévrismée.  Celle-ci  est 
remplie  d’énormes  caillots  de  sang,  non  disposés  en  couches 


! 


OBSERVATIONS  d’iIYPERTROBIIIE.  f\‘)A 

concentriques,  mais  conl'usément  entassés,  et  pour  la  plu- 
part récens  : quelques  uns  seulement,  plus  anciens,  ont 
une  apparence  charnue.  La  tumeur  anévrismale  se  termine, 
par  une  gradation  insensible  et  douce  vers  la  sous-clavière 
i gauche;  elle  est  légèrement  bosselée  à sa  surface.  A partir 
de  la  sous-clavière , l’aorte  reprend  son  calibre  naturel , 
mais  elle  continue  à offrir  sur  sa  membrane  interne  quel- 
ques plaques  jaunâtres , rudimens  d’ossifications.  — Les 
poumons,  comprimés  par  le  cœur  et  par  l’anévrisme  aorti- 
que, sont  refoulés  vers  les  clavicules  et  sur  les  côtés;  ils 
-sont  légèrement  engorgés,  mais  d’ailleurs  crépitans.  Leur 
I membrane  muqueuse  est  rouge,  et  couverte  d’un  mucus 
1 rouillé. 

« 

3“  Org.  dig'ést.  et  annex. — La  rate  et  le  foie  sont  très  vo- 
1 lumineux  et  gorgés  de  sang.  Le  tissu  de  ce  dernier  est  d’un 
1 rouge  brun;  on  y remarque  une  infinité  de  points  noirâ- 
itres,  formés  par  du  sang,  qui,  d’abord  simplement  épan- 
<ché,  s’est  en  quelque  sorte  combiné  plus  tard  avec  ce 
1 tissu  : on  pourrait  donner  à cet  état  pathologique  du  foie 
1 le  nom  à' apoplexie  hépatique.  Les  vaisseaux  gastro-intesti- 
] naux  sont  également  gorgés  de  sang , et  de  cette  conges- 
1 tioia  passive  résulte  ’ une  rougeur  foncée  de  la  membrane 
] muqueuse  de  l’estomac  et  des  intestins. 


OBSERVATION  133®. 

Femme  de  j5  aii.s.  — Baltemens  du  cœur  profonds,  avec  peliles.sé  du  pouls  , 
I matité  un  peu  augmentée  de  la  région  précordiale;  bruits  du  cœur  sourds,  obscurs, 
< étouffés,  surtout  dans  la  région  des  cavités  gauches  ; infiltration  générale.  — Hy- 
] pertrophie  des  deux  ventricules,  avec  rétrécissement  de  leur  cavité;  hypertro- 
I pbie  des  colonnes  charnues  du  ventricule  gauche,  et  de  la  cloison  inlerventricu- 
1 laire.  — Epaississement,  opacité  de  l’endocarde;  induration  des  valvules  auii- 
. culo-ventriculaires,  sans  rétrécissement  des  orifices. — Incrustations  cartilagi- 
1 neuses  ou  osseuses  de  l’aorte  et  des  artères  coronaires. 


Anne  Faraden,  âgée  de  ^5  ans,  couturière,  d’une  bonne 
« constitution,  s’était  bien  portée  jusqu’à  l’âge  de  6o  ans. 


4^2  MALADIES  DD  COEUR  EN  rARTICL'LlER. 

Depuis  cette  epoqiie,  sa  santé  était  altérée;  toutefois  ce 
Tl  était  que  depuis  environ  deux  ou  trois  mois  qu’elle  avait; 
été  obligée  de  cesser  ses  occupations,  lorsqu’elle  fut  reçue^ 
à la  Clinique  (n°  i4,  Sainte-Madeleine),  le3i  octobre  i833.  1 

Infiltration  considérable  des  membres  inférieurs  ; œdème, 1 
des  mains  et  des  avant-bras  ; visage  bouffi;  en  proie  à unet 
dyspnée  profonde,  la  malade  reste  assise  plutôt  que  cou-; 
chée  dans  son  lit , et  ne  répond  que  par  des  paroles  entre- 
coupées aux  questions  qui  lui  sont  adressées. 

Veines  jugulaires  dilatées,  se  gonflant  fortement  à cha-r 
que  expiration. 

Pouls  petit,  mais  régulier,  de  96  à loo.  j 

La  région  précordiale  rend  un  son  mat  dans  rétenduelj 
de  deux  pouces  transversalement  et  de  ‘deux  pouces  etl, 
demi  verticalement.  Les  battemens  du  cœur  sont  profonds! 
et  soulèvent  peu  la  région  précordiale.  Pratiquée  dans  la} 
région  des  cavités  gauches,  l’auscultation  fait  entendre  uni 
double  bruit  sourd  et  éloigné.  Le  premier  bruit  est  accora-iï 
pagné  d’un  très  léger  murmure  de  frottement,  premiera 
degré  du  bruit  de  soufflet  ou  de  râpe.  Sous  le  sternum  out[ 
dans  la  région  des  cavités  droites,  on  entend  un  double i[ 
claquement,  beaucoup  plus  clair  que  celui  des  cavités É 
gauches. 

Râle  sonore,  ronflant,  à la  partie  antérieure  du  thorax,  : 
laquelle  rend  un  son  normal.  La  partie  postérieure  du  | 
côté  droit  résonne  bien  , si  ce  n’est  à sa  partie  inférieure;  i 
la  partie  postérieure  du  côté  gauche  offre  de  la  matité 
dans  ses  deux  tiers  inférieurs , et  on  y entend  une  e^o- 
phonie-modele. 

Sommeil  presque  nul. 

Peu  d’appétit;  dévoiement  de  temps  en  temps. 

Pendant  les  huit  ou  dix  premiers  jours  que  la  malade 
passa  dans  notre  service,  elle  fut  explorée  avec  la  plus 
grande  attention,  et  chaque  jour  nous  constatâmes  l’égo- 
phoniç  indiquée , ainsi  que  le  bruit  sourd  , profond , 


OBSERVATIONS  D’iIYrERTROPHlE.  /|23 

étouffé,  et  en  quelque  sorte  rauque,  de  la  systole  du  ven- 
tricule gauche.  ^ 

diagnostic.— des  'valvules  avec  hypertrophie  du 
coeur- — La  cavité  du  ventricule  gauche  est  prohableineut  plutôt 
rétrécie  que  dilatée  (HYPEaiRoruiE  concentrique).  Epan- 
chement de  sérosité  dans  le  côté  gauche  du  thorax. 

Traitement. — Sous  l’influencede  la  digitale,  de  loxymcl 
scillitique,  du  repos  et  d’un  régime  sevère,  1 hydrothorax 
et  l’anasarque  se  dissipent,  la  dyspnee  diminue  considéra- 
blement et  la  malade  peut  dormir. 

Malheureusement  cette  améliorati-onne  fut  pas  de  longue 
durée.  Dans  les  derniers  jours  de  décembre,  l’infiltration 
était  revenue,  l’oppression  était  portée  jusqu’à  l’étouffe- 
ment; le  visage  était  violet,  fatigué,  anxié;  les  bruits  du 
cœur  étaient  toujours  obscurs  à gauche,  et  la  main,  appli- 
quée sur  la  région  précordiale,  sentait  à peine  les  batte- 
mens  de  cet  organe.  Pouls  petit,  régulier. 

Au  commencement  du  mois  de  janvier  i834,  des  eschar- 
res  se  forment  sur  la  région  postérieure-externe  des  fesses, 
et  répandent  une  odeur>  des  plus  fétides.  L’enflure  est  gé^ 
nérale.  Des  phénomènes  adynamiques  ou  typhoïdes  se 
manifestent,  et  la  mort  arrive,  le  12  janvier  à 4 heures. 
Autopsie  cadavérique,  ly  heures  après  la  mort. 

1°  Habit,  extér. — L’anasarque  existe  à un  degré  mé- 
diocre; le  ventre  est  affaissé.  Les  escharres  de  la  fesse  droite 
sont  très  profondes. 

2“  Orgaii.  cire,  et  respir.  — Le  péricarde  contient  une 
cuillerée  environ  de  sérosité  citrine.  D’un  bon  tiers  plus 
volumineux  que  le  poing  du  sujet,  le  cœur  est  situé  trans- 
versalement, et  sa  pointe  est  mousse.  Sa  surface  est  sillon- 
née de  vaisseaux  très  développés.  Les  parois  des  artères 
coi’onaires  sont  d'un  blanc  opalin,  ce  qui  tient  aux  incrus- 
tations calcaires  dont  elles  sont  criblées. 

Le  poids  du  cœur,  non  vidé,  y compris  l’origine  des  gros  vaisseaux,  est 
de  4^5  grani. 


4^4  maladies  du  coeur  en  particulier. 

Vidé  et  lavé,  le  cœur  pèse 


4i5  gram. 


Le  cœur  paraît  constitué  presque  en  entier  par  le  ven- 
tricule gauche,  qui  est  globuleux,  arrondi,  et  pour  ainsi 
dire  dodu.  Le  diamètre  longitudinal  de  ce  ventricule  est 
d’environ  4 pouc. 

La  cavité  du  ventricule  droit,  qui  ne  forme  qu'une  sorte 
d’appendice  du  gauche,  contiendrait  à peine  un  œuf  de 
pigeon  ou  une  grosse  amande.  Le  maximum  d’épaisseur  des 
parois  de  ce  ventricule  est  de  4 lig-  La  cavité  de  l’oreilleLte 
droite,  bien  qu’elle  soit  elle-même  plutôt  diminuée  qu’aug- 
mentée, est  triple  de  celle  du  ventricule.  L’orifice  auri- 
culo -ventriculaire  droit  est  libre,  la  valvule  tricuspide 
bien  conformée,  mais  épaissie,  hypertrophiée,  et  un  peu 
cartilaginisée  à son  bord  libre.  L’orifice  de  l’artère  pul- 
monaire et  ses  valvules  n’offrent  rien  de  notable. 

La  cavité  du  ventricule  gauche  est  tellement  rétrécie, 
qu’elle  admet  à peine  le  doigt  indicateur.  Les  parois  de  ce 
ventricule  ont  une  épaisseur  de  i3  lig.  à la  base,  de  y à 8 
lig.  en  tirant  vers  la  pointe,  et  de  4 hg-  à celle-ci.  Les  co- 
lonnes charnues  en  général,  et  en  particulier  celles  qui 
sont  destinées  au  mouvement  de  la  valvule  mitrale,  ont 
un  volume  très  considérable,  et  leur  hypertrophie  est, 
peut-être , proportionnellement  plus  prononcée  que  celle 
des  parois. 

L’oreillette  gauche,  dont  la  eavité  est  sensiblement  ré- 
trécie, offre  intérieurement  une  couleur  d’un  blanc  terne, 
tirant  un  peu  sur  le  jaune;  ce  qui  coïncide  avec  un  épais- 
sissement de  la  membrane  interne  (son  épaisseur  est  de  i|4 
de  ligne).  Cette  membrane  s’enlève  assez  facilement;  elle 
est  un  peu  ridée  vers  la  base  de  la  valvule  mitrale.  Un 
large  lambeau  de  cette  membrane  que  j’ai  détaché,  avait 
l’épaisseur  et  la  consistance  de  la  dure-mère. 

La  circonférence  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  gau- 
che est  de  4 pouc.  ; la  valvule  bicuspide  n’est  pas  notable- 


I 


OBSERVATIONS  d’iIYPERTROPIIIE.  425 

ment  déformée,  bien  qu’un  peu  ratatinée,  épaissie,  et  fibro- 
cartilag-inisée,  surtout  à son  bord  libre,-  un  peu  rugueuse, 
inégale  à sa  surfaee  , elle  crie  sous  l’instrument  qui  l’ineise. 

La  membrane  interne  des  ventricules  est  généralement 
I assez  pâle  et  parsemée  de  quelques  points  opalins,  occupant 
j surtout  les  muscles  tenseurs  de  la  valvule  mitrale.  Vers 

j l’origine  de  l’artère  pulmonaire  et  de  l’aorte,  la  teinte  lai- 

teuse ou  même  nacrée  était  aussi  très  prononcée,  et  l’endo- 
carde s’y  détachait  aisément  sous  forme  d’une  pellicule 
semblable  à une  membrane  séreuse  ordinaire  devenue  à 
demi-opaque.  En  examinant  sous  l’eau,  on  voyait  flotter  des 
lambeaux  ou  flocons  celluleux,  là  où  l’endocarde  avait  été 
enlevé. 

La  cloison  interventriculaire,  hypertrophiée  en  quelque 
sorte  aux  dépens  de  la  cavité  du  ventricule  droit,  où  elle 
faisait  saillie,  offre  un  bon  pouce  d’épaisseur.  La  substance 
musculaire  du  cœur  est  d’un  rouge  assez  vermeil  e‘t  d’une 
bonne  consistance. 

La  circonférence  de  l’orifice  aortique  est  de  2 pouc.  6 lig. 
Cet  orifice  peut  être  exactement  fermé  par  les  valvules  qui 
le  bordent,  et  c^ui,  sans  être  déformées,  présentent  quelques 
taches  jaunes,  rudimens  d’ossifications.  Des  taches  sembla- 
bles et  de  véritables  ossifications  se  rencontraient  dans 
l’aorte  sous-sternale,  ainsi  que  dans  les  artères  coronaires. 
Dans  tout  le  reste  de  son  étendue , les  parois  de  l’aorte  sont 
incrustées  de  substance  calcaire,  cartilagineuse;  plus  épais- 
ses qu’à  l’état  normal,  elles  se  rompent  facilement  et  sont, 

Ien  quelque  sorte  fragiles. 

La  veine-cave  et  les  autres  grosses  veines  contiennent 
une  assez  grande  quantité  de  sang  à demi  caillé,  et  sont  un 
peu  rougeâtres  intérieurement. 

I De  chaque  côté  de  la  poitrine,  mais  surtout  à droite,  se 
\ rencontrent  des  adhérences  cellulo-fibreuses.  A la  partie 
f postérieure  du  côté  gauche,  les  adhérences  sont  infiltrées 
> de  sérosité, 

! 


1 


426  MALADIES  DU  CCEUR  EN  rARTICULIER. 

Bien  que  gorgés  d’une  assez  abondante  quantité  de  sang 
et  de  sérosité  (le  gauche  surtout),  les  deux  poumons  sont 
encore  crépitans  et  pas  trop  pcsans. 

Les  bronches  sont  arrosées  de  mucosité  et  de  sérosité. 
Leur  membrane  interne  offre  une  teinte  violette  assez 
foncée,  surtout  dans  le  poumon  gauche. 

3'^  Organ.  clig.  etannex. — La  cavité  abdominale  contient 
environ  un  demi-litre  de  sérosité  citrine,  assez  claire.  La 
surface  des  intestins,  lavée  et  comme  blanchie  par  le  liquide, 
est  plus  pâle  qu’à  l’état  normal,  et  légèrement  opaline. 
L’estomac,  d’un  volume  médiocre,  contient  une  bonne 
quantité  de  bile  d’un  jaune-verdâtre.  Sa  membrane  interne, 
légèrement  pointillée  de  rouge,  est  partout  d’une  bonne 
consistance,  si  ce  n’est  dans  le  grand  cul-de-sac,  où  elle  est 
un  peu  molle  et  amincie. — Les  intestins  grêles  sont  petits, 
contractés.  Leur  membrane  interne  est  blanche,  sans  in- 
jection^  mais  un  peu  colorée  par  la  bile  que  contient  la 
partie  supérieure  de  cet  intestin  (i).  — Les  gros  intestins 
contiennent  des  matières  bien  digérées,  quoique  un  peu 
molles  ; leur  membrane  interne  est  d’une  blancheur  sem- 
blable à celle  des  intestins  grêjes. 

Le  foie  est  un  peu  gorgé  de  sang;  il  est  d’une  consistance 
à peu  près  •normale. 

RÉFLEXIONS. 

L’autopsie  cadavérique  a justifié  notre  diagnostic  pré- 
sumé d’une  hypertrophie  avec  rétrécissement  de  la  cavité 
ventriculaire.  Est-ce  à ce  rétrécissement  qu'il  faut  attribuer 


(1)  Un  examen  altenlif  nous  lit  découvrir  des  plaques  de  Peyer  vers  la  répon 
iléo-cœcale.  Nous  en  avions  aussi  rencontré  chez  d’autres  sujets  très  âgés,  qui  avaient 
été  enlevés  par  le  choléra-morbus.  Il  n’est  donc  pas  vrai  que  ces  plaques  n’existent 
pas  chez  les  vieillards,  comme  l'ont  avancé  quelques  médecins.  Tout  récemment 
nous  les  avons  trouvés  en  partie  ulcérées  , en  partie  cicatrisées , chez  une  femme 
d'une  cinquantaine  d’années  , qui  avait  succombé  aux  suites  d’une  vérilabis  fièvre 
dite  typhoïde  (entérite  typhoïde  ). 


OBSEHVATIONS  d’hypertropiiie.'  4 <27 

les  congestions  séreuses  passives  qui  existaient  chez  cette 
ïualade?  S’il  en  était  ainsi , ce  rétrécissement  aurait  exercé 
sur  la  circulation  une  influence  semblable  à celle  du  ré- 
trécissement des  orifices  memes  du  cœur.  Sans  vouloir 
affaiblir  ici  l’importance  de  cette  cause , il  me  parait  pro- 
bable que  les  altérations  de  l’aorte  n’auront  pas  été  com- 
plètement étrangères  à la  gène  que  la  circulatipn  du  sang 
a éprouvée  dans  le  cas  présent. 

OBSERVATION  IS/i»  (i). 

Femme  de  69  ans.  — Palpitations  , bpttemens  forts  et  tumultueux  du 
cœur,  etc.  — Hypertrophie  concentrique  des  deux  ventricules.  — Induration  de 
la  membrane  interne  du  ventricule  gauche  et  de  la  valvule  bicuspide,  avec  rélré* 
cissemeut  de  l'orifice  auriculo- ventriculaire  gauche, 

Catherine  Moreau , âgée  de  5o  ans , d’une  constitution 
lymphatique,  essuya,  dans  sa  jeunesse,  des  rhumes  nom- 
breux; à un  âge  plus  avancé,  elle  éprouva  presque  con- 
stamment une  toux  sèche  et  une  douleur  fixe  et  profonde 
vers  la  partie  inférieure  gauche  du  sternum  : phénomènes 
que  des  chagrins  domestiques  exaspérèrent  trop  souvent. 
Enfin,  survint  une  nouvelle  affection  catarrhale,  pour  la< 
quelle  la  malade  entra  à l’hôpital  Cochin , le  a5  mars  181 4* 
Sa  face  était  alors  légèrement  bouffie , ses  yeux  saillans , 
ses  lèvres  décolorées , la  teinte  générale  de  la  peau  d’un 
jaune-pâle;  il  existait  une  douleur  profonde  et  un  senti- 
ment de  pesanteur  à la  région  précordiale  ; la  poitrine  ré- 
sonnait assez  bien  ; les  battemens  du  cœur,  irréguliers  et 
tumultueux , n’étaient  point  en  harmonie  avec  le  pouls  ; 
toutefois,  cette  absence  d'harmonie  n’était  pas  constante; 
à des  palpitations  précipitées  et  sans  mesure  succédaient 
des  battemens  forts  et  fréquens  , mais  réguliers , et,  pour 


(»)  Celte  observation  appartient  àM.  Berlin, 


4^8  MALADIES  nu  COEUR  UN  PARTICULIER, 

ainsi  dire,  d’accord  arec  ceux  du  pouls;  celui-ci , assez  or- 
dinairement petit  et  souple,  présentait , dans  les  moment 
d’exacerbation,  de  la  dureté,  de  la  tension,  de  la  vibrance; 
mais  il  ne  tardait  pas  à reprendre  son  premier  caractère  ; 
la  difficulté  de  respirer  était  extrême,  et  le  plus  léger 
exercice  produisait  une  oppression  insupportable;  la  posi- 
tion horizontale  était  impossible;  il  se  manifestait  des  syn- 
copes assez  fréquentes. 

Cet  état  se  maintint  sans  changement  bien  marqué  jus- 
qu’au 6 avril  ; mais , le  soir  du  même  jour,  l’anxiété  , les 
palpitations  et  la  dyspnée  augmentèrent  considérablement. 
Après  un  repas  un  peu  plus  copieux  et  une  promenade  un 
peu  plus  longue  et  plus  fatigante  qu’à  l’ordinaire,  le  visage 
se  colore  légèrement;  les  yeux  sont  devenus  rouges,  assez 
fortement  injectés  et  larmoyans  ; les  lèvres  deviennent 
d’une  pâleur  un  peu  livide  ; un  froid  insupportable  s’em- 
pare des  extrémités  ; un  sentiment  de  strangulation  se  dé- 
clare , et  la  malade  , après  quelques  efforts  de  toux,  expec- 
tore un  sang  vermeil. 

Le  7,  on  s’aperçoit  pour  la  première  fois  que  les  jambes 
s’infiltrent. 

Les  jours  suivans,  l’infiltration  fait  des  progrès,  mais 
les  palpitations  diminuent  de  force  et  de  fréquence. 

Le  25,  l’infiltration  envahit  les  membres  supérieurs  et 
la  face;  le  sommeil  est  devenu  impossible;  les  palpitations 
entrepris  leur  première  intensité,  et  la  malade  craint  à 
chaque  instant  de  périr  suffoquée;  le  soir  du  même  jour, 
les  crachats  sont  teints  de  sang,  mais  peu  abondans;  la  res- 
piration est  haute  et  stertoreuse  : la  malade  tombe  dans  un 
état  comateux,  et  l’agonie  se  déclare;  la  mort  arriva  le 
lendemain  26. 

Autopsie  cadavérique. 

Le  cadavre  est  énormément  infiltré  : les  muscles  sont 
pâles.  La  poitrine  contient  une  grande  quantité  de  sérosité 
citrine  ; les  poumons  et  la  plèvre  n’oflrent  aucune  altéra- 


OÎÎSETIVATIONS  d’iIYPEETIIOPIIIE.  4q9 

lion  ; le  péricarde  contient  près  de  deux  pintes  d’un  liquide 
absolument  semblable  à celui  contenu  dans  la  poitrine  ; le 
cœur  ne  présente  pas  un  volume  beaucoup  plus  considé- 
rable qu’a  l’état  sain. 

La  face  supérieure  et  externe  du  ventricule  droit  est 
chargée  d’une  graisse  molle  et  diffluentej  1 oreillette  droite 
offre  une  cavité  double  de  celle  qui  lui  est  naturelle,  et 
l’épaisseur  de  ses  parois  est  presque  triplée.  L epaisseui  des 
parois  du  ventricule  droit  est  plus  que  doublée , et  cette 
augmentation  de  nutrition  s est  faite  aux  dépens  de  la  ca- 
vité qui  est  retrecie.  Les  parois  du  ventricule  gauche  sont 
aussi  beaucoup  plus  épaisses  que  dans  1 état  natuiel , la  ca- 
vité offre  un  rétrécissement  encore  plus  considérable  que 
celui  du  ventricule  droit.  La  membrane  qui  tapisse  cette 
cavité  est  dure  , rénitente,  fibro-cartilagineuse  ; la  valvule 
mitrale  partage  cette  affection,  et  présente  même  quelques 
points  osseux. 

L’oreillette  gauche  n’a  rien  de  particulier;  les  autres 
viscères  sont  dans  l’état  naturel. 

KÉFLEXIONS. 

Dans  l’observation  qui  vient  d’être  rapportée,  nous 
voyons  un  nouvel  exemple  d’une  hypertrophie  des  deux 
ventricules,  opérée  aux  dépens  de  leur  cavité.  Le  rétrécis- 
sement de  la  cavité  du  ventricule  gauche  était  plus  pro- 
noncé que  celui  du  ventricule  droit,  et  nous  trouvons  un 
épaississement  considérable  de  la  membrane  interne  du 
premier  de  ces  ventricules.  Cette  dernière  circonstance  est 
importante  à signaler  : en  effet , comme  je  crois  l’avoir 
démontré  précédemment,  elle  atteste  l’existence  d’une  an- 
cienne endocardite  ventriculaire;  et  l’on  conçoit  que  la 
fluxion  sanguine  , l’hypérémie  active  que  suppose  le  déve- 
loppement de  l’hypertrophie  , doit,  dans  le  cas  qui  nous 
■occupe , affecter  de  préférence  les  couches  musculaires 
les  plus  voisines  de  l’endocardite  , c’est-à-dire  les  couches 


43o  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

internes  et  les  colonnes  charnues  elles-mêmes.  Or,  cette 
liypertropliie  interne  affecte  presque  nécessairement  une 
marche  en  quelque  sorte  centripète , et  la  capacité  du 
ventricule  perd  alors  en  étendue  ce  que  les  colonnes  char- 
nues ou  les  couches  intérieures  de  sa  substance  musculaire 
gagnent  en  volume  ou  en  épaisseur  (i). 

Malgré  l’existence  d’une  double  hypertrophie  ventricu- 
laire et  la  force  des  baltemens  du  cœur,  la  femme  qui  fait 
le  sujet  de  cette  observation  a présenté  des  congestions  sé- 
reuses et  d’autres  phénomènes  qui  devaient  faire  soupçon- 
ner un  obstacle  mécanique  à la  circulation  centrale.  Cet 
obstacle  existait,  en  effet,  puisque  l’orifice  auriculo-ventri- 
culaire  était  rétréci,  et  que  la  valvule  bicuspide  était  in- 
durée et  déformée  au  point  de  ne  pouvoir  plus  remplir  ses 
fonctions  de  soupape. 

Le  rétrécissement  des  deux  ventricules  était  d’ailleurs  une 
nouvelle  cause  de  gêne  dans  la  circulation.  L’énorme  dila- 
tation de  l’oreillette  droite  était  l’effet  de  l’accumulation 
du  sang  derrière  l’obstacle  qui  s’opposait  à son  libre  pas- 
sage à travers  le  cœur  ( cette  oreillette  était  hypertrophiée 
à un  très  haut  degré). 

Ajoutons  enfin  qu’une  autre  cause  d’obstacle  à la  circu- 
lation et  à la  respiration  se  rencontrait  dans  l’énorme 
épanchement  dont  le  péricarde  était  le  siège. 


(i)  La  foi  me  d’hypertrophie  qui  existait  dans  le  cas  présent  peut  seule  nous 
expliquer  pourquoi  le  cœur  ne  présentait  pas  un  volume  beaucoup  plus  considé- 
rable que  dans  l'état  sain.  En  effet,  ce  volume  eût  été  considérablement  aug- 
menté si , comme  celle  de  l’oreillette  droite,  l’hypertrophie  des  ventricules  eût 
été  accompagnée  de  dilatation. 


IIISTOlhE  G]KNÉRALE  de  l’hypertrophie.  43 1 


DEUXIÈME  SECTION. 

HIStOIRE  GÉNÉRALE  DE  LHYPERTROPIHE  DU  TISSU  MUSCULAIRE  DU 

CŒUR, 


article  premier. 

CiRAClàaBS  ANATOMIQUES  DE  l’hYPEHTHOPHIB  DO  TISSD  MOSODLAIRB 

DU  CCEOH  (1).  ^ 

• • 

I.  Considél'ée  par  rapport  à l’état  dans  lequel  se  trouve 
la  capacité  des  cavités  qu’elle  affecte , l’hypertrophie  pré- 
sente trois  formes  bien  distinctes,  dont  la  détermination, 
appartient  à M.  Ber  tin. 

La  première  forme  est  celle  où  les  cavités  du  cœur  con- 
servent leur  capacité  naturelle,  en  même  temps  que  leurs 
parois  sont  plus  ou  moins  épaissies  : on  la  connaît  sous  le 
nom  d’hypertrophie  simple. 


(1)  Pour  pouvoir  apprécier,  d’une  manière  un  peu  exacte,  les  divers  degrés  de 
cette  hypertrophie,  il  faut  avoir  bien  présentes  à l'esprit  les  données  que  nous 
àvons  établies  dans  nos  prolégomènes  sur  le  poids  et  les  dimensions  du  cœur. 
Kous  rappellerons  seulement  ici  les  principales  de  ces  données  : 

Chez  un  adulte,  d'une  taille  ordinaire  et  bien  constitué  , la  moyenne  du  poids 
du  cœur  est  de  S à 9 onc.;  la  moyenne  delà  circonférence  de  cet  organe,  à sa 
base , est  de  8 à 9 pouc.  ; la  moyenne  des  diamètres  longitudinal  et  transversal 
est  de  3 pouc.  ip  ( le  diamètre  transversal  l’emporte  un  peu  , en  général,  sur 
le  longitudinal);  la  moyenne  du  diamètre  antéro-postérieur  est  d’environ 
2 pouc. 

La  moyenne  de  l’épaisseur  des  parois . du  ventricule  gauche , à la  base , est 

6 à 7 lig. 

La  moyenne  de  l’épaisseur  des  parois  du  ventricule  droit , 
à la  base,  est  de  2 lig.  ijia 

La  moyenne  de  l’épaisseur  des  parois  de  l’oreillette  gauche 


est  de  I lig_  ijg 

La  moyenne  de  l’épaisseur  des  parois  de  l’oreillette  droite 
est  de  1 jjg^ 

La  cavité  ventriculaire,  terme  moyen,  peut  contenir  un  œuf  de  poule  ( toute* 
fois,  la  cavité  du  ventricule  droit  l’emporte  un  peu  sur  celle  du  gauche). 


432  SIALABIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

Dans  la  seconde  former  il  y a augmentation  de  la  capa- 
cité des  cavités  dont  les  parois  sont  épaissies  : on  la  désigne  i 
sous  le  nom  d’hypertrophie  excentrique  ou  anèvrismale  (i). 

La  troisième Jorme,  opposée  à la  précédente,  est  celle  où 
il  existe  une  diminution  notable  de  la  capacité  des  cavités 
dont  les  parois  ont  augmenté  d’épaisseur  : elle  porte  le 
nom  d’hypertrophie  concentricque  ou  centripète  (2). 

^ dilatation  est  la  plus  commune  de 
toutes  les  formes  de  l’hypertrophie.  Quand  la  dilatation 
n’est  pas  très  considérable,  la  nutrition  semble  avoir  suivi,  ,i 
dans  la  formation  de  cette  espèce  d'hypertrophie,  les  mêmes  f? 
lois  que  dans  l’évolution  normale  du  cœur.  Dans  l’accrois- 
sement  régulier  de  cet  organe,  en  effet,  il  y a simultané- 
ment augmentation  de  sa  masse  et  agrandissement  de  la'  ca- 
pacite  des  cavités  dont  les  parois  prennent  plus  d’épaisseur, 

L’hypertrophie  simple  n’est  pas  très  commune,  surtout  ji 
dans  le  ventricule  droit.  Nous  n’avons  rapporté  qu’un  seul  h 
cas  de  cette  dernière  (obs.  120"),  et  trois  ou  quatre  de  la 
même  forme  affectant  le  ventricule  gauche  (obs.  65®,  iiS', 

1 29Q.  A ces  trois  ou  quatre  cas  qui  nous  sont  propres,  il  faut 
en  ajouter  trois  autres,  dont  l’un  appartient  à Morgagni,  1 
l’autre  à Corvisart,  le  troisième  à Legallois.  Nous  n’exagère- 
rons  point  en  disant  que,  pour  vingt  cas  d’hypertrophie  ané- 
çrismale , c’est  à peine  si  l’on  en  trouve  un  d’hypertrophie 
simple. 


(1)  Il  n’est  pas  rigoureusement  nécessaire,  quand  les  cavités  sont  très  dilaiCvs, 
que  les  parois  aient  augmenté  d'épaisseur,  pour  qu’il  y ait  réellement  hypertro- 
phie. Il  suffit , en  effet,  dans  ce  cas,  que  les  parois  aient  conservé  leur  épaisseur 
normale,  pour  qu’il  existe  une  hypertrophie  plus  ou  moins  considérable  , selon 
l’augmentation  de  la  capacité  des  cavités.  Ainsi,  par  exemple,  le  sujet  de  notre 
observation  117e,  chez  lequel  Incapacité  du  ventricule  gauche  était  triple  de 
l’état  normal,  offrait  assurément  une  hypertrophie  considérable  de  ce  ventricule, 
bien  que  ses  parois  n’eussent  que  6 lig-  d’épaisseur. 

(2)  Voy.  les  pl.  IV  et  VIII,  où  se  trouve  représentée  une  hypertrophie  con- 
centrique du  ventricule  droit  et  du  ventricule  gauche  , et  comparez-les  avec  les 
pl.  II  et  V,  où  l’on  a figuré  une  hypertrophie  excentrique  du  ventricule  gauche. 


histoire  générale  de  l’hypertrophie.  433 

L’hypertrophie  concentrique,  centripète,  ou  avec  dimi- 
nution de  la  capacité  de  la  cavité  dont  les  parois  sont  épais- 
sies, n’est  pas  aussi  rare  que  l’hypertrophie  simple,  bien 
qu’elle  ait  été  presque  entièrement  inconnue  avant  M.  Bertin. 

D’après  les  observations  que  nous  possédons  actuelle- 
ment , nous  serions  autorisé  à établir  que  cette  forme 
d’hypertrophie  est  plus  commune  dans  le  ventricule  droit 
que  dans  le  gauche,  et  qu’elle  se  développe  à un  plus  haut 
degré  dans  le  premier  que  dans  le  second  (i).  Mais  il  est 
possible  que  des  observations  ultérieures  ne  confirment  pas 
le  rapport  ou  la  loi  que  nous  venons  d’énoncer. 

Rappelons  quelques  exemples  propres  à fixer  les  idées 
sur  le  degré  de  la  dilatation  et  du  rétrécissement  des  ca- 
vités du  cœur,  dans  les  cas  extrêmes  d’hypertrophie  ané- 
vrismale  et  d’hypertrophie  concentrique. 

Chez  le  sujet  de  l’observation  i32®,  la  cavité  du  ventri- 
cule gauche  aurait  pu  contenir  le  poing,  Ch*ez  le  sujet  de 
l’observation  62%  la  cavité  du  ventricule  droit,  très  vaste  , 
aurait  pu  contenir  un  œuf  d’oie,  et  celle  du  gauche,  plus 
dilatée  encore,  le  poing  d’une  femme.  Chez  le  sujet  de  l’ob- 
servation 63®,  le  ventricule  droit  aurait  pu  contenir  un 
œuf  d’oie.  Chez  le  sujet  de  l’observation  77%  jeune  fille  de 
7 ans,  V oreillette  droite  était  tellement  dilatée  , qidelle  pouvait 
I contenir  un  caillot  plus  gros  que  le  poing  d\ui  adulte. 

Chez  le  sujet  de  l’observation  65%  la  cavité  du  ventricule 
droit  pouvait  à peine  contenir  le  pouce.  Chez  le  sujet  de 
l’observation  75®,  la  cavité  du  ventricule  droit  aurait  pu 
contenir  un  œuf  de  pigeon.  Chez  le  sujet  de  la  76'  obser- 


(1)  Les  cas  d’hypertrophie  concentrique  du  ventricule  droit  contenus  dans  cet 
i ouvrage  sont  au  nombre  de  S ( observ.  65,  75,  76.  77,  122,  123,  i53,  i54),  tan- 
' ' disque  celles  de  la  même  forme  d'hypertrophie  du  ventricule  gauche  ne  sont 
I qu’au  nombre  de  5 ( observ.  u8,  iig,  12S,  i33  et  i54).  Dans  aucun  de  ces 
i I cinq  cas,  l’épaisseur  des  parois  ne  sJest  élevée  à 16  lig.,  comme  cela  s’est  reneon- 
1 Iré  dans  l’observation  76,  relative  à une  hypertrophie  concentrique  du  ventri- 
cule droit. 


2. 


28 


434  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 


vation , la  cavité  du  ventricule  droit,  dit  M.  Louis,  était 
réduite  à très  peu  de  chose,  et  presque  nulle  vers  sa  pointe, 
dans  la  hauteur  de  deux  pouces.  Chez  le  sujet  de  l’obser- 
vation 77®,  le  ventricule  droit  aurait  pu  contenir  à peine 
la  seconde  phalange  du  pouce. 

Chez  le  su  jet  de  l’observation  laS®,  les  colonnes  charnues 


du  ventricule  droit,  adhérentes  entre  elles,  étaient  en 
même  temps  tellement  épaissies , qu’il  n’y  avait  presque 
plus  de  caïité,  et  que  le  sang  ne  pouvait  plus  que  filtrer 
dans  l’espace  étroit  qu’elles  laissaient  entre  elles. 

Chez  le  sujet  de  l'observation  ïi8®,  le  ventricule  gauche 
pouvait  a peine  contenir  le  doigt. 

II.  Le  poids  du  cœur,  lorsque  l’hypertrophie  est  géné- 
rale et  portée  à un  très  haut  degré , peut  être  triple  du 
poids  normal. 

Voici  d’ailleurs  quelques  exemples  qui  feront  connaître 
les  principales  différences  du  poids  du  cœur  dans  les  cas 
d’hypertrophie  bien  prononcée  ; 


Chez  la  femme  de  Vobserv.  60^,  le  cœur  pesait  <188  gram.  (env.  sa  onc.  ) 
Chez  le  sujet  de  l’observ.  1 29®,  le  poids  du,  cœur  était  de 
Chez  les  sujets  des  observ.  4^®  et  65®,  de 
Chez  le  sujet  de  l’observ.  aie,  de 
Chez  le  sujet  de  l’observ.  a4®.  de 
Chez  le  sujet  de  l’observ.  i aSc,  de 
Chez  les  sujets  des  observ,  a3«,  5 2=  et  66«,  de 
Chez  les  sujets  des  observ.  22®,  62®,  64®  et  124®,  de  i4 
Chez  les  sujets  des  observ.  53®,  6g«  et  76®,  de  12  à i3  onc. 


ao  onc. 

18  onc. 

17  onc.  1 gros. 
17  onc. 

i6  onc.  4 gros. 
16  onc. 
i5  onc. 


Uépaissew'  des  parois  du  ventricule  gauche  varie  de 

7ài41>g- 

\J épaisseur  des  parois  du  ventricule  droit  est  de  3 à 5 lig. 
Toutefois,  dans  quelques  cas,  elle  s’est  élevée  beaucoup 
plus  haut  : ainsi,  dans  l’observation  76®,  elle  était  de  8 à 
10  lig.;  dans  l’observation  77®,  d’environ  i pouc.  ; et  de  ii 
à 16  lig.  dans  l’observation  jS'  (i). 


(1)  La  règle  posée  par  M.  Laënnec,  savoir  : « que  l’épaisseur  absolue  des  pa- 


mSTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’iIYPERTROPHIE.  433 

IIL  Le  'volume  du  cœur  est  augmenté  en  raison  compo- 
sée de  l’hypertrophie  de  ses  parois  et  de  la  dilatation  de  ses 
cavités. 

La  circonférence  de  la  base  du  cœur  s’élève  souvent 
à 12  pouc.,  et  quelquefois  même  au-delà.  Chez  quelques 
sujets,  le  diamètre  longitudinal  du  cœur  est  de  5 pouc.,  et 
le  diamètre  transversal  de  8 pouc.  : c’est  ce  qui  avait  lieu, 
par  exemple,  chez  les  malades  des  observations  2i*  et  i32., 
(Voy.  les  pl.  II  et  VIL  ) Chez  le  sujet  de  la  dernière  de  ces 
observations,  et  chez  celui  de  la  53®,  le  cœur  avait  trois  fois 
le  volume  du  poing  du  sujet,  et  réuni  à une  tumeur  ané- 
vrismale  de  la  crosse  de  l’aorte  , grosse  comme  la  tête  d’un 
fœtus  à terme,  il  remplissait  les  trois  quarts  de  la  cavité  thp- 
racique.Chez  le  sujet  de  l’observation  177%  jeune  fille  de  7 ans, 
le  cœur  occupait  le  tiers  environ  de  la  moitié  antérieure 
de  la  poitrine.  Chez  le  sujet  de  l’observation  81®,  femme  de 
3o  ans,  le  cœur  occupait  une  grande  partie  du  çôté  gauche 
de  la  poitrine. 

IV.  L’hypertrophie  du  cœur  entraîne  des  changemens 
notables  dans  la  forme,  la  situation,  la  direction,  les  rapports 
de  cet  organe.  11  est  ordinairement  placé  transversalement 
ou  à peu  près  dans  le  coté  gauche  de  la  poitrine,  et  sa 
pointe,  ainsi  lout-à  fait  déviée  à gauche,  est  mousse  et 
comme  elfacée  (i).  Le  cœur  est , en  général , arrondi , glo- 
buleux, sphéroïJe,  pour  ainsi  dire  rebondi  et  dodu.  Toule- 


• roisHu  venlrii'ule  droit  n’est,  dans  aucun  cas,  très  considérable,  » se  trouve 
donc  ici  en  déf.iut.  DVprès  l’ob-iervalion  de  M.  Laënnec,  celle  épaisseur  ne  se- 
rait jamais  de  plus  de  4 ou  5 lig. 

(i)Ce  cliangement  de  direction  du  cœur,  et  l’effacement  de  sa  pointe,  tien- 
nent probablement,  le  premier  à ce  que  le  cœur,  en  augmentant  de  volume 
éprouve  moins  de  résistance  à se  porter  du  côté  vers  lequel  il  e.st  naturellement 
incliné,  que  partout  ailleurs,  et  surtout  en  avant  ; elle  second,  à la  réaction  des 
parois  contre  la  |)oinle,  qui  tend  à les  presser  d'autant  plus,  que  l'iiyperlropbie 
est  plus  considérable. 


436  MALADIES  Dü  COEUR  EN  PARTICULIER, 

fois,  clans  les  grandes  hypertrophies,  avec  dilatation,  son 
diamètre  transversal  l’emportant  beaucoup  sur  les  diamè- 
tres vertical  et  antéro-postérieur,  il  offre  assez  exactement  , 
ainsi  que  l’a  indiqué  M.  Laënnec,  la  forme  d’une  gibecière 
(voy.  la  planche  Vil  et  l’obs.  iSa').  Lorsque  le  cœur  hy- 
pertrophié occupe,  comme  noirs  l’avons  dit,  le  quart,  le 
tiers  et  même  la  moitié  de  la  cavité  pectorale,  il  est  évident 
que  ses  rapports  avec  les  parties  voisines  doivent  être  mo- 
difiés. Les  poumons  sont  refoulés  de  chaque  côté,  la  hase 
du  cœur  remonte  vers  la  clavicule , et  la  pointe  descend 
vers  les  6*,  7%  et  même  8®  espaces  intercostaux.  Dans  l’ob- 
servation 53®,  par  exemple  , la  hase  du  cœur  répondait  au 
2*  espace  intercostal,  et  la  pointe  au  8'.  (Voy.  aussi  les 
observ.  2i«,  28*,  69®,  182®,  etc.) 

Pour  éviter  d’inutiles  répétitions,  nous  renvoyons  le 
lecteur  aux  faits  particuliers , et  à l’article  de  nos  Prolégo- 
mènes consacré  à la  détermination  du  poids,  du  volume  et 
des  dimensions  du  cœur  dans  l’état  d’hypertrophie  générale 
et  partielle.  On  y trouvera  de  nouveaux  détails  sur  les  di- 
vers accidens  que  présente  l’hypertrophie,  selon  qu’elle 
occupe  une  seule  ou  plusieurs  des  cavités  du  cœur,  les  pa- 
rois de  ces  cavités  ou  leurs  colonnes  charnues.  Ajoutons 
seulement  ici  : 1°  que  dans  les  cas  où  l’hypertrophie  occupe 
exclusivement  ou  du  moins  principalement  le  ventricule 
droit,  celui-ci  descend  plus  bas  que  legauche,  etc’estalors 
à lui  que  paraît  appartenir  la  pointe  du  cœur,  tandis  qu’à 
l’état  normal  celle-ci  est  formée  tout  entière  ou  à peu  près 
par  le  ventricule  gauche  ; 2”  que  dans  les  cas  d’hypertrophie 
considérable  de  la  cloison  interventriculaire , celle-ci  fait 
ordinairement  saillie  du  côté  du  ventricule  droit,  dont  elle 
envahit  en  quelque  sorte  la  cavité  ( obs.  53®  );  3®  que  dans 
l’hypertrophie  simple  et  anévrismale,  l’épaisseur  des  parois 
augmente , en  général , delà  pointe  à la  base,  comme  uans 
l’état  normal,  tandis  que  dans  l’hypertrophie  concentrique, 
la  même  gradation  ne  se  rencontre  pas  toujours,  et  que, 


histoire  générale  de  L’iïYrERTROPiiiE.  437 
au  contraire,  l’épaisseur  est  assez  souvent  presque  la  même 
partout,  ce  qui  donne  surtout  au  cœur  cette  forme  arrondie, 
globuleuse  , sphéroïde  , dont  nous  avons  parlé  plus  haut  ; 

4"  que  c’est  à l’hypertrophie  des  couches  musculaires  les 
plus  intérieures  et  des  colonnes  charnues,  qu’il  faut  rap- 
porter, en  général,  la  diminution  de  capacité  qui  constitue 
le  caractère  distinctif  de  l’hypertrophie  concentrique  ou 
centripète  ; 5®  que , dans  certains  cas , c’est  probablement  à / 
une  hypertropliie  des  couches  musculaires  extérieures, 
qu’est  duc  l’augmentation  d’éiDaisseur  des  parois  des  cavités 
sans  augmentation  ni  diminutiofi  de  la  capacité  de  ces 
dernières , et  que  dans  l’hypertrophie  anévrismale , l’aug- 
mentation de  nutritfon  s’opère  dans  tous  les  sens  à la  fois, 
comme  dans  l’accroissement  normal  du  cœur  (i).  Je  sou- 
mets, au  reste,  celles  de  ces  propositions  qui  ne  sont  en- 
core que  probables  au  jugement  des  observateurs  éclairés  , 
bien  disposé  à profiter  du  fruit  de  leurs  recherches. 

V.  Dans  l’hypertrophie  pure  et  simple,  le  tissu  muscu- 
laire du  cœur  est  assez  ordinairement  d’un  rouge  plus  rosé, 
plus  vermeil  qu’à  l’état  normal  ; il  est  en  même  temps  plus 
ferme,  plus  résistant  (voy.  les  observations  ai®,  43®,  53®, 
77®,  78®,  ii3®,  121®,  etc.  ). 

Il  ne  faut  pas  confondre  l’épaississement  vraiment  hyper- 
trophique avec  l’épaississement  qui  a lieu  dans  certaines 
maladies  où  la  substance  du  cœur  est  ramollie  , friable , ou 
indurée.  Il  n’y  a pour  ainsi  dire  qu’une  lésion  de  quantité 
dans  l’hypertrophie,  tandis  qu’il  y a lésion  de  qualité  et  de 
quantité^  la  fois  dans  les  cas  de  ramollissement  et  d’indu- 


(1)  N’oublions  pas  cependant  que , dans  les  cas  de  dilatation  très  considérable , 
^celle-ci  dépend  en  grande  partie  d’une  cause  mécanique,  savoir,  l’accumulation 
du  sang  dans  la  cavité  dilatée;  accumulation  qui  est  le  plus  ordinairement  l’effet 
d’une  induration  valvulaire,  avec  rétrécissement  d’un  orifice  du  cœur.  Aussi, 
dans  ce  cas , tout  étant  d'ailleurs  égal,  est-ce , en  général , la  cavité  située  immé- 
diatement derrière  l’obstacle  qui  éprouve  le  maximum  de  dilatation. 


43S  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

ration  avec  épaississement  de  la  substance  musculaire  du 
cœur.  Dans  l’hypertrophie  la  plus  pure,  loin  d’être  alté- 
rée, la  substance  musculaire  du  cœur  est,  en  quelque 
Sorte,  d’une  qualité  meilleure  encore  qu’à  l’état  normal , 
comme  l’indiquent  sa  fermeté  et  sa  coloration  vermeille.  Il 
pëüt  arriver,  d’ailleurs,  et  les  cas  de  ce  genre  ne  sont  pas 
extrêmement  rares,  que  la  substance  musculaire  du  cœur, 
d’abord  simplement  hypertrophiée,  éprouve  un  état  de 
tàmoIUssemejit  ou  d' induration,  et  celle  circonstance  est  une 
de  celles  dont  il  importe  le  plus  detre  prévenu,  si  l’on 
veut  éviter  de  graves  méprises,  dans  la  détermination  des 
signes  propres  à chacun  des  divers  modes  morbides  aux- 
quels la  substance  musculaire  du  cœur  est  exposée. 

"Vl.  L’hypertrophie  du  tissu  musculaire  du  cœur,  outre 
l’espèce  de  complication  qui  vient  d’être  signalée  ci-dessus. 
Se  lie  à une  foule  de  lésions  nouvelles  dont  les  unes  siègent 
dans  le  cœur  lui-même,  dans  le  sang  qui  parcourt  ses  ca- 
vités, et  dont  les  autres  résident  dans  des  organes  plus  ou 
ïiloins  éloignés  du  cœur.  Nous  ne  pouvons  les  décrire  ici, 
iiiais  nous  allons  indiquer  les  principales. 

Rien  n’ést  plus  commun  que  de  rencontrer,  en  même 
temps  qu’une  hypertrophie  du  cœur,  les  diverses  lésions 
organiques  consécutives  à une  endocardite,  à une  péricar- 
dite, ou  à une  endo-péricardite  dites  chroniques.  Telle  est 
mêfne  la  fréquence  de  cette  sorte  d’association  morbide, 
qü’étànt  donnée  une  inflammation  chronique  du  tissu  séro- 
fibreuX  externe  et  surtout  interne  du  cœur, on  peut  presque 
toujours  affirmer  l’existence  d’une  hypertrophie  de  la  sub- 
stance musculaire  de  cet  organe.  Ce  n’est  point  ici  un  de  ces 
vains  rapprochemens,  de  ces  aperçus  h priori  ou  préconçus 
que  l’on  invoque  en  faveur  de  quelques  faux  systèmes,  mais 
bien  la  rigoureuse  et  fidèle  expression  des  faits.  Rappelons-» 
nous, en  effet,  que  sur  33  cas  de  péricardite  et  d’endocar- 
dite terminées  par  induration  , épaississement,  etc.,  il  n’en 
est  aucun  dans  lequel  on  n’ait  constaté  l’existence  d’une  hy- 


HISTOIBE  GiÎNÉRALE  DE  t’iIYPERTHOPIIIE.  /|3g 
perlrophie  du  tissu  musculaire  du  cœur.  Dans  les  21  cas 
d’Iiypertropliie  que  contient  la  premièi^e  section  de  ce 
chapitre,  il  en  est  quelques  uns  qui,  faute  de  détails 
sulfisans,  ne  doivent  pas  fiiire  partie  d’un  relevé  positif. 
Quant  aux  autres  , ils  confirment  pleinement  le  rapport, 
j’ai  presque  dit  la  loi,  que  nous  venons  d’exposer. 

Je  crois  donc  potivoir  affirmer  que  l’hypertrophie  du 
tissu  musculaire  du  cœur  et  les  altérations  consécutives  à 
une  péricardite  ou  à une  endocardite  prolongées,  chroni- 
ques, se  rencontrent  ordinairement  ensemble,  et  que  les 
exceptions  à cette  jvgie  sont  peu  nombreuses.  Mais,  encore 
une  fois,  je  ne  suis  en  ce  moment  que  le  simple  historien 
des  faits,  et  je  ne  les  accommode  point  à une  théorie ^ car, 
personne  plus  que  moi  n'est  convaincu  que  observations 
particulières  ne  sont  point  Jaites  pour  les  théories,  mais  que  les 
théories,  au  contraire,  doivent  être  faites  pour  les  observations 
particulières.  Conformément  à ce  principe,  nous  recherche- 
rons plus  loin  quelle  induction  on  peut  tirer  des  résultats 
ci-dessus  énoncés. 

Après  les  lésions  dont  nous  venons  de  parler,  celles  que 
1 on  trouve  encore  dans  le  cœur  conjointement  avec  l’hy- 
pertrophie de  son  tissu  musculaire  étant  peu  importantes 
a connaître,  nous  les  passerons  ici  sous  silence  (i). 

Quant  aux  lésions  des  organes  autres  que  le  cœur,  elles 


(1)  Ajoutons  quelques  mois  seulement  sur  l’engorgement  sanguin  des  cavités 
du  eœiir,  que  l’on  ne  manque  presque  jamais  de  rencontrer  dans  les  grandes  hy- 
pertrophies  anévrismales  du  cœur,  avec  complicalion  d’obstacle  à la  circulation. 
On  pourra,  jusqu’à  un  certain  point,  juger  de  la  dilatation  du  cœur  parla  quan- 
tité de  sang  contenu  dens  ses  cavités.  Cette  quantité  est  quelquéfois  Viraiment  ' 
enorme , comme  le  prouvent  quelques  uns  des  exemples  suivons  : 

Chez  le  sujet  de  l'observation  77e  (jeune  fille  de  7 ans  ),  le  caillot  de  sang 
contenu  dans  l’oreillette  droite  seulement  était  plus  gros  que  le  poing  d’un 
adulte;  chez  le  sujet  de  l’observation  55®,  le  cœur  contenait  lo  onc.  a gros  de 
sang  caillé  ; chez  les  sujets  des  observations  2i«  et  63«,  10  onc.  ; chez  Ite .sujet  de 
1 observation  53c,  g ^ ,noyenne  du  poids  du  sang  que  contiennent  le* 

carités  du  cœur,  dans  les  cas  ci-dessus  spécifiés,  est  donc  de  7 à 8 onc. 


44o  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

sont  a^eu  près  essentiellement  les  mêmes  que  celles  dont 
nous  avons  parlé  au  chapitre  de  l’endocardite,  et  la  plu- 
part tiennent  moins  à l’hypertrophie  proprement  dite  qu’à 
ses  complications  avec  d’autres  lésions  du  cœur,  parmi  les- 
quelles celles  des  valvules  tiennent  le  premier  rang.  Les 
principales,  au  reste,  sont  la  dégénérescence  cartilagineuse, 
crétacée,  calcaire,  du  système  artériel  (i);  les  congestions 
séreuses  et  sanguines  des  parties  extérieures,  ainsi  que  de 
plusieurs  organes  intérieurs,  et  spécialement  des  poumons, 
du  foie  et  du  cerveau.  Nous  reviendrons  plus  loin  sur  ces 
diverses  lésions,  et  nous  tâcherons  de  rapporter  chacune 
d’elles  à sa  véritable  cause. 


ARTICLE  DEUXIÈME. 

DBS  SIGRES  DE  l’hYPERTEOPHIE  DD  COEUB  ; DB  SON  lîîFLÜEHCB  SDB  LES  HéMOOBHAGIES 
EU  GÉHEHAL,  ET  SDH  CELLES  DD  CERVEAU  El  DES  POUMONS  EN  FABTICDLIBB. 

§ l'f.  Signes  de  Thypertrophie  du  cœur. 

T.  Signes  de  l'hypertrophie  du  cœur  en  général. 

Les  signes  de  l’hypertrophie  du  cœur  se  distinguent  en 
ceux  qui  sont  fournis  par  l’exploration  de  cet  organe  lui- 
même  , de  ses  mouvemens  et  de  ses  bruits , et  en  ceux  qui 
se  tirent  de  l’exploration  des  autres  organes  et  de  leurs 
fonctions.  Commençons  par  l’exposition  des  premiers. 

Signes  idiopathiques  de  l'hypertrophie  du  cœur. 

. L’augmentation  permanente  de  la  force  et  de  l’étendue 


(i)  Les  artères  coronaires  en  particulier  offrent  souvent  la  dégénérescence  dont 
U s'agit.  Elles  m’ont  paru , en  général , bien  plus  développées  qu'à  l’état  normal. 
Chez  le  sujet  de  l’observation  ii5e,  l’uae  de  ces  artères  était  incomparablement 
plus  volumineuse  que  l’autre. 


histoire  GÉNKRALE  de  t’iIYPERTROPHIE.  /|/|l 
clesbattemens  du  cœur,  et  partant  l’augmenLatlon  du  double 
bruit  normal  qui  les  accompagne  , voilà  réellement  les  si- 
gnes fondamentaux  de  l’hypertrophie  pure  et  simple  du 
cœur. 

Si  nous  ajoutons  qu’à  ces  signes,  se  joignent  l’augmen- 
tation de  l’étendue  de  la  matité  de  la  région  précordiale, 
et  quelquefois  une  saillie  notable,  une  voussure  mani- 
feste de  cette  région  , nous  aurons  indiqué  tous  les  signes 
idiopathiques  de  l’hypertrophie  du  cœur.  Entrons  dans 
quelques  détails  sur  chacun  de  ces  signes. 

i“  Dans  les  cas  où  l’hypertrophie  est  très  considérable,  les 
mouvemens  du  cœur  sont  visibles  dans  une  grande  étendue 
du  côté  gauche  de  la  poitrine  et  vers  le  creux  de  l’estomac, 
où  ils  déterminent  une  secousse,  un  ébranlement  qu’on  peut 
distinguer  quelquefois  à travers  les  vêtemens  et  les  couver- 
tures des  malades.  La  pointe  du  cœur,  plus  déviée  à gau- 
che qu’à  l’état  normal , soulève  le  6%  le  et  quelquefois 
même  le  8*  espace  intercostal , tandis  que  les  mouvemens 
de  la  base  de  cet  organe  répondent  au  S*"  ou  même  au  2'  es- 
pace intercostal. 

2°  Si  l’on  applique  la  main  sur  la  région  précordiale  , 
elle  est  frappée,  et  pour  ainsi  dire  rudement  repoussée,  par 
des  battemens  du  cœur,  semblables  à des  coups  de  mar- 
teau, ou  mieux  encore  à des  espèces  de  coups  de  poing. 
Nous  avons  actuellement  sous  les  yeux  un  jeune  homme 
de  3o  ans,  couché  au  n°  9 de  la  salle  Saint-Jean-de- 
Dieu  , qui  nous  présente  un  remarquable  exemple  de 
cette  espèce  de  battemens.  Chez  ce  sujet,  affecté  d’une 
énorme  hypertrophie  du  cœur,  en  appliquant  la  main  sur 
le  creux  de  l’estomac,  on  reçoit  un  choc,  un  véritable  coup, 
parfaitement  détaché  , comme  le  serait  un  coup  de  poing. 

Dans  certains  cas,  le  cœur  frappe  la  main  de  toute  sa 
masse,  tandis  que  dans  d’autres  il  ne  la  repousse  que  de  sa 
pointe.  Par  le  toucher,  on  ressent  l’ébranlement  qui  ac- 
compagne le  choc  du  cœur,  non  seulement  dans  la  région 


44^  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

précordiale,  mais  jusqu’à  la  partie  postérieure  du  côté  gau- 
che de  la  poitrine. 

Si,  au  lieu  d’explorer  les  battemens  du  cœur  avec  la 
main,  appliquée  immédiatement  sur  la  région  précordiale, 
on  les  explore  avec  un  stéthoscope  sur  lequel  on  appuie  la 
main,  on  distingue,  d’une  manière  encore  plus  précise  peut- 
être,  l’impulsion  de  ces  battemens.  Enfin,  si  l’on  applique 
l’oreille  sur  la  région  précordiale,  la  tête  est  soulevée  à 
chaque  contraction  ventriculaire  , avec  une  force  propor- 
tionnelle au  degré  de  l’hypertrophie. 

Sauf  le  cas  où  ils  se  transforment  en  véritables  palpita- 
tions , ce  qui  arrive  pendant  des  exercices  un  peu  fatigans  , 
des  émotions  vives,  des  imprudences  de  régime , les  batte- 
mens du  cœur  ne  sont  pas  plus  fréquensqu’à  l’état  normal: 
ils  sont  même  quelquefois  plus  lents,  ce  qui  tient  peut-être 
à ce  que  la  durée  de  la  contraction,  qui  est  en  quelque  sorte 
filée,  est  plus  prolongée  dans  les  grandes  hypertrophies , 
qu’elle  ne  l’est  à l’état  sain.  Hors  le  cas  de  complication  avec 
un  rétrécissement  des  orifices,  avec  une  affection  nerveuse 
du  cœur,  etc.,  les  battemens  de  cet  organe  dans  l’hypertro- 
phie sont  réguliers. 

3°  Les  bruits  du  cœur  offrent  quelques  modifications, 
selon  la  forme  de  Ehypertrophie.  L’épaisseur  des  parois 
ventriculaires  est  une  condition  peu  propre  à la  transmis- 
sion de  ces  bruits.  Aussi,  lorsque  l’épaisseur  de  ces  parois 
est  portée  à un  très  haut  degré  (12  a i5  lignes  et  plus  ),  et 
qu’en  même  temps  les  cavités  des  ventricules  ont  perdu 
de  leur  capacité  normale,  les  bruits  du  cœur  sont-ils  sourds, 
obscurs , et  comme  étouffés.  Mais  quand  l’épaissCur  des 
parois  ventriculaires  est  médiocre,  que  la  cavité  ventricu- 
laire n’a  pas  perdu  de  son  étendue,  ou  même  est  dilatée, 
alors  les  bruits  du  cœur  sont  plus  forts,  plus  sonores,  plus 
clairs  ; ils  se  propagent  dans  une  étendue  considérable  de 
la  poitrine,  et  souvent  même  jusqu’à  la  partie  postérieure 
de  Cette  cavité.  Ën  même  temps  l’oreille,  appliquée  imnie- 


mSTOlllE  GiNÉRArt:  de  l’hypertrophie.  443 
diatemenl  sur  la  poitrine,  fait  entendre  distinctement,  à 
chaque  systole  ventriculaire,  le  tintement  métallique  dont 
nous  avons  longuement  parlé  ailleurs.  (Voy.  les  Prolégo- 
mènes.) 

Ce  n’est  que  dans  des  cas  exceptionnels  que  l’on  entend 
un  léger  bruit  de  soufflet  chez  les  individus  affectes  d'hy- 
pertrophie pure  et  simple  du  cœur,  et  cela  n’arrive  guère 
que  pendant  les  accès  de  palpitations.  En  général,  l’exis- 
tence d’un  bruit  de  soufflet  constant  et  bien  distinct  chez 
un  individu  atteint  d’une  hypertrophie  du  cœur  est  un 
indice  à peu  près  assuré  d’une  complication.  (On  trouvera 
dans  les  Prolégomènes,  ainsi  que  dans  les  chapitres  consa- 
crés à l’endocardite  et. à la  péricardite,  les  détails  néces- 
saires sur  les  lésions  propres  à produire  le  bruit  dont  il 
s’agit. ’i 

4®  L’hypertrophie  du  cœur  n’est  point  accompagnée  de 
douleut*  dans  la  région  précordiale  ; mais  lorsqu’elle  est 
très  considérable,  quelques  malades  disent  éprouver  dans 
Cette  région,  ainsi  que  vers  le  creux  de  l’estomac  ou  le 
centre  phrénique,  un  sentiment  de  géiie  et  de  poids  in- 
commode. 

5®  L’étendue  de  la  matité  de  la  région  précordiale  est  en 
raison  composée  de  l’hypertrophie  et  de  la  dilatation  du 
cœur.  Les  observations  que  nous  avons  rapportées  donnent 
des  exemples  des  principaux  degrés  que  peut  offrir  cette 
étendue.  Sur  le  vivant  comme  sur  le  cadavre,  nous  avons 
déterminé  par  la  percussion  médiate,  d’une  manière  tout- 
à-fait  géométrique,  le  volume  du  cœur  (i). 


^(1)  Il  est  juste  de  déclarer  que  Corvisart , en  percutant,  suivant  la  méthode 
d Avenbrugger,  était  parvenu  au  môme  résultat  : « Souvent  j’ai  pu,  dit  ce  pro- 
»fond  observateur,  déterminer  avec  exactitude  (l’ouverture  des  cadavres  l’a 

• prouvé)  le  degré  de  dilatation  du  cœur,  en  le  mesurant , pour  ainsi  dire,  sur 
•1  étendue  des  parois  de  la  poitrine,  où  la  percussion entendre  un  son 

• nul  ou  seulement  obscur.  • (Ouv.  cil.,  p.  588). 


444  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

6®  La  'voussure  de  la  région  précordiale  n’avait  point  en- 
core été  signalée  chez  les  individus  affectés  d’hypertrophie 
du  cœur.  Elle  n’est  cependant  pas  très  rare  dans  les  cas  où 
l’hypertrophie  est  considérable  ; et  nous  l’avons  constatée, 
de  la  manière  la  plus  positive,  chez  un  bon  nombre  de  su- 
jets, non  seulement  par  l’inspection,  l’application  de  la 
main  , mais  aussi  quelquefois  par  la  mensuration  directe. 
Cette  voussure  est  accompagnée  d’un  élargissement  plus  ou 
moins  marqué  des  espaces  intercostaux  delà  région  qu’elle 
occupe.  (Voy.  les  observ.  ai®,  a3®,  a4“j  43®,  5i®,  53®,  64®*) 

Signes  réactionnels  de  V hypertrophie  du  cœur. 

1°  Lésions  de  la  circulation  artéi'ielle  et  'veineuse.  Le  i 
pouls,  dans  l’hypertrophie  simple  et  anévrismale  du  cœur, 
est  fort,  grand,  large,  bien  détaché,  régulier. Dans  ,i 

l’hypertrophie  concentrique^  le  pouls  conserve  de  la  raideur 
et  de  la  vibrance  ; mais  il  est  peu  développé,  comme  embar-  i 
rassé  ou  comprimé.  En  général,  les  sujets  affectés  d’hyper-  ; 
trophie  pure  et  simple  du  cœur  ont  le  visage  animé,  l’œil 
brillant,  une  tendance  aux  hémorrhagies  dites  actives,  et  : 
une  chaleur  un  peu  plus  élevée  qu’à  l’état  normal.  Il  est  à i 
peine  nécessaire  de  dire  que  l’exploration  du  pouls  ne  ii 
fournit  des  signes  que  pour  l’hypertrophie  du  ventricule  i: 
aortique,  et  que  si  l’analogie  nous  porte  à penser  que  le  ii 
pouls  del’artère  pulmonaire  présente  les  caractères  ci-dessus  ü 
indiqués,  dans  les  cas  d’hypertrophie  du  ventricule  droit,  i 
l’observation  clinique  ne  nous  offre  aucun  moyen  de  nous  j 
assurer  directement  du  fait. 

Les  complications  de  l’hypertrophie  du  cœur  avec  les 
lésions  que  nous  avons  précédemment  indiquées,  modifient 
tellement  le  pouls,  qu’on  ne  peut  plus  alors  beaucoup 
compter  sur  son  exploration  pour  le  diagnostic  de  l’hy- 
pertrophie elle-même. 

Dans  l’hypertrophie  pure  et  simple  du  cœur,  sans  lésion 
des  valvules,  sans  rétrécissement  des  orifices  ou  des  cavités 


IIISTÔÎRIE  générale  DE  l’iIYPERTROPIIIE.  44>^ 
du  cœur,  sans  grave  lésion  organique  des  principaux  vais- 
seaux artériels  et  veineux,  la  circulation  veineuse  s’opère 
librement,  et  il  ne  survient  point  de  congestions  passives , 
soit  de  sang,  soit  de  sérosité,  dans  les  différens  organes  et 
dans  les  cavités  séreuses,  ou  dans  les  vacuoles  du  tissu  cel- 
lulaire. Cela  n’arrive  réellement  que  dans  les  cas  où  l’hy- 
pertrophie est  compliquée  avec  d’autres  lésions  propres  à 
opposer  un  obstacle  au  cours  du  sang  veineux. 

2°  Lésions  de  la  respiration.  En  général,  dans  l’hy- 
pertrophie pure  et  simple  du  cœur,  lorsque  cet  organe  n’a 
pas  acquis  un  volume  très  considérable,  la  respiration  n’est 
pas  sensiblement  gênée.  Mais  lorsque  le  cœur  est  énorme, 
qu’il  usurpe  eh  quelque  sorte  le  tiers  ou  le  quart  de  l’es- 
pace réservé  aux  poumons,  la  respiration  devient  fréquente, 
courte,  difficile.  A la  vérité,  dans  les  cas  de  ce  genre,  il 
est  rare  que  ce  soit  là  la  seule  cause  de  la  dyspnée  ; le  plus 
ordinairement,  en  effet,  une  énorme  hypertrophie  du  cœur 
est  accompagnée  d’une  autre  lésion  qui  s’oppose  au  libre 
passage  du  sang  à travers  le  cœur,  et  détermine  ainsi  une 
congestion  séro-sanguine  dans  les  poumons. 

3®  Lésions  de  la  locomotion,  de  V innervation , et  de  la 
digestion.  Ces  fonctions  ne  sont  pas  notablement  jésées 
dans  les  cas  d’hypertrophie  pure  et  simple.  Les  lésions 
qu’elles  peuvent  éprouver,  par  suite  des  complications  de 
l’hypertrophie,  ne  doivent  pas  nous  occuper  ici. 

Le  tableau  que  nous  venons  de  tracer,  en  traitant  de 
l’influence  qu’exerce  l’hypertrophie  du  cœur  sur  diverses 
fonctions,  est  loin  de  ressembler  exactement  à celui  présenté 
parles  auteurs.  Mais,  on  peut  le  dire  , sans  crainte  d’être 
démenti  par  les  laits,  les  signes  de  cet  ordre  n’avaient  jamais 
été  soumis  au  creuset  d’une  saine  analyse,  et,  sur  cette  ma- 
tière, nos  devanciers  avaient  commis  de  graves  méprises. 
Qu’on  ouvre  leurs  ouvrages,  et  l’on  verra  qu’ils  donnent 
pour  signes  de  l’hypertrophie  ou  de  l’anévrisme  actif  du 
cœur,  V injection  violette  de  la  face,  V engorgement  de  tous  les 


44C  MALADIES  DU  CCŒUR  EN  PARTICULIER. 

capillaires  veineux  en  général,  les  hydropisies  et  les  hémorrha- 
gies passives , la  dyspnée,  V étouffement , etc.  C’est  pourtant  là, 
me  permettra-t-on  de  le  dire,  une  sorte  de  contre-sens  phy- 
siologique. De  tels  signes  dénotent  évidemment  un  obstacle  ■ 
mécanique  ou  vital  à la  circulation.  Or,  comment  concilier 
ces  phénomènes  d’obstacle  à la  circulation  avec  une  simple 
hypertrophie,  un  anévrisme  actif  <\\x  cœur?  En  effet,  loin 
d’enrayer  le  mouvement  circulatoire,  cet  état  du  cœur 
constitue,  au  contraire,  une  condition  propre  à imprimer 
une  nouvelle  énergie  au  cours  du  sang.  Peut-on  supposer, 
en  bonne  et  saine  physiologie,  qu’une  véritable  et  simple 
hypertrophie  du  cœur  soit  capable  par  elle-même  de  pro- 
duire des  phénomènes  qui  nous  révèlent  un  embarras,  un  n 
affaiblissement  des  fonctions  circulatoires?  Autant  vaudrait  li 
dire  alors  que  les  larges  épaules  du  portefaix , les  bras  ro-  h 
bustes  du  boulanger,  les  vigoureux  mollets  du  danseur,  i 
sont  des  conditions  qui  rendront  le  premier  impropre  à I 
porter  de  lourds  fardeaux,  le  second  à remuer  la  pâte,  et  le  i 
troisième  à exécuter  les  divers  mouvemens  dont  se  compose  i 
son  art.  Quoi  ! nous  attribuerions  à \ anévrisme  actif,  à i 
l’hypertrophie  du  cœur,  des  symptômes  évidens  d’obstacle  ) 
à la  circulation!  Comme  si  nous  avions  oublié  que,  dans  les  t 
cas  d'hypertrophie,  dégagés  d’une  complication  propre  à s 
entraver  le  cours  du  sang  (voy.  par  exemple  l’observ.  ii3'), 
les  sujets  ont  le  pouls  large,  vigoureux  et  vibrant  comme  3 
les  mouvemens  de  leur* cœur;  que  leur  face  est  d’un  rouge  b 
■vif  et  non  violacé  ; que  la  transpiration  de  leur  peau  est  i 
augmentée  et  non  diminuée;  qu’ils  sont  prédisposés  aux  J 
hémorrhagies  actives  et  non  aux  congestions  sanguines  ou  i 
séreuses  passives  ! 

ftlais,  répondra-t-on,  d’où  proviennent  donc  les  signes  } 
d’obstacle  à la  circulation  , tels  qu’on  les  rencontre  si  sou-  ; 
vent  chez  les  individus  atteints  d’hyperirophie  du  cœur?  I 
De  quelques  unes  des  nombreuses  complications  qui  peu-  ; 
vent  accompagner  cette  hypertrophie , et  spécialement  | 


HISTOnUÎ  GÉNÉRALE  DE  l’hYPERTROPHIE. 


d’une  grave  lésion  des  valvules,  d’un  rétrécissement  des  ori- 
fices du  cœur  (i),  de  profondes  altérations  dans  l’aorle  ou 
les  grosses  veines,  de  la  formation  d’abondantes  concré- 
tions sanguines,  etc.  ? C’est  pour  n’avoir  point  tenu  compte 
de  tous  les  élémens  morbides  qui  se  rencontrent  dans  les 
cas  d’hypertrophie , pour  n’avoir  pas  apprécié  chacun 
d’eux  à sa  juste  valeur,  que  les  auteurs  sont  tombés  dans 
l’erreur  que  nous  relevons  ici  : Cavenclum  est ^ dit  très  bien 
IMichelotii,  uhi plurasimul  'vitia  deprehendantur,  ne  sine  certâ 
j'atione,  imurn  aliquod,  potissimum,  pro  morbi  causa  propo~ 
natiir. 


IL  Sig?ies  propres  a V hypertrophie  de  chacune  deg  cavités 
du  cœur  en  particulier. 


Les  signes  que  nous  venons  d’exposer  s’appliquent  spé- 
cialement à l’hypertrophie  des  ventricules.  Nous  ne  pen- 
sons pas  qu’il  soit  possible,  dans  l’état  actuel  de  la  science, 
de  déterminer,  d’une  manière  précise,  les  signes  propres  à 
I hypertrophie  des  oreillettes  en  général  et  à l’hypertrophie 
de  chacune  d’elles  en  particulier.  Mais  comme  elle  accom- 
pagne presque  constamment  les  grandes  hypertrophies  des 
ventricules,  le  diagnostic  de  celles-ci  entraîne  en  quelque 
sorte  celui  de  l’hypertrophie  des  oreillettes. 

ISous  n avons'  point , il  faut  V avouer,  dit  Gorvisart , de  si- 
gnes très  certains  qui  caractérisent  bien  particulièrement  V af- 
fection de  Vune  plutôt  que  de  l’autre  des  quatre  cavités  du  cœur. 
Cette  assertion,  fort  juste  sous  un  rapport,  ne  l’est  pas  sous 
tous  les  autres.  En  effet,  il  est  des  signes  qui  caractérisent 
avec  certitude  l’hypertrophie  des  ventricules.  j 


(0  L’hypertropliie  concentrique  peut,  quand  elle  est  poussée  très  loin  , équi- 
valoir à un  obstacle  à la  circulation  de  ce  dernier  genre.  Mais  il  est  évident  que 
dans  celte  forme  de  l’iiyperlropliie,  qui  constitue  aussi  un  cas  compliqué,  c’est 
au  rétrécissement  de  |a  cavité,  et  non  à i’hypertropbiç  des  parois,  qu'il  faut 
attribuer  les  pliénoipènes  d’pbslacle  à la  circulation. 


448  MALADIES  DU  C(®UR  EN  PARTICULIER.  i 

1*’  Diagnostic  de  l'hypertrophie  du  'ventricule  gauche.  On  1 
reconnaîtra  cette  hypertrophie  aux  signes  suivans  : Les  j 
battemensdont  nous  avons  décrit  plus  haut  les  caractères, 
se  font  principalement  sentir  dans  la  région  des  cartilages  \ 
des  5“j  6®,  y,  ou  même  8®  côtes  : c’est  là  que  se  trouvent  ; 
à leur  maximum  d’intensité,  la  matité,  et  la  voussure  ou  la 
saillie  précédemment  indiquées.  En  même  temps*,  le  pouls 
est  fort,  tendu,  vibrant,  le  visage  vermeil;  les  yeux  sont 
animés  ; il  se  manifeste,  à des  intervalles  plus  moins  éloi- 
gnés, des  bouffées  de  chaleur  vers  la  tête,  des  étourdisse- 
mens,  des  saignemens  de  nez,  etc. 

2®  Diagnostic  de  V hypertrophie  du  ventricule  droit.  Les  bat- 
temens  du  cœur,  les  palpitations,  se  font  sentir  particu- 
lièrement sous  la  partie  inférieure  du  sternum  (voy.  i’ob- 
serv.  121^);  c’est  là  surtout  que  se  trouve  la  matité,  et,  à 
moins  que  cette  hypertrophie  ne  soit  compliquée  de  celle 
du  ventricule  gauche,  ce  qui  est  à la  vérité  très  commun, 
le  pouls  ne  présente  pas  la  force  et  la  vibrance  dont  nous 
avons  parlé  plus  haut.  Les  malades  sont  sujets  à des  con- 
gestions sanguines  actives  des  poumons,  et  quelques  uns 
expectorent  même,  de  temps  en  temps,  une  certaine  quan- 
tité d’un  sang  pur  et  vermeil  ( nous  reviendrons  tout  à 
l’heure  sur  cet  accident).  On  a répété  , d’après  Lancisi,  que 
le  battement , la  fluctuation  des  veines  jugulaires,  ou  même 
leur  simple  dilatation,  étaient  un  signe  d anévrisme,  soit 
actif , soit  passif,  du  ventricule  et  de  l’oreillette  du  côté 
droit.  INous  avons  déjà  parlé  de  ce  phénomène  en  traitant 
des  lésions  des  valvules  et  des  orifices  du  cœur,  et  nous  y 
reviendrons,  quand  nous  étudierons  la  dilatation  de  cet  or- 
gane. Qu’il  nous  suffise  de  noter  ij:i  en  passant  que  le  pouls 
'veineux  n’est  ,pas  une  condition  nécessaire  de  l’hypertro- 
phie du  ventricule  droit,  et  que  s’il  existe  fréquemment  j 
avec  elle,  c’est  qu’alors l’orifice  auriculo-ventriculaire  nest  j 
pas  exactement  fermé  pendant  la  systole  , soit  en  raison  de 
son  extrême  dilatation,  soit  en  raison  d’une  lésion  quel- 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’hYPERTROPHIE.  440 
conque  qui  entraîne  V insiifjisance  de  la  valvule  tricuspide  , 
défaut  d’occlusion  qui  permet  à une  certaine  quantité  de 
sang  de  refluer  du  côté  de  l’oreillette  droite  et  des  veines 
qui  s’y  dégorgent. 

Etant  donnés  les  signes  généraux  de  chacune  des  formes 
de  l'hypertrophie  des  ventricules,  et  les  signes  spéciaux  de 
l’hypertrophie  de  chacun  de  ces  ventricules,  il  est  évident 
que  l’on  connaît  par  là  ceux  qui  caractérisent  les  combi- 
naisons possibles  de  ces  diverses  formes  d’hypertrophie 
entre  elles.  Passons  donc  à un  autre  sujet. 

S II.  De  l’influence  de  l’hypertrophie  des  ventricules  du  cœur  sur  les  hémor- 
rhagies en  général,  et  sur  celles  du  cerveau  et  des  poumons  en  particulier. 

Nous  avons  déjà  effleuré  cette  question  en  exposant  les 
signes  fournis  par  l’exploration  de  la  circulation,  chez  les 
individus  atteints  d’une  hypertrophie  des  ventricules  du 
cœur.  Mais  la  matière  nous  a paru  assez  importante  pour 
exiger  un  paragraphe  à part. 

1°  De  V influence  de  V hypertrophie  du  ojentricule  gauche  du 
cœur  sur  les  hémorrhagies  en  général,  et  sur  celle  du  cer- 
veau en  particulier . 

De  la  connaissance  de  l’influence  qu’exerce  normalement 
le  ventricule  gauche  sur  la  circulation  de  toutes  les  artères 
en  général,  on  pourrait  en  induire,  à priori,  qu’un  des 
effets  dynamiques  de  l’hypertrophie  de  ce  ventricule  sera 
une  pré-lisposilion  aux  hémorrhagies  dites  et  aux  hé- 
morrhagies par  rupture,  surtout  dans  les  parties  qui  oppo- 
sent le  moins  de  résistance  à l’effort  du  sang,  parmi  lesquelles 
il  faut  placer  certaines  membranes  muqueuses,  la  pulpe 
cérébrale,  etc.  L’expérience  et  l’observation  sont  ici  con- 
formes aux  inductions  de  la  logique  physiologique. 

Legallois  me  paraît  être  le  premier  des  médecins  mo- 
dernes qui , dans  l’observation  que  nous  ayons  rapportée 
a.  , 29 


45o  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

ailleurs  (obs.  126'),  ait  entrevu  et  indiqué  l’influence  d’une 
hypertrophie  considérable  du  ventricule  gauche  sur  l’apo-  j 
plexie  sanguine  ou  hémorrhagie  cérébrale.  Plus  tard , 

M.  le  professeur  Richerand  insista  d’une  manière  plus 
explicite  sur  cette  question  de  physiologie  pathologique, 
et  après  avoir  rappelé  que  trois  illustres  médecins,  Mal- 
pighi,  Cabanis  et  Kamazzini,  enlevés  à la  science  par  i 
des  attaques  d’apoplexie  foudroyante,  étaient  affectés  d’une  | 
hypertrophie  du  ventricule  aortique  , il  posa  en  principe  i 
que  cette  affection  était  une  prédisposition  plus  prochaine 
à l’apoplexie  que  la  constitution  dite  apoplectique  {1).  Depuis,  , 
un  grand  nombre  d’auteurs , et  M.  le  docteur  Bricheteau  i 
en  particulier,  ont  soutenu  la  même  thèse  (2). 

Si  l’hypertrpphie  du  ventricule  gauche  exerce  réellement 
une  influence  notable  sur  le  développement  de  certaines 
hémorrhagies  du  cerveau,  on  conçoit  qu’elle  peut  aussi, 
mais  d’une  manière  bien  moins  directe  et  moins  prochaine, 
constituer  une  prédisposition  plus  ou  moins  marquée  aux. 
congestions  inflammatoires  du  même  organe  , et  partant  à 
l’espèce  de  ramollissement  qui  est  quelquefois  la  consé- 
quence de  ces  congestions. 

Dans  ces  derniers  temps,  notre  honorable  confrère  et 
ami , M.  le  docteur  Rochoux  , a nié  formellement  l’influence 
qu’on  avait  attribuée  à l’hypertrophie  du  ventricule  gauche 
sur  la  production  de  l’hémorrhagie  cérébrale.  Je  crois  que 
M.  Rochoux  a été  conduit  à cette  opinion  par  la  doctrine 


(ï)  Corvisart  nose  pas  assurer  avoir  observé  un  scuteas  dans  lequel  l’apoplexie  I 
ait  été  l’effet  évident  d’une  maladie  du  cœur.  Mais  il  pense  que  l ^s  fuiis  rapportés  | 
par  Morgagni,  Laurent  , Liculaud , Testa  et  d’ autres  encore  , suffisent  pour  i 
établir  qu’une  affection  du  cœur  ( il  ne  dit  pas  laquelle  ) peut  devenir  ta  cause  ! 
déterminante  de  l’apoplexie.  ( Ouv.  cité  , pag.  ipa.  ) 

(a)  Les  premières  recherches  de  JL  Bricheteau  sur  cette  matière  ont  été  pu-  - 
hliées  dans  le  Journal  complémentaire  du  Dictionnaire  des  sciences  medicales. 
Plus  récemment,  ce  savant  observf'leur  s’est  occupé  du  même  sujet  dans  un  ou-  t 
vrageq  uia  pourt  lire  ; CUniquedi.  hôpital  iVfcAcr. 


histoire  GÉJNÉRALE  de  L’iIYPERTROPftlE.  4^1 
qu’il  s’est  formée  sur  le  mode  de  génération  de  celte  hé- 
morrhagie, qu’il  considère,  contre  le  sentiment  de  tousles 
autres  ol:>servateurs , comme  étant  toujours  précédée  d’un 
ramollissement  particulier  de  la  substance  cérébrale  (ra- 
mollissement héinori'ha gipare'j . En  effet , on  ne  voit  pas  un 
rapport  aussi  direct  entre  une  hypertrophie  du  cœur  et 
l’espèce  de  ramollissement  non  inflammatoire  dont  il  s’agit, 
qu’entre  la  même  hypertrophie  et  une  hémorrhagie  céré- 
brale soit  par  rupture  , soit  par  exhalation  sanguihe.  Au 
reste,  ce  n’est  que  par  des  observations  qu’on  peut  résoudre 
d’une  manière  satisfaisante  le  problème  qui  nous  occupe. 
Avant  de  résumer  celles  qui  sont  contenues  dans  cet  ou- 
vrage, je  signalerai  une  circonstance  jusqu’ici  négligée  par 
les  observateurs , savoir,  la  fréquence  de  la  dégénérescence 
crétacée,  et  partant  de  la fragilité  des'  artères  cérébrales  chez 
les  sujets  qui  succombent  à une  hémorrhagie  cérébrale , et 
qui  sont  atteints  d’une  hypertrophie  du  ventricule  gauche 
du  cœur.  On  conçoit  facilement  combien  une  telle  altéra- 
tion du  système  artériel  du  cerveau  est  favorable  'à  sa  rup- 
ture, et  partant  à la  production  d’une  hémorrhagie.  Sans 
doute,  celte  altération  n’est  pas  constante 5 sans  doute 
aussi , il  est  des  hémorrhagies  cérébrales  chez  des  ïndi vidas 
qui  ne  sont  point  affectés  d'hypertrophie  du  ventricule 
gauche;  mais  ce  serait,  à mon  avis,  fermer  les' yeux  à la 
double  évidence  des  faits  et  du  raisonnement,  que  de 
refuser  à cette  affection  ainsi  qu’à  l’altération  crétacée, 
existant  chacune  isolément,  et  surtout  existant  l’une  et 
l’autre  à la  fois,  une  place  parmi  les  causes  prédisposantes 
ou  meme  déterminantes  de  l’hémorrhagie  cérébrale. 

Tenons  maintenant  à nos  propres  observations. 

Or,  sur  54  cas  d’hypertrophie  du  cœur  rapportés  dans 
ce  chapitre  et  dans  le  premier  et  le  second  chapitre  dü 
premier  livre, il  en  est  ii,  c'est-à-dire  un  peu  plus  d’un  cin- 
quième, dans  lesquels  on  a observé  une  hémorrhagie  ou  un, 


452  MALADIES  DU  CœUR  EN  PARTICULIER, 

ramollissement  du  cerveau  (i).  Les  cas  de  ramollissement 
sont  au  nombre  de  cinq  (observ.  ^5',  ii6®,  ii8®,  126®,  et 
12^*),  et  ceux  d’hémorrhagie  au  nombre  de  six  (observ. 
21®,  63®,  ii3%  125®,  128®  et  129®).  Parmi  les  sujets  des  onze 
cas  dont  il  s’agit,  il  se  trouve  cinq  hommes  et  six  femmes; 
et,  circonstance  assez  singulière,  c’est  que  les  cinq  cas  de 
ramollissement  ont  été  observés  chez  des  femmes  (une 
seulement  a éprouvé  une  hémorrhagie  cérébrale).  De  ces 
onze  sujets,  un  était  âgé  de  26  ans,  un  de  82,  un  de  4o,  un 
de  49,  un  de  53,  un  de  56,  un  de  5j,  un  de  60,  deux  de  65 
et  un  de  79. 

L’état  des  artères  cérébrales  n’est  indiqué  que  dans  sept 
cas.  Dans  quatre  de  ces  sept  cas,  elles  étaient  ossifiées, 
crétacées.  Dans  deux  cas  elle«  étaient  saines  et  dans  un 
autre  leurs  parois  étaient  seulement  un  peu  blanches  et 
épaissies.  Parmi  les  quatre  casoù  l’état  des  artères  cérébrales 
n’est  pas  indiqué,  il  en  est  un  où  l’on  a noté  une  ossification 
des  artères  carotides  : il  est  parconséquent  assez  probable 
que  la  même  lésion  existait  dans  les  artères  cérébrales. 

Dans  six  de  ces  cas,  il  existait  une  hypertrophie  anévris- 
maley  ou  avec  dilatation,  de  la  cavité  du  ventricule  gauche  ; 
dans  trois,  une  hypertrophie  ou  avec  rétrécisse- 

ment de  la  cavité,  et  dans  deux  , une  hypertrophie  simple 
ou  avec  état  normal  de  la  cavité  (2). 


r 


■ 


I 


(1)  Il  est  bon  de  noter  que  parmi  res  54  cas  , il  s’en  trouve  un  certain  nombre 
dans  lesquels  l'hypertrophie  u’affeclail  pas,  ou  n’alfeclait  que  légèrement  le  ven- 
tricule gauche , ce  qui  rend  plus  forte  encore  la  proportion  que  nous  signalons 
ici. 

(a)  Testa  et  Corvisart  ont  signalé  la  cécité  et  la  fonte  de  l’œil  comme  des  effets 
des  maladies  organiques  du  cœur.  Le  dernier  de  ces  accidens  est  cependant 
tellement  rare,  que  l’on  n’en  trouve  aucun  e\emple  dans  la  plupart  des  traités  des 
maladies  du  cœur.  La  4*  observation  de  VEssai  sur  les  maladies  du  cœur  est 
peut-être  le  seul  cas  de  ce  genre  q\ie  l'on  puisse  citer.  Or,  il  s'agit  dans  ce  cas 
d’une  péricardite  et  non  d’une  de  ces  lésions  que  les  auteurs  ont  désignées  sous  le 
nom  d’organiques.  , 

Mais  ce  qu’il  y a de  certain,  c’est  que  le  système  artériel  de  l’œil  étant  en  • 


niSTOIKE  .GÉNÉRALE  DE  l’hYPERTROPIIIE.  453 

j s-».  De  l'influence  de  l’hypertrophie  du  'ventricule  droit  du  cœur 
I sur  l hémorrhagie  ou  apoplexie  pulmonaire. 

' Je  ne  possède,  pour  ma  part,  que  trois  observations  de 
I véritable  apoplexie  ou  hémorrhagie  pulmonaire,  chez  des 
I individus  atteints  d’une  hypertrophie  du  ventricule  droit 
j (obscrv.  21%  iio'^  et  121®).  Dans  deux  cas  , l’hypertrophie 
du  ventricule  droit  coïncidait  avec  celle  du  ventricule 
j gauche  et  des  oreillettes;  dans  un  cas  (observ.  121®)  , elle 
; existait  sans  hypertrophie  marquée  du  ventricule  gauche. 
Ces  cas  ne  me  paraissent  pas  assez  nombreux  pour  pouvoir 
démontrer  incontestablement  l’influence  du  ventriculedroit 
sur  la  production  des  hémorrhagies  du  parenchyme  même 
des  poumons  et  de  la  membrane  muqueuse  des  voies  res- 
piratoires. Cependant  ces  faits  doivent  être  pris  en  sérieuse 
considération,  et  tout  porte  à conjecturer  (jue  d’autres 
viendront  les  confirmer  (i). 


quelque  sorte  une  dépendance  de  celui  du  cerveau,  il  participe  quelquefois  à 
l’élal  crétacé  de  cer  dernier;  et  de  là  peut-être,  dans  quelques  cas  , des  troubles 
de  la  circulation  et  de  la  imliïtion  de  l’oeil , et  par  suite  de  ses  fonctions. 

D’autres  auteurs  ont  placé  lesmaladies  dites  organiques  ducœur,et  notamment 
ce  qu’ils  appellent  l'anévrisme  de  cet  organe  , parmi  les  causes  de  la  gangrène. 
Quant  à nous,  nous  n'avons  jamais  observé  cet  accident  que  dans  les  cas  où  la 
maladie  du  coeur  était  compliquée  d’un  obstacle  au  cours  du  sang  dans  le  système 
artériel  de  la  partie  gangi  énée  , ainsi  que  cela  est  arrivé  chez  le  sujet  de  l’obser- 
vation Cet  obstacle  à la  circulation  artérielle  d'une  partie,  quelle  qu’en 
soit  la  nature,  est  une  cause  de  gangrène,  qui  jusqu’ici  n’avait  pas  encore  été  assez 
étudiée. 

(1)  Je  crois  devoir  rappeler  ici  ce  que  j’ai  dit  à ce  sujet  dans  un  mémoire  sur 
l’hypertrophie  du  cœur,  publié  en  1824 , dans  les  Archives  générales  de  méde- 
cine, et,  un  peu  plus  tard  , dans  le  Traité  des  maladies  du  cœur,  dont  Al.  Ber- 
tin  m’avait  conGé  la  rédaction:  « Avoir  démontré  l’influence  de  l’hypertrophie 
»du  ventricule  gauche  sur  le  cerveau,  c’est  avoir  prouvé  celle  de  l’hypertropliie 
»du  ventricule  droit  sur  le  poumon;  car,  de  même  que  l’encéphale  reçoit  directe- 
»inent  le  choc  du  flot  de  sang  que  le  ventricule  gauche  lance  dans  l’aorte,  ainsi 

• le  poumon  reçoit  immédiatement  l’impulsion  communiquée  à la  colonne  de 

• sang  que  le  ventricule  droit  projette  dans  le  tronc  pulmonaire.  Par  conséi;uenl, 

• lorsque  les  parois  de  ce  ventricule  ont  augmenté  d’épaisseur  et  d’énergie,  elles 


454 


WALADIES  Dü  COEUR  EN  PARTICULIER. 


article  troisième. 

DIS  CiVSKS,  Dü  MODE  DE  DÉVELOPPEMENT  ET  DE  LA  MABrnn  r..  ’ 

UE  LA  MABCHB  DE  L HYPBBTHOPHIl 

DU  CQEUa. 

L étiologie  de  l’hypertrophie  du  cœur  laisse  beaucoup 
adcs.rer  dausiesauleursquis’ensontoccupés.  Ceuxqui  sont 
poster, eursa  Corvisart  n’ont  guère  fait  autre  chose  que  ré- 
péter cequi  avau  eiéd.t  par  cet  illustre  praticien,  à l’article 
du  mode  de  développement  de  l’uWcmme  actif  du  cœur. 
« Le  cœur,  ainsi  que  tous  les  autres  muscles  du  corps  hu- 
” main,  écrit  Corvisart,  est  susceptihie  de  prendre  un  ac- 
» croissement  plus  marqué,  une  consistance  plus  solide 
» une  force  plus  considérable  par  la  continuité,  et  surtout 
» parlenergie  plus  grande  de  son  action.  N’observe-t-o-n 
» pas,  en  effet,  tous  lesjours,  un  développement  e.vtraordi- 
r naire  de  tous  les  muscles  du  corps  chez  les  porlefai.v,  de 
» ceux  des  bras  chez  les  forgerons,  les  boulangers,  etc  ? 
» L exercice  pour  les  muscles  extérieurs,  l’exercice  et  l’ir- 
» ritation  pour  le  cœur , sont  les  causes  principales  qui  font 
> de  ces  organes  un  centre  de  nutrition  plus  actif,  et  y 
» ixent  une  quantité  plus  grande  de  substance  nutritive.» 


• impriment  a la  circulation  pulmonaire  une  activité  proportionnelle  à leur  bv- 

• perlrophip,  surmontent  parfois  la  résistance  des  vai.sseaux  ; et  de  là  des  hénior- 

• rhagies,  des  apoplexies  pulmonaires,  qui  s’opèrent  ainsi  par  le  même  méca- 

• nisme  que  IVü/j/eane  proprement  dite,  c’est-à-dire  l’bémorrliagie  cérébrale 

• dans  les  cas  d’bypertrophie  du  ventricule  aortique...  11  ne  faut  pas  confondre  ces 

• especes  d bémorrbagies,  ces  eoups  de  sang  du  poumon,  avec  celles  qui  sont  le 

• résultat  d un  grand  obstacle  mécanique  à la  circulation  veineuse.  » 

J'ajouterai  à ce  que  j’ai  dit  alors  qu’on  retrouve  rarement  dans  l artère  pulmo- 
naire cette  altération  crétacée,  osseuse  ou  calcaire,  qui , comme  nous  lavons  vu 
se  rencontre  si  fréquemment  dans  l aorte  et  les  artères  cérébrales.  Or,  nousavoni 
montré  que  celle  altération  était  une  cause  prédisposante  à riiémorrbagie  céré- 
brale, et  qu’elle  secondait  singulièrement  l’action  de  riiiperlropliie.  Sèrait-ceà 
1 absence  de  celte  cause  adjuvante  qu’d  faudrait  attribuer,  du  moins  en  partie  la 

rarele  des  bemorrbagies  pulmonaires  dans  les  cas  d'bvpertropbie  du  ventricule 

Qjroitî 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’hYPERTROPHIE.  4^5 
Passant  ensuite  aux  causes  déterminantes  de  cet  exercice 
j ^'forcé,  de  cette  irritation  du  cqeur,  Corvisari  considère  comme 
I telles  : l 'étroitesse  des  artères  ou  le  défaut  de  rapport  entre 
le  calibre  des  ^vaisseaux  et  la  quantité  de  sang  que  le  cœur  doit 
y faire  passer  ^ tous  les  obstacles  opposés  au  cours  du  sang  soit 
; par  un  0)106  d' organisation  , soit  par  un  état  pathologique  qiiel- 
1 conque,  soit  par  V influence  des  affections  morales  sur  V action  du 
I cœur , soit  parles  actes  du  corps , peut-être  aussi  la  qualité  plus 
I ou  moins  stimulante  du  sang,  qui,  à égale  quantité,  doit  aug- 
menter ou  diminuer  la  force  de  V organe.  {om>.  cit.  ; pag  69-70.) 

Fidèle  à la  doctrine  de  Corvisart,  nous  avions,  dans  nos 
premiers  travaux,  attaché  une  importance  un  peu  exagérée 
I à l’influence  des  obstacles  à la  circulation  aortique  ou  pul- 
monaire sur  le  développement  de  l’hypertrophie  du  cœur 
en  général  et  de  celle  de  ses  ventricules  en  particulier  (i). 
La  collection  de  nouveaux  faits,  observés  et  analysés  avec 
une  grande  attention , le  rapprochement  de  ces  faits  de  ceux 
relatifs  à l’hypertrophie  des  organes  autres  que  le  cœur, 
nous  ont  fourni  quelques  nouvelles  lumières  sur  les  con- 
ditions qui  président  au  développement  de  l’hypertrophie 
du  cœur.  ‘ 

Nous  avons  vu  que  Corvisart,  Dupuytren,  Marandel, 
M.  Cruveilhier,  etc. , rattachaient  au  genre  irritation  l’acte 
morbide  sous  l’influence  duquel  s’opère  l’hypertrophie  en 
général  et  celle  du  cœur  en  particulier.  Pour  distinguer 
ce  mode  d’irritation  de  tous  les  autres  , nous  lui  conserve- 
rons le  nom  à' irritation  nutritive,  qui  lui  a été  assigné  par 
Dupuytren  (2).  Tous  les  auteurs  étant  d’accord  sur  ce 


(1)  Les  obstacles  dont  il  s’agit  sont  une  cause  directe  et  prochaine  de  dilata- 
tion du  cœur;  aussi , lorsqu'ils  sont  très  puissans,  donnent-ils  à l'hypertrophie 
qui  peut  coïncider  avec  eux,  la  forme  anévrismale  ou  excentrique. 

_ (2)  Nous  répétons  à ceux  qu’offusque  le  mol  irritation,  depuis  qu'il  est  devenu 
pour  ainsi  dire  le  symbole  d’une  grande  révolution  médicale,  que,  pour  nous, 
l’expression  ù’irritation  nutritive  est  exactement  synonyme  d’augmentation  de 
nutrition. 


'456  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

point,  il  ne  reste  plus  qu’à  déterminer  les  causes  directes 
ou  indirectes  de  l’irritation  nutritive  du  cœur.  * 

Les  causes  directes,  comme  l’avait  très  bien  remarqué 
Corvisart,  sont  principalemeijt  les  exercices  f'atigans  , les 
professions  qui  exigent  de  grands  efforts , les  affections 
morales  qui  excitent  de  vives  palpitations,  un  régime  sti- 
mulant, etc.  Sous  ce  point  de  vue,  il  en  est  du  cœur  comme 
de  tous  les  autres  organes  en  général  , qui  tous  s’hypertro- 
phient  sous  l’influence  d’un  exercice  trop  actif  auquel  ils 
sont  habituellement  soumis  (i). 


(i)  Dans  le  mémoire  que  j’ai  publié  en  1824  sur  l'hypertrophie  du  cœur,  j'ai 
admis  pour  celle  du  ventricule  droit  une  cause  particulière  , qu’il  n’est  peut-être 
pas  inutile  de  rappeler  ici.  Cette  cause  consisterait  dans  le  passage  d’une  cer- 
taine quantité  de  sang  artériel  dans  les  cavités  droites  du  cœur,  par  suite  d’une 
perforation  congénitale  ouaccidentePede  la  cloison  inter-auriculaire  ou  inter-ven- 
triculaire. J’avoue  que  cette  cause  à’ irrilaüon  ou  d’excitation  est  un  peu  hypo- 
thétique. Il  est  néanmoins  des  considérations  assez  puissantes  qui  militent  en  fa- 
veur de  notre  opinion.  En  effet,  chez  les  sujets  des  observations  yü',  77', 
79*,  qui  tous  étaient  affectés  d’une  hypertrophie  du  ventricule  droit , il  existait 
une  communication  entre  les  cavités  droites  et  les  cavités  gauches  du  cœur,  et 
partant  la  possibilité  du  passage  d une  certaine  quantité  du  sang  de  ces  dernières 
dans  les  premières.  D’un  autre  côté,  ne  sait-on  pas  aujourd’hui  que  dans  le.  cas  de 
passage  du  sang  d’une  artère  dans  une  veine,  comme  il  arrive  chez  les  sujets  atteints 
de  ce  qu’on  appelle  en  chirurgie  un  anévrisme  variqueux,  la  veine  s’épaissit,  s' hy- 
pertrophie, s'artérialise,  pour  ainsi  dire?  i\'esl-ce  pas  jusqu’à  un  certain  point  un 
phénomène  du  môme  genre  qui  s’opère  lorsque  le  ventricule  ueûieax.s’hypertrophie 
dans  le  cas  indiqué  plus  haut?  11  s'artérialise , si  l’on  ose  ainsi  parler,  comme  la 
veine  qui  communique  avec  une  artère.  Et  je  me  sers  d’autant  plus  volontiers  de 
cette  comparaison,  que  pour  expliquer  l’hypertrophie  du  ventricule  pulmonaire 
ou  veineux,  quelques  auteurs,  et  Corvisart  entre  autres,  avaient  cru  devoir 
imaginer  line  prédisposition  organique  native,  une  transposition  des  yenlr'icaïes. 
Dans  l’observation  79*,  Morgagni , à qui  elle  appartient,  dit  expressément: 
Ventrieulus  sinister  formà  erat  quâ  solet  dexter,  et  dexter  vicissim  quâ  sinUter  ; 
et  quanquarri  hoe  latior,  parietibus  tamen  crassioribus.  Ce  passage  Je  Morgagni 
justiûe  en  quelque  sorte  doublement  notre  comparaison. 

Quoi  qu’il  en  soit , en  admettant  que  la  cause  dont  nous  venons  de  nous  occu- 
per exerce  réellement  quelque  influence  sur  le  développement  de  certaines  hy- 
pertrophies du  ventricule  droit,  il  importe  de  renfermer  (îelte  influence  dans  de 
justes  limites,  et  de  ne  pas  négliger  les  autres  causes  qui  pourraient  agir  de  con- 
cert avec  elle  dans  les  cas  où  son  intervention  peut  être  légitimement  ad- 
mise. 


histoire  générale  de  DinTERTROrniE.  4^7 

Mais  ce  n’est  pas  toujours  d’une  manière  aussi  directe 
que  s’hyperiropliient  les  divers  organes  en  général,  et  le 
cœur  en  particulier  ; et  c’est  ici  que  nous  avons  à présenter 
aux  lecteurs  quelques  aperçus  nouveaux  sur  lesquels  nous 
a appelons  loule*leur  alieniion. 

Touslesbonsobservaieurs savent  aujourd’hui  combien  il 
test  fréquent  de  rencontrer  un  épaississement  hypertro- 
j phique  dans  une  foule  d’organes  qui  ont  été  le  siégé  d’une 
^ longue  congestion  inflammatoire,  soit  que  cette  congestion 
I ait  été  chronique  déprimé  abord,  soitqu’après  avoir  af- 
fecté le  mode  aigu,  elle  ait  fini  par  revêtir  le  mode  chro- 
I nique.  Et  ce  qu’il  y a de  bien  remarquable,  c’est  que,  dans 
les  cas  dont  il  s’agit,  l’iiypertrophie  pure  occupe  les  tissus 
’ voisins  de  celui  où  régnait  l'inflammation  plutôt  que  ce 
«dernier  lui-même  (celui-ci  s’épaissit  bien,  il  est  vrai  , 

1 mais  il  est  rare/ qu'il  n’éprouve  pas,  en  même  temps  qu’il 
! s’épaissit,  une  altération  de  texture,  un  ramollissement  ou 
une  induration,  par  exemple).  C’est  ainsi  que  le  tissu  cellii- 
llaire,  que  les  ganglions  lymphatiques,  etc.,  s’hypertro- 
phient  à la  suite  d’ulcérations  chroniques  de  la  peau  et  de 
• certaines  membranes  muqueuses;  c’est  ainsi  que  les  tissus 
fibreux  des  articulations,  que  les  extrémités  articulaires 
des  os  elles-mêmes  s’hypertrophient  à la  suite  d’une  in- 
flammation chronique  des  synoviales  articulaires;  et  pour 
passer  à des  faits  qui  se  rallient  plus  prochainement  encore 
à l’hypertrophie  du  tissu  musculaire  du  cœur,  c’est  ainsi 
que  la  couche  musculaire  de  l’estomac,  de  l’intestin  et 
de  la  vessie  s’hypertrophie  assez  fréquemment  à la  suite 
desphlegmasies  dites  chroniques  delà  membrane  interne  de 
ces  viscères  creux. 

Il  suffisait  de  généraliser  ces  faits,  dont  personne  ne  con- 
testera la  rigoureuse  exactitude,  pour  établir  à priori  que 
l’hypertrophie  du  tissu  musculaire  du  cœur  doit  se  rencon- 
trer fréquemment  à la  suite  des  inflammations  prolongées  ou 
chroniques  des  membranes  externe  et  surtout  interne  de  cet 


458  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

organe.  Toutefois,  ce  n’est  point  ainsique  j’ai  procédé  pour 
mon  compte,  et  ce  n’est  réellement  qu’à  posteriori,  par  voie 
d observation  directe  et  non  par  yo\Qd' induction  et  de généra-\ 
lisation,  que  je  suis  parvenu  à établir  que  l’hypertro-’ 
pliiedu  tissu  musculaire  du  cœur  est  souvetit  consécutive  à 
la  péricardite  et  surtout  à l’endocardite  chronicpies.  Après 
avoir  constaté  que,  sur  les  33  cas  bien  décrits  d’endocardite 
et  de  péricardite  chroniques  rapportés  dans  les  deux  pre- 
miers chapitres  de  cet  ouvrage  , il  n’en  était  aucun  où 
l’hypertrophie  du  tissu  musculaire  du  cœur  manquât,  c’eût 
été  réellement  nier  l’évidence  que  de  ne  pas  reconnaître 
quelque,  rapport  entre  cette  dernière  maladie  et  les  deux 
premières  (i).  C’est  alors  seulement  que , rappelant  dans 
mon  esprit  les  faits  d’hypertrophie  des  organes  autres 
que  le  cœur,  et  considérant  les  connexions  qui  existaient 
entre  elle  et  les  phlegmasies  dites  chroniques  de  ces  orga- 
nes, je  fus  frappé  de  la  similitude  qui,  sous  le  rapport 
que  nous  étudions,  se  trouvait  entre  l’hypertrophie  du 
cœur  et  celle  de  tous  les  autres  organes  en  général. 

Ainsi  donc,  le  mode  de  développement  del’hypertrophie 
musculaire  du  cœur,  tel  que  nous  venons  de  le  signaler,  n’est 
point  un  phénomène  isolé,  mais  bien  la  confirmation  nou- 
velle d’une  que  des  faits  déjà  connus  avaient  démon trée(2). 


(1)  A ces  33  cas  d'hypertrophie  du  cœur,  il  faut  ajouter  les  21  que  contient  le 
présent  chapitre,  et  qui,  pour  la  plupart,  conlirment  le  rapport  ci-dessus 
énoncé. 

(2)  Si  c’en  était  ici  le  lieu , et  si  l’espace  nous  le  permettait,  nous  montrerions 
de  nouveaux  points  de  contact  entre  l’hypertrophie  du  cœur  et  celle  d’autres 
orqanes  creux.  Nous  verrions  que , pour  les  autres  organes  comme  pour  le 
cœur,  l’hypertrophie  coïncide  souvent  avec  un  rétrécissement  de  leurs  orifices 
( c’est  ce  qui  arrive  particulièrement  dans  beaucoup  de  cas  d’hypertrophie  des 
fibres  charnues  de  l’estomac  et  de  la  vessie);  que  cette  hypertrophie  des  or- 
ganes autres  que  lecœur  est  souvent  accompagnée  de  la  dilatation,  et  quelquefois 
du  rétrécissement  de  leur  cavité;  qu’elle  est  générale  ou  partielle,  et  que,  par 
exemple,  il  y a une  grande  analogie  enire  l’hypertrophie  des  colonnes  charnues 
delà  vessie  (vessies  à colonnes)  et  l’hypertrophié  des  colonnes  musculaires  des 
cavités  du  cœur,  etc. 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  L’nYrERïROPIIIE.  4^9 

Cela  éiant  posé,  nous  pouvons  placer  maintenant  parmi 
les  causes  indirectes  de  l’hypertrophie  du  tissu  musculaire 
I du  cœur,  toutes  celles  qui  peuvent  donner  lieu  à une  péri- 
cardite ou  à une  endocardite  , avec  cette  condition  formelle 
toutefois,  savoir , que  ces  dernières  maladies  ne  sont,  en 
(^général,  suivies  de  la  première  qu’autant  qu’elles  se  pro- 
I longent  et  qu’elles  affectent,  comme  on  dit,  le  mode  ou  la 
forme  chronique. 

Il  nous  semble  qu’on  pourrait  donner  le  nom  à’/iypertro” 
phie  consècatwe  à celle-qui  se  développe  dans  les  cas  dont 
il  vient  d’étre  actuellement  question  , et  le  nom  àdhypertro- 
phie primitive  à celle  qui  s’opère  sous  l’influence  des  causes 
. directes  que  nous  avons  indiquées  plus  haut. 

D’après  ce  qui  précède,  on  présume  facilement  quelle 
(doit  être  la  marche  de  l’hypertrophie  du  tissu  musculaire 
( du  cœur.  Règle  générale  : d’après  les  faits  nombreux  con- 
i ténus  dans  cet  ouvrage  et  dans  les  autres  monographies  sur 
lies  maladies  du  cœur,  l’hypertrophie  du  tissu  musculaire 
t de  cet  organe  ne  s’opère  que  d’une  manière  lente  et  graduée. 

’ De  tous  les  cas  particuliers  que  nous  avons  rapportés,  deux 
; seulement  semblent  faire  exception  à cette  règle  (observ. 
ii5®et  ii|7®).  Chezles  sujets  de  ces  deux  observations,  l’un 
i âgé  de  4q  ans  , l’autre  de  22  ans  , une  hypertrophie  con- 
: sidérale  du  cœur  paraît  s’être  développée  dans  l’espace  de 
trois  semaines  à un  mois.  Ces  exemples  d’hypertrophie 
aiguë  du  cœur  ont  besoin  d’être  confirmés.  Nous  n’avons  pas 
la  certitude,  malgré  l’assertion  du  premier  des  malades,* 
dont  nous  avons  recueilli  nous-même  l’observation,  que 
sa  maladie  ne  datât,  en  effet,  que  de  trois  semaines.  Quant 
au  second  sujet,  que  nous  ri’avons  point  observé  , et  qui 
n’était  âge  que  de  22  ans  , nous  ferons  remarquer  que  la 
maladie  du  cœur  à laquelle  il  succomba  coïncidait  avec  un 
rhumatisme  articulaire  aigu  (cet  ouvrage  fourmille  réelle- 
ment d’exemples  de  cette  coïncidence).  Or,  il  serait  rigou- 
reusement possible  qu’on  eut  pris  pour  une  hypertrophie 


46o  MALADIES  DU  COEUR  EN  PAETICULIER. 

proprement  dite  du  cœur  une  sorte  de  tuméfaction  ou  de 
turgescence  inflammatoire  de  cet  organe.  Ce  sera  bien  là  , 
SI  Ton  veut,  une  hypertrophie  du  cœur  ; mais  en  appliquant 
ce  mot  à l’état  dont  il  s’agit,  il  est  clair  qu’on  le  détourne 
un  peu  de  la  signification  qu’on  lui  avait  jusqu’ici  reconnue. 


ARTICLE  QUATRIÈME. 

TaAITBUERT  DE  l’hYPEETBOPHIE  DO  COEUE. 

Considérée  en  elle-même  et  indépendamment  des  autres 
maladies  du  cœur  avec  lesquelles  elle  peut  être  combinée, 
l’hypertrophie  du  tissu  musculaire  de  cet  organe  doit  être 
combattue  par  l’usage  bien  entendu  des  émissions  sanguines 
et  des  sédatifs,  secondés  par  le  repos  et  par  un  régime  ali- 
mentaire d’autant  plus  sévère  que  la  maladie  est  plus 
avancée. 

La  fameuse  méthode  de  Valsalva  et  d’Albertini  ne  trouve 
sa  rigoureuse  et  stricte  application  que  dans  les  cas  où 
l’hypertrophie  est  réellement  énorme.  Et  même  dans  ces 
cas  extrêmes,  on  trouvera  peu  de  malades  doués  d’une  assez 
grande  patience  et  d’une  résignation  assez  stoïque,  pour  se 
soumettre  sans  réserve  à une  pareille  méthode. 

Dans  une  maladie  qui  ne  peut  céder  que  lentepient  et 
graduellement  aux  moyens  qui  lui  sont  opposés,  il  est  bien 
difficile  de  formuler  exactement  le  nombre  des  émissions 
sanguines  que  l’on  devra  pratiquer,  en  se  conformant  pour 
la  quantité  de  sang  à retirer  chaque  fois  , aux  circonstances 
d’âge,  de  force,  de  tempérament,  etc.  Chez  un  adulte,  de 
force  moyenne,  affecté  d’une  hypertrophie  du  cœur  d’éten- 
due également  moyenne , 3 à 4 saignées  du  bras,  de  3 à 4 
palettes,  pourront  être  pratiquées  dans  le  cours  du  traite- 
ment, et  l’on  y joindra  I ou  2 applications  de  ventouses 
scarifiées  sur  la  région  précordiale,  à la  dose  de  2 à 3 palet- 
tes chacune.  Le  mode  d’action  des  émissions  sanguines , 


HISTOIRE  générale  DE  l’hYPERTROPHIE.  4^1 
dans  la  maladie  qui  nous  occupe,  est  si  simple,  que  nous 
pouvons  nous  dispenser  de  l’expliquer. 

De  tous  les  sédatifs  auxquels  on  puisse  recourir,  le  plus 
efficace,  le  plus  direct , c’est  incontestablement  la  digitale: 
ce  médicament,  comme  je  l’ai  déjà  dit,  est  le  véritable 
opium  du  cœur.  Je  n’insisterai  point  ici  sur  ses  différons 
modes  d’application;  je  dirai  seulement  que  je  l’ai  employé 
avec  beaucoup  d’avantage  par  la  méthode  endermique.  Je 
fais  ordinairement  appliquer  un  vésicatoire  sur  la  région 
précordiale,  et  chaque  jour  on  recouvre  sa  surface  de 
poudre  de  digitale,  à la  dose  graduée  de  6 à i5  grains.  On 
diminue  ainsi,  comme  par  enchantement,  le  nombre  et  la 
force  des  battemens  du  cœur , et  ce  ralentissement  des  batte- 
mens  du  cœur  constitue  pour  cet  organe  un  véritable 
repos,  une  sorte  de  diète,  dont  on  comprend  facilement 
tous  les  avantages.  Car,  s’il  est  vrai  qu’un  exercice  im- 
modéré du  cœur  soit  une  des  causes  les  plus  prochaines  de 
son  hypertrophie,  un  des  corollaires  de  cette  proposition, 
c’est  que  la  diminution  d’action  de  cet  organe  constitue  une 
condition  éminemment  favorable  à Xdirésolutionde,  la  maladie 
que  nous  venons  de  nommer.  Par  les  émissions  sanguines, 
on  enlève  au  cœur  une  portion  de  son  stimulus  naturel  et 
de  V aliment  indispensable  à sa  nutrition  ; par  la  digitale  on 
engourdit,  on  assoupit  en  quelque  sorte  le  principe  dyna- 
mique ou  nerveux  de  l’action  du  même  organe  (i). 


(i)  Je  me  suis  assuré  un  si  grand  nombre  de  fois  de  l’action  sédative  de  la  di- 
gitale, que  j’ai  peine  à comprendre  comment  un  observateur  tel  que  M.  Laënnec 
a pu  lu  mettre  sérieusement  en  doute.  « J’avoue,  dit-il,  qùe  l’action  de  la  digitale 

• ai!  u’a  jimàis  parc  bikn  évidente  , et  surtout  constante  , même  lorsque  la  dose 

• était  au  point  de  produire  des  vomissemens  et  des  vertiges.  J’ai  remarqué  seule- 

• menl,  avec  plusieurs  praticiens  qui  se  sont  occupés  des  propriétés  de  la  digitale, 

• que,  dans  les  premiers  jours  de  son  administration,  elle  accélère  souvent  les 

• battemens  du  cœur,  et  que  par  la  suite  elle  semble  quelquefois  les  ralentir.  » 
(Ouv.  cit. , t.  Il , p.  j35.  ) 

En  vérité , je  ne  sais  de  quelle  digitale  M.  Laënnec  a pu  se  servir  pour  obser- 


462  MALADIES  DU  COEUH  EN  PAETICULIEP.. 

Le  repos  de  l’esprit  et  du  corps,  un  régime  doux  et  ténu, 
quelques  tisanes  rafraîcliissantes , calmantes,  telles  que 
la  solution  de  sirop  d’orgeat,  l’inlnsion  de  fleurs  de  lil'eul  i 
et  de  feuilles  d’oranger,  pont  autant  de  moyens  qu’il  ne  ' 
faut  pas  négliger,  et  sans  le  concours  desquels  (je  parle  sur- 
tout du  repos  et  du  régime  alimentaire),  on  n’obtiendrait  ! 
pas  des  émissions  sanguines  et  des  sédatifs  tout  le  succès  t 
qn’on  a droit  d’en  attendre. 

On  a vanté  dans  ces  derniers  temps  l’administration  de  t>: 
l’iode  dans  les  cas  d’hypertrophie  du  cœur.  Je  n’ai  employé 
que  chez  un  ou  deux  malades,  et  sans  résultat-avantageux,  p 
cet  anti-hypertrophique,  si  puissant  contre  une  foule  fe 
d’hypertrophies  extérieures,  où  son  emploi  est  bien  plus  ||l 
facile.  t 

On  constate  la  diminution  de  l’hypertrophie  du  cœur 
parles  méthodes  d’exploration  que  nous  avons  fait  con- 
naître, en  traitant  des  signes  de  cette  maladie,  et  spéciale- 
ment par  la  percussion  , l’inspection  et  le  toucher.  ^ 

Les  cas  dans  lesquels  nous  avons  obtenu  une  notable 
diminution  , sinon  une  complète  disparition  de  l’hypertro- 


Ter  les  effets  ci-dessus  indiqués.  Ce  que  l’expérience  la  plus  exacte  me  permet 
d’afûnner,  de  la  manière  la  plus  positive,  c!est  que  la  bonne  digitale,  dans  les 
premiers  Jours  de  son  adminislration , n accélère  pas  souvent  les  batlemcns  du 
coeur  ^ et  que  non  seulement  elle  skusLk  quelquefois  les  raléntrr,  mais  qu’<  lie  les 
ralentit  bien  réellement,  et,  chez  plusieurs  individus,  dans  l’espace  de  a4  à i|S 
heures  seulement.  Nous  avons  fai*  descendre  ces  hattemens  de  loo  et  plus  par 
minute  à 4S,  44»  56  et  même  28. 

Il  est  bon  de  prévenir  les  praticiens  que  l’usage  prolongé  de  la  digitale,  à une 
dose  un  peu  forte,  donne  quelquefois  lieu  à un  délire  et  à des  hallucinations  qui  \ 

peuvent  persister  pendant  plusieursjours.il  importe  de  suspendre  l’administra-  I 

lion  de  la  digitale , jusqu’à  ce  que  l’accident  que  nous  signalons  ait  disparu.  Tout  i 

réceminent  encore  (avril  i855)  , nous  avons  observé  , pour  la  troisième  fois,  le  ' 

délire  produit  par  la  digitale , chez  un  jeune  homme,  couché  au  n®  2 de  la  salle  ’ 

Saint-Jean-de-Dieu,  où  il  fut  admis  pour  un  rhumatisme  articulaire  aigu  , com-  * 

pliqué  de  péricardite.  Au  bout  de  trois  ou  quatre  jours  de  suspension  de  la  digi- 
fale  , les  hallucinations  et  le  trouble  des  idées  ont  disparu.  ( Le  malade  en  a con- 
servé le  aouvenir.  ) 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’atrOPHIE.  46^ 

phie  du  cœur,  sont  assez  nombreux.  M.  Laenneo  possédait 
une  douzaine  d’exemples  de  guérisons  d’ hypertrophie  simple 
ou  aoec  dilatation  du  coeur , qui  ne  s'étaient  point  démenties 
depuis  plusieurs  années.  Un  seul  de  ces  exemples  est  rap- 
porté par  M.Laennec,  et  il  est  d’autant  plus  intéressant 
que  le  sujet  ayant  succombé  à une  autre  maladie,  deux 
ans  après  la  guérison,  M:Laennec  constata  par. l’ouverture 
du  corps  que  le  cœur  , loin  d’être  encore  hypertrophié, 
était  dans  un  état  d’évidente  atrophie  (i). 


CHAPITRE  II. 

i 

HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’atROPHIE  , Oü  DE  LA  DIMINUTION: 
DE  NUTRITION  DU  CCEUR  (2). 


ARTICLE  PREMIER. 


CARACTÈBES  anatomiques  de  l'atBOFHIE  DD  COEUR. 


Nous  avons  exposé  dans  nos  prolégomènes  les  clifFérences 
qui  existent  entre  le  poids  et  le  volume  d’un  cœur  atrophié 


(1)  Voici  la  description  de  M.  Laënnec  : Le  cœur  n’était  pas  plus  gros  que  ce~ 
lui  d‘un  enfant  de  12  atis , bien  constitué,  quoique  la  malade,  âgée  dé  SS  ans  , 
fût  d'une  haute  stature  (environ  5 pieds  3 pouc.).  Son  aspect  extérieur  rappelait 
toul-à-fiit  celui  d'une  pomme  ridée. 

En  l^ant  ce  fait  dans  V /iuscultation  médiate,  comme  aussi'  en  parcourant  plu- 
sieurs autres  passages  de  c6  livre,  on  verra  que  M.  Laënnec  confondait  les  signes 
de  l'hypertrophie  avec  ceux  qui  sont  propres  aux  obstacles  mécaniques  à là  cir- 
culation. 

(ï)  3 'espérais  pouvoir  faire  précéder  l’histoire  générale  de  l’atrophie  du  coeur 
d’une  dizaine  d’observations  particulières  sur  cette  maladie;  mais,  pressé  par 
l’espace,  je  me  contenterai  d’en  rapporter  une  seule  dans  cette  note.  Cétte  obser- 
vation, jointe  à celles  que  nous  avons  résumées  dans  nos  prolégomènes',  prouve- 


464  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

et  le  poids  et  le  volume  d’un  cœur  à l’état  normal.  Rappelons 
ici  les  principaux  résultats  du  résumé  des  sept  cas  d’atrophie 
du  cœur  décrits  à cette  occasion. 


ront  què  l’alrophie  ou  non  congénitale  du  cœur  ne  pourrait  point 

être  révoquée  en  doute,  comme  le  dit  M.  Cbomel  ( t.  VllI  du  D/c(ionnacr«  de 
médecineen  a5  volumes.  pageôiG). 

OBSERVATION  I35c. 

Femme  de  6i  ans. — Ballemens  du  cœur  profonds,  petits,  peu  étendus; 
bruits  du  cœur  très  faibles;  pouls  petit,  mince.  — Anciennes  alftrlions  du  cœur 
et  du  bas-ventre.  — Mort  rapide,  suite  d’une  périlonile  sur-aiguë  — Atrophie 
générale  du  cœur,  dont  le  volume  égale  à peine'celui  d’un  sujet  de  t a ans  (amin- 
cissement des  parois,  et  diminution  des  cavités).  — Traces  d’une  ancienne  péri- 
cardite, et  d’une  ancienne  péritonite.  — Epanchement  purulent  dans  le 'pé- 
ritoine. 

I 

Une  marchande  des  quatre  saisons  , âgée  de  6i  ans,  d’une  force  et  d’une  sta- 
ture moyennes,  fut  transférée  des  salles  de  M.  Fouquier  dans  celles  dont  je  suis 
chargé,  le  a3  novembre  iSôa. 

11  v ava#trois  mois  que  cette  femme  était  entrée  à l'hôpital,  pour  une  affec- 
tion caractérisée  principalement  par  de  la  dyspnée  et  une  inültration  des  mem- 
bres inférieurs.  Elle  avait  éprouvé,  à une  époque  fort  éloignée  de  celle  de  son 
entrée,  à la  suite  découches,  des  symptômes  de  péritonite.  Plusieurs  fois  aussi 
elle  avait  offert  des  symptômes  d’affection  jiectorale. 

Au  moment  oü  elle  fut  placée  dans  notre  service,  eile  ne  se  plaignait  que  d'être 
enrhumée.  Il  existait  du  râle  muqueux  dans  les  deux  côtés  de  la  poitrine  , sur- 
tout en  arrière;  crachats  muqueux  , toux  quinteuse. 

Comme  la  malade  avait  été  infiltrée  , et  qu’elle  éprouvait  de  l’étouffement 
après  avoir  monté  un  escalier,  on  explora  le  cœur,  et  voici  quels  furent  les  résul- 
tats de  cette  exj.loration  : 

Les  battemensdu  cœur  étaient  si  profonds,  si  petits,  si  peu  étendus,  que  1a 
main,  appliquée  sur  la  région  précordiale,  les  sentait  à peine;  ils  étaient  accom- 
pagnés d’un  byuit  sourd , si  faible  , qu'on  l'entendait  difficilement  dans  les  inter- 
valles des  mouvemens  respiratoires,  et  nullement  pendant  ces  mouveme^,  qui 
étaient  accompagnés  d’un  souflle  assez  bruyant.  11  n’existait  point  de  bruit  de 
soufflet  dans  la  région  précordiule. 

Le  pouls  était  faible,  mince,  régulier- 

La  mal.ide  se  proposait  de  quitter  prochainement  l’hôpital , lorsque , le  a8  no- 
vembre, elle  fut  prise  tout-a-coup  d’une  vive  douleur  dans  le  côté  droit  de  la  poi- 
trine, avec  dyspnée,  très  prononcée,  et  légère  réaction  fébrile.  Cependant  il  n'y 
avait  point  de  son  mat , et  la  respiration  s’entendait  assez  bien  dans  le  côté  dou- 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  l’ ATROPHIE.  4^5 

1°  Poids  du  cœur.  Dans  les  sept  cas  indiqués,  le  minimum 
de  ce  poids  était  de  i35  grammes  (4  onces  i à 2 gros) , le  maxi- 
mum, de  200  grammes,  et  la  moyenne,  de  175  grammes. 

2°  Volume  et  dimensions.  La  moyenne  de  la  circonférence 


loureux.  ( Aaignée  da  deux  palettes,  douze  sangsues  sur  le  côté,  boiss.  pect,, 
looch , diète.) 

29,  La  douleur  était  un  peu  calmée,  mais  non  entièrement  éteinte.  ( niîica- 
ioire  sur  le  côté,  ) 

Le  soir,  une  douleur  des  plus  aiguës  se  fait  semirdans  le  côté  droit  de  l'abdo- 
men , vers  les  dernières  circonvolutions  de  l’intestin  grêle;  une  extrême  prostra- 
tion se  déclare;  le  pouls  est  à peine  sensible,  et  les  extrémités  se  refroidissent; 
les  jambes  soni  le  siège,  sinon  de  véritables  crampes,  du  moins  de  tiraillemens  qui 
s’en  rapprochent.  ( Sinapismes.) 

2o.  Persistance  des  accidens.  Comme  il  était  alors  question  d’une  légère  ré- 
crudescence  du  choléra , il  paraissait  naturel  de  se  demander  si  nous  n’avions 
point  affaire  à quelque  cas  de  ce  genre,  La  malade  fut  examinée'avec  une  grande 
attention. 

Il  n'y  avait  point  eu  de  vomissemens  ni  de  selles  cholériques;  les  traits  étaient 
grippé»,  les  extrémités  notablement  refroidies,  le  pouls  filiforme  et  difficile  à 
sentir  par  intervalles;  la  douleur  du  flanc  droit  était  si  vive,  que  la  pression  sur 
celte  région , quelque  légère  quelle  fût , devenait  bientôt  insupportable. 

Je  jugeai  que  les  phénomènes  observés  chez  celte  malade  étaient  l’effet  d’une 
péritonite  sur-aiguë  , occupant  surtout  la  région  droite  de  la  partie  inférieure  de 
l'abdomen. 

La  malade  étant  âgée,  et  depuis  long-temps  atteinte  d’une  affection  chronique, 
le  pronostic  le  plus  grave  fut  porté. 

Dix  sangsues  sur  l’endroit  douloureux  n’amenèrent  qu'un  faible  soulagement, 
et  le  lendemain,  1"  décembre,  à dix  heures  du  soir,  la  malade  expira  dans  un  état 
de  douleur  et  d’anxiété  extrêmes,  après  avoir  fait  des  efforts  de  suicide. 

Autopsie  cadavérique,  36  heures  après  la  mort. 

1“  Org.  digest.  et  annex.  — Les  anses  intestinales  contenues  dans  le  flanc 
droit  et  la  portion  voisine  de  l’excavation  pelvienne,  sont  d’un  rouge  foncé,  injec- 
tées, et  le  péritoine  qui  les  recouvre  parsemé  de  très  minces  filamens,  qui  sont 
des  pseudo-membranes  naissantes;  quelques  onces  d’un  épanchement  sanguino- 
lent se  rencontrent  dans  les  environs  des  anses  intestinales  enflammées.  Le  péri- 
toine se  déchire  avec  une  extrême  facilité,  et , au-dessous  des  lambeaux  qu’on  en- 
lève, on  voit  une  belle  injection,  d’un  rouge  artériel.  Dans  le  côté  gauche  de  l’ab- 
domen , les  anses  du  gros  intestin  sont  adhérentes  entre  elles , ainsi  qu’avec  l’é- 
piploon, au  moyen  d’un  tissu  cellulaire  filamenteux , très  dense  ( traces  évidentes 
de  l’ancienne  péritonite).  L’épiploon  est  en  même  temps  replié  sur  lui-même,  et 
comme  ratatiné. — La  rate  est  petite,  atrophiée,  inégale,  rugueuse  à sa  surface,  ce 

2.  3o 


466  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

du  coèur^  mesurée  dans  quatre  cas,  était  de  6 pouces  9 li- 
gnes 1/2. 

La  moyenne  du  diamètre  longitudinal,  mesuré  dans  six 
cas,  était  de  2 pouces  2 lignes;  célle  du  diamètre  transversal, 


qui  dépend  de  Id  préseticfe  de  plaques  cartilagineuses  ou  calcaires  qui  incrustent 
son  enveloppe  séro-fibreuse. — Membrane  muqueuse  de  l’estomac  sans  injection, 
plutôt  un  peu  pâle,  amincie  dans  le  grand  cul-de-sab,  Où  elle  est  même  détruite 
complètement  par  plaques  de  quelques  lignes  d’étendue.  Rougeur  de  certaines 
portions  de  la  membrane  muqueuse  de  l’intestin  grêle  ( dans  le  commencement 
et  vers  la  fin).  Membrane  muqueuse  du  gros  intestin,  décolorée,  anémique,  of-  K 
frant  dé  ndtnbreuses  plaques  enfoncées  j d’une  teinte  ardoisée , qui  ne  sont  autre  k 
chose,  les  Unes  que  des  ulcérations  cicatrisées  , les  autres,  moins  nombreuses,  que  M 
des  ulcères  non  encore  cicatrisés.  Développement  de  quelques  follicules.  Les  ma-  'it 
itères  contenues  dans  l’estomac  et  les  Infesltns  n’ont  aucun  caractère  cholérique,  üi 
— Uni  demi-verre  environ  d’urine  trouble  dans  la  vessie. 

a®  Org.  respirât,  et  circulai.  — Les  deux  poumons  sont  perméables , crépi-  in 
tans , riches  en  matière  noire  ; le  droit  adhère  de  toutes  parts  à la  plèvre  pariétale  i!i 
par  Un  tissu  cellulaire  bien  organisé  et  très  ancien.  On  ne  trouve  de  tubercules 
dans  aiicun  point  de  ces  organes.  La  membrane  muqueuse  bronchique  est  rouge  , î 
violette  , injectée , épaissie  , recouverte  d’abondantes  mucosités , qui , en  appro-  i; 
chant  des  dernières  ramifications  bronchiques , se  transforme  en  une  matière  il 
tout-à-fdit  puriforme.  Le  tissu  pulmonaire  est,  en  certains  points,  le  siège  d’une  ic 
infiltration  œdémateuse.  Les  divisions  des  bronches  sont  manifestement  très  dila- 
tées,  surtout  à droite. 

Le  cœur  est  d un  grand  tiers  moins  volumineux  que  dans  l’état  normal  (sa  gros- 
.seur  est  à peu  près  celle  du  cœur  d'un  individu  de  lo  a 12  ans).  Il  est  ridé,  ,1 
comme  flétri  à l’extérieur,  o'u  l’on  trouve  {sur  les  cavités  droites  seulement)  des  .1 
plaques  blanches,  laiteuses,  traces  d’une  ancienne  péricardite.  Le  ventricule  gau-  m 
c lie  contiendrait  à peine  un  œuf  de  pigeon.  L’épaisseur  de  ses  parois  est  d'environ  i( 
trois  lignes.  Le  ventricule  droit , un  peu  moins  étroit,  a des  parois  dont  l’épais-  a 
seur  eit  d'une  ligne  et  demie  d peu  prés.  On  y trouve  quelques  caillots  de  sang,  i 
en  partie  décolorés,  ainsi  que  dans  l’oreillette  correspondante.  Les  orifices  sont  .1 
parfaitement  libres.  Quelques  minces  incrustations  à la  base  des  valvules  gau-  B 
ches.  La  membrane  interne  du  cœur  n'offre  aucune  rougeur.  Des  incrustations  o 
calcaires  ou  fibro-cartilagineuses  de  diverse  grandeur  se  rencontrent  çà  et  là  ! 
dans  l’aorte;  l’une  d’elles,  enfoncée  dans  le  tissu  artériel,  est  circonscrite  par 
une  ligne  sinueuse,  ressemblant  à une  cicatrice;  dans  l’aire  circonscrite  par  la 
ligne  indiquée  , la  membrane  interne  parait  manquer  complètement  On  trouve 
aussi  trois  ou  quatre  taches  rouges,  produites  par  du  sang  épanché  au-dessous  ■ 
de  la  membrane  interne.  Partout  ailleurs,  celte  membrane  est  d’un  blanc  jau-  . 
oâtre. 


histoire  générale  de  l’ATROPiliE.  467 

mesuré  dans  les  six  mêmes  cas  , de^a  pouces  7 lignes  a/3  ; 
celle  du  diamètre  antéro-postérieur,  mesuré  dans  deux  cas 
seulement,  de  i pouce  6 lignes  1/2. 

La  moyenne  de  l’épaisseur  des  parois  du  ventricule  gauche, 
mesurée  dans  six  cas , était  de  B lignes  i\G  ; celle  de  l’épais- 
seur des  parois  du  ventricule  droit,  mesurée  dans  cinq  cas, 
de  2 lignes  3[5. 

Si  l’on  compare  ces  dernières  dimensions  avec  celles  de  l’é- 
tat normal,  on  verra  qu’elles  les  égalent  ou  même  qu’elles  les 
surpassent  d’une  petite  quantité.  Il  paraît  bien  singulier, 
au  premier  abord  , que  les  parois  ventriculaires  d’uil  cœur 
atrophié  aient  plus  d’épaisseur,  dans  quelques  cas,  que 
celles  d’un  cœur  à l’état  normal.  Mais  toute  surprise  cesse  , 
lorsqu’on  fait  attention  que,  dans  la  grande  majorité  dès  cas 
où  le  cœur  s’atrophie,  les  parois  ventriculaires  reviennent 
en  quel(]ue  sorte  sur  elles-mêmes  , et  qu’elles  gagnent  ainsi 
en  épaisseur  ce  qu’elles  perdent  en  longueur  et  en  largeur, 
à peu  près  comme  il  arrive  pour  les  parois  de  l’estohlac  et 
de  la  vessie,  lorsque  ces  organes  sont  contractés. 

Au  reste  , il  est  des  cas  d’atrophie  du  cœur  où  les  parois 
ventriculaires  perdent  de  leur  épaisseur.  Par  exemple  j‘ 
dans  l’observation  placée  en  tête  de  ce  chapitre  (i35)  , èllé 
n’était  que  de  3 lignes  pour  le  ventricule  gauche,  de  i‘ 
ligne  ip  pour  le  ventricule  droit , et  cependant  la  cavité 
de  ces  deux  ventricules  avait  notablement  jierdu  dé  sa 
capacité  normale. 

Mesurée  chez  un  seul  sujet,  l’épaisseur  des  parois  des 
oreillettes  était  de  i ligne  pour  la  gauche  et  de  112  ligrie 
pour  la  droite. 

Notée  dans  quatre  des  sept  cas  dont  nous  rappelons  le 
réiumé,  la  capacité  des  ventricules  était  moindre  qu’à 
l’état  normal  : dans  un  cas,  la  cavité  du  ventricule  gauche 
pouvait  à peine  contenir  le  doigt. 

Dans  notre  observation  i34® , le  ventricule  gauche  aurait 

Z'o. 


468  MALADIES  DU  CtBiUR  EN  PARTICULIER, 

pu  contenir  à peine  un  œuf  de  pigeon  (le  ventricule 
droit  était  un  peu  moins  étroit). 

Mesurée  dans  deux  cas , la  circonférence  de  l’orifice  au- 
riculo-ventriculaire  gauche  avait  pour  étendue  moyenne 
3 pouces  4 lignes  (celle  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire 
droit  n’ayant  été  prise  que  dans  des  cas  de  lésion  de  cet 
orifice,  nous  ne  l’indiquerons  pas) ; celle  de  l’orifice  ven- 
iriculo-aortique,  2 pouces  4 lignes  i\2  ; celle  de  l’orifice 
ventriculo-pulmonaire,  2 pouces  4 lignes. 

L’épaisseur  des  valvules  ne  fut  notée  que  dans  un  seul  des 
sept  cas  indiqués.  Toutes  étaient  d’une  extrême  minceur,  à 
l’exception  delà  tricuspide, qui  était  anormalement 
boursouflée. 

Les  comparaisons  suivantes  compléteront  ce  que  nous 
avions  à dire  du  volume  du  cœur  à l’état  d’atrophie.  Dans 
notre  observation  i35%  le  volume  du  cœur  n’excédait  pas 
celui  d’un  enfant  de  12  ans  (le  sujet  de  cette  observation 
était  une  femme  de  61  ans)  ; il  en  était  de  même  chez  une 
femme  dont  l’observation  a été  recueillie  par  M.Laennec  et 
que  nous  avons  citée  à l’article  du  traitement  de  l’hyper- 
trophie du  cœur  (cette  femme  était  âgée  de  57  ans  et  d’une 
taille  de  5 pieds  3 pouces).  Chez  un  homme  d’environ  3o  ans 
et  fortement  constitué,  le  cœur  avait  un  volume  qui  ne  dé- 
passait pas  celui  du  cœur  d’un  enfant  très  jeune.  Dans  un 
cas  recueilli  par  Burns,  le  cœur  d’un  adulte  n’excédait  pas 
en  volume  celui  d’un  enfant  nouveau-né;  dans  un  autre  cas 
recueilli  par  le  même  observateur  , le  cœur  d’une  fille  de 
26  ans  était  aussi  petit  que  celui  d’un  enfant  de  6 ans. 

Lorsque  le  cœur  est  ainsi  émacié,  rapetissé,  il  paraît 
comme  ridé , flétri , et  c’est  avec  beaucoup  de  justesse  que 
M.  Laennec  l’a  comparé,  dans  un  cas  de  ce  genre,  à une 
pomme  ridée. 

En  somme,  il  résulte  de  nos  observations  que,  selon  ses 
différens  degrés,  l’atrophie  du  cœur  peut  faire  perdre  à 
cet  organe  le  quart , le  tiers  et  même  la  moitié  de  son  poids 


HISTOIRE  GÉNÉRAI, E DE  L’ATROriIIE.  /[Gq 

et  de  son  volume  normaux.  Mais  n’oublions  pas  de  faire  re- 
marquer que  le  poids  et  le  volume  du  cœur  ne  diminuent 
pas  toujours  de  concert  ou  dans  les  mêmes  proportions, 
ce  qui  dépend  surtout  de  ce  que  les  cavités  du  cœur  à l’état 
d’atrophie  , loin  de  perdre  toujours  de  leur  capacité  , en 
augmentent  quelquefois.  Sous  ce  point  de  vue  même, 
nous  croyons  devoir  établir  diverses  espèces  ou  formes 
d’atrophie  du  cœur. 

forme.  Les  parois  d’une  ou  de  plusieurs  des  cavités 
du  cœur  sont  amincies,  sans  changement  notable  de  leur 
capacité , de  telle  sorte  que  le  volume  du  cœur  est  peu  di- 
minué. On  pourrait  donner  le  nom  d’atrophie  simple  à cette 
première  forme. 

0.^  forme.  Les  parois  d’une  ou  de  plusieurs  des  cavités 
du  cœur  sont  amincies  en  même  temps  que  leur  capacité 
est  augmentée  (i).  Cette  forme  d’atrophie  correspond  à 
l’hypertrophie  excentrique  ou  anéorismale.  Dans  cette  forme, 
le  volume  du  cœur  peut  être  plus  considérable  qu’à  l’état 
normal. 

forme.  Les  parois  d’une  ou  de  plusieurs  des  cavités 
du  cœur  ont  une  épaisseur  égale  ou- même  supérieure  à celle 
qui  constitue  l’état  normal , mais  la  capacité  de  ces  cavités 
est  diminuée.  Cette  forme  d’atrophie  correspond  à l’hyper- 
trophie concentrique  ou  centripète.  Dans  cette  forme  d’atro- 
phie, qui  est  la  plus  commune  , tandis  que  c’est  la  forme 
inverse  d’hypertrophie  qu’on  rencontre  le  plus  fréquem- 
ment, les  parois  du  cœur  ne  conservent  ou  ne  dépassent 
la  mesure  de  leur  épaisseur  normale  qu’en  raison  de  leur 
retrait  sur  elles-mêmes.  Elles  perdent  en  longueur  et  en 


(i)  Il  est  bien  entendu  que,  pour  admettre  l'existence  d'une  atrophie  de  ce 
genre,  il  faut  que  l'amincissement  ne  soit  pas  le  simple  résultat  de  la  distension 
des  cavités  du  cœur.  Un  des  meilleurs  moyens  de  s’assurer  de  la  réalité  de  l’a- 
trophie , dans  le  cas  dont  il  s’agit,  c’est  de  peser  le  cœur.  Nous  reviendrons 
sur  l’amincissement  des  parois  du  cœur  en  traitant  de  sa  dilatation  ( anévrisme 
passif). 


i 


470  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

largeur  plus  quelles  ne  gagnent  en  épaisseur,  de  telle 
sorte  que,  maigre  eette  fausse  hypertrophie  dans  le  sens  de 
l’épaisseur,  le  poids  du  cœur  est  d’un  quart,  d’un  tiers,  ou 
même  d’une  moitié  au-dessous  de  l’état  normal. 


ARTICLE  DEUXIEME. 


SIGNES  DB  l'aXBOFBIB  DD  CCEOB. 

On  reconnaîtra  l’atrophie  du  cœur  à des  signes  inverses 
de  ceux  dont  nous  avonsparlé  au  chapitre  de  l’hypertrophie 
du  même  organe.  Les  batiemensdu  cœur  sont  petits,  con- 
centrés; le  bruit  qui  les  accompagne  est  faible,  et  l’est  d’au- 
tant plus  que  les  cavités  du  cœur  sont  plus  étroites  et  les 
parois  plus  épaisses  par  suite  de  leur  retrait.  La  main  sent 
difficilement  le  choc  du  cœur  dans  l’état  de  calme  , et  ce 
choc  semble  produit  par  une  masse  moins  volumineuse  qu’à 
l’état  normal  (à  moins  de  complication  de  l’atrophie  avec 
une  dilatation  considérable , cas  dans  lequel,  à la  vérité, 
l’impulsion  du  cœur  est  presque  nulle).  Il  n’existe  pas  ou 
presque  pas  de  matité  dans  la  région  précordiale. 

Le  pouls  est  petit,  mince,  étroit , assez  dur  et  résistant, 
dans  l’atrophie  concentrique \ mou  , faible  , mais  assez  large, 
dans  l’atrophie  anèurisinale  ou  excentrique. 

Lorsque  tous  les  signes  dont  on  vient  de  lire  l’exposition 
existent  chez  un  individu,  quel  que  soit,  d’ailleurs,  l’état  de 
la  nutrition  générale,  on  peut  affirmer  qu’il  existe  une 
atrophie  du  cœur.  Mais,  comme  nous  allons  le  dire  tout  à 
l’heure,  l’atrophie  du  cœur  coïncide  ordinairement  avec 
un  état  d’amaigrissement  général.  Sans  doute  cet  amaigris- 
sement général  peut  faire  présumer  d’avance  une  atrophie 
du  cœur,  qui  est  un  amaigrissement,  une  sorte  do  phthisie 
du  cœur.  Mais  on  se  tromperait  gravement,  si  l’on  croyait 
qu’une  émaciation  générale  suppose  toujours  et  nécessaire- 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  HE  l’ATROEHlEj  4?t' 

ment  un  état  d’atrophie  du  cœur.  En  effet,  l’hypertrophie 
de  cet  organe  peut  coïncider  avec  un  marasme  général  très 
prononcé. 


ARTICLE  TROISIÈME. 

DBS  CAUSES  ET  DU  TRAITEMENT  DE  l’atROPHIE  DD  CCEOR. 

I.  Les  causes  de  Tatrophie  du  cœur  sont  locales  ou  généra- 
les. Parmi  les  causes  locales  nous  signalerons  la  compres- 
sion long-tempsexercée  sur  le  cœur  par  un  épanchement  ou 
toute  autre  cause  mécanique  , le  rétrécissement  des  artères 
coronaires,  soit  mécanique,  organique  (on  observe  ce 
dernier  dans  certains  cas  d’induration  cartilagineuse  ou 
calcaire  des  artères  indiquées,  et  quelquefois  même  alors  , 
comme  nous  en  possédons  un  exemple,  une  de  ces  artères 
est  complètement  oblitérée),  etc. 

Les  causes  générales  de  l’atrophie  du  cœur  sont  les  divers 
états  morbides,  ou  les  diverses  conditions  hygiéniques  dont 
l’effet  est  de  s’opposer  à une  suffisante  nutrition  de  tout  le 
système  de  l’économie.  La  plupart  des  cas  d’atrophie  du 
cœur  que  nous  avons  recueillis  avaient  pour  sujets  des  in- 
dividus tombés  dans  un  profond  état  de  marasme,  à la 
suite  de  quelque  grave  altération  chronique  (primitive- 
ment ou  secondairement  ) des  grands  viscères , tels  que 
l’appareil  digestif  ou  l’appareil  respiratoire.  Parmi  ces  su- 
jets, nous  citerons  surtout  les  tuberculeux,  les  cancéreux, 
les  individus  chez  lesquels  une  entérite  typhoïde,  une  fièvre 
émptive,  n’ont  entraîné  la  mort  qu’au  bout  de  deux  ou 
trois  mois , etc. 

II.  Le  traitement  de  l’atrophie  du  cœur  se  confond  en 
quelque  sorte  avec  celui  des  maladies  dont  elle  peut  être 
la  suite]et  l’effet  : sublatâ  causa,  tollitur  effiectus.  Nous  n’avons 
point  à nous  occuper  ici  du  traitement  de  ces  nombreuses 


47'^  MALADIES  DU  CÔEÜR  EN  PAETK^ULIER.' 

maladies.  Quant  à l’atrophie  pour  ainsi  dire  primitive  du 
cœur,  savoir  celle  qui  résulterait  d’une  alimentation  in- 
suffisante, son  remède  est  facile  à trouver.  Dans  un  cas 
semblable  , le  cœur  ne  fait  que  participer  à l’amaigrisse- 
ment, à Vatrophie  générale  du  corps,  et  l’on  sait  ce  qu’il 
convient  de  faire  chez  un  individu  qui  n’est  exténué  que 
par  le  jeûne  et  dont  les  organes  sont  d’ailleurs  sains. 


LIVRE  QUATRIÈME  (i). 

DE  l’augmentation  ET  DE  LA  DIMINUTION  d’abSORPTION 
DES  TISSUS  Sl^REUX  ET  CELLULAIRE  DU  COEUR. 


CONSIDÉRATIONS  PRÉLIMINAIRES. 

Nous  avons  vu , au  commencement  du  Livre  IP , que 
la  diminution  de  séerétion  des  tissus  séreux  et  cellulaire 
du  coe.ur  constituait  un  état  morbide  sur  lequel  on  ne  pos- 
sédait encore  que  fort  peu  de  données  positives.  Il  n’en  est 
pas  de  même  de  la  diminution  du  pouvoir  absorbant  de  ces 
mêmes  tissus.  Des  faits  très  nombreux  démontrent,  en 
effet , la  réalité  de  cet  état  morbide.  Mais  on  peut  appliquer 
à l’augmentation  d’absorption  des  tissus  séreux  et  cellulaire 
du  cœur,  ce  que  nous  avons  avons  dit  de  la  diminution  de 
la  sécrétion  de  ces  mêmes  tissus  , savoir,  que  c’est  un  état 
morbide  jusqu’ici  peu  étudié.  Toutefois,  on  aurait  tort  de 
révoquer  en  doute,  je  ne  dis  pas  seulement  sa  possibilité , 
mais  son  existence;  car,  dans  les  cas  fort  communs  où  l’on 
voit  disparaître  des  épanchemens  séreux  ou  autres , il  est 
de  toute  évidence  que  cela  n’a  lieu  qu’à  la  faveur  d’une 
augmentation  dans  le  travail  normal  de  l’absorption.  Tout 
ce  qu’on  peut  dire,  c’est  que,  dans  les  cas  dont  il  s’agit, 
l’augmentation  de  l’acte  de  l’absorption  mérite  moins  d’être 


(i)  Ce  livre  devait  être  le  troisième  et  non  le  quatrième.  Il  était  naturel,  en 
effet,  de  traiter  de  l’augmentation  et  delà  diminution  de  l’absorption  des  tissus 
séreux  et  cellulaire  du  cœur  après  avoir  étudié  l’augmentation  et  la  diminution 
de  sécrétion  de  ces  mêmes  tissus.  Le  lecteur  voudra  bien  nous  pardonner  cette  lé- 
gère erreur  de  lieu. 


4y4  MALADIES  BU  CCEUE  EN  PARTICULIER.' 

considéré  comme  un  état  morbide  que  comme  une  sorte 
d operation  médicatrice.  JNotre  intention  n’est  pas,  au  reste,  de 
disputer  ici  sur  le  nom  qui  convient  à l’acte  que  nous  signa- 
lons, mais  bien  d’en  prouver  la  réalité. 

Nous  ne  consacrerons  point  un  chapitre  particulier  à l’é- 
tude de  l’augmentation  d’absorption  des  tissus  séreux  et 
cellulaire  du  cœur.  Content  d’avoir  signalé  ici  ce  phéno- 
mène , nous  allons  entrer  en  matière  par  'l’histoire  de 
l’hydropéricarde  passif,  à laquelle  nous  joindrons  celle  de 
l’œdème  passif  du  tissu  cellulaire  du  cœur. 

On  trouve  quelquefois  dans  le  péricarde , un  liquide  sé- 
reux ou  aqueux  qui,  au  lieu  de  provenir  d’une  augmenta- 
tion de  la  sécrétion  ou  d’une  diminution  de  l’absorption  de 
cette  membrane  séreuse,  s’y  est  introduit  à la  faveur  de  la 
rupture  d’un  kyste  séreux  ou  hydatique  dans  la  cavité  du 
péricarde.  D’autres  fois , on  rencontre  dans  cette  même  ca- 
vité une  certaine  quantité  de  sang  ou  de  gaz  (i).  Nous  avons 
cru  conyenablede  parler  de  cesdiversesaffections,  à la  suite 
des  épanchemens  dans  le  péricarde  produits  par  un  défaut 
d’équilibre  entre  la  sécrétion  et  l’absorption,  qui  s’exercent 
à la  surface  de  cette  mernbrane  séreuse.  Elles  seront  l’objet 
du  Chapitre  ii"  de  ce  IV®  Livre.  , 


(i)  Un  abcès  enkysté  ou  non  enkysté,  développé  dans  le  tissu  cellulaire  qui 
avoisine  le  péricarde;  un  épanchement  pleurétique  circonscrit^  un  abcès  du  pou- 
mon, poüriaient  aussi  s’ouyrir  dans  le  péricarde,  et  donner  lieu  à une  collection 
purulente,  dont  une  péricardite  n’aurait  pas  été  la  source.  On  a écrit  dans  plu- 
sieurs ouvrages,  par  exemple,  que  le  fils  de  J.-L.  Petit  avait  succombé  à un  abcès 
du  médiasliii  qui  s’était  l'ait  jour  dans  le  péricarde. 


DE  L’iIYDROPÉKICARDEr 


4?^ 


-Tir 


CHAPITrxE  P.REMIER. 

« 

DE  l’hydropéricarde  PASSIF,  ET  DE  l’o|;d|;me 
DU  TISSU  CELLULAIRE  DU  CŒUR. 

. J ^ il  r , \ 


§ I.  Caraclères  anatomiques. 


L’hydropéricarde  passif  ne  diffépnt  point  sensil:)|epgieDt 
de  l’hydropéricarde  actif,  sous  le  point  de  yue  des  ç^r 
raclères  anatomiques,  nous  n’ajouterons  rien  ici  à ce  qnp 
nous  ayons  dit  ailleurs  (voy.  pag.  334  " 
raclères.  , 


Quant  aux  caractères  anatomiques  {dePoeç^è’pe  dp  epeu^» 
lesvoici  :1e  tissu cellulo-graisseux qui  enveloppe  cetorgane 
se  présente  sous  forme  d’une  masse  tremblotante,  géla- 
liniforme,  et  la  pression  en  fait  sortir  un  liquide  séreux, 
transparent,  tantôt  incolore,  tantôt  légèrement  coloré 
en  jaune  ou  en  jaune-verdâtre.  Ainsi  pénétré,  infiltré  et 
comme  imbibé  de  sérosité,  le  tissu  cellulaire  offre  une 
teinte  opaline  ou  d’un  blanc  mat,  comme  il  arrive  (juand 
on  le  fait  macérer  dans  l’eau  pendant  un  certain  temps. 


§ II.  Diagnostic. 

Les  Signes  physiques  de  l’hydropéric^rde  pa^j^sont  es- 
sentiellement les  mêmes  que  cepx  de  l’hydropériç^r^e 
actif  (voy.  pag.  336  et  suiv.).  C’est  surtout  par  la  considéra- 
tion des  causes  différentes  sous  l’influence  desquelles  i|s 
se  développent  l’un  et  l’autre,  que  l’on  peut  paryepir  à les 
distinguer  entre  eux. 

R n’est  aucun  signe  qui  puisae  nous  faire  reconnaître 
positivement  l’œdème  passif  du  cœur.  On  peut  tout  au 


476  MALADIES  DU  CCEüR  EN  PARTICULIER. 

plus  en  soupçonner  l’existence  chez  les  individus  atteints  1 
d’une  hydropisie  générale  passive. 


§ III.  Causes. 

La  double  hydropisie  qui  fait  le  sujet  de  ce  chapitre  re- 
connaît les  mêmes  causes  que  toutes  les  autres  hydropisies 
passives  en  général,  savoir  les  nombreux  obstacles  au  cours 
du  sang,  qu’ils  soient  purement  mécaniques  et  physiques, 
ou  qu’ils  soient,  comme  on  le  dit,  vitaux. 

L’oblitération  des  veines  cardiaques  serait,  sans  doute, 
une  cause  d’hydropéricarde  passif  et  cl'  œdème  passif  du  cœur  ^ 
mais  je  ne  sache  pas  qu’elle  ait  encore  été  constatée.  J’ai 
souvent  rencontré  chez  les  individus  atteints  de  cette 
double  hydropisie , une  dilatation  considérable  , une  sorte 
d’état  variqueux  des  principaux  rameaux  et  du  tronc  des  ^ 
veines  coronaires , ce  qui  était  un  indice  de  la  difficulté  avec  ni 
laquelle  ces  veines  se  dégorgeaient  dans  l’oreillette  droite.  J 


l) 


§ IV.  Traitement. 

L’hydropéricarde  passif  réclame  les  mêmes  moyens  I 
que  toutes  les  hydropisies  passives  en  général , tels  « 
que  les  saignées , les  diurétiques , les  purgatifs , etc.  |, 
Tous  ces  moyens,  en  dégorgeant,  chacun  à leur  ma- 
nière,  le  système  sanguin,  favorisent  la  résorption  de 
l’épanchement.  Mais  ce  n’est  pas  assez  que  de  combattre 
l’épanchement  lui -même,  il  faut  attaquer  \di  cause  sous 
l’influence  de  laquelle  il  s’est  opéré.  Si  l’on  ne  parvient 
pas  à faire  disparaître  celle-ci,  l’épanchement  ne  man- 
quera pas  de  se  reproduire.  Malheureusement,  dans  la 
plupart  des  cas,  la  lésion  à laquelle  se  rattache 

î’hydropisie  qui  nous  occupe  est  au-dessus  de  toutes  nos 
ressources. 


DE  L’HYDROPÉUICi^RDE. 


477 


CHAPITRE  II. 


ARTICLE  PREMIER. 

/ 

I»B  L*HYDR.OPiRlCARDK  PRODUIT  PAR  LA  RUPTURE  D^ülV  KYSTE  SEREUX  OU  HYDATIQUE 

f 

DANS  LE  PÉRICARDE. 

Aucun  des  auteurs  de  traités  sur  les  maladies  du  cœur 
n’a  signalé  l’espèce  d hydropéricarde  dont  il  est  ici  question. 
Je  n’en  connais  moi-même  qu’un  exemple,  qui  a été  publié, 
dans  le  t.  XP  du  Joui'nal  hebdomadaire  de  médecine  , par 
M.  le  docteur  Alibert , alors  interne  des  hôpitaux.  Voici 
cette  curieuse  observation. 

OBSERVATION  I36<-. 

Homme  de  3g  ans. — Voussure  de  la  partie  inférieure  du  côté  droit  de  la  poi- 
trine; matité  dans  la  môme  région,  ainsi  que  dans  la  région  précordiale. — Bat- 
temens  de  la  pointe  du  cœur,  à trois  pouces  en  dehors  de  l’articulation  des  trois 
dernières  côtes  sternales  gauches.  — Rupture  d’une  poche  hjdatique  très  volu- 
mineuse dans  la  cavité  du  péricarde. 

« Ln  homme  âgé  de  3p  ans  était  malade  depuis  trois  ans, 
» lorsqu’il  entra  à l’hôpital  Necker  le  i6  février  1828.  Il 
» éprouvait  une  douleur  sourde  dans  le  côté  droit  de  la 
» poitrine,  avec  toux  et  dyspnée.  Le  côté  droit  de  la  poi- 
» irine  sur  lequel  le  malade  se  couchait  de  préférence,  était 
» plus  développé  que  le  gauche  , surtout  inférieurement  ; 
» là,  les  espaces  intercostaux  étaient  élargis,  et  jusqu’au  ni- 
» veau  de  la  quatrième  côte  sternale,  la  percussion  ne 
« donnait  aucun  son,  l’auscultation  aucun  bruit  respira- 
3>  toire. 

» Le  cœur  semblait  avoir  éprouvé  un  déplacement,  car 


47^  MALADIES  DD  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

» c était  a trois  pouces  au  moins  en  dehors  de  l’articulation  des 
» 5®,  6®  et  vraies  côtes,  que  l’on  sentait  le  mieux  son  im- 
» pulsion.  Ses  battemens  s’entendaient  du  reste  très  bien 
» au-devant  du  sternum  et  dans  tout  le  côté  droit  de  la 
» poitrine,  principalement  à sa  partie  inférieure. 

» Le  3o  mars,  au  matin,  le  malade  dit  avoir  passé  une 
» nuit  très  pénible.  Son  anxiété  était  extrême,  et  il  ne  pou- 
» vait  rester  couché.  La  douleur  s’était  étendue  à la  région 
a précdrdiale,  laquelle.  Comme  les  jours  précédons,  ne 
» résonnait  plus  lorsqu’on  la  percutait.  Les  battemens  du 
» cœur  étaient  tumultueux,  et,  quoique  faibles,  s’enten- 
» daient  dans  une  plus  grande  étendue.  On  entendait  aussi 
» dans  la  région  du  cœur , surtout  à droite,  vers  le  sternum, 
» un  bruit  particulier,  clair,  qui  se  renouvelait  à chaque 
» mouvement  respiratoire,  et  assez  semblable  à celui  que 
» l’on  produit  en  déchirant  un  petit  morceau  de  papier 
» bien  sec. 

» Mort  dans  la  matinée. 

» Autopsie  cadavérique  , 20  heures  après  la  mort. 

» Eh  divisant  les  cartilages  costaux  à gauche,  le  bistouri 
» pénètre  dans  la  cavité  du  péricarde,  d’ou  il  s'écoule  une 
» assez  grande  quantité  de  sérosité  inodore , citrine  et  tout-à- 
» fait  limpide  du  reste.  Le  péricarde  conserve  sa  couleur,  son 
))  épaisseur  et  sa  transparence  naturelles . Dans  le  côté  droit  du 

thorax;  entre  le  diaphragme,  le  poumon,  qui  est  refoulé 
)i  vers  sa  i’acine,  et  le  cœur,  considérablement  déjelé  à 
> ga'ùchë,  il  eiiste  une  hydatide  de  la  grosseur  de  la  tète 
» d’un  énfant  d’un  an.  Les  parois  de  cette  vaste  poche  ont 
» environ  une  ligne  d’épaisseur;  elles  sont  homogènes, 
» d’un  blanc  laiteux,  fragiles,  et  résu)  tent  de  la  juxta-posi- 
i lion  de  plusieurs  feuillets  très  minces...  Le  liquide  que 
» cette  poche  contient  est  limpide  et  en  tout  semblable  à celui  qui 
i)  Le  trouvait  dans  le  péricarde.  La  cavité  du  kyste  hydatique 
» communique  avec  le  péricarde,  au  moyen  d'une  ouverture 
yL  toute  récente^  étroite,  longue  de  4 lignes  et  située  derrière  l'o^ 


y> 

» 

1) 


DE  l’iIYDROPÉRICARDÉ. 


reilleüe  droite,  au-devant  de  la  'veine  cave  inférieure.  Cette 
ouverture  permet  au  liqld'de  kontéhü  dans  Vhjdatide  de  passer 
librement  dans  la  cavité  du  péricarde,  et  vice  versa.  » 


ARTICLÈ  DEUXIÈME. 


DI  l’hÉMOPÉRICARDB  , 00  DB  l’bP AKCHEMKNT  DE  SANG  DANS  LA  CAYITlè 

1)0  PEBICABDE. 


r*îoü*s  avons  vu,  en  traitant  dès  caractères  ânatomiquès  dé 
la  péricardite,  que  répanchèmerit  qu’elle  èhtraîriè  â sà 
suite  pouvait  contenir  une  certaine  quantité  dé  sàDg.  Ce 
n est  pas  des  cas  de  ce  genre  que  nous  avons  à noiis  occuper 
ici.  il  s’agit  dés  epancheméris  de  sang  pur  que  l’on  fën- 
contre  quelquefois  dans  la  cavité  du  péricarde. 

La  source  des  épànchèriiëns  de  cetié  espece  est  variable  : ils 
peuvent,  en  effet,  provenir  de  la  rupture  des  vaîsséàüx  véi- 
neux  ou  artériels  du  coeur , de  la  rupture  des  parois  dé  cet 
organe  ou  de  celles  des  gros  vaisseaux  qui  s’insèrent  à sa 
base.  Le  sang  qui  constitue  ces  épanchemens  est  donc  tantôt 
artériel  et  tantôt  veineux.  Il  est  ordinairement  coagulé, 
du  moins  en  très  grande  partie. 

L’hémopéricarde  n’étant  qu’un  accident , qu’un  effet 
d’une  autre  maladie,  il  nous  suffit  de  le  signaler  ici  eri 
passant.  Les  signes  physiques  de  cet  épanchement  doi- 
vent être  essentiellement  les  mêmes  que  ceux  d’un  épan- 
cliement  séreux.  Nous  manquons,  au  reste,  de  faits  sur 
ce  sujet. 

Lorsque  cet  épanchement  est  le  résultat  d’une  rupture 
du  cœur,  de  l’origine  de  l’aorte  ou  de  l’artère  pulmonaire, 
il  est  suivi  d’une  mort  subite,  aussi  prompte  que  l’éclair,  et 
c’est  là  l’hémorrhagie  foudroyante  par  excellence. 


48o 


MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 


ARTICLE  TROISIÈME. 

Dü  PNBOMOPÉaiCARDB  ET  DE  L’iIYDaO-rUBDUOPiaiC AHDB. 


Le  développement  d’une  certaine  quantité  de  gaz  dans 
la  cavité  du  péricarde,  est  un  phénomène  qui  n’a  pas  encore 
été  suffisamment  étudié.  La  quantité  et  la  qualité  ou  la 
nature  chimique  des  gaz  rencontrés  dans  le  péricarde,  n’ont 
pas,  jusqu’à  présent,  été  indiquées  d’une  manière  précise. 
Distendu  par  ces  gaz,  le  péricarde  résonne  à la  percussion 
comme  un  ballon  ; si  l’on  incise  ses  parois  , les  gaz  s’en 
échappent  avec  sifflement. 

Le  pneumopéricarde  coïncide  ordinairement  avec  un 
épanchement  liquide.  M.  Laënnec  dit  néanmoins  avoir  ren- 
contré le  péricarde  distendu  seulement  par  de  l’air. 

Les  causes  du  pneumopéricarde  ne  sont  pas  encore  bien 
connues.  Dans  les  cas  où  il  co-existe  avec  un  épanchement 
de  pus  fétide,  c’est  à la  décomposition  de  celui-ci  qu’il  con- 
vient de  le  rapporter  (i).  Suivant  M.  Laënnec,  legazdupé- 
ricarde  semble  quelquefois  dégagé  du  liquide  séreux  contenu  dans 
le  péi'icarde,  ou  mêlé  avec  lui  par  suite  des  derniers  mowemens 
du  cœur,  car  il  forme  des  bulles  à la  surface  du  liquide. 

M.  Laënnec  dit  aussi,  mais  sans  preuves  suffisantes,  que 
V épanchement  liquide  et  aériforme  à la  fois  du  péricarde,  peut 
avoir  lieu  dans  l'agonie  de  toutes  les  maladies. 

Le  diagnostic  de  l’hydro  - pneumopéricarde  repose  sur 
deux  signes  principaux,  savoir  une  résonnance  tympanique 
et  un  bruit  de  fluctuation  dans  la  région  du  péricarde. 

« Il  m’est  arrivé  quelquefois,  dit  M.  Laënnec,  d’annoncer 


(i)  Il  peut  se  développer  des  gaz  dans  le  péricarde  comme  dans  une  foule 
d’autres  parties  , par  suite  de  la  décomposition  putride  des  sujets  dont  on  prati- 
que l’ouverture.  Mais  ce  n'est  pas  de  ce  pneumopéricarde  cadavérique,  et  en 
quelque  sorte  posthume,  qu'il  est  ici  question. 


DE  l’hYDRODÉRICADDE.  4^  ^ 

» le  pneumopéricarde,  à une  résonnance  plus  claire  du  bas 
» du  sternum,  survenue  depuis  peu  de  jours,  ou  à un  bruit 
» de  fluctuation  déterminé  par  les  batlemens  du  cœur  et 
» par  les  inspirations  fortes.  » 

Dans  un  cas  d’hydro-pneumopéricarde  observé  récem- 
ment par  M.  le  docteur  Bricheteau,  il  existait  dans  la  région 
précordiale  un  hrail  qui  ressemblait  assez  bien  a celui  que  fait 
l'eau  agitée  par  la  roue  d’un  moulin,  et  dû  évidemment  aux 
mouvemens  alternatifs  du  cœur  (i). 

On  ne  peut  réellement  confondre  l’hydro-pneumopé- 
ricardeavec  aucune  autre  maladie. 

Il  est  vrai  que  lorsque  l’^estomac  est  distendu  à la  fois  par 
des  liquides  et  des  gaz  et  qu’il  remonte  vers  la  région  pré- 
cordiale , le  son  clair  que  rend  à la  percussion  la  région 
correspondante  à cet  organe  et  le  bruit  de  fluctuation  que 
l’on  produit  par  une  secousse  brusque  de  cette  même  région, 
pourraient,  au  premier  abord,  donner  l’idée  d’un  hydro- 
pneumopéricarde , comme  aussi  d’un  hydro-pneumothorax. 
Mais  il  suffit  de  quelque  habitude  clinique  et  d’un  peu  d’at- 
tention pour  ne  pas  commettre  une  erreur  aussi  grossière. 
L’agitation  j'hythmique  du  liquide  par  les  mouvemens  alter- 
natifs du  cœur,  et  par  suite  le  bruit  de  roue  de  moulin,  pour 
me  servir  de  la  comparaison  de  M.  Bricheteau,  sont  en  quel- 
que sorte  la  clefdu  diagnostic  de  l’hydro-pneumopéricarde. 


(i)  A Touverture  du  cadavre  du  malade  chez  lequel  M.  Bricheteau  avait  en- 
tendu le  bruit  dont  il  s'agit , on  trouva  un  épanchement  consécutif  à une  péri- 
cardite chronique.  La  matière  purulente  exhalait  une  odeur  extrêmement  fétide. 
La  percussion  du  péricarde,  non  encore  incisé,  donnait  un  bruit  de  flot.  A l’ou- 
verture de  ce  sac,  un  gaz  se  dégagea  avec  sifflement. 


3i 


CLASSE  DEUXIÈME. 


SES  UALADIBS  QUI  CONSISTENT  8N  UNE  LESION  SIMPLE  BT  PBIMITIVB 

UB  l’innervation  ou  gceub,  od  des  nkvhoses  de  cet  organe. 


CONSIDÉRATIONS  PRÉLIMINAIRES. 

On  ne  trouve  presque  rien  sur  les  névroses  du  cœur 
dans  les  auteurs  les  plus  célèbres  de  traités  ex-professo  sur 
les  maladies  de  cet  organe.  Corvisart,  par  exemple,  n’a 
pas  même  prononcé  le  nom  de  cette  classe  de  maladies. 
M.  Laënnec  a consacré  une  dizaine  de  pages  à leur  étude. 
M.  le  professeur  Andral  ne  s’en  est  point  occupé  dans  la 
partie  de  sa  Clinique  médicale  où  il  a traité  des  maladies  du 
cœur. 

Commençons  par  bien  nous  entendre  sur  la  définition 
maladies  qui  font  actuellement  le  sujet  de  nos  recherches. 
Il  ne  s’agit  point  ici  des  maladies  organiques  proprement 
dites  auxquelles  les  nerfs  du  cœur  sont  sujets,  comme  toute 
autre  partie  organisée  et  vivante  , mais  bien  des  lésions  du 
principe  même  de  l’innervation,  dont  les  nerfs  ne  sont  en 
quelque  sorte  que  les  dépositaires  ou  les  conducteurs  (i). 

Nous  manquons  malheureusement  d’observations  sur  les 
diverses  lésions  appréciables , telles  que  l’inflammation  , 


(i)  Cette  déGnition  est  aussi  celle  qui  a été  adoptée  par  M.  Laënnec  : » Parmi 
« les  élèves  des  écoles  médicales  actuelles,  dit-il,  beaucoup  sont  aussi  peu  dispo- 
wsés  à reconnaître  des  maladies  nerveuses,  autres  que  les  affections  organiques 
«des  nerfs  et  de  l’appareil  cérébro-spinal , qu’à  admettre  les  altérations /jnmi- 
ttives  des  liquides;  on  ne  peut  cependant  se  eefuser  a croire  que  toute  ma- 
aladie  dans  laquelle  on  ne  trouve  ni  lésion  constante  dans  lrs  solides,  ni 

• altération  évidente  dans  lrs  liquides,  ne  peut  consister  qo'bn  un  trouble 

• QURLCONQIJK  DK  l’iHNERVATION.  • (OuV.  cil.  , l.  II,  p.  744* *  ) 


DES  NÉVROSES.  4^3 

l’hypertrophie,  l’atrophie,  etc.,  dont  les  nerfs  du  cœur 
peuvent  être  affectes,  et  certains  cas  que  nous  rattachons 
à de  pures  névroses  du  cœur,  ne  sont , peut-être  , au  fond 
que  des  exemples  de  quelques  unes  des  Xésions  appréciables , 
matérielles,  signalées  ci-dessus.  Nous  regrettons  vivement 
de  ne  pouvoir  combler  la  grande  lacune  qüè  présente 
cette  partie  de  la  pathologie  du  cœur.  • 

Quoi  qu’il  en  soit,  nous  allons  décrire,  aussi  exactement 
qu’il  nous  sera  possible , les  maladies  que  nous  avons  cru 
devoir  ranger  dans  la  classe  de  névroses  proprement  dites, 
et  qui  peuvent  être  divisées  en  trois  espèces  principales , 
suivant  qu’elles  consistent  en  une  augmentation , en  une  di- 
minution ou  en  une  irrégularité  des  phénomènes  auxquels 
président  les  nerfs  du  cœur.  On  pourrait  donner  lé  nom 
à’ hyperdynamie  du  cœur  à l’augmentation  des  mouvémèns 
de  cet  organe;  celui  adynamie  à la  diminution  de  ces 
mouvemens  ; et  enfin  celui  àé alaxodynainie  à l’irrégülarilé 
de  ces  mêmes  mouvemens. 

N’oublionspas  de  faire  remarquer,  avant  d’entrer  en  ma- 
tière, que  les  divers  phénomènes  que  nous  allons  étudièr 
à l’état  simple,  se  rencontrent  dans  quelques-unes  des 
maladies  organiques  qui  ont  été  décrites  dans  les  précédens 
chapitres , et  nous  les  avons,  par  conséquent,  placés  parmi 
leurs  symptômes.  Il  s’agit  maintenant  de  faire  connaître 
les  cas  où  les  troubles  de  l’innervation  du  cœur  existent 
en  quelque  sorte  par  eux-mêmes,  c’est-à-dire  isolés  de 
toute  lésion  appréciable  des  divers  tissus  de  cet  organe,  et 
sous  l’empire  de  conditions  purement  dynamiques. 


3i. 


484 


MALADIES  DD  CŒUR  EN  PARTICULIER. 


ARTICLE  PREMIER. 

DES  PÀLPITATIOHS  NEBVEOSES  DO  CQEDB. 

§ I.  Idée  générale. 

On  donne  le  nom  de  palpitations  nerveuses  à ces  mouve- 
mens  tumultueux,  forts  etfréquens,  dont  le  cœur  est  quel- 
quefois agité,  chez  des  sujets  qui  ne  sont  atteints  d’aucune  lé- 
sion matérielle  appréciable  de  cet  organe.  Ces  mouvemens  peu- 
vent ne  durer  que  quelques  inslans,  ou  bien  , au  contraire, 
persister  pendant  long-temps.  Ils  sont  sentis  par  les  per- 
sonnes chez  lesquelles  ilsexistent,  tandis  que  les  battemens 
ordinaires  du  cœur  ne  le  sont  pas,  au  moins  chez  l’immense 
majorité  des  hommes. 

Les  bruits  du  cœur  augmentent  de  force  pendant  les 
palpitations,  et  c’est  particulièrement  alors  que  le  médecin 
les  entend  à distance,  et  que  les  malades  les  entendent  eux- 
mêmes  , surtout  lorsqu’ils  restent  couchés  sur  lecôté  gauche. 
Les  palpitations  sont  quelquefois  accompagnées  d’un 
léger  bruit  de  souffle , qui  disparaît  aussitôt  que  le  cœur  est 
revenu  à son  état  de  calme.  Ces  palpitations  sont  quelque- 
fois accompagnées  d’un  sentiment  de  malaise  et  d’anxiété 
difficile  à caractériser,  et  dont  on  rapporte  le  siège  à la 
région  précordiale;  quelquefois  même  il  y a une  ten- 
dance très  marquée  aux  défaillances  et  à la  syncope. 

§ II.  Causes  des  palpitations  nerveuses. 

Les  palpitations  dites  nerveuses  se  rencontrent  dans 
une  foule  de  cas  très  différens  les  uns  des  autres  et  qu’il 
nous  importe  de  faire  brièvement  connaître. 

Commençonspar  établir  d’abord  que  le  tempérament  ner- 
veux constitue  une  prédisposition  très  réelleaux  palpitations 
dont  il  s’agit , comme  en  généralà  toute  autre  maladie  ner- 
veuse.Cette  prédisposition  étant  donnée,  voyons  maintenant 
quelles  sont  les  diverses  conditions  propres  à déterminer 
les  palpitations  de  l’espèce  qui  nous  occupe  ici. 


DES  NÉVROSES.  /|85 

i”  Les  affections  vives  de  lame,  la  joie,  la  frayeur,  la 
colère,  provoquent  souvent  des  palpitations.  Il  est  des  affec- 
tions moins  vives,  qui,  par  la  continuité  de  leur  action , 
amènent  également  à leur  suite  des  palpitations  : telles 
sont  la  tristesse,  la  mélancolie,  la  nostalgie.  C’est  à cette 
catégorie  qu’il  faut  rapporter  ces  palpitations  si  communes 
chez  les  étudians,  qu’elles,ontreçu  à Edimbourgia  dénomi- 
nation de  maladie  du  cœur  des  étudians.  Les  excès  d’étude 
et  les  veilles,  etc.,  favorisent  singulièrement  le  développe- 
ment de  ce  genre  de  palpitations. 

2°  L’abus  des  boissons  spiritueuses,  du  régime  excitant 
en  général,  suffît  quelquefois  pour  donner  naissance  aux 
palpitations.  Il  en  est  de  même  de  l’excès  des  plaisirs  véné- 
riens, et  de  l’onanisme  en  particulier. 

3°  Des  palpitations  qui  n’ont  pas  encore  été  suffisamment 
étudiées  et  qui  rentrent  vraiment  dans  la  classe  des  palpita- 
tions nerveuses,  sont  celles  qui  apparaissent  chez  les  in- 
dividus et  On  sait,  d’ailleurs,  com- 

bien sont  nombreuses  les  causes  de  l’anémie  et  de  la  chlorose; 
mais  que  ces  états  morbides  soient  le  résultat  d’abondantes 
hémorrhagies  ou  de  quelque  lésion  viscérale  qui  porte  une 
atteinte  profonde  à l’hématose  et  à la  nutrition , il  est  dé- 
montré par  l’expérience  qu’il  suffit  de  la  plus  légère- cause 
pour  faire  éclater  alors  des  palpitations. 

Les  palpitations  chlorotiques  ont  été  de  notre  part  l’objet 
d’une  étude  d’autant  plus  attentive,  qu’elles  sont  journelle- 
ment confondues  avec  celles  qui  accompagnent  certaines 
maladies  organiques  du  cœur.  L’erreur  est  très  facile  à 
commettre  par  les  médecins  qui  ne  se  sont  pas  assez  fami- 
liarisés avec  le  sujet  dont  il  s’agit  ; car  les  personnes 
chlorotiques,  comme  les  personnes  affectées  de  certaines 
lésions  organiques  du  cœur,  éprouvent  de  la  dyspnée  et  de 
l’étouffement  au  moindre  exercice , après  avoir  monté  un 
escalier  , etc.  11  fut  une  époque  où  nous  manquions  nous- 
même,  dans  quelques  cas,  des  éléraens  propres  à nous 


486  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

faire  bien  distinguer  ces  deux  genres  de  cas  les  uns  des 
autres.  11  n en  est  plus  de  même  aujourd’hui,  et  quiconque 
aura  lu  attentivement  cet  ouvrage  et  aura  observé  pendant 
quelque  temps  les  maladies  dont  il  traite , saura  se  pré- 
server d’une  erreur  de  diagnostic  d’autant  plus  grave,  que 
le  traitement  de  la  chlorose  pure  et  simple  est  diamétrale- 
ment opposé  à celui  que  réclament  les  maladies  organiques 
du  cœur  avec  lesquelles  on  pourrait  la  confondre. 

Les  palpitations  chlorotiques  ne  sont  pas  le  plus  souvent 
accompagnées  d’un  bruit  de  soufflet  du  cœur  bien  caractérisé; 
mais  constamment,  dans  l’état  chlorotique  bien  décidé,  les 
artères  d’un  grand  calibre  , et  spécialement  les  carotides  et 
les  crurales, font  entendre  ces  bruits  variés  qui  tantôt  imitent 
le  ronflement  d’un  diable,  le  sifflement  ou  le  gémissement  du 
vent  qui  traverse  une  serrure  ou  une  fente  étroite,  le  bour- 
donnement de  certains  insectes,  le  roucoulement  plaintif  de 
quelques  oiseaux  , etc.  Depuis  trois  ans,  j’ai  rencontré  une 
centaine  de  fois  au  moins  le  phénomène  dont  il  s’agit  chez  les 
chlorotiques.  C’est  inconstestablement  un  des  caractères 
les  plus  constans  à la  fois  et  les  plus  curieux  de  la  chlorose 
confirmée  (i). 

4®  Il  est  des  palpitations  d’une  autre  espèce  que  les  auteurs 
paraissent  avoir  aussi  un  peu  trop  négligées  : je  veux  parler 
de  celles  qui  apparaissent  sous  les  mêmes  influences  que  ces 
douleurs  vagues  ou  ambulantes,  que  l’on  connaît  sous  le  nom 
de  r/t?^ma?w//2a/e5.Lespalpitations  en  quelque  sorte  rhumatis- 
males coexistent  assez  souvent  avec  une  douleur  dans  la  ré- 


(i)  Nous  avons  rapporté  plusieurs  cas  de  palpitations  chlorotiques  dans  nos 
Prolégomènes,  à l'occasion  des  bruits  anormaux  des  artères.  Il  serait  superflu 
d’en  consigner  ici  de  nouveaux.  Je  dirai  seulement  que  tout  récemment  ( mars 
et  avril  iH35  ),  nous  avons  eu  successivement , au  n®  4 de  la  salle  Sainte-Made- 
leine , deux  chloroti<iues,  chez  lesquelles  les  artères  crurales  faisaient  entendre, 
plus  encore  que  |es  carotides,  un  très  beau  sifflement  musical,  imitant  assez  bien 
le  gémissement  plaintif  d'une  tourterelle  entendu  de  loin , pu  le  cri  suspirieux  du 
vent  qui  traverse  brusquement  une  fissure  étroite. 


DES  NÉVROSES. 


gion  précorfliale , s’irradiant  ou  non  vers  le  membre  supé- 
rieur gauche.  Les  palpitations  dont  il  s’agit  coïncident 
parfois  avec  des  intermittences  du  pouls  , et  causent  habi- 
tuellement une  inquiétude  extraordinaire  aux  sujets  qui  en 
sont  tourmentés,  bien  que,  sous  tous  les  autres  rapports  , 
ils  offrent  pour  la  plupart  les  signes  de  la  plus  florissante 
santé. 

r 

Il  ne  faut  pas  confondre  ces  palpitations  avec  celles  qui 
ont  lieu  dans  la  péricardite  ou  l’endocardite  rhumatisma- 
les ; pas  plus  qu’il  ne  faut  prendre  une  simple  pleurodynie 
pour  une  pleurésie.  Toutefois,  je  n’oserais  affirmer  que  les 
palpitations  qui  accompagnent  les  affections  rhumatisma- 
les des  nerfs  du  cœur  ne  consistent  pas,  quelquefois  du 
moins,  en  des  lésions  vraiment  irritatives,  mais  mobiles,  de 
ces  nerfs  ; et  si  telle  est , en  effet , leur  origine , elles  ne 
sont  pas  alors  une  pure  lésion  d’innervation. 


§ III.  Marche,  durée  et  diagnostic  des  palpitations  nerveuses. 

Les  palpitations  nerveuses  sont  quelquefois  continues  ; 
mais  le  plus  souvent  elles  affectent  une  marche  irréguliè- 
rement intermittente  comme  celle  de  la  plupart  des  autres 
maladies  nerveuses.  La  durée  des  palpitations  que  nous 
étudions,  ne  saurait  être  rigoureusement  déterminée. 

Le  diagnostic  des  palpitations  nerveuses  est  un  sujet  di* 
gne  de  toute  l’attention  des  vrais  praticiens. 

Chaque  jour,  on  voit  des  jeunes  gens  qui  ne  sont  affec- 
tés que  de  simples  palpitations  nerveuses,  venir  consulter 
pour  une  lésion  organique  du  cœur;  chaque  jour  aussi, 
comme  déjà  nous  l’avons  dit  précédemment , on  Voit  con- 
fondre les  palpitations  des  jeunes  filles  chlorotiques  avec  les 
palpitations  produites  par  certaines  affections  organiques 
du  cœur. 

Jusqu’ici , les  observateurs  les  plus  distingués  eux-mêmes 
avouent  qu’il  est  des  cas  où  le  diagnostic  dont  nous  nous 


4^8  MALADIES  DU  CC®DR  EN  PARTICULIER, 

occupons  est  environne  des  plus  grandes  difficultés.  Citons 
a ce  sujet  le  passage  suivant  de  l’article  de  M.  le  professeur 
Andral  sur  les  palpitations  ( Dict.  de  méd.  en  21  vol.): 
t Les  palpitations  qui  sont  liees  a des  lésions  organi- 

> ques  et  celles  qui,  en  étant  indépendantes,  ont  été  appe- 
» lées  nerveuses,  peuvent  être  souvent  distinguées  fa- 
ï cilement  les  unes  des  autres.  Mais  lorsque  les  palpitations 
» dites  nerveuses  se  répètent  ou  se  prolongent,  lorsqu’el- 

» les  ont  une  grande  intensité  , le  diagnostic  devient  par-  \ 
n/ois  très  difficile.  Cherchera-t-on  à l'établir  d’après  la 
* nature  des  symptômes  qui  existent  pendant  la  durée 
^ des  palpitations?  on  pourra  n’arriver  à rien  de  satis-  ; 

> faisant.  En  effet , les  palpitations  nerveuses  peuvent  ' 
y>  produire  les  mêmes  phénomènes  locaux  et  généraux 

» qui  accompagnent  les  palpitations  liées  à une  affection 
» organique  du  cœur.  Hors  même  le  temps  des  palpita- 
ï tions,  il  y a plus  d’un  cas  où  le  diagnostic  restera  encore 
» obscur.  En  effet,  dira-t-on  que  les  palpitations  étaient 
» nerveuses,  par  cela  seul  qu’après  qu’elles  se  sont  dissipées 

> les  individus  sont  revenus  à la  santé  ? Mais  il  est  démon- 
» tré  maintenant  que , dans  les  premiers  temps  d’une  af- 
» fection  organique  du  cœur,  les  symptômes  qui  l’avaient 
» annoncée  peuvent  s’effacer  à peu  près  complètement  pen- 
» dant  un  certain  intervalle.  D’uneautre  part,  dans  beau- 
» coup  de  simples  palpitations  nerveuses  , les  battemens 
» du  cœur,  hors  le  temps  de  ces  palpitations,  peuvent 
» continuer  à présenter  quelque  anomalie;  ils  peuvent  être 
» irréguliers  ou  accompagnés  d’un  bruit  de  soufflet , lequel 
» est  bien  souvent  indépendant  de  toute  lésion  organique. 

» De  plus , les  malades  peuvent  conserver  une  dyspnée 
» plus  ou  moins  considérable;  nul  doute  que,  chez  les 
» adolescens  surtout , cette  dyspnée  , jointe  ou  non  à des 
» palpitations,  ne  soit  aussi  souvent  un  phénomène  pure- 
» ment  nerveux,  ou  lié  à une  congestion  pulmonaire.  On 
» voit  combien  cet  ensemble  de  symptômes  est  semblable 


DES  NÉVROSES.  4^9 

) à ceux  qui  marquent  le  début  de  plusieurs  affections  or- 
» ganiques  du  cœur...  Il  ne  faut  pas  d’ailleurs  perdre  de 
» vue  que  , par  cela  seul  que  l’action  du  cœur  est  accrue  , 

> sa  nutrition  tend  à se  modifier  ; d’où  il  suit  que  les  palpi- 
» talions  qui  existent  d’abord  sans  lésion  organique  , peu- 
j vent  être  le  point  de  départ  de  celle-ci.  î 

Une  longue  persévérance  dans  l’étude  du  sujet  qui  nous 
occupe  , pouvait  seule  fournir  toutes  les  données  nécessai- 
res à la  solution  de  l’important  problème  dont  il  s’agit  en 
ce  moment.  Il  est  certain  que  , au  moyen  de  la  percussion, 
de  l’auscultation,  de  la  vue  et  du  toucher,  on  peut  me- 
surer exactement,  géométriquement,  le  cœur;  déterminer 
si  les  valvules  fonctionnent  bien  ou  mal;  si  les  orifices 
sont  libres  ou  rétrécis;  si  les  parois  sont  hypertrophiées, 
épaissies  ou  amincies,  etc.,  etc.  Or,  dans  les  palpitations 
indépendantes  d’une  lésion  dite  organique  du  cœur,  il  est 
facile , pendant  leur  durée,  mais  surtout  pendant  les  mo- 
mens  de  calme,  de  s’assurer,  par  une  exploration  attentive, 
que  le  volume  du  cœur  n’est  point  notablement  augmen- 
té ; que  le  sang  coule  librement  à travers  les  orifices  et  les 
cavités  de  cet  organe.  D’un  autre  côté,  les  congestions  vei- 
neuses , la  teinte  violacée  du  visage,  les  hydropisics  , qui , à 
une  période  avancée  des  lésions  des  valvules  et  de  quelques 
autres  affections  du  cœur,  ne  manquent  jamais  de  se 
manifester,  ne  se  rencontrent  point  ordinairement  dans 
les  cas  de  palpitations  TjiiAT  cause  purement  nerveuse. 

En  résumé,  je  crois  que  , grâceaux  progrès  de  la  science, 
on  peut  aujourd’hui  distinguer  les  unes  des  autres  les  di- 
verses palpitations  désignées  sous  le  nom  de  palpitations 
nerveuses  et  celles  qui  accompagnent  les  grandes  lésions 
organiques  du  cœur. 

Les  cas  dans  lesquels  il  serait  le  plus  facile  de  se  tromper 
sont  ceux  où  il  existe  à la  fois  des  palpitations  dépendantes 
d’une  lésion  organique  du  cœur,  et  des  palpitations  de  na- 
ture nerveuse.  Ces  cas  se  présentent  plus  souvent  dans  la 


49®  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

pratique  qu'on  ne  serait  peut-être  tenté  de  le  croire  au  pre-  i 
mier  abord. 

Voici  un  exemple  fort  remarquable  de  ce  genre  de  com-  i 
binaison  morbide.  Une  jeune  femme,  d’une  constitution  i 
nerveuse  des  plus  prononcées,  non  réglée  depuis  plusieurs  j 
mois  , éprouve  de  fortes  palpitations  pour  la  plus  légère  i 
cause.  La  sensitive  est  pour  ainsi  dire  moins  mobile  et  moins 
irritable  qu’elle  ; il  suffit  de  la  toucher,  le  matin  à la  visite,  ' i 
pour  la  faire  rougir,  lui  causer  de  violens  batlemens  du  li 
cœur,  et  même  des  mouvemens  spasmodiques,  qui  dégé-  î 
nèrent  facilement  en  des  attaques  d’hystérie.  Hé  bien!  cette  d 
même  personne  est  atteinte  d’une  énorme  hypertrophie  du  | 
cœur,  avec  induration  des  valvules  du  côté  gauche  de  ij 
cet  organe , maladie  qui  a pris  naissance  pendant  le  cours  ji 
d’un  rhumatisme  articulaire  très  aigu. 

! 

§ IV.  Traitement  des  palpitations  nerveuses.  | 

I 

Il  résulte  de  tout  ce  qui  précède  que  les  palpitations  il 
peuvent  coïncider  avec  un  certain  nombre  d’états  morbi-  |i 
des  généraux  ou  locaux , différons  les  uns  des  autres  sous  i 
plusieurs  rapports.  Par  conséquent,  il  importe  beaucoup  j 
de  déterminer  rigoureusement  le  point  de  départ  ou  la  G 
véritable  cause  des  palpitations,  si  l’on  veut  leur  opposer  X 
un  traitement  rationnel.  Cette  détermination  , dis-je , est  i; 
de  la  dernière  rigueur  ; car  les  moyens  qui  conviennent  t 
aux  palpitations  chlorotiques , par  exemple , sont  tout-à-  ■ 
fait  opposés  à ceux  par  lesquels  il  faut  combattre  les  pal- 
pitations dues  à une  hypertrophie  ou  à une  sur-nutrition  du  i 
cœur^  soit  primitive,  soit  consécutive,  ainsi  que  celles  qui  i 
proviendraient  d’un  état  pléthorique. 

Dans  le  premier  cas,  en  effet,  les  toniques,  lesferruginéux, 
les  bains  frais,  un  bon  régime,  un  exercice  modéré,  forment 
la  base  du  traitement.  Les  émissions  sanguines  sont  formelle- 
ment contre-indiquées,  à moins  de  complications  qu’il  n’est 
pas  de  mon  sujet  de  faire  connaître.  Dans  l’autre  cas,  au  con- 


DES  NÉVROSES.  4o  I 

traire,  ces  mêmes  émissions  sanguines,  combinées  ou  non 
avec  les  sédatifs,  doivent  être  mises  en  usage.  Je  erois  devoir 
relever  à cette  occasion  une  erreur  que  commettent  souvent 
un  assez  bon  nombre  de  médecins  : ils  appliquent  à diffé- 
rentes reprises  des  sangsues  à la  vulve,  pratiquent  même  de 
petites  saignées  du  pied,  chez  de  jeunes  personnes  chloro- 
tiques, dont  les  règles  sont  arrêtées.  Ils  s’imaginent  que  la 
chlorose  tient  à l’aménorrhée  , tandis  que,  dans  l’immense 
majorité  des  cas,  l’aménorrhée  reconnaît  pour  cause  l’état 
chlorotique , lequel  n’est  bien  souvent  qu’une  variété  de  \'a- 
nèmie.  Cela  est  si  vrai,  que  si  l’on  parvient,  par  le  système 
de  traitement  indiqué  plus  haut,  à faire  disparaître  la  chlo- 
rose, les  règles  ne  tardent  pas  à reparaître  comme  d’elles- 
mêmes. 

Dans  les  palpitations  entretenues  par  une  vive  affection 
de  l’âme,  il  faut  imiter,  quand  on  le  peut,  la  conduite  des 
Erasistrate,  des  Boerrhaave  et  des  Bouvart.  C’est  surtout 
par  les  remèdes  moraux  qu’il  faut  combattre  ces  palpita- 
tions morales  elles-mêmes. 

Je  ferai  une  remarque,  en  terminant,  c’est  que,  dans  les 
cas  très  communs  où  les  malades  rapportent  à une  grave 
maladie  du  cœur  les  palpitations  nerveuses  qu’ils  éprou- 
vent , cette  idée  entretient  et  accroît  même  les  palpita- 
tions. Si  le  médecin  qu’ils  consultent  est  assez  habile  à 
la  fois  et  assez  heureux  pour  les  convaincre  de  leur  er- 
reur, de  tels  malades  sont  déjà  à moitié  guéris. 


ARTICLE  DEUXIEME. 

NEVRALGIES  DC  COEÜH. 

Il  est  assez  commun,  dit  avec  raison  M.  Laënnec,  de 
rencontrer  des  personnes  qui  éprouvent  constamment  ou  par  in- 
tervalle des  douleurs  analogues  à celles  du  rhumatisme  et  des 


MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 
névralgies , dont  elles  rapportent  le  siège  au  cœur  et  qui  sont  : 
prises  à tort  par  les  malades,  et  quelquefois  même  par  les  mé-  ' 
decins,  pour  des  signes  d'une  affection  organique.  » M.  Laënnec  t 
rattache  ces  douleurs  aux  névralgies  du  cœur.  J’avoue  } 
qu’il  ne  me  paraît  pas  démontré  que  les  douleurs  dont  il  j 
s’agit  siègent  bien  réellement  dans  le  cœur  lui-même,  or- 
gane qui,  à l’état  normal,  ne  paraît  jouir  d’aucune; 
sensibilité  animale  (Bichat).  Mais  je  n’en  partage  pas  moins 
l’opinion  de  M.  Laënnec  sur  la  nature  névralgique  de  ces  i 
douleurs,  qui  me  semblent  résider  dans  les  nerfs  phréni-  li 
ques  et  intercostaux.  Je  ne  prétends  pas,  d’ailleurs,  que  les  > 
nerfs  du  cœur  eux-mêmes  ne  puissent  participer  à la  lésion  [i 
des  nerfs  respirateurs;  je  pense  seulement  que  cette  lésion  se  i 
révèle  alors  par  des  troubles  dans  les  mouvemens  du  cœur,  ji 
accompagnés  de  ce  malaise  intérieur  indéfinissable  qui  pré-  f 
cède  souvent  les  défaillances  ou  les  lipothymies.  L’affection 
névralgique  peut  se  propager  aux  nerfs  qui  s’anastomosent 
avec  le  nerf  phrénique  et  les  intercostaux , tels  que  le  pneu- 
mogastrique, les  plexus  brachial  et  cervical , etc.  Ilestextrê- 
mement  probable  que  certains  cas  à' asthme  nerveux  et  de  la 
maladie  désignée  sous  le  nom  d’angine  de  poitrine,  appar- 
tiennent à l’affection  névralgique  qui  nous  occupe  ici. 
Pour  distinguer  entre  eux  les  cas  où  ces  affections  sont  | 
simples  de  ceux  où  elles  coïncident  avec  des  lésions  organi- 
ques  du  cœur , il  suffit  de  bien  connaître  les  signes  positifs  [ 
de  ces  dernières , tels  que  nous  les  avons  longuement  ex-  i: 
posés  dans  le  cours  de  cet  ouvrage.  En  effet,  les  signes  ■ 
dont  il  s’agit  manquent  dans  les  cas  où  les  troubles  de  la  I 
circulation  et  de  la  respiration  dépendent  d’une  affection 
purement  nerveuse  des  organes  de  ces  fonctions. 


DES  NÉVEOSES. 


4g3 


ARTICLE  TROISIEME. 

5PASUB  DO  COBÜR,  AVEC  BBUiT  DB  SOUFFLET  EX  FRÉMISSEMENT  CATAIRE. 

M.  Laënnec  est  le  seul  auteur  qui  ait  parlé  de  la  maladie 
, ci-dessus  désignée  , à laquelle  il  n’a  guère  consacré  qu’une 
] page  de  son  ouvrage.  Cette  nouvelle  maladie  du  cœur  me 
] paraît,  quant  à présent  du  moins  ^ lout-à-fait  imaginaire. 

] Dans  la  courte  description  qu’en  trace  M.  Laënnec  , on  ne 
1 trouve  absolument  rien  qui  démontre  ou  fasse  même  soup- 
çonner un  -vrai  spasme  du  cœur,  si  tant  est  d’ailleurs 
( qu’un  tel  spasme  pût  être  compatible  avec  la  vie. 

Selon  M.  Laënnec , le  bruit  de  soufflet  du  cœur  qui  a lieu 
I dans  cette  maladie  existe  presque  toujours  en  même  temps 
( dans  quelque  artère.  Cette  remarque  nous  porte  à penser 
I que  l’affection  décrite  par  M.  Laennec  ne  diffère  point  au 
fond  de  celle  dont  nous  avons  parlé  à l’occasion  des  palpi- 
tations des  individus  chlorotiques  ou  anémiques.  M.  Laën- 
nec, il  est  vrai,  dit  que«  c’est  en  général  chez  les  hypochon- 
» driaques,  et  particulièrement  chez  ceux  qui  sont  d’une  con- 
» stitution  sanguine  et  pléthorique,  que  l’on  remarque  le  plus 
» souvent  le  bruit  de  soufflet  du  cœur , existant  presque 
» toujours  en  même  temps  dans  quelque  artère;  » mais, 
ainsi  que  nous  avons  eu  déjà  occasion  de  le  faire  remarquer, 
la  mort  prématurée  de  ce  célèbre  observateur  ne  lui  a pas 
permis  d’étudier  complètement  les  différentes  conditions 
des  diverses  espèces  de  bruit  et  de  ronflement  des  artè- 
res (i).  Quoi  qu’il  ne  soit,  nous  croyons  que,  dans  l’état  ac- 


(i)  Il  n’est  aucun  endroit  de  son  ouvrage  où  M.  Laënnec  ait  signalé  l’état 
chlorotique  comme  constituant  une  des  maladies  dans  lesquelles  se  manifestent 
les  ronflcmens  artériels;  et  c’est  là  néanmoins  l’affection  que  ces  ronfle- 
mens  accompagnent  d’une  manière  toute  spéciale,  et  avec  une  telle  constance, 
que  la  première  existant  à un  haut  degré , on  en  peut  conclure  à l’existence  des 
seconds, 


4q4  maladies  du  coeur  en  I'ARTICULIER. 

tuel  de  la  science , le  spasme  proprement  dit  du  cœur  est  une  i j 
maladie  dont  aucun  fait  positif  n’atteste  l’existence. 


ARTICLE  QUATRIEME. 

DBS  tlPOTHYMIES  Et  DE  LA  SYECOPE  KEEVEDSES,  ! 

§ I.  Idée  générale  de  la  syncope.  j 

Les  défaillances,  la  lipothymie  et  la  syncope  ne  sont  1 
que  trois  degres  d’une  seule  et  même  affection  nerveuse  du  | 
cœur,  savoir,  la  diminution  de  l’innervation  de  cet  organe. 
Le  plus  haut  degré,  qui  constitue  la  syncope  , est  réelle-  | 
ment  la  paralysie  momentanée  du  cœur.  j 

Les  phénomènes  de  la  syncope  complète  sont  ceux  de  la 
mort  subite,  dont  elle  ne  diffère  qu’en  ce  que,  dans  le  plus 
grand  nombre  des  cas,  les  malades  peuvent  encore  être  rap- 
pelés à la  vie  : nous  disons  dans  le  plus  grand  nombre  des 
cas,  car  il  en  est  quelques  uns  où  la  syncope  est  suivie  d’une 
mort  réelle.  L’individu  qui  éprouve  une  syncope  com- 
mence par  ressentir  un  malaise  inexprimable,  ses  yeux 
s’obscurcissent,  se  couvrent  comme  d’un  nuage , des  tinte- 
mens  d’oreille  se  manifestent,  le  visage  pâlit,  les  lèvres 
se  décolorent , la  pensée  s’évanouit , le  sentiment  s’éteint,  ! 
tout  le  corps  se  refroidit,  se  couvre  de  sueur  ; les  membres  i 
tombent  comme  des  masses  inertes  , les  genoux  se  dérobent  i 
sous  le  poids  du  tronc , toutes  les  articulations  se  fléchis-  s 
sent  , le  pouls  et  la  respiration  disparaissent ...  il  ne  reste  f 
plus  aucun  signe  de  vie  extérieure  ; elle  est , pour  ainsi  dire,  f 
momentanément  éclipsée.  Cependant  on  revient  à soi,  les 
sensations  et  le  mouvement  se  raniment , la  chaleur  repa- 
taît,  et  l’on  se  sent,  pour  ainsi  dire,  renaître. 

Le  plus  souvent  la  syncope  ne  dure  que  quelques  secondes; 
d’autres  fois  elle  persiste  pendant  quelques  minutes. 


DES  NÉVROSES.  4g5 

Il  ne  faut  pas  confondre  avec  la  syncope  proprement  dite 
ces  pertes  de  connaissance  qui  peuvent  se  prolonger  plu- 
sieurs heures  ou  même  des  jours  entiers.  L’absencecomplète 
des  battemens  du  cœur  ne  saurait  durer  aussi  long-temps 
sans  entraîner  la  mort. 

Le  sentiment  de  malaise  et  d’anxiété,  que  nous  avons 
donné  comme  le  signe  avant-coureur  de  la  syncope , ne 
se  présente  pas  toujours  ; bien  plus  , quelques  personnes, 
avant  de  se  trouver  éprouvent  un  sentiment  plein  de 
charmes,  de  douceur  et  presquevde  ravissement.  Montai- 
gne , revenu  d’une  syncope,  regrette  amèrement  l'espèce 
de  bien-être  voluptueux  que  lui  avait  procuré  cet  anéantis- 
sement passager  de  la  vie. 

§ II.  Causes  de  la  syncope. 

Les  causes  de  la  syncope  sont  très  variées , et  souvent 
opposées;  c’est  ainsi  que  l’on  se  pâme,  suivant  l’expression 
du  vulgaire,  de  joie  et  de  douleur,  d’amour  et  de  haine,  etc. 
La  syncope  peut  être  l’effet  des  douleurs  physiques 
violentes,  telles  que  celles  qui  accompagnent  la  péritonite, 
par  exemple,  de  vives  émotions,  de  sensations  produites  par 
la  vue  de  certains  objets,  par  certains  sons,  par  certaines 
odeurs,  etc  (i). 

Divers  agens  toxiques  jouissent  de  la  propriété  d’affaiblir 
ou  même  de  suspendre  complètement  ' les  battemens  du 


(i)  On  rapporte  que  les  dames  romaines  tombaient  en  syncope  lorsqu’elles 
respiraient  l’odeur  des  fleurs,  en  sorte  qu’il  ne  leur  était  pas  permis  d’en  avoir 
dans  leurs  apparlemens.  Tous  les  jours  nous  voyons  chez  nous  des  femmes  se 
trouver  mal  à la  vue  d’une  araignée,  d’ude  chauve-souris:  il  en  est  dont  les  nerfs 
sont  tellement  susceptibles,  quelles  éprouvent,  dit-on,  le  même  accident  par  le 
toucher  du  velouté  delà  pêche,  de  la  framboise,  du  satin,  etc.  Quelques  unes  font 
encore  mieux,  elles  tombent  en  défaillance  sans  aucune  raison  sensible,  et  pour 
ainsi  dire  à volonté;  sans  doute  que  la  syncope  produit  sur  elles  le  même  effet 
voluptueux  que  sur  Montaigne. 


4g6  MALADIES  DD  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

cœur  : tels  sont  l’acide  hydrocyanique , par  exemple  , cer-  s ; 

tains  miasmes  septiques,  etc. 

Une  cause  plus  directe  de  cette  maladie  consiste  dans  la 
brusque  soustraction  d’une  quantité  considérable  de  sang;  ji 
de  là  les  syncopes  que  déterminent  les  hémorrhagies,  et  i 
même  une  simple  saignée.  Les  grands  obstacles  à la  circula-  i 
tion  suspendent  également  l’action  du  cœur  et  amènent  la  i 
défaillance.  Telles' sont  les  principales  causes  qni  peuvent, 
directement  ou  indirectement , éteindre  momentanément 
la  puissance  nerveuse  du  cœur,  et  produire  par  conséquent 
la  syncope. 

§ III.  Traitement  de  la  syncope. 

La  syncope  purement  nerveuse,  telle  que  celle  qui  arrive 
aux  femmes  vaporeuses,  aux  convalescens , etc.  , n’est 
nullement  dangereuse  ; la  plus  légère  excitation,  l'im- 
pression de  l’air  frais  , les  aspersions  d’eau  froide,  l’applica- 
tion de  quelques  émanations  odorantes  plus  ou  moins  fortes 
sur  lamembrane  pituitaire  , telles  que  celles  que  fournissent 
l’éther,  l’eau  de  Cologne,  l’ammoniaque,  etc.  , et  mille 
moyens  connus  du  simple  vulgaire , suffisent  pour  la 
faire  disparaître. 


ARTICLE  CINQUIEME. 

DE8  IRKÉGOLARITÉS  BT  UES  IHTERMITTENCES  DBS  BATTEMBKS  Dü  COEOR. 

Que  les  lésions  qui  peuvent  survenir  dans  le  rhythme 
des  battemens  du  cœur  soient  purement  nerveuses,  comme 
nousle  supposons  ici , ou  qu  elles  accompagnent  des  lésions 
matérielles  de  cet  organe,  leur  description  reste  toujours 
la  même.  Or,  comme  nous  avons  décrit  les  irrégularités 
et  les  intermittences  des  battemens  du  cœur,  dans  la 
partie  de  nos  prolégomènes  où  nous  avons  étudié  ces  batte- 
mens à état  anormal, nous  y renvoyons  les  lecteurs. 


DES  NÉVROSES.  497 

Les  irrégularités  et  les  intermittences  des  battemens  du 
cœur  surviennent  le  plus  souvent,  en  même  temps  que 
les  palpitations  et  sous  l’influence  des  mêmes  causes.  Les 
mêmes  moyens  conviennent , en  général , aux  unes  et  aux 
autres.  C’est  ainsi,  par  exemple,  que  la  digitale  régularise 
les  battemens  du  cœur  comme  elle  en  modère  la  force  et 
la  fréquence.  Ce  médicament,  modérateur  à la  fois  et  ré- 
gulateur àes,  battemens  du  cœur,  est,  sans  contredit,  celui 
qu’il  convient  surtout  d’opposer  à l’affection  qui  fait  l’objet 
de  cet  article.  (Voy.  Palpitations.) 


a. 


3a 


■1 


CLASSK  TROISIÈME. 


DES  »14P^I}IBS  QHI  CplOISTEUT  BS8BHTIBLLBMENT  BT  PniMITIVEMERT  El»  DES 
J,^SIO(«S  rpY^IQUES  E?C  lilÉC^inQUBS  pO  ÇC^DÇ. 


CHAPITRE  I. 

* . t 

DES  SOLUTIONS  DE  CONTINUITÉ  DU  CŒUR  PAR  CAUSES 

MÉCANIQUES. 

Je  diviserai  ce  genre  de  solutions  de  continuité  du  cœur  | 
en  celles  qui  sont  produites  par  l’action  des  causes  vulné-  i 
rantes  ou  trciumatiques , et  en  celles  qui  s’opèrent  sponta-  ; 
nément,  suivant  le  langage  de  certains  auteurs,  ou,  ce  qui  : 
est  la  même  chose , sans  l’intervention  des  instrumens  vul- 
nérans  proprement  dits,  et  qui  portent  le  nom  de  ruptures. 


ARTICLE  PREMIER. 

PLAIES  OD  BLE5SCRBS  DO  COEDB. 

I.  Les  plaies  du  cœur,  comme  toutes  les  autres,  peuvent  i| 
être  produites  par  des  instrumens  tranchans,  piquans  ou 
contondans  (on  jilace  parmi  ces  derniers  les  projectiles  | 
mis  en  mouvement  par  la  poudre  à canon).  Elles  peuvent  J 
être  pénétrantes  ou  non  pénétrantes.  Nous  ne  parlerons  que  j 
de  ces  dernières , et  ce  que  nous  en  dirons  sera  très  j 
court  (i).  N ^ 

• f 

ï 

(i)  Ceux  qui  Toudront  avoir  plus  de  détails  sur  celte  matière  n’auront  qu'à 


i 


BLESSURES  DU  CŒUR. 


II.  Les  plaies  du  cœur  peuvent  être  compliquées  de 
la  présence  du  corps  ou  de  l’instrument  dont  elles  sont 
l’effet,  et  cette  circonstance  prévient  quelquefois,  dumoins 
pour  le  moment , une  hémorrhagie  mortelle.  Tout  le  monde 
connaît  l’histoire  d’Épaminondas  (i). 

Toutes  les  parties  du  cœur  ne  sont  pas  également  ex- 
posées à l’atteinte  des  corps  vulnérans.  Sur  64  cas  de 
plaies  du  cœur  rassemblés  par  M.  Ollivier  (fi’ Angers),  vingt- 
neuf  fois  la  lésion  occupait  le  ventricule  droit , lequel  forme 
la  pa  rtie  la  plus  découverte  de  la  syrfape  antérieure  du 
cœur  ; douze  fois , le  ventricule  gauche  ; netif  fois , Jes 
deux  ventricules  ; trois  fois  , l’oreillette  droite;  une  fpis , 
l’oreillette  gauche  ; sept  fois , la  pointe  pu  la  basp  du  çpeur; 
et  dans  trois  cas , le  siège  de  la  blessure  n’ét^it  pa§  in- 
diqué. 

Ce  n’est  pas  toujours  par  des  agens  vulnéraps  vepus  du 
dehors  que  sont  produites  les  plaies  du  pœur.  Voipi,  pap 
exemple , un  cas  de  déchirure  du  cœur  par  un  fragment 
de  côte. 

Un  charretier,  âgé  dea3  ans,  eut  le  malheur  de  se  troit- 
ver  pris  entre  les  moyeux  de  deux  voitures,  le  3 mai  |i83p. 
11  perdit  tout-à-coup  connaissance.  Transporté  immédiate- 
ment à l’Hôtel-Dieu  , il  ne  donna  plus  aucun  signe  dp  vie. 

Autopsie  çadavèricpie , vingt-sçpt  heures  après  la  mort. 

De  légères  ecchymoses  existant  de  chaque  côté  de  la 
poitrine  , indiquent  assez  que  cette  cavité  a été  comprimée 
transversalement.  Les  huitième  et  neuvième  côtes  spnt 


consulter  l’excellent  article  de  M.  le  docteur  Ollivier  (d’Angprs)  sur  les  plaies 
du  cœur,  publié  dans  le  tome  VIII*  du  Dictionnaire  de  médecine,  en  a5  volumes. 
Paris,  1854. 

(1)  Si  l’histoire  d’EpaminoneJas  paraît  un  peu  fabuleuse  au  leçfeur,  en  vpipi  une 
plus  positive,  publiée  par  M.  le  docteur  Ferrus.  Un  aliéné  s’enfonça  à demeure  entre 
les  cinquième  et  sixième  côtes  gauches  un  stylet  de  fer,  qui  traversa  obliquement 
de  bas  en  haut  le  ventricule  gauche  et  la  cloison  interventriculaire.  Le  blessé  vé- 
cut vingt  joufs. 


3:2, 


600  MALADIES  DU  CCEUR  EN  PARTICULIER, 

fracturées  à la  réunion  des  deux  tiers  postérieurs  avec  le 
tiers  antérieur.  Une  dépression  s’observe  à l’endroit  de  la 
fracture. 

La  plèvre  gauche  est  remplie  par  une  grande  quantité 
d’un  sang  noir,  liquide,  avec  d’énormes  caillots. 

Le  péricarde,  vu  à l’extérieur,  présente  une  légère  teinte 
bleuâtre;  il  contient  un  peu  de  sang  noir  coagulé:  à son 
côté  gauche  existe  une  ouverture  de  deux  pouces  , dirigée 
de  haut  en  bas  et  de  gauche  adroite.  A sa  face  postérieure, 
le  cœur  offre  une  plaie  transversale  , longue  d’un  pouce  et 
demi,  pénétrant  dans  la  cavité  des  deux  ventricules.  Cette 
plaie  correspond  parfaitement  à l’ouverture  du  péricarde. 

Les  fragmens  de  la  8®  côte,  fracturée  comme  il  a été  dit, 
sont  portés  en  dedans.  Le  fragment  antérieur  fait  une 
saillie  considérable  dans  la  cavité  de  la  plèvre  : il  est  aigu  , 
piquant,  taillé  en  bec  de  flûte , et  c’est  évidemment  lui  qui  a 
déterminé  la  blessure  du  péricarde  et  du  cœur.  [Cette  observa- 
tion a été  recueillie  par  M.  Clioisy , qui  l’a  publiée  dans  sa 
Dissertation  inaugurale.) 

III.  La  plupart  des  plaies  du  cœur  entraînent  une  mort 
subite.  Dans  quelques  cas  seulement,  le  blessé  peut  ne 
succomber  qu’après  un  temps  plus  ou  moins  long.  Dans 
les  grandes  plaies  du  cœur,  le  blessé  tombe  comme  s’il  eût 
été  frappé  d’un  coup  de  foudre  : quasi  fulmine  ictus , con- 
cidit,  dit  Diemerbroëk  , en  parlant  d’un  combattant  qui, 
dans  un  duel , reçut  un  coup  d’épée  qui  traversa  le  ven- 
tricule gauche.  Les  deux  enfans  assassinés  par  Papavoine 
moururent  sur  le  coup.  Or  , il  résulte  du  rapport  de  M.  le 
docteur  Denis  que  le  ventricule  gauche  fut  traversé  chez 
ces  deux  infortunés. 

Voici  trois  cas  de  plaies  du  cœur  non  suivies  d’une 
mort  subite , rapportéspar  IM.  Ollivier  (d’Angers).  Un  men- 
diant de  Milan,  dont  Morgagni  nous  a transmis  l’histoire, 
reçut  un  coup  de  couteau  qui  traversa  le  ventricule  gauche 
à sa  partie  antérieure.  Il  s’écoula  peu  de  sang  à l’instant 


BLESSURES  DU  CœUR. 


5oi 

meme.  Après  avoir  fait  environ  soixante-dix  pas , le  blessé 
s’assit , et  mourut  au  bout  d’une  demi-heure  en  vomissant 
son  dîner.  — Un  soldat  tombe  sur  une  baïonnette,  qui 
pénètre  entre  la  6“  et  la  7®  côtes  gauches.  Le  blessé  ne  suc- 
combe que  49  heures  après  la  blessure,  au  moment  où  il 
était  allé  à la  garde-robe.  Une  plaie  large  de  9 lignes  péné- 
trait dans  le  ventricule  gauche  , où  l’instrument  avait  di- 
visé une  des  colonnes  charnues  qui  se  fixent  à la  valvule 
mitrale.  — Un  jeune  homme  reçoit  un  coup  de  couteau  au- 
dessous  de  la  mamelle  gauche  et  éprouve  plusieurs  syncopes. 
Peu  à peuple  blessé  se  rétablit,  puis  meurt  tout-à-coup  le 
dixième  jour.  On  trouva  une  plaie  pénétrante  du  ventricule 
gauche. 

Suivant  M.  Ollivier,  ce  seraient  les  plaies  du  ventricule 
gauche  qui  détermineraient  le  plus  souvent  la  mort  subite. 
Il  établit  que  les  blessures  des  oreillettes  ne  sont  pas  aussi 
rapidement  mortelles  qu’on  le  pense  communément.  En 
comparant  les  divers  exemples  de  plaies  du  cœur,  dit-il  , 
on  voit  que  celles  du  ventricule  droit  sont  à la  fois  les  plus 
communes  et  les  moins  promptement  mortelles.  D’après 
le  relevé  que  nous  avons  mentionné  plus  haut,  tous  les 
blessés  appartenant  à cette  dernière  catégorie  (plaies  du 
•ventricule  droit) , à l’exception  de  deux , n’ont  pas  vécu 
moins  de  deux  jours. 

D’où  proviennent  les  différences  dans  la  durée  de  la  vie 
après  une  blessure  pénétrante  du  cœur?  Morgagni  attribue 
la  subitanéité  de  la  mort  à l’obstacle  que  le  sang  trouve  à 
s’écouler  au  dehors  du  péricarde  , et  par  suite  à la  compres- 
sion du  cœur. M. Ollivier  trouvecette  explication  très  ration- 
nelle. J’avoue  que  je  n’en  suis  pas  aussi  satisfait  pour  mon 
propre  compte.  Il  est  bien  plus  simple,  lorsqu’il  existe  un 
épanchement  considérable  de  sang  dans  le  péricarde , 
d’admettre  que  le  sang,  qui  devait  arriver  dans  tous  les 
organes,  et  spécialement  dans  les  centres  nerveux,  pour  y 
entretenir  la  vie , s’écoulant  en  presque  totalité  à travers 


A ■ 

00‘2  MALADIES  bÜ  CCæUR  EN  PAIITICULIEII. 

ia  blessure,  la  syncope  et  la  mort  sont  par  cela  même  for- 
cées. Ëartliolin  pense  que  l’étroitesse  et  l’obliquité  de  la  bles- 
sure peuvent  contribuer  puissamment  à retarder  la  mort,  et 
il  est  des  faits  Favorables  à cette  explication  , dont  l’esprit  sai- 
sit facilement  la  justesse.  Toutefois,  considérant  qu’il  est  des 
cas  dans  lesquels  la  largeur  de  la  plaie  du  cœur  u’a  pas  em- 
pêché la  vie  de  continuer  encore  assez  long-temps,  M.  Ollivier 
ne  pense  pas  que  t étroitesse  et  V obliquité  de  la  plaie  constituent 
à elles  seules  les  conditions  qui  empêchent  celle-ci  d’être 
immédiatement  mortelle.  La  cause  des  différences  qui 
noüs  occupent,  suivant  cet  auteur  « réside  tout  entière 
» dans  la  direction  du  trajet  de  la  blessure  relativement  à 
» celle  des  fibres  de  chacun  des  plans  musculeux  du  cœur; 
• ainsi,  une  plaie  du  ventricule  gauche,  par  exemple, 
» peut , pour  ainsi  dire , ne  faire  qu’écarter  les  fibres  des 
» plans  Superficiels,  et  diviser  en  travers  celles  du  plan  pro- 
» fond , et  'vice  versâ.  Est-elle , au  contraire  , à peu  près 
» transversale  à la  direction  de  ces  différens  plans  , la  plaie 
» réstera  béante,  et  donnera  lieu  à une  hémorrhagie  promp- 
» tement  Funeste.  Ici,  Ton  conçoit  toute  l’influence  que 
» peut  avoir  la  forme  particulière  de  l’instrument  vulnérant 
» qui  traverse  l’épaisseur  des  parois  ventriculaires.  M.  Alph. 
» Sanson  a très  bien  fait  remarquer  que  le  défaut  de  pa- 
» rallélisme  des  plans  charnus  du  cœur  est  la  condition  qui 
» favorise  le  plus  la  Formation  d’un  caillot  sanguin  capable 
> d’obturer  là  plaie.  » La  nouvelle  condition  signalée  très 
ingènieusëment  ici  par  M.  Ollivier  est  assurément  d’une 
grande  importance  pour  empêcher  une  blessure  du  cœur 
d’être  sulaitement  mortelle;  mais  les  deux  autres  conditions 
indiquées  par  Bartholin  n’en  doivent  pas  moins  être  prises 
en  considération , et  en  les  réunissant  à Pautre , on  a véri- 
iabiement  les  données  nécessaires  à la  solution  du  problème 
dont  il  vient  d’être  question. 

IV.  Plusieurs  faits  rapportés  dans  l’article  de  M.  Ollivier 
ne  laissent  aucun  doute  sur  la  possibilité  de  la  guérison 


• BLfisèuhÈ^  btj  côÈuîi.  6o3 

de  certaines  plaies  pénétrantes  du  cœur.  Voici  les  conseils 
qu’il  donne  pour  le  traitement  des  blessures  de  cet  organe 
en  général.  « La  première  indication  à remplir,  dit-il , est 
» d’affaiblir  la  circulation  par  des  saignées  abondantes  et 
» répétées,  et  de  modérer  en  même  temps  la  fréquence  des 
ï mouvemens  du  cœur.  L’administration  de  la  digitale  peut 
» être  ici  un  auxiliaire  puissant....  Il  importe  beaucoup, 
» ainsi  que  l’a  proposé  M.  Alph.^Sanson  , de  tenir  le  blessé 
» dans  une  atmosphèreaussi  froide  que  possible.  DëS&pplica- 
» tiens  de  glace  sur  la  poitrine  seront  alors  très  utiles. 

» Il  faut  maintenir  le  plus  long-temps  possible  le  blessé 
» dans  un  repos  absolu.  Le  séjour  prolongé  au  lit,  l’im- 
» mobilité  du  corps,  l’éloignement  de  toute  cause  d’émotion, 
» un  régime  débilitant,  sont  surtout  nécessaires  ici... 

.)  Quant  au  traitement  local  de  la  plaie,  il  faut  en  rap- 
» procher  immédiatement  les  bords.  En  s’opposant  ainsi  à 
ï l’écoulement  du  sang  au  dehors,  on  favorise  la  formation 
» d’un  caillot  qui  pourrait  obturer  la  plaie  du  cœur.  Lue 
» conduite  opposée  enlèverait  toute  chance  de  sâlut  au 
» blessé.  » 


5o4 


MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 


ARTICLE  DEUXIEME. 

BOPT0RES  DO  COEUR. 


SECTION  PREMIÈRE. 

OBSERVATIONS  PARTICULIERES  DE  RUPTURE  SIMPLE  OU  MULTIPLE 
DE  'DIFFÉRENTES  PARTIES  DU  COEUR. 

1°  Observations  de  rupture  des  parois  du  cœur. 
OBSERVATIONS  137e  138e,  139e,  lAO*. 

Jeune  homme  de  i3  à i4  ans.  — Ecrasement  par  la  roue  d’une  voiture. — 
Rupture  du  ventricule  gauche,  de  la  base  au  sommet,  le  long  du  bord  par  lequel 
il  se  réunit  au  ventricule  droit. 


Le  a3  octobre  i8i3,  M.  Worbe  fut  appelé  pour  consta- 
ter la  mort  d’un  jeune  homme  de  i3  à i4  ans,  écrasé  par 
la  roue  d’une  voiture.  . 

Les  côtes , leurs  cartilages  et  le  sternum  étaient  dans 
leur  état  naturel.  Le  péricarde  était  rempli  de  sang , et  le 
ventricule  gauche  du  cœur  rompu  antérieurement,  depuis 
sa  base  jusqu’à  son  sommet , le  long  du  bord  par  lequel  il 
se  réunit  au  ventricule  droit  (i). 

RÉFLEXIONS. 

La  rupture  des  parois  du  cœur  par  suite  de  violences 
analogues  à celle  dont  il  est  question  dans  le  cas  précédent, 
ne  constitue  pas  un  accident  très  rare.  Nous  avons  vu  une 


(i)  Cette  observation  a été  recueillie  par  M.  Worbe,  et  publiée,  en  i8i4, 
dans  les  Bulletins  de  la  Faculté  de  médecine. 


RUPTURES  DU  CCŒUR.  5o5 

rupture  de  l’oreillette  droite  chez  un  homme  qui  s’était 
jeté  par  une  croisée,  pendant  les  angoisses  d’une  dyspnée 
des  plus  violentes. 

Verbrugge  a rapporté  deux  cas  de  rupture  du  cœur  pro- 
duite par  des  violences  extérieures.  Dans  le  premier  cas , 
cité  d’après  Mumersen,  un  jeune  homme  robuste  eut  une 
rupture  de  l’oreillette  droite,  par  suite  d’un  coup  de  pied 
de  cheval  sur  le  sternum.  Dans  le  second  cas , raconté  d’a- 
près Nébélius  , il  s’agit  d’un  cavalier  qui  expira  après  avoir 
été  traîné  par  son  cheval.  On  ne  trouva  aucune  contusion 
extérieure , aucune  fracture  aux  côtes,  et  cependant  l’o- 
reillette droite  et  la  veine-cave  étaient  déchirées. 

Les  faits  précédens  ne  dil’fèrent  pas  beaucoup  de  ceux- 
relatifs  aux  plaies  du  cœur  proprement  dites;  mais  les  ob- 
servations suivantes  prouvent  que  ce  n’est  pas  toujours 
sous  l’influence  de  violences  extérieures  que  se  développent 
les  ruptures  des  parois  du  cœur. 

OBSERVATION  141,  (i). 

Nausées  et  vomissemens.  — Perte  subite  de  connaissance , refroidissement,  — 
Mort.  — Epanchement  de  sang  dans  le  péricarde.  — Rupture  de  l’oreillette 
droite  dans  la  longueur  d'iin  pouce. 

Un  curé  de  Bordeaux , d’une  constitution  pléthorique 
et  forte,  ayant  soupé  comme  à son  ordinaire,  le  5 novem- 
bre 1821,  éprouva,  au  moment  de  se  coucher,  un  refroi- 
dissement considérable  des  mains  et  des  pieds.  A peine  est- 
il  dans  son  lit , qu’il  est  pris  de  nausées  et  de  vomissemens. 
Il  appelle  quelqu’un  , puis  perd  la  parole,  tombe  sans  con- 
naissance dans  les  bras  de  son  domestique , accouru  à sa 
voix;  pâlit,  devient  froid,  et  expire  avant  l’arrivée  de 
M.  le  docteur  Grateloup,  qu’on  avait  fait  appeler. 


(i)  Observation  recueillie  par  M.  le  docteur  Grateloup,  de  Bordeau^t. 


ëô6  MALADIES  DU  COÉtll  ÈN  PARTIGÜLIEII. 

A l’buterturB  du  càdavrB  , on  trouva  da?ii  le pèritardé  un 
epanchemétit  considérable  de  sérosité  rouge  ^ mêlée  de  gros 
caillots  de  sang.  Le  cœur  était  volumineux  et  prodigieuse- 
ment gras.  Soit  oreillette  droite  offrait  une  déchirure  d’envi- 
ron un  pouce  de  longueur. 

OBSERVATION  lA2e  (i). 

Vieillard  de  8o  ans.  — Depuis  quelques  jours^  oppression,  faiblesse.  — Mort 
Subite.  — Èpanchemeiit  de  sang  dans  le  péricarde.  — Crevasse  du  ventricule 
gauche,  longue  de  lo  à 12  lig. , dirigée  selon  Taxe  de  ce  ventricule.  — Ossifica- 
tion des  valvules  aortiques,  ainsi  que  de  l’aorte  et  de  plusieurs  autres  artères. 

Un  vieillard  de  80  ans  environ  , s’étant  rendu  à l’hôpital 
de  Clermont,  pour  une  oppression  et  une  faiblesse  qu’il 
éprouvait  depuis  quelques  jours , fut  frappé  d’une  mort 
subite , sans  aucun  signe , à l’extérieur,  de  lésion  orga- 
nique. 

A l’ouverture  du  cadavre,  M.  Fleury  trouva  le  péricarde 
très  distendu , rempli  d’un  sang  rouge  et  coagulé.  Il  aper- 
çut ensuite  une  crevasse  du  ventricule  gauche , longue  de 
ib  à 12  lig. , et  dirigée  selon  l’axe  de  ce  ventricule.  Elle 
était  à peine  sensible  du  côté  de  la  cavité  de  ce  dernier, 
à cause  du  caillot  qui  en  bouchait  presque  toute  l’éten- 
due (â). 

Les  valvules  aortiques  et  le  tronc  de  l’aorte  présentaient 


(1)  Observation  recueillie  par  M.  Fleury,  chirurgien  eh  chef  de  rHôtel-Ditu 
de  Clermont,  el  publiée  dans  le  t.  l*''  des  Bulletins  de  la  Faculté  de  médecine 
de  Paris. 

(2)  Suivant  M.  Fleury,  Vépancbeulrnt  dâns  le  péricarde  se  serait  fait  graduel- 
lement, elté  vieillëtd  n’oürait  succombé  que  lorsque  le  t-entricide  , par  la  pres- 
sion constante  et  progressive  qu’il  éprouvait  de  la  part  du  sang  épanché , n’en 
pouvait  plus  admettre  lui-même  dans  sa  cavité.  Celte  hypothèse  n’est  guère  pro- 
bable , et  il  est  bien  plus  naturel  de  penser  que  répanchement  aura  été  subit , 
comme  la  mort  l*a  été  èlle-mcmfc. 


RUPTURES  DU  C(®UR.  ^0^ 

dans  leur  épaisseur  plusieurs  points  d’ossification.  Les  ar- 
tères sous-clavières,  les  carotides,  les  crurales  et  leurs 
principales  branches  , étaient  presque  totalement  ossi- 
fiées (i). 

OBSERVATION  143«. 

M.  le  docteur  Bignardi , de  Milan,  à consigné  le  fait  sui- 
vant dans  le  n°  de  janvier  1829  des  Annal,  univ.  di  med. 

Une  jeune  demoiselle  de  Modène  mourut  tout-à-cbup 
lorsqu’elle  s’occupait  de  préparatifs  de  toilette  pour  se  ren- 
dre à un  bal. 

En  examinant  soigneusement  le  cOeürj  oh  trouva,  vers  là 
base  du  ventricule  gauche>  près  de  l’insertion  de  l’aorte,  ühé 
petite  tunieur,  de  la  grosseur  d’une  fève,  dont  les  parois 
étaient  constituées  uniquement  par  l’adossenient  de  la 
membrane  interne  du  ventricule  aü  feüillet  sérèux  qui  re- 
vêt le  cœur.  Vette  tutneur,  qui  forinait  ùn  retiêf  sensible  à la, 
^rfàce  de  cet  organe,  Ûail  le  siégé  d'wte  déchirure  pàr  la- 
quelle un  épanchement  de  sang  s’était  op  'été  daii's  le  péricarde, 
et  de  là , la  moH  subite. 

2°  Observations  de  rupture  des  valvides  du  cœur,  des  tendons 
'valvulaires  et  des  colonnes  charnues t 

J’ai  déjà  rapporté  quelques  cas  de  cette  espèce  de  rup- 
ture à l’occasion  des  ulcères  du  cœur.  A ces  cas  , je  join- 
drai les  trois  suivans. 

OBSÈRVATIÔN  li4e. 

M.  Nicod  a publié  , dans  le  n®  4i  du  Journal  hebdotna- 
dmre  de  médecine  ( i i octobre  i834  ) , un  cas  de  rupture  de 


(i)  M.  Fleury  pense  que  cette  ossification  a déterminé  la  rupture  du  Teütricule 
U cœur,  en  forçant  celui-ci  à redoubler  d^efforts  pour  faire  arrive^  le  sang  dans 
les  dernières  ramifications  artérielles. 


ôoo  maladies  du  coeur  en  particulier. 
deux  colonnes  charnues  du  ventricule  gauche,  chez  une 
dame  qui  avait  éprouvé  deux  accès  de  suffocations  extraor- 
dinaires. Il  existait  en  outre  une  ossification  des  valvules  du 
cœur. 


OBSERVATION  145e  (i). 

Femme  de  78  ans.  — Chute  d'un  troisième  étage.  — Fracture  de  plusieurs 
os,  rupture  du  foie,  de  la  rate  et  du  cœur  (épanchement  de  sang  dans  le  péri- 
carde; rupture  de  la  base  du  cœur,  à l’insertion  de  l'aorte;  déchirure  d’une 
des  valvules  aortiques  ). 


Deluzenne  (Marie-Madeleine),  âgée  de  78  ans , était  d’un 
caractère  fort  irascible , et  se  querellait  avec  ses  voisines  : 
pour  les  causes  les  plus  minimes. 

Le  i"  septembre,  à la  suite  d’une  de  ces  querelles,  elle  ! 
assura  que,  pour  se  venger  de  sa  voisine  , elle  se  jetterait  i 
par  la  fenêtre.  Avertie  par  les  autres  femmes  du  dortoir,  i 
la  fille  de  service  vint  s’opposer  à l’exécution  de  cette  ven-  : 
geance  d’une  nouvelle  espèce.^  en  menaçant  à son  tour  de  I 
prévenir  la  surveillante  de  l’emploi.  Cependant  Deluzenne,  1 
le  lendemain,  à 4 heures  du  matin,  approcha  une  chaise 
de  la  fenêtre,  et  se  précipita  d’un  troisième  étage,  élevé 
d’environ  quarante  pieds  de  hauteur. 

Après  avoir  porté  les  jambes  en  dehors  de  la  fenêtre, 
cette  malheureuse  s’est  tenue  quelques  secondes  accrochée 
par  les  mains , puis  s’est  abandonnée  à son  propre  poids , < 
en  sorte  qu’elle  est  tombée  sur  les  jambes  et  a expiré  sur-  i 
le-champ. 

Autopsie  cadavérique^  vingt  heures  après  la  mort. 

1°  Crâne.  — Fêlure  décrivant  une  courbe  à convexité  E 
antérieure,  et  partant  du  sommet  de  l’occipital  pour  se  t 
rendre  sur  le  pariétal , la  portion  écailleuse  du  temporal , 


(1)  Celle  observation  a été  recueillie  par  M.  Bergeon.  J’en  ai  retranché  quel-  1= 
ques  détails,  inutiles  à notre  objet. 


RUPTURES  DU  COEUR.  609 

et  finir  sur  le  côté  externe  du  corps  du  sphénoïde,  sans  in- 
téresser le  rocher. 

Thorax.  — Le  côté  droit  du  thorax  présente  sept 
fractures  de  côtes  dans  un  point  assez  rapproché  de  leur 
angle.  L’un  des  fragmens  a déchiré  une  des  artères  inter- 
costales, et  l’on  voit  dans  ce  côté  de  la  poitrine  un  épan- 
chement sanguin  médiocre. 

Le  péricarde,  énormément  distendu , contient  des  caillots  de 
sang,  dont  la  quantité  peut  être  évaluée  à une  livre. 

En  soulevant  le  cœur,  on  aperçoit  une  séparation  de  V aorte 
dans  son  point  d’insertion  avec  cet  organe , lésion  qui  a été  cer- 
tainement l’effet  d’un  contre-coup.  Cette  déchirure  est  située  a 
la  partie  postérieure  de  l’aorte  ; autour  d’elle  se  trouve  une  ec- 
chymose de  la  largeur  d’une  pièce  de  trente  sous;  en  ouvrant  ce 
'vaisseau par  sa  partie  antérieure,  on  'voit  une  déchirure  assez 
régulière,  transversale , s’étendant  au  tiers  de  sa  circorférence, 
et  ayant  séparé  en  deux  l’une  des  'valvules  sigmoïdes. 

3°  Abdomen.  — Le  foie  présente  une  rupture  de  deux 
lignes  de  profondeur  sur  deux  pouces  de  largeur.  La  rate 
offre  à sa  face  externe  une  lésion  tout-à-fait  semblable  à 
celle  du  foie 


RÉFLEXIONS. 

Dans  le  cas  précédent,  la  rupture  de  la  base  du  cœur  ou 
de  l’aorte  à son  insertion , la  déchirure  transversale  d’une 
des  valvules  aortiques , ont  été  évidement  l’effet  de  la  vio- 
lente secousse  produite  par  une  chute  de  4o  pieds  de  haut. 
Mais  les  valvules  du  cœur  peuvent , comme  les  parois  elles- 
mêmes,  comme  les  tendons  valvulaires  et  les  colonnes 
charnues  , éprouver  des  solutions  de  continuité  par  l’effet 
de  causes  non  extérieures , et  se  rompre,  par  exemple, 
sous  l’effort  des  contractions  du  cœur  ou  d’une  réaction 
violente  et  brusque  de  la  colonne  sanguine  contre  elles. 

Dans  le  cas  suivant,  recueilli  par  MM.  Laënnec  et 


5 10  MALADIES  DD  COEÜR  EN  PARTICULIER. 

Fizeau  , ces  observateurs  ont  attribué  à un  effort  de  ce 
genre  une  dilatation  partielle  et  une  double  rupture  de  ; 
la  valvule  mitrale.  Toutefois,  nous  n’oserions  affirmer  que  i 
tel  ait  été  réellement  le  mécanisme  de  la  rupture.  Il  se 
pourrait  du  moins  que  cette  rupture  eût  été  précédée  d’une 
ulcération  de  la  valvule. 

OBSERVATION  146e  (i). 

Homme  de  moyen  âge.,-^  Palpitations,  dyspnée.  — A la  face  supérieure  de  la  > 
valvule  mitrale,  aorte  de  petite  poche , percée  à ses  extrémités  de  deux  ouvertu-  i 
res,  dont  l’inférieure,  plus  large,  avait  des  bords  comme  frangés,  de  sorte  quev 
la  valvule  paraissait  avoir  été  rompue  en  cet  endroit. 

I 

« Un  homme  de  moyen  âge  éprouvant  des  palpitations  , 

» de  la  gêne  dans  la  respiration,  etc.,  succomba  à l’hospice | 
» de  la  Charité.  , 

» Ouverture  du  cadavre. — Le  cœur  était  beaucoup  plus  gros  i 
» que  dans  l’état  naturel,  ce  qui  dépendait  presque  entière- f 
» ment  deTépaisseur  des  parois  du  ventricule  gauche,  dontk 
» la  cavité  elle-même  ne  paraissait  guère  plus  ample  que 
» r état  naturel. 

» Les  vafvules  offraient  en  divers  points  des  concrétions  n 
yt  osséo -pierreuses , de  manière  à rester  continuellement' 
» tendues  , sans  pouvoir  se  relever  sur  les  parois  de  l’aorte,  l 
» ce  qui  rétrécissait  considérablement  l’orifice  de  cette  1 
» artère. 

» La  valvule  mitrale  présentait  aussi  deux  petites  con-  ( 
» crétions  de  même  espèce,  mais  qui  n’en  gênaient  en  rien> 
» le  mouvement.  ^ la  face  supérieure  de  cette  'valvule,  s’éle-' 
» vait  une  sorte  de  petite  poche  dhin  demi-pouce  de  longueur,  > 
» de  plus  de  quatre  lignes  de  diamètre , et  percée  cl  ses  extré-\ 


(i)  Ce  fait  a été  consigné  dans  le  tome  H'’  des  Bulteiins  de  la  Faculté  de  mé-\ 
decine  , sous  le  titre  suivant  : jE.rtrait  d’une  noie  iur  une  dilatation  partielle  de  i 
ta  valvule  vdlralcf  par  MM,  Laëuuec  et  Fiieau. 


RUPTURES  DU  CŒUR.  5ll 

» mités  dçi{X  ouyejiures , dont  V inférieure  était  la  plus 
» large.  Cette  dernière  avait  des  hords  assez  irréguliers  et 
» comme  frangés  .,  de  sorte  que  la  lame  inférieure  de  la  valmle 
P mitrale  paraissait  avoir  été  j'ojnpue  en  cet  endroit,  et  le  petit 
» sac  anéorismal formé  par  la  dilatation  de  la  lame  supérieure  : 
» seulement  Couverture  supérieure  était  évidemment  C effet  d'une 
» rupture  déjà  ancienne  de  ce  sac,  çar  elle  était  fort  lissé  (ï). 


DEUXIÈME  SECTION. 

HISTOIRE  OENPRALE  DES  RUPTURES  DU  COEUR* 

§ I.  Cargclcpes  apalpmicjues. 

Jl  est  des  lésions  dont  le  nom  seul  indique  sqffisamment 
et  clairement  le  caractère  anatomique  fondapiental , et  la 
rupture  est  de  ce  genre  de  lésions,  Nous  n’avons  donc  à nous 
occuper  ici  que  du  siège  , de  l’étendue,  de  la  direction , du 
nombre  des  ruptures  du  cœur.  Nous  nous  bornerons  à 
quelques  remarques  sur  cette  matière , renvoyant  le  lecteur 
pour  plus  de  détails  aux  observations  particulières. 

Quant  à leur  siège  ,il  en  est  des  ruptures  du  cœur  comme 
des  ulcérations  et  des  tumeurs  anévrismales  du  mêine  or- 
gane, c’est-à-dire  qu’elles  paraissent  affecter  plus  fré- 
queniment  les  cavités  gauches  que  les  droites,  Dans  les 
dix  cas  que  renferrtie  la  première  section  de  de  chapi- 


(i)  « Celte  dilatation  paraît  avoir  été  l’effet  de  l’obstacle  que  }e  rétrécissement 
«de  l’orifice  de  l’aprle  opposait  au  cours  du  sapg.  On  conçoit,  en  effet,  cjue  la 
«lame  inférieure  de  la  valvule  a pu  se  rompre  par  l’effort  du  sang,  qui,  poussé 
«par  le  ventricule  gauche,  avec  une  force  nécessairement  plus  grande  que  dans 
«l’étal  naturel , vu  l’épaississement  des  fibres  de  ce  ventricule  , ne  pouvait  cepen- 
? 4ant  passer  avgg  facijiité  4sbs  l’aofte  ^réfleipion  des  autpfm  de  l’pbserpfitioTf)f  ^ 


5ia  MALADIES  DU  CœUR  EN  PARTICULIER, 

tre,  six  fois  la  rupture  occupait  le  cœur, gauche  (observ.  187,  ,■ 

142%  i43",  i44%  i45“>  i4h“),  et  quatre  fois  le  cœur  droit,  p 
Dans  ces  quatre  derniers  cas  , c'’est  toujours  l’oreillette  1 
qui  a été  le  siège  de  la  rupture.  Dans  quatre  des  six  premiers  ; 
cas,  la  rupture  existait  sur  les  parois  du  ventricule  gauche; 
dans  un  cas,  elle  affectait  la  valvule  mitrale  et  dans  un  autre, 
les  colonnes  du  ventricule  (dans  l’observation  i45®,  il  exis- 
tait à la  fois  une  rupture  de  la  base  du  ventricule  gauche  p 
et  une  rupture  d’une  des  valvules  aortiques).  Dans  aucune  1 
de  nos  dix  observations,  lescloisonsinterventriculaireouin- 
terauriculairen’étaientle  siège  delarupture  ; maisonconçoit  1 
qu’elles  n’en  sont  pas  exemptes,  et  parmi  les  cas  de  per- 
foration du  cœur  que  nous  avons  rapportés  à l’article  Car-  ■ 
dite,  i]  en  est  dans  lesquels  il  sera  jDrobablement  survenu 
une  rupture  des  cloisons  indiquées , préliminairement 
amincies  par  une  ulcération  plus  ou  moins  profonde. 

L’étendue,  la  direction  , la  forme  de  la  rupture  offrent 
des  différences  nombreuses  : dans  l’observation  i37®,  le  ! 
ventricule  gauche  était  rupture  de  la  base  au  sommet,  le  I 
long  du  bord  par  lequel  il  se  réunit  avec  le  ventricule  droit;  I 
dans  l’observation  142®,  il  existait  une  crevasse  de  10  à 12  i 
lignes , parallèle  à l’axe  du  ventricule  ; dans  l’observation  ‘ 
145®,  la  base  du  ventricule  gauche  était  séparée  de  l’aorte  | 
en  arrière,  et  une  déchirure,  dirigée  transversalement,  avait  ! 
partagé  une  des  valvules  aortiques  en  deux  parties  ; dans 
l’observation  i46®,  la  valvule  mitrale , soulevée  en  manière 
de  poche,  offrait  deux  ouvertures  dont  l’une  avait  des  bords 
irréguliers  et  comme  franges  , etc. 

Les  ruptures  du  cœur  offrent  aussi  des  différences  de 
nombre.  Tantôt  on  n’en  rencontre  qu’une  seule , tantôt 
deux,  trois,  et  même  plus. 

Sur  49  cas  de  rupture  du  cœur,  rassemblés  par  M.  Ollivier 
(d’Angers),  8 étaient  relatifs  à la  rupture  multiple.  Dans 
deux  cas  recueillis  par  M.  Rostan  , deux  déchirures  exis- 
taient vers  la  pointe  du  ventricule  gauche.  Dans  un  exem- 


hUPTÜllES  DU  COEUR.  5l3 

pie  rapporté  par  Mor^a^i  [Epist.  lxiv),  le  ventricule  gau- 
che éiaii  rompu  en  trois  points.  Dans  une  des  observations 
de  I\I.  Portai , le  venlriculegauche , pour  ainsi  dire  crevassé, 
offrait  trois  déchirures.  En  avril  i824>  11b  le  professeur  An- 
dral  lut,  à l’Academie  royale  de  médecine,  une  observation 
de  rupture  multiple  du  cœur.  Cinq  perforations  oblongue.s 
occupaient  la  paroi  postérieure  du  ventricule  gauche  (i). 
I^I.  Blaud  a également  trouvé  cinq  déchirures  sur  le  même 
cœur  (toutefois,  deux  de  ces  déchirures  seulement  péné- 
traient dans  chaque  ventricule,  et  les  trois  autres  n’intéres- 
saient que  les  couches  superficiellesdes  ventricules).  Datisun 
cas  publié  par  M.  Ashburner  [Londoiiy  Med.  and phjs.  journ., 
décemh.  1822)  , deux  ruptures  existaient  sur  le  ventricule 
gauche  et  une  troisième  sur  le  ventricule  droit. 

§ II.  Causes  des  ruptures  du  cœur. 

Les  causes  des  ruptures  du  cœur  sont  prédisposantes  ou 
déterminantes.  Les  causes  prédisposantes  sont  un  ramollis- 
sement du  cœur , l’amincissement  de  ses  différentes  parties, 
un  abcès , une  ulcération.  Les  causes  déterminantes  sont 
1°  des  violences  extérieures  avec  ébranlement,  secousse, 
commotion  de  tous  les  organes  en  général  ou  de  la  région 
du  cœur  seulement;  2“  des  efforts  considérables  et  brus- 
ques; 3°  dans  quelques  cas,  les  simples  mouvemens  de  la 
circulation  (dans  les  cas  de  ce  genre  surtout,  interviennent 
les  causes  prédisposantes  signalées  plus  haut).  Le  sujet  de 
l’observation  avait  été  écrasé  par  une  roue;  les  sujets 
des  observations  i38®  et  i45®  s’étaient  précipités  du  haut 
d’une  croisée;  le  sujet  de  l’observation  iSp®  avait  reçu  un 
coup  de  pied  de  cheval  sur  le  sternum  ; le  sujet  de  l’observa- 


(1;  D.ins  la  'éance  de  T Académie  du  6 avpll  iSaf,  M.  Huilier  avait  présenté,  à 
celle  société  un  cœur  dont  les  parois  éloierit  le  siège  d'une  double  perforation.  Oc 
observai!  en  même  temps  dans  les  cavités  de  cet  organe  des  concrétions  fibrineuses 
formées  long-temps  avant  la  mort. 

2. 


33 


5l4  MALADIES  DU  CCÇUR  EN  PARTICULIER, 

lion  i4o"  avait  été  traîné  par  so|ÿ  cheval  ; le  sujçt’de  l’oh- 
servalion  141*^  avait  éprouvé  c|cs  nausées  et  des  efforts  de 
vomissement  ; le  sujet  de  l’observation  144*^  avait  eu  des 
accès  de  suffocation  extraordinaives. 

Le  mécanisme  des  ruptures  du  cœur  est  essentiellement 
le  même  que  celui  des  ruptures  de  divers  autres  organes, 
tant  externes  qu’internes,  tels  que  les  tendons  de  certains 
nuiscles,  les  mucles  eux-mêmes,  l’esloinac,  l’œsophage,  ■ 
rutérus,  etc.  (i).  Dans  les  chutes , c’est  vraiment  quelque-  1 
fois  par  une  sorte  de  contre-coup  que  l,e  cœur  se  rompt. 
Cela  devient  surtout  évident  lorsque,  comme  dans  le,  cas  [ 
rapporte  par  M.  Bergeon  , k chute  n’a  pas  lieu  sur  la  région  ; 
du  cœur.  I 

, j 

5 IIL  Signes  et  diagnostic  des  ruptures  du  cœur.  I 

Le  siège  des  ruptures  du  cœur  doit  être  pris  en  grande  j; 
considération  , quand  il  s’agit  de  leurs  signes  et  de  leur  ji 
diagnostic.  Lorsque  les  parois  du  cœur  sont  largement 
rupturées  , un  épanchement  de  sang  s’opère  dans  le  j 
péricarde,  et  le  malade  tombe  mort  comme  s’il  eût  été  ji 
l'rappé  de  la  foud,re.  Un  seul  fait  publié  par  !\1.  Restant 
porterait  à croire  qu’une  rupture  peu  étendue  de>  parois  du  lj 
cœur  peut  n’être  pas  mqrielle.  Dans  le  cas  (lont  il  s’agit,  |ij 
une  concrétion  sanguine  avait  oblitéré  la  solution  de  cou- 
tinuité,  et  cette  sorte  île  Ipouchon  ou  d'obturateur  organique  ij 
avait  mis  obstacle  à toute  hémorrhagie  uliérieuie. 

Si  la  rupture  occupe  ia  cloisdn  des  ventricules  ou  desu 
oreillettes,  il  peut  en  résulter  un  mélange  du  .-ang  noir  et  * 
du  sang  rouge,  et  par  suite,  selon  quelques  auteurs,  la  ma-a 
ladie  contiue  sous  le  nom  de  cyanose. 


(I)  Bm  ns  me  paraît  ^tre  le  premier  qui  ail  dit  que  le  cœur,  pendant  les  efforts  ■' 
espulsifs  auxquels  il  se  livre,  peut  se  rompre,  eoinme  on  voit  rutérus  se  déobireritr 
pendant  les  contractions  expulsives  trop  violeules  dont  il  est  parfois  le  siégé  dansl) 
l’acte  de  Taccoudicmenl. 


nUPTÜRrS  DU  COEUR.  5l5 

Nous  manquons  encore  de  fails  pour  exposer  les  divers 
signes  et  les  accidens  dos  ruptures  des  colonnes  charnues , 
des  tendons  valvulaires  et  des  valvules.  Tout  ce  quon  peut 
dire,  c’est  que  la  rupture  d’une  valvule  ou  des  colonnes 
charnues  destinées  à ses  inônveinens,  doit  nécessairement 
entraîner  quelque  désordre  dans  la  circulation. 

La  perforation  d une  valvule,  soit  par  rupture  primitive^ 
soit  par  érosion  suivie  de  rupture,  constitue  une  des  con- 
ditions dans  lesquelles  nous  avons  dit  que  se  produisait  un 
bruit  de  soufflet  simple  ou  sibilant  (I).  ür  , un  observateur 
des  plus  distingués  , M.  le  docteur  'J'arral,  m’a  récemment 
communiqué  un  cas  de  bruit  desoufflet  sibilant  ou  musical 
chez  un  individu  dont  les  valvules  aortiijues  offraient  une 
lésion  de  ce  genre  (ce  malade  était  placé  dans  le  service  de 
M.  Lerminier,  à la  Charité).  Toutefois,  il  ne  faudrait  pas 
croire  que  le  bruit  de  soufflet  musical  ou  sibilant  de  la  ré- 
gion précordiale  soit  un  signe  assuré  d’une  perforation  val- 
vulaire; en  elfei,  nous  l’avons  rencontré  dans  des  cas  où 
celle  lésion  n’existait  point. 

§ IV.  Pronostic  et  traitement. 

Le  pronostic  des  ruptures  du  cœur  diffère  beaucoup  sui- 
vant lesirgequ’elles  occupent.  Ainsi  les  ruptures  des  parois 
du  cœur  avec  épanchcuient  de  sang  dans  le  ])éricarde  sont 
nécessairement  mortedies.  il  ii’en  cs't  pas  de  même  de  celles 
de  la  cloison  intc  ventriculaire  ou  interaiiriculaire , des 
colonnes  çharnueû,des  valvules  et  de  leurs  tendons;  mais, 
comme  l’ai  déjà  dit  plus  haut,  nous  n’avons  pas  assez  de 
faits  bien  observés  pour  exposer,  d’une  manière  un  peu 
précise  , les  accidens  qui  peuvent  en  résulter. 


(0  Le  du  sang  des  cavités  droites  dans  les  cavités  gauches,  et  rédpro- 

quenienl,  par  suite  d'un  ouverture  plus  ou  muins  étroite  de  la  cloison  interven- 
triculaire ou  inlerauriculuire , pourrait  aussi  donner  lieu  à un  bruit  de  soufilet. 


33, 


‘ 5l6  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

Il  n est  point  de  traitement  pour  les  ruptures  des  parois 
du  cœur.  Quant  aux  ruptures  des  colonnes,  des  valvu- 
les, etc.  , comme  nous  n avons  pas  eiieore  les  signes  néces- 
saires à leur  diagnostic  , que  pourrions-nous  due  de  leur 
traitement? 


CHÂPITRE  IL 

DES  CHANGEMENS  DE  DIMENSIONS  DES  CAVITÉS  ET  DES 
ORIFICES  DU  CŒUR. 


CONSIDÉRATIONS  PRÉLIMINAIRES. 

Jusqu’ici  les  auteurs  n’avaient  point  étudié,  d’une  m 
nière  particulière,  la  d datation  oui  élargissement  des  orifices 
du  cœur.  Ils  s’étaient  exclusivement  occupés  des  dilata- 
tions des  cavités  de  cet  organe,  dilatations  vulgairement  con- 
nues sous  le  nom  d’anévrismes  du  cœur,  l’un  actif,  qm  n’est 
autre  chose  que  la  combinaison  d’une  dilatation  avec  un 
épaisissement  hypertrophique  des  parois  de  cet  organe; 
l’autre  passif,  consistant  en  une  dilatation  avec  amincis- 
sement de  ces  mêmes  parois. 

Le  rétrécissement  des  orifices  du  cœur  a été  étudié  par 
les  auteurs  de  traités  sur  les  maladies  du  cœur,  et  notam- 
ment par  Corvisart;  mais  le  rétrécissement  des  cavités  de 
cetorgane  avait  été  entièrement  négligé  , jusqu’à  I\I.  Bertin, 
qui  démontra  par  des  hiits positifs,  qu  il  peut  se  rencontrer 
dans  une  espece  particulière  d’hypertrophie,  savoir  l’hyper- 
trophie interne,  concentmjue  ou  centripète. 

Dans  un  organe  tel  que  le  cœur  , qui  fonctionne  en  quel- 
que sorte  conformément  aux  lois  rigoureuses  de  la  mécani- 


DILATATION  DES  CAVITES  ET  DES  OÏÏIFICES.  617 
qne,  on  ne  saurait  apporter  trop  de  soin  à faire  connaître 
par  d’exactes  descriptions  les.  moindres  changemens  sur- 
venus dans  les  conditions  de  la  structure  physique  de  cette 
machine  vivante.  Aussi  avons-nous  jugé  convenable  de  nous 
occuper  encore  ici  de  la  dilatation  et  du  rétrécissement  des 
cavités  et  des  orifices  du  cœur,  considérés  en  eux-mêmes, 
bien  que  nous  ayons  déjà  été  obligé  d’en  parler  précédem- 
ment, en  traitant  des  maladies  complexes  dont  ils  consti- 
tuent un  des  élémens. 


ARTICLE  PREMIER. 

SI  LA  DILATATIOIY  DBS  CAVITÉS  ET  DES  OBIflCBS  DÜ  COBOI* 

’ SECTION  première: 

X 

OBSERVATIONS  PARTICULIÈRES. 

Comme  celle  desartères,  la  dilatation  du  cœur  est  tantôt 
generale  et  tantôt  partielle.  Nous  avons  vu  précédemment 
qu’elle  pouvait  coïncider  avec  un  épais.si.ssement  ou  avec  un 
amincissement  desparois.  La  dilatation  avec  épaississement 
constitue  l'hypertrophie  anévrismale  ou  excentrique  (ané- 
vrisme actif  ou  hypertrophique),  maladie  à laquelle  se  rap- 
portent une  cinqu.anlaine  des  observations  contenues  dans 
cet  ouvrage.  La  dilatation  avec  amincissement  des  parois  , 
ou  l’anévrisme  passif,  est  beaucoup  plus  rare  que  la  précé- 
dente.Corvisart  en  a rapportéquelquesexemples.  M.  Fleury, 
de  Clermont,a  consigné  le  suivant  dans  les  Bulletins  de  la  Fa- 
culté de  médecine  pour  l’an  xiii  : chez  un  homme  de  27  ans, 
dont  le  péricarde  renfermait  trois  pinteset  demie  desérosi  té 
jaunâtre , les  cavités  droites  du  cœur  étaient  orodi gieusenient 


I 


5l8  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

dilatées  et  amincies  ^ à tel  point  (jne  P oreillette  était  convertie  i 
en  une  espèce  de  mejnhrane  transparente , et  que  le  a/entricule  i 
avait  tout  ait  plus  V épaisseur  qu  'ont  ordinairement hs  oreillettes. 
Je  vais  rapporiei’  un  nouveau  cas  de  celte  espèce  de  dila- 
tation. Je  le  ferai  suivre  d’une  observation  de  dilatation 
partielle  de  la  portion  pulmonaire  du  ventricule  droit , i 
genre  tie  dilatation  dont  l’observation  121*'  nous  a déjà 
offert  un  exemple. 

Je  ne  consignerai  point  ici  de  nouveaux  cas  de  dilatation  I 
des  orifices  ; je  renvoie  à ceux  que  contient  la  catégorie  des  1. 
observations  d’hypertrophie  aiiévrismale.  j 

1 

OBSERVATION  I/i7e. 

Homme  de  5i  ans. — Signes  de  tuberculisation  pulmonaire. — Ballemens  du 
cœur  faibles,  presque  sans  impulsion,  étendu';  ; bruits  <-lairs. — Dilatation  des 
vffntiicules  et  surtout  du  gauche,  dont  les  parois  out  une  épaisseur  qui  n’excède 
guère  celle  des  parois  du  ventricule  droit. 

Mougenot  ( Jean-Nicolas)  , âgé  de  3i  ans,  garçon  tail- 1 
leur,  e.v -grenadier  de  la  garde  impériale,  d’une  constilu-l 
lion  lymphaticiue , poitrine  longue  et  étroite,  peau  blan-ji 
che  et  fine  , poils  rouges , d’un  caractère  très  doux  , enlraï 
à l’hôpîlal  Cociiin,  le  3o  juillet  1822.  Il  disait  avoiri 
éprouvé  plusieurs  rhumes  très  forts,  accompagnés  de  cra-i 
chemens  de  sang;  il  avait  heauçoup  maigri , surtout  depuisi 
six  mois,  et  présentait  d’ailleurs  les  phénomènes  suivans: 
toux,  crachats  épais,  abondans,  muqueux,  verdâtres,  noni 
mêlés  de  sang  depuis  six  semaines  , perle  d’haleine,  essouf-i 
flemeOt  au  moindre  exercice;  on  entend  un  râle  avec  gars 
gouillement,  et  une  pecloriloquie  très  forte  dans  presquq 
tout  le  coté  droit  de  la  poitrine  : dans  plusieurs  autres 
points  le  râle. ressemble  à un  léger  claquement. 

Les  hattemens  du  cœur  sont  étendus  et  ne  présentent  qji  une 
impulsion  très  faible  ; leè  bruits  de  cet  organe  sont  clairs,  et  la 
premier  he  dijjère  guère  du  second  , qu  en  pe  qu  il  est  un  peu 


dilatation  dus  cavités  et  des  orifices.  5ig 

plus  prolongé  - les  deux  bruits  s'entendent  même  à la  partie 
postérieure  de  la  poitrine  (i). 

Langue  scihe,  rosée;  soif,  inappelcnCe,  riausees  et 
quelquefois  vomissement  après  les  quintes  de  toux,  dévoie- 
ment sans  coliques  ; ctialeur  à la  peau  , sueurs  nocturnes  ; 
poids  petit  ^ fréquent  et  faible',  lièvre  hectique,  simulant  un 
peu  une  fièvre  intermittente  quotidienne , insomnie. 

Prescription. — Gomme  éduTc.;  look;  qhart. 

12  août.  Cn  point  pleurétique  se  manifeste  dans  la  ré- 
gion du  téton  droit;  pectorilocjuie  dans  les  deux  côtés  de  la 
poitrine;  gargouillement  ou  respiration  soulflante. 

Les  battemens  du  cœur  sont  faibles  et  sans  impulsion  , tou- 
jours accompagnés  d’un  bruit  clair. 

Prostration,  pâleur  et  décoloration  de  la  peau,  menace 
de  sulfv  cation. 

ij.  Défaillances,  obscurcissement  delà  vue  fréquent  ; 
agonie.  Mort  tranquille  dans  la  nuit  du  ly. 

yiutopsie  cadavérique  , i8  heures  après  la  mort. 

1°  Org.  circulât,  et  resp.  — Dans  le  côté  droit  de  la  poi- 
trine, existent  des  fausses  membranes  de  consistance  varia- 
ble : à la  base  et  au  milieu  , elles  sont  molles,  pulpeuses  et 
injectées;  elles  s’épaississent  considérablement  vers  le  Som- 
met, où  leur  présence  semble  destinée  à prévenir  l’épan- 
chement de  la  matière  tuberculeuse  dans  le  sac  de  la 
plèvre.  En  effet,  tout  le  poumon  droit  forme  uné  grosse 
masse  de  consistance  hépatique,  creusée,  dans  sa  moitié  su- 
périeure , d’un  trcjs  grand  nombre  d’excavations.  Incisée 
en  plusieurs  points  différens  , la  substance  présente  un 
aspect  grenu,  et  nullement  spongieux;  à la  surface  des  in- 
cisions se  voient  les  ouvertures  de  plusieurs  tuyaux  bron- 
chiques. Cette  substance  est  d’un  gris  noirâtre;  elle  est 


■ « .1. 

(i)  Ces  signes  nous  firent  annoncer  dès  le  premier  abord  une  dilatation  avec 
amincissement  des  ventricules. 


020  MALADIES  DD  CCEDR  EN  PARTICULIER, 

parcourue  par  des  lames  demi-transparentes  , comme  lar-  m 
dacees , appartenant  à la  plèvre  épaissie  qui  tapisse  n 
les  scissures  pulmonaires.  Le  poumon  gauche,  moins  volu- 
mineux que  le  précédent,  est  crépitant  à son  bord  anté-  . 
rieur,  tandis  que  son  bord  postérieur  est  gorgé  de  sérosité , 
et  contient  des  tubercules  granuleux.  On  trouve  çà  et  là  ;ij 
dans  ce  poumon  plusieurs  foyers  tuberculeux  de  médiocre  li 
étendue.  Les  ganglions  bronchiques,  volumineux  et  noirs, 
sont  transformés,  dans  leur  centre,  en  une  substance  blan-  i; 
che  et  pullacée;  les  bronches  sont  rouges,  tapissées  de  ■ 
mucosités,  et  d’une  matière  grumeleuse  provenant  des 
cavernes  pulmonaires. — Le  côté  gauche  de  la  poitrine  con- 
tient une  médiocre  quantité  de  sérosité  citrine  ; on  y trouve 
peu  d’adhérences. 

Le  cœur  est  volumineux  pour  un  phthisique  : ses  parois  | 
sont  molles,  flasques  et  affaissées.  Le  'ventricule  droit  est  un 
peu  plus  ample  que  dans  V état  naturel^  le  'ventricule  gauche 
est  plus  grand  que  le  droit.  Celte  dilatation  anéorismale  a lieu 
aux  dépens  de  V épaisseur  des  parois  y qui  n'excède  guère 
celle  des  parois  du  'ventricule  droit. — Les  oreillettes  ne  présen- 
tent pas  de  changemens  considérables , soit  dans  leur  éten- 
due , soit  dans  leur  épaisseur;  leurs  valvules  offrent  une 
rougeur  violette. 

Org.  dig.  et  annexes.  — Le  foie,  volumineux,  est  moins 
compacte  que  le  poumon  droit  du  sujet,  un  peu  ramolli  et 
très  facile  à déchirer. — L’estomac,  très  ample,  offre  à sa  sur- 
face interne  une  rougeur  violacée  et  comme  anéurismati- 
que  ; la  membrane  muqueuse,  ramollie,  s’enlève  très 
l^acilement,  laissant  au-tlessous  d’elle  des  réseaux  vascu- 
laires injectés.  — Le  jéjunum  et  le  duodénum  offrent 
une  rougeur  et  une  injection  semblables  à celle  de  l’es- 
tomac : cette  rougeur  est  continue,  tandis  que  dans  l’iléon 
elle  est  interrompue  par  des  espaces  plus  ou  moins  con- 
sidérables d’une  pâleur  notable.  Les  parois  intestinales 
sont  molles  et  infiltrées.  — Le  gros  intestin,  très  long, 


DILATATION  DES  CAVITÉS  ET  DES  ORIFICES.  5*2  l 
contient  des  malicres  demi-üquides , et  est  généralement 
injecté;  on  y rencontre  des  ulcérations  très  nombreuses, 
surtout  dans  le  cæcum , où  elles  sont  fort  étendues  et  d’une 
forme  alongée. 

OBSERVATION  (ï)., 

Homme  de  4g  ans.  — Affection  scorbutique.  — Teinte  livide  et  bleuâtre  du 
visage  et  surtout  des  lèvres.  — Dilatation  de  la  portion  pulmonaire  du  ventricule 
droit.  — Communication  entre  les  deux  oreillettes  au  müjen  du  irou  de  Botal 
non  oblitéré,  etc. 

Lexmelin,  âgé  de  49  ans,  d’un  tempérament  bilieux, 
perdit,  il  y a environ  un  an,  une  place  qui  était  son  seul 
moyen  d’existence.  Depuis  lors,  il  fut  en  proie  à un  violent 
cliagrin,  et  obligé  de  faire  usage  d’une  mauvaise  nourriture. 
Une  tristesse  profonde,  une  langueur  générale  de  toutes  les 
fonctions,  suivie  bientôt  de  tous  les  symptômes  cjui  carac- 
térisent le  scorbut,  obligèrent  le  malade  à entrer  dans  un 
hôpital  : il  fut  placé  à Saint-Louis , le  2i  juin  1819^  — On 
observait  alors  les  symptômes  sulvans  : air  triste,  visage 
pâle,  blême;  bouche  ihauvaise,  exhalant  une  odeur 
des  plus  fétides  et  que  le  malade  ne  pouvait  supporter  lui- 
même  ; gencives  ramollies , saignant  facilement.  Vaste  in- 
filtration sanguine  à la  jambe  et  au  pied  droit,  taches  sur 
diverses-autres  parties  du  corps,  mais  moins  étendues,  cir- 
conscrites, et  pour  la  plupart  analogues  à des  piqûres  de 
puce;  engorgement  considérable  du  genou  ; pouls  petit  , 
misérable,  mais  régulier;  langueur  et  sorte  d’apathie 
générale,  impossibilité  de  marcher  ou  de  se  tenir  debout  : 
d’ailleurs,  nulle  douleur  locale.  Le  malade  tousse  de  temps 
en  temps. 

(1)  J'ai  recueilli  celle  observation  en  iSip;  lorsque  j’étais  interne  à l'hôpital 
Saint-Louis.  Elle  fut  pul)liee  dans  le  Joiirnnl  de  médecine , rédigé  par  MM.  üé- 
clard,  Jules  Cloquet,  elc.  Je  ne  crois  pas  qu'à  celle  époque  on  eût  encore 
gnalé  la  dilatation  partielle  du  ventricule  droit. 


Ô2Î2  MALADIES  DU  CŒUn  EN  rAETlCULIEE. 


On  applique  sur  le  pied  et  la  jamhe  des  compresses  imbibées  ! 
d' àlcdol  camphi'é ; on  prescrit  au  malade  de  la  tisane  de  I 
houblon,  du  vin  anti-scorbutiipie,  et  un  gargarisme  avec  F esprit  | 

de  cochléaria , et  la  décoction  de  quinquina  acidulée.  - 
Ces  moyens  conlinués  pendanl  un  mois  n’opèrenl  pres- 
queaucun  changemeiil  dans  1 état  général  dumalade  ; seule- 
meiiL  les  symptômes  locaux  s’alTaiblissent. 

20  et  2*  juillet  — Hémorrliagie  buccale  très  considérable.  i 
(Le  malade  évalue  la  pei-le  de  sang  à deux  verres.)  — Jus-  | 
qu’ici  l affection  scorbutiqueavait  e.xclusivcmentatiirénotre 
attention,  mais  alors  la  louxlégèië  que  le  malade  éprou-  J 
\ait  à son  entrée  étant  devenue  presque  continuelle  et  | 
très  fatigante  , les  lèpres  ayant  pris  \ine  couleur  livide  et  | 
bleuâire,  la  face  s’étant  pour  ainsi  dire  bouffie,  on  ne  pou-  \ 
xait  plus  méconnaître  l’existence  d’unelésion  organique  du  j 
poumon  et  du  cœui\  La  dyspnée  se  prononça  de  jour  en  jour  j 
davantage,  et  en  meme  temps  les  taches  scorbutiques  et  l’en-  | 
gorgement  du  genou  se  dissipèrent,  ^ 

4 et  5 août — Oppression  plus  forte,  étouffemens,  i 
inquiétude  ; visage  légèrement  livide,  altéré  et  pour 
ainsi  dire  mourant. — Mort,  le  5 août  à trois  heures  après 
niidi,  dans  une  sorte  d’asphyxie.  ; 

.Autopsie  cadavérique.  \ 

I®  Org.  circulât,  et  respirât.  — Epanchement  d’une  sé- 
rosité jaunâtre  dans  le  péricarde.  — Dilatation  des  cavités  i 
droites  du  cœur  : la  cavité  du  ventricule  droit  était  double  de  \ 


V état  normal.  C’était  surtout  à gauche,  du  côté  de  l’ai'tère 
pulmonaire,  que  ce  ventricule  s'était  dilaté  ; la  il  formait  en 
quelque  sorte  un  troisième  ventricule  intermédiaire  aux  deux 
autres.  — Les  parois  ventriculaires  n’étaient  pas  sensible- 
ment amincies.  Les  colonnes  charnues  étaient  très  multi- 
pliées. Le  tissu  musculaire  du  cœur  était  pâle  , flasque. 
\d artère  pulmonaire,  dilatée,  offrait  un  calibre  double  de  celui  de 
laorte.  Les  cavités  droites  et  les  veines-caves  étaient  gor- 


i 

i 

1 


DILATATION  DES  CAVITES  ET  DES  OEÎFICES.  023 
gées  d’un  sang  noir  et  coagulé  ( le  foie  lui-nièine  était  pour 
ainsi  tWve  inondé  de  ce  liquide.) 

Les  deux  oreillettes cominuuiquent  entre  ellesau  moyen 
du  trou  de  Butai  largement  ouvert.  L’ouveriure/le  comm- 
unication est  arruiulie  , sans  déchirure,  et  offre  le  dia- 
mètre d’une  pièce  de  20  sous. 

Les  poumons,  et  surtout  le  gauche  , étaient  parsemés 
d’une  innombrable  quantité  de  granulations.  La  plèvre  qui 
les  recouvrait  adhérait  de  toutes  parts  à la  plèvre  costale, 
au  moyen  d’une  couche  celluleuse,  plus  dense  et  plus  épaisse 
à gauche  qu’à  droite. 

2®  Org.  dig.  — L’estomac  offrait  çà  et  là  des  points  où  la 
membrane  muqueuse  éiaitB’un  rouge  brun;  elle  était  blan- 
che ailleurs,  cequi  lui  donnait  comme  un  aspect  marbré. 

3^  Habit,  extét.  — Le  tissu  cellulaire  du  genou  gauche 
était  épaissi  ; il  n’y  avait  épanchement  d'une  matière  al- 
bumineuse ni  dans  l’articulation,  ni  dans  les  muscles,  etc. , 
etc. 

4°  Sfst.  nerv.  — Lé  cerveau  nous  parut  tout-à-faitsaini' 

I 

SECTION  DEUXIÈME. 

% 

HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  LA  DILATATION  DES  .CAVIlÉS 
ET  DES  ORIFICES  DU  CCEUR. 

S I.  Caractères  anatomiques. 

I.  — La  dilatation  des  cavités  du  ccéur  peut  élTQ  géfiérâle 
ou  partielle.  ' 

i'  De  la  dilatation  générale  ou  suivant  toute  la  circonférence. 

Bâillon  et  Lancisi  sont  les  preiniers  qui  aiènt  appliqué 
aux  dilatations  du  cœur  la  dénomination  d’anévrisme,  dé- 
nomination qui,  long-Éenips  avant  eui,  avait  été  donnée 


024  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

exclusivement  aux  tumeurs  formées  par  les  dilatations  ar-  i 
terielles.  Morgagni  employa  indifféremment  le  terme  de 
dilatation  et  celui  d’anévrisme  pour  désigner  l’augmenta- 
tion de  capacité  des  diverses  cavités  du  cœur.  Toutelbis,  cet 
illustre  médecin  , imité  en  cela  par  notre  Corvisart,  avait 
cru  devoir  ajouter  que  la  dénomination  d’anévrisme  du 
cœ,ur  était  loin  d’être  parfaitement  exacte,  si  l'on  voulait 
désigner  par  elle  une  maladie  du  cœur  absolument  sem-  i 
Llable  à l’anévrisme  artériel.  Quant  à moi,  malgré  le  res-  ’i 
pect  que  je  professe  pour  l’autorité  de  ces  grands  maîtres, 
je  ne  reconnais  aucune  différence  essentielle,  entre  la  di- 
latation  des  artères  et  celle  du  cœur.  Il  est,  d’ailleurs, 
évident  que  si  la  maladie  n’était  pas  essentiellement  la  4 
même  , soit  qu’elle  occupe  le  cœur,  soit  qu’elle  affecte  les 
artères,  Morgagni  et  Corvisart  n’auraient  pas  dû  lui  donner  1 
un  seul  et  même  nom. 

Le  premier  de  ces  deux  célèbres  observateurs , comme  ( 
aussi  ceux  qui  l’avaient  précédé,  confondirent  sous  le  nom  ( 
commun  d’anévrisme  du  cœur  plusieurs  formes  morbides  ( 
qui  méritaient  d’être  distinguées,  telles  que  la  dilatation  1 
simple  ou  sans  épaississement  ni  amincissement  notable  1 
des  parois,  la  dilatation  avec  épaississement  ou  hyper- 
trophie des  parois,  et  la  dilatation  avec  amincissemelit  de 
ces  mêmes  parois.  Ajoutons,  avec  M.  Berlin,  qu’en  parlant 
de  l’augmentation  d’é[>aisseur  des  parois  du  cœur,  les  anciens 
auteurs  ne  séparèrent  pas  assez  nettement  les  cas  où  l’épais- 
sissement était  le  simple  résultat  d’un  accroissement  de  la 
nutrition  de  ceux  où  il  coïncidait  avec  une  altération  de 
celle  même  nutrition  , comme  cela  arrive  dans  leramoliis- 
sement,  l’induration,  etc. 

Corvisart  est  le  premier  qui  ait  classé  les  anevrismes 
du  cœur.  Il  en  admet  deux  espèces,  savoir,  les  anévris- 
mes actifs  et  les  anévrismes  passifs.  Dans  la  première  es- 
pèce , les  parois  du  cœur  sont  en  même  temps  dilatées  et 
épaissies,  affection  qui  coïncide  avec  l’augmentation  de  la 


DTLA.TATION  DES  CAVITÉS  ET  DES  ORIFICES.  525 
force  du  cœur  ( de  là  le  nom  ^'actifs  que  Corvisart  a im- 
posé aux  anévrismes  de  celle  espece).  La  seconde  espèce  est 
caractérisée  par  la  dilalalion  avec  amincissement  des  pa- 
rois, et  par  l’affaiblissement  des  fonctions  de  l’organe  ( de 
là  l’expression  de  passifs  sous  laquelle  Corvisart  a désigné 
les  anévrismes  de  celte  seconde  espèce  ). 

La  dilatation  peut  affecter  une,  plusieurs  ou  la  totalité 
des  cavités  du  cœur,  soit  qu’elle  existe  avec  ou  sans  épais- 
sissement , avec  ou  sans  amincissement  des  parois  dilatées. 
Suivant  que  la  dilalalion  des  cavités  du  cœur  est  plus  ou 
moins  étendue , ou  qu’elle  se  trouve  compliquée  ou  non 
d’hyperlrophie,  le  cœur  offre  un  volume  variable.  La  dila- 
tation est-elle  énorme  et  combinée  avec  l’hypexlrophie , 
le  cœur  peut  présenter  un,  volume  double  et  même  tri- 
ple de  l’état  normal.  En  même  temps  que  le  cœur  ac- 
quiert ainsi  un  volume  extraordinaire,  il  change  souvent 
de  forme  et  de  position.  Quelquefois,  par  exemple,  il  re- 
présenie,  comme  nous  l’avons  dit  ailleurs  (voy.  hypertro- 
phie), une  sorte  de  gibecière,  et  il  se  trouve  placé  lout- 
à-fait  transversalement,  au  lieu  d’avoir  sa  pointe  simple- 
ment dirigée  un  peu  à gauche,  comme  dans  l’étal  normal. 

2®  De  la  dilatation  partielle  et  de  V anévrisme  faux-consécutif 

du  cœur. 

Il  y a long-temps  déjà  que  des  cas  de  cette  espèce  d’ané- 
vrisme avaient  été  recueillis  par  les  observateurs;  mais  ce 
n’est  que  tout  récemment  qu’elle  a été  étudiée  avec  détail. 
La  dilatation  partielle  précède  quelquefois,  sans  doute,  la 
rupture  des  couches  internes  des  parois  du  cœur  avec  for- 
mation d’un  kyste  dit  anévrismal  (i).  Celle  qui  s’est  le  plus 


(i)  C'est  à tort  qu’on  a décrit  sous  le  nom  d’anévrisme  vrai  du  cœur  les  tu- 
meurs aiiévrismales  de  cet  organe  proprement  dites.  Elles  méritent  bien  mieux 
le  nom  à'anévrisme  faux  consécuUf.  La  rupture  des  couches  intérieures  des  pa- 


626  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

fréquemment  présentée  à notre  obscrvaiioii , c’est  la  dila- 
tation de  la  portion  pulmonaire  du  ventricule  droit.  Comme 
nous  avons  parlé  ailleurs  de  \ anévrisme  faux-consécutif  >\\x 
cœur  (-voy.  cardile  terminée  par  ulcération) , nous  n’y  revien- 
drons point  ici. 

II.  — La  dilatation  des  orifices  du  cœur  n’est  pas  moins 
commune  que  celle  des  cavités  elles-mêmes,  ainsi  qu’on  peut 
s’en  assurer  eu  lisant  un  grand  nombre  des  observations  con- 
tenues dans  cet  ouvrage.  Elle  est  susceptible  de  plusieurs  de- 
grés qu’il  était  impossible  de  bien  apprécier  avant  d’avoir 
déterminé,  d’une  manière  au  moins  approxima  tive,  comme  1 
nous  l’avons  fait  dans  nos  prolégomènes,  les  dimensions  nor-  r 
males  des  divers  orifices  du  cœur.  Rappelons  ici  quelques  i 
exemples  de  dilatation  ou  d’élargissement  des  orifices.  D ins  J 
l’observation  1 19*^,  l’orifice  auriculo  - ventriculaire  droit  |t 
avait  5 pouc.  de  circonférence.  Il  en  était  de  même  chez  le  1 
sujet  de  l’observai  ion  i3o®.  La  circonférence  de  cet  orifice  b 
n’est  pas  indiquée,  d’une  manière  précise  dans  l’obœrvaiion  k 
laS® , mais  il  y est  dit  qu’il  était  dilaté  au  point  ( jue  la  val- 
■yulve  triçuspide  ne  pouvait  pas  le  fermer.  Chez  Je  sujet  de  1 
l’observation  iig*",  déjà  citée,  l’orifice  auriculo-ventricu-  b 
laire  gauche  avait  une  circonférence  de  4 pouc.  3 l ig.,  etc.  \ 

Nous  ne  saurions  trop  répéter  aux  amis  de  l’ob'-er-  i 
vation  exacte  de  ne  pas  négliger  l’examen  des  c.'imcn-  [ 
sions  des  orifices  du  cœur  dans  les  maladies  dites  organi-  I 
ques  dont  il  peut  être  atteint,  car  si  ces  dimensions  sont  l 
telles  que  les  valvules  ne  puissent  pas  suffire  à l’occlusion  ! 
de  leurs  orifices,  il  en  résulte  nécessairement  un  trouble  plus  1 
ou  moins  fâcheux  de  la  circulation  du  sang  à travers  le 
cœur. 


rois  fin  cœur  conslilue,  en  effet,  l'un  des  caractères  fondamentaux.de  la  maladie,  ! 
une  fois  quelle  est  bien  établie. 


DILATATION  DE5  CAVITJfS  ET  DES  ORIFICES.  627 

ç II.  Mécanisme  et  principales  causes  de  la  dilatation  des  cavités  et  des  orifices 

du  cœur. 

La  dilalation  des  cavités  et  des  orifices  du  cœur  s’opère 
ordinairement  sousl’influence  d’un  obstacle  à la  libre  circula- 
tion  du  sang.  Sous  ce  point  de;  vue  , la  dilatation  du  cœur  ne 
diffère  pas  de',la  dilatation  d^es  autres  organes  creux.  Eit  effe^, 
l’observation  démontre  que  ce.s derniers,  quels  qu’ils  soient, 
ne  tardent  pas  à se  dilater  d,’une  manière  plus  ou  moins 
notable,  lorsque  , en  vertu  d’un  obstacle  quelconque,  les 
matières  qu’ils  sont  destinés  à contenir  pendant  un  certain 
temps,  ne  trouvant  plus  une  libre  issue,  s'accumuleiit 
dans  leur  cavité,  réagissent  cqnire  leurs  parois,  et  les  dis- 
tendent outre  mesure.  L’organe  se  laissera  d’autant  plus 
facilement  dilater,  que  ses  parois  seront  douées  d’une 
moindre  épaisseur,  et  que  les  causes  de  dilalation  agi- 
ront avec  plus  de  force  et  t!e  vitesse.  Si  ces  causes  ne  sont 
pas  permanentes,  si  elles  ne  s’exercent  que  pendant  un 
temps  assez  court,  ordinairement  l’organe  dont  la  résis^tance 
a été  momentanément  vaincue  ne  tarde  pas  à revenir  sur 
lui-même,  et  à se  rétafilir  dans  son  état  normal.  Que  si,  au 
contraire  , les  causes  agissent  d'une  manière  continue,  ou 
qu’elles  s’exercent  du  moins  très  fré(]uemment , la  dilata- 
tion de  l’organe  devient  constante,  permanente,  et  par-là  se 
transforme  en  un  véritable  état  pathologique. 

C'est  par  ce  mécanisme  que  surviennent  la  dilatation 
de  l estomac  dans  les  cas  de  cancer  avec  rétrécissement  du 
pylore,  celle  de  la  vessie,  par  suite  d’un  rétrécissemenE 
du  col,  de  cet  organe  ou  du  canal  de  lurèlre,  etc.  C’est 
aussi  par  la  même  raison -que  l’on  voit  s’opé.rcr  une  dila- 
tation du  cœur  chez  les  individus  atteints  de  rétrécisse- 
ment de  quelqu’un  des  orifrees  de  cet  organe  cerrtral  de  1^ 
circulation.  vain  la  structure  du  cœur  est  plus  ro- 
buste que  celle  des  autres  viscères  creux,  l,e  mécanisme  de 
sa  dilatation  n’en  est  pas  moins  essentiellement  le  même,ij 


628  MALADIES  DU  COEUR  EN  rARTICULTER. 

Le  sang  qui  s’accumule  clans  ses  cavités,  toutes  les  fois  | 
quil  ne  peut  pas  en  être  expulsé  librement,  est  une  i 
véritable  lorce  dilatante,  (|ui  tend  nécessairement  à éloi-  i 
gner  les  parois  de  l’axe  de  la  cavité  qu  elles  constituent , et  i 
qui  finit,  à la  longue,  par  triompher  de  leur  résistance.  Je 
dis  a la  longue,  car  il  est  démontré  que  si  la  cause  qui  i 
détermine  l’engorgeménl  des  cavités  du  cœur  d sparaît  au 
bout  d’un  certain  temps,  pour  ne  plus  se  renouveler,  les  1 
parois  distendues  ne  lardent  pas  à revenir  à leurs  ])remiè-  M 
res  dimensions.  C est  ce  qui  a lieu,  par  exemple,  dans  les  ^ 
cas  où  une  maladie  aiguë  des  poumons,  telle  qu’une  hépa- 
tisation , empêchant  le  sang  de  traverser  librement  leurs  1, 
vaisseaux  , ce  liquide  s’accumule  dans  les  cavités  droi-  i( 
tes  du  cœur.  11  est  impossible  de  fixer  positivement  1 
l'espace  de  temps  pendant  lequel  la  force  contractile  de  cet  \ 
organe  peut  lutter  efficacement  contre  la  puissance  qui  i 
tend  à la  surmonter.  On  sait  seulement  que  le  cœur  résis-  ! 
tera  d’autant  plus  long-temps  que  son  tissu  musculeux 
sera  plus  épais.  C’est  pour  cela  que,  toutes  choses  égales 
d'ailleurs,  les  oreillettes  se  dilatent  plus  facilement  que  les 
ventricules,  et  que  le  ventricule  droit,  comparativement 
au  ventricule  gauche,  est,  en  quelque  sorte,  prédisposé  à 
la  dilatation. 

Nous  venons  de  voir  comment  le  sang,  accumulé  dans 
l'intérieur  du  cœur,  devient  la  véritable  force  sous  l’impul- 
sion de  laquelle  les  cavités  et  les  orifices  de  cet  organe  se 
développent,  s’agrandissent,  se  dilatent.  Nous  avons  éta- 
bli que,  pour  mettre  en  jeu  cette  force  dilatante,  il  fallait 
qu’il  existât  un  obstacle  au-devant  du  point  où  elle  s’exerce,  i 
Il  y a,  entre  le  siège  de  cet  obstacle  et  celui  de  la  dilatation 
du  cœur,  un  rapport  nécessaire  et  trop  évident  pour 
qu’on  puisse  le  mettre  en  doute.  Cette  sorte  de  loi  est  que 
les  cavités  du  cœur,  situées  imméLliatement  derrière  l’obs-  ! 
tacle , se  dilatent  les  premières.  C’est  ainsi  que  les  obs- 
tacles à la  circulation  dans  le  système  pulmonaire  délcr- 


dilatation  des  cavités  et  des  ôeieicés.  62g 
minent  la  dilatation  du  cœur  à sang  noir,  tandis  que  la 
dila'ation  du  cœur  à sang  rouge  est  produite  par  les  obsta- 
cles au  cours  du  sang  dans  le  système  aortique.  Si  nous 
voulions  préciser  encore  davantage  cette  idee  , nous  dirions 
que  chaque  oreillette  se  dilate  particulièrement  par  lelfet 
d’un  obstacle  à l’orificc  auriculo  - ventriculaire ‘'qui  lui 
correspond,  comme  chacun  des  ventricules  se  dilate  a 
l’occasion  d’un  obstacle  à l’orifice  artériel  avec  lequel  sa 
cavité  communique.  Cependant,  il  est  Éon  d ajouter 
qu’en  raison  de  l’inégale  résistance  des  diverses  cavités  du 
cœur,  il  arrive  assez  fréquemment  que  ce  n’est  pas  toujours 
la  cavité  la  plus  voisine  de  l’obstacle  qui  se  dilate  la 
première.  C’est  ainsi,  par  exemple,  que,  sous  l’iiifluen  ce 
d’une  induration  des  ^valvules  aortiques,  avec  rétrécis- 
sement de  l’orifice  qu’elles  bordent,  l’oreillette  gauche 
pourra  êlrele  siège  d’une  dilatation  plus  ou  moins  sen- 
sible avant  que  le  ventricule  g'auche  ne  se  soit  lui-même  di- 
laté. Enfin,  on  conçoit  également  qu’en  vertu  des  con- 
nexions et  des  communications  qui  existent  entre  les  di- 
verses cavités  du  cœur,  comme  entre  toutes  les  parties  du 
système  vasculaire,  un  grand  obstacle  au  cours  du  sang, 
quel  qu’en  soit  le  siège,  peut,  au  bout  d’un  certain  temps, 
déterminer  une  dilatation  générale  de  toutes  les  cavités 
du  cœur,  et  même  de  la  plupart  des  gros  canaux  vascu- 
laires. 

Jusqu’ici,  nous  n’avons  considéré  notre  sujet  que  sous 
un  point  de  vue  purement  mécanique.  Mais  ce  n’est  pas 
seulement  sous  ce  rapport  que  nous  devons  l’étudier.  Le  sang 
qui  s’accumule  dans  les  cavités  du  cœur  ne  joue  pas  uni- 
quement le  rôle  d’une  force  mécanique;  il  exerce  aussi 
une  action  excitante,  stimulante  ou  irritante.  En  vertu 
de  cette  excitation , la  nutrition  de  l’organe  tend  à devenir 
plus  active,  et  le  devient  effectivement  dans  beaucoup  de 
cas  : d’où  il  résulte  que  la  même  cause,  savoir,  un  obstacle  à 
la  circulation,  est  à la  fois  suivie  de  dilatation  et  d’hyper- 
2.  34 


53o  MALADIES  DD  COEUR  EN  PARTICULIER, 

trophie.  C’est  à la  production  de  ce  double  effet  qu’est  due 
l’espèce  d’anévrisme  que  Corvisart  appelle  Si  le 

cœur  ne  s’hypertrophiait  pas  ainsi  dans  les  mêmes  circon-  i 
stances  où  il  se  dilate,  sa  contracliliié  serait  bien  plus 
fréquemment  vaincue  par  les  puissances  de  dilatation  aux- 
quelles il  peut  être  soumis,  et  la  circulation  deviendrait 
tout-à-fait  impossible.  Malheureusement,  en  même  temps 
que  cette  hypertrophie' du  cœur  augmente  sa  résistance,  : 
elle  devient  elle-même  une  source  de  nouveaux  accidens 
dont  nous  avons  tracé  l’histoire  ailleurs.  ( Voyez  Hypertro- 
phie. ) 

Néanmoins,  par  des  raisons  qui  ne  sont  pas  toujours  i 
bien  connues,  l’hypertrophie  ne  se  combine  pas  constam-  \. 
ment  avec  la  dilatation  du  cœur.  Dans  certains  cas,  au  con-  I 
traire,  les  parois  dilatées  du  cœur  sont  amincies  au  lieu  b 
d’être  épaissies.  Alors  le  sang  ne  joue  plus  que  le  rôle  de  p 
puissance  dilatante,  et,  comme  les  parois  perdent  en  ï 
épaisseur  et  en  force  ce  qu’elles  gagnent  en  étendue  , il  en 
résulte  la  forme  d’anévrisme  que  Corvisart  désigne  sous  le 
nom  de  passif. 

Lorsque,  par  suite  d’une  maladie  capable  d’altérer  sa  nu- 
trition, le  tissu  du  cœur  aura  perdu  plus  ou  moins  com- 
plètement sa  cohésion  et  sa  contractilité  dans  un  point  de 
son  étendue  seulement,  il  est  évident  que  la  force  avec  la- 
quelle le  sang  presse  contre  les  parois  de  l’organe  pen- 
dant les  contractions  de  celui-ci,  doit,  à la  longue , di-  3 
later  le  point  devenu  le  moins  résistant.  Il  en  sera  de  même,  a 
lorsque  la  puissance  dilatante  s exercera  spécialement  sur  l 


(i)  Burns  a donné  de  la  dilatation  hypertrophique,  ou  de  l’anévrisme  actif  du  II 
ctBur,  une  explication  qui  nous  sem|3le  aussi  exacte  qu'ingénieuse  : selon  cet  au-  a 
leur,  le  mécanisme  de  la  dilatation  du  cœur  avec  hypertrophie  est  comparable  à ! 
celui  par  lequel  l’utérus . pendant  la  grossesse , se  dilate , se  développe  et  s’épais-  ü 
siten  tous  sens.  Toutefois,  cette  théorie  n’est  applicable  qu’à  un  certain  ordre  « 
de  cas  d’hypertrophie  anévrismale. 


dilatation  des  cavités  et  des  orifices.  53 1 
une  région  des  cavités  du  cœur.  C’est  par  ce  mécanisme 
que  s’opèrent  les  dilatations  partielles  de  cet  organe. 

Au  nombre  des  causes  capables  de  donner  lieu  aux 
anévrismes  du  cœur , se  placent  naturellement  les  efforts  , 
les  exercices  violens,  lesprofessions  qui  exigent  habituelle- 
ment le  déploiement  de  forces  musculaires  très  considéra- 
bles. Aussi  les  charretiers  , les  portefaix  , les  charrons,  les 
paveurs,  etc.  , sont-ils  souvent  affectés  de  la  maladie  qui 
nous  occupe.  Ces  diverses  causes  agissent  en  déterminant 
un  refoulement  et  une  accumulation  de  sang, dans  le  cœur. 

Les  grandes  passions,  telles  que  la  colère,  la  haine,  la 
jalousie,  etc.,  surtout  quand  elles  sont  concentrées,  peu- 
Tcnt  également  produire  la  dilatation  du  cœur  ; on  doit  en 
dire  autant  des  professions  qui  ont  particulièrement  pour 
objet  l’expression  des  passions , celle  d’acteur  tragique , 
par  exemple. 

Les  déviations  de  la  colonne  vertébrale,  et  tous  les  au- 
tres vices  de  conformation  qui  diminuent  la  capacité  de  la 
poitrine,  constituent  autant  de  causes  productrices  ou  du 
moins  prédisposantes  de  l’anévrisme  du  cœur.  11  en  est 
ainsi  de  tous  les  vétemens  qui  compriment  avec  trop  de 
force  la  poitrine  et  l’abdomen  (i). 

§ III.  Diagnostic  et  traitement  de  la  dilatation  des  cavités  et  des  orifices 

du  cœur. 

Tout  ce  qui  concerne  ce  diagnostic  ayant  été  exposé,  avec 
les  détails  nécessaires,  aux  îHYÛcles  hypertrophie  et  atrophie 
du  cœur,  nous  ne  nous  en  occuperons  point  ici. 

Nous  rappellerons  seulement  que  chaque  jour  on  voit 


(i)  Qu  on  n oublie  pas  que  nous  indiquons  seulement  ici  les  causes  pulsées 
dans  les  choses  qui  sont  du  ressort  de  l’hygiène.  Mais  il  est  une  condition  patbo- 
logique,  déjà  indiquée  plus  haut,  qui  joue  le  rôle  principal  dans  le  plus  grand 
nombre  des  dilatations  du  cœur,  savoir,  un  obstacle  mécanique  au  cours  du  sang , 
situé  en  deçà  des  cavités  ou  des  orifices  dilatés. 

34. 


i 


632  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER, 

des  médecins  , d’ailleurs  très  habiles,  attribuer  aux  dilatâ* 
lions,  ou,  comme  ils  le  disent,  à V anévrisme <\vl  cœur,  une 
foule  d’accidens  qui  n’ont  souvent  avec  celui-ci  que  des  rap- 
ports de  coïncidence  ; tels  sont  particulièrement  les  con- 
gestions sanguines  passives,  les  collections  séreuses  du 
même  nom,  et  l’étouffement  qui  les  accompagne  ordinal- 
rement.  En  effet , dans  l’immense  majorité  des  cas,  lés  acci- 
dens  ci-dessus  tiennent  à un  obstacle  mécanique  au  cours  du  i 
sang,  lequel  est  en  même  temps  la  cause  de  la  dilatation  i 
du  cœur.  Ce  n’est  pas  que  la  dilatation  considérée  en  elle-  ■ 
même  ne  joue  quelquefois  un  certain  rôle  dans  la  produc- 
tion  des  accidens  dont  il  s’agit  : carj  les, fibres  muscu-  - 
laires,  quand  elles  ne  s’hypertrophient  pas  en  même  temps  t 
qu’elles  se  dilatent,  perdent  réellement  de  leur  ressort,  et  || 
leur  distension  s’opère  en  quelque  sorte  aux  dépens  de  leur  il 
force.  Mais  , encore  une  fois  , on  a exagéré  ce  genre  d’in-  | 
fluence  , et  dans  beaucoup  de  cas,  l’hypertrophie  fait  plus 
que  compenser  l’affaiblissement  qui  pourrait  résulter  de 
la  dilatation. 

Quant  à la  dilatation  des  orifices,  si  elle  est  portée 
assez  loin  pour  que  les  valvules  ne  puissent  pas  les  fermer  , 
il  en  résulte  un  reflux  du  sang  qui  nuit  évidemment  au  jeu 
régulier  de  la  circulation.  Ce  reflux  est,  comme  nous  l’avons 
dit,  une  des  causes  du  bruit  de  soufflet,  du  frémissement 
cataire, [et  quand  il  s’opère  à travers  l’orifice  aurico-ventri- 
culaire  droit,  il  donne  lieu  au  pouls  veineux,  à la  fluctua- 
tion des  veines  jugulaires. 

Pour  le  traitement  de  la  dilatation  du  cœur,  on  se  con- 
formera aux  préceptes  que  nous  avons  donnés  en  étudiant 
l’hypertrophie  et  l’atrophie  avec  dilatation. 


EÉTRÉCISS.  DES  CAVITES  ET  DES  ORIFICES.  533 


ARTICLE  SECOND. 

t 

BéiaKCISSEMBItT  BBS  CAVITÉS  BT  DES  OBIFICES  DO  CCEDB. 

Nous  avons  vu , en  traitant  de  l’hypertrophie  du  cœur, 
que  l’épaississement  de  sa  membrane  interne , et  surtout 
celui  de  ses  colonnes  charnues  ou  de  ses  couches  musculai- 
res profondes , constituait  une  cause  de  rétrécissement  des 
cavités  de  cet  organe.  Nous  avons  vu  également  que  l’atro- 
phie pure  et  simple  du  cœur  comptait  au  nombre  de  ses 
caractères  anatomiques  une  diminution  de  la  capacité  des 
cavités  , et  nous  avons  indiqué  quels  étaient  les  effets  de 
ce  rétrécissement , que  nous  devons  nous  borner  à signaler 
ici. 

•• 

Les  autres  causes  qui  peuvent  donner  lieu  au  rétrécisse- 
ment des  cavités  du  cœur  sont  une  compression  exercée 
par  une  tumeur,  un  épanchement,  etc. , sur  cet  organe, 
la  présence  de  concrétions  sanguines , soit  récentes  encore, 
soit  anciennes  et  organisées.  Or,  dans  ces  cas  , comme  dans 
l’atrophie  et  l’hypertrophie  concentrique,  le  rétrécissement 
n’est  pour  ainsi  dire  qu’un  accident , un  effet  d’une  autre 
maladie. 

Considéré  en  lui-même,  et  abstraction  faite  de  sa  cause  , 
le  rétrécissement  des  cavités  du  cœur,  quand  il  est  porté 
assez  loin,  constitue  un  obstacle  mécanique  à la  circulation, 
et  peut  déterminer  les  divers  accidens  qui  accompagnent 
tout  obstacle  de  ce  genre , tels  que  des  congestions  veineu- 
ses, des  collections  séreuses  , etc.  Si  le  rétrécissement  oc- 
cupe le  ventricule  gauche,  il  en  résulte  une  petitesse  du 
pouls,  comme  dans  le  cas  de  rétrécissement  de  l’orifice 
aortique.  > 

Le  rétrécissement  des  cavités  du  cœur  n’est  par  lui- , 
même  la  source  d’aucune  indication  de  quelque  impor- 
tance. Il  faut  combattre  la  maladie  dont  il  est  l’effet,  et 
laisser  ensuite  à la  nature  le  soin  de  faire  le  reste , car  s’il 


634  maladies  du  coeur  en  particulier. 

est  donne  à l’art  de  dilater  mécaniquement  une  foule  d’au- 
tres organes  , il  n’en  est  pas  de  même  quand  il  s’agit  du 
cœur. 

Le  rétrécissement  des  orifices  du  cœur  se  produit  dans  i 
des  conditions  essentiellement  les  mêmes  que  celles  dont  i 
nous  avons  parlé  à l’occasion  du  rétrécissement  des  cavités 
de  cet  organe.  L’espèce  de  rétrécissement  des  orifices  du 
cœur  la  plus  commune.et  la  plus  importante  à connaître  est 
celle  qui  accompagne  l’induration  des  valvules.  INous  ne 
reviendrons  pas  sur  ce  que  nous  en  avons  dit , en  traitant  | 
de  cette  induration  , considérée  comme  une  terminaison  de 
l’endocardite  valvulaire  chronique.  ’ 


CHAPITRE  III. 

DES  LÉSIONS  DE  RAPPORTS^  OU  DES  DÉPLACEMENS 
ET  DES  HERNIES  DU  CŒUR  (l). 

» * . 

\ " , 

ARTICLE  PREMIER. 

DBS  SIMPLES  DEPLACEMENS  DU  COEUH. 

On  peut  distinguer  deux  espèces  de  déplacement  du 
cœur  : l’une  dans  laquelle  cet  organe  occupe , comme  à 
l’ordinaire,  la  région  précordiale,  mais  ayant  sa  pointe 
tournée  touL-à-fait  à gauche  ( voy.  les  observ.  d hypertro- 
phie considérable  du  cœur  ) , 1 autre  dans  laquelle  le  cœur 


(i)  M.  Breschet  désigne  sous  le  nom  à'eclopies  les  divers changemens  de  si- 
tuation et  de  position  du  cœur,  lésions  sur  lesquelles  il  a publié,  en  i8a6,  un 
méoioire  important. 


DÉrLACEMElVS  DU  COEUR.  535 

ne  siège  plus  clans  la  région  précorcliale , et  se  trouve  , par 
exemple,  refoulé  dans  le  côié  droit  de  la  poitrine. 

Les  cas  de  véri  table  déplacement  du  cœur  ne  sont  pas  extrê- 
mement rares.  Lancisi  et  Morgagni  ont  désigné  sous  le  litre 
de  prolapsus  les  déplacemens  en  bas,  seul  vice  de  position 
dont  il  soit  fait  mention  dans  l’ouvrage  de  Corvisart.  Dans 
UM  des  observations  de  Morgagni , la  cause  qui  avait  ainsi 
repoussé  le  cœur  de  haut  en  bàs  j consistait  en  une  tumeur 
anévrlsmale  de  l’aorte.  Dans  un  cas  rapporté  par  Sénac, 
le  cœur  avait  enfoncé  le  diaphragme  qui  lui  formait  une 
espèce  de  capuchon. 

Le  déplacement  en  haut  du  cœur  se  rencontre  dans  les 
cas  où  cet  organe  est  soumis  à une  pression , à un  refoule- 
ment exercé  sur  lui  de  bas  en  haut,  soit  par  une  tumeur 
développée  dans  l’hypochondre  gauche,  soit  par  un  vaste 
épanchement  dans  le  péritoine,  etc. 

Divers  auteurs  ont  eu  occasion  de  rencontrer  le  refoule- 
ment du  coeur  dans  le  côté  droit  de  la  poitrine.  Sennert 
trouva  le  cœur  d’un  étudiant  caché  dans  la  cavité  droite  du 
thorax,  à la  suite  d’une  maladie  qui  avait  entraîné  la  con- 
somption du  poumon  ( c’est-à-dire  , selon  toute  apparence, 
un  épanchement  considérable  dans  la  plèvre  gauche  ).  Dans 
un  cas  rapporté  par  M.  Larrey , les  battemens  du  coeur  se 
faisaient  sentir  à la  région  du  sein  droit.  L’autopsie  cadavé- 
rique montra  que  le  cœur  avait  été  rejeté  à droite  par  une 
hydropisie  enkystée.  Une  tumeur  pourrait,  comme  les 
épanchemens  libres  ou  enkystés,  produire  le  déplacement 
du  cœur  à droite.  C’est  ainsi  qu’à  l’ouverture  du  côrpS  du 
marquis  de  Saint-Auban,  Boerrhaave  trouva  le  cœur  re- 
poussé dans  la  cavité  droite  de  la  poitrine,  par  l’effet  de  la 
compression  qu’avait  exercée  sur  lui  une  énorme  tùmeur 
développée  dans  le  coté  gauche  du  thorax.  Quoi  qu’il  en 
soit , de  toutes  les  causes  qui  peuvent  opérer  l’espèèe  de  dé- 
placement qui  nous  occupe,  la  plus  commuiie  est  un 
Vaste  épanchement  dans  le  côté  gauche  de  la  poitrine. 


536  BIAtADIES  DU  CCEÜR  EN  rARTICÜEIER. 

J ai,  tout  récemment  encore  ( 16  avril  1835^,  observé,  ' 
conjointement  avec  M.  le  professeur  Velpeau,  un  cas  de 
ce  genre. 

Le  passage  accidentel  de  l’estomac  et  des  intestins  dans  i 
un  des  côtés  de  la  poitrine,  peut  être  la  cause  d’un  déplace-  i 
ment  du  cœur.  M.  Chaussier  avait  observé  cette  espèce  de 
déplacement.  En  voici  un  exemple  : chez  un  enfant,  qui  i 
expira  quelques  heures  après  sa  naissance,  l’autopsie  dïfea-  I 
vérique  fit  reconnaître  ce  qui  suit:  l’estomac,  une  grande  \ 
partie  des  intestins,  la  rate  et  le  pancréas,  étaient  contenus  i 
dans  la  cavité  gauche  de  la  poilmne.  La  cavité  droite  renfer- 
mait le  cœur,  le  thymus  et  les  deux  poumons.  (Gust.  Th.  Wey-  ' 
land;  Diss.  inaug.  méd. — léna.  1831.  ) , 

Quelquefois,  le  déplacement  du  cœur  à droite  est  moins  f 
considérable,  en  sorte  que  cet  organe  se  trouve  situé  per-  | 
pendiculairement  à la  région  moyenne  de  la  partie  infé-  w 
vieure  de  la  poitrine  , comme  cela  est  arrivé  dans  le  casque  i! 
voici  : Un  enfant  de  sept  ans  succombe  à des  vomissemens 
dont  il  était  atteint  depuis  les  premiers  temps  de  sa  nais- 
sance, et  qui  se  compliquèrent  d’accidens  cérébraux.  A 
l’ouverture  de  son  corps,  on  vit  que  la  cavité  gauche  de  la 
poitrine,  jusqu’au  niveau  de  la  seconde  cote  , était  remplie 
par  les  circonvolutions  des  intestins.  Le  cœur  était  situé  sur 
la  ligne  médiane  Le  poumon  gauche,  atrophié,  offrait  à 
peine  la  sixième  partie  de  son  volume  norntal.  Le  poumon 
droit  était  bien  conformé,  et  ne  présentait  rien  d’extraor- 
dinaire. ( Gust.  Th.  Weyland  ; Oper.  cit.  ) 

Rien  n’est  plus  facile  que  le  diagnostic  des  divers  dépla- 
cemens  du  cœur.  La  percussion,  l’auscultation,  la  palpa- 
tion et  l’inspection,  permettent,  en  effet,  comme  nous 
l’avons  déjà  dit  tant  de  fois,  de  déterminer,  de  la  manière 
la  plus  certaine  , le  lieu  précis  qu’occupe  cet  organe.  On 
pourrait  confondre  le  simple  déplacement  du  cœur  à droite 
avec  la  transposition  congénitale  du  même  organe,  si  l’on 
n’avait  égard  qu’aux  signes  physiques;  mais  les  renseigne- 


HERNIES  DU  COEUR. 


537 

mens  sur  l’état  antérieur  du  malade,  la  transposition  des 
autres  viscères  qui  accompagne  celle  du  cœur,  etc.,  voilà 
qui  suffit  pour  distinguer  ces  deux  cas  l'un  de  l’autre  (1). 


ARTICLE  DEUXIÈME. 

HERNIE  DU  CCeUH  (2). 

Les  cas  de  hernie  du  cœur  ont  été  observés  par  divers 
auteurs.  Chez  un  fœtus  humain,  né  au  huitième  mois  de  la 
grossesse,  dont  Vaubonais  nous  a donné  la  description,  le 


(1)  Je  crois  devoir  rapporter  ici  un  cas  singulier  de  lésion  de  rapport  du  cœur 
( par  suite  de  l’absence  de  l’extrémité  inférieure  du  sternum,  le  cœur  était  immé- 
diatement placé  sous  la  peau).  Celle  curieuse  observation  a été  publiée  par  Cliaus- 
sier  dans  les  Bullclins  de  la  Facullé  de  médecine  de  Paris,  pour  l’année  i8i4. 

oj'ai  vu,  dit-il,  à rhôiàlal  militaire  de  Dijon  ujj  soldat  de  27  ans,  d’une  con- 
st  lotion  robuste,  dont  le  cceur,  situé  à la  partie  antérieure  et  moyenne  du  thorax, 
n’élail  recouvert  que  par  la  (leau,  qui  était  mince,  unie,  et  ne  présentait  aucun 
vestige  de  cicatrice.  Dans  ce  sujet,  que  j'exaininai  avec  beaucoup  d’attention,  le 
creurctonservailà  peu  près  tia  situation  naturelle,  et  ne  sortait  point  hors  du  thorax. 
Il  n’existait  du  sternum  que  son  extrémité  supérieure,  à laquelle  s’articulaient  de 
chaque  côté  la  clavicule  et  la  première  côte.  Les  autres  côtes,  jusqu’à  la  septième, 
paraissaient  manquer  en  totalité,  ou  au  moins  en  partie  , de  ce  cartilage  de  pro- 
longement qui , dans  l’état  ordinaire,  lesallache  au  sternum.  Elles  se  terminaient 
en  avant  par  un  tubercule  com|iacte,  épais,  arrondi,  qui  paraissait  s’étendre  de 
l’une  à l’autre,  les  réuniret  leur  servirde  point  fixe.  La  septième  côte  conser- 
vait sa  forme  et  son  étendue  naturelles.  Elle  se  prolongeait  jusqu’à  la  ligne  mé- 
diane , y était  fixée  et  réunie  à celle  du  côté  opposé  par  un  tubercule  épais,  com- 
pacte. Les  autres  parties  du  thorax  étaient  bien  conformées. 

» L’absence  du  sternum  et  d’une  portion  de  certaines  côtes  laissait  ainsi  un  grand 
espace  oblong , dans  lequel  on  voyait,  de  la  manière  la  plus  frappante , tous  les 
mouvemens  du  cœur. 

■>  Malgré  celle  singulière  conformation  congéniale,  cet  homme  jouissait  d’une 
bonne  santé  ; il  était  ilepuis  plusieurs  années  attaché  au  service  militaire,  en 
avait  supporté  toutes  les  fatigues,  sans  éprouver  aucun  accident,  et  il  n’était 
entré  à l’hôpital  que  pour  une  légère  indisposition,  qui  lui  permit  bientôt  de  con- 
tinuer sa  roule.  » 

(2)  Nous  aurions  pu  rattacher  la  hernie  du  cœur  aux  vices  congénitaux  dont 
il  sera  question  dans  notre  quatrième  classer  des  malarlies  du  cœur.  Cependant , 


538  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

cœuT',  sorti  du  thorax  par  une  ouverture  située  à la  partie  supé~  i'  i 
rieiire  de  cette  cavité  ^ était  à nu  et  pendu  au  cou  comme  une  i i 
MEDAILLE,  ( Méju.  de  V Acad,  des  sciences.  — 1712.  ) 

Martin  Martinez  a rapporté  un  cas  analogue  au  précédent  i; 
dans  une  dissertation  imprimée  à Madrid,  en  1723, 

Tourlelle  dit  avoir  vu,  à Besançon,  un  enfant  qui  avait  fi 
à la  partie  inférieure  du  thorax  une  ouverture  par  laquelle  le  1 
cœur  sortait  et  se  portait  jusqu'à  un  pouce  au-dessus  de  l’om-  h 
hilic. 

Parmi  les  espèces  les  plus  extraordinaires  de  hernie  du  ! 
cœur,  il  faut  placer  les  deux  cassuivans,  dont  Is  premier  i 
était  en  même  temps  un  exemple  de  hicardie:  Chez  un  en- 
fant, qui  mourut  peu  de  temps  après  sa  naissance,  Baudé"- 
locque  assure  avoir  trouvé  deux  cœurs  distincts,  Vun  situé  dans 
ï abdomen,  l'autre  dans  le  thorax,  et  communiquant  ensemble 
par  diverses  ramifications  'vasculaires. 

Chez  un  énfant  singulièrement  difforme  dans  plusieurs 
de  ses  parties,  né  à l’hospice  de  la  Maternité,  en  1812, 
Chaussier  a vu  une  tumeur  herniaire  qui , située  à la  base  du 
cordon  ombilical,  contenait  7ion  seulement  la  plupart  des  viscè- 
res abdominaux , mais  encore  le  cœur.  Cet  organe , dont  la  base 
se  trouvait  tournée  dû  côté  de  l'ombilic,  était  attaché  par 
sa  pointe  à la  partie  antérieure  du  palais.  Le  centre  du  dia- 
phragme présentait  une  ouverture  par  laquelle  le  cœur  avait 
fait  hetnie  dans  l'abdofnen.  Ajoutons  que  le  fœtus,  ainsi 
mal  conformé,  vécut  quelques  heures  après  sa  naissance. 

La  note  suivante  sur  une  hernie  congénitale  du  cœur 
mérite  de  trouver  place  ici  (elle  fut  lue  par  Chaussier,  a 
la  Société  de  la  Faculté  de  médecine  de  Paris , en  1814  ). 

« Le  3o  juin  i8i3  , on  a déposé  à l’hospice  de  la  Mater- 


comme  celle  hernie  paraît  s'opérer  sous  l’influence  de  conditions  morbides  acci- 
clcntcllcmcnt  survenues  chez  le  fœlus,  nous  avons  cru  devoir  ne  pa^s  séparer  son 
histoire  de  celle  des  simples  déplacemens  du  cœur,  dont  il  vient  d être  question 
dans  le  précédent  article. 


t 


HERNIES  DU  COEUR.  53g 

» nité  un  enfant  femelle  nouveau-né,  qui  présente  , à la 
» partie  supérieure  et  antérieure  de  l’abdomen  , une  tu- 
» ineur  molle,  hémisphérique,  élevée  d’à-peu-près  un 
- » pouce  (So  millimètres),  large  d’environ  deux  pouces  un 
» quart  (6o  millimètres) , et  dans  laquelle  on  distingue,  à 
» la  simple  inspection  et  d’une  manière  très  évidente , la 
I » forme  et  les  mouvemens  alternatifs  d’élévation  etd’abais- 
• ü sement  du  cœur,  de  dilatation  et  de  contraction  de  ses 
» ventricules. 

» L’apparence,  le  volume  de  cette  tumeur,  qui  dé  la 
» partie  antérieure  et  inférieure  du  thorax  s’étend  presqué 
J à la  hauteur  de  l’ombilic,  change  à chaque  instànt^sui- 
» vaut  l’état  de  la  respiration.  Quand  l’enfant  inspire,  le 
» cœur  se  relève,  il  remonte  et  paraît  rentrer  en  partie 
» dans  le  thorax;  quand  il  expire,  le  cœur  se  porte  en 
> avant  et  en  bas , et  les  mouvemens  de  Ses  ventricules 
» sont  plus  apparens.  La  tumeur  augmente  sensiblement 
» de  volume  et  est  plus  tendue  lorsque  l’enfant  crie  , et 
B surtout  lorsqu’on  le  tient  debout;  elle  diminue  et  de- 
» vient  plus  molle  lorsqu’il  est  tranquille  et  couché  sur  le 
» dos,  un  peu  sur  le  côté , les  membres  à demi  fléchis.  Une 
î pression  graduée  fait  disparaître  la  tumeur  ; le  cœur, 

» dont  on  sent  très  bien  les  battemens,  s’enfonce  et  paraît 
» rentrer  dans  le  thorax  ; mais  la  respiration  de  l’enfant 
» est  alors  moins  facile,  et  dès  que  Lon  cesse  la  pression  , 
ï la  tumeur  reprend  sa  forme  première , et  le  cœur  s’é- 
» chappe  avec  une  sorte  de  bruissement. 

» En  examinant  plus  particulièrement  le  contour  de 
» cette  tumeur,  on  reconnaît,  à la  partie  antérieure  et  la- 
» térale  gauche  du  thorax  , une  large  ouverture  ou  échan- 
ï crure  qui,  autant  que  l’on  peut  en  juger  à travers  l’épais- 
» seur  des  chairs,  commence  au-dessous  du  bord  de  la 
» quatrième  côte  sternale , est  formée  au-dedans  par  une 
» jiartie  du  sternum  , et  en  dehors  par  l’extrémité  des  côtes 
» qui  ont  été  détruites , ou  n’ont  pas  pris  Lacer oisseraeiit 


54o  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER.  ‘ 

» et  l’étendue  qu’elles  ont  ordinairement.  L’extrémité  su-  i 
» périeure  des  muscles  droits  ( sterno-pubiens  ) parait  r: 
» manquer,  au  moins  du  côté  gauche  , ou  bien  ces  muscles  j 
» sont  fort  écartés  l’un  de  l’autre,  car  les  parties  déplacées  I 
» ne  paraissent  recouvertes  que  par  la  peau  qui,  en  devant  I 
» et  en  haut,  est  d’une  grande  ténuité  et  semi-diaphane,  j 
» mais  qui  paraît  plus  épaisse  en  bas  et  du  côté  de  l’om-  , 

» bilic,  et  présente  dans  cet  endroit  une  large  tache  bru- 
» nâtre  et  d’une  forme  irrégulière.  Il  paraît  aussi , d’après  il 
» le  volume  de  la  tumeur , qu’elle  contient  une  portion  du  } 
» foie , et  que  le  cœur  est  appuyé  sur  la  face  convexe  de  II 
» cet  organe  , et  y exécute  ses  mouvemens  (i).  » 

D’autres  cas  de  hernie  du  cœur  ont  été  publiés  par  i 
M.  Breschet,  dans  son  mémoire  sur  Yectopie  de  cet  organe.  | 
Ce  savant  anatomiste  réduit  à trois  genres  les  hernies  ou  I 
ectopies  du  cœur  : 

GENRE.  — Ectopie  thoracique  du  cœur.  I 

2* *  GENRE.  — Ectopie  abdominale. 

3®  GENRE.  — Ectopie  céphalique. 

• Les  cas  que  nous  venons  de  rapporter  fournissent  des 
exemples  de  ce  triple  genre  de  hernie  du  cœur. 

Il  est  très  commun  de  voir  coïncider  les  différentes 
espèces  de  hernie  du  cœur  avec  des  vices  de  conformation 
de  cet  organe,  dbnt  plusieurs  sont  incompatibles  avec  la 
vie.  Au  reste,  ces  hernies  supposent  elles-mêmes  l’existence 
d’autres  lésions  dans  les  parties  voisines,  telles  que  des 


(i)«  Ainsi,  ajoute  M.  Chaussier,  par  la  nature,  la  disposition,  les  pliéno- 
> mènes  qui  l’accompagnent,  cette  affection  con^én/n/e  peut  être  rapportée  à la 

• classe  des  hernies,  et  distinguée  des  prolapsus,  de  l'extrophie  ou  autres  ahé- 
» rations  accidentel  les  de  cet  organe.  » 

I.’enfanl  observé  par  M.  Chaussier  était  d'ailleurs  bien  conformé.  Il  tétait,  exé- 
cutait bien  ses  fonctions,  et  semblait  promettre  de  vivre 


(*)  On  conserTiil  cet  enfant  à la  Maternité.  Je  ne  racbe  pai  qu'il  en  ait  été  qurition  dtpuii  la 
publication  de  la  note  qu'on  vient  de  lire. 


HERNIES  DU  COEUR.  54 1 

solutions  de  continuité,  des  adhérences  anormales,  etc.; 
et  ces  lésions  peuvent  entraîner  de  graves  accidens  ou 
même  une  mort  inévitable,  soit  immédiatement  après  la 
inaissance  , soit  très  peu  de  temps  après. 

Il  n’est  pas  de  notre  objet  d’approfondir  ici  les  lois  et  le 
imécanisme  de  la  production  des  ouvertures  anormales  à 
travers  lesquelles  le  cœur  s’échappe.  Quant  à certains  vices 
Ide  conformation  qui  peuvent  coexister  avec  les  hernies  du 
cœur,  nous  en  traiterons  plus  loin. 

Chez  les  sujets  qui  ne  succombent  pas  immédiatement 
après  leur  naissance,  le  diagnostic  des  hernies  du  cœur  se 
fonde  sur  les  mêmes  données  que  celui  des  simples  dépla- 
cemens  dont  nous  avons  déjà  parlé. 


i 


CLASSE  QLATRIÈ5IE. 

t. 

DES  VICES  PBlMORDlAüX  DK  SITUATION  ET  DE  CONFORMATION  BO  COBDR. 

V , 


CONSIDÉRATIONS  PRÉLIMINAIRES.  , 

L’étude  des  états  anormaux  dont  l’ensemble  consti-i 
tue  la  classe  des  monstruosités  s’est  enfin  complètement: 
dégagée  de  la  forme  fabuleuse  et  mystique  dont  elle  fut 
enveloppée  jusqu’au  commencement  du  xviii* *  siècle  (i). 

L’observation  et  l’esprit  philosophique  ont  fait  justice 
des  idées  superstitieuses  dont  les  monstruosités  avaient  été 
le  sujet,  et  là  où  l’on  ne  voyait  que  des  effets  de  la  colère 
céleste  pu  des  opérations  du  démon,  les  observateurs  ont 
aujourd’hui  reconnu  les  conséquences  de  grandes  lois  d’a- 
natomie et  de  physiologie  anormales,  telles  que  celles  de 
Varrêt,  du  retardement  ou  de  l’excès  de  développement,  etc. 
Toutefois,  malgré  ses  immenses  progrès,  il  s’en  faut  bien 
que  la  tératologie  soit  une  science  achevée.  Combien  de 
ses  parties  sont  encore  couvertes  d’une  profonde  obscurité  ! 

La  définition  de  la  monstruosité  n’est  pas  aussi  facile  que 


(i)  Dans  son  traité  des  monstres,  publié  pour  la  première  fois  en  i6i6,  Lice- 
tus  professe  que  quelques  monstres  sont  dus  à l’opération  du  démon. 

Jean  Riolan,  l'un  des  hommes  les  plus  éclairés  du  17®  siècle  , a pu  écrire  que: 
«quant  aux  monstres  faits  à l'image  du  diable,  il  faut,  si  on  les  laisse  vivre, 

• les  tenir  constamment  enfermés  et  cachés  dans  une  chambre.  Enfin,  il  en  est 

• d’autres  qui , moitié  hommes  et  moitié  animaux  , font  injure  à la  nature  et  au 

• genre  humain  : ceux-ci  doivent  être  au  plus  tôt  mis  <i  mort.» 

On  sait  que,  chez  les  Romains,  la  loi  des  Douze  Tailles  ordonnait  la  mort  de 
tous  les  monstres.  Cette  barbare  coutume,  à laquelle  on  ne  saurait,  sans  le  pro- 
faner, donner  le  nom  de  loi , était  surtout  appliquée  aux  hermaphrodites.  Elle 
était  aussi  eu  vigueur  chez  les  Athéniens. 


VICES  PRIMORDIAUX  DE  CONFORMATION.  543 

quelques  uns  pourraient  le  croire.  Depuis  Ambroise  Pa- 
ré (i),  elle  a subi  de  nombreuses  modifications. 

Suivant  Béclard , une  monstruosité  est  l'état  permanent 
i'ime  jormation  qui  n aurait  dû  être  que  passagère.  M.  Isid. 
Goffroy  Saint-Hilaire,  qui  rapporte  cette  définition , fait 
justement  observer  qu’elle  est  trop  étroite,  puisqu’elle 
ne  s’applique  en  réalité  qu’aux  monstruosités  par  arrêt  de 
développement  (2). 

Dans  son  article  monstruosité  du  nouveau  Dict.  de  méd. , 
M.  Andral  donne  le  nom  de  monstruosité  à toute  aberra- 
tion de  nutrition  y d'où  résulte  pour  l'être  qui  la  présente  une 
conformation  d'un  ou  de  plusieurs  de  ses  organes , différente 
de  la  conformation  qui  appartient  à son  existence  extra-uté- 
rine y à son  espèce  ou  à son  sexe.  Mais,  dit  encore  M.  Isid. 
Geoffroy  Saint-Hilaire,  il  existe  un  grand  nombre  de  mons- 
truosités qui  ne  résultent  pas  évidemment  d'une  aberration  de 
la  nutrition. 

Dans  le’  beau  Traité  de  tératologie  de  ce  dernier  auteur, 
on  ne  trouve  point  une  définition  générale  de  la  mon- 
struosité. M.  Isid.  Geoffroy  Saint-Hilaire  s’est  contenté  de 
définir  chaque  classe  de  monstruosité  en  particulier,  et  ses 
définitions  expriment  le  fait  propre  à chaque  classe  de 
1 monstruosité  , sans  rien  préjuger  sur  l’origine  et  les  cau- 
1 ses  de  cette  dernière. 

La  détermination  du  mode  de  développement  des  diver- 
ses monstruosités  est  un  des  problèmes  qui  ont  le  plus 
occupé  les  anatomistes  et  les  physiologistes,  et  dont  la 


(1)  Ce  grand  chirurgien,  comme  pour  payer  son  tribut  aux  préjugés  de  son 
temps,  dit  que  les  monstres  sont  choses  qui  apparaissent  contre  le  cours  de 
nature,  et  sont  le  plus  soovknt  signes  de  quelques  u*lheues  a advenir. 

(2)  M.  Geoffroy  Si-Hilaire  père  a donné  une  définition  du  même  genre, 
mais  plus  large  : «Un  monstre,  dit-il , n’est  qu’un  fœtus  sous  les  communes 
«conditions,  mais  chez  lequel  un  ou  plusieurs  organes  n’ont  point  participé 
» aux  transformations  successives  qui  font  le  caractère  de  l’prgauisation.  » 


544  MALADIES  DU  CCEUR  EN  PARTICULIER, 

solution  n’est  cependant  pas  encore  complèiement  trouvée. 

Un  examen  attentif  des  faits  relatifs  aux  monstruosités 
semble  démontrer  qu’elles  proviennent  d’une  double 
origine,  savoir,  les  maladies  survenues  pendant  le  cours 
de  révolution  du  germe,  et  la  constitution  primitivement 
défectueuse  dé  ce  même  germe,  soit  sous  le  rapport  de  la 
position  de  ses  parties,  soit  sous  le  rapport  de  leur  confor- 
mation. A parler  rigoureusement,  les  monstruosités  de  la 
première  classe  ne  sont  autre  chose  que  de  véritables  ma- 
ladies, survenues  pendant  la  période  de  la  vie  intra-utérine 
ou  fœtale  , et  I on  devrait  réserver,  peut-être  , le  nom  de 
vionstruosités  aux  défectuosités  originelles  ou  primordiales 
des  germes  eux-mêmes.  Il  est  vrai  que  cette  origine  des 
monstruosités  est  un  peu  hypothétique  (i). 

Quant  aux  vices  de  conformation,  par  suite  d’une  ma- 
ladie survenue  pendant  le  cours  de  la  vie  intra-utérine , 
leur  existence  est  un  des  faits  les  plus  incontestables. 
Sous  ce  point  de  vue,  la  classification  des  monstruosi- 
tés se  confond  presque  entièrement  avec  celle  des  ma- 
ladies elles-mêmes,  considérées  en  tant  que  simples  lé- 
sions anatomiques.  Cela  est  si  vrai,  que  la  classification 
tératologique  de  M.  Isid.  Geoffroy  Saint-Hilaire  contient  au 
fond  tous  les  élémens  d’une  classification  anatomico-pa- 
tliologique  des  maladies.  Ainsi,  sous  le  no/n  d’hémitÉries 


(i)  «Depuis  que  l'hypollièse  de  l’existence  des  germes  et  de  leur  évolution 

• est  généralement  reçue,  on  a aussi  admis  des  germes  primitivement  défectueux,  et 

• des  accidens  postérieurs  à la  fécondation  , |jour  expliquer  les  monstruosités  en 
» général.  Dans  le  dernier  siècle,  Lémery  fut  le  représentant  de  la  première  opi- 

• nion,et  Winslow  celui  delà  seconde.  Les  deux  combattans  finirent  par  se  faire 

• des  concessions  réciproques.  Ainsi , par  exemple,  Lémery  admettait  une  dis- 
» position  originaire  , primitive,  pour  lès  cas  de  transposition  régulière  des  vis- 

• cères  d'un  côté  à l'autre,  et  W inslow  adoptait  les  causes  accidentelles  pour 

• quelques  cas.  Haller  avait  adopte  cette  opinion  mixte.  Parmi  les  modernes, 
»M.  Chaussier  semble  n'admettre  que  les  causes  accidentelles.  Swammerdam  dit 

• en  leur  faveur  qu’on  peut  produire  à volonté  des  monstruosités  dans  les  in- 

• sectes,  en  agissant  sur  les  chrysalides.  » (Béclard  , mdm.  sur  les  acéphales). 


VICES  PRIMORDIAUX  DE  CONFORMATION.  545 

(demi-monstruosités  ou  anomalies  simples  ) , cet  auteur 
comprend  : i°  les  changemens  de  volume  ; 2°  les  change- 
mens  de  forme;  3°  les  changemens  de  structure;  4°  les 
changemens  de  disposition;  5°  les  anomalies  relatives  au 
nombre  et  à l’existence  des  organes.  N’est-ce  pas  là  évidem- 
ment une  classification  anatomico-pathologique  tout  en- 
tière? 

Si  nous  voulions  appliquer  rigoureusement  la  classifica- 
tion de  M.  Isid., Geoffroy  St-Hilaireaux  anomalies (\\x  c.æ\jr , 
il  ne  nous  faudrait  rien  moins  que  refaire  ici,  aux  névroses 
près,  toute  la  pathologie  de  cet  organe.  Mais  laissant  de 
côté  tout  ce  qui,  dans  cette  classification,  se  rapporte  aux 
simples  changemens  de  position  et  de  direction  , à l’hy- 
pertrophie et  à l’atrophie  proprement  dites,  à l’induration, 
au  ramollissement,  à tous  les  changemens  de  structure 
en  un  mot,  nous  étudierons  successivement  les  anomalies 
primordiales  du  cœur,  consistant,  soit  dans  la  transposition 
de  cet  organe,  soit  dans  la  persistance  du  trou  botal  (ano- 
malie à laquelle  nous  réunirons  les  autres  ouvertures  congé- 
niales  de  la  cloison  qui  sépare  les  cavités  droites  des  cavités 
gauches  du  cœur),  soit  dans  le  défaut  ou  la  pluralité  du 
cœur  , dans  l’augmentation  ou  la  diminution  de  ses  diverses 
parties  constituantes,  soit  enfin  dans  un  changement  de 
connexion^  entre  cet  organe  et  les  gros  vaisseaux  qui 
s’ouvrent  dans  ses  cavités. 

Etudiées  en  elles-mêmes , et  indépendamment  de  leur 
mode  d’origine  et  de  leur  mécanisme,  les  anomalies  de 
position  et  de  conformation  du  cœur  rentrent  parfaitement 
dans  la  classification  générale  de  M.  Isidore  Geoffroy-Saint- 
Hilaire. 

La  division  des  anomalies  relatives  à la  disposition  des 
organes  en  cinq  espèces,  savoir  i:  i°  les  anomalies  par 
changement  de  position;  2°  les  anomalies  par  changement 
de  connexion;  3°  les  anomalies  par  continuité  de  parties 
ordinairement  disjointes;  4°  les  anomalies  par  cloisonne- 
2.  35 


546  MALADIES  Du  COLUR  EN  PARTICULIER, 

ment  ; 5°  les  anomalies  par  disjonction  des  parties  ordinai- 
rement continues;  cette  division,  dis-je  , est  parfaitement 
applicable  au  cœur.  Mais  comme  toutes  ces  anomalies  peu- 
vent se  manifester  accidentellement  sous  l’influence  des 
diverses  maladies  que  nous  avons  étudiées  dans  les  précé- 
dons chapitres  de  cet  ouvrage,  nous  n’avons  pas  dû  nous 
en  occuper  ici  d’une  manière  spéciale  (i). 

r*-  , - • 

( 

CHAPITRE  I. 

DE  LA  DEXIOGARDIE  ,OU  DE  LA  TRANSPOSITION  CONGÉNITALE 
ET  PRIMORDIALE  DU  COEUR  A DROITE. 

§ I.  Idée  générale  de  celte  anomalie, 

11  ne  faut  pas  confondre  la' transposition  du  cœur , dont  ; 
il  est  ici  question,  avec  le  refoulement  de  cet  organe  dans 
le  côté  droit  de  la  poitrine,  tel  que  nous  l’avons  décrit , en  : 
traitant  des  simples  déplacemens  du  cœur.  En  effet , dans  b 
ce  cas,  l’organe  n’est  pas,  à rigoureusement  parler,  traiis-  L 
posé.  Ses  cavités  gauches  n’ont  pas  pris  la  place  des  droites,  L 
et  réciproquement,  circonstance  qui  caractérise  spéciale-  I 
ment  l’anomalie  que  nous  étudions  ici  (a).  Dans  les  cas  de  j 

■ — 

(i)  Les  observations  que  l’on  recueille  chaque  jour  sur  les  diverses  maladies  | 
que  peut  éprouver  le  fœtus  pendant  le  cours  de  la  vie  intra-utérine,  répandent  p 
une  vive  lumière  sur  le  mode  dé  développement  d'une  foule  d’anomalies  dites  |ij 
congénitales  ou  primordiales,  et  le  moment  n’est  pas  éloigné . peut-être , où  M 
l’étiologie  des  monstruosités  subira  une  radicale  et  complète  révolution. 

(i)  .Sous  ce  point  de  vue  , nous'croyons  que  M.  le  professeur  Bérard  n’a  pas  g 
donné  une  idée  suffisamment  claire  de  la  transposition  du  cœur,  quand  il  a dit  R 
simplement  ; Chez  tes  stijels  qui  offtent  une  transposition  complète  des  viscères,  [t 
le  coeur  a sa  pointe  dirigée  à droite  et  en  avant,  et  sa  base  en  se,ns  opposé, 

Eu  effet,  ce  n’est  point  ce  changement  de  direction  qui  spécifie  l’anomalie 
dont  il  s’agit,  puisque  comme  M.  Bérard  le  déclare  lui-méme  : « Le  même  chaa-  m 


TRANSPOSITION  DU  COEUR.  647 

simple  déplacement  du  cœur  à droite  par  une  cause  acci- 
dentelle , le  poumon  gauche  n’est  pas  situé  à la  place  du 
droit,  et  réciproquement,  l’aorte  à droite,  le  foie  à gau- 
che, etc.  Or , c’est  là  ce  qui  a lieu  dans  les  cas  de  véritable 
transposition  du  cœur , transposition  qui  n’est , pour  ainsi 
dire,  qu’un  élément  d’un  renversement  général  des  viscères 
du  thorax  et  de  l’abdomen.  L’anomalie  du  cœur  dont  nous 
nousoccupons  ici,  n'a  pas  encore  été  décrite  dans  les  trai- 
tés des  maladies  du  cœur.  Elle  n’est  cependant  pas  extrê- 
mement rare,  et  il  y a déjà  bien  long-temps  que  des  obser- 
vations en  ont  été  rapportées.  En  voici  quelques  unes. 

* 

§ II.  Cas  particuliers  de  transposition  ou  de  renversement  du  cœur  et  des  autres 
viscères  du  thorax  et  de  l’abdomen. 

OBSERVATION 

Chez  un  soldat  des  invalides,  disséqué  par  Méry,  en  1686, 
on  trouva  un  renversement  des  viscères.  C’est  à l’occasion 
de  ce  fait,  que  le  grand  Leibnitz  composa  les  quatre  vers 
suivans  , qui  ne  sont  pas  assurément  son  plus  beau  titre  à 
l’immortalité. 

La  nature , peu  sage , et  sans  doütb  en  débadchb  , 

Jlaça  le  foie  au  côté  gauche  ; 

Et  de. même,  vice  ver sâ. 

Le  cœur  à la  droite  plaça. 

OBSERVATION  lüQe. 

On  trouve  dans  le  tome  premier  de  la  médecine  pratique 
de  Maximilien  Stoll , un  exemple  de  transposition  des  vis- 
cères : « Un  homme  est  mort  ayant  un  ictère  noir  provenant 
» du  squirrhe  du  sphincter  de  la  vésicule  du  fiel.  Le  foie 


Agement  de  direction  a été  observé  dans  des  cas  où  les  viscères  n’étaient  pas 
A transposés.  » ( Dict.  de  méd,  en  a5  vol.,  t.  VIII,  p.  219.) 


35. 


548  MALADIES  DU  CœUR  EN  PARTICULIER. 

» était  sphacelé^  et  par  un  jeu  extraordinaire  de  la  nature ^ 

» tous  les  'viscères^  tant  de  la  poitrine  que  de  C abdomen, 

» étaient  changés  de  place , en  sorte  que  le  foie  se  trouvait  à 
» gauche  , etc.  « 

OBSERVATION  150e, 

On  lit  dans  les  Bulletins  de  la  Faculté  de  Médecine  de 
Paris  (i2  décembre  i8i6)  : t M.  Béclard  a présenté, à 
» l'examen  de  la  société  , le  torse  d’une  femme  âgée  , chez 
» laquelle  on  a reconnu  une  transposition  complète  de 
> tous  les  viscères  de  la  poitrine  et  du  bas-ventre  (i).  » 

J’ai  eu  occasion  d’observer,  en  1824,  à l’hôpital  Cochin, 
une  transposition  du  cœur  et  des  autres  viscères.  Je  vais 
consigner  ici  ce  cas  tel  qu’il  a été  publié  par  M,  le  docteur 
Dubled  , dans  le  tome  VI  des  Archives  générales  de  médecine 
( 1824  ). 

OBSERVATION  151e, 

' Un  charpentier , âgé  de  20  ans  , d’une  assez  belle  stature , 
entra  à l’hôpital  Cochin  , le  28  août  1824,  disant  n’être 
malade  que  depuis  quatre  jours  , ce  qui  ne  s’accordait  guère 
avec  la  teinte  jaune-pâle  de  tout  le  corps  et  un  amaigrisse- 
ment déjà  assez  prononcé.  Quoi  qu’il  en  soit , il  ne  se  plai- 


(1)  Dan»  son  Trailé  des  maladies  des  enfans  nouveau-nés , Billiard  dit  que 
ta  transposition  du  cœur  à droite  est  une  déviation  moins  rare  qu'on  ne  pourrait 
le  croire,  et  que  M.  Baron  en  a présenté  plusieurs  exemples  à C Académie  royale  de 
médecine. 

Dans  son  savant  Mémoire  sur  Yectopie  du  cœur,  ÎI.  Breschet  dit  avoir  re- 
cueilli quaire  cas  dans  lesquels  cet  organe  était  placé  dans  la  moitié  droite  du 
thorax.  Mais  comme  les  autres  viscères  avaient  généralement  conservé  leur  po- 
sition normale,  il  est  plus  que  douteux  que  les  cas  dont  il  s’agit  soient  relatifs  5 
une  véritable  transposition  du  cœur;  aussi  M.  Isid.  Geoffroy-Sainl-IIilaire  n’a- 
t-il  pas  cru  devoir  placer  ces  quatre  cas  parmi  les  cinquante  on  soixante  observa- 
tions qui , d’après  son  calcul , ont  été  rapportées  jusqu'ici  par  les  au  eurs  sur  la 
transposition  des  viscères , déviation  organique  à laquelle  il  a donné  le  nom  d’/«ê- 
térotaxie. 


transposition  du  CœUR.  549 

gnaitcfue  de  céphalalgie,  d’étourdissemens , d'oppression, 
et  de  baltemens  dans  la  télé.  Le  pouls  était  plein  et  fré- 
quent; les  carotides  battaient  avec  une  force  extraordi- 
naire. 

Les  battemena  du  cœur , examinés  au  stéthoscope , étaient 
forts,  vifs,  fréquens  , étendus  , surtout  dans  la  cavité  pecto- 
rale droite  , ou  il  semblait  quil  existât  un  second  cœur. 

La  langue  était  blanchâtre  , humide,  la  soif  modérée,  le 
ventre  souple  et  indolent , bien  que  le  malade  accusât  de 
la  constipation. 

Prescription  : Saignée  du  bras;  boiss.  émoll.  ; lau.  émoll.; 
sinap. 

Peu  d’amélioration  : les  battemens  dans  la  tête  conti- 
•> 

nuent.  En  somme , tout  reste  dans  le  même  état  pendant 
trois  ou  quatre  jours.  Tout-à-coup,  dans  la  nuit  du  3 au 
4 septembre  le  malade  est  pris  de  vomissemens  de  sang.  — 
Les  dérivatifs , les  répercussifs , les  tisanes  acidulées-gom- 
mées  sont  mis  en  usage , sans  pouvoir  arrêter  les  vomisse- 
mens ; bien  plus,  les  boissons  les  plus  douces  sont  rejetées 
elles -mêmes,  et  parmi  les  matières  vomies  on  reconnaît 
des  fragmens  de  fibrine  qui  aurait  été  comme  lavée. 

Prescription  : Sangsues  à V épigastre  ; potion  anti-émét.  de 
Rivière. 

Au  bout  de  quelques  jours,  le  ventre  se  ballonne,  la 
diarrhée  survient;  l’amaigrissement  fait  des  progrès;  les 
forces  baissent  de  plus  en  plus,  la  sensibilité  s’émousse; 
cependant  les  battemens  du  cœur,  des  carotides  et  de 
l’aorte  ventrale  sont  toujours  très  forts.  ( Les  battemens 
de  cette  dernière  artère  devinrent  surtout  très  sensibles, 
vers  la  fin  de  la  maladie,  par  suite  de  la  cessation  du  bal- 
lonnement du  ventre,  et  de  l’extrême  rétraction  des  pa- 
rois abdominales.  ) 

Prescription  : Décoct.  blanche;  riz  gom.,  sir.  de  coing; 
demi  lav,  avec  aniid.  et  laudan.;  pot.  avec  teint,  éth.  de 


55o  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

Le  malade  s’éteignit  le  3i  septembre. 

Autop$ie  cadavérique^  heures  après  la  mort.  —La  poi- 
trine et  le  ventre  ouverts,  la  première  chose  qui  frappe  les 
regards  , c est  une  transposition  des  organes  renfermés  dans 
ces  deux  cavités  (i). 

Le  cœur  occupait  dans  le  çôté  droit  de  la  poitrine  la  place 
qu'il  occupe  ordinairement  dans  la  cavité  gauche  : il  se  dirigeait 
de  gauche  a droite,  de,  niardère  que  sa  hase  regardait  la  par- 
tie gauche  de  la  poitrine , tandis  que  sa  pointe  répondait  à 
l'intervalle  des  sixième  et  septième  côtes  droites.  Le  ventricule 
droit  était  à gauche  et  réciproquement.  La  partie  interne  du 
ventricule  droit,  ainsi  situé  à gauche,  recev ait  li oreillette  droite, 
dans  laquelle  'venaient  s ouvrir  les  deux  veines-caves , situées 
l'une  à cote  de  l autre  sur  le  cote  gauche  de  la  ligne  médiane. 
De  la  base  de  ce  même  ventricule  naissait  l'artère  pulmonaire , 
dont  la  branche  qui  va  ordinairement  aiipoumon  gauche  se  ren- 
dait au  poumon  droit , tandis  que  la  branche  affectée  norma- 
lernent  à ce  dernier  poumon  se  distribuait  au  poumon  gauche. 
A la  base  du  ventricule  gauche , placé  à droite , on  voyait  en 
dehors,  V oreillette  gauche , regardant  comme  lui  à droite,  en 
dedans  l'aorte  cpd , dirigée  obliquement  de  bas  en  haut  et  de 
gauche  à droite , venait  se  courber  au-dessous  de  l'extrémité 
sternale  de  la  clavicule  droite.  Elle  formait  ainsi  une  courbure 
dont  la  convexité , tournée  en  haut  et  à gauche,  donnait  nais- 
sance successivement  h un  seul  tronc , d'oîi  partaient  un  peu 
plus  loin  l'artère  carotide  primitive  gauche  et  la  sous-clavière 
du  même  côtéj  2°  l' altère  carotide  droite  j 3°  la  sous-clavière 
droite.  Après  avoir  fourni  ces  trois  troncs , l'aorte  se  courbait 


(1)  Tous  ces  viscères  étaient  d’ailleurs  parfaitement  sains,  à l’exception  de  la 
portion  descendante  du  colon  et  de  la  moitié  de  sa  portion  transverse , qi^ , noi- 
râtres à l’extérieur,  présentaient  à l’intérieur  un  grand  nombre  de  petites  ul- 
cérations jaunâtres,  et  de  végétations  fougeâtres  , de  la  grosseur  d’un  grain  dQ 
seigle  ou  de  millet. 

Le  cerveau  était  sain. 


TRA.NSPOSITION  DU  CCEUR.  55 1 

de  haut  en  bas,  et  descendait  jusqu'à  la  troisième  vertèbre  lom- 
baire, en  suivant  le  côté  droit  de  la  colonne  vertébrale. 

Le  poumon  droit  n offrait  qu'une  scissure  et  conséquemment 
que  deux  lobes , tandis  cpie  le  gauche  présentait  trois  lobes  et 
deux  scissures. 

■ La  veine  azygos,  placée  dans  le  côté  gauche  de  la  poitrine, 
venait  s'ouvrir  dans  l'oreillette  droite,  transposée  à gauche. 

Transposé  également , le  diaphragme  présentait  à gauche 
l'anneau  Jibreux  qui  donne  passage  à la  veine  cave  ascendante, 
tandis  qu'à  droite,  il  livrait  passage  en  avant  à l'œsophage  et 
en  arrière  à l'aorte. 

L' œsophage  se  rendait  à l'estomac  , en  se  dirigeant  ohlique- 
ment  de  haut  en  bas  et  à droite. 

La  grande  courbure  de  l'estomac  regardait  en  bas,  en  avant 
et  à droite',  tandis  que  la  petite  courbure  de  cet  organe  était 
tournée  en  arrière- à gauche  et  en  haut.  La  grosse  tubérosité  ou 
le  grand  cul-de-sac  de  V estomac  occupait  V hypochondrc  droit  ou 
se  trouvait  également  la  rate , qui  en  occupait  la  partie  la  plus 
profonde.  La  petite  extrémité  de  l’estomac,  tournée  à gauche , 
donnait  naissance  au  duodénum  qui,  d'abord  dirigé  oblique- 
ment de  bas  en  haut,  et  de  droite  à gauche,  se  recourbait  au- 
dessous  de  la  'vésicule  du fiel,  descendait  jusqu'  au-dessus  du  rein 
gauche,  puis  eifiin  se  recourbait  de  nouveau  pour  marcher  trans- 
versalement, et  venir  se  terminer  sur  la  partie  latérale  droite 
de  la  seconde  vertèbre  lombaire,  en  donnant  là  naissance  au  jéjiL- 
num.  Ce  dernier  et  l'iléon  étaient  renfermés  dans  la  duplicature 
du  mésentère,  lequel , partant  de  la  partie  latérale  droite  de  la 
seconde  'vertèbre  lombaire,  'venait  se  terminer  dans  la  fosse  ilia- 
que gauche  a oie  l'iléon,  en  se  dilatant,  donnait  naissance  au 
cæcum.  De  V extrémité  supérieure  de  ce  dernier  intestin  ainsi  > 
situé  dans  la  fosse  iliaque  gauche , partait  le  colon  ascendant. 
L' app'ë^ice  cœcal  était  jeté  sur  le  côté  gauche  de  b excavation 
pelvienne.  Le  colon  ascendant  montait  dans  la  région  lombaire 
gauche , jusqu' au-dessous  du  bas-fond  de  la  'vésicule  du fiel, 
et  là  se  courbait  de  haut  en  bas,  pour  marcher  transversalement 


552  MALADIES  DU  C(EUR  EN  PARTICULIER. 

de  gauche  à droite , en  formant  Varc  du  colon\  enfn,  ce  dernier 
arri\>è  dans  V hjpochondre  droite  au-dessous  de  la  rate,  se  cour- 
bait de  haut  en  bas  pour  descendre  dans  la  région  lombaire 
droite  et  former  le  colon  descendant.  Cette  troisième  portion  du 
colon,  parvenue  au-devant  de  la  symphyse  sacro-iliacpie  droite, 
se  plongeait  daiis  le  petit  bassin  obliquement  de  droite  à gauche, 
pour  former  le  rectum  qui  offrait  une  direction  inverse  de  celle 
quil présente  ordinairement. 

Le  pancréas  était  placé  transversalement  au-devant  de  la 
colonne  vertébrale , de  telle  sorte  que  sa  tête  ou  grosse  extrémité 
était  tournée  a gauche,  tandis  que  sa  queue  ou  petite  extrémité 
regardait  h droite. 

Enfin,  le  foie  occupait  Vhypochondre  gauche  ,•  son  grand 
lobe  était  tourné  à gauche  , tandis  que  son  lobe  moyeu,  situé  a 
droite,  recouvrait  un  peu  le  grand  cul-de-sac  de  C estomac. 

§ III.  Quelques  considérations  sur  les  causes  et  le  diagnostic  de  la 
transposition  du  cœur. 

Dire  que  la  situation  du  cœur  à droite  est  une  débauche 
de  la  nature  peu  sage  [ Leibnitz),  un  jeu  extraordinaire  de  la 
nature  (StoU\  c’est  reconnaître  implicitement  son  ignorance 
sur  la  véritable  cause  de  cette  anomalie.  Ce  qui  me  paraît 
certain,  c’est  que  s’il  existe  une  anomalie  dont  on  puisse 
difficilement  contester  la  primordialité , si  j’ose  me  servir 
de  ce  mot,  c’est  celle  dont  il  s’agit  ici. 

La  diagnostic  de  la  transposition  du  cœur  est  une  chose 
très  simple.  L’inspection,  le  toucher,  la  percussion  et  l’aus> 
cultation  nous  apprendront  à la  fois  l’existence  de  cette 
anomalie.  Pour  distinguer  la  véritable  transposition  du 
cœur,  du  simple  déplacement  du  même  organe  à droite,  il 
suffit  de  réfléchir  que  dans  la  première,  le  foie  occupe 
l’hypochondre  gauche  , l’estomac  l’hypochondre  d#feit,  et 
que  l’aorte  longe  le  côté  droit  de  la  colonne  vertébrale,  etc, 


553 


PERSISTANCE  DU  TROU  DE  BOTAL^ETC. 


CHAPITRE  IL 

DE  LA  COMMUNICATION  ENTRE  LES  CAVITES  DROITES  ET  LES 
CAVITÉS  GAUCHES  DU  COEUR,  SOIT  A LA  FAVEUR  DE  LA 
NON-OBLITÉRATION  DU  TROU  DE  BPTAL,  SOIT  AU  MOYEN 
DE  PERFORATIONS  ANORMALES  DE  LA  CLOISON  INTER- 
AURICULAIRE  ET  INTERVENTRICULAIRE. 

§ I.  Cas  particuliers, 

\ t 

Parmi  les  observations  précédemment  rapportées  dans 
cet  ouvrage,  il  en  est  neuf  dont  les  sujets  ont  présenté 
l’anomalie  dont  nous  nous  occupons  ici.  (Voir  les  observa- 
tions yZ,  76,  78,  79,  80,  loi,  102  et  i48.)  Nous  allons 
en*  consigner  ici  six  nouveaux  cas. 

OBSERVATION  152-=  (1). 

( 

Enfant  de  4 ans.  — Dyspnée  et  coloration  livide  du  visage  depuis  la  nais- 
sance; étouffement  au  moindre  mouvement;  battemens  du  cœur  violens,  tumul- 
tueux. — Cœur  très  volumineux.  — Ventricules  paraissant  avoir  les  mêmes  di- 
mensions; oreillette  droite  excessivement  distendue.  — Fosse  ovale,  très  large  et 
très  profonde  , percée  de  plusieurs  trous.  — A la  base  du  ventricule  droit  , ou- 
verture  considérable,  conduisant  dans  l’aorte-,  un  peu  au-dessus  et  à gauche  de 
celte  ouverture,  il  en  existe  une  autre  qui  s’abouche  dans  l’artère  pulmonaire.  — 
Valvule  tricuspide  épaissie  et  comme  calleuse.  — : Echancrure  et  interruption  du 
septum  des  ventricules  , établissant  une  libre  communication  entr.e  les  deux 
ventricules. 

Un  enfant  de  quatre  ans , affecté  d’une  hydrocèle  congé- 
nitale, toussait  beaucoup  et  était  très  oppressé , lorsque 
M.  Palois,  de  Nantes,  fut  appelé  pour  lui  donner  des  soins. 


(0  Cette  observation  a été  recueillie  par  M.  Palois,  de  Nantes,  et  publiée 
dans  les  Bulletins  de  la  Faculté  de  médecine , pour  l'année  1809. 


664  ÏIAIADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER.' 

Sa  face , colorée  en  rouge  foncé,  était  bouffie  ; ses  lèvres  ■ 
injectées , livides.  — Peu  de  jours  après  sa  naissance,  on  i 
s’était  aperça  qu’il  respirait  avec  beaucoup  de  peine,  sur- 
tout en  tétant,  que  sa  face  se  gonflait  alors  et  devenait  très  i 
rouge,  mais  reprenait,  par  le  repos,  sa  teinte  naturelle. 

En  avançant  en  âge,  le  petit  malade  est  devenu  de  plus  i; 
en  plus  oppressé;  les  pieds  et  les  mains  sont  toujours  livides  ' 
et  froids;  les  ongles  violets  et  presque  noirs.  Au  moindre  ; 
mouvçmerit,  la  respiration,  courte  et  bruyante,  semblait  i, 
prête  à s’arrêter,  ce  qui  l’empêchait  de  partager  les  jeux 
des  enfans  de  son  âge.  Les  battemens  du  cœur , violens  et  ;i 
tumultueux,  étaient  facilement  visibles.  Pour  peu  qu’il  fit  il 
froid,  il  ne  pouvait  quitter  le  coin  du  feu.  L’oppression  ;i| 
était  beaucoup  plus  fatigante,  et  la  coloration  de  la  peau  \i 
plus  foncée  et  plus  livide  dans  les  temps  très  chauds  et  très  || 
froids.  I 

Six  mois  avant  la  mort  de  cet  enfant,  le  ventre  commença  j 
à grossir,  et  M.  Palois  y reconnut  bientôt  de  la  fluctuation,  i 

Autopsie  cadavérique. 

Cadavre  émacié  ; taches  livides  sur  le»  épaules  et  les  | 
fesses  ( il  avait  coulé  par  le  nez  beaucoup  de  sang  noir  et 
très  fluide). 

L’abdomen'' contenait  une  grande  quantité  de  fluide  sé- 
reux. — Injection  de  l’estomac  et  des  intestins.  — Foie  très 
volumineux  et  de  couleur  bleue  d’ardoise. 

Le  péricarde  distendu  contenait  de  la  sérosité. 

Le  coeur,  d’un  volume  considérable , était  placé  presque 
transversalement;  l’oreillette  droite  était  excessivement 
distendue;  la  gauche,  petite  et  contractée  ; les  veines  qui 
aboutissent  à l’une  et  à l’autre,  dans  l’état  naturel.  Les  ven- 
tricules paraissaient  d’égale  dimension.  L’aorte,  d’un  ca- 
libre extraordinaire  à son  origine,  sortait  de  la  base]  du 
cœur  plus  en  devant  et  a droite  cjuoji  ne  1 observe  ordinai- 
rement. L’artère  pulmonaire,  au  contraire,  beaucoup  plus 
petite  qu’elle  n’aurait  dù  être,  naissait  directement  an- 


PERSISTANCE  DU  TROU  DE  BOTAt,  ETC. 

I J devant  de  l’origine  de  l’aorte  , vis-à-vis  et  un  peu  à droite! 

; J de  la  cloison  des  ventricules.  La  fosse  ovale,  très  large, 
;t  très  profonde,  était  garnie  d’un  tissu mernbraneux joerce  de 
plusieurs  trous  , établissant  une  communication  directe  avee 
\i  L'oreillette  gauche,  laquelle  n’offrait  rien  de  remarquable. 

Le  ventricule  droit  présenta  à sa  base  une  ouverture 
c considérable  conduisant  dans  l’aorte.  Un  peu  au-dessus  et 
à à gauche  de  cette  ouverture,  on  en  voyait  une  autre  beau-; 
ccoup  plus  petite  et  garnie  de  deux  lèvres  calleuses  dirigées 
L obliquement  d’avant  en  arrière,  s’abouchant  dans  l’artère 
|p pulmonaire.  La  valvule  tricuspide  était  épaissie  et  comme 
If.  calleuse  à son  bord  libre. 

. A quelques  duretés  près,  la  valvule  mitrale  était  dans 
sson  état  naturel.  L’orifice  aortique,  très  considérable, 
êétait  placée  près  du  septum  des  ventricules , lequel  était 
i interrompu  et  comme  échancré  à sa  partie  supérieure,  ce 
cqui  établissait  une  libre  communication  entre  les  deux 
^ventricules.  Les  valvules  aortiques  étaient  saines.  L’artère 
jpulmonaire  n’avait  que  deux  'vals’iües  placées  tramversale-s 
irnent,  une  antérieure  et  l'autre  postérieure,  très  larges,  formant 
t entre  elles  et  le  calibre  de  l'ai'tère , deux  culs-de-sac  très  prot 
t fonds. 

OBSERVATION  153*  (i). 

Femme  de  25  ans , n’ayant  point  présenté  de  coloration  bleue  de  la  peau  , si 
c ce  n’est  dans  les  derniers  temps  de  sa  vie , et  ayant  joui  jusque  là  d’une  bonne 
s santé. — A 25  ans,  dyspnée,  palpitations,  coloration  bleuâtre  du  visage. — 
Trou  ovale,  ouvert  comme  chez  le  fœtus \ rétrécissement  des  orifices  auriculo- 
’ ventriculaire  droit  et  pulmonaire;  trou  rond,  faisant  communiquer  Car~ 
i tire  pulmonaire  avec  le  ventricule  gauche;  hypertrophie  considérable  du  ventri- 
< cule  droit,  avec  un  peu  de  rétrécissement  de  sa  cavité ;*ventricule  gauche  peu 
développé. 

! Une  malade,  d’une  complexion  robuste , avait  joui  jus- 


(i)  Publiée  par  M.  le  prof.  Tommasini  ( Clinlca  medica  di  Bologna) , sout^ 
Cf  titre  ; Sopra  un  caso  di  mofbo  cerulep. 


1 


556  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

qu’à  sa  aS*  année  d’une  très  bonne  santé  , et  n’avait  point 
présente  de  coloration  bleue  de  la  peau.  A cette  époque, 
elle  commença  à éprouver,  à la  suite  de  chagrins  et  d’un 
accouchement  laborieux,  de  la  dyspnée  et  des  palpitations,  t 
Plus  tard,  à ces  symptômes,  se  joignit  une  coloration  bleuâ-:  | 
tre  des  lèvres,  du  visage  et  des  extrémités. 

Malgré  les  moyens  employés,  les  saignées  en  particulier,  | 
les  symptômes  augmentèrent  et  la  malade  succomba.  L’ab-  I 
sence  de  couenne  sur  le  sang  tiré  de  la  veine,  l’inégalité  j 
et  la  faiblesse  du  pouls  ( i polsi  erano  inegùali,  ma  manca-  1 
pano  di  quella  'vibrazione  od  arteriosita,  che  d'ordinario  | 
carattérizza  i ‘vizi  del  cuore  e del  sistema  arteriosd)  , la  cou-d 
leur  violette  des  lèvres  firent  soupçonner  à M.  Tommasim}\ 
que  la  maladie  affectait  principalement  les  oreillettes  dui» 
cœur  et  les  gros  troncs  veineux.  1 

Autopsie  cadavérique. 

Le  cœur  était  d’un  tiers  environ  plus  volumineux  qu’ài  j 
l’ordinaire.  L’oreillette  droite  était  assez  dilatée  ; la  gauche  * 
avait  son  volume  normal.  Les  parois  du  ventricule  droit;! 
avaient  à peu  près  doublé  d’épaisseur,  en  même  temps  que  g 
la  cavité  de  ce  ventricule  était  assez  étroite.  ( Le pareti  del\\ 
'ventricolo  destro  del  cuore  di  crassezza  quasi  doppia  délia  natu-  !l 
raie,  e la  cavita  del  medesimo  assai  ristretta.)  Le  trou  ovale  était  jli 
ouvert  comme  chez  le  fœtus,  et  faisait  librement  communiquerai, 
V oreillette  droite  avec  la  gauche.  L’orifice  ventriculo-auricu-:if 
laire  était  presque  obturé  par  une  concrétion  polypeuse , et  j 
rendu  très  étroit  par  l’adhésion  réciproque  des  valvules.  !»( 
L’artère  pulmonaire  était  assez  ample  et  ses  parois  amin- 
cies ; mais  son  orifice  était  notablenent  rétréci , par  suite  de  i 
l’union  étroite  et  réciproque  des  valvules  semi-lunaires,  i 
lesquelles  formaient  une  espèce  de  tapis  membraneux  aui 
centre  duquel  on  observait  un  petit  trou  rond  qui  établissait  ^ 
une  communication  entre  l'artère  pulmonaire  et  le  ventricule  ■ 
gauche.  Les  parois  de  ce  dernier  étaient  peu  développées 


^ PERSISTANCE  DU  TROU  DE  BOTAL,  ETC.  ÔÔ^ 

en  comparaison  du  volume  général  du  cœur  ; sa  cavité  était 
J a assez  ample,  et  ses  orifices  libres. 

OBSERVATION  154«  (i). 

Enfant  de  u ans,  offrant,  dès  sa  plus  tendre  enfance,  une  teinte  bleuâtre 
^iii«de  la  face. — Mouvemens  convulsifs  revenant  par  intervalles,  avec  syncopes 
ir  et  teinte  violette  foncée  du  visage.  Vive  sensibilité  au  froid;  oppression  au  moin- 
1 ^ dre  mouvement.  — Cœur  plus  volumineux  qu’à  l’état  normal.  Trou  ovale  con- 
î .serve,  ayant  4.  lignes  environ  de  diamètre.  Ouverture  delà  clq^n  intervenlri- 
. I culaire  pouvant  adrUettre  le  doigt , faisant  communiquer  le  ventricule  droit 
I ..avec  le  gauche  et  avec  l’origine  de  l'aorte:  rétrécissement  de  l’artère  pulmo- 

Inaire  et  de  son  orifice,  lequel  ne  présente  que  deux  valvules. 

Un  enfant,  âgé  de  ii  ans,  offrait  depuis  sa  plus  tendre 
eenfance  une  teinte  bleuâtre  de  la  face,  sans  altération 
rnotable  dans  l’exercice  des  fonctions.  A 16  mois,  pour  la 
^première  fois , mouvemens  convulsifs,  perte  de  connais- 
ssance;  visage  entièrement  violet.  Depuis  cette  époque,  re- 
ttour  assez  fréquent  de  syncopes,  déterminées  surtout  par 
ides  efforts,  ou  de  violens  emportemens  auxquels  cet  en- 
ffant,  extrêmement  irascible,  se  livrait,  à la  moindre  con- 
ttradiclion.  11  devenait  alors  tout-à-fait  livide,  et  paraissait 
(comme  asphyxié.  En  appliquant  la  main  sur  la  région  du 
(cœur,  à peine  y pouvait-on  sentir  un  léger  frérhissement.  A 
;5  ans,  épistaxis  qu’on  eut  beaucoup  de  peine  à arrêter. 
1 L’enfant  était  extrêmement  sensible  au  froid,  et  ne  pou- 
' vait  faire  le  moindre  exercice  sans  se  sentir  très  oppressé. 

' Il  mourut  en  faisant  des  efforts  pour  aller  à la  garde- 
I robe. 

Autopsie  cadavérique. 

Le  cœur,  plus  volumineux  que  dans  l’état  naturel , et 
gorgé  de  sang , offrit  les  lésions  suivantes  : le  trou  ovale 


(1)  Recueillie  par  M.  Cailliot,  professeur  à la  faculté  de  médecine  de  Stras- 
bourg, et  publiée'dans  le  t.  I'’des  Bulletins  de  la  faculté  de  médecine  de  Paris 
(anXlll). 


j. 


558  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULTER.  j 

conservé  établissait  une  communication  entre  les  deux  oreillettes . \ 
Cette  ouverture  avait  environ  quatre  lignes  de  diamètre.  La  cloi-'  ! 
son  qui  sépare  les  'ventricules , présentait  une  ouverture  assez\‘. 
grande  pour  admettre  le  doigt ÿ et  dont  le  contour  était parfaU\  • 
tement  lisse.  U aorte  ayant  été  ensuite  fendue  au-dessus  des' , 
'valvules  sigmoïdes  , on  'vit  que  V orifice  de  cette  artère  embras-  \ i 
sait  L’ouverture  qui  établissait  communication  entre  les  ventri-  | 
cilles. 

L’orifice  3e  l’artère  pülraonaire,  très  étroit,  ne  présentait' 
que  deux  /valvules  sigmoïdes.  Cette  artère,  plus  rétrécie 
encore  au-dessus  de  son  origine,  augmentait  ensuite  dei 
diamètre  en  s’éloignant  du  cœur;  ses  membranes  étaient  i: 
plus  minces  que  dans  l’état  naturel. 

Le  canal  artériel , complètement  oblitéré , se  rendait  1 
dans  la  sous-clavière  gauche,  laquelle  donnait  naissance  à t* 
la  carotide  gauche , tandis  que  la  sous-clavière  et  la  caro-  |i 
tide  droites  naissaient  par  deux  troncs  séparés.  | 

OBSERVATION  155«  (i). 

Enfant  de  3 ans. — Visage  d’un  rouge  violet  ; lividité  du  bout  des  doigts. — 
Dyspnée , syncopes  fréquentes.  — Mort  à la  suite  d’une  hémorrhagie  buccale. — 
trou  ohale  cànsèrvé.  — A la  base  de  là  cloison  ventriculaire,  ouverture  large  , 
établissant  une  communication  entre  les  deux  ventricules.  — Hypertrophie  con- 
centrique du  ventricule  droit  ; dilatation  énorme  de  l’oreillette  droite.  — Rétré- 
cissement extrême  de  l’oriüce  pulnttonaire. 

Un  enfant  de  trois  ans,  faible  , d’une  maigreur  extrême, 
avait  le  visage  d’ün  rouge  violet.  Il  restait  habituellement 
couché.  Ses  gencives  tuméfiées  saignaient  avec  la  plus 
grande  facilité.  La  peau  du  bout  des  doigts  était  plus  livide 
encore  que  celle  du  Visage. 

A deux  mois , cet  enfant  avait  été  attaqué  de  la  coque- 
luche. A cette  époque,  le  visage  avait  pi’is  une  teinte  rouge, 


(i)  Recueillie  également  par  M.  Cailliot. 


persistance  DÜ  TROÜ  DÊ  BOTAt,  ETC.  Ô5g 
qui  avait  toujours  été  depuis  en  augmentant  d’intensité, 
même  après  la  disparition  de  la  toux. 

Comme  le  précédent  sujét,  cet  enfant  éprouvait  fré- 
quemment des  syncopes,  qui  s’ànnonçaient  par  une  dys- 
pnée très  forte,  et  étaient  accompagnées  le  plus  souvent 
d’une  lividité  générale  de  la  peau,  et  quelquefois,  au  con- 
traire, d’une  pâleur  très  marquée. 

Après  avoir  éprouvé  une  hémorrhagie  buccale  effrayante, 
il  tomba  dans  un  assoupissement  qui  fut  suivi  de  la  mort , 
après  s’être  prolongé  pendant  deux  jours. 

Autopsie  cadavérique. 

Le  cœur,  situé  transversalement  dans  la  poitrine , avait 
sa  base  directement  tournée  du  eôté  droit.  L’oreillette 
droite^  distendue  par  un  sang  noir,  en  partie  fluide,  en 
partie  coagulé,  était  seule  aussi  volumineuse  que  tout  lé 
reste  du  cœur.  Le  trou  ovale  conservé  pouvait  admettre  une 
sonde  de  femmei  Les  parois  du  uentricule  droit  étaient  d’une 
épaisseur  considérable,  et  sa  cavité  rétrécie  nerenfermait  qu’une 
petite  quantité  de  sang.  Après  avoir  incisé  Ce  ventricule , on 
essaya  de  faire  pénétrer  la  sonde  dans  l’artère  pulmonaire, 
mais  cet  instrument  s’engagea  aussitôt  dans  l’aorte.  On 
ouvrit  alors  le  ventricule  gauche,  et  l’on  aperçut,  vers  la 
hase  de  la  cloison , une  ouverture  large  qui  établissait  une  corn- 
munication  entre  les  deux  ventricules . 

Pour  pénétrer  ensuite  dans  l’artèTe  pulmonaire,  il  fallut 
recourir  à un  stylet , tant  son  oiifice  était  rétrécie  Le  canal 
artériel  oblitéré  allait  se  terminer  à la  sous-elavièrë  gauche, 
laquelle  fournissait  la  carotide  primitive  f tandis  que  les 
artères  correspondantes  du  côté  opposé  formaient,  dès 
leur  origine,  deux  troncs  séparés  (1). 

Enfin,  la  position  du  cœur  avait  tellement  changé  les 


(i)Ce  nouveau  point  de  ressemblance  entre  ce  cas  et  le  précédent,  mérite 
d’être  signalé. 


66o  MALADIES  DD  CŒUR  EN  PARTICULIER.  i| 

rapports  de  1 aorte,  que  celle-ci,  au  lieu  de  se  contourner  4 
autour  de  la  bronche  gauche  , embrassait  dans  sa  courbure  [ 
la  bronche  droite , et  passait  derrière  l’extrémité  infé-  '? 
ricure  de  la  trachée artère  , pour  aller  gagner  le  côté 
gauche  de  la  colonne  vertébrale. 

> 

OBSERVATION  156e  (i).  j 

i 

Femme  de  28  ans.  — Dyspnée,  palpitations;  matité  très  étendue  et  bruit 

de  soufflet  dans  la  région  précordiale  ; point  de  cyanose  proprement  dite. | 

Épanchement  séro-albumineux  dans  le  péricarde.  Dilatation  de  l'oreillette  droite,  ^ 
du  ventricule  correspondant,  des  orifices  droits  et  de  l’artère  pulmonaire.  — \ 
Trou  bolal  conservé.  j 

Une  couturière,  âgée  de  vingt-huit  ans , était  malade  \ 
depuis  plus  de  sept  ans  , quand  elle  vint  à l’hôpital  de  la  | 
Charité , le  24  juillet  182D.  Elle  attribuait  sa  maladie  à une  || 
■ frayeur  violente  , suivie  d’une  dyspnée  subite  avec  une  di-  | 

minution  considérable  des  forces.  A l’oppression  qui  fit  des 
progrès  continuels  , se  joignirent  des  palpitations,  puis  des 
rêves  pénibles  avec  réveils  en  sursaut,  l’infiltration  des 
membres  inférieurs  et  l’ascile.  Hémoptysies  légères;  figure 
il  : pâle,  un  peu  jaunâtre.  — Gonflement  des  jugulaires  à 

y,  chaque  pulsation  artérielle  ; percussion  mate  dans  la  moi-  i 

; tié  antérieure  et  inférieure  du  côté  gauche  de  la  poitrine; 

impulsion  molle  et  étendue  à la  région  précordiale  ; bruit  1 
î de  soufflet , dans  le  mêin’e point , à chaquç  battement  du  cœur;  j; 

* pouls  calme  et  régulier. 

I La  dyspnée  ayant  augmenté  et  le  pouls  étant  devenu  ir- 

' régulier  , la  malade  expira,  le  i4  août,  vingt  jours  après  j 

I son  entrée.  ’ 

i Autopsie  cadavérique , vingt-quatre  heures  après  la  mort. 

! OEdème  des  membres  inférieurs  ; point  de  vergetures.  | 

i ’ 

I 

I (1)  Recueillie  parM.  Louis,  et  publiée  dans  le  mémoire  de  cet  auteur  sur  la 

j communication  des  cavités  droites  et  gauches  du  cœur. 

i 

1 

i 


PERSISTANCE  BU  TROU  DE  BOTALj  ETC.  Ô6  l 

Le  péricarde  occupait  la  plus  grande  partie  de  la  poi- 
trine, contenait  environ  huit  onces  d’une  sérosité  claire  , 
dans  laquelle  flottaient  quelques  filamens  albumineux,  et 
n’offrait  pas  d’autres  traces  d’inflammation. 

Le  cœur  avait  sept  pouces  et  demi  dans  le  sens  horizontal 
(de  la  pointe  de  cet  organe  au  sommet  de  l’oreillette  droite), 
et  cinq  pouces  huit  lignes  dans  le  sens  vertical.  L’oreillette 
droite  avait  cinq  pouces  de  haut  sur  trois  et  demi  de  large, 
et  contenait  un  gros  caillot  de  sang  noir.  Le  ventricule 
correspondant  était  triplé  ou  quadruplé  de  volume;  sa 
pointe  dépassait  d’un  pouce  celle  du  ventricule  gauche, 
dont  la  capacité  était  bien  peu  augmentée.  L’oreillette  gau- 
che n’éiaitpas  plus  ample  que  dans  l’état  naturel;  ses  parois 
étaient  saines;  celles  du  ventricule  correspondant,  un  peu 
mollasses  et  épaisses  de  trois  lignes  et  demie  seulement. 
Les  parois  de  l’oreillette  droite  avaient  une  fermeté  et 
une  épaisseur  au  moins  doubles  de  celles  qui  lui  appar- 
tiennent dans  l’état  naturel  ; le  ventricule  correspon- 
dant était  épais  d’un  peu  plus  de  deux  lignes,  et,  comme 
l’oreillette , plus  ferme  que  de  coutume.  — Le  troubotal 
était  conservé , lisse,  poli , rneinhr-aneux  en  arrière , foi'mait  un 
cercle  imparfait  antéiieur'ement  et  (Tun  pouce  de  diamètre  en- 
viron.  Les  orifices  auriculo-ventriculaire  et  venlriculo-pul- 
monaire  avaient  quarante-huit  lignes  de  développement , 
tandis  que  ceux  du  côté  opposé  n’avaient  que  vingt-quatre 
lignes  (i).  La  dilatation  de  l’artère  pulmonaire  était  géné- 
rale , se  prolongeait  jusque  dans  ses  ramifications  , qui 
avaient  encore , à une  petite  distance  des  plèvres,  deux 
lignes  de  diamètre.  L’aorte  était  parfaitement  saine. 

Les  poumons  étaient  un  peu  plus  lourds,  que  dans  l’état 
ordinaire  , et  légèrement  engoués  à leur  base  ; le  droit  était 
parfaitement  libre  ; le  gauche  offrait  des  adhérences  celiu- 


(i)  On  doit  regretter  que  l’état  des  valvules  n’ait  pas  été  décrit  par  M.  Louis. 

a.  36 


66q  maladies  du  cceur  en  particulier. 

leuses  dans  toute  l’étendue  de  son  lobe  inférieur  : on  n’y 

observait  aucune  espèce  de  lésion. 

OBSERVATION  157«  (i). 

Homme  de  67  ans.  — A la  suite  de  contusion  de  la  région  épigastrique  et 
précordiale , symptômes  d’un  obstacle  à la  circulation  à travers  le  cœur.  — Une 
pinte  desérosité  dans  le  péricarde.  — Hypertrophie  et  dilatation  considérable  des  i 
cavités  droites.  — Dilatation  avec  amincissement  de  l’oreillette  gauche  ; épaississe- 
ment léger  des  parois  du  ventricule  gauche  avec  rétrécissement  dé  la  cavité. 
•^Trott  ovale  conserve,  ayant  plus  d’un  pouce  de  diamètre;  rétrécissement  de  l'o- 
rifice auriculo-ventriculaire  gauche  avec  induration  de  la  valvule  mitrale. 

Un  postillon,  âgé  de  cinquante-sept  ans,  reçut  de  violens 
coups  de  poing  à l’épigastre,  et,  pendant  les  trois  semaines 
qui  suivirent,  eut  de  la  dyspnée,  des  défaillances,  de  vives 
douleurs  à l’endroit  frappé.  Ces  symptômes  avaient  cessé 
en  grande  partie , lorsqu’une  nouvelle  contusion  à l’épi- 
gastre eut  lieu.  Dès  lors,  palpitations,  visage  violacé  , pouls 
irrégulier,  étouffement  au  moindre  mouvement;  œdème, 
ascite , etc. 

A l’ouverture  du  corps , on  trouva  ce  qui  suit  : le  péri- 
carde, très  développé  , occupait  la  plus  grande  partie  de  la 
cavité  gauche  de  la  poitrine  et  refoulait  le  poumon  corres- 
pondant (celui-ci  adhérait  avec  la  plèvre  costale).  Une  pinte 
de  sérosité  claire  et  citrine  dans  la  cavité  du  péricarde.  — 
Cœur  beaucoup  plus  volumineux  qu’il  n’aurait  dîi  l’être  , 
malgré  la  forte  stature  de  l’individu.  Oreillette  droite  très 
dilatée,  à parois  plus  épaisses,  plus  dures  qu’à  l’état  normal  ; 
munie  de  colonnes  charnues  aussi  fortes  que  celles  qui , 
dans  l’état  naturel,  se  voient  à l’intérmur  du  ventricule  i 
gauche.  Dilatation  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  droit, 
avec  agrandissement  proportionnel  de  la  valvule  tricuspide. 
Cavité  du  ventricule  droit  énorme  ( il  y avait  une  dispro-  j 


(1)  Observation  de  Corvisort. 


PERSISTANCE  DU  TROU  DE  ROTAI,  ETC.  663 

portion  étonnante  entre  elle  et  celle  du  ventricule  gauche)  ; 
parois  du  ventricule  droit  très  épaissies  et  garnies  intérieu- 
rement de  colonnes  charnues , plus  saillantes  et  plus  fermes 
que  dans  l’état  ordinaire. 

L’oreillette  gauche  paraissait  avoir  beaucoup  plus  d’ara- 
pleur  qu’elle  n’en  a communément  ; mais  ses  parois  avaient 
l’épaisseur  d’une  simple  membrane  ; la  cloison  qui  sépare 
les  deux  oreillettes  avait,  en  raison  de  l’agrandissement  de 
leurs  cavités,  acquis  beaucoup  d’étendue.  La  fosse  ovalaire 
avait  bien  deux  pouces  de  diamètre  , et  était  percée  d’un  trou 
de  forme  ovale , ou  plutôt  inégalement  circulaire  , du  diamètre 
de  plus  d’un  pouce  ^ les  bords  de  cette  ouverture  étaient  minces^ 
lisses  , blanchâtres  et  comme  tendineux. 

L’orifice  auriculo-ventriculaii"te  gauche  était  rétréci  (on 
pouvait  cependant  encore  y introduire  l'extrémité  de  l’un 
des  doigts).  La  valvule  mitrale  était  un  peu  épaissie  et  ru- 
gueuse vers  ses  bords  ainsi  qu’à  sa  base. 

La  cavité  du  ventricule  gauche  était  extrêmement  petite 
(on  aurait  à peine  pu  y loger  un  corps  du  volume  d’une 
noix  ).  L’epaisseur  des  parois  musculaires  était  peu  augmen- 
tée ; elles  étaient  un  peu  plus  dures  que  dans  l’état  naturel , 
sans  doute  à cause  de  leur  rétraction  sur  elles-mêmes. 

L artère  aorte  avait , à sa  naissance , très  peu  de  diamètre, 
et  n’offrait  aucune  autre  particularité. 

L artère  pulmonaire  était  très  dilatée  à son  embouchure 
et  meme  vers  sa  division.  Les  valvule;s  de  cette  artère  avaient 
acquis  beaucoup  d’étendue,  sans  ét;re  autrement  altérées. 


36j 


564 


MALAÏ)ÏI:S  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 


HISTOIRE  GENERALE  DE  EA  COMMUNICATION  ANORMALE  DES  1 

t I 

CAVITÉS  DROITES  ET  GAUCHES  DU  COEUR  LES  UNES  AVEC  LES  j 
AUTRES.  I 

S I*r.  Description  des  ouvertures  de  communication , indication  des  diverses  i 
lésions  anatomiques  du  cœur  coïncidant  ordinairement  avec  ces  ouvertures  | 
anormales.  | 

I.  Les  cavités  opposées  du  cœur  peuvent  communiquer  j 

entre  elles  , tantôt  par  une  ouverture  unique,  tantôt  pari 

plusieurs  ouvertures.  Ces  ouvertures  siègent  sur  la  cloison  i 
interauriculaire, ou  sur  la  cloison  interventriculaire  seule- 
ment, ou  bien  sur  l’une  et  l’autre  en  même  temps.  Dans  beau- 
coup de  cas,  l’ouverture  .que  l’on  rencontre  sur  la  cloison 
interauriculaire,  n’est,  sans  doute,  autre  chose  que  le  trou 
ovale  lui-même , dont  l’oblitération  ne  s’esl  pas  accomplie  ; 
mais,  dans  d’autres  cas,  l’ouverture  peut  être  le  résultat 
d’un  véritable  état  morbide  accidentel;  et  cela  devient  sur- 
tout évident,  lorsque  cette  ouverture  n’occupe  pas  le  point 
de  la  cloison  où  se  ti’ouve  normalement  le  trou  de  Bolal , 
ou  lorsqu’il  existe  plusieurs  ouvertures  sur  cette  cloison  , ii 
comme  dans  le  septième  cas,  rapporté  plus  haut. 

Quel  que  soit,  au  reste  , le  mécanisme  qui  ait  présidé  à 
la  formation  d’une  ouverture  anormale  entre  l’oreillette 
droite  et  l’oreillette  gauche,  cette  ouverture  est  ordinai- 
rement arrondie,  à bords  lisses , quelquefois  épais,  comme 
tendineux,  et  son  diamètre,  le  plus  souvent  de  4 à5  lig.  , 
peut  cependant  avoir  lo  à 12  lig.  et  même  plus  (i). 


(i)  De  ce  que,  dans  aucun  cas,  on  n’a  trouvé  au\  environs  de  l’ouverlnre 
interauriculaire  nulle  trace  de  ramollissement,  ou  de  quelque  lé.-ion  récente , 
M.  Louis  est  porté  à croire  que  dans  tous  les  cas  qu’il  a rapportés , elle  était 
congénitale  et  non  acquise.  Je  ne  veux  pas  agiter  eu  ce  moment  la  question 
desavoir  si  l’ouverture  de  la  cloison  interauriculaire  est  toujours  congénitale, 
mais  il  me  semble  que  la  preuve  anatomique  invoquée  par  M.  Louis  à l’appui  de 
l’afûrmaliven’cst  pas  assez  concluante.  En  effet , une  ouverture  non  congénitale,  ter- 


PERSISTANCÆ  DU  TROU  DE  ROTAE^  ETC.  565 

La  perforation  de  la  cloison  interventriculaire  peut  en 
occuper  les  diffërens  points  ; toutefois  , elle  paraît  affecter 
une  sorte  de  préférence  pour  la  jonction  de  cette  cloison 
avec  celle  des  oreillettes,  vers  l’insertion  de  l’artère  pul- 
monaire et  de  l’aorte.  La  forme  des  perforations  de  la  cloi- 
son interventriculaire  est  variable  ; cependant  elle  est  le 
plus  ordinairement  arrondie  ( de  là  le  nom  de  trou^  sous 
lequel  ces  perforations  sont  désignées  par  la  plupart  des 
observateurs  ),  et  leur  diamètre  est,  en  général,  le  même 
que  celui  des  perforations  de  la  cloison  interauriculaire 
(de  2 lig.  à I pouc.  environ,  d’après  un  relevé  de  M.  Louis); 
ainsi  que  le  pourtour  de  ces  dernières , celui  des  perfo- 
rations de  la  cloison  interventriculaire  est,  en  général, 
lisse,  poli , comme  fibreux  (i). 

II.  — L’état  où  se  trouvent  les  valvules  du  cœur  et  les 
orifices  auxquels  elles  sont  adaptées,  dans  les  cas  de  commu- 
nication anormale  entre  les  cavités  opposées  du  cœur,  mérite 
de  fixer  toute  notre  attention.  Sur  quinze  cas  de  ce  vice  de 
conformation  rapportés  dans  cet  ouvrage , il  en  est  douze  où 
les  valvules  du  cœur  étaient  altérées,  épaissies,  indurées,  cor- 
rodées, perforées  (dans  les  trois  autres  cas,  il  n’est  pas  fait 
mention  de  l’état  des  valvules  ). 


minée  par  la  cicatrisation  de  ses  bords,  ne  pourrait-elle  pas  offrir,  au  bout 
d'un  certain  temps,  tous  les  caractères  assignés  par  M.  Louis  à une  ouver- 
ture congénitale? 

(i)  De  l’analogie  qui  existe  entre  la  disposition  delà  perforation  de  la  cloison 
interventriculaire  et  le  <ro«  de  Bolal persistant,  M.  Louis  en  conclut  qu’ellcest 
congénilale  comme  cette  dernière  lésion.  Il  fait  remarquer  cependantque  dans  une 
observation  de  M.  Thibert  (nous  l’avons  rapportée  sous  le  n“  102),  te  contour 
de  l ouverture  pratiquée  aux  deux  cloisons  offrait  des  franges  membraneuses. 


jaunâtres , irrégulières  , et  des  caractères  assez  différons  de  ceux  indiqués  ci- 
dessus  , pour  qu  on  fut  porté  à croire  que  dans  ce  cas,  du  moins  , la  communica- 
tion était  accidentelle.  Toutefois,  M.  Louis  ne  considère  pas  ce  cas  comme  suf- 
fisant pour  détruire  la  règle  qu’il  a établie.  Les  réflexions  que  nous  avons  faites 
a 1 occasion  des  perforations  de  la  cloison  interauriculaire  sont  applicables  à 
celles  de  la  cloison  interventriculaire. 


566  MALADIES  DD  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

Dans  dix  des  douze  cas  où  les  valvules  étaient  indu-  i| 
rées,  il  existait  un  rétrécissement  de  l’orifice  du  cœur  ^ 
auquel  elles  appartenaient  (dans  les  deux  autres  cas,  -j 
les  dimensions  de  l’orifice  n’ont  pas  été  indiquées  ).  Dans  :i 
huit  des  douze  cas,  la  lésion  occupait  les  valvules  droi- 
tes ; dans  trois,  les  valvules  gauches  ; dans  un  cas  enfin, 
il  est  dit  qu’elle  occupait  les  valvules  sigmoïdes,  sans  ; 
qu’on  ait  spécifié  si  ces  valvules  étaient  celles  de  l’artère  P 
pulmonaire  ou  celles  de  l’aorte.  Dans  cinq  des  huit  cas  i 
de  lésion  des  valvules  droites,  cette  lésion  affectait  les  val- 
vules pulmonaires;  dans  deux,  la  valvule  tricuspide, 
et  dans  un,  les  valvules  pulmonaires  et  la  vahuile  tri- 
cuspide à la  fois  dans  deux  cas  (obs.  iSa®  et  i54* *),  les 
valvules  pulmonaires  n’étaient  qu’au  nombre  de  deux.  Sur 
cinqüante-trois  cas  de  cyanose  rapportés  par  M.  Gintrac, 
il  y en  a vingt-sept  dans  lesquels  un  pareil  obstacle  s’est 
rencontré  ; et  dans  ces  vingt-sept  cas,  il  occupait  les  orifices  I 
droits  (vingt-six  fois  l’orifice  de  l’artère  pulmonaire,  et  une  | 
seule  fois  l’orifice  auriculo-ventriculaire ).  Comme  nous  li 
avons  décrit  le  rétrécissement  dont  il  s’agit  dans  le  chapi- 
tre second  du  livre  premier  de  cet  ouvrage,  nous  n’avons 
point  à nous  en  occuper  ici  (i). 

La  fréquence  du  rétrécissement  des  orifices  droits  et  de 
l’orifice  de  l’artère  pulmonaire,  dans  les  cas  de  communi- 
cation entre  les  cavités  droites  et  les  cavités  gauches  du 


(i)  Après  avoir  passé  en  revue  les  variétés  de  structure  des  rétrccissemens  de 
l'orifice  de  l'artère  pulmonaire,^!.  Louis  tire  la  conclusion  suivante:  «Il  semble- 
»rait  donc  résulter  de  tout  ce  qui  précède  que  le  trou  de  Bolal,  à une  époque  1| 
» quelconque  de  la  vie , la  perforation  de  la  cloison  des  ventricules , et  le  rétrécis-  ■ 

• sementde  l'artère  pulmonaire,  doivent  être  considérés  comme  des  dispositions  'i 

• congénitales.  » Cette  conclusion  ne  me  paraît  pas  rigoureusement  déduite  des  i 
faits  anatomiques  rapportés  par  M.  Louis.  En  effet,  nous  ne  craignons  pas 
d’afCrmer  que,  parmi  les  cas  dont  il  s’agit,  il  en  est  dans  lesquels  le  ré-  i 
trécissement  de  l’artère  pulmonaire  elle-même  ou  de  son  orifice  n’était  pas  ' 
congénital , comme  le  prouveront , j’espère , les  considérations  que  nous  i| 


PERSISTANCE  DU  TROU  DE  BOTAL,  ETC.  667 

cœur  est,  comme  l’a  dit  M.  Louis,  bien  digne  de  re- 
marque. 

. jn.  — Dans  onze  des  quinze  cas  que  nous  avons  rappor- 
tés , le  volume  du  cœur  était  augmenté  ( ce  volume  n’a  pas 
été  indiqué  dans  les  quatre  autres  cas).  L’augmentation  do 
volume  tenait  à la  fois,  dans  la  plupart  des  cas,  et  à la 
dilatation  et  à l’hypertrophie  des  cavités  droites.  La  dila- 
tation alTeclait  de  préférence  l’oreillette  droite  : elle  a été 
notée  dans  dix  cas  ( dans  les  cinq  autres,  le  volume  de  l’o- 
reillette n’a  pas  été  indiqué).  Dans  cinq  des  dix  cas  de  di- 
latation de  l’oreillette,  l’épaisseur  de  ses  parois  n’a  pas  été 
notée;  il  est  dit  dans  les  cinq  autres  cas  que  l’oreillette 
était  hypertrophiée  en  même  temps  que  dilatée.  L’hyper- 
trophie du  ventricule  droit  a été  signalée  dans  dix  cas  ( il 
n’est  rien  dit  de  l’épaisseur  des  parois  de  ce  ventricule 
dans  les  cinq  autres  cas  ).  Une  circonstance  des  plus  remar- 
quables, c’est  que  dans  quatre  des  dix  cas  d’hypertrophie 
du  ventricule  droit,  celle-ci  affectait  la  forme  concen- 
trique. 

Les  cavités  gauches  du  cœurn’ont,  en  général,  présente 
aucune  lésion  notable,  sauf  les  trois  cas  dans  lesquels  exisr 
taient  l’induration  des  valvules  et  le  rétrécissement  des  ori- 
fices gauches. 

Rapprochons  de  ce  résumé  celui  de  M.  Louis  : « Les  vingt 
«observations  que  nous  avons  rapportées , dit-il,  si  l’on 
» en  excepte  une  qui  manque  de  détails , sont  des  exemples 


présenterons  plus  loin  sur  les  causes , le  mode  de  développement  et  lei 
^signes  de  l’anomalie  que  nous  décrivons.  Les  dispositions  anatomiques  du 
rétrécissement  de  ToriEce  de  l’artère  pulmonaire,  dans  quelques  uns  des  faits  ras- 
semblés par  M.  Louis,  ne  sont  point  essentiellement  différentes  de  celles  qui 
existeraient  dans  un  cas  de  rétrécissement  non  congénital.  11  faudrait  cependant 
qu'il  en  fût  ainsi  pour  que  la  conclusion  de  M.  Louis  pût  être  rigoureuse- 
ment adoptée.  Mais  il  est  évident  que  pour  remonter  à l’origine  préci.se  des  lé- 
sions qui  nous  occupent , ce  ne  sont  pas  seulement  les  données  fournies  par  les 
dispositions  anatomiques  qui  doivent  servir  de  base  à la  discussion. 


oGS  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

» à'anéurismes  d’une  ou  de  plusieurs  cavités  du  cœur.  La 
» dilatation  de  l’oreillette  a été  observée  dix-neuf  fois , six 
» fois  avec  hypertrophie  ^ et  deux  fois  avec  amincissement 
» de  ses  parois;  celle  du  ventricule  droit  dix  fois,  son  hy- 
» pertrophie  onze  fois,  et  cinq  fois  cette  hypertrophie  a 
n coïncidé  avec  la  dilatation  de  sa  cavité,  tandis  que  du 
» côté  gauche  la  dilatation  de  l’oreillette  a été  observée 
» trois  fois  seulement,  celle  du  ventricule  quatre,  son  hy- 
» pertrophie  trois,  et  celle  de  l’oreillette  deux,  précisé- 
» ment  l’inverse  de  ce  qu’on  rencontre  ordinairement.  » 

Le  résumé  de  M.  Louis  s’accorde  parfaitement  avec  le 
nôtre,  du  moins  dans  les  circonstances  principales,  et 
cela  ne  pouvait  être  autrement,  puisque  la  plupart  des 
faits , sur  lesquels  M.  Louis  a opéré  , sont  aussi  ceux  sur  les- 
quels nous  avons  opéré  nous-même.  On  remarquera  seule- 
ment que  M.  Louis  n’a  pas  fait  mention  de  l’hypertrophie 
concentrique  ou  avec  rétrécissement  du  ventricule  droit , 
bien  que  plusieurs  des  faits  qu’il  a résumés  s’y  rapportent  ( 1 ). 


(i)  M.  Louis  s’esl  appliqué  à démontrer  que  la  perforation  de  la  cloison  vm- 
Iriculaire  n’a  été,  chez  aucun  des  sujets  dont  il  a rapporté  l’observation,  l’efret 
de  Vhyperlrophlc  du  ventricule  droit  et  du  rétrécissement  de  l'artère  pulmonaire, 
d'où  il  conclut,  sous  ce  nouveau  rapport, que  la  communication  des  cavités  droites 
et  gauches  du  cœur  parait  être  un  vice  de  con  formation , une  disposition  congé- 
nitale et  non  acquise.  Nous  pensons  assurément,  avec  M.  Louis,  que,  dans 
l'immense  majorité  des  cas  au  moins,  l’iiypertrophie  du  ventricule  droit  et  le 
rétrécissement  de  l’orifice  de  l’artère  pulmonaire,  ou  du  tronc  même  de.  celle 
artère,  n’ont  pas  déterminé  la  perforation  de  la  cloison  ventriculaire.  Mais  en 
conclure  que  la  communication  réciproque  des  cavités  droites  et  gauches  du  cœur 
est  un  vice  de  conformation  constamment  congénital,  c’est  aller  bien  au-delà  de 
ce  que  comportent  les  prémisses  de  notre  argument.  En  effet,  l’hypertrophie  du 
ventricule  droit  et  le  rétrécissement  de  l’orifice  de  l’artère  pulmonaire  ou 
du  tronc  de  celte  artère  ne  sont  pas  les  seules  causes,  ni  meme  les  principales 
causes  qui  pourraient  donner  lieu  à une  perforation  accidentelle  de  la  cloison 
ventriculaire.  D’ailleurs,  un  peu  plus  loin,  M.  Louis  déclare  lui-ménie  que 
sa  conclusion  ne  s’appliquequ’aux  faits  qu’il  a rappporlés’,:  « Nous  ne  prétendons 

• pas,  ajoute-t-il,  que  jamais  il  ne  puisse  y avoir  de  perforation  accidentelle 
»de  la  cloison  des  cavités  du  cœur,  puisqu’on  a des  exemples  de  perforations 

* spontanées  de  cet  organe,  dans  d’autres  points  de  son  étendue:  mais  nous 


PERSISTANCE  DU  TROU  DE  ROTAt,  ETC.  56g 

IV.  Dans  quelques  cas,  la  perforation  de  la  cloison  qui 
sépare  les  cavités  juxtà-posées  du  cœur  coïncide  avec  d’au- 
tres anomalies  vraiment  congénitales  et  primordiales,  telles 
que  la  naissance  de  l'aorte  du  'ventricule  droit,  comme 
M.  Ribes  en  a recueilli  un  exemple ( c’est  la  23®  observation 
du  Mémoire  de  M.  Louis),  la  naissance  de  la  même  artère 
des  deux  ventricules  à la  fois  ( observation '19®  et  20®  du 
Mémoire  de  M.  Louis  ),  la  persistance  du  canal  artériel 
( observation  13®  et  15®  du  Mémoire  de  M.  Louis),  etc.  (i). 

V.  L’état  du  péricarde  n’a  été  mentionné  que  dans  quatre 
de  nos  quinze  cas  de  communication  entre  les  cavités  jux- 
tà-posées du  cœur.  Dans  ces  quatre  cas,  le  péricarde  con- 
tenait depuis  trois  onces  jusqu’à  une  pinte  de  sérosité. 
Dans  deux  cas,  la  sérosité  était  mêlée  de  flocons  albumi- 
neux; dans  un  cas,  il  existait  aussi  une  fausse  membrane  et 
des  granulations  à la  surface  de. l’oreillette  droite;  dans  le 
quatrième  cas  recueilli  par  Gorvisart , on  ne  dit  pas  quelle 
était  la  qualité  du  liquide  épanché  dans  le  péricarde , à la 
dose  d’aune  pinte. 

M.  Louis  n’a  pas  cru  devoir  parler  des  lésions  du  péricarde 
dans  son  résumé  des  dispositions  anatomiques  du  cœur, 
chez  les  individus  affectés  d’une  solution  de  continuité  de 
la  cloison  des  ventricules  ou  des  oreillettes.  11  nous  importait 


• pensons  que  ces  cas  sont  in6niment  rares,  et  qu’ils  doivent  être  la  suite  de 

• quelque  lésion  de  tissu  plus  ou  moins  grave,  et  dont  on  doit  retrouver  des 
I «traces  après. la  mort.»  Cette  dernière  condition  ne  serait  nécessaire  qu'autant 
I que  la  mort  aurait  lieu  immédiatement  ou  peu  de  temps  après  cette  lésion 
I de  tissu;  et  partant  avant  sa  guérison  par  cicatrisation. 

(i)  M.  Louis  considère  les  vices  de  conformation  évidemment  congénitaux,  coïn- 
I cidnnt  avec  la  perforation  de  ta  cloison  des  ventricules  ou  avec  le  trou  de  Dotal  , 

I comme  établissant  une  présomption  bien  forte  en  faveur  de  l’origine’ également 
I congénitale  de  cette  dernière  lésion.  Il  n’y  aurait  assurément  rien  de  satisfaisant  à 
« opposer  à M.  Louis,  si  les  vices  de  conformation  signalés  ci-dessus  coïncidaient 
1 toujours  avec  la  communication  anormale  des  cavités  droites  et  gauches  du  cœur 
• entre  elles.  Mais  il  n’en  est  pas  ainsi,  et  cette  coïncidence  n’a  même  lieu  que  dans 
1 la  minorité  des  cas. 


570  MALADIES  Dü  COEUR  EN  PARTICULIER, 

au  contraire,  à nous,  de  la  signaler,  puisque  nous  avons  dé-  n 
montré  précédemment,  par  des  faits  nombreux,  rinfluence  ; 
qu’exerçaient  certaines  affections  inflammatoires  du  péri-  i 
carde  et  de  l’endocarde  sur  le  développement  de  l’hyper-  »f 
trophie  du  cœur.  Or,  trois  des  quatre  cas  dans  lesquels  le  1 
péricarde  était  affecté  appartiennent  certainement  à la  pé-  1 
ricardite,  puisque  le  liquide  contenait  des  productions 
pseudo- membraneuses,  et  que  même,  dans  un  cas,  une  i 
véritable  fausse  membrane  et  des  granulations  recouvraient 
la  portion  du  péricarde  qui  tapisse  l’oreillette  droite. 
Nous  ajouterons  que  parmi  les  vingt  observations  que  ren-  i 
ferme  le  Mémoire  publié  par  M.  Louis , les  deux  qui  ont  i 
été  recueillies  par  cet  auteur  sont  précisément  des  cas  u 
dans  lesquels  il  existait  des  traces  de  péricardite.  | 

§11.  Des  symptômes  et  des  effets.de  la  communication  anormale  entre  les  b 
, cavités  droites- et  gauches  du  cœur.  • 

Si  nous  possédions  un  bon  nombre  de  cas  dans  lesquels 
le  vice  de  conformation  qui  nous  occupe  eût  été  observé 
à son  état  de  simplicité,  c’est-à-dire  dégagé  de  toute  compli- 
cation d’autres  lésions  du  cœur,  nous  éprouverions  moins 
d’embarras  dans  l’exposition  de  ses  symptômes.  Mais  rien 
n’est  plus  rare  que  des  faits  de  ce  genre.  Je  me  rappelle  seu- 
lement un  cas  de  persistance  du  trou  de  Botal  chez  un 
phthisique  dont  le  cœur  nous  parut  d’ailleurs  bien  con- 
formé. Or,  nous  n’observames  chez  ce  sujet  aucun  trouble 
delà  circulation, qui  pût  nous  faire  soupçonner  l’existence 
de  l’anomalie  indiquée.  Pour  avoir  les  symptômes  propres  I 
à la  lésion  que  nous  étudions,  il  faut  donc  commencer  par  t 
dégager  tous  ceux  qui  appartiennent  aux  lésions  coïnci-  ■ 
dentes  (1). 


(1)  C'est  aussi  de  celle  manière  que  M.  Louis  a procédé.  On  voit  seulement 
que,  fidèle  aux  anciennes  traditions,  il  a désigné  sous  le  nom  commun  d’ané- 
vrisme, les  lésions  diverses  et  meme  opposées  qui  existaient  chei  les  maladet 


PERSISTANCE  DU  TROU  DE  ROTAI ^ ETC.  67 1 

Or,  cette  élimination  une  fois  faite,  que  nous  reste-t-il 
pour  caractériser  la  communication  entre  les  cavités  droites 
et  gauches  du  cœur  ? Rien  , ou  presque  rien.  Parcourez , en 
effet , les  observations  les  plus  détaillées  que  nous  ayons 
rapportées,  et  vous  verrez  que  les  palpitations,  la  matité  de 
la  région  précordiale , le  frémissement  cataire , le  bruit 
de  soufflet,  les  défaillances,  les  syncopes,  l’étouffement, 
l’inégalité,  l’iri’égularité,  l’intermittènce  du  pouls,  les  con- 
gestions veineuses  et  séreuses,  etc.,  sont  autant  de  symp- 
tômes que  nous  pouvons  rapporter  à l’hypertrophie  du 
cœur,  aux  lésions  des  valvules,  aux  rétrécissemens  des  ori- 
fices du  cœur  et  de  l’artère  pulmonaire  qui  coïncidaient 
avec  l’ouverture  anormale  de  la  cloison  des  oreillettes  ou 
des  ventricules. 

Plusieurs  médecins  ont  attribué  à ce  vice  de  conforma- 
tion exclusivement  l’affection  désignée  sous  les  noms  de 
cyanose^  de  maladie  bleue,  d’ictère  bleu,  et  qui  consiste, comme 
son  nom  l’indique,  dans  la  coloration  violette  ou  bleuâtre, 
soit  de  toute  l’habitude  extérieure  du  corps,  ce  qui  est 
fort  rare,  soit  de  certaines  parties  seulement , telles  que  le 
visage  et  spécialement  les  lèvres,  les  oreilles,  les  extrémités 
des  doigts,  les  ongles , etc.  Ainsi  que  nous  l’avons  dit  dans 
un  autre  endroit  de  cet  ouvrage,  nous  ne  prétendons  pas 
que  le  mélange  d’une  certaine  quantité  du  sang  des  cavités 
droites  avec  celui  des  cavités  gauches  du  cœur  ne  puisse , 
jusqu’à  un  certain  point , concourir  à la  production  de  la 


dont  il  a consigné  les  observations  dans  son  mémoire:  o Nous  ne  nous  arrête- 
• rons  pas,  dit-il,  à tous  les  symptômes  consignés  dans  l’histoire  de  nos  malades, 
» parce  que , TOUTES  ces  observations  étant  aussi  des  exemples  d’anévrisme  du 
vcœur,  il  faudrait  répéter,  sans  le  moindre  avantage,  tout  ce  qui  est  relatif  à 
«cette  affection.»  Quoi  1 toutes  les  observations  dont  parle  M.  Louis  étaient 
des  exemples  d’anévrisme , c’est-à-dire  de  dilatation  des  cavités  du  cœur,  et  dans 
plusieurs  de  ces  observations  il  est  noté  expressément  qu’il  existait  un  rétré- 
cissement de  quelqu'une  des  Cavités  du  cœur  (dans  un  cas  recueilli  par  M.  Louis 
lui-même,  ta  cavité  du  ventricule  droit  était  réduite  à très  peu  de  chose)  ! 


5']'2  MALADIES  DU  CCEUR  EN  PARTICULIER, 

cyanose;  niais  il  ne  faut  pas  se  dissimuler  que  cette  influence  | 
est  renfermée,  selon  toute  apparence  , dans  des  limites 
beaucoup  plus  étroites  que  celles  qni  lui  avaient  été  assi-  y 
gnées.  Une  des  plus  victorieuses  objections  que  l’on  puisse  « 
faire  à l’opinion  dont  il  s’agit,  c’est  que  suivant  une  remar-  h 
que  très  judicieuse  de  M.  Fouquier,  la  peau  du  fœtus,  chez  j 
lequel  existe  normalement  le  mélange  du  sang  rouge  et  du  i 
sang  noir,  n’est  pas  colorée  en  bleu.  D’un  autre  côté,  \ 
M.  Breschet  dit  avoir  vu  chez,  un  enfant  d’environ  un  mois,  , 
l’artère  sous-clavière  gauche  prendre  naissance  de  l’artère  ; 
pulmonaire  , sans  que  cetlé  disposition  singulière  eût  ap- 
porté la  moindre  modification  dans  la  coloration  de  ce  || 
membre  (i).  Enfin,  on  rencontre  une  teinte  violette  ou  i 
bleuâtre  chez  des  individus  qui,  exempts  de  toute  com- 
munication anormale  entre  les  cavités  droites  et  gauches 
du  cœur , sont  atteints  d’un  grand  obstacle  à la  circulation , , 

comme  il  arrive  dans  les  cas  d’un  rétrécissement  considé- 
rable des  orifices  du  cœur,  par  exemple.  N’est-il  donc  pas  i 
extrêmement  probable  que  la  coloration  livide,  violette, 
bleuâtre,  observée  dans  les  cas  du  vice  de  conformation  que 
nous  étudions,  tenait  principalement,  sinon  exclusivement, 
au  rétrécissement  des  orifices  du  cœur  ou  de  Tarière  pul- 
monaire dont  il  était  accompagné  ? 

MM.  Louis  et  Ferrus  soutiennent  même  que  le  mélangé 
du  sang  noir  avec  le  sang  rouge  n’est  pour. rien  dans  la 
cyanose  qui  existe  chez  les  sujets  atteints  de  communica- 
tion entre  les  cavités  droites  et  gauches  du  cœur  et  de  ré- 
trécissement des  orifices  de  cet  organe.  Quant  à nous,  il  nous 


(i)  En  admettant  que  le.  mélange  du  sang  noir  avec  le  sang  rouge  fut  la  seule 
et  véritable  cause  de  la  cyanose  , il  ne  faudrait  pas  attribuer  cette  maladie  a 
la  seule  perforation  de  la  cloison  des  ventricules  ou  des  oreillettes.  Il  est,  en 
effet,  d’autres  vices  de  conformation  qui  peuvent  entraîner  le  mélange  dont  il 
s’agit,  comme,  par  exemple  , la  persistance  du  canal  artériel,  la  communication 
anormale  de  l’artère  pulmonaire  avec  l’aoi'te,  etc. 


PERSISTANCE  DU  TROU  DE  BOTAL^  ETC. 
paraît  toujours  probable  que  le  mélange  du  sang  noir  avec 
le  sang  rouge  peut  contribuer  à la  production  de  la  cyanose  ; 
mais  ce  mélange  a lieu  , peut-être,  plus  rarement  qu’on  ne 
l’avait  cru  jusqu’ici.  En  effet,  il  est  des  cas  où  c’est  le  sang 
rouge  qui  probablement  passe  des  cavités  gauches  dans  les 
droites , plutôt  que  ce  n’est  le  sang  noir  qui  passe  des  cavités 
droites  dans  les  gauches.  Or , dans  ce  cas,  il  ne  saurait 
exister  de  cyanose  si,  comme  le  veulent  quelques  auteurs, 
sa  cause  essentielle  consistait  dans  le  mélange  du  sang 
rouge  avec  le  sang  noir.  Quoi  qu’il  en  soit , l’opinion  de 
MM.  Louis  et  Ferrus  nous  semble  devoir  être  prise  en  sé- 
rieuse considération  , et  il  serait  possible  que  dans  notre 
article  cyanose  du  Dictionnaire  de  médecine  et  de  chirurgie  pra- 
tiques, nous  eussions , avec  Morgagni,  Gorvisart  et  M-.  Gin- 
trac,  fait  jouer  un  trop  grand  rôle  au  mélange  [du  sang 
noir  avec  le  sang  rouge  dans  la  production  de  cette  af- 
fection. 

Il  est  bien  clair,  au  reste,  qu’on  ne  saurait  expliquer  par 
le  mélange  du  sang  noir  avec  le  sang  rouge  ces  congestions 
veineuses,  ces  collections  séreuses  qui  existaient  chez  plu- 
sieurs des  malades  dont  nous  avons  rapporté  les  observa- 
tions , et  que  ces  phénomènes  sont , au  contraire,  l’effet  de 
l’obstacle  à la  circulation  coïncidant  avec  l’ouverture  de  la 
cloison  des  ventricules  ou  des  oreillettes  (i). 


(i)  Nous  sommes  ici  en  partie  d’accord  avec  M.  Louis  ; « Ainsi  donc,  dit-il , 
»si  les  symptômes  assignés  aux  communications  des  cavités  droites  et  gauches  du 

• cœur  s’observent  assez  fréquemment,  il  est  vrai  de  dire  queleur  réunion  manque 

• dans  bien  des  cas,  qu’on  les  rencontre  quelquefois  au  même  degré,  qu’il  y ait  ou 

• qu’il  n’y  ait  pas  rétrécissement  des  orifices;  qu’ils  ne  sont  en  quelque  sorte  que 
•l’exagération  des  symptômes  propres  aux  anévrismes  du  cœur  (* *) , et  que,  par 

(“)  On  voil  encore  ici  que  M-.  Louis  se  sert  du  mol  anévritme^  dans  l’acception  Tngue  qu’il  a reçue 
de  cerlaius  auteurs.  Nun  , cent  foi»  nou  ; la  plupart  des  symptômes  auxquels  fait  ici  allusion  M.  Louis 
ne  sont  pas , à rigoureiisenient  parler,  ceux  des  anévritmei  ou  des  dilatations  du  cœur  , mais  bien  ceux 
d'une  lésion  des  valvules  avec  obstacle  à la  circulation.  Si  je  relève,  à différentes  reprises,  une  sembla* 
blc  erreur,  c'est  qu'elle  règne  encore  généraleruent  dans  l'esprit  des  ob>ervateurs  les  plus  distingués 
d’ailleurs,  et  que  l’on  ne  peut  faire  triompher  la  vérité  qu’eu  la  défendant  avec  une  persévérance  in* 
fatigable. 


674  MALADIES  DÜ  COEUH  EN  PARTICULIER. 

Les  Teflexions  de  M.  .Tul.  Cloqiiet  sur  le  cas  que  je  publiai, 
en  181^,  dans  un  journal  dont  il  était  alors  l’un  des  rédac-  * 
leurs,  contiennent  une  explication  ingénieuse  deTinfluence  ) 
variable  delà  communication  des  cavités  droites  et  gauches 
du  cœur  sur  la  production  de  la  cyanose  : « Si  les  deux 
» oreillettes  ou  les  deux  ventricules  du  cœur,  dit-il,  se 
» contractent  avec  une  égale  énergie,  les  deux  colonnes 
» formées  par  le  sang  rouge  et  le  sang  noir  qui  se  touchent, 

» s’adossent  au  niveau  de  l’ouverture  de  communication  , , 

» se  font  équilibre,  et  le  liquide  n’a  pas  plus  de  tendance  à t 
» passer  dans  l’une  que  dans  l’autre  de  ces  cavités,  le  mé- 
» lange  des  deux  sangs  n’a  pas  lieu.  Mais  que  cet  équilibre  ij 
» soit  rompu , que  l’une  des  cavités  du  cœur  se  contracte  1 
» avec  plus  de  force  que  l’autre  ; eh  bien  ! le  liquide  qu’elle  ( 
» renferme , comprimé  avec  plus  d’énergie  , en  sort  pour  | 
» passer  en  partie  dans  la  cavité  qui  est  plus  faible,  pour  se 
» mélanger  avec  l’autre  colonne  de  sang.  Si  le  ventricule  ou 


«conséquent,  leur  réunion,  alors  même  qu’ils  se  présentent  avec  une  certaine 

■ énergie , ne  peut  fournir  que  des  probabilités  , tandis  que  leur  absence  ou  leur 

■ peu  de  développement  ne  prouve  pas  qu’il  y ait  absence  de  perfor.'ilion.  » 

En  définitive,  nous  cro)'ons  que,  sauf  de  légères  restrictions,  on  peut  admet- 
tre avec  M.  Louis  que  0 si  la  couleur  livide  du  visage,  les  syncopes  plus  ou  moins 

■ fréquentes , la  sensibilité  au  froid , ou  une  diminution  de  la  chaleur  vitale, 

■ l’étouffement- plus  marqué  que  dans  les  autres  maladies  du  cœur,  ne  suffisent 

■ pas  pour  assurer  le  diagnostic,  cependant  une  suffocation  très  marquée  qui  re- 
» vient  par  accès  plus  ou  moins  exactement  périodiques,  ou  du  moins  très  fré- 

■ quens,  accompagnée  ou  suivie  de  lipothymies,  avec  ou  sans  coloration  bleue 

■ de la  peau,  et  provoquée  par  les  moindres  causes , forme  en  quelque  sorte  un 

■ signe  pathognomonique  de  la  perforation  qui  nous  occupe.  » 

J’ai  dit  qu’on  ne  peut  admettre  qu’avec  quelques  restrictions  l’assertion  de 
M.  Louis  , parce  que  jusqu’ici  je  ne  sache  pas  qu’aucun  observateur  ail  encore 
diagnostiqué  celle  perforation  à l’aide  du  seul  signe  pailwsncnwniquc  ci-dessus 
indiqué.  La  coexistence  d’un  frémissement  cataire  et  d’un  bruit  de  soufflet  dans  la 
région  précordiale,  ajouterait  beaucoup  de  valeur  au  signe  précédent,  si  surtout 
le  bruit  de  soufflet  et  le  frémissement  cataire  étaient  permanens , et  non  accom- 
pagnés de  collections  séreuses  passives.  On  peut  voir  d .i'.s  l’ouvrage  de  M.  Gin- 
trac  sur  la  cyanose  quelques  exemples  de  diagnostic  de  celle  maladie  ( voy.  entre 
autres  les  observations  45*  et  do  cet  auteur  ). 


PERSISTANCE  DU  TROU  DE  BOTAL,  ETC.  6'] 6 

n roreillette  du  côté  droit  agit  avec  plus  de  force,  le  sang 
» veineux  passe  dansles  cavités  c|ui  recèlent  le  sang  artériel, 

» le  colore  en  noir  , et  le  liquide  ainsi  mélangé  est  envoyé 
» par  l’aorte  dans  tous  les  tissus  qu’il  teint  en  bleu  violacé 
» plus  ou  moins  intense,  l’individu  est  affecté  de  cyanose. 

» Mais  si  le  ventricule  gauche  a plus  de  force  (i),  si  l’aorte 
» est  resserrée,  comme  cela  se  remarquait  pour  le  cœur  du 
» malade  dont  M.  Bouillaud  a rapporté  l’observation,  le 
» sang  artériel  passe  facilement  dans  les  cavités  droites  et  se 
» mêle  avec  le  sang  veineux  r dans  ce  cas , le  sang  artériel 
» continue  d’être  envoyé  pur,  rutilant,  bien  qu’en  moindre 
» quantité,  vers  tous  les  organps  ; de  plus,  il  est  porté  en 
» partie  vers  les  poumons  avec  le  sang  veineux  ; il  n’y  a 
» pas  de  raison  pour  que  l’individu  soit  affecté  de  maladie 
B bleue » 

Quoi  qu’il  en  soit  de  l’explication  ci-dessus,  il  me  semble 
que  les  auteurs  auraient  dû,  en  effet,  ne  pas  négliger  les  cas 
dans  lesquels  lesangrouge  peut  passer  dans  les  cavités  droi- 
tes. Ce  mélange  du  sang  rouge  avec  le  sang  noir,  du  sang 
gauche  Si\ec  lesangt/roif,  sil’on  peut  ainsi  parler,  surtout  s’il 
s’opère  en  proportion  considérable,  doit  réellement  exercer 
à la  longue  une  influence  notable  sur  l’excitation  normale 
et  la  nutrition  des  cavités  droites.  Nous  avons  essayé  de 
faire  voir  ailleurs  comment  ce  passage  du  sang  rouge  dans 
les  cavités  droites  pouvait  , jusqu’à  un  certain  point,  en 
produire  l’hypertrophie.  Je  n’attache  pas  une  grande  im- 
portance à cette  théorie  ; mais  il  me  paraît  cependant  fort 
digne  de  remarque  que  dans  la  presque  totalité  des  cas  de 
communication  entre  les  cavités  droites  et  gauches,  ce  sont 
les  premières  qui  s’hypertrophient.  Ce^te  hypertrophie 
existe  souvent  à un  très  haut  degré,  et  ce  qui  ne  mérite  pas 


(«)  Il  n’est  pas  nécessaire  de  rappeler  que  tel  est  effectivement  l'état  des  choses 
dans  un  cœur  bien  conformé. 


! 


676  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIERi 

moins  de  fixer  notre  attention  , c’est  que,  dans  le  ventri- 
cule , elle  affecte  ordinairement  la  forme  concentrique  , . | 
comme  si  l’augmentation  de  nutrition  s’opérait  principa-  j 
lement  dans  les  faisceaux  charnus  sur  lesquels  la  cause 
d’excitation  agit  le  plus  directement,  puisqu’ils  se  trouvent  1 1 
à son  point  de  contact  même.  I 

L’hypertrophie  de  l’oreillette  droite,  au  contraire,  est  - 
toujours  accompagnée  de  dilatation,  et  quelquefois  cette  J. 
dilatation  est  vraiment  énorme,  comme  le  démontrent  r 
plusieurs  des  observations  que  nous  avons  rapportées.  La  ..1 
cause  principale  de  cette  dilatation  consiste  dans  l’obstacle 
au  cours  du  sang  , soit  à travers  l’orifice  auriculo-ventricu-  r; 
laire  droit , soit  à travers  l’orifice  ventriculo-pulmonaire  , ; 

dont  les  valvules  réunies  par  leurs  bords  voisins  forment  n 
une  sorte  de  diaphragme  ou  d’hymen,  percé  à son  centre  n 
d’une  ouverture  étroite.  Le  rétrécissement  de  l’artère  pul-  \ 
monaire,  signalé  dans  quelques  uns  des  cas  que  nous  avons  |i 
cités  , peut  être  la  conséquence  de  la  difficulté  du  passage  ( 
du  sang  à travers  l’embouchure  de  ce  vaisseau  dans  le  ven- 
tricule droit. 

§ III.  Mode  de  développement  et  traitement. 

La  persistance  du  trou  de  Botal  après  la  naissance  est  au 
nombre  de  ces  vices  de  conformation  qu’on  a rapportés  à 
un  arï'St  de  développement  : mais  quelle  est  la  cause  de  cet 
arrêt  de  développement  ? voilà  une  question  dont  on  cher- 
cherait vainement  une  solution  satisfaisante  dans  les  ouvra- 
ges des  tératologistes.  On  conçoit  qu’un  obstacle  au  passage 
du  sang  à travers  les  orifices  droits  du  cœur,  développé 
pendant  le  coursde  la  vie  intra-utérine,  peut,  en  raison  de 
la  distension  qifl  en  résulte  pour  l’oreillette  et  de  la  diffi- 
culté qu’éprouve  le  sang  à pénétrer  dans  le  ventricule  droit 
ou  dans  l’artère  pulmonaire,  s’opposer  à l’oblitération  du 
trou  de  Botal.  M.  Louis  professe  lui-même  cette  opinion. 

Mais  les  ouvertures  que  présentent  les  cloisons  inter- 


persistance  du  trou  de  botal.’ 


auriculaire  et  intervenlrieulaire  du  cœur  chez  des  indivi- 
dus plus  ou  moins  avancés  en  âge  , sont-elles  tou  jours  con- 
génitales? nous  ne  le  pensons  pas.  A l’article  des  ulcéra- 
tions du  cœur  , nous  avons  rapporté  deux  cas  dans  lesquels 
il  nous  a semblé  qu’une  communication  anormale  entre  les 
cavités  droites  et  les  cavités  gauches  du  cœur  s’était  opérée 
par  l’effet  d’une  inflammation  ulcéra tive  des  cloisons  in- 
diquées. Il  se  peut  également  que  des  causes  analogues  à 
celles  qui  déterminent  la  rupture  des  parois  du  cœur  , des 
colonnes  charnues  ou  des  tendons  valvulaires , amènent 
quelquefois  aussi  la  rupture  des  cloisons  interauriculaire  et 
interventriculaire.  Il  est  bien  difficile  de  ne  pas  admettre 
que  tel  a été  le  mécanisme  des  perforations  dans  quelques 
uns  des  cas  que  nous  avons  rapportés  plus  haut , si  l’on 
considère  que  plusieurs  individus,  après  avoir  long-temps 
vécu  sans  offrir  aucun  signe  de  maladie  , ont  été  pris  tout- 
à-coup  ou  graduellement  des  symptômes  d’une  lésion  or- 
ganique du  cœur  (i). 

Dans  le  cas  où  l’on  parviendrait  à diagnostiquer  la<:om- 
munication  réciproque  établie  entreles  cavités  droites  et  les 
cavités  gauches  du  cœur,  à la  faveur  d’une  ou  de  plusieurs 
ouvertures  des  cloisons  interauriculaire  et  interventricu- 
laire, quel  serait  le  traitement  qu’on  devrait  lui  opposer? 
Il  est  évident  que  s’il  est  une  maladie  contre  laquelle  les 
ressources  de  la  hiédecine  soient  impuissantes,  c’est  assuré- 
ment celle  que  nous  étudions.  En  effet , pour  remédier  à 
une  affection  de  ce  genre,  il  faudrait  recourir  à des  moyens 
chirurgicaux.  Or,  l’application  de  ces  moyens  est  imprati- 
cable dans  le  cas  qui  nous  occupe. 


(i)  Cette  réflexion  s’applique  aux  faits  rapportés  dans  le  mémoire  de  M.  Louis, 
puisqu’ils  sont  pour  la  plupart  les  mêmes  que  ceux  qui  ont  été  consignés  ici.  Pa 
conséquent,  nous  croyons  que  cet  observateur  s’est  un  peu  écarté  de  la  vérité 
en  disant  que  « la  communlcalion  des  cavités  droites  et  gauches  du  cœur  éta 
congénitale  chez  tous  les  sujets  dont  il  a donné  l’bisloire,  et  qu’elle  parait  avo 
presque  constamment  la  même  origine,  » 


678  MALADIES  DU  CœUR  EN  PARTICULIER. 

Quant  aux  diverses  lésions  du  cœur  qui  coïncident  avec  i 
les  perforations  congénitales  ou  acquises  des  cloisons  inter-  i 
auriculaire  et  interventriculaire,  elles  réclament  des  se-  1 
cours  dont  nous  avons  parlé  ailleurs.  (Voy.  Hypertrophié^  1 
Induration  des  Valvules  , rétrécissement  des  orifices  du 
cœur,  etc.) 

Au  reste,  tous  les  faits  prouvent  que  dans  les  cas  où  la 
communication  des  cavités  droites  et  gauches  du  cœurnese 
trouve  pas  compliquée  d’une  grave  lésion  des  valvules  [1 
et  d’un  rétrécissement  des  orifices  du  cœur,  elle  nest , 1 
ainsi  que  l’a  dit  M.  Louis,  incompatible  ni  avec  uné  existence  1 
assez  prolongée,  ni  avec  le  développement  des facultés  intellec-  i 
tuelles  (i).  ' 


CHAPITRE  III. 

ANOMALIES  DE  NOMBRE  ( ABSENCE  DU  COEUR  *,  DIMINUTION  ( 
DIJ  NOMBRE  DES  PARTIES  CONSTITUANTES  DE  CET  ORGANE  , ' 
PLURALITÉ  DU  CQEURj  AUGMENTATION  DU  NOMBRE  DE  ( 
SES  parties). 

ARTICLE;  PREMIER.  ; 

1 

ACABDIB  ; — DlMlMDTIOn  Dü  KOMBBtf  DES  rAKTIES  COKSTITOASTES  Dü  COKBR.  j 

I.  Dans  son  savant  mémoire  sur  les  acéphales  (-2),  Béclard 

-it^:  if  - 

P 

(i)  Par  opposflion  à la  persistance  du  trou  Bolal  après  la  naissance,  nous  di- 
rons ici  un  mot  de  son  occlusiôn  chez  le  Fœtus.  Yieussens  n rapporte  un  exemple  t 
de  cette  anomalie  [traite  de  la  strucl  urc  du  cœur  S,  jia;;.  55'.  Üd  tel  vice  | 

de  conTorination  du  cœur  semblerait  devoir  être  plus  fatal  au  fœtus  que  ne  l’est  la  , 
persistance  du  trou  Botal  à l’eiifant  qui  a vu  la. lumière.  Il  assimile  la  circulation  i 
du  fœtus  à celle  de  l’enfant  et  de  rmliilte,  tandis  que  la  non-oblitération  du  trou  | 
ovale  constitue  un  trait  de  ressemblance  entre  la  circulation  de  renfant  ou  de  l’a-  f 
dulte  et  celle'du  fœtus. 

(a)  yoy.  ce  méirioire  dans  les  tomes  ^ Bulletins  de  la  Faculté  de  mé- 
decine. 


ACÂRDIE.  Ô79 

& Y'QpportG  plusicui*s  CAS  cl  9C£irdi0»  Lgs  olDScrvûtioiis  xi^  xii^ 
XIV  XV , XVI , XVII,  par  exemple  , appartiennent  à cette  ca- 
tégorie des  monstruosités.  Nous  ne  rapporterons  ici  que 
l’observation  xvi%  dans  laquelle  on  trouve  une  particula- 
rité tout-à-fait  singulière;  la  voici  : 

OBSERVATION  158«. 

En  1720  , il  naquit  a Bologne  une  fille  acéphale  qui  exé- 
cuta quelques  moiweniens  : elle  avait  pour  jumelle  une  autré 
fille  bien  conformée  ; elles  avaient  un  placenta  commun , 
et  chacune  d’elles  avait  un  cordon  ombilical.  Elle  était  dé- 
pourvue de  tête  et  de  bras;  ses  orteils  offraient  quelques 
difformités.  A l’intérieur,  elle  n’avait  ni  cœur^  ni  poumons,  ni 
diaphragme , ni  foie  , ni  rate , ni  capsules  surrénales . Elle  avait 
une  moelle  épinière,  des  reins,  une  vessie,  un  estomac,  des 
intestins , un  utérus  avec  ses  annexes.  Elle  avait  aussi  des 
muscles  et  de  la  graisse. 

Ce  fait,  observé  par  Vogli , fut  adressé  à Valisnieri , qui 
en  douta  long-temps,  quoiqu’il  en  connût  un  semblable 
dans  Gérard  Blasius,  et  qui  ne  fut  convaincu  que  par  le  té> 
mcignage  de  Bianchi  et  de  Valsalva,  témoins  oculaires  (i). 

Suivant  Béclard , le  cœur  manquant  dans  tous  les  acé- 
phales (2),  quoique , dans  un  assez  grand  nombre,  les  parois 
de  la  poitrine  persistent  en  grande  partie  ou  en  totalité  même, 
cela  exclut  Vidée  d'une  destruction  consécutive  a son  déplace- 
ment. Quelques  observations,  ajoute  Béclard,  semblent  in- 
diquer positivement  qu’il  se  détruit  par  atrophie.  En  der- 
nière analyse  , tout  en  admettant  comme  probable  que  dans 
une  destruction  très  étendue  de  la  moelle  qui  entraîne  à sa 


(1)  Malgré  le.  témoignage  respectable  d’hommes  tels  que  Valsalva  et  Bianchi , 
n’esl-il  pas  permis  de  douter  qu’un  monstre  sans  cœur,  sans  poumons,  sans  dia- 
phragme, ait  réellement  exécuté  des  rnouvemens  après  sa  naissance? 

(a)  Quelques  uns  des  acéphales  dont  Béclard  a rapporté  les  observations 
fraient  cependant  des  vestiges  ou  des  rudimens  du  cœur, 

37. 


[ 


58o  MALADIES  DU  C(ΆR  EN  PARTICULIER, 

suite  celle  des  parois  du  thorax,  la  destruction  du  cœur  ;i 
puisse  dépendre  de  son  déplacement,  ViécXd^rd  pense  qu’en  i 
général  l'absence  du  cœur  doit  être  considérée  comme  une  con-  i 
séquence  de  la  destmction  du  centre  d’oit  part  son  nerf  (i).  | 

Il  faut  placer  au  rang  des  contes  les  plus  absurdes  ce 
qu’on  a écrit  sur  l’absence  du  cœur  chez  les  adultes.  Le  i 
temps  n’est  plus  où  l’on  oserait  dire  qu’on  ne  trouva  pas  r 
de  cœur  chez  les  victimes  sacrifiées  par  César  le  jour  où  il 
revêtit  la  pourpre,  qu’un  soldat  romain  n’offrit  aucun  jü 
vestige  de  cœur,  etc. 

II.  Au  lieu  de  l’absence  complète  du  cœur,  il  est  des  cas  j 
où  l’on  ne  rencontre  que  l’absence  d’une  des  deux  moitiés  | 
dont  il  est  composé.  Kreisig  a indiqué  ce  vice  de  conforma-  i 
tion  dans  son  Traité  des  maladies  du  cœur.  M.  Breschet  en  i 
a recueilli  untexemple  (2). 


(1)  Béclard  généralisant  ce  rapport,  termine  ainsi  son  mémoire  sur  Vaccpha- 
lle  : «Les  acéphales  ont  éprouvé  au  commencement  de  la  vie  intra-utérine  une 
«maladie  accidentelle  qui  a produit  l’atrophie  ou  la  destruction  delà  moelle 
» alongée  et  de  la  partie  supérieure  de  la  moelle  épinière,  et  toutes  les  irrêgularitcs 
^apparentes  qu'ils  présentent  sont  la  conséquence  naturelle  et  plus  ou  moins  di~ 
»recte  de  cet  accident.  » 

(2)  On  ne  saurait  trop  répéter  que  beaucoup  de  faits  relatifs  au\  monstruosités 
en  général,  et  à celles  du  cœur  en  particulier , ne  doivent  être  admis  qu’avec 
une  grande,  défiance , ou  devraient  même  être  considérés  comme  faux  on  ma!  ob- 
servé.s.  Ces  réflexions  s’appliquent  au  fait  suivant,  qui  a été  publié  par  IM.  Mau- 
j an  ( the  american  Journal  of  tlic  Médical  Sciences). 

« Le  jg  mars  1827,  je  fus  appelé,  dit  M.  Mauran,  pour  examiner  un  enfant 
» nouveau-né,  qui,  quoique  petit,  paraissait  sain.  Il  respirait  assez  bien,  mais 
► aussitôt  qu’on  le  changeait  de  position , il  éprouvait  la  plus  grande  difficulté  à 
>•  nier  et  à respirer,  etc.  Une  dizaine  de  jours  après,  la  mort  eut  lieu  dans  un 
» accès  de  suCfocation.  • 

» L’ouverture  fut  faite  quinze  heures  après  la  mort.  Le  cœur  n’offrait  que  deux 

• divisions,  dont  l'une  était  formée  par  l'oreillette  très  développée',  située  à gauche 

• et  remplie  d’un  sang  noirâtre  et  fluide...  Le  ventricule  étant  ouvert  par  unesee- 

• liun  verticale  dirigée  du  sommet  de  l’organe  vers  l’insertion  de  l'aorte , on  s a- 

• perçut  qu’il  n’y  avait  évidemment  qu’ une  oreillette  et  un  ventricule  communi- 

• quant  par  une  large  ouverture  au  pourtour  de  laquelle  e.tisiait  une  valvule  Iri- 
T-cfspide,  L’artère  pulmonaire  naissant  du  ventricule  par  un  tronc  commun  avec 


ABSIÎNCE  DE  CERTAINES  PARTIES  DU  COEUR. 


58 1 


OBSERVATION  159»  et  160'. 


Le  docleur  Turner  a publié  un  cas  dans  lequel  les  deux 
oreiüel'es  manquaient.  ( /£>«D’/2a/ de  Médecine,  t. 

XCVI,  p.  55.  ) 

M.  Desli'és  a communiqué  a l’Académie  royale  de  méde- 
cine un  exemple  d’imperfection  du  cœur,  que  je  vais  rap- 
porter. 

Chez  un  fœtus  monstrueux,  né  à cinq  mois  et  demi , on 
trouva  ce  qui  suit  : 

Le  cœur,  très  volumineux , était  situé  à droite,  la  pointe 
sous  les  fausses  côtes  de  ce  côté,  la  base  répondant  aux 
vertèbres.  Il  n’y  avait  qu’une  oreillette  communiquant  avec 
les  deux  ventricules.  Les  veines  pulmonaires  s’ouvraient  di- 
rectement dans  le  ventricule  gauche.  Le  ventricule  droit 
n’avait  pas  de  valvule  triglochine;  le  gauche  , pas  de  valvule 
mitrale.  Les  artères  aorte  et  pulmonaire  étaient  sans  val- 
vules sigmoïdes.  La  première  de  ces  deux  artères,  après 
avoir  donné  le  tronc  brachio  - céphalique,  la  carotide  gau- 
che et  le  canal  artériel , se  terminait  par  la  sous  - clavière 
gauche.  C’était  l’artère  pulmonaire,  qui,  après  avoir  donné 
[ de  gros  rameaux  aux  poumons,  et  reçu  le  canal  artériel, 
montait  devant  l’aorte  au  sommet  de  la  cavité  gauche  du 


• l’uorlc  au  côté  gauche  , passait  en  arrière , fournissait  ses  branches  accoulamées, 

( tel  le  canal  artériel  s'ouvrait  dans  l’aorte  descendante  , tandis  qu’il  était  oblitéré 
• ’iàson  insertion  au  ventricule , oit  il  formait  un  véritable  cul-de-sac.  Le  ventri- 
j ttcule  avait  la  forme  d'un  triangle  dont  l’angle  supérieur  donnait  naissance  à 
j f l’aorte,  qui,  du  reste,  présentait  ses  divisions  ordinaires,  » 

M.  Mauran  ne  dit  rien  du  mode  de  disposition  et  d’insertion  des  veines  caves  et 
I des  veines  pulmonaires.  Dans  les  réflexions  jointes  à son  observation,  il  dit  que 
1 l'artère  pulmonaire  était  oblitérée  près  du  coeur. 

Qu'un  enfant  dont  l’artère  pulmonaire  était  oblitérée,  dont  le  cœur  n’avait 
j qu’une  oreillette  et  un  ventncule,  ait  vécu  pendant  une  quinzaine  de  jours,  res- 
pirant assez  bien  , paraissant  sain , voilà  certainement  un  de  ce»  prodiges  dont  i 
est  permis  au  moins  de  s’étonner  un  peu  1 


582  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER, 

thorax,  puis,  se  recourbant  le  long  du  rachis,  fournissait 
les  mésentériques,  la  splénique,  l’hépatique,  les  rénales, 
les  crurales,  et  se  terminait  par  les  artères  ombilicales. 

Le  côté  gauche  de  la  poitrine  était  occupé  par  l’estomac 
et  les  intestins  grêles  (l).  La  moitié  gauche  du  diaphragme 
n’existait  pas,  etc.  (2). 

A l’occasion  des  cœurs  pourvus  d’une  simple  oreillette 
et  d’un  seul  ventricule,  M.  Isid.  Geoffroy-Saint-Hilaire  dit 
que , dans  tous  les  faits  de  ce  dernier  genre  , il  existe,  h par- 
ler rigoureusement,  une  large  communication  entre  les 
deux  oreillettes  et  les  deux  ventricules,  et  qu’il  ne  manque 
aucune  partie,  la  cloison  exceptée  ; « peut-être,  ajoute-t-il, 
1)  en  est-i]  de  même  du  cas  de  Turner,  d’ailleurs  trop  mal 
» décrit  et  trop  peu  authentique  pour  mériter  aucune  con- 
))  fiance  (3).  » 

III.  Dans  un  cas  rapporté  ci-avant  (observation  160'), 
toutes  les  valvules  du  cœur  manquaient. 

Deux  autres  de  nos  observations  ( lo2'  et  154®)  sont 
relatives  à l’absence  d’une  des  valvules  de  l’artère  pulmo- 
naire. Dans  un  cas  (obs.  152'),  les  deux  valvules  restantes 
étaient  placées  transversalement , une  antérieure  , une  pos- 


(i)  Là  se  trouve,  sans  doute,  la  cause  véritable  du  déplacement  du  coeur  à 
droite. 

(a  Dans  les  cas  à' imperfection  du  cœur  que  nous  venons  de  rapporter,  cet  or- 
gane offre  chez  l'homme  la  plus  grande  analogie  avec  celui  d’animaux  des  classes 
inférieures.  De- là,  cette  loi  fameusè  que  chez  l'homme,  le  cœur,  dans  le  cours  de 
son  évolution,  offre  successivement  et  transitoirement  diverses  dispositions  qui 
sont  permanentes  dans  les  animaux  vertébrés  inféiieurs.  S'il  en  était  réellement 
ainsi,  ce  qui  no  parait  pas  encore  rigoureusement  démontré, on  aurait  reproduit, 
sous  une  nouvelle  forme,  il  est  vrai,  l’idée  de  la  ressemblance  des  monstres  hu- 
mains avec  les  hôtes. 

(j)  Suivant  quelques  observateurs  tels  que  Rilliard  , par  exemple,  <■  au  lieu  de 
«rencontrer  une  alisenee  complète  d’une  des  moitiés  latérales  du  coeur,  on  ne 

• trouve  quelquefois  qu’une  scissure  profonde  entre  les  deux  ventricules,  dont 

• l’un,  beaucoup  plus  petit  que  l’autre,  semble  avoir  été  arrtUé  dans  son  dévelop-. 

• pément,  » 


ABSKNCE  DE  CERTAINES  PARTIES  DU  COEUR.  583 
térieure  ; elles  étaient  très  larges  , et  formaient  entre  elles 
et  le  calibre  de  l’artère  deux  culs-de-sac  très  profonds. 

IV.  Dans  quelques  cas  de  hernie  du  cœur,  cet  organe  est 
dépourvu  de  péricarde.  M.  Breschet  a déposé  dans  les  cabi- 
nets de  la  Faculté  une  pièce  représentant  ce  dernier  vice 
d’organisation.  Des  faits  semblables  ont  été  observés  par 
divers  auteurs. 

Fvegis  rapporte  qu’il  a disséqué  deux  petits  chiens  qui , 
en  naissant,  offraient  le  genre  de  lésion  qui  nous  occupe. 
{^Joiirn.  des  sai>.,  1681.  ) 

devais  rapporter  dans  la  note  ci-dessous  un  cas  d’absence 
du  péricarde,  dans  lequel  on  trouvera  des  circonstances 
tellement  incroyables,  qu’on  sera  véritablement  étonné 
qu’un  pareil  fait,  d’abord  publié  dans  un  journal  améri- 
cain [The  american  journal  ofthe  medical  sciences , fév.  1S33) , 
ait  pu  être  reproduit  dans  plusieurs  journaux  (rançais , 
sans  un  seul  mot  de  critique  (1). 


(i)  En  1828,  M.  Robinson,  de  Pétersburg  (Virginie),  fut  appelé  aviprès 
d’une  femme  qui  venait  d’accoucher.  On  kii  présenta  un  fcelus  à tfirmc , né  de- 
puis vingt  minute.s.  Les  assislans  affirmèrent  que  ect  enfant  avait  fait  beaucoup 

d’efforts  quelques  minutes  après  sa  Jiaissance,  et  avait  respiré  plusieurs  fois • 

Les  deux '•clavicules , le  sternum  et  les  cartilages  costaux  manquaient;  tout  l'inté- 
rieur de  la  cavité  llioracique  était  à découvert.,  l’abdomen  était  aussi  ouvert  jus- 
qu’à i’ombilic...  le  foie  et  la  rate  manquaient...  le  diaphragrpe  fendu  ne  se 
reconnaissait  qu’à  la  présence  des  deux  bandes  étroites  situées  de  chaque  côté.... 
les  poumons  manquaient....  La  trachée  se  terminait  dans  que  nodosité  de  sub- 
stance celluleuse  et  parenchymateuse  de  la  grosseur  d’une  nojx.  Au  ç.ôlé  gauchp 
du  rachis , et  un  peu  plus  haut  qu’à  l'ordinakç , on  voyait  le  cœur  saifs.  péricarde, 
et  situé  si  obliquement  que  sa,  pointe  n’aurait  pas  pu  frapper,  ait-des.sous  de.  ta 
troisième  côte.  Il  battait  avee  une  force  et  une  t'égul^rité  surprenantes , de  60  à 
70  fois  par  minute  , et  semblait  eommuniquer  fon  impulsion  à toute  la  c(rcula- 
lion  , car  l’aorte  offrait  des  pulsations  très  distinctes. 

Ici  M.  Robinson  décrit  avec  complaisance  les  mouvemens  du  cœur,  tels  qu’il 
les  a observés  chez  un  fœtuSQui  respirait  sans  poumons,  sans  trachée,  pa^SQDjt 

SANS  niAPHRACMB  ET  SANS  CLAVICULES,  .NI  STERNUM,  NI  CARTILAGES  COSTAUX.  ApPèS 

avoir  observé  le  cœur  dans  sa  pbsilion  pendant  «.5  à 20  minutes,  et  l’avoir 
palpé  fréquemment,  pour  s’assurer  de  sa  force  de  dilatation  ^ M,  HobipsçH 


584 


ilALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 


.ARTICLE  DELXIÈME. 

BieARDIB;  — AOGMBHTATIOW  DD  HOMBRE  DBS  PABTIBS  COMSTITDAKTE5  DD  CŒÜB. 


I.  La  pluralité  du  cœur,  dit  Meckel,  est  excessivemeut 
rare  dans  les  cas  où  il  n’y  a pas  duplicité  fœtale.  Cette  ano- 
n)alie  suppose  une  si  profonde  aberration  dans  les  lois  de 
révolution  en  général,  qu’au  premier  abord  on  doit  la 
considérer  comme  incompatible  avec  une  Certaine  durée  de 
la  vie  extra-utérine.  Que  penser  donc  des  faits  de  Plazzoni, 
de  Baudelocque  et  de  Collomb,  relatifs  à des  adultes,  d’ail- 
leurs bien  conformés,  chez  lesquels  il  existait  deux  cœurs? 
Que  penser,  à plus  forte  raison,  de  ces  histoires  d’indi- 
vidus à trois  cœurs,  dont  les  Ephéniérides  des  curieux  de  la 
nature  contiennent  deux  exemples?  INous  pensons  avec 
M.  Isid.  Geoffroy-Saint-Hilaire  que  de  tels  faits  sont  inad- 
missibles, et  qu’ils  seraient  plus  dignes  de  figurer  dans  les 
contes  merveilleux  des  Mille  et  une  Nuits  que  dans  des 
recueils  consacrés  aux  sciences. 

Quant  aux  histoires  de  fœtus,  chez  lesquels  l’anomalie 
qui  nous  occupe  a été  observée,  il  en  est  dont  on  ne  sau- 


1 


siiPARA  DD  corps;  SCS  mouvcmcns  n'en  furent  allcrès,  ni  dans  leur  fréquence,  ni 
dans  leur  énergie!!  ! 

Les  valvules  et  la  cloison  furent  trouvées  à l’état  normal  ; le  trou  ovale  était 
béant;  les  veixbs  bt  t’ARTèRE  pdlmowairks  , la  veine-cave  et  l’aorte  avaient  leur 
calibre  ordinaire  (i).  Dans  cet  état,  les  oreillettes  et  les  ventricules  étant  ou- 
verts, le  cœur,  après  avoir  été  manié  par  plusieurs  personnes,  fut  jeté  dans  un 
bassin  d'eau  froide.  Après  avoir  examiné  les  autres  viscères  pendant  quelque 
temps,  le  docteur  Robinson  fut  ktonné  dk  lui  retrodver  brcobe  des  mocvk- 
mkn8,  faibles  il  est  vrai  , MAIS  parfaitbmknt  réguliers  (3). 


(1)  L’arlcre  pulmonaire  cl  le*  reines  de  même  nom  aTaiciil  leur  calibre  ordinaire  cl  l'auteur  nous 
dit  qu'il  ii'y  arail  pas  de  poumons  IM 

('2)Qnoil  c'e»l  un  médecin  qui  oje  dire  qu'il  a enlerè  un  cœur  encore  palpilant  clic*  nn  fœlus 
bu  nain  , et  que  cet  organe  , âpre»  avoir  été  ^ourert  cl  jeté  dans  un  bassin  d'eau  Troide,  a montré 
encore  de*  ballcmens  parraitement  rcguliersllt  Est-il  permis  de  se  jouer  à^un  tel  point  de  la  crédulité 
d*a  lecteurs  } 


BICARDIE.  585 

rait  nier  l’aiilhenticilé  : telles  sont  celles  que  nous  allons 
consigner  ici. 

OBSERVATION  161e. 

On  Ht  dans  les  Bulletins  de  la  Faculté,  pour  l’an  xiii , 
l’exlrait  suivant  d’un  rapport  fait  par  MM.  Baudelocque  et 
Dupuytren , sur  un  fœtus  monstrueux,  présenté  par 
M.  Lavialle. 

« Il  paraît  que  le  fœtus  était  mort  en  venant  au  monde. 

» ( L’accouchement  fut  très  laborieux  : il  dura  plusieurs 
» heures.  ) 

» Ce  fœtus  était  formé  par  la  réunion  de  deux  individus. 

» Presque  toutes  les  parties  supérieures  sont  doubles  , tan- 
» dis  que  les  inférieures  sont  simples.  Il  existe  deux  têtes  et 
«deux  cols,  parfaitement  séparés,  et  de  volume  ordi- 
« naire.  Ces  deux  cols  se  rendent  à une  seule  poitrine  très 
«large,  et  du  sommet  de  laquelle  s’élève  verticalement, 

« entre  les  deux  tètes,  un  bras  terminé  par  huit  doigts... 

« tandis  que  sur  les  cotés  de  cette  poitrine,  pendent  deux 
« autres  bras  bien  conformés... 

« Il  y a quatre  poumons...  Ces  quatre  poumons  ont  cha- 
» cun  une  plèvre;  mais  il  n’y  a qu’un  seul  diaphragme. 

« Il  existe  deux  cœurs  et  deux  péricardes  renfermés 
» dans  la  poitrine  : chacun  de  ces  cœurs  reçoit  deux  veines- 
» caves,  et  donne  naissance  à une  artère  pulmonaire  ; cha- 
» cun  d’eux  reçoit  quatre  veines  pulmonaires  et  donne 
» naissance  à une  artère  aorte.  Les  deux  artères  aortes  se 
» réunissent  au  bas  de  la  région  dorsale  des  colonnes  ver- 
« tébrales,  pour  ne  former  qu’un  seul  tronc  d’où  partent 
« les  artères  des  viscères  abdominaux,  celles  du  bassin  et 
» des  membres  inférieurs. 

« Toutes  les  veines  qui  reviennent  des  deux  membres 
» inférieurs,  du  bassin  et  des  parois  de  l’abdomen  se  réunis- 
» sent  pour  former  une.  veine-cave  inférieure  droite , la- 
» quelle  s’ouvre  avec  les  veines  hépatiques  dans  le  cœur 


586  MALADIES  DU  CŒUR  EN  PARTICULIER. 

» tlu  même  côté.  L’oreillette  droite  du  second  çœur  ne  re- 
» çoit  point  de  sang  des  membres  inferieurs  ; elle  reçoit 
» seulement  celui  qui  est  rapporté  du  foie  par  les  veines 
» sur-hépatiques,  et  celui  des  parties  supérieures  du  corps, 

» ramené  par  la  veine  cave  supérieure  (i)...  '> 

OBSERVATION  162e. 

Dans  ses  recherches  anatomiques  sur  deux  monstres  dou- 
bles monocéphales , M.  Gintrac  rapporte  l’observation  sui- 
vante : 

Après  un  travail  long  et  difficile  , une  femme  mit  au 
monde  deux  foetus  réunis  ensemble , qui  vécurent  pen- 
dant une  heure  environ , mais  ne  poussèrent  aucun  cri. 

Autopsie  cadavérique! 

11  y a deux  cœurs  , dont  l’un  (A)  est  un  peu  plus  déve- 
loppé que  l’autre  (B).  Ce  dernier  a le  septum  des  ventri- 
cules perforé.  Son  oreillette  droite  ne  reçoit  point  de 
veine  ombilicale',  mais  une  veine-cave  supérieure  à laquelle 
aboutit  une  veine  azygos.  Du  ventricule  droit  part  un 
vaisseau  qui  se  recourbe  à la  manière  de  l’aorte,  reçoit 
une  sorte  de  canal  artériel  par  un  vaisseau  voisin  , 

donne  une  branche  pulmonaire,  puis  l’artère  sous-clavière 
gauche  d’un  des  fœtus,  dont  il  côtoie  le  rachis  pour  s’unir 
ensuite  à un  autre  gros  tronc  c[ui  provient  du  cœur  (A). 
Le  ventricule  gauche  fournit  une  artère  qui,  après  avoir 
donné,  et  la  carotide  gauche  d’un  des  fœtus,  et  la  carotide 
droite  de  l’autre,  se  termine  par  l’espèce  de  canal  artériel 
indiqué  plus  haut. 

Le  second  cœur  ou  le  cœur  (A),  plus  volumineux  que 


(i)  Delà  dissection  de  ces  fœlus,  réunis  en  quelques  points  de  manière  à ne 
ormer  qu'iin  seul  individu,  Bandelocque  et  M.  Dupuytren  conclurent  que  ch.i- 
ciin  d’eus  possédait  en  propre  presque  tous  les  organes  essenlielsà  la  vie,  tandis 
qu'ib  avaient  en  conjtnun  un  certain  nombre  d’organe»  moins  iinporlani, 


AUGMENT.  DU  NOMB.  DES  l’ABT.  CONST.  DU  COEUR.  687 
le  précédent  (B),  a sa  cloison  interventriculaire  lai'ge- 
nient  perforée  : ce  cœur  reçoit  à son  oreillette  droite  la 
veine  cave  supérieure  et  l’inférieure  , à laquelle  se  rend  la 
veine  ombilicale.  Du  ventricule  droit  naît  un  vaisseau  qui 
fournit,  par  un  tronc  commun , mais  bientôt  divisé , la  caro- 
tide gauchede  l’iin  des  fœtus,  et  la  carotide  droite  de  l’autre, 
donne  ensuite  l’artère  sous-clavière  droite  de  ce  clernier, 
puis  s’incline  à droite  en  se  recourbant , gagne  le  rachis  du 
même  individu , et  là  s’unit  avec  l’espèce  d’aorte  prove- 
nant du  ventricule  droit  du  cœur  (B).  Le  cqnal  résultant 
de  cette  anastomose  suit  le  rachis,  donne  les  artères  ombi- 
' licales  et  celles  des  membres  pelviens.  Du  ventricule 
gauche  émane  un  vaisseau  plus  petit,  qui,  après  avoir 
donné  une  branche  aux  poumons,  et.  les  sous-clavières 
gauche  et  droite  d’un  des  fœtus,  parvient  au-devant  de  la 
colonne  vertébrale  du  même  sujet,  ne  fournit  point  d’ar- 
tère ombilicale  , et  paraît  exclusivement  affecté  à la  nutri- 
tion du  cercle  inférieur  de  ce  fœtus  (i). 

II.  L’augmentation  du  nombre  des  parties  dont  se  com- 
pose le  cœur  est  une  anomalie  sur  laquelle  on  ne  possède 
encore  que  peu  de  faits. 

Chemineau  [Hist.  de  V Acad,  des  Sc.  pour  1699  , pag.  3y  ) 
a fait  connaître  un  cas  dans  lequel  il  existait  trois  ventri- 
cules (2). 

Kerckring  cite  un  enfant  de  trois  mois  chez  lequel  le 
ventricule  droit  était  bifide. 


(1)  On  voit  par  celte  description  combien  la  nature  s’est  en  quelque  sorte 
jouée  de  1 ordre  normal  dans  l’origine,  la  position  et  la  division  des  principaux 
vaisseaux  de  ce  double  fœtus.  La  raisou  de  cette  exception  aux  lois  normales 
de  1 évolution  organique,  n est-elle  pas  un  de  ces  mystères  qui  se  perdent  dans 
l’obscurité  des  causes  premières?  Vouloir  expliquer  ces  infractions  à l’ordre 
normal , serait  fatiguer  son  esprit  en  pure  perle. 

(2)  M.  Isid.  Geoffroy  Sl-Ililaire  pense  que  le  cas  de  Chemineau  peut  s’expli- 
quer par  le  développement  d’une  cloison  surnuméraire,  d'ailleurs  restée  très  it(tcçm> 
ptetc,  et  par  une  modification  de  la  forme  du  cœur, 


588  MALAblES  DÜ  COEUR  EN  PARTICULIER. 

De  Haen  ( Rat.  mécL,  part.  IX  ) mentionne  un  appendice 
surnuméraire  à roreilleite  gauche. 

M.  BilliarJ  a vu,  chez  une  petite  fille,  morte  quel- 
ques jours  après  sa  naissance  , un  prolongement  en  pointe 
de  l’oreillette  droite  long  d’un  pouce  environ  ; elle  tom- 
bait flottante  dans  le  péricarde  au-devant  du  cœur. 

Ce  prolongement  constituait  une  sorte  d’appendice  auri- 
culaire surnuméraire. 


CHAPITRE  IV. 

DES  ANOMALIES  PAR  VICES  DE  CONNEXION  ET  d’iNSERTION 
RÉCIPROQUE  DU  CCEUR  ET  DES  VAISSEAUX. 

Parmi  les  cas  précédemment  rapportés , il  en  est  qui 
nous  offrent  des  exemples  de  l’espèce  d’anomalie  dont  il 
est  actuellement  question.  - 

Il  ne  pouvait  pas  en  être  autrement  dans  les  cas  de  cœur 
à un  seul  ventricule  et  à une  seule  oreillette,  ou  à deux 
ventricules  et  à une  seule  oreillette  , etc.  Il  est,  en  effet, 
des  vices  de  conformation  qui  en  gouvernent  et  en  com- 
mandent d’autres.  •• 

1.  L’aorte  peut  naître  des  deux  ventricules  à la  fois,  ainsi 
que  Nevins  , en  Angleterre , Sandifort,  Stander  et  Tiede- 
mann , en  Allemagne,  en  ont  rapporté  des  exemples.  11  en 
est  de  même  de  l’artère  pulmonaire  (i).  D’autres  fois,  ces 
deux  artères  s’insèrent  l’une  et  l’autre  sur  le  même  ventri- 


(i)  Chez  deux  sujets  observés  et  disséqués  par  Cooper,  l’aorte,  .njuès  s être 
courbée  et  avc.ir  fourni  les  carotides  et  sous-clavières,  ii’élait  |>lus  qu  un  petit 
rameau  , oblitéré  môme  en  partie  dans  un  cas,  jusqu  à sa  réunion  arec  une 
branche  considérable  de  l'artère  pulmonaire , qui  semblait  fournir  l aorte  des- 
cendante. ..,.,1 


VICES  DE  CONNEXION.  689 

cule.  D’autres  fois  encore  , l’aorte  s’insère  sur  le  ventricule 
droit  et  l’artère  pulmonaire  sur  le  gauche,  et  dans  cette 
transposition  des  deux  grandes  artères  , les  veines  conser- 
vent plus  ou  moins  exactement  leur  disposition  normale. 

La  plupart  des  sujets  chez  lesquels  se  rencontre  l’insertion 
de  l’aorte  sur  les  deux  ventricules  à la  fois,  n’ont  vécu  que 
quelques  jours,  quelques  semaines,  ou  quelques  mois.  11  est 
pourtant  des  cas  dans  lesquels  la  vie  paraît  s’être  pro- 
longée hien  au-delà  de  ce  laps  de  temps.  C’est  ainsi  que  Farre 
en  a rapporté  un  dans  lequel  la  vie  s’est  prolongée  au-delà 
de  quarante  ans. 

II.  On  a vu  assez  fréquemment,  soit  chez  deS',  fœtus 
monstrueux,  soit  chez  des  individus  d’ailleurs  bien  con- 
formés , la  veine  azygos  s’insérer  immédiatement  dans 
l’oreillette  droite  (i). 

On  a vu  aussi  (M.  Breschet  en  rapporte  un  exemple  dans 
son  mémoire  sur  les  ectopies  du  cœur)  les  veines  hépatiques 
s’ouvrir  directement  par  un  tronc  commun  dans  l’oreillette 
droite. 

Il  est  un  certain  nombre  de  cas  où  le  canal  artériel  s’ou- 
vre directement  dans  le  ventricule  droit. 

Quelques  anatomistes  ont  signalé  l’existence  de  deux 
veines  caves  supérieures  s’ouvrant  dans  l’oreillette  droite. 
Mais,  suivant  M.  Isidore  Geoffroy  Saint-Hilaire  , cette  dis- 
position résulterait  essentiellement  de  la  non-réunion  des 
deux  veines  sous-clavières,  et  de  leur  embouchure  immé- 
diate dans  l’oreillette. 

Dans  certains  cas,  très  rares  à la  vérité,  l’oreillette  droite 
donne  insertion  à une  ou  plusieurs  veines  pulmonaires  , et 
par  contre,  l’oreillette  gauche  reçoit  tantôt  la  veine 


(i)  Dans  un  nas  fort  curieux,  rapporté  par  Lecat,  la  veine  azygos  se  divisait, 
près  du  cœur,  en  deux  branches,  dont  une  allait  s’ouvrir  dans  l'oreilleUe 
droite , et  l’autre  dans  l’oreillette  gagche. 


ÔgO  MALADIES  DÜ  COEUR  EN  PARTICULIER.  | 

cave  inférieure  , tantôt  une  veine  cave  supérieure  ( et  dans  n 
ce  cas , l’oreillette  droite  reçoit  aussi  l’insertion  d’un  tronc 
analogue  à cette  dernière,  en  sorte  qu’alors  il  existerait  :: 
bien  réellement  deux  veines  caves  supérieures). 

Meckel  dit  avoir  vu  la  grande  veine  coronaire  du  cœur  ^ 
s’ouvrir  dans  le  ventricule  gauche  ( Man.  tVanat.  génér.'). 

Dans  les  cas  d’embouchure  de  veines  autres  que  les  pul-  h 
monaires  dans  les  cavités  gauches,  il  y avait  mélange  du  li 
sang  noir  et  du  sang  rouge.  Ces  anomalies  à'insej'tion  et  de  I 
connexion  des  veines  coïncidaient , d’ailleurs,  avec  d’autres  j 
vices  de  conformation  du  cœur.  Elles  ont  été  présentées  par  i 
des  enfans  âgés  d’un  an  environ,  de  quelques  mois  , de 
quelques  jours , ou  même  morts  presque  aussitôt  après  leur 
naissance  (Isidore  Geoffroy-Saint-Hilaire \ 


APPENDICE. 


DE  IA.  COAGULATION  DU  SANG  DANS  LES  CAVITES  DU  COÈUR  , 
OU  DES  CONCRÉTIONS  POLYPIFORMES  DE  CIT  ORGANE 
DÉVELOPPÉES  PENDANT  LA  VIE  (l). 


SECTION  PEEMIÈRE. 

OBSERVATIONS  PARTICULIERES  SUR  LES  CONCRETIONS 
POLYPIFORMES  DU  COEUR. 

Parmi  les  concrétions  que  Ton  rencontre  dans  les  cavités 
du  cœur,  les  unes  sont  récentes  et  amorphes,  les  autres 
anciennes  et  dans  un  état  d’organisation  plus  ou  moins 
avancée.  Il  n’est  presque  aucune  des  observations  bien  dé- 
taillées que  nous  avons  précédemment  rapportées,  qui  ne 
soit  un  exemple  de  l’une  ou  l’autre  de  ces  deux  grandes  .es- 
pèces de  concrétions  sanguines  du  cœur.  A la  première 
espèce  se  rapportent  les  observations  lo®,  22®,  23c,  24®, 
5i%  52®,  53®,  58®,  59e,  62®,  63®,  64%  65”,  66®,  6jc^  68®,  69®, 
77®,  117®,  121®,  124",  125®,  i3o®,  i3i®,  i32®,  (2).  A la  se- 
conde espèce  appartiennent  les  observations  i"^®,  2®,  5®,  8®, 
12®,  i3®,  i4e,  21®,  38®,  4i”>  42®,  43%  44%  45*’,  4^®,  55®,  56®, 


(1)  Je  ne  dois  m’occuper  ici  que  des  concrétions  polypiformes  siégeant  dans 
les  cavités  du  cœur.  Je  traiterai  des  concrétions  sanguines  des  vai.sseaux,  ainsi 
que  des  autres  altérations  du  sang,  dans  l'ouvrage  que  je  me  propose  de  publier 
sur  les  maladies  des  principaux  vaisseaux,  y compris  ceux  du  cœur  lui- 
même. 

(2)  Toutefois,  parmi  les  concrétions  polypiformes  dont  ces  observations  nous 
offrent  des  exemples , il  en  est  un  certain  nombre  qui  ne  s'étaient  formées  qu'aH 
près  la  mort. 


bg‘1  MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 

5y",  io3%  122*,  (i).  Les  observations  Co®,  71*  et  81'  sont 
des  cas  dans  lesquels  il  existait  simultanément  les  deux  : 
espèces  de  .concrétions  ci-dessus  indiquées. 

Nous  pourrions  , à la  rigueur,  nous  dispenser  d’ajouter 
de  nouveaux  cas  aux  49  ci^e  nous  venons  de^  rappeler.  f;j 
Toutefois  , comme  cette  matière  est  très  importante  et  assez 
généralement  peu  connue  , nous  allons  rapporter  encore  ij 
seize  observations  de  concrétions  polypi formes  du  cœur. 
Nous  les  diviserons  en  trois  séries  : dans  la  première  série, 
nous  placerons  les  concrétions  récentes  et  amorphes,  dé-  |: 
veloppées  pendant  l’agonie  ou  très  peu  de  temps  avant  la  1 
mort  (2)  ; la  seconde  série  comprendra  les  concrétions  qui 
ont  déjà  subi  un  premier  degré  d’organisation;  la  troi- 
sième série  enfin  sera  consacrée  aux  concrétions  parfaite- 
ment organisées. 


PREMIÈRE  SÉRIE  D’OBSERY AXIONS. 

0 

COWCKÉTIONS  RÉCENTES,  AMORPHES,  OD  SANS  TRACE  ÉVIDENTE  d’oRG ANISATION. 

Parmi  celles  de  nos  précédentes  observations  qui  se  rap- 
portent à cette  catégorie  de  concrétions, 'nous  citerons  spécia- 
lement les  observations  117'  et  i32',  dont  les  sujets  éprou- 
vèrent des  accès  de  suffocation,  des  accidens  ortliopnéiques 
périodiques.  Nous  avons,  dans  un  assez  bon  nombre  de  cas, 
annoncé  la  formation  de  ces  concrétions,  d'après  un. ap- 


(1)  A la  page  5i6,  j’ai  rapporté  un  cas  de  complète  organisation  d’une 
concrétion  polypiforme  de  l’oreillette  droite  cl  de  la  veine  cave  supérieure. 

("aj  Ces  concrétions  ne  diffèrent  guère  de  celles  qui  se  développent  après 
la  mort . et  que  l'on  rencontre  chez  presque  tous  les  cadavres.  Nous  n avons 
pas  cru  devoir  affecter  une  série  particulière  à ces  concrétions  posthumes, 
dont  nos  précédentes  observations  fournissent,  d'ailleurs,  un  nombre  suffis.nnt 
d’e\empli*s.  Nous  ne  devons  réellement  nous  occiqier  ici  que  des  concrélions 
lüimées  pendant  la  vie. 


CONCRÉTIONS  PORYPIFORMES  DU  CœUR.  5g3 

pareil  symplomatique  sur  lequel  nous  reviemlrons  clans  la 
seconde  section  de  cet  appendice.  Nous  emprunterons  à 
l’excellente  dissertation  de  Ri.  le  docteur  Legroux  (i)  les 
deux  observations  suivantes  dans  lesquelles  la  maladie  fut 
diagnostiquée  par  cet  habile  observateur. 

OBSERVATION  163e. 

Homme  de  5y  ans.  Maladie  du  cœur  avec  accès  ortliopnèiques.  — Mort  presque 
siiblle.  —Concrélions  sanguines  rccenles  dans  les  cavités  du  cœur,  et  spéciale- 
ment dans  l'oreillette  droite. 

Un  sculpteur  en  bois,  âgé  de  5y  ans , affecté  d’une  mala- 
die du  cœur , éprouvait  fréquemment , pendant  plusieurs 
jours  de  suite,  des  paroxysmes  ortliopnèiques  très  aigus. 
Durant  ces  paroxysmes  , les  battemens  du  cœur  étaient forts , 
irréguliers  et  mats , tandis  que,  dans  les  momens  de  calme, 
ils  étaient  très  sonores.  — Les  saignées  abondantes  soula- 
geaient presque  sur-le-champ  (a). 

La  mort  arriva  pendant  un  paroxysme,  au  milieu  des  an- 
goisses de  la  suffocation. 

Autopsie  cadavérique. 

Les  cavités  du  cœur  contenaient  des  caillots  énormes, 
noirs  et  fibrineux  dans  quelques  points  (le  plus  volumi- 
neux était  dans  l’oreillette  droite). 

OBSERVATION  164*. 

Bronchite  aiguë  chez  un  enfant.  — Obse^urité,  matité  des  bruits  du  cœur,  sur 
tout  vers  les  cavités  droites.  — Mort  rapide.  — Cencrétions  potypiformes  dans 
les  cavités  du  cœur  et  surtout  dans  tes  droites. 

Un  enfant  était  traité,  depuis  quelques  jours,  d'une 
bronchite  aiguë,  sans  autre  phénomène  morbide,  lorsqu’il 


(1)  Jiecherches  sur  les  concrétions  sanguines,  dites  potypiformes , développées 
pendant  la  vie;  parC.-J.  Legroux.  Paris,  1827. 

(2)  Ces  symptômes  firent  soupçonnera  M.  Legroux  une  réplélion  sanguine 
du  cœur. 


2. 


38 


5g4  MALADIES  DU  CœUE  EN  rARTICULIEIl. 

fut  pris  tout-à-coup  d’une  dyspnée  extrême  ( orthopnée  ^ 
teinte  violette  des  lèvres  et  des  pommettes,  jactitation,  an- 
goisse inexprimable, effrayé). Les  battemens  du  cœur 
étaient  précipités,  irréguliers,  peu  sonores,  surtout  derrière 
le  sternum,  où  V oreille  percevait  un  choc  mat;  pouls  faible. 
Mort  quelques  heures  après  cés  accidens. 

u4utopsie  cadavéricpie. 

Coeur  dilaté  par  des  caillots  sanguins;  quelques  uns  peu 
yoluipiqeux  existent  dans  les  cavités  gauches;  les  cavités  droi- 
tes étaient  remplies  par  un  caillot  jïbrineux  de  couleur  cilrine,  \ 
semi-transparent,  enrielacé  avec  les  colon\ies  charnues  du  cœur  'j 
et  les  tendons  'valvulaires , et  se  prolongeant  dans  T artère  pul-  1 
monaù'e  ainsi  que  dans  les  veines-caves  supérieure  et  infè-  >1 
rieure.  Ce  caillot  paraissait  formé  d’un  tissu  aréolaire  assez 

« • vu  -f  • • 

sernblable  à celui  des  polypes  dits  muqueux  (i).  ' 


DEUXIÈME  SÉRIE  D’OBSERVATIONS. 

f II 

COKCRBTIONS  SANGÜIHES  OFFRANT  DES  RDDIMBNS  D ORÇANISAIIO;!,  fVBC  00  SANS 

PRÜSEKCE  DE  PDS. 

Parmi  les  observations  précédemment  rapportées  qui 
rentrent  dans  cette  catégorie  de  concrétions  , nous  rap-  i| 
pellerons  particulièrement  les  43%  44®  et  55®,  dans  les-  'i 
quelles  il  s’agit  de  concrétions  disposées  en  pelotons  ou  en  M 
nijjssp^  aplaties  J et  offrant  uiie  grande  ressemblance  ayec  :i 
la  matière  pseudo-membraneuse  des  inflammations,  à l'état  h 
d’organisation  naissante. 


(i)  La  nature  de  celle  conerélion  indique  assez  , 
a élé  séparée  d'un  sang  enflamme. 


ajoute  M.  Legroux,  qu’elle 


CONCRÉTIONS  POLYPIFORMES  DU  COEUR.  696 

OBSERVATION  l(î5e. 

Homme  de  67  ans.  — Double  pneumonie.  — Mort  presque  immédiatement 
après  l’entrée  à l'hôpital,  dans  un  état  de  suffocation. 

Le  i4  avril  i834 , on  reçut  dans  le  service  clinique  de  la 
Charité  un  homme  de  67  ans,  atteint  d’une  double 
pneumonie  , ét  dans  un  état  de  suffocation  tel , qu’il  était  à 
chaque  instant  menacé  de  perdre  la  respiration.  Le  malade 
mourut  quelques  heures  après  son  entrée. 

Autopsie  cadavérique. 

Cœur  énormément  distendu  par  des  concrétions  san- 
guines contenues  dans  toutes  ses  cavités,  sans  en  excepter 
le  ventricule  gauche  lui-même.  concrétions  sont  blanches  , 
semblables  à celles  des  sacs  anèvrismaux , ou  bien  encore  a la 
couenne  inflammatoire  du  sang  ; elles  sont  comme  enchevêtrées 
dans  les  colonnes  charnues  et  les  tendons 'valvulaires , et  leur 
adhèrent  à V instar  de  fausses  membranes  fibrineuses  commen- 
çant à s’organiser..  La  8®  observation  de  la  dissertation  de 
M.  Legroux  est  aussi  un  exemple  de  concrétion  chez  un 
sujet  mort  de  pneumonie.  La  voici  : 

OBSERVATION  166e. 

Une  femme,  âgée  de  86  ans,  est  conduite  à l’hôpital  de 
la  Charité  dans  un  état  adynamique , le  ii  août  1826,  et 
meurt  deux  jours  après. 

Engouement  des  poumons,  et  hépatisation  du  lobe  supé- 
rieur droit.  Le  ventricule  droit  contient  des  concrétions  à 
moitié  fibrineuses.  A.  l’incision  de  ce  ventricule,  il  jaillit  de 
sa  cavité  un  liquide  jaunâtre,  épais,  semblable  à du  pus.  De 
deux  cavités  d’inégale  grandeur,  mises  à nu  par  l’incision  , 
l’une,  qui  pourrait  loger  une  noix,  contient  encore  du 
pus  et  quelques  grumeaux  blanchâtres  et  flottans  : cette 

38. 


696  MAr-ADTES  nu  COEUR  EN  PARTICULIER, 

cavité  est  évidemment  formée  par  un  caillot  sanguin , ra- 
molli à son  centre , et  dont  les  parois  sont  d'un  blanc  rosé  • 
d'autres  petits  caillots  contiennent  aussi  du  pus  ; un  seul  ne 
contient  qu’une  sanie  non  encore  diffluente.  Ces  caillots 
adhèrent  à la  surface  ventriculaire  au  moyen  de  leurs  em- 
branchemens  dans  les  colonnes  charnues. 

OBSERVATION  167<-. 

Jeune  homme  de  20  ans.  — Rougeole  avec  engouement  Inflammaloira  des 
poumons.  — Mort  dans  un  état  de  dyspnée  considérable.  — Concrétions  fibri- 
neuses, adhérentes,  dans  tes  cavités  droites  du  cœur. 


Un  maçon,  âgé  de  20  ans,  était  entré  dans  le  service 
clinique  de  la  Charité,  le  27  mai  i834  , pour  y être  traité 
d’une  rougeole  très  grave  , datant  déjà  de  six  jours.  ( Il  exis- 
tait cette  fausse  pneumonie  des  anciens,  qui  ne  se  rencon- 
tre que  trop  fréquemment  dans  les  maladies  dites  fièvres 
éruptives.  ) Les  inspirations  étaient  à 48  par  minute,  le 
pouls  à 182  ; la  chaleur  et  la  sécheresse  de  la  peau  extrême. 
Il  succomba  le  troisième  jour  après  son  entrée. 

Autopsie  cadavérique , 28  heures  après  la  mort. 

Les  eavitès  du  cœur,  les  droites  surtout,  contiennent  (ü abon- 
dantes concrétions  sanguines , décolorées , embarrassées  dans 
les  colonnes  charnues  et  leurs  tendons , analogues  à des 
masses  de  matière  pseudo- membraneuse.  — Dans  plusieurs  des 
ramifications  'vasculaires  des  poumons  , on  trouvait  des  concré- 
tions alongées  et  récentes.  Les  deux  poumons  étaient  d’ail- 
leurs engoués,  parsemés  de  granulations  d’un  rouge  tirant 
sur  le  gris,  miliaires.  La  pression  faisait  sortir  des  ramus- 
cules  bronchiques  un  mucus  puriforme.  Au  sommet  du 
poumon  gauche,  on  trouvait  un  ramollissement  très  mar- 
qué et  du  pus  infiltré,  etc. 


CONCRÉTIONS  POLYPIFORMES  DU  CŒUR.  5q7 


OBSERVATION  168e. 

Homme  de  ans, — Symptômes  de  maladie  dite  organique  du  cœur  \ puis, 
symptômes  d’une  inflammation  ai  g uô  de  lu  plèvre,  suivis  d’une  mort  prompte. 
— Concrétions  fibrineuses,  blanches,  adhérentes,  dans  les  cavités  droites  du  cœur 
et  dans  l’ artère  pulmonaire. 

Un  paveur,  âgé  de  6i  ans,  couché  au  n°  4 la  salle 
Saint-Jean  de  Dieu,  offrait  les  symptômes  d’un  obstacle  à 
la  circulation  à travers  le  cœur  ou  les  gros  vaisseaux  , lors- 
qu’il succomba,  le  ii  mai  1 833  , à la  suite  d’une  pleurésie , 
accompagnée  d’une  fièvre  ardente.  Les  bruits  du  cœur 
étaient  âpres,  un  peu  étouffés , obscurs.  Il  existait  une  infil- 
tration générale;  les  veines  jugulaires  étaient  fortement 
dilatées. 

Autopsie  cadavérique.  — Cœur  flasque,  pesant  3i8  gram- 
mes. 

Les  cavités  droites  sont  distendues  par  du  sang  coagulé , 
dont  une  partie , évidemment  ancienne.,  décolorée,  est  entor 
tillée  autour  des  colonnes  charnues  auxquelles  elle  adhère  légè- 
rement. L’artère  pulmonaire  est  dilatée  à son  origine  (son 
orifice  a 3 pouc.  8 lig.  de  circonférence);  ses  principales 
divisions  sont  remplies  de  concrétions  fibrineuses , friables , 
grumeleuses,  de  couleur  lie-de-vin,  adhérentes  dans  quel- 
ques points  aux  parois  artérielles.  Dans  les  divisions  se- 
condaires, la  matière  fibrineuse  est  moins  altérée,  et  se 
présente  sous  fiorme  de  petits  caillots.  Le  ventricule  droit 
et  surtout  l’oreillette  correspondante  étaient  dilatés;  l’ori 
fice  qui  les  sépare  avait  5 pouc.  de  circonférence;  les  val- 
vules du  cœur  offraient  quelques  incrustations,  mais 
n’étaient  pas  déformées.  — Des  fausses  membranes  ré- 
centes tapissaient  la  plèvre  droite. 


MALADIES  DU  COEUR  EN  PARTICULIER. 


598 

OBSERVATION  169e  (i). 

Femme  de^o  ans,  — Rhumatisme  articulaire  aigu  guéri.  — Un  mois  apres, 
symptômes  d’ inflammation  aiguë  du  cœur  prise  pour  une  gastro-péritonite.  — 
Traces  de  péricardite,  vaste  coscriétion  polypiforme  sûppdeéE,  dans  le  ventricule 
droit,  l’oreillette  et  les  gros  vaisseaux  qui  s'y  rendent. 

Üti'e  doniêstiquè , âgée  de  4o  ans , après  avoir  éprouvé  pen- 
dant cinq  semaines  un  rhumatisme  aigü  , sort  de  l’hopilal 
en  assez  bonne  santé.  Un  mois  après,  elle  rentèa,  offrant 
J les  symptômes  suivans  : douleur  à l’épigastre,  vomis- 
semens’,  pouls  petit,  serré  , fréquent,  régulier,  respiration 
courte  ét  fréquenté,  pas  de  douleur  dans  là  poitrine  (^2). 
Elle  succombe. 

Autopsie  cadeivèriquè.  La  face  antérieure  du  ventricule 
adhère  intimement  au  péricarde  et  au  sternum  par  un 
tfssü  fibreux  analogue  à célui  des  artères.  — Adhérence 
celluleuse  des  ponraons  a la!  plèvre.  • 

Le  ventricule  droit,  l’oreillette,  les  veinés  cavés  supé- 
rieure et  inférieure,  sous-clavières,  jugulafres  internes,  fé- 
morales, l’artère  pulrtionaire  jusque  dans  ses  ramifications 
les  plus  ténues  , contenaient  une  'vaste  concrétion  polypi- 
Jbrme,  qui  les  remplissait  à peu  près  aux  trois  quarts. , La 
couenne  qui forihaii  sbn  enveloppe,  -de  deux  à trois  lignes  d'é- 


(1)  Cette  observation  est  la  première  de  celles  rapportées  par’  M.  Leroux, 
dans  sa  dissertation  sur  les  eoncrètions  polypi formes.  Nous  n’en  donnons  ici 
qu’un  extrait. 

(2)  La  maladie  est  prise  pour  une  gastrite.  A cette  époque  (1825),  le  diagnos- 
ti'c  de  fa  péricardite  et  de  rendocardile.  était  encore  peu  avancé.  Si  1 on  eût 
connu  les  signes  que  nous  avons  exposés  dans  cet  ouvrage,  assurément  on  n’aurait 
pas  méconnu  complètement  la  maladie  qui  existait  dans  le  cas  actuel.  Al.  Le- 
groux  dit  que,  dans  le  cours  du  rhumatisme  dont  celle  femme  avail  élé  ÿocr/c, 
les  muscles  de  la  poilrinc , el  penl-ètre  les  organes  inlérieurs,  étaient  deve- 
nus le  siège  de  l’inllammalion  rliumalismale.  N’esl-il  pas  très  probable,  pour  ne 
jias  dire  certain,  que  le  péricarde  ou  l’endocarde,  et  non  les  muscles  de  la 
poitrine,  devinrent  le  siège  de  l’inflammation  rhumatismale? 


CONCRETIONS  POLYPIFOIIMES  DU  COEUR.  699 

paisseur,  s'enlevait  comme  V épiderme  d'une  peaii  macérée  ; le 
coa^idùm  noir^  situe  aii~dessous  de  la  couenne^  était  assez  Jci  me 
dans  toute  son  étendue  j une  matière  d un  blanc  jauhnire,  gru- 
meleuse , analogue  aux  pseudo-membranes  des  phlegmdsies 
séreuses  , disposée  en  Joyers  miliaires , lenticulaires , existait 
entre  ta  couenne  et  le  caillot  sanguifi^  et  dans  les  'Vâissedux^  se- 
condaires jformait ^ en  certains  points , toute  l épaisseur  de  la 
concrétion;  enfin ^ au  centre  du  caillot  du  mehtriculé  droit, 
existait  un  noyau  d'une  substancé  grenile  , rougeâtre , molle , 
assez  analogue  à un  magma  fait  avec  du  son  de  frôment,  pé- 
nétré, ainài  que  les  couches  r 'oisines , de  gruineaiixjpunJvHnès . 
La  tunique  interne  du  système 'vasculaire  à sang  noir  était  d'un 
rouge  brlin  assez  foncé,  lisse  dans  toute  son  etendüé(^i). 

OBSERVATION  l7Ôe  (ï). 

Phibtslé  pülthonairé  chet  Une  jeune  ferrinie.  — Sîort  rapidè  au  mitièii  de 
symptômes  orlhopnéiq lies. — Conùrétions  sanguines  suppurées,  transformées  en 
kystes,  à surface  pointiilêe  de  rouge. 

Une  jeune  femme  pthisique  meurt  assez  brusquement, 
après  avoir  éprouvé  des  symtômes  orthopnéiques.  — Les 
cavités  gauches  du  cœur  contiennent  des  concrétions  fibrineu- 
ses jaunâtres,  homogènes.  Les  cavités  droites  en  contiennent 


(i)  Il  est  fâcheux  que  l’état  de  la  membrane  interne  du  cœur  et  des  valvules 
n'ait  pas  été  exactement  décrit. 

M,  Legroux  fait  remonter  l’origine  de  la  concrétion  sanguine  au  début  de  la 
maladie,  lequel  datait  de  quinze  jours.  Il  attribue  cette  concrétion,  d’une  part 
à l’obstacle  qu’apportait  à la  circulation  l’adhérence  des  cavités  droites  au  péri- 
carde, et  d’autre  part,  à la  tendance  du  sang  à se  coaguler  dans  les  affections  rhu- 
matismales. La  première  de  ces  causes  ne  nous  paraît  pas  avoir  contribué  à la  pro- 
duciion  de  concrétion  dont  il  est  question  dans  le  cas  actuel.  Quant  à la  seconde, 
nous  l’admettrions  bien  volontiers,  si  lè  rhumatisme  n’eût  disparu  quinze  jours  au 
moins  avant  l’éporjue.  à laquelle  M.  Legroux  rapporté  la  formation  dé  la  concré- 
tion. En  définitive,  il  noüs  parait  probable  qiiè,dans  ce  cas,  la  concrétion  a été 
la  suite  d’une  endocardite  et  d’une  phlébite  prises  pour  une  gastro-péritonite, 
(a)  Extrait  de  l’observation  VII  de  la  dissertation  de  M.  Legroux, 


GOO  MALADIES  DU  COEUR  EN  PAimCULIER. 

d’autres  dont  voici  les  caractères  : Elles  occupent  les  inter- 
valles des  colonnes  charnues  ; les  unes^  d'un  jaune  blanc^  ne  sont 
autre  chose  que  des  morbeaux  de  fibrine  décolorés  et  fermes; 
hs  autres , plus  nombreuses,  mariables  en  forme  et  en  molume , 
paraissent fasques  et  affaissées  sur  elles-mêmes,  et  la  pointe  du 
bistouri,  appliquée  sur  quelques  unes , y démontre  une f actuation 
évidente.  Leur  surface  externe  a une  teinte  d'un  blanc  jaunâ- 
tre , ponctuée  de  rouge  , comme  les  séreuses  enf  aminées  , ou 
d'un  bleu  miolet  très  faible  ; quelques  unes  sont  simplement  en- 
chatonnées  entre  les  colonnes  charnues  du  mentricule , sans 
adhérences  organiques , tandis  cpie  d'autres  adhèrent  par  de  pe- 
tits filamens.  Ces  concrétions  sont  autant  de  kystes,  dont  la  ca- 
vité est  mide  dans  quelques  uns , et  dans  d'autres  remplie  d'un 
\liquide  sanieux , ou  d'un  liquide  offrant  tous  les  caractères  du 
pus  louable.  La  face  interne  de  ces  foyers  paraît  injectée  [i). 

Rapprochons  de  cette  observation  la  suivante  (2) , dans 
laquelle  nous  retrouverons  un  nouvel  exemple  de  kyste 
provenant  d’une  concrétion  en  voie  d’organisation.  Ici  le 
kyste  était  multiloculaire. 

OBSERVATION  171®. 

Une  femme  de  28  ans  offrait  les  des  maladies 


(1)  Suivant  M.  Lpgroux  , on  a clans  le  cas  préréilent  tous  les  degrés  de  trans- 
formation que  les  concrétions  sanguines  peuvent  éprouver.  « En  y ajoutant  le  ra- 
» motlissement  grantdé,  nous  aurons,  dit-il,  la  marche  qu’e’les  suivent  lorsqu  elles 
»sVn)lamment.  D’abord  la  concrétion  se  forme,  elle  acquiert  de  la  ilensilé, 
» puis  se  ramollit  vers  le  centre,  devient  un  foyer  rempli  d’un  liquide  sanieux; 

• ce  liquide  passe  à l’état  purulent,  le  pus  se  résorbé;  le  kçsle  contracte  des 

• adhérences  organiques,  se  pénètre  de  vaisseaux  : que  devieul-il  ensuite?  L’ob- 

• servation  ne  nous  l’apjjrend  pas.o 

Nous  reviendrons  plus  loin  sur  la  question  de  savoir,  si  le  pus  que  l’on 
rencontre  au  sein  des  concrétions  Gbiincuses,  est  bien  réellement  le  produit 
de  leur  propre  inflammation. 

(a)  Observation  de  ftl.  Hricheteau , publiée  dans  le  n* *  4*  Journal 
hebdomadaire  de  médecine 


CONCRÉTIONS  POLYriFOEMES  DU  COEUR.  6ol 

organiques  du  cœur,  lorsqu’elle  succomba  dans  le  service 
de  M.  Bricheleau. 

L’oreillette  gauche  , très  dilatée  , contenait  du  sang  noir  , 
et  de  plus  une  espèce  de  champignon,  d’une  couleur  rouge 
éclalante  et  d’une  forme  qu’on  ne  pouvait  mieux  comparer 
qu’à  celle  du  lycoperdum  (vesse  de  loup)  un  peu  flétri  et 
non  pédiculé.  Dans  le  point  où  il  adhérait  à la  paroi  de 
l’oreillette,  on  voyait  quelques  petites  inégalités  d’incrus- 
tations. Ce  champignon  avait  plus  d’un  pouce  de  diamètre, 
et  était  creusé  d’une  grandecavité  centrale,  communiquant 
avec  d'autres  petites,  remplies  d’un  liquide  purulent,  de  cou- 
leur feuille-morte.  — Valvule  mitrale  dure,  cartilagineuse. 
De  l’adossement  de  ses  lames  résultent  deux  petites  ouver- 
tures , chacune  du  diamètre  d’une  plume  à écrire  , séparées 
l’une  de  l’autre  par  le  tendon  de  la  valvule  antérieure. 

OBSERVATION  172e  (i). 

Femme  de\oans.  — Affection  vénérienne  entée  sur  une  ancienne  maladie  du 
coeur.  — Concrétion  sanguine  suppurée  dans  le  ventricule  droit.  — Traces  de  pé- 
ricardite. 

Une  femme  de  quaranle-im  ans  entre  à l’hôpital  des 
vénériens  (i5  octobre  1824),  pour  y être  traitée  de  pustules 
sèches.  Quelques  jours  après  son  entrée,  augmentation  de 
palpitations  et  de  dyspnée  existant  depuis  long-temps.  L’in- 
filtration suivient  et  la  malade  succombe. 

Un  peu  de  sérosité,  mêlée  de  quelques  flocons  albumi- 
neux, dans  le  péricarde,  qui  est  rouge  et  enflammé  en 
plusieurs  points.  On  trouve  dans  les  ventricules  des  caillots 
fbnueux,  adhérant  aux  colonnes  charnues.  Un  des  caillots  du 
'ventricule  droit , du  'volume  d’une  petite  noix  , ramolli  à son 
centre  , contient  un  liquide  épais  et  puriforme. 


(1)  Extrait  de  l’observation  ;•  de  la  dissertation  de  M,  Legroux. 


6oi 


kAtkmEè  DU  coeur  en  particulier. 


OBSERVATION  173e  (i). 

Femme  de  45  ans. — Mort  par  suite  d’un  rétrécissement  de  plusieurs  orifices  du 
cœur. — Concrétions  sanguines , adhérentes,  anciennes,  oblitérant  Corifice  de 
füppèndicé  auricülàtré  gauche. 

Uriè  femme,  âgée  cle  qüarânte-lrois  ans,  offrait  depuis 
deux  âns  les  symptômes  d’uni  rétrécissement  des  orifices  du 
cœur,  lorsqu’elle  succomba  au  milieu  d’accidens  orthop- 
rieiquèé  des  plus  horribles. 

j4iittipéiè' tadavëriqiie . — Rétrécissement  de  tous  les  orifices 
du  Ccéùr  , eAcépié  èelui  dfe  l’ârtèrè  pulmonaire.  — Concré- 
tîbïis  sâûguîhés  ; oblitération  de  l’orificé  de  l’appendice 
àuficülàifé  gaucliè.  — Liés  concrétions  fibrineuses  jaunâtres 
cidhêràleni  iiiiiineinent  ciiix  faces  de  l'oreillette  et  ii  en  pouvaient 
être  sêp'dreès  qii'e  par  une  déchirure , et  en  laissant  une  couche 
sur  la  membrane  de  cette  cavité.  Il  n'y  avait  point  de  'vaisseaux 
organisés  ; mais , dans  les  poUits  bit  éxistaient  les  adhérences  , 
la  tunique  était  inégale  y rugueuse , piquetée  de  rouge.  L'orifice 
de  l'appendice  auriculaire  était  bouché  par  une  écaille  calcaire.^ 
au-devant  de  laquelle  la  membrane  interne  de  l'oreilleûé pd- 
raissait  se  continuer  en  formant  une  légère  dépression.  L'ap- 
p'ehdibè  eidit  rédùit  au  'volume  d'une jdume  à écrire.  Sa  cavité 
logèdit  lin  cbrd'dn  fhréiik , doiit  îê  sommet  était  dibisé^  en  plu- 
Siéui’è  pétilsfldmëns , qui  s'épanouissaient  èn  forme  de  pattes 
d’oib',  et  b'iihpldntdierii  èritré  les  colonnes  charnues,  tandis  que 
sa  base,  en  s'éldrgissdht , embrassait  la  face  correspondante 
dé  Vécdille  qui  bouchait  V6uv  'erture  de  l'appendice,  et  paraissait 
èé  cS'tifonclré  avec  Id  membrane  interne  de  V oreillette  ^ ce  cordon 
fbi'éüd:  fl  avait  d' adhérences  qu’à  ses  extrémités  i il  avait  une 
téiilï'é  Pàhgèdire. 


(i)  Extrait  de  l'observation  4”  de  la  dissertation  de  M.  Legroux. 


CONCRÉTIONS  POLYPIFORMES  DU  CŒUR. 

observation  l74e. 


663 


(Publiée  par  M.  Legroux.)  , 

Femme  de  ans.  — Symptômes  cérébraux . — Mort  subite.  — Concrétion  an- 
cienne , offrant  des  traces  d’organisation,  adhérenté  a là  vatviile  mitrale  ul- 
cérée. 

Une  femme  âgée  de  trente  ans,  tourmentée  par  une  vive 
céphalalgie,  ayant  la  parole  embarrassée,  éprouvant  des  four- 
mi llemens  et  des  crampes,  des  vomissèmens , fut  admise  à 
l’Hôtel-Dieu.  Le  pouls  battait  jusqu’à  i4o  fois  par  mi- 
nute. La  maladie  semblait,  depuis  quelques  jours  , tendre 
à une  heureuse  terminaison,  lorsque  cette  femme  expira 
subitement. 

Autopsie  cadat>érique. — ^La  valvule  mitrale  gauche,  dans 
sa  moitié  postérieure  et  externe,  est  opalinë  et  dttre  ainsi 
que  ses  tendons;  mais,  dans  son  autre  moitié^  elle  est 
épaissie,  raccourcie,  redressée  et  surmontée  du  côté  dé 
l’oreillette  par  une  tumeur  qui  paraît  au  premier  abdrd,  une 
sorte  de  'végétation  du  ''volume  d'une  amande.  Cette  tunieur 
adhérait  au  bord  de  la  moitié  droite  de  la  'valoule , tandis  qüè 
^on  extréfj^té  gauche  était  relevée  au-dessus  de  l’orificè  ciuricülo- 
'ventricidaire , qid elle  bouchait  à peu  près  comme  une  soupape , 
excepté  cépéndant en  dehors;  oit  elle  he pouvait  atteindre pde  àdHè 
que  le  cours  du  sang  n ’ était  point  encore  complètement  interrom- 
pu. Cette  tumeur  était  évidemment  composée  de  couches  défibriné^ 
irrégulièrement  disposées.  Dans  Vendrdit  oit  le  bord  de  la  val- 
vule adhère  à la  tumeur , il  offre  une  ulcération  brunâtre. 

L’oreillette  contient,  en  onlre  , une  concrétion  récente  ; 
moitié  formée  défibriné  et  moitié  de  sang  noir  (i). 

(i)  C’est  à celle  dernière  concrétion  que  M.  Legroux  attribue  la  mort  subite. 
Quant  à la  concrétion  plus^ancienne,  il  lui  parait  indubitable  que  sa  formation 
a été  sollicitée  par  la  maladie  je  la  valvule  rnflrale. 


6o4 


maladies  du  cœur  en  particulier. 


OBSERVATION  175*^  (i). 

Homme  de  64  ans,  — Abcès  urineux,  gangrène,  symptômes  alaxo-adynaml- 
qncs,  — Mort.  — Concrétions  sanguines  suppurccs  à leur  centre. 

Un  homme  de  soi.vanle-quatfe,  ans  fut  reçu  à l’Hétcl- 
Dieu  pour  y être  traité  d’une  rupture  de  l’urèthre,  avec  in- 
filtration urineuse  et  gangrène.  Le  malade  mourut  avec  des 
symptômes  ataxo-adynamiques. 

Autopsie  cadavérique. — Entre  les  colonnes  du  ventricule 
gauche  , deux  caillots fibrineux , du  xolume  d’un  pois  chacun, 
et  rougeâtres  à l’extérieur.  De  l'un  d’ eux  pressé  entre  les  doigts, 
sortit  une  gouttelette  de  pus  , et  le  caillot  incisé  sembla  réduit  à 
un  kyste , dont  la  surface  interne  était  blanchâtre  et  lisse,  tandis 
que  celle  de  l’autre,  qui  ne  contenait  qu’une  sanie  brunâtre, 
ékiU  granulée.  — Le  système  vasculaire  était  le  siège  d’ossi- 
fications nombreuses. 

L’observation  suivante , qui  m’a  été  communiquée  par 
M.  Fournet,  nous  fournira  un  remarquable  exemple  de 
concrétions  sanguines  développées  sur  les  valvules,  avec 
organisation  celluleuse  de  la  couche  plastique  immédiate- 
ment en  contact  avec  ces  soupapes  vivantes. 

Dans  cette  observation  , on  peut  .saisir  l’un  des  procédés 
selon  lesquels  se  forment  les  végétations  valvulaires  ainsi 
que  l’épaississement  des  valvules,  et  prendre  en  quelque 
sorte  la  nature  sur  le  fait  de  cette  opération. 

, OBSERVATION  176«. 

Jeune  homme  affecté  d’entérite  typhoïde. — Mort  dans  un  étht  semi-asphyxique. 
— Concrétions  fibrineuses  sur  les  valvules  gauches  du  cœur,  avec  adhérences  ccl- 
tuloases. 

\ 

Un  jeune  homme  était  traité,  à l’HotelDieu , pour  une 


(i)  Extrait  de  l’obserTation  6*  de  la  dissertation  de  M.  Legroux. 


concriîtïons  POLYPiFoiisiEs  DU  cœüîi.  6o5 
entérite  typhoïde,  lorsqu’il  succomba  au  milieu  d’une  agi- 
tation considérable  avec  phénomènes  d’embarras  à la  respi- 
ration et  à la  circulation^  tels  qu’on  ne  les  rencontre  pas 
ordinairement  dans  cette  maladie. 

Autopsie  cadavérique. 

M.  Fournet,  ayant  pensé  que  les  lésions  trouvées  dans  le 
cœur  dece  malade  pourraient  m’intéresser,  a bien  voulu  me 
montrer  cet  organe  où  l’on  a constaté  ce  qui  suit  : Les  'val~ 
vides  aortiques  sont  recouvertes  et  comme  tapissées  d'une  véri- 
table membrane  mince,  séreuse,  hérissée  a sa  surface  libre  de 
petites  masses  grenues,  un  peu  rougeâtres , friables , et  évidem- 
ment de  nature  fibrineuse.  Par  une  traction  modérée  avec  la 
pince  a disséquer,  on  enlève  cette  production  pseudo-membra- 
neuse à V instar  de  celles  qui  tapissent  le  péricfirde  ou  la  plèvre 
enflammée.  La  couche  en  contact  immédiat  avec  les  valvules 
est  cependant  déjà  organisée  en  tissu  cellulaire  ou  séreux , et, 
quelques  jours  plus  tard,  elle  eût  été,  sans  doute,  adhérente 
aux  valvules , et  en  aurait  produit  V épaississement.  Quelques 
points  rouges  se  voyaient  à la  surface  des  valvules  mises  à 
nu  , ainsi  qu’au  commencement  de  l’aorte.  Une  teinte  opa- 
line, laiteuse,  existait  dans  l’espèce  de  sinus  qui  sépare 
le  bord  adhérent  des  valvules  de  la  cavité  ventriculaire. 

On  observait  sur  la  face  auriculaire  de  la  valvule  bicus- 
pide  des  concrétions  fibrineuses,  analogues  à celles  des 
valvules  aortiques.  On  ne  distinguait  pas  de  vaisseaux  dans 
les  productions  accidentelles  indiquées,  mais  on  voyait  sur 
la  face  auriculaire  de  l’oreillette  une  foule  de  points  rouges, 
formés  par  du  sang,  tels  que  ceux  qui,  dans  les  fausses 
membranes  des  séreuses , précèdent  la  formation  des  vais- 
seaux. La  portion  d’endocarde  qui  recouvre  l’oreillette 
gauche  offrait  aussi  des  traces  évidentes  d’inflammation. 


6p.6  MA^piES  DU  pœUR  EN  PARTICULIER. 

TRQISIÈME  SERIE  D’OBSERVATIONS. 

COKCHKTIOKS  FTBR1NEOSES  KKTIÈBEMBHT  OBGANISKE8  (l). 

OBSERVATION  ITÿe  (2). 

Fille  de  18  ans.  — Tumeurs  à l'épaule  et  sous  l’aisselle.  — Hémorrhagie, 
— Mort.  — Dans  l’oreillette  droite,  concrétion  organisée  , pourvue  de  vaisseaum 
et  se  confondant  avec  les  parois  des  veines  dans  lesquelles  elle  se  prolonge. 

Une  fille  de  dix-huit  ans  portait  à l’épaule  et  sous  l’aisselle 
droites  deux  énormes  tumeurs,  pour  lesquelles  elle  entra  à 
l’Hôtel-Dieu,  le  26  octobre  1822.  Le  membre  supérieur 
droit  était  engourdi,  infiltré,  ainsi  que  le  côté  droit  du  vi- 
sage. La  malade  cracha  une  grande  quantité  de  sang,  dont 
on  voyait  la  source  au  fond  d'une  alvéole.  Vainement  les 
soins  les  plps  éclairés  furent  prodigués  à cette  malheu- 
reuse; elle  succomba  trois  semaines  environ  après  son 
entrée. 

s 

ufiitop^iç  cadavérique. 

f’ oreillet^fi  droite  du  cœur  était,  en  grande  partie , remplie 
pqy  une  cpjicrçtion  , au  centre  dç  laquelle  on  'voyait  des  vési- 
çples pleines  d’un  liquide  à demi  concret.  Cette  concrétion poly- 
pyhrnie  était  parcounie  par  une  infinité  de  vaisseaux  injectés 
en  rouge  'vif  ou  noir.  Elle  remontait  dans  les  'veines  caves  su- 
périeures , sons-clapièire  et  jugulaire  droites , avec  les  parois 
desquçllçs  elle  se  confondait  en  quelque  sorte , comme  par  con- 
tinuité de  tissa.  Elle  se  prolongeait  aussi  dans  le  'ventricule 
droit. 


(1)  ^ cellp  5Cr|c  d'ojDseçA’alions  se  rapporte  celle  que  j'ai  consignée  dans  cet 
ouvrage,  à la  page  3i6  du  présent  volume.  11  s’agit,  dans  cette  observation, d'une 
concrétion  vraiment  organisée  dans  la  cavité  de  l'oreillette  droite  et  de  la  veine 
cave  supérieure. 

(2)  Observation  communiquée  par  M.  Senn,  et  publiée  dans  mon  mémoire  sur 
l’oblitération  des  veines,  considérée  comme  cause  d’hydropisie  passive. 


C0NCRÉTIQ5IS  POpyPI?QR^IEÇ  DW  GÛpWR.  607 

OBSERVATION  178e  (1). 

Hominf  d(  56  ant,  — Symptômes  d'obstacle  à la  eîrcutalion  centrale.  — Mort. 
— Concritiqp  fibrinq-all)Ufiiin6US6  pfgpnispe  dqps  Fçreilletle  droite. 

» 

Un  commissionnaire  , âgjé  de  36  ans,  entra  à l’hèpital  de 
la  Charité,  au  mpjs  de  mars  1817^  et  y mourut  au  milieu 
des  syniptômes  d’étouffement  et  d’anxiété  que  les  auteurs 
ont  jusqu’ici  attrjjmés  à \çtv,éi>rmn&  du  cçeur. 

Autopsiç:  cadau.ériquei. 

Les  cavités  droites  du  cœur  contenaient,  outre  du  sang 
ep  caillots,  des  gâteaux  d§  matière Jihrino-alhumineuse  orga- 
qdhérent^  ausp  parois  de  cps  eçLfité^  par.  des  filamens , 
qyüon  était  obligé  de  rompre  pQur  Ven  séparer.,  et  se  prolongeant 
dan^  la  peine  çaue  supérieure,  dans  la  peine  caoe  inférieure, 
ainsi  que  dans  V artère  pulmonaire,  dont  elle  obstruait  presque 
çomplètement  Votif  ce. 


DEUXIÈME  SECTION. 

HISTOIRE  GÉnÉrXÇE  »E%  CONCRETIONS  SANGUINES  DU  COEUR 
. dÉVEUOPPÉES  PENDANT  LA  VIE. 

I ][.  Sipgç  et  caraclèrps  anatomiques  dçg  copcrcfiops  pplypiformes  ç<pur. 

I.  Les  cavités  droites  du  çœnf  sont  pplles  où  l’on  ren- 
contre le  pins  souvent  les  popprétipos  sangnines  ; les  prpil- 
jettes  y sont  plus  sujettes  qqe  les  yentpicule^.  Il  suffit  dp 
jpter  un  coup-d’œil  sur  Ips  npmbrenses  obsprvatiqps  que 
nous  avons  consignées  dans  ppt  puyrage  , popp  être  pon- 


(1)  Obsecvatipp  reeqeiljie  pae  1^.  le  (fpeteur  -Tbibert,  et  publiée  (fans  fe  piême 
mémoire  que  précédente. 


6o8  maladies  du  coeur  En  particulier. 
vaincu  de  la  vérité  de  cette  double  assertion.  La  princi- 
pale cause  de  la  différence  que  nous  signalons  tient  à ce 
que  le  cours  du  sang  est  plus  facilement  gêné  dans  les  ca- 
vités droites  que  dans  les  gauches;  que  la  stase  du  sang 
s’opère  plus  aisément  dans  les  premières  que  dans  les  se- 
condes. D’autres  causes  encore  peuvent  expliquer  la  cir- 
constance indiquée  : telles  sont  la  fréquence  des  inflamma- 
tions veineuses  qui  se  propagent  quelquefois  jusque  dans 
les  cavités  droites  , peut-être  une  disposition  à la  coagula- 
tion plus  marquée  dans  le  sang  veineux  que  dans  le  sang 
artériel,  etc. 

IL  Les  caractères  anatomiques  des  concrétions  sanguines 
diffèrent  beaucoup , selon  l’époque  de  leur  formation  et 
selon  qu’elles  sont  ou  non  mêlées  avec  une  certaine  quan- 
tité de  pus  ou  de  véritable  matière  pseudo-membraneuse. 

Les  concrétions  amorphes  , récentes  , ne  diffèrent 
point  notablement  du  caillot  que  l’on  rencontre  dansle  vase 
dans  lequel  on  a recueilli  le  sang  d’une  saignée.  La  masse 
de  ces  concrétions  est  variable.  Nous  avons  rapporté  des 
cas  où  les  cavités  du  cœur  contenaient  douze  onces  de 
sang  coagulé.  Il  est  vrai  cjue  , dans  ce  cas  , quelques  uns 
des  caillots  s’étaient  formés  après Ja^mort. 

2^  Les  concrétions  organisées  présentent  des  caractères 
différens  , selon  les  phases  de  leur  évolution.  Dans  le 
premier  degré  de  leur  organisation,  elles  sont  blanches, 
analo^^ues  au  gluten  ou  à la  fibrine  préparée  , élastiques  , 
lé‘>èrement  adhérentes  aux  parois  des  cavités  du  cœur  et 
surtout  aux  colonnes  charnues  ainsi  qu’aux  tendons  valvu- 
laires , autour  desquels  elles  s’entortillent.  A celte  période 
d’organisation  rudimentaire  , on  peut  les  comparer  à la 
couenne  qui  s'organise  en  quelque  sorte  à la  surface  du 
caillot  du  sang  retiré  des  veines  d’un  individu  affecté  d’une 
inflammation  franche  , ou  bien  aux  fausses  membranes  des 
tissus  séreux  commençant  elles-mêmes  à s’organiser.  Au 
reste,  comme  l’a  très  bien  dilM.  Legroux,  < depuis  l’état 


CONCRÉTIONS  POLYPIPORMES  PU  C(®UR.  609 

'»  gélatlniforme  jusqu’à  l’état  fibreux  qui  paraît  être  le 
» dernier  terme  de  la  densité  des  concrétions , il  y a diffé- 
» rens  degrés  intermédiaires.  » 

3®  Lorsque  les  concrétions  sont  dans  un  état  plus  avancé 
d’organisation  , elles  adhèrent  par  de  véritable  tissu  cellu- 
laire aux  parties  sur  lesquelles  elles  se  sont  formées  ; 
greffées  ainsi  sur  des  parties  vivantes , elles  se  pénètrent  de 
vaisseaux,  se  durcissent , et  c’est  alors  qu’elles  ressemblent 
réellement  à certains  polypes  fibreux,^  des  tumeurs  ou  à 
des  végétations  fongueuses  (i). 

Ainsi  que  plusieurs  de  nos  observations  en  font  foi,  il 
n’est  pas  rare  de  rencontrer  une  certaine  quantité  de  pus 
au  centre  des  concrétions  sanguines , lesquelles  ressemblent 
quelquefois  alors  à de  véritables  kystes  uniloculaires  ou 
m ultilocula  ires. 

Il  est  digne  de  remarque  que,  dans  les  cas  où  les  concré- 
tions ne  sont  encore  qu’.en  partie  organisées , c’est  à la  sur- 
face qu’existent  les  masses  membraniformes , blanchâtres  , 
élastiques,  glutineuses , qui  sont  réellement  les  premiers 
linéamens  de  l’organisation , tandis  que  la  matière  puru- 


(1)  Nous  avons  fait  voir  ailleurs  les  rapports  qui  existent  entre  certaines  lé- 
sions des  valvules  du  cœur  et  les  concrétions  fibrineuses;  l’opinion  deM.  Legroiix 
est  loul-à-fait  conforme  à la  nôtre.  « 11  nous  est  fréquemment  arrivé,  dit-il,  de 

• voir  des  concrétions  sanguines  entrelacées  avec  les  tendons  des  valvules,  de  telle 

• sorte  que  celles-ci  ne  semblaient  plus  former  qu’une  simple  toile  ( la  division  en 
» tendons  n’avait  lieu  que  près  des  colonnes  charnues  ).  Je  ne  doute  nuHenient  que 

• ces  sortes  de  concrétions  ne  soient  le  moyen  principal  de  réunion  des  tendons , 

• dans  les  cas  où  les  valvules  prolongées  ne  forment  plus  une  simple  ouverture 

• mais  un  canal  plus  ou  moins  large.  » 

Pour  que  les  concrétions  sanguines  adhèrent  fermement  aux  valvules  sur  les- 
quelles elles  sont  déposées,  il  est,  en  général,  nécessaire  qu'elles  se  forment  sous 
1 l’influence  d’une  inflammation;  et  dans  ce  cas,  il  est  difficile  de  déterminer  si 
• ces  concrétions  se  sont  développées  aux  dépens  du  sang  contenu  dans  le  cœur  , 

I ou  par  l'effet  de  la  sécrétion  du  tissu  enflammé.  M.  Legroux  pense  avec  nous 
que  les  concrétions  fortement  adhérentes  et  susceptibles  de  se  transformer  en 

■ végétations,  sont  le  résultat  d’une  sécrétion  inflammatoire  qui  adhère  d la  wem  • 

■ brune  ù l’instant  même  de  sa  formation  {Diss,  cit.,  pa".  nS). 

'l9 


2. 


6lÔ  MALADIES  Dü  COEUR  EN  PARTICULIER, 

lente  ou  le  püs  proprement  dit  se  trouve  à leur  centre. 
I)ivers  «tuteurs  J et  M.  Legroux  en  pîirliculicr , considè- 
rent ce  pus  comme  un  produit  de  l’inflammation  de  la 
concrétion  qui  le  contient.  Quant  à moi,  je  pense  que 
telle  n’est  pas  l’origine  ordinaire  du  pus  que  présentent 
les  concrétions  : ce  pus  me  parait  avoir  été  sécrété  dans 
la  cavité  du  cœur  ou  y avoir  été  transporté  par  l’absorp- 
tion et  avoir  déterminé  ensuite  la  formation  d’un  caillot 
qui  l’a  enveloppé  de  toutes  parts.  A l’époque  où  l’on 
trouve  le  plus  souvent  du  pus  au  centre  d’une  concrétion  , 
celle-ci  offre  à peine  quelques  rudimens  d’organisation  , et 
l’on  ne  conçoit  guère  comment  dans  cet  état  elle  pourrait 
subir  une  inflammation  caractérisée  par  une  sécrétion  pu- 
rulente. 

.le  ne  prétends  pas,  au  reste,  qu’une  fois  bien  organisées, 
les  concrétions  sanguines  ne  puissent  s’enflammer  et  sup- 
purer. Toutefois,  ce  n’est  pas  la,  si  je  ne  me  trompe 
un  accident  commun.  Mais  ces  concrétions,  véritables 
organes  parasites  , peuvent , comme  les  productions  fibri- 
neuses dont  nous  avons  parlé  ailleurs  (voy.  leschapit.  con- 
sacrés à l’endocardite  et  à la  péricardite),  éprouver  diverses 
modifications  ou  transformations  , dont  le  mécanisme  ne 
doit  pas  nous  occuper  ici. 

On  trouvera  dans  les  observations  particulières  de  plus 
amples  détails  sur  la  disposition,  le  volume,  la  configuration 
et  la  consistance  des  concrétions  polypiformes.  Nousajoute- 
rons  seulement  ici  qu’elles  rétrécissent  soit  les  cavités  du 
cœur,  soit  les  orifices  qui  font  communiquer  ces  cavités 
entre  elles,  à un  degré  proportionnel  à leur  volume.  Cette 
circonstance  est  importante  à noter , car  c’est  à elle  que  se 
rattachent  les  principaux  symptômes  des  concrétions  san- 
guines du  cœur  (i). 


^i)  Dam  le  cœur  comme  dans  les  vaisscQuv,  on  peut  rencontrer  des  concré- 


CONCRÉTIONS  POLYPIFORMES  OU  CŒUR.  6 U 

JII.  Des  causes  et  des  divers  modes  de  formation  des  concrétions  polypiforme* * 

du  cœur-  I 

Dans  le  cœur  comme  dansles  artères,  ef  surtout  clans  les  vei- 
nes, les  concrétions  sanguines  se  développent  sous  rhiflüènce 
de  conditions  purement  physiques  ou  mécaniques,  qüi  s’op- 
posent au  cours  du  sang,  ou  bien  par  l’effet  dé  causés  qüi  agis- 
sent chimiquement  sur  cette  chair  coulante.  Dans  le  premier 
cas,  les  concrétions  se  forment  par  un  mécanisme  qui  ne  dif- 
fère pas  essentiellement  de  celui  qui  préside  à la  coagulation 
du  sang,  après  sa  sortie  des  vaisseaux,  lequel  mécanisme,  pour 
le  dire  en  passant,  n’est  pas  encore  exactement  connu.* Aux 
approches  de  l’agonie,  ou  dans  les  maladies  des  valvules  et  des 


lions  qui  ont  subi  une  altération  telle , qu’elles  offrent  quelque  ressemblance 
avec  la  matière  encéphaloïde  de  certaines  tumeurs  dites  carcinomateuses.  J’ai  pu- 
blié, en  iSàS  ( Journal  complémentaire  du  Dict,  des  Scienc.  Médic.) , un  cas  de 
ce  genre  ; et  depuis,  M.  Velpeau  et  d'autres  observateurs  en  ont  rapporté  de  sem- 
blables. 

I.’illustre  chirurgien , dont  la  science  déplore  en  ce  moment  et  déplorera  long- 
temps la  mort  prématurée,  M.  Dupuytren  avait  déjà  rencontré  l’altération  dont  il 
s’agit.  " Des  recherches  attentives  lui  avaient  prouvé  que  cette  altération  est  le 

• résultat  d’un  travail  analogue  à celui  qui  produit  la  suppuration,  et  qu’elle  n’a 

• aucun  rapport  avec  la  dégénération  carcinomateuse.  11  conclut  de  ces  recherches 

• que  le  prétendu  carcinome  du  sang  n’est  qu’une  matière  puriforme,  développée 

• par  la  chaleur  vitale  daps  des  concrétions  qui,  n'étant  pas  soumises  ou  contact 

• de  l’air,  et  de  toutes  parts  environnées  par  la  vie,  n’ont  pu  se  décomposer  au- 

• trement.  ■>  (Legroux,  Dissert,  cit.,  pag.  37). 

M.  Legroux  considère  l’inflammation  des  concrétions  comme  l’une  des  princi- 
pales causes  de  leurs  métamorphoses.  «Dans  d’autres  cas,  dit-il,  un  mouvement 
» inflammatoire  se  manifeste  dans  lu  concrétion , soit  qu’il  ait  été  puisé  dans  le 

• sang liquide,  ce  qui  est  probable,  ou  qu’il  se  soit  établi  consécutivement  ; et  alors 

• ou  une  exsudation  grumeleuse  a lieu  entre  les  deux  substances  dont  un  caillot 
«peut  être  formé,  et  même  dans  son  épaisseur  ; ou , ce  qui  est  le  plus  ordinaire, 

• le  caillot  se  ramollit  au  centre,  devient  granulé,  passe  à l’état  sanieux,  puis  pu- 

• rulent;  plus  lard,  le  pus  est  résorbé  et  il  ne  reste  plus  que  les  couches  excenlri- 

• ques  du  caillot,  qui  ont  résisté  au  ramollissement  et  forment  les  parois  du  foyer 
«ou  du  kyste.»  (Diss.,  cit.;  p.  55).  Je  répéterai  ici  que  l’inflammation  dont 
M.  Legroux  place  le  siège  dans  le  sang  lui-même  réside  très  probablement  dan* 
le*  tissus  environnans  et  réagit,  il  est  vrai^  sur  le  sang. 


6i2  maladies  du  coiur  en  particulier. 

orifices  du  cœur,  qui  opposent  un  très  grand  obstacle  à la 
circulation,  si  Ton  pratique  une  saignée,  le  sang  sort  de  la 
veine  épais  et  à demi  concret.  C’est  alors  que  des  concré- 
tions vont  se  former  dans  les  cavités  du  cœur,  et  e’est  à leur 
formation  qu’il  faut  rapporter  plusieurs  cas  de  ces  morts 
soudaines,  inattendues,  qu’on  observe  dans  certaines  mala- 
dies de  cet  organe.  Quant  aux  causes  chimiques  el  vitales  des 
concrétions  sanguines,  cette  sorte  de  cristallisation  du  sang, 
les  principales  sont  l’inflammation  primitive  ou  consé- 
cutive de  la  membrane  interne  du  cœur,  l’introduction  de 
diverses  substances  étrangères  dans  le  torrent  circula- 
toire, le  pus,  par  exemple  (1).  Notre  intention  n’est  pas 
d’insister  longuement  ici  sur  le  rôle  que  joue  l’inflamma- 
tion dans  le  développement  des  conerétions  sanguines, 
attendu  que  nous  avons  exposé  ailleurs  ( voy.  pag.  lyS, 
1^6  et  i8i  ) les  hypothèses  qu’on  peut  proposer  à cet  égard. 
Nous  ajouterons  seulement  que  toutes  les  inflammations 
franches,  accompagnées  d’une  violente  réaction  fébrile, 
et  dans  lesquelles  le  sang  fourni  par  les  saignées  présente 
une  belle  couenne  blanche,  ferme,  élastique,  résistante, 
constituent  une  véritable  prédisposition  à certaines  con- 
crétions fibrineuses  du  cœur , lesquelles , comme  nous 
l’avons  vu  , ont  alors  une  grande  ressemblance  avec  la 
couenne  inflammatoire.  Aussi , consujtez  les  observations 
que  nous  avons  consignées  dans  cet  ouvt^ge , et  vous  verrez 
que,  dans  la  plupart  des  cas  où  les  concrétions  fibrineuses 
ne  provenaient  pas  d’un  simple  embarras  dans  la  circula- 
tion, elles  coïncidaient,  soit  avec  une  inflammation  idio- 
pathique du  cœur,  soit  avec  une  inflammation  d’un  autre 
organe , qui  réagissait  vivement  sur  le  cœur  ainsi  que 

(i)  On  sait  que  les  acides  injectés  dans  le  système  vasculaire  des  animaux  coa- 
gulent le  sang  qu’il  contient,  comme  il  arrive  lorsqu'on  les  fait  réagir  sur  le  sang 
retiré  de  ce  système.  Il  est  dans  le  sang  des  élémens  dont  on  détermine  la 
coagulation  par  la  chaleur  ou  l'électricité.  Quel  rap[)ort  peut  exister  entre  cette 
• coagulation  artificielle  et  celle  qui  s’opère  sous  l’influence  de  certains  états  patho- 
ogiquesC  Celte  question  réclame  de  nouvelles  recherches. 


CONCRÉTIONS  POLYPIFORMES  DU  CŒUR.  6l3 

sur  tout  l’ensemble  du  système  circulatoire  et  sur  la  masse 
sanguine  (i). 

§ III.  Des  signes  et  des  fflels  des  concrétions  pülypiformes  du  cœur. 

Vers  le  milieu  du  dernier  siècle , on  attribuait  aux  polypes 
du  cœur  une  foule  de  lésions  de  la  circulation  et  de  la  respi- 
ration dues  à d’autres  maladies  de  cet  orgtlne,  comme  on 
rapporte  vaguement  de  nos  jours  aux  anévrismes  du  cœur 
des  lésions  fonctionnelles  qui  reconnaissent  pour  véritable 
cause  des  altérations  des  valvules,  altérations  dont  les  ané- 
vrismes eux-mêmes  sont  souvent  des  effets.  Qui  ne  sait  que 
.1.  - .J.  Rousseau  se  rendit  à Montpellier  pour  s’y  faire 
traiter  d’un  polype  au  cœur,  voyage  que  cet  illustre  mélan- 
colique n’eût  point  fait  à pied,  s’il  eût  été  réellement  atteint 
de  la  maladie  dont  l’idée  tourmentait  si  profondément 
son  ardente  imagination  ? 

Un  des  effets  évidens  et  nécessaires  des  concrétions  poly- 
piformes  du  cœur,  c’est  d’apporter  un  obstacle  plus  ou 
moins  considérable  à la  circulation  du  sang  à travers  cet 
organe.  Quand  elles  occupent  les  cavités  droites,  ce  qui  est 
le  cas  le  plus  commun , le  sang  ne  pénétrant  qu’en  très  pe- 
tite quantité  dans  les  poumons,  reflue  en  quelque  sorte 
dans  les  vaisseaux  situés  derrière  l’obstacle,  engorge  toutes 


(i)  Une  de  nos  observations  est  relative  à des  concrétions  développées  chez  un 
individu  affecté  de  gangrène  de  l'un  des  membres  inférieurs.  Deux  des  observa- 
tions conlenties  dans  la  dissertation  de  M.  Legroux  (observations  2 et  3 ) sont 
également  relatives  à des  concrétions  coïncidant  avec  une  gangrène  dite  sponta- 
née. Quelques  auteurs  ont  admis  que  dans  celle  formedo  gangrène,  le  sang  avait 
une  tendance  particulière  à ta  coagulation  dans  toute  l’étendue  de  l’organisme 
{Gaz,  Mèd.;  mardi  25  décembre  iSôa).  Nous  n’affirmons  pas  qu’il  ne  puisse  jamais 
en  être  ainsi.  Cependant  ^o'^servation  démontre  que  dans  les  affections  gangré- 
neuses, septiques,  le  sang  est  frappé  d’une  sorte  de  dissolution.  Dans  les  cas  de 
gangrène  et  de  coagulation  du  sang,  il  faut  bien  se  garder  de  prendre  l’effet  pour 
la  cause.  La  concrétion  du  sang  dans  les  artères  est , comme,  on  sait , une  des 
Causes  de  la  gangrène , et  l’on  se  tromperait  beaucoup  si  l’on  attribuait  alors  à 
celle-ci  les  concrétions  dont  elle  est  l’effet. 


6l4  MAUDIES  DU  CŒUR  EN  P ARTICULER. 

parties  et  spécialement  le  cerveau,  le  l’oie,  etc.  De  là  des 
congestions  apoplectiformes , des  collections  séreuses , etc. 
D’un  autre  côte,  comme  les  organes  ne  reçoivent  qu’une 
très  petite  quantité  de  sang  qui  ait  subi  le  contact  de  l’air 
an  sein  des  poumons,  on  observe  jusqu’à  un  certain  point 
des  phénqinèiïes  de  véritable  asphyxie.  Les  accidens  sont 
ençQre  à peu  près  les  mêmes , lorsque  les  concrétions  gê- 
nent le  passage  du  sang  à travers  les  cavités  gauches.  Mais 
de  plus,  dans  ce  cas  , il  survient  une  congestion  dans  les 
vemes  pulmonaires  qui  ne  peuvent  plus  se  dégorger  libre- 
ment dans  l’oreillette  gauche , et  c’est  là  une  condition  de 
dyspnée  qui  n’appartient  pas  aux  concrétions  des  cavités 
droites. 

Pour  reconnaître  ou  diagnostiquer  les  concrétions  san- 
guines du  cœur , il  faut  qu’elles  aient  un  volume  tel 
qu’elles  opposent  un  très  notable  obstacle  à la  circula- 
tion. D’ailleurs,  elles  ne  gênent  pas  également  le  cours 
du  sang  dans  toutes  les  positions  qu’elles  peuvent  affecter. 
Les  concrétions  qui  se  forment  sur  les  valvules,  et  qui,  en 
s’entortillant  autour  des  lames  dont  elles  sont  composées, 
et  autour  des  tendons  qui  se  rendent  à leur  bord  libre, 
enchaînent  pour  ainsi  dire  les  mouvemens  de  ces  soupapes 
vivantes,  sont,  sans  contredit,  celles  qui,  à volume  égal , 
apportent  le  plus  grand  obstacle  au  cours  du  sang. 

Suivant  M.  Laennec,  « lorsque  chez  un  malade  qui  jus- 
» que  là  avait  présenté  des  battemens  du  cœur  réguliers  , 
» ceux-ci  deviennent  tout-à-coup  tellement  anormaux , 
» obscurs  et  confus  , qu’on  ne  peut  les  analyser , on  peut 
» soupçonner  la  formation  d’une  concrétion  polypiforme  ; 
» si  ce  trouble  n’a  lieu  que  d’un  seul  côté,  la  chose  est  à 
» peu  près  certaine  (i).  » 

Nous  avons  exposé  , en  temps  et  lieu , quels  étaient  les 


(i)  M.  Laennec  suppose  icIunecircQDSlancçà-peu-pr^  jinpossible.  En  cffelj  |pi 


CONCiUîTlONS  POLYPirOlUlES  BU  COEUR.  6 10 

acciclens  d’apres  lesquels  on  pouvait  soupçonner,  sinon 
annoncer  positivement , la  formation  de  concrétions  san- 
guines chez  les  individus  atteints  d’endocardite  ou  de  péri7 
cardile  aiguës.  Ces  accidenssont  essentiellement  les  mêmes, 
quelles  que  soient  les  causes  déterminantes  de  ces  concré- 
tions. Nous  allons  les  rappeler  : battemens  tumultueux  du 
cœur , avec  obscurité  et  pour  ainsi  dire  matité  àe?,  bruits 
qui  les  accompagnent,  ou  bruit  dç  soufflet,  tantôt  simple  , 
tantôt,  peut-être,  sibilant  (I)  ; étouffement,  orthopnée^ 

bruits  du  cœur  peuvent  bien  différer  sensiblement  selon  qu’on  les  écoule  dans  la 
région  des  cavités  droites  ou  dans  la  région  des  cavités  gauches;  mais  comment 
les  battemens  du  cœur  seraient-ils  tellement  anormaux,  obscurs  et  confus  dans 
une  moitié  du  cœur  qu'on  ne  pût  les  analyser,  sans  que  l'autre  niqiliédu  cœur 
prît  quelque  part  à un  trouble  de  ce  genre? 

(i)  Une  femme  ofTipit  les  symptômes  combinés  d’une  maladie  du  cœur  et  des 
poumons,  lorsqu’elle  fut  admise  à l’Hôtel-Dieu:  elle  était  alors  généralement  in- 
Sltrée  et  on  entendait  dans  la  région  précordiale  un  si/Jlement  aigu, 

La  malade  succomba  le  lendemain  de  son  entrée. 

Plaques  organisées  à la  surface  du  péricarde.  On  trouva  dans  l'oreillette  droite 
une  concrétion  polypeuse,  déco'orée , adhérente  a la  valvule  Iricuspide , aux  co- 
lonnes charnues  du  ventricule  droit  et  se  prolongeant  dans  la  veine  cave  supé- 
rieure où  elle  flottait  sous  forme  d'un  cylindre  blanchâtre,  élastique  (la membrane 
interne  de  celle  veine  était  rougeâtre).  Une  concrétion  analogue,  mais  moins  an- 
cienne, occupait  l’oreillette  gauche.  (Observation  publiée  par  M.le  docteur  Brouc, 
dans  lé  Journal  hebdomadaire  de  Médecine.) 

Ce  fait  est  assez  curieux  pour  avoir  dû  trouver  place  ici.  'Toutefois,  il  faut  bien 
se  garder  d’admettre  que  lès  concrétions  sanguines  soient  l’unique  cause  du  ronfle» 
menton  du  sifflement  du  cœur.  J’ai  entendu,  en  eCfet,  un  bruit  de  soufflet  rou.- 
coulant  ou  sibilant  du  cœur  dans  des  cas  où  il  n’existait  point  de  concrétion» 
polypiformes  dans  les  cavités  de  cet  organe.  J’en  ai  parlé  dans  un  autre  endroit  de 
cet  ouvrage.  Tout  récemment  (avril  i855)  nous  avons  rencontré  un  nouvel  exem- 
ple de  cette  espèce  de  bruit  chez  une  femme  couchée  n°  g de  la  salle  Sainte- 
Madeleine  (’‘). 

Bans  le  cas  de  M.  Brouc,  les  plaques  organisées  du  péricarde  n’étaient  peut» 
être  pas  complètement  étrangères  à la  production  du  sifflement  observé  chez  la 
malade. 

( ) Don»  1 excellente  dissertation  inaugurale  qu’il  vient  de  soutenir  à la  Faculté  sur  la  périèardita 
aiguii.  M.  le  docteur  Desclaux,  |’un  des  élércs  les  plus  distingués  qui  aient  suivi  notre  olinique,  a r«P' 
perlé  un  car  pù  I ejistenpo  d un  ttriiji  dp  piaalrnisnl  dans  la  région  dp  ctanr,  ej  )ej  jinpes  )>'gup»  men- 
Itoflnéi  plni  Itanti  fflf  fhsgnofiiqnp;»  dti  ppnc|é(iopi  polvpiformps  (t'auippiia  pâdivérîgsia 

j>ronTp|afuet«i|c  4a  ca  diognoslip),  ' r rr  1 . 


6lÜ  MALADIES  DD  COEUR  EN  PARTICULIER, 

anxiété  , congestions  veineuses  suivies,  chez  quelques  incli- 
AÛdus,  de  perte  de  connaissance  avec  état  comateux;  ron- 
flement sterloreux  préceLlé  ou  non  de  mouvemens  convul- 
sifs ; petitesse  du  pouls;  refroidissement  des  extrémités. 
Lorsque  les  phénomènes  ci-dessus  exposés  se  manifestent 
dans  le  cours  d’une  maladie  aiguë  du  cœur,  telle  qu’une 
péricardite  ou  une  endocardite,  qui  jusque  là  n’avait  pas 
été  accompagnée  d’un  trouble  très  considérable  dans  les 
fonctions  de  la  respiration  et  de  la  circulation  , il  est  ex- 
trêmement probable  qu’il  s’est  formé  des  concrétions  san- 
guines dans  les  cavités  du  cœur.  Dans  les  anciennesmaladies 
de  cet  organe,  qui  donnent  lieu  à une  dyspnée  habituelle  , 
mais  supportable,  surtout  à l’état  de  repos,  s'il  survient  par 
intervalles,  et  comme  par  paroxysmes,  des  accidens  orlhop- 
néiques  d’une  intensité  vraiment  formidable  , comme  chez 
les  sujets  des  observations  117'  et  182',  il  est  également 
presque  certain  que  c’est  à la  présence  de  concrétions  san- 
guines, formées  dans  les  cavités  du  cœur,  que  sont  dus  de 
pareils  accidens  (i<). 


(1)  M.  le  docteur  Legroux  attribue  la  diminution  de  soiioréité,  l’esjjèce  de  ma- 
tité des  bruits  du  cœur,  dans  le  cas  qui  nous  occupe,  à l’accumulation  du  sang  dans 
les  cavités  de  cet  organe  , et  en  donne  pour  raison  qu’un  vase  sonore  perd  de  celte 
propriété  à mesure  qu’il  se  templit  d’un  liquide  (Diss.  cit.,  pag.  4o)-  Pour 
que  cette  raison  fût  valable,  il  faudrait  que  les  bruits  du  cœur  dépendissent 
de  la  percussion  de  cet  organe  contre  les  parois  du  thorax , ce  qui  n’est  pas. 
D’un  autre  côté,  la  comparaison  du  cœur  avec  un  vase  qui  résonne  ou  ne  ré- 
sonne pas  selon  qu’il  est  vide  ou  plein  , est  bien  loin  d’être  rigoureusement 
exacte. 

Quoi  qu’il  en  soit  de  celte  explication la  diminution  ou  la  perte  du  son  dans 

• une  ou  plusieurs  cavités  du  cœur  est,  selon  M.  Legroux,  un  signe  certain  des 

• concrétions  sanguines...  La  cavité  dont  le  son  est  diminué  indique  le  siège  de  la 

• concrétion.  » (Diss.  cit.,  page  4i.) 

Nos  observutiqns  sont,  jusqu’à  un  certain  point,  conformes  à celles  de  M.  Le- 
groux. Mais  comme  ce  judicieux  observateur  n’avait  point  encore  une  idée  précise 
sur  la  cause  du  tic-tac  ou  du  double  bruit  du  coeur,  à l’époque  où  il  fit  ses  re- 
cherches , il  n’a  pu  Je  rendre  un  compte  clair  et  précis  de  la  matité  de  ce  double 


COiNCKÉTIONS  POLYPIFORMUS  DU  GÜKUR.  617 

S IV.  Du  pconoslic  et  du  traitement  des  concrétions  polypiformes  du  cœur. 

- I.  Le  pronostic  des  concrétions  sanguines  du  cœur,  quand 

1^  elles  sont  assez  volumineuses  pour  gêner  notablement 
le  cours  du  sang,  est  des  plus  graves;  presque  toujours 
elles  sont  suivies,  tôt  ou  tard,  d’une  terminaison  funeste. 

Au  reste,  dans  le  pronostic  auquel  ces  concrétions  peu- 
vent donner  lieu , il  faut  prendre  en  sérieuse  considéra- 
tion la  maladie  dont  elles  ne  sont  qu'un  accident.  En  effet, 
plus  cette  maladie  sera  dangereuse  en  elle-même  , plus 
I aussi  les  concrétions  polypiformes  qui  en  auront  été  la  suite 
devront  faire  porter  un  pronostic  fâcheux.  * 

IL  On  ne  peut  opposer  que  des  moyens  bien  précaires  à 
une  lésion  telle  que  celle  dont  nous  nous  occupons,  une  fois 
quelle  est  complètement  développée.  Pour  prévenir  la  for- 
mation de  concrétions  sanguines  dans  les  maladies  du  cœur, 
dontlepropreest  d’entraver  le  cours  du  sang,  il  est  utile  de 
pratiquer  de  temps  en  temps  des  émissions  sanguines , et 
de  délayer  en  quelque  sorte  le  sang  au  moyen  des  boissons 
aqueuses.  Dans  les  maladies  inflammatoires  à la  suite  des- 
quelles , en  raison  de  la  plasticité  du  sang , des  concrétions 
tendent  à se  former  et  se  forment  effectivement  quelque- 
fois dans  le  cœur  ou  dans  les  vaisseaux,  c’est  par  les  mêmes 
moyens,  employés  avec  beaucoup  plus  d’énergie  , que  l’on 
parviendra,  dans  la  grande  majorité  des  cas,  à prévenir 
cet  accident.  La  potasse  et  la  soude  exerçant  une  sorte 
d’action  dissolvante  sur  le  sang , M.  Legroux  pense  que  les 
sels  de  ces  deux  bases  pourront  être  administrés  avec  avan- 
tage. Mais  il  ne  cite  aucune  observation  à l’appui  de  cette 
opinion,  d’ailleurs,  en  apparence,  très  rationnelle. 


bruit  dans  le  cas  de  concrétions  sanguines.  11  est  évident  que  ces  concrétions 
s’opposent  au  libre  jeu  des  valvules.  Quand  elles  entourent  ces  valvules,  leurs 
tendons  et  leurs  muscles  moteurs , elles  ont  pour  effet  physique  d’amortir  le 
claquement  valvulaire  ( les  valvules  sont  alors  trop  molles  pour  pouvoir  bien 
résonner  par  le  brusque  rapprochement  de  leurslames). 


6l8  MALADIES  DU  CŒUll  EN  PAUTICULIER. 

Les  çoncrélions  du  cœur  une  fois  formées,  peuvent-elles 
se  dissoudre?  Tl  me  paraît  indubitable  que  des  concrétions 
récentes  et  peu  volumineuses  sont  susceptibles  de  ce  mode 
de  terminaison.  Dans  quelques  cas  aussi,  il  est  probable 
que  des  concrétions  du  cœur  sont  expulsées  dans  le  sys- 
tème vasculaire.  Mais  c’est  trop  s’arrêter  sur  une  question 
pour  la  solution  de  laquelle  nous  manquons  d’un  nombre 
suffisant  d’observations  exactes  (r). 

Quant  aux  concrétions  organisées,  identifiées  en  quel- 
que sorte  et  confondues  avec  les  parois  des  cavités  qui  les 
contiennent , elles  sont  évidemment  au-dessus  de  nos  res- 
sources. La  tâche  du  médecin  qui  serait  assez  habile  pour 
en  diagnostiquer  ou  plutôt  en  présumer  l’existence,  consis- 
terait uniquement  à combattre  par  des  moyens  appropriés 
les  accidens  pfincipaux  qu’elles  entraînent  à leur  suite. 


(i)  Les  émissions  s^^I)guines  sont  encore  le  meilleur  moyen  qu’on  puisse  em- 
ployer contre  les  concrétions  sanguines  du  coeur  une  fois  formées.  Elles  nous  ont 
réussi  au-delà  de  nos  espérances  chez  une  femme  qui  a été  admise  dans  notre  ser- 
vice ( salle  Ste-Madeleine , n“  3 ),  le  7 de  ce  mois  f mai  i855  ).  En  proie  à U 
plus  imminente  suEFocation,  et  offrant,  d’ailleurs,  les  signes  physiques  des  concré- 
tions sanguines  tels  qu’jls  ont  été  exposés  plus  haut , elle  a été  saignée  trois 

fois,  et  se  trouve  en  ce  moment  ( s5  qiai)  dans  un  état  satisfaisant. 

a 


œ 


EXPLICATION  DES  PLANCHES 

DU  TOME  SECOND. 


PLANCHE  III. 

FIG.  I. 

D,  D,  D,  D.  Cavité  de  l’origine' de  l’aorte  dilatée. 

A,  A,  A.  Orifice  aortique  considérablement  rétréci 

par  suite  de  l’induration  et  de  la  défor-' 
mation  des  valvules  de  l’aorte,  vu  du 
côté  de  cette  artère. 

FIG.  2. 

A,  A,  A.  Orifice  aortique,  vu  du  côté  du  ventricule.  j 

'FIG.  3. 

P,  P,  P.  Partie  postérieure  de  la  crosse  de  l’aorte, 

C,  C.  Canal  artériel  ossifié. 

I " 

FIG.  4' 

0,  O,  O,  O.  Orifice  du  canal  artériel  , dans  l’intérieur  de 
l’aorte. 

PLANCHE  IV. 

FIG.  I. 

i 

, A.  Face  antérieure  du  cœur. 

. Cavité  de  l’artère  pulmonaire  ouverte  par  sa  face 

antérieure, 

C.  C,  C.  Aorte. 

D.  Tronc  brachio-céplialique, 

E.  Artère  ca,rotide  droite. 

F.  Artère  sous-clavière  droite, 

G.  Artère  carotide  gauche.  y 

H.  Artère  sous-clavière  gauche, 

1.  Appendice  auriculaire  droit. 

K,  Cloison  mepiliraneuse  çonvpfç  en  haoti) 


620 


M. 

N. 

O. 


A.  A. 

B. 

C. 

D. 

E. 

F. 

G. 

H. 

I.  I. 
R. 

L. 

M,  M. 


M. 

A. 

B. 

C. 

D. 

E. 

F. 

G.  G. 

H.  H. 

I. 

R. 


EXPLICATION 

de  r arlère  pulmonaire,  concave  en  bas,  percée 
à son  centre  d’une  ouverture  de  deux  lignes  et 
demi  de  diamètre,  et  fermant  en  grande  partie 
l’orifice  de  l’artère  pulmonaire  : cette  cloison 
offre  trois  brides  en  haut. 

Orifice  de  la  branche  droite  de  l’artère  pulmo- 
naire. 

Canal  artériel  oblitéré. 

Stylet  engagé  dans  le  commencement  de  ce  canal. 

FIG.  2. 

Face  antérieure  du  cœur. 

Cavité  du  ventricule  droit. 

Aorte. 

Trohc  brachio-céphalique. 

Artère  carotide  droite. 

Artère  sous-clavière  droite. 

Artère  carotide  gauche. 

Artère  sous-clavière  gauche. 

Appendice  auriculaire  droit. 

Cloison  membraneuse  de  l’artère  pulmonaire. 
Orifice  de  l’artère  pulmonaire  dans  le  ventricule. 
Epaississement  très  considérable  des  parois  du  ven- 
tricule droit,  avec  diminution  proportionnée  de 
sa  cavité. 

FIG,  3. 

Face  postérieure  du  cœur. 

Cavité  de  l’oreillette  droite  dilatée. 

Appendice  de  cette  oreillette. 

Cavité  de  cet  appendice. 

Colonnes  charnues  du  même  appendice. 

Orifice  auriculo-ventriculaire  droit. 

Vestiges  de  la  valvule  d’Eustache. 

Veine-cave  supérieure  et  son  orifice  dans  l’orcillctte 
droite. 

Veine-cave  inférieure. 

Fosse  ovale. 

Trou  de  Botal, 


[H  tij  r Cl  Tl  w 


DES  rLANCIIES.  621 

X,  L.  Stylet  passant  par  le  trou  de  Botal  et  allant  de  To- 
reillette  droite  dans  la  gauche. 


FlG.  4* 


M. 

A. 

B. 

C. 


D,  D,  D. 


, F,  F. 


Face  postérieure  du  cœur. 

Cavité  de  l’oreillette  gauche. 

Appendice  de  cette  oreillette. 

Orifice  de  la  cavité  de  cet  appendice. 

Colonnes  charnues  de  la  cavité  du  même  appen- 
dice. , 

Orifice  auriculo-ventriculaire  gauche. 

Veines  pulmonaires  et  leur  orifice  dans  l’oreil- 
lette. 

Veine-cave  supérieure. 

Orifice  du  trou  de  Botal  dans  l’oreillette  gauche. 
Veine-cave  inférieure. 

Contour  semi-lunaire  du  trou  de  Botal. 

Stylet  traversant  le  trou  de  Botal , et  indiquant 
la  communication  contre  nature  des  oreil- 
lettes. 


PLANCHE  V. 


A,  A,  A,  A.  Cavité  de  la  crosse  de  l’aorte  dilatée. 

O^  O,  O.  Communication  de  la  cavité  de  l’aorte  avec  le 
kyste  anévrismal  rempli  de  caillots. 

B,  B,  B.  Cavité  du  ventricule  gauche  dilatée,  ainsi  que 

l’orifice  aortique. 

C,  C,  C.  Colonnes  charnues  du  ventricule  gauche. 

PLANCHE  VI. 

FIG.  I. 

O,  O,  0,0.  Orifice  auriculo-ventriculaire  dro't  dilaté  ( le 
cœur  est  ici  représenté  par  sa  face  posté- 
rieure et  dans  une  position  renversée.) 

FIG . 2. 

V,  G.  Parois  du  ventricule  gauche,  ayant  un  pouce 

d épaisseur  à leur  partie  moyenne. 


EXPLICATION  DES  PLANCHES. 

A)  A,  A,  A.  Intérieur  de  l’origine  de  l’aorte , parsemé  de 
plaques  jaunâtres,  etc. 

P,  P,  P.  Artère  pulmonaire. 

PLANCHE  VIL 

FIG.  I. 

C,  C,  C,  C.  Cœur  vu  par  sa  face  antérieüré; 

FlG.  2.  , 

V,  V,  V.  Cavité  du  ventricule  gauche  rétrécie. 

H,  H,  H,  Ht  Parois  du  ventricule  gauche  épaissies  ( hy- 

pertrophie concentrique). 

4 

PLANCHE  VIII. 

Cœur  et  aorte  ascendante  du  sujet  de  l’observation  182», 
dans  leurs  dimensions  naturelles,  et  vus  par  leur  face  an- 
térieure. 

A.  Anévrisme  de  l’aorte. 

B.  Tronc  brachio-céobalique. 

C.  Artère  carotide  gauche. 

D.  Artère  sous-clavière  gauche. 

E.  Ventricule  gauche  hypertrophié  et  dilaté. 

F.  Ventricule  droit  agrandi. 

K.  Portion  de  l’oreilleUe  di  oite. 

I.  Portion  de  l’oreillette  gauche. 

L.  Artère  pulmonaire  cachée  en  grande  partie  par  l’ané- 

vrisme. 

H.  Poumon  droit. 

G.  Poumon  gauche.  . 


fin  UE  L^EXPLICAXlON  DES  PLANtHKS. 


TABLE 


DU 

SECOND  VOLUME. 


SUITE  DU  LIVRE  PREMIER. 

Chap.  II.  — De  l'endocardite,  ou  inflamtralion  de  la  membrane  interne 

du  cœur  et  du  tissu  fibreux  des  valvules.  1 

Considérations  préliminaires.  • id. 

PitBMiÈnR  sECTion.  — Observations  particulières  sut  l’endocardite.  9 

Première  catégorie.  — Observations  d’endocardite,  pendant  la  période 

de  congestion  san^juine,  de  suppuration  et  d’ulcération  comméaçante.  id. 
Observation  SS-.  id. 

— 39e.  12 

— 4o'.  i4 

— 16 

21 

— 45®.  25 

— 44®.  ^ 29 

— 45e.  35 

— 46®.  4i 

— 47%  48..  43 

— 4 g®'  44 

' — 5oc.  . 48 

Dèoxièue  catégorie.  — Observations  d’endocardite  pendant  la  période 
d’épaississement  hypertrophique  des  tissus  enflammés,  et  de  dévelop- 
pement d’adhérences,  de  platjues  membraneuses  cellulo-fibreuses  ou  fi- 
breuses , et  de  végétations  ou  de  granulations.  4g 

Observation  5i®»*  5o 

— 5ae.  . 58 

— 55®.  6a 

— .54®.  ' 70 

— 55^. 

— 56e,  5j®,  58®.  j6 

— 59®.  -g 

— 6o®.  84 

— 6i«. 

TaoisiÈM»  CATÉGORIE.  — ObservatioTis  d’endocardite  suivie  d’épaississe- 
ment et  d’endurcissement  fibro-carlilagineux , cartilagineux  , osseux 


6q4  TABtE. 

ou  calcaire  des  valvules  du  cœur,  avec  ou  sans  rélrécissemenl  des  ori- 
fices de  cet  organe. 

§ I.  Observations  d’épaississement  et  d’induration  des  valvules,  sans  ré- 
trécissement ou  avec  très  médiocre  rétrécissement  des  orifices.  . g5 
Observation  62».  id. 

- — 65*.  io4 

— 64®.  110 

— 65®.  ii5 

— 66®.  ng 

— 67®,  ia5 

§ II  Observations  d'épaiss’sscment  et  d’induration  des  valvules  du  cœur,  avec 

rétrécissement  considérable  des  oriGces.  1 28 

1“  Rélrécissemenl  de  l’orifice  auriculo-venlriculaire  gauche  par  indu- 
ration et  épaississement  de  la  valvule  bicuspide.  id. 

— • 68®.  id. 

— 6g®.  i5o 

— 70®.  IÔ7 

a®  Rétrécissement  de  l'orifice  aortique  par  induration  et  épaississement 

des  valvules  sigmoïdes  de  l’aorte.  i4o 

Observation  71c.  id. 

— 72®.  143 

3«  Rétrécissement  de  l’orifice  auriculo-ventriculaire  droit  par  indura- 
tion et  épaississement  de  la  valvule  tricuspide.  i47 

Observations  73®,  74®.  id. 

4*  Rétrécissement  de  l’orifice  pulmonaire  par  induration  et  épaississe- 
ment des  valvules  sigmoïdes  de  l’artère  pulmonaire. 

Observation' 7 5e.  id. 

— 76®.  i5i 

‘ — 77®.  i55 

— 78®,  7g®.  160 

— 80®.  1 6 1 

5”  Rétrécissement  simultané  de  plusieurs  des  orifices  du  cœur  par 

épaississement  et  induration  de  leurs  valvules.  162 

Observation  81®.  ' id. 

— 82®.  ^ 166 

— 83®.  167 

Sectiou  dedxième.  — Histoire  générale  de  l’endocardite.  170 

Article  pbbmibr.  — Exposition  et  appréciation  des  caractères  anatomi- 
ques de  l’endocardite.  id. 

§ 1.  Description  des  altérations  anatomiques.  >7* 

I.  Première  période  de  l’endocardite  (période  de  congestion  sanguine, 

de  ramollissement,  d’ulcération  et  de  suppuration).  id. 

II.  Seconde  période  de  l’endocardite  (période  d’organisation  des  pro- 
duits sécrétés , ou  d’une  portion  des  concrétions  fibrineuses).  1 79 

III.  Troisième  période  (période  d’induration  carlilagineuîe,  osseuse 


TAfeLE.  ( 

'dà  calcaire  de  l’endocarde  en  général , et  des  valvules  en  particu- 
lier, avec  ou  sans  rélrécîssemenl  des  orifices  du  cœur). 

§ II.  Appréciation  des  altérations  anatomiques  de  la  deuxième  et  de  la 
troisième  périodes  de  l'endocardite. 

Article  DKrxiÈME.  — Exposition  et  appréciation  des  symptômes  de  l’en- 
docardite générale  et  partielle. 

§ I.  Exposition  des  symptômes. 

I.  Symptômes  de  la  période  d’acuité. 

II.  Symptômes  et  diagnostic  des  diverses  lésions  dites  organiques  qui 
surviennent  dans  les  seconde  et  troisième  périodes  de  l’endocardite. 

A.  Symptômes  et  diagnostic  de  l’induration  des  valvules , avec  ré- 
trécissement des  orifices  du  cœur. 

B.  Symptômes  et  diagnostic  de  l’épaississement  et  de  l’induration 
de  la  membrane  interne  du  cœur  ou  des  valvules,  sans  rétrécisse- 
ment , soit  des  orifices , soit  des  cavités  du  cœur. 

C.  Symptômes  et  diagnostic  de  l’adhérence  des  valvules  auriculo- 
ventriculaires  aux  parois  du  cœur. 

D.  Symptômes  et  diagnostic  des  végétations  de  la  membrane  in- 
terne du  cœur,  et  spécialement  des  valvules. 

§ II.  Appréciation  rapide  de  quelques  uns  des  symptômes  de  l'endo- 
cardite. 

Article  troisième.  — Du  mode  de  développement  et  des  causes  de  l’en- 
docardite. 

Article  quatrième.  — Marche,  durée,  complication  et  pronostic  de  l’en- 
docardite. 

Article  cinquième.  — Traitement  de  l’endocardite. 

§ I.  Préceptes  généraux. 

§ II.  Observations  d’endocardite  aiguë  terminée  par  la  guérison. 

Observation  84'.  t ■ 

— 85«.  ~ 

— 86«.  '' 

— 8-® 

— SS®. 

^9'»  9®®»  9**»  9^®’ 

CiiAP.  IIT.  — De  la  cardiie,  ou  inllammaliou  du  tissu  musculaire  et  du 
tissu  cellulaire  intermusculaire  du  cœur. 

Première  section.  — Observations  particulières  sur  la  cardite,  ou  inflam- 
mation du  tissu  musculaire  et  du  tissu  cellulaire  intermusculaire  du 
cœur. 

PREMIERE  CATÉGORIE.  — Observalfoos  de  cardite  terminée  par  ramoUisse- 
sement  et  suppuration. 

Observation  pS'. 

— 94'. 

— gS®. 

— 96®,  96®  bis.  „ •,  • 


40 


)2Ô 

i85 

ig3 

3o4 

id. 

id. 

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aa6 

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229 

a3a 

a34 

id. 

a36 

337 

a4i 

345 

aSo 

a5a 

aS3 

aS4 


aS8 

id. 

id. 

361 

a6a 

a66 


G26  TABLE, 

*“  97®'  fîSj,  gge. 

Dbdxièmb  catégobib.  — Observations  de  cardite  terminée  par  ulcération, 
perforation  et  rupture  des  parois  du  cœur,  de  la  cloison  interventricu- 
laire ou  inleraiiriculaire,  des  valvules,  des  tendons  et  des  colonnes 
charnues.  _ ^gg 

Observation  ioo«.  agg 

— 101e.  270 

102e. 

io3®.  a-^ 

Tboisièmï  catégobie.  — Observations  de  cardite  ulcérative,  avec  forma- 
tion d'un  kyste  anévrismal  (tumeur  anévrismale  du  cœur).  275 

Observation  io4«.  277 

— io5e.  a-3 

— 106®.  a8i 

— 107e.  a8a 

— 108®.  ■ 285 

Quatbièue  cATéGOBiE.  — Observatioüs  de  cardite  terminée  par  indu- 
ration. _ 2S8 

Observation  10g®.  289 

— 110®,  111®.  290 

“112®.  291 

Deuxième  section.  — Histoire  générale  de  la  cardite,  ou  de  l’inflamma- 
tion du  tissu  musculaire  et  du  tissu  cellulaire  intermusculaire  du 
cœur.  292 

Abticle  pREMiBB. — Caractères  anatomiques  de  la  cardite.  id. 

§ I.  Ramollissement,  suppuration  diffuse  et  abcès,  id. 

§ II.  Ulcérations  du  cœur,  avec  ou  sans  formation  de  kyste  anévrismal; 

perforations.  298 

§ III.  Induration  du  cœur.  5oo 

Abticlb  deuxième.  — Des  symptômes  et  du  diagnostic  de  la  cardite.  Soi 
§ 1.  Diagnostic  de  la  cardite  générale,  aiguë  ou  chronique.  id. 

§ II.  Diagnostic  des  lésions  consécutives  à une  cardite  partielle.  SoS 

1®  Abcès,  ulcérations  et  perforations  du  cœur.  id. 

2®  Anévrisme  faux  consécutif  du  cœur.  id. 

Abticlb  troisième, — Causes  et  traitement  de  la  cardite.  3o4 

Cjiap.  IV.  — De  l’inflammation  du  tissu  adipeux  ou  cellulo-graisseux  du 

cœur.  5o5 

Chap,  additionnel  au  livre  premier.  5o6 

l^EBMiBR  PROBLÈME.  — Les  ppoductions  cartilagineuses,  osseuses  ou  cal- 
caires du  cœur  peuvent-elles  se  développer  sans  inflammation  préa- 
lable ? 3o7 

Deuxième  pdoblèmb. — Les  tubercules  et  le  cancer  du  cœur  constituent-ils 
des  productions  essentiellement  différentes  de  celles  que  l’inflamma- 
tion chronique  de  cet  organe  peut  entraîner  à sa  suite?  3io 

Article  fremibb.  — Cancer  du  cœur.  id. 


tablï:.  G27 

A»ticlb  bBifiièliE. TubErcüVés'dü  coeur.  322 

Àrticlk  tboisième.  — Kystes  séreux.  ' 325 

Litrb  deüxièmk.  — De  l’augmentation  et  de  la  dîihinution  de  sécrétion 
des  tissus  séreux  et  cellulaires  du  cœur. 

Considérations  préliminaires.  ' ‘ 3a8 

Gaaf.  omqdb, — De  l'hydropéricarde  actif,  ou  de  l’irritàllon  secrétoire 

du  péricarde.  53 1 

Article  premier.  — Considérations  générales.  id. 

Article  decxième.  — Histoire  générale  de  l'hydropéricarde  actif.  334 

§ I.  Caractères  anaibttiitjues.  : Id. 

§ II.  Signes  et  symptômes  de  l’hydropéricarde  actif.  336 

§ III.  Traitement  de  l’hydropéricarde.  54o 

Livre  troisième.  — De  l’augmentation  et  de  la  diminution  dè  nutrition, 

ou  de  l’hypeMroJihie  et  de.  l’atrophié  du  cœur.  Id. 

Chap.  I'». — De  l’hypertrophie  du  coeur.  • 344 

Considérations  préliminaires.  id. 

Rapport  de  Pinel  à l’Institut  de  France,  sul"  les  travaux  de  Berlin.  • 2I7 

Première  section.  — Observations  particulières  sur  l’hypertrophié  dii  tis- 
su musculaire  du  cœur.  35 1 

Première  série  d’ob.servations.  — Hypertrophie  partielle.  354 

§ I.  Observations  d’hypertrophie  du  ventricule  gauche.  id, 

1®  Hypertrophie  simpl^  ou  avec  capacité  normale  de  la  cavité  ven- 
triculaire. id. 

Observation  iiS®.  id. 

2®  Hypertrophie  excentrique  ou  avec  dilatation  de  la  cavité  ventri- 
culaire. 358 

Observation  ii4«-  id. 

— ii5e.  365 

— I16®.  368 

— 117®.^  _ 570 

3®  Hypertrophie  concentrique  où  avec  rétrécissement  de  la  cavité 

ventriculaire.  373 

Observation  J 18®.  id. 

— 119®.  378 

S II.  Hypertrophie  du  ventricule  droit.  38i 

1®  Hypertrophie  simple  ou  avec  capacité  normale  delà  cavité  ventri- 
culaire. id. 

Observation  1 20®.  id. 

2®  Hypertrophie  excentrique  ou  avec  dilatation  *de  la  cavité  ven- 
triculaire. 584 

Observation  121®,  jj, 

3®  Hypertrophié  concentriqué  ou  avec  rétrécissèment  delà  cavité 
ventriculaire. 

Observation  122®.  ij, 

123e, 


628  TABLE. 

DbuxiÈub  sÉaiE  d’observ Allons.  — Hypertrophie  multiple  ou  générale.  ôgS 
Observation  1 a4®*  Sgt 

— laSe.  399 

— 126e,  127e.  4o5 

— 128®,  129e,  i3o',  4o6 

Observation  i5ie.  4ix 

— iSse.  • 4*7 

— l33e.  421 

— l34e.  427 

DEOXiiMB  SBCTion.  — Histoire  générale  de  l’bypertrophie  du  tissu  muscu- 
laire du  cœur.  45 1 

Article  premier.  — Caractères  anatomiques  de  l’hypertrophie  du  tissu 

musculaire  du  cœur.  id. 

Article  decxieub.  — Des  signes  de  l’hypertrophie  du  cœur,  de  son  in- 
fluence sur  lej  hémorrliagies  en  général , et  sur  celles  du  cerveau  et 
des  poumons  en  particulier.  44o 

§ I.  Signes  de  l’hypertrophie  du  cœur.  id. 

I.  Signes  de  l’hypertrophie  du  cœur  en  général.  id. 

Signes  idiopathiques  de  l'hypertrophie  du  cœur.  id. 

Signes  réactionnels  de  l’hypertrophie  du  cœur.  444 

II.  Signes  propres  à l’hypertrophie  de  chacune  des  cavités  du  cœur  en 

particulier.  447 

§ II.  De  l’influence  de  l'hypertrophie  des  ventricules  du  cœur  sur  les 
hémorrhagies  en  général , et  sur  celles  du  cœur  et  des  poumons  en 
particulier.  449 

1®  De  l'influence  de  l'hypertrophie  du  ventricule  gauche  du  cœur  sur 
les  hémorrhagies  en  général,  et  sur  celles  du  cerveau  en  parti- 
culier. id. 

a®  De  l’influence  de  l’hypertrophie  du  ventricule  droit  du  cœur  sur 
l’hémorrhagie  ou  apoplexie  pulmonaire.  455 

Article  troisième.  — Des  causes,  du  mode  de  développement  et  de  la 

marche  de  l’hypertrophie  du  cœur.  454 

Art.  quatrième.  — Traitement  de  l’hypertrophie  du  cœur.  4Co 

CnAF.  II.  — Histoire  générale  de  l’atrophie,  ou  de  la  diminution  de  nu- 
trition du  cœur.  4^5 

Article  premier.  — Caractères  anatomiques  de  l’atrophie  du  cœur.  id. 

Observation  i35®.  4^4 

Article  deuxième.  — Signes  de  l’atrophie  du  cœur.  47*^ 

Article  tboisième.  — Des  causes  et  du  traitement  de  l’atrophie  du  cœur.  4/i 
Livre  quatrième. — De  l’augmentation  et  de  la  diminution  d’absorption 

des  tissus  séreux  et  cellulaire  du  cœur.  4?^ 

CnAp.  I®''.  — De  l’hydropéricarde  passif,  et  de  l’œdème  passif  du  tissu  cel- 
lulaire du  cœur.  4"5 

§ I.  Caractères  anatomiques.  i*^* 

§ II.  Diagnostic. 


TABLE. 


629 

§ III.  Causes.  4 76 

§1'^.  Traitement.  ^ id. 

Chap.  II.  — Articlb  premier. — De  l’hydropéricarde  produit  par  la  rup- 
ture d’un  kyste  séreux  ou  hydatique  dans  le  péricarde.  4?7 

Observation  i56“.  id. 

Article  deoxième. — De  l’hémopéricarde  , ou  de  l’épanchement  de  sang 
dans  la  cavité  du  péricarde.  479 

Article  troisième.  — Du  pneumopéricarde  et  de  l’hydro-pneumopéri- 

carde.  480 

CLASSE  DEUXIÈME.  DES  MALADIES  QDI  CONSISTENT  EN  DNE  LÉSION 

SIMPLE  ET  PRIMITIVE  DE  l’iNNERVATION  DD  COEUR,  OD  DES  NÉVROSES  DE 
CET  ORGANE.  482 

Considérations  préliminaires.  id. 

Article  premier.  — Des  palpitations  nerveuses  du  cœur.  484 

§ I.  Idée  générale.  id. 

§ II.  Causes  des  palpitations  nerveuses.  id. 

§ III.  Marche,  durée  et  diagnostic  des  palpitations  nerveuses.  487 

.§  IV.  Traitement  des  palpitations  nerveuses.  490 

Article  deuxième.  — Névralgies  du  cœur.  , 49» 

Article  troisième.  — Spasme  du  cœur,  avec  bruit  de  soufflet  et  frémisse- 
ment cataire.  4g3 

Article  quatrième. — Des  lipothymies  et  de  la  syncope  nerveuse.  4fl4 

§ I.  Idée  générale  de  la  syncope.  id. 

§ II.  Causes  de  la  syncope.  49^ 

§ III.  Traitement  de  la  syncope.  4g6 

Article  cinquième.  — Des  irrégularités  et  des  intermittences  des  batte- 

mens  du  cœur.  id. 

CLASSE  TROISIEME.  — des  maladies  qui  consistent  essentielle- 
ment ET  PRIMITIVEMENT  EN  DES  LÉSIONS  PHYSIQUES  ET  MÉCANIQUES  DU 
COEUR. 

Chap.  I'^  — Des  solutions  de  continuité  du  cœur  par  causes  mécaniques,  id. 
Article  premier.  — Plaies  ou  blessures  du  cœur.  id. 

Article  deuxième. — Ruptures  du  cœur.  5o4 

Section  première.  — Observations  particulières  de  rupture  simple  ou  mul- 
tiple de  différentes  parties  du  cœur. 

1®  Observations  de  ruptures  des  parois  du  cœur.  id. 

Observations  iS;#,  i58®,  i5ge,  i4o«.  id. 

— >4i®.  5o5 

— 142“.  5ü6 

143®.  507 

~ i44«-  id. 

— i45'=.  . • 5o8 

i48®-  5 lo 

Deuxième  section.  — Histoire  générale  des  ruptures  du  coeur.  5ii 

§ I.  Caractères  anatomiques.  id. 

U 


63o  TA8LË. 

§ II.  Causes  des  ruptures  du  cœur.  , 5iS 

§ III.  Signes  et  diagnostic  des  ruptures  du  cœur.  5i4 

§ IV.  Pronbilic  ët  traitement. 

CsAP.  II.  — Des  changemèns  de  dîihèhsibiis  des  câvifés  èt  des  orifices  <îu 

Considérations  préliminàirès.  ÎJ. 

AàTicLE  PBBMiER.  — De  la  dilatation  des  cavités  et  des  orificés  du  cœur.  5 17 
Section  pbemibrb.  — Observâliôhs  partiëülîêrës.  id. 

Observation  i4/«>  5 18 

— l4fie.  i'ji 

Section  deuxieukI  — ÈiSloifé  générale  dè  là  dilatation  dès  cavités  el  des 

orifices  du  cœur.  5aô 

§ I.  Caractères  anatomiques.  id. 

§ II.  Mécanisme  et  princlpàlés  caüsëî  dé  la  dilatation  des  cavités  et  des 
orifices  du  cœur.  S27 

§ III.  Diagnostic  et  traitement  de  là  dilatation  des  cavités  et  des  orifi- 
ces du  cœtir.  S3i 

Abticlb  deuxième.  — Rétrécissement  des  cavités  et  des  orifices  du  cœur.  533 
Ch  AP.  III.  — Des  lésions  de  rappôrt,  ou  des  déplacemens  et  des  hernies 

du  cœur.  534 

ÀhTiciE  PBEMiEB.  — Des  simples  déplacemens  du  cœur.  id. 

Article  deuxième.  — tiernies  du  ccëur.  537 

CLASSE  QÜ.ATRIÊME.— Des  VICES  FBIUÔBDliuX  DE  SITUATION  ET  DB 

CONFORMATION  DD  CŒUR.  54  2 

Considérations  préliminaires.  ^ i 

Chap.  Î.  — Delà  dexiôcardié,  du  ^e  la  transposition  congénitale  et  pri- 
mordiale du  cœur  à droite.  546 

§ I.  Idée  générale  de  cette  anomalie.  id. 

§ il.  Cas  particuliers  de  transposition  ou  de  renversement  du  cœur  et 
des  autres  viscères  du  thorax  et  de  l’abdomen.  547 

Observations  148*»  i49®*  id. 

— i5oe,  i5i®.  548 

§ III.  Quelques  considérations  sur  les  causes  et  le  diagnostic  de  la  trans- 
position du  cœur.  ^ 55a 

Chap.  II.  — De  la  communication  entre  les  cavités  droites  et  les  cavités 

gauches  du  cœur.  553 

Observation  i5a«.  id. 

- — i5oe.  555 

— i54'.  557 

i55®.  558 

— . i56«. 

— i57*.  56a 

Histoire  générale  de  la  communication  anormale  des  cavités  droites  et  gau- 
ches du  cœur  les  unes  avec  les  autres.  564 

§ I.  Description  des  ouvertures  de  communication , indication  des  di- 


ÏABLE.  63 1 

verses  lésions  analomi  cjues  du  cœur  coïncidant  ordinairement  avec  ces 
ouvertures  anormales.  564 

§ II.  Des  symptômes  et  des  effets  de  la  communication  anormale  entre 
les  cavités  droites  et  gauches  du  cœur.  Syo 

§ III.  Mode  de  développement  et  traitement.  676 

Chap.  III.  — Anomalies  de  nombre.  578 

ÂaTicLE  PBBMiBO. — Acardie;  diminution  du  nombre  des  parties  consti- 
tuantes du  cœur.  id. 

Observation  i58e.  679 

— iSg®,  i6o«.  58i 

Ahticle  deuxième.  — Bicardie;  •—  augmentation  du  nombre  des  parties 

constituantes  du  cœur.  584 

Observation  161e.  585 

— i6ao,  586 

Chap.  IV.  — Des  anomalies  par  vices  de  connexion  et  d’insertion  récipro- 
que du  cœur  et  des  vaisseaux.  583 


APPENDICE. 


De  la  coagulation  du  sang  dans  les  cavités  du  cœur,  ou  des  concrétions  po- 

ly  pi  formes  de  cet  organe  développées  pendant  la  vie.  Sgv 

SncTioH  PBEMiÈRK.  — Obscrvalions  particulières  sur  les  concrétions  poly- 

piformes  du  cœur.  id. 

Phemièbe  série  d’obsebvatiors. — Concrétions  récentes,  amorphes  ou 

sans  trace  évidente  d’organisation.  5ga 

Observations  i63e,  i64'-  SgS 

Deuxième  série  d’observations.  — Concrétions  sanguines  offrant  des  ru- 

dimens  d’organisation,  avec  ou  sans  présence  de  pus.  5g4 

Observations  i65«,  366*.  5g5 

— 167e.  5g6 

168e.  5yy 

— 169*.  598 

— I/O'*  399 

— »7>®-  6uo 

— I7*e*  6ox 

— 173».  602 

— »/4'-  6o5 

— 175»,  176e.  604 

Tboisièub  série  d'observations.  — Concrétions  fibrineuses  enlièi’ement 

organisées.  606 

Observation  177®. 

178®.  607 

Deuxième  section.  — Histoire  générale  des  concrétions  sanguines  du  cœur 

développées  pendant  la  vie.  id. 


632  tablïT. 


, § !•  Siège  et  caractères  anatomiques  des  concrétions  poljpiformes  du 

cœur.  607 

§ 1 1,  Des  causes  et  des  divers  modés  de  formation  des  concrétions  poly- 
pi  formes  du  cœur.  611 

§ III.  Dés  signes  et  des  effets  des  concrétions  polypiformes  du  cœur.  6i5 
§ IV.  Du  pronostic  et  du  traitement  des  concrétions  polypiformes  du 
cœur.  617 

Explication  des  planches  du  tome  second.  619 


. . ' r FIN  DB  lA  TABLE, 


FAUTES  A CORRIGER. 


TOME  PREMIER.  . . , 

Page  75,  ligne  7,  i pouce.  Usez  10  pouces. 

Page  127,  ligne  02,  celles,  Usez  celle.  , . 

Page  i52,  ligne  20,  observateur  et  à la  fois  philosophique , lisez  observateur 
à la  fois  et  philosophique. 

Page  200,  ligne  25,  traitant , Usez  en  traitant.  y.i  ,i 
page  256,  ligne  2 de  la  note,  faculés,  Usez  facultés. 

Page  285,  ligne  7,  semblable.  Usez  méthodique. 

, Page  4o3,  note  (i),  planche  I , Usez  planche  II. 

TOME  SECOND. 

Page  143,  rote  (3),  planche  III  (bvs).  Usez  planche  III. 

Page  i5o,  note  (1),  planches  3,  4,  5 et  6.  Usez  planche  IV,  Cg.  1,  2,  5 et4- 
Page  419,  ligne  17,  planche  VII , Usez  planche  VHI. 


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